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PRINCIPAUX OUVRAGES DU MÊME AUTEUR

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Sidi-Brahim

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PRINCIPAUX OUVRAGES

DU MÊME AUTEUR

ANNIBAL DANS LES ALPES (Thèse de Doctorat ès-lettres), 236 p. in-8 illustré, Paris, A. Picard, 1902.

RECHERCHE D'UNE SOLUTION DE LA QUESTION INDIGÈNE EN ALGÉRIE, 88 p. in-8, Paris, Challamel, 1903.

LA CAMPAGNE DE 1800 EN ALLEMAGNE : DU RHIN A ULM, 390 p. in-8, Paris, LES BELGES SUR L 'YSER, in-8, illustré, Paris, Berger-Levrault, 1929.

L 'EMPIRE FRANÇAIS, 236 p. in-8, cartes, Paris, Flammarion, 1943 (Grand Prix de l' Empire français de l' Académie française).

ARGENTINE TERRE PROMISE, 320 p. in-8, cartes, Paris, Hachette, 1943.

RELATIFS A L'AFRIQUE DU NORD LA LÉGION ÉTRANGÈRE EN ESPAGNE, 756 p. in-8, illustré, Paris, Lavauzelle, SOUVENIRS DE CASABLANCA, préface du général d'Amade, 420 p. in-8, illustré, Paris, Hachette, 1912.

L 'EXPÉDITION DE FEZ, introduction du maréchal Lyautey, préface du général Moinier, 350 p. in-8 illustré, Paris, Berger-Levrault, 1924.

L'ÉMIR ABD EL KADER, 312 p. in-8, illustré, Paris, Hachette, 1925.

L'EXPÉDITION D'ALGER, 1830, 230 p. in-8, illustré, Paris, Plon, 1930.

BUGEAUD ET L'ALGÉRIE, préface de M. André Maginot, 1 72 p. in- 16, Paris, 1930.

CONQUÊTE ET PACIFICATION DE L 'ALGÉRIE, 544 p. in-4°, illustrations en noir et en couleurs, cartes, Paris, Librairie de France, 1931 (Grand Prix Gobert de l' Académie française).

L 'ARMÉE D 'AFRIQUE DE 1830 A 1852, 524 p. in-4°, illustrations en noir et en couleurs, cartes, Paris, Plon, 1936 (Grand Prix Littéraire de l'Algérie).

ÉDITÉS SEULEMENT EN ANGLAIS THE WAR OF POSITIONS (translated by R.B. Merriman), 190 p. in-8, Harvard

University Press, Cambridge (U.S.A.), 1917.

THE WARFARE OF TO-DAY (translated by J.L. Coolidge), in-8, illustré, Houghton Mifflin and Cy, Boston et New-York (U.S.A.), 1918.

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GÉNÉRAL PAUL AZAN

S i d i - B r a h i m

HORIZONS DE FRANCE

PARIS

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COPYRIGHT BY HORIZONS DE FRANCE, PARIS 1945

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INTRODUCTION

S

IDI-BRAHIM est le nom d'un petit marabout perdu dans le « bled » oranais. Il sonne comme un appel de clairon et fait vibrer le cœur de tous les chasseurs à pied, parce qu'il symbolise l'héroïsme de leurs aînés. Il a été donné à l'hymne des chasseurs, chanté par de vaillantes générations dont d'innombrables représentants ont donné leur vie pour le salut de leur Patrie. Il restera toujours dans l'armée française comme l'écho d'une attristante mais glorieuse hécatombe.

Cependant, beaucoup de personnes en France, même parmi les anciens chasseurs, ignorent les détails de cet épisode de 1845, si fameux dans les fastes de l'épopée africaine, ou le connaissent sous un aspect inexact.

Les littérateurs en ont tiré des pages colorées qui sont loin de la vérité; les historiens ont puisé leurs récits à des sources erronées, sans rechercher les documents officiels ou privés et sans consulter les témoins oculaires.

Les peintres et les graveurs n'ont pas montré plus de souci de l' exactitude. Ils ont souvent imaginé une imposante redoute sans aucun rapport avec la petite koubba blanche isolée près de la frontière marocaine. Un tableau destiné

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à perpétuer le souvenir de ces événements figure dans les collections du ministère de la Guerre; il a été composé en se reportant à un croquis exécuté jadis en Algérie, et intitulé : Vue du camp de Sidi-Ibrahim ; le peintre s'est inspiré du croquis et a consciencieusement disposé les troupes sur son tableau d'après les relations officielles des Archives historiques; mais les Sidi-Ibrahim ou Sidi-Brahim sont nombreux en Algérie, et le paysage en question représentait un camp situé près d'Arzew, dont l'aspect diffère complè- tement du lieu où succombèrent le 8e bataillon de chasseurs et l'escadron du 2e hussards.

Le tableau militaire comme le récit historique doivent allier la vérité à l'art, et, pour cela, leurs auteurs ne doivent pas laisser une part trop large à leur imagination.

Les dessins de l'époque relatifs aux événements de 1845 sont rares, et généralement entachés d'erreurs. Cependant, un officier du 2e hussards, c 'est-à-dire du régiment qui a perdu un escadron dans l'affaire de Sidi-Brahim, le capitaine Maréchal, dessinait à ses moments libres; il a constitué, entre 1844 et 1847, un album d'une grande valeur historique, qui contient de nombreux portraits de ses camarades de toutes armes, et particulièrement de ceux qui ont joué un rôle à Sidt-Brahim; ses aquarelles, naïves et maladroites, ont du moins le mérite de l'exactitude, car elles ont été prises sur le vif, dans les postes naissants et les bivouacs éphémères où nul artiste professionnel ne pouvait aller.

Un grand nombre d'entre elles ont été reproduites en couleurs dans deux des ouvrages de l'auteur : Conquête et Pacifi- cation de l'Algérie, et L'Armée d'Afrique de 1830 à 1852 (édition de luxe) ; elles n'existent pas ailleurs. Une d' elles figure dans le présent ouvrage, mais en noir.

Le collection Raoul et Jean Brunon a réuni de nombreuses gravures provenant de diverses sources et possède par

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ailleurs en propre des objets, documents et photographies relatifs à l'histoire militaire; un certain nombre d'illustra- tions du présent ouvrage lui ont été empruntées.

Des peintures fidèles ont été exécutées, en septembre 1924, par la princesse Alexandre Wolkonsky, qui a reconstitué l'aspect exact du djebel Kerkour et de la koubba de Sidi- Brahim, grâce à des séances de travail sur ces lieux aux jours anniversaires des événements : elles méritent pleinement d'être un jour reproduites en couleurs.

En ce qui concerne le récit historique, l'auteur de ce volume a été bien placé pour se renseigner exactement.

De 1897 à 1902, comme sous-lieutenant et lieutenant au 2e zouaves, il a été à diverses reprises en garnison à Nemours (l'ancien Djemmaa - Ghazaouet) et à Lalla- Maghrnia; il a pu ainsi parcourir les sentiers de la région, recueillir des renseignements auprès des indigènes contem- porains des événements et se faire montrer par eux les itinéraires suivis par les soldats du lieutenant-colonel de Montagnac et les emplacements de leurs bivouacs. Il s'est trouvé en outre présent à diverses cérémonies. En 1898, il a assisté aux fêtes organisées pour l'inauguration du monument commémoratif élevé aux héros de Sidi-Brahim devant l'hôtel de ville d'Or an; au cours d'une réception offerte au Cercle militaire par les officiers de la garnison aux « survivants » du drame, il fut par hasard le voisin du seul convive qui y eût réellement pris part, le clairon Rolland, âgé de 77 ans; il s'est fait raconter par ce vieux brave tous les détails de l'affaire et lui en a demandé la confirmation dans une correspondance ultérieure. Au prin- temps de 1899, il a procédé, avec son bataillon, à l'exhu- mation des restes des carabiniers tués près de Nemours, qui reposaient au milieu des ronces dans l'ancien cimetière abandonné du poste, sous une petite colonne rongée par le

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temps, et à leur transport dans le mausolée appelé le

« Tombeau des braves », édifié au lieu même où les carabiniers étaient tombés.

Il a pu par la suite explorer en détail les confins marocains d 'où était partie l'agression d'Abd el Kader, d'abord en 1906, lors d' une mission au Maroc, puis en 1907-1908, au cours de la campagne contre les Beni Snassen. Il a séjourné en 1926, pendant la campagne du Rif contre Abd el Krim, dans les lieux mêmes où avaient été conduits les prisonniers faits à Sidi-Brahim. Il a eu enfin sous ses ordres, comme colonel du 6 régiment de tirailleurs algériens, de 1921 à 1928, les garnisons de Lalla-Maghrnia et de Nemours et il a sillonné le pays en tous sens lors de ses inspections.

Pendant ses séjours à Paris entre ses campagnes africaines, il a pu consulter au Service historique de l'Armée les archives officielles du ministère de la Guerre; il a aussi découvert maints documents privés extrêmement intéressants : les mémoires inédits du général Courby de Cognord, l'ancien chef d'escadrons du 2e hussards, et ceux du général d'Exéa, ancien commandant du 10 bataillon de chasseurs; les notes et explications du lieutenant Marin et du docteur Cabasse, faits prisonniers avec leur troupe et emmenés au Maroc dans le camp des prisonniers de la colonne Montagnac;

enfin les récits sincères et détaillés de quelques humbles survivants. Beaucoup de ces documents ont été publiés en annexes dans la première édition de « Sidi-Brahim », parue en 1905 et à laquelle le lecteur curieux peut se reporter.

Chaque année, le 23 septembre, chasseurs et hussards célèbrent avec éclat l'anniversaire du glorieux combat où leurs aînés se sont illustrés. Un certain nombre d'entre eux vont, isolément ou en groupe, faire un pèlerinage aux lieux sur lesquels le drame s'est déroulé. Autrefois, /' accès de la

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fameuse koubba était difficile. Aujourd'hui, les chemins de fer et des routes pour automobiles permettent d'y arriver aisément. Les deux cartes jointes à cet ouvrage aideront le voyageur à suivre pas à pas sur le terrain l'odyssée de la petite troupe du lieutenant-colonel de Montagnac.

L'étude consacrée à ces tragiques journées ne constitue pas seulement un hommage à des héros et une haute leçon morale; elle fournit bien des renseignements sur la psycho- logie de l'officier et de l'homme de troupe à cette époque, sur les procédés de guerre employés en Afrique, sur la poli- tique pratiquée à l'égard des populations indigènes. Ainsi le lecteur pourra-t-il tirer quelques idées générales d'un épisode qui apparaît surtout, au premier abord, comme pittoresque et émouvant.

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CHAPITRE I

L'ARRONDISSEMENT DE L'OUEST EN 1845

Situation générale dans l'Ouest algérien. — Lalla-Maghrnia et Djemmaa-Ghazaouet. — Le lieutenant-colonel de Montagnac, son caractère et ses fonctions. — Le 8e bataillon de chasseurs d'Orléans et l'escadron du 2e hussards. — Montagnac et Barral.

L

'ÉMIR Abd el Kader, après la prise de la Smala et la défaite de ses khalifas, c'est-à-dire de ses lieutenants, généralement gouverneurs de pro-

vinces, en 1843, s'était retiré au Maroc, entraînant à sa suite des chefs indigènes et plusieurs tribus algériennes.

L'ensemble des douars qu'il avait groupés était appelé la Deïra. C'était une réunion considérable de tentes, qui abritaient sa famille, celles de ses lieutenants et toute une population dévouée à ses intérêts. C'était l' ancienne Smala reconstituée dans des proportions réduites. La Deïra, installée sur les bords de la Moulouïa, sous le commandement d'un khalifa, constituait sa

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capitale mobile, sa réserve de troupes, son centre d'appro- visionnements et sa résidence de repos. De là, ses cava- liers poussaient des incursions sur le territoire algérien pour amener les tribus à le rejoindre. De là, il inondait l 'Algérie de lettres et d 'émissaires destinés à entretenir le zèle de ses partisans.

Abd el Kader n'était cependant pas intervenu en 1844 dans le conflit entre la France et le Maroc ; la lutte s'était terminée le 14 août par la victoire de Bugeaud à l'Isly, et avait été suivie du traité de 1845, qui mettait l'ancien émir hors la loi en Algérie et au Maroc.

Le maréchal Bugeaud, gouverneur général de l'Algérie, ne méconnaissait pas le danger que constituait la présence de son adversaire à quelque distance de la frontière algérienne. Mais il tenait à aller à Paris, afin d'y défendre son projet de colonisation militaire, qui était combattu par les partisans du système des grandes concessions et de la colonisation civile, préconisé par le général de La Moricière; il était décidé, s'il échouait dans ses efforts, à ne pas reprendre ses fonctions.

Le Gouverneur général s'embarqua le 4 septem- bre 1845, laissant l'intérim à La Moricière. Ce dernier, qui était à la tête de la division d'Oran, passa le comman- dement par intérim de la division au général de Bourjolly ; mais Bourjolly ayant dû peu de jours plus tard aller diriger des opérations dans la subdivision de Mostaganem, transmit lui-même l'intérim de la division au général Thiéry. C'était une cascade d'intérims.

Le général Cavaignac, commandant la subdivision

de Tlemcen, constatait l'effervescence et les défections

occasionnées dans les tribus de la frontière par les

incursions des cavaliers d'Abd el Kader accompagnés de

Marocains. Il était partisan de l'emploi de la force contre

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les fauteurs de troubles ; mais il reçut comme instructions de garder la ligne de Lalla-Maghrnia à Djemmaa- Ghazaouet, en évitant de s'enfoncer dans les montagnes de l'Ouest.

Lalla-Maghrnia, poste triste et malsain, avait été créé en avril 1844, sur l'ordre de Bugeaud, pour servir de dépôt et de centre de ravitaillement aux colonnes qui opéraient sur la frontière du Maroc. Privé des vents du Nord par le djebel Fillaoussen dont les hauteurs le dominaient, écrasé en été sous un soleil ardent, ne possédant ni un arbre, ni une culture, envahi par la poussière, ce poste était impopulaire parmi la troupe.

Comme il était indispensable aux opérations, par suite de sa situation géographique, il était cependant devenu le chef-lieu de « l'arrondissement de l'Ouest », qui englobait toute la région jusqu à la mer, c 'est-à-dire jusqu 'au petit port de Djemmaa-Ghazaouet.

L'arrondissement de l'Ouest était commandé par le lieutenant-colonel de Barral, officier de valeur, âgé de 39 ans. Barral avait eu des débuts de carrière agités;

il était resté, comme lieutenant, quatre ans hors de l'armée à la suite d'une absence illégale; mais, réintégré en 1836, il avait regagné en Afrique le temps perdu, et était lieutenant-colonel depuis le 10 mars 1844. Il avait auprès de lui, comme chef de bureau arabe, un officier énergique qui avait servi huit ans à la Légion étrangère, le lieutenant Saal.

Les troupes placées directement aux ordres de Barral portaient le nom de colonne de l'Ouest. Elles compre- naient le 10 bataillon de chasseurs d'Orléans, un bataillon du 15e léger, deux escadrons du 4e chasseurs d'Afrique

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et une section d'artillerie de montagne. Pour les faire échapper à l'influence néfaste du climat, Barral ne laissait à la garde de Lalla-Maghrnia que deux compagnies du 10 bataillon de chasseurs, sous le commandement de leur chef de bataillon, son ami d'Exéa, excellent officier, qui servait en Afrique depuis 1837. Avec le reste de ses troupes, il bivouaquait dans un périmètre d'une dizaine de kilomètres autour du poste, généralement sur la route de Nédroma, près de la crête de la montagne.

Nédroma était la seule agglomération un peu nom- breuse entre Lalla-Maghrnia et Djemmaa-Ghazaouet, sur la route reliant les deux postes ; cette petite cité, bâtie sur une terrasse inférieure des pentes septentrionales de la montagne, était le centre d'un commerce important, et ne désirait que la paix.

Djemmaa-Ghazaouet (nom qui signifie réunion de pirates), le futur Nemours, sur les bords d'une petite rade ouverte à tous les vents, jouissait d'une situation et d'un climat aussi agréables que ceux de Lalla-Maghrnia étaient détestables; rafraîchi en été par la brise de mer, il possédait des jardins et des arbres, et était considéré comme une délicieuse garnison.

Bugeaud y avait organisé en juin 1844 un magasin pouvant être approvisionné par mer, pour aider au ravitail- lement des troupes de la région ; il avait confié ce magasin à la garde des Kabyles, nommant le caïd de Djemmaa- Ghazaouet caïd du port avec 600 francs de traitement par an, et chargeant de la conduite des convois le caïd de Nédroma, moyennant un traitement annuel de 1.200 fr.

et 10 cavaliers soldés.

Après la bataille de l'Isly, en septembre 1844, La Moricière avait entrepris des travaux pour y créer un poste. Mais Bugeaud, qui les avait tolérés avec quelque

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répugnance, décida bientôt qu'il n'y aurait pas là d'instal- lation permanente pour les troupes. Comme les travaux étaient commencés, La Moricière estima qu'ils ne pouvaient pas être abandonnés, et confia l'organisation du poste au lieutenant-colonel de Montagnac, qu 'il considérait comme un officier d'élite.

Montagnac, âgé de 42 ans, venu en Afrique avec son régiment en 1837, avait été remarquablement noté par tous ses chefs. Le chef de bataillon d'Exéa, qui l'avait beaucoup connu, a laissé de lui, dans ses Mémoires inédits, un portrait détaillé :

« Montagnac, écrit-il, était un vrai type de gentil- homme, de soldat, et d'artiste. Je n'ai pas connu, dans toute ma carrière, d'officier plus complet que lui ; s 'il n'avait pas été tué, il serait certainement devenu maréchal.

Je n'ai vu aucun officier d'Afrique qui fût à sa hauteur.

« Il avait quatre ou cinq ans de plus que moi, étant sorti de St-Cyr en 1820 ou 1821. Je l'avais connu à la petite école de St-Cyr; j'étais un enfant de 10 à 11 ans, lui était dans les grands. Aussi fus-je très heureux lorsque je fus nommé chef de bataillon en 1841, de me trouver dans le même régiment que lui, le 61 de ligne, qui était dans la province de Constantine. Nous nous liâmes ensemble. Du reste, tout le monde l'aimait. Ses supérieurs faisaient le plus grand cas de ses capacités militaires et de la droiture de son caractère; ses égaux n'en étaient pas jaloux, car il nous était supérieur, à tous, de beaucoup;

ses subordonnés l'adoraient tout en le craignant, car, dans le service, il était très dur pour lui-même et exigeait beaucoup d'eux; mais ils savaient qu'ils étaient les objets

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de sa plus grande sollicitude; que, dans le danger, il se présentait toujours le premier, et lorsqu'il s'agissait de récompenses, il les demandait pour eux, jamais pour lui.

« Montagnac était grand, cinq pieds six pouces environ, maigre avec de grands yeux bleus exprimant l 'énergie de son âme et en même temps la bonté; il avait de fortes moustaches qu'il portait longues. Il était d'une grande force corporelle, s 'étant toujours exercé à la marche, à l'équitation et à l'escrime. Il montait à cheval comme peu d'officiers de cavalerie; il était de première force à l'épée, tirait très bien le pistolet et le fusil et était un chasseur infatigable et très adroit; il lui est arrivé plusieurs fois, lorsqu'il était capitaine au 1 de ligne, de nourrir sa compagnie avec le gibier qu'il tuait. Il dessinait et peignait d 'une façon fort remarquable. Lorsqu'il était en garnison en France, jusqu'au grade de capitaine, il prenait tous les ans un congé de trois mois pour venir travailler dans l'atelier de Charlet dont il était un des meilleurs élèves. Il aurait pu gagner sa vie avec son pin- ceau, à ce que disait son maître; mais jamais il n'a fait commerce de son talent. Il n'avait pas de fortune et comme, en semestre, il n'avait que la demi-solde, il partait de son régiment pour venir à Paris, à pied, portant sur le dos un sac dans lequel il mettait son mince butin, un pantalon de toile, blouse et guêtres. Il vivait de priva- tions pendant ce temps, mais il était heureux.

» Il était fort instruit, car il travaillait toujours; il avait une très haute intelligence, un jugement parfait, une très grande connaissance de la guerre, une honora- bilité à toute épreuve; aussi était-il un peu trop sévère pour les autres. La moindre infraction aux lois de l' honneur le mettait hors de lui, il ne pardonnait pas. Le métier des armes était un culte pour lui. »

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LE LIEUTENANT-COLONEL DE MONTAGNAC. — Portrait peint par lui-même lorsqu'il était capitaine au 1 de ligne, à Oran, en 1833.

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Montagnac était ambitieux, mais entendait mériter par ses actes avancement ou récompenses. En 1832, étant lieutenant au 1 de ligne, il avait enlevé trois barricades pendant les sanglantes journées de juin et avait été fait chevalier de la Légion d'honneur; il refusa la croix. L'incident fit grand bruit, parce que cette décoration devait lui être remise par Louis-Philippe à une revue passée dans la cour des Tuileries, et on prétendit qu'il était légitimiste; la vérité est qu'il ne voulait pas la gagner en se battant contre des Français.

L'Afrique lui avait ouvert des champs d'action plus larges que les rues de Paris ou le terrain de manœuvres d 'une garnison de province. Il avait le désir de s'illustrer, plus encore que d'avancer, et écrivait à son frère en novembre 1841 : « Le père La Moricière se charge de mon avenir, je le lui abandonne; qu'il en dispose à son gré ! J 'ai du sang dans les veines, une machine bien trempée, deux bons chevaux, l'amour de la guerre, c'est-à-dire tout ce qu'il faut pour galoper franchement vers l'avenir. » Il ne rêvait que d'action et de gloire, et imaginait par exemple, comme procédé de domination, au début de 1843, la création d'un corps franc de 1.800 à 2.000 volontaires, commandé par lui, et chargé de maintenir, protéger ou châtier les Indigènes; exposant ce projet dans une lettre à un ami, il ajoutait : « Dans deux ans je vous promets qu'il ne resterait pas un Arabe ayant la plus légère velléité de lever le nez, à cent lieues à la ronde. » Sans que cette création fût réalisée, il se couvrit de gloire comme chef de bataillon dans les expéditions de la province de Constantine en 1843, mais ne put être nommé lieutenant-colonel tout de suite parce qu'il n'avait pas trois ans de grade. Heureux de s'employer, il écrivait à son frère au début de 1844 : « S'il me fallait retourner

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dans un régiment de France, pour y conduire mes hommes p .., je tomberais de terriblement haut »; et il ajoutait :

« Je n'embêterai jamais personne pour avoir des grades;

on me trouvera toujours prêt à affronter toutes les difficultés, quelles qu'elles soient, et à me faire tuer quand on voudra. » Il fut promu lieutenant-colonel le 10 mars 1844, le même jour que Barral.

L'effort le tentait, la lutte lui convenait ; aussi éprouva- t-il une vive satisfaction en recevant la mission de créer le poste de Djemmaa-Ghazaouet : « J'aime cette vie, écrivait-il en septembre 1844 : j 'ai de l 'énergie à dépenser, il faut que j'en trouve l'emploi... Je sens que j 'ai besoin de faire mon sillon comme un bœuf, l 'inaction m endort et me tue. Enfin, me voilà mon maître, et le maître des autres; je régnerai, je vous en réponds, et je gouvernerai;

vivent les gouvernements absolus ! »

Désireux de remplir convenablement sa mission, il employa les hommes de la garnison à piocher, creuser, niveler, bâtir, et se chargea de dresser avec fermeté un lot de conscrits reçus de France. Deux blockhaus furent construits sur la crête dominant la plage, pour éviter des surprises. Quelques petites concessions avaient été accordées; mais il n'y avait encore dans le poste, en novembre 1844, que 28 civils, cantiniers, marchands, épiciers. Quoique le maréchal Bugeaud eût défendu de construire un casernement, La Moricière fit continuer les travaux, parce que le ministre de la Guerre avait envoyé des fonds au génie.

L'arrivée inopinée de Bugeaud le 4 avril 1845 faillit

tout compromettre. Le Maréchal avait voulu se rendre

compte de ce qui se faisait et avait amené La Moricière

avec lui; il s'indigna du développement exagéré des

travaux, et déclara que, s'il ne trouvait pas une population

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européenne à installer à Djemmaa-Ghazaouet, il l'éva- cuerait. Les constructions ne furent cependant pas arrêtées, et Montagnac prit possession en avril d'une maison à un étage. Le poste devint durant l'été un lieu de convalescence où furent envoyés tous les malades de la subdivision de Tlemcen.

Montagnac se consacrait entièrement à ses fonctions.

Il menait une existence solitaire et ascétique, qu'il décrivait à son oncle en ces termes : « Je vis seul (bien entendu); par conséquent, je n'ai pas à subir les exigences des bâfreurs que j'aurais à ma table; je mange régu- lièrement tous les jours, le matin, trois œufs, je prends un verre d'eau par là-dessus et une tasse de café : voilà pour le déjeuner. Le soir, du riz, ou un plat de pommes de terre, un verre d'eau et une tasse de café. Le matin, en me levant, une tasse de café. Voilà mon régime, et je me porte bien. »

Sa santé vigoureuse lui permettait de remplir simul- tanément les fonctions de commandant supérieur, d'ingé- nieur en chef et d'administrateur des populations indigènes. Il observait avec soin les mœurs et le caractère des Kabyles de sa région, afin de les gouverner suivant des procédés convenant à leur mentalité. Ces procédés devaient, pensait-il, être extrêmement énergiques, mais aussi d'une justice parfaite : « Je voudrais bien parler un peu mieux leur langue, écrivait-il, j'en ferais ce que je voudrais; mais il ne faudrait pas craindre de leur couper la tête illico, selon le cas. Quand ils vous savent toujours un sabre au bout du bras pour frapper à l'occasion, ils deviennent souples comme des gants. Lorsque le coup porte juste, ils ne se plaignent jamais; mais frappez bien et frappez fort. » Ces lignes indiquent la grande connaissance qu'il avait acquise du caractère indigène.

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ACHEVÉ D'IMPRIMER LE XXXI JUILLET

MCMXLV, SUR LES PRESSES DE L'IMPRIMERIE HENON, 11, RUE STENDHAL,

——— A PARIS. ———

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