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Marianne Mas. Lire délivre. Atelier lecture en prison de femmes. Préface de Adeline Hazan

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Academic year: 2022

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Texte intégral

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Lire délivre

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Marianne Mas

Lire délivre

Atelier lecture en prison de femmes

Préface de Adeline Hazan

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Photographie de couverture :

© Marianne Mas Conception de la couverture :

Anne Hébert

Version PDF © Éditions érès 2019 CF - ISBN PDF : 978-2-7492-6481-3 Première édition © Éditions érès 2019 33, avenue Marcel-Dassault, 31500 Toulouse, France

www.editions-eres.com

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Table des matières

Préface, Adeline Hazan ... 9

Ouverture... 13

La bibliothèque ... 17

Des histoires d’enfants pour adultes ? ... 21

L’auxi ... 23

Les paquets de céréales ... 25

Chimène Badi et Barbie... 27

Les pulls « arrivantes » ... 29

Lire, ça nous porte ... 33

Davina et ses trois enveloppes ... 35

Les gants de toilette ... 37

La gale, les poux, la Ventoline et les fouilles à corps ... 39

Les indigentes... 43

Les dents et les lunettes ... 45

Les poireaux ... 47

Les « doudous » de prison ... 49

Les livres, c’est cher ... 51

Poésie ... 53

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LiredéLivre

Cantiner des casseroles ... 55

Le mitard, même pas peur ... 57

Joss et ses thrillers ... 59

Lait de poule ... 61

Les rPs, m’en fous ... 63

La fée Clochette ... 65

Fouilles ... 67

39 de fièvre ... 69

La nouvelle auxi ... 71

« J’arrive pas, je reviens » ... 73

Les sablés au beurre ... 75

Compte-tours ... 77

Les colis pour Noël ... 79

Homosextrupède ... 81

Les échantillons ... 83

« Sequedingue » ... 85

Louisa ... 87

Les murs d’une enceinte ... 89

Bébé parloir ou bébé bureau ? ... 91

Mégane ... 93

Mère et fille ... 95

On fixe… avec les yeux ! ... 97

À deux, c’est mieux ... 99

Même si c’est qu’un chien ... 101

Retour de la cour d’assises ... 103

« Ici, j’ai appris à lire » ... 105

Boum ! ... 107

Hypertension ... 109

Permission de sortie ... 111

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TabledesmaTières

Un bonbon, un livre ... 113

Le téléphone ... 115

Voter ... 117

Travailler ... 119

Maquillage ... 121

16 h ... 123

La sortie ... 125

Prendre le relais ... 127

Annexe ... 129

Bibliographie ... 135

Remerciements ... 137

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« Finalement, on est comme les livres.

On a toutes une histoire » Mallaury, 7 décembre 2017

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Préface

En tant que Contrôleure générale, j’ai pour mission de veiller à la protection des droits fondamentaux des personnes privées de liberté et d’en dénoncer les éven- tuelles atteintes. L’équipe du contrôle général peut visiter, à tout moment, tout lieu où des personnes sont enfer- mées pour vérifier leurs conditions de vie et enquêter sur l’état, l’organisation et le fonctionnement des établis- sements. À cette fin, elle réalise cent-cinquante visites par an de prisons, hôpitaux psychiatriques, locaux de garde à vue, centres de rétention pour étrangers, centres éducatifs fermés pour mineurs et geôles de tribunaux.

Le nombre des femmes incarcérées en France s’élevait au 1er février 2019 à 3 169 personnes, soit près de 4 % de la population pénale. Je porte une attention toute particulière à la situation des femmes emprisonnées et je suis souvent amenée à rappeler qu’elles subissent une forme de « double peine ».

En effet, il serait loisible de penser que le faible nombre des femmes privées de liberté faciliterait leur prise en charge et permettrait un strict respect de leurs

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droits fondamentaux. Force est de constater que dans la réalité il n’en est rien et que les femmes ne bénéficient pas, en prison, des mêmes droits que les hommes. Ainsi, elles souffrent davantage de la rupture du lien familial du fait du maillage territorial déséquilibré des établis- sements susceptibles de les accueillir. Par ailleurs, elles sont hébergées dans des locaux plus exigus et souvent mal aménagés. Leur accès aux activités et aux services médicaux est moins facile du fait d’une offre plus pauvre que pour les hommes, d’un principe de non-mixité et de l’enclavement des lieux réservés aux femmes. L’inégalité des droits entre les femmes et les hommes trouve en détention une application criante.

Marianne Mas s’est rendue pendant plusieurs années au centre pénitentiaire de Sequedin pour y animer un atelier de lecture auprès de femmes détenues. De ces heures passées en prison, elle nous livre des instan- tanés de la vie en détention.

Ces paroles de femmes détenues, toujours trop rares, sont précieuses car elles donnent à voir l’enfermement tel qu’elles le vivent au quotidien. On retrouve dans cet ouvrage leur réalité, où se mêlent de l’ennui, des tensions, des peurs, de l’infantilisation, des petites et grandes humiliations, mais aussi de l’humanité, des rires et de la solidarité entre ces femmes.

Que l’on ne s’y trompe pas, le lecteur pourra déceler dans cette succession d’anecdotes éparses des atteintes aux droits fondamentaux, qui font écho aux constats que je suis moi-même régulièrement amenée à faire. Le travail

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du contrôle général est de s’assurer l’effectivité des droits, notamment de ceux les plus simples qui, pour tout un chacun, rythment la vie de tous les jours et auxquels il arrive de ne plus penser tellement leur exercice est naturel. Pour des personnes privées de liberté, il faut être très vigilant à ces droits, car la situation de dépen- dance dans laquelle elles sont placées peut les en priver de manière quasi invisible. En prison, les démarches les plus simples peuvent s’avérer compliquées.

Au fil des pages, l’évocation récurrente de l’empreinte de la prison sur les corps des femmes est particulière- ment marquante. Des corps, parfois scarifiés, qui enflent ou à l’inverse s’effacent, cette femme qui mentionne que tout le monde perd ses cheveux en prison, cette autre qui développe en détention des problèmes de santé qu’elle n’avait pas dehors, ces autres encore qui s’excusent de ne pas avoir pris le temps de se coiffer, ou au contraire qui mettent un point d’honneur à ne pas se « laisser aller », l’apparence physique comme symbole d’une dignité conservée malgré tout.

Ce livre vient nous rappeler que derrière le nombre des femmes incarcérées se trouvent des individualités, avec chacune son histoire, son parcours.

Adeline Hazan Contrôleure générale des lieux de privation de liberté

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Ouverture

Avant d’entrer, elles se font la bise.

Marie-Jo, Annick, Jacqueline ou Delphine 1 viennent participer à l’« activité bibliothèque ». Elles n’ont pas souvent l’occasion d’un lieu où se retrouver. Alors elles profitent, partagent ensemble les dernières rumeurs de la détention, les sorties, les arrivantes, les incidents de couloirs. Puis vient notre tour : Bonjour ! Nos livres sont posés sur la table. Elles prennent place tout autour. On peut commencer. Enfin presque.

À chaque début de séance s’est instauré un moment d’échanges, où elles se délestent du trop-plein de colère, du poids des manques, comme un sas d’entrée dans lequel on enlève chaussures et manteaux pour être plus à l’aise. Elles racontent leur dernier parloir, toujours trop court, l’avocat qui ne donne jamais de nouvelles, les

1. Tous les prénoms ont été changés. Tous les récits de vie ont été transformés de façon à protéger l’identité des personnes impliquées.

Au 1er avril 2019, les femmes représentaient 3,8% de la population carcérale française, avec 3 197 détenues.

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privations, les liens familiaux abîmés par la distance et le temps.

Elles parlent nourriture, recettes de cuisine, système D, mais aussi maladie, cachets, drogue ou sexualité. Elles commentent le procès médiatisé de telle ou telle « qui ne s’attendait pas à prendre si cher », la violence et les attentats qu’on voit à la télé et qui les angoissent. Pas ou très peu de leur propre histoire, celle qui les a conduites entre les murs d’une cellule.

Certaines sont des fidèles que l’on voit depuis parfois plusieurs années. Il y a aussi les arrivantes que les surveillantes nous amènent pour leur permettre de décompresser un peu du stress des premiers temps en cellule. Et celles qui viennent voir. Par curiosité. Et c’est un peu bête à dire pour des détenues, mais pour partager un moment d’évasion.

Leur acuité est assez impressionnante. Parfois elles nous font une réflexion sur notre coupe de cheveux toute fraîche, sur nos cernes qui trahissent une mauvaise nuit, ou l’odeur d’un nouveau parfum. Jamais indiffé- rentes. Comme si avec nous, elles goûtaient un peu de la liberté qui vient du dehors. Penser à mettre du parfum la prochaine fois.

Au fil des séances, j’ai commencé à consigner certains de nos échanges, à noter leurs réflexions. Surtout celles qui nous avaient fait rire : l’humour n’est pas forcément ce que l’on s’attend à trouver en prison. Et pourtant, quand elles lâchent prise – et les histoires pour enfants sont un merveilleux médiateur –, elles peuvent aller très

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Ouverture

loin dans la dérision, et même l’autodérision. Entre deux lectures, elles ont livré spontanément des bribes de leur vie en prison, et « dehors ». Entre deux histoires, elles nous ont glissé un peu de la leur.

Je les ai recueillies comme les pièces d’un grand puzzle qui ne s’imbriquent pas forcément les unes dans les autres, mais qui donnent à voir un peu de l’univers carcéral au féminin. Au moment où beaucoup parlent de la prison sans jamais y avoir mis un pied, ce recueil veut faire entendre la voix de celles qui y « font leur temps », et que l’on n’entend jamais. Sans autre parti pris que celui d’une parole offerte, brute, entre les murs.

M.M.

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La bibliothèque

Pour arriver jusqu’à la bibliothèque du quartier femmes, le parcours peut durer parfois vingt minutes depuis l’extérieur. Il faut d’abord passer sous un portique de sécurité dans le sas d’entrée de la prison. Nous sommes deux lectrices bénévoles, c’est plus agréable et rassurant pour l’animation des séances. Nos sacs de livres passent sur le tapis roulant de contrôle aux rayons X. Les téléphones portables doivent être déposés dans une consigne ou bien laissés dans la voiture, sur le parking. Restent ensuite treize portes, sas, grilles, à franchir, commandées à distance par les surveillants du poste de sécurité.

C’est un espace d’une vingtaine de mètres carrés.

Un bureau avec un ordinateur qui ne fonctionne pas souvent, une table basse, une table ronde, des chaises et des rayonnages de livres, bandes dessinées et maga- zines. Deux fenêtres grillagées qui donnent sur la cour de promenade, ses bruits, ses humeurs et ses rumeurs. Pas d’interrupteur, la lumière est allumée en permanence. Au plafond, une ventilation bruyante dont le volume sonore

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couvre nos lectures. À chaque séance, nous l’occultons d’un bout de carton, et le souffle se tait. Il y a beaucoup de bruits en prison.

En fonction des surveillantes et des consignes de sécurité, nous sommes – ou pas – enfermées à clé. La pièce n’est pas équipée, comme les autres cellules, d’un bouton d’appel pour le bureau de contrôle. Alors quand la surveillante tarde un peu à venir nous chercher à la fin de la séance, il faut tambouriner à la porte plusieurs minutes pour que quelqu’un nous entende. Et attendre.

En cas de problème, de malaise ou d’agression, nous avons une alarme, sorte de talkie jaune et noir avec un gros bouton rouge. Quand on y réfléchit, ce sont parfois des criminelles à qui nous lisons des histoires. Alors nous n’y pensons pas. Ou presque pas. Peut-être à tort. Mais pas une fois nous ne nous sommes senties en insécurité.

Comme si la bibliothèque était un espace protégé du reste de la détention. L’alarme n’a jamais servi.

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« Dans les prisons on parle beaucoup d’illettrisme, l’ignorance devient un élément aggravant de la délinquance. Certains reprennent pourtant le fil interrompu, renouent comme ils le peuvent, timidement, sans en avoir l’air, une revue, un polar, pour faire passer le temps, une bande dessinée, un album, des images d’enfance reviennent, un atlas, un livre de poésie, pour écrire à leur femme et s’emparer des mots. Ils font leur chemin, il n’y a rien à en dire, pas de question à leur poser. Dans les mots il y a des rencontres, infimes ou gigantesques, de celles qui peuvent éclairer un instant, ou changer toute une vie. »

Michèle Sales, La Grande Maison, Arles, éditions du Rouergue, 2002.

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Remerciements

Un merci chaleureux à Geneviève Fahy, pour son compagnon- nage fidèle et bienveillant,

merci à Sandrine Rocher, directrice des services pénitentiaires de la maison d’arrêt de Lille-Loos-Sequedin,

merci à Adelin Hazan, Contrôleuse générale des lieux de priva- tion de liberté, à Yanne Pouliquen,

merci aux éditions érès pour leur confiance,

à Olivier Boudier, directeur du service pénitentiaire d’insertion et de probation,

à tous les gradés et surveillantes du quartier maf,

à la direction interrégionale de l’administration pénitentiaire, Valérie Decroix et Virginie Slabolepszy,

merci aux éditions Casterman, Sophie Levie, Christel Masson, Maarten van Beek et Klaartje van der Put,

merci à La Sauvegarde du Nord, à toute l’équipe de « Lis avec moi », Isabelle Sagnet, Véronique Bous et Emmanuel Julien, merci à Rosette et Claudine pour leur enthousiasme généreux, à Frédéric pour ses lumières,

à Anne pour son fidèle soutien, merci à Angèle, ma précieuse étoile,

et merci enfin à toutes les détenues qui ont participé à nos ateliers de lecture depuis dix ans.

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