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Quelques réactions de la vigne au climat exceptionnel de 1959

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Academic year: 2022

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QUELQUES REACTIONS DE LA VIGNE AU CLIMAT EXCEPTIONNEL DE 1959

Jean Nicollier, Stations agricoles, Châteauneuf-Sion

Durant la période végétative de l'année 1959 le climat fut exception- nel en Suisse et.dans une notable partie de l'Europe. Cependant, même en année ordinaire, le Valais subit un climat particulièrement sec et ensoleillé ; il ne pouvait pas donc manquer de connaître en 1959 des extrêmes rarement atteints. La vigne à son tour devait (réagir. Le présent travail signale quelques-unes de ces réactions observées dans le vignoble valaisan.

Relevés météorologiques à Sion (Couvent des Capucins)

Précipitations globales

Du 1er octobre 1958 au 1er octobre 1959 582,5 mm.

Du 1er octobre 1958 au 28 février 1959 273,0 mm.

mars 15,8 mm. —• avril 66,3 mm. — mai 31,4 mm. — juin 63,3 mm. — juillet 59,0 mm. — août 62,3 mm. — septembre 21,4 mm.

Le total des douze mois s'écarte peu de la moyenne, 59,0 mm.

Frappante esit la sécheresse des mois de mars, mai et septembre.

Répartitions des précipitations entre le 1er avril et le 31 août j . . . . moins de 3 à

Jours avec precipitations , , ,

r r 0 de 3 mm. 6 mm.

avril 4 3 mai 5 1 juin 6 3 juillet 4 5 août 4 3

9 mm.

et plus 4 1 4 2 3

Total 14

(2)

avril avail avail avril mai juin

10 16

29 30 24 5

9,0 nun.

11,2 mm.

21,8 mm.

10,3 nun.

14,1 min.

13,7 mm.

Chronologie des phiies de 9 mm. et plus juin

juin juin juillet juillet août août

•En cinq mois il y a seulement 14 journées où les précipitations peuvent être qualifiées d'assez abondantes ou abondantes. A l'excep- tion des 29 et 30 avril, ces mêmes précipitations sont très espacées et de très courte durée.

iLa station de Sion n'a pas enregistré les précipitations, ni le violent et insolite orage de grêle, qui s'abattirent sur les communes de Saillon, Leytron, Ghamoson et autres, entre 19 et 21 h. le 10 juillet.

19 26 28 14 28 14 27

9,2 mm.

12,7 mm.

10,0 mm.

18,5 mm.

12,5 mm.

2)1,8 mm.

14,3 mm.

Les températures d'avril à septembre

avril m a i j u i n juillet août septembre juillet juillet août août

10 11 28 29

Température moyenne

11,3 16,2 19,2 21,8 19,3 17,6

Température maximum

25,6 le 11 29,9 le 19 30,6 le 10 28,4 le 10 * 24,7 le 12 30,6 30,3 24,6 26,4

Ouragan en Suisse romande

avril mai juin juillet août septembre

Total

L'insolation d'avril à septembre

En % de la moyenne 1949-1958 (10 ans) Heures

210 251 228 295 256 188 1428

109 120 101 110 110 98 108

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LES REACTIONS DE LA VIGNE En général

La végétation rabougrie par les basses températures d'avril donne des inquiétudes aux vignerons, dont plusieurs accusent l'acariose. En mai le retard est très rapidement rattrapé ; dans les meilleures situa- tions le Pinot noir et le Gamay fleurissent dès le 20. Les souches sont chargées d'un nombre inusité de grappes et de fleurs, cela grâce à un temps propice en juin 1958. La floraison est excellente ; même sur le Chasselas-Fendant on ne constate aucune coulure. L'oïdium se révèle le grand ennemi en 1959. A partir du début septembre, dans les vigno- bles non arrosés, les feuilles de la base jaunissent et tombent et le raisin flétrit. Malgré un temps apparemment contraire à la pourriture, le Pinot noir en est assez fortement atteint en plusieurs endroits.

Faut-il rendre responsables la précocité, l'oïdium, les nouveaux fon- gicides ?

Floraison en étoile du Fendant-Chasselas

Dans plusieurs vignes, mais sur quelques souches seulement, la fleur du Fendant-Chasselas s'ouvre en étoile : à Sierre dans une vieille vigne franche de pied ; à Collonges dans une vigne adulte normale, à Savièse dans les parcelles d'un propriétaire qui récolta abondamment en 1958 déjà.

L'action d'un froid persistant ou d'une pluie froide peut provo- quer cet accident2. Dans le cas particulier l'accusée est certainement la sécheresse intense du mois de mai. Le manque d'eau entrave les phénomènes de croissance qui provoquent le déchiremenit de la corolle et la chute du capuchon.

Appelé par les propriétaires alarmés de Sierre et de Savièse, nous conseillons l'application de 2 kg./are de nitrate de chaux et un arrosage. Cependant, cette intervention ne suffit pas pour expliquer la floraison normale de la majorité des souches.

Manifestations sur feuilles de brûlures aux racines

Vers la mi-juin, dans quelques vignes, les feuilles montrent des plaques desséchées dont le nombre et remplacement sont très variés.

Parfois une seule grande tache entre deux nervures, parfois plusieurs taches plus petites au milieu du limbe, parfois un dessèchement mar- ginal. Les feuilles atteintes son insérées à tous les niveaux.

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Ces dégâts, constatés et annoncés à des dates t r è s éloignées les unes des a u t r e s , a p p a r a i s s e n t e n réalité à p e u près e n m ê m e t e m p s , et p r é s e n t e n t i m m é d i a t e m e n t l e u r image définitive. I l n'y a donc pas a p p a r i t i o n ou aggravation progressive du dessèchement.

Ces dégâts d e m e u r e n t limités à u n e p e t i t e p a r t i e de l a surface totale du feuillage. Ils p r o v o q u e n t tout au plus u n léger abaissement de la richesse du sucre, d i m i n u t i o n s u p p o r t a b l e en p a r e i l l e année.

U n e q u i n z a i n e de cas sont signalés, r é p a r t i s sur 40 km., e n t r e Fully et Sierre.

La cause de cet accident s e m b l e ê t r e u n e s u r c o n c e n t r a t i o n m o m e n - t a n é e des engrais au voisinage de quelques racines. Les fortes pluies, p a r e x e m p l e celles d u 24 niai ou d u 5 j u i n , dissolvent suffisamment d'engrais p o u r e n r i c h i r à l'excès la solution du sol ; mais elles sont insuffisantes p o u r d i l u e r l a s o l u t i o n du sol à u n e v a l e u r o s m o t i q u e assez basse p o u r ê t r e sans d a n g e r .

P l u s i e u r s engrais p o u r t a n t différents, y c o m p r i s des e n g r a i s N P K , utilisés à des doses v a r i a n t de 10 à 20 kg./are ont causé cet accident.

Folletage ou dessèchement sur rafles et grappes

Le dessèchement des rafles est déjà signalé '. D'ailleurs o n l e constate p e u ou p r o u c h a q u e a n n é e dans le vignoble valaisan. H i n q u i è t e les vignerons qui l ' a t t r i b u e n t à t o r t au m i l d i o u .

E n raison des détails de la précision des renseignements s u r deux cas observés en 1959, nous pensons i n d i q u é d'en d o n n e r la description.

E n effet, c h a c u n d e ces cas est u n e i l l u s t r a t i o n f r a p p a n t e d u p h é n o - m è n e de folletage.

Les 8 e t 9 j u i l l e t , u n e vigne située E n Sarvaz/Saillon, p a r t i e F e n d a n t , p a r t i e P i n o t n o i r , p a r t i e G a m a y , est arrosée p a r aspersion avec l ' e a u r e l a t i v e m e n t froide p o m p é e dans u n canal. Le 10, j o u r n é e t o r r i d e , t e r m i n é e p a r u n violent orage avec grêle. D e u x semaines p l u s t a r d e n v i r o n , le vigneron constate u n dessèchement de q u e l q u e s ramifications de la rafle s u r p r e s q u e toutes les g r a p p e s . Les dégâts sont s u r t o u t graves dans les secteurs arrosés e n d e r n i e r , p r é c i s é m e n t là où le sol n ' a pas l e t e m p s de se réchauffer p o u r le 10. E n o u t r e , ils sont p l u s intenses s u r le F e n d a n t . O n p e u t donc p e n s e r q u e ce cépage é v a p o r e d a v a n t a g e q u e les a u t r e s .

Le 27 août, dans la soirée, 14,3 m m . d'eau t o m b e s u r l a région de Saint L é o n a r d e n l'espace de 2 h e u r e s . Le 28 e t le 29, t e m p é r a t u r e élevée. Dans u n e vigne de P i n o t n o i r , sise e n t e r r a i n p l a t , a y a n t a b s o r b é

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la totalité d'eau précipitée, le raisin demeure apparemment sain jusque vers le 20 septembre. Mais, 10 jours plus tard, au moment des vendanges, on constate une très forte pourriture ; en outre, les grains pourris sont déjà le siège d'une fermentation acétique. La pourriture est surtout présente vers la pointe de la grappe, et remonte assez souvent jusqu'au milieu de l'inflorescence. Sous les grains pourris la rafle est desséchée.

Le dessèchement de la rafle est antérieur au pourrissement des grains qui en est seulement la conséquence. Les grains pourrissent à partir de leur point d'attache. Quand l'accident se manifeste à l'extérieur de la grappe, tout est perdu.

Ce dessèchement est dû aux mêmes causes que le folletage des rameaux. Par l'apport d'eau plus froide que le sol, les racines sont à la fois frigorifiées et asphyxiées. Devenue totalement inactives de ce fait, elles ne peuvent pas absorber l'eau, pourtant disponible dans le sol.

Si le temps reste couvert, ou frais, ou humide, autrement dit si la plante évapore peu, il n'y a pas d'accident. Dans les conditions contraires, haute température, vent chaud, insolation, une evaporation intense épuise brusquement les réserves d'eau des feuilles et des rafles. A cause de la rupture dans l'équilibre absorption^transpiration les feuilles et les rafles sont privées d'eau pendant quelques heures ; c'est le folletage ou dessèchement. Les effets d'un arrosage ou d'une pluie peuvent être excellents ou nuisibles suivant le temps qu'il fera après. De toute façon, l'arrosage avec une eau froide risque d'être nocif. A toutes condi- tions égales, la nature du sol peut aggraver ou diminuer le risque de folletage.

Dessèchement sur grappe par déchirure de la rafle

Vers le 15 juillet, au moment où les grappes deviennent pleines, on constate sur grappes de Pinot noir le flétràssement de nombreux grapillons. Est spécialement atteinte la partie moyenne de la grappe où le flétrissememt prend la forme d'un manchon. Par contre, la base et la pointe de la grappe sont presque toujours indemnes.

A l'examen, on se rend compte que les ramifications secondaires de la rafle sont décollées de l'axe principal par des déchirures attei- gnant parfois 1 cm. Les grains ne trouvant plus de place dans la grappe, et ne pouvant pas s'en faire une dans la partie moyenne, s'en chassent eux-mêmes. Cette auito^expulsion des grapillons détache les ramifications secondaires.

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Cet 'accident n'est pais totalement nouveau en Valais. Cependant, il est particulièrement grave et répandu en 1959. L'excellente nouaison, forme des grappes compactes. A cause des hautes températures de juin et juillet, les arrosages provoquent un accroissement excessif et très rapide des grains. L'accident est plus grave dans les jeunes vignes que dans les vieilles, plus grave dans les vignes arrosées que dams les autres.

R E S U M E

Durant la période végétative 1959, l'insolation, la température et parfois la sécheresse sont particulièrement excessives dans le vignoble valaisan. Dans l'ensemble, ce climat est pourtant 'favorable ; récolte record pour la quantité et pour la richesse du sucre.

'Néanmoins, ces circonstances climatiques singulières sont la cause totale ou partielle de quelques phénomènes assez étranges en soi ou assez marqués en 1959 pour être signalés. Citons notamment : florai- son en étoile du Fendant, brûlures sur les racines par les engrais, folletiage et déchirure des rafles et des grappes.

BIBLIOGRAPHIE

1. Stations fédérales d'essais agricoles, Lausanne. Rapport d'activité 1956.

2. Viala ot Péchoutre. Morphologie du genre Vitis. Dans Amp élo graphie (Traité général de viticulture). 1910.

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