Commentaire sur le compte rendu de la CSL du 4 décembre au sujet des programmes de première et terminale en série S.
- La logique globale n'a pas bougé : on reste sur le principe d'un programme en "cohérence" qui est un condensé ou un reader digest du programme (déjà infaisable) des séries ES et L.
- Certes, des questions ont disparu (surtout des études de cas d'ailleurs, en géographie), mais on reste dans une collection de flashs sur des sujets ponctuels, sur lesquels on passera entre 2 et 4h de cours (au mieux). Cela signifie aucune contextualisation possible, pas de mise en perspective sur un temps plus long, pas d'étude des origines, des évolutions dans certains cas. Comment parler de la "gouvernance européenne depuis l'Acte Unique" sans poser au préalable qq
jalons sur l'histoire de la construction européenne? Comment parler du conflit au Proche Orient depuis la fin de la seconde guerre mondiale sans revenir à qq points plus anciens nécessaires?
Traiter l'historien et les mémoires en 4h, quand il faut rappeler quelques points d'histoire essentiels est difficilement faisable en 4h (sauf sans exercice méthodologique, et encore).
- Le programme de 1ère est certes un peu moins indigeste du fait de
l'horaire remonté. On peut noter aussi qu'il rétablit une approche chronoloigque sur le 2ème thème, les régimes totalitaires sont replacés entre les deux guerres.
Cependant, il reste beaucoup trop ambitieux en nombre de questions à traiter, qui obligeront encore en un survol insatisfaisant. A quoi sert de faire la guerre froide en 2h autour de Berlin? Imagine-t-on que les élèves auront appréhendé sa réalité, son épaisseur historique, son évolution dans la durée?
Cela cautionne-t-il la possibilité d'un transfert de série?
En pratique, les programmes de première ne seront que partiellement traités, les enseignants adaptant les prescriptions avec la nécessité du terrain et leur volonté de créer des relations pédagogiques qui "tiennent", c'est à dire qui fassent sens. Le temps qu'il faut passer à travailler la méthode avec les élèves n'est visiblement pas pris en compte, ou pas assez.
L'argument de la faisabilité pour les enseignants ne tient pas : d'une part le redéploiement du programme d'histoire que nous proposions (intersyndicale de 4 organisations), avait le mérite de ne pas introduire de nouvelles questions. D'autre part, le principe est à d'autres moments remis en cause puisqu'il est bien dit que "ce sont des entrées différentes, dans le niveau et même dans les questions" : autant dire que si on veut faire un peu sérieusement les choses, vu qu'on y
passe deux fois moins de temps, il faut refaire autrement son cours! Il ne suffit pas de barrer une phrase sur 2 pour alléger. Toute contraction exige une nouvelle transposition didactique. A moins que tout ce qu'on nous a appris jusqu'à maintenant sur les règles de transformation d'un
savoir savant en un savoir scolaire soit à jeter aux orties?
Enfin, il est déraisonnable de justifier telle ou telle question par "c'est important"... Entendons nous bien : tout est important et les choix sont crucifiants, mais à force de ne pas choisir, on arrive à une liste absurde.
Certes, les "économies-mondes" sonnent bien, mais est il prioritaire qu'un élève de 1ère S entrent dans ce concept complexe d'économies-monde à coup de quelques cartes et tableaux chiffrés et comparatifs, en 2h, qui doit mettre en lumière les évolutions sur plus d'un siècle et demi?
Certes, « les océans c'est important"(sic), mais pour un élève de terminale S, est il prioritaire de traiter des espaces maritimes en soi? Les océans sont ils plus importants que l'étude de la Russie?
Au nom de quoi les choix sont-ils faits? Pourquoi sont ils présentés avec un aplomb que l'on ne comprend pas...?
En terminale, le 1er chapitre de géographie pose beaucoup de problèmes aux enseignants : balayer 3 ou 4 cartes par heure avec les élèves, à l'échelle mondiale tout en mettant en évidence la question des projections, de la "représentation" jamais neutre et les thématiques cartographiées relève de la
gageure. On aurait pu penser que cela serait revu pour les élèves de S...
Le thème 2 sur la mondialisation devrait être au moins rédigé sans forcer les entrées de manière aussi rigide : 2h par "mise en oeuvre", c'est totalement irréaliste et cela ne donne pas un plan cohérent à l'ensemble du thème.
Les amendements proposés par l'Inspection Générale lors de la CSL relèvent vraiment du gadget, tant ils sont à la marge : Etude de « la gouvernance européenne » depuis Maastricht au lieu de l'Acte Unique, retrait du terme « opinion publique » dans l'étude sur « gouverner la France depuis 1946, retrait de l'étude de cas sur un produit mondialisé. Certes, c'est toujours bon à prendre (sauf en effet sur la suppression de l'opinion publique qui appauvrit la mise en oeuvre) mais ça ne résoudra pas le problème d'un programme beaucoup trop chargé. Il faudrait allèger davantage et retirer des
questions, des items dans la mise en oeuvres, des études de cas, qui corsètent la démarche et la progression du professeur à l'intérieur d'un thème.
Il nous semble au regard des retours actuels des enseignants sur les nouveaux programmes en première, en terminale, qu'il y a besoin de temps pour « rentrer » dans une question, en maitriser les temporalités, les notions clés. Faire cours ne s'apparente pas à une série de conférences sur un sujet, pour lesquelles l'orateur peut adapter le format de ses propos au temps qui lui est imparti...
Pour les épreuves :
Les propositions semblent plus raisonnables. A priori, l'étude de document se ferait avec des questions. L'idée visiblement est de proposer un exercice simplifié par rapport aux ES et L.
L'exercice de représentation cartographique se limitera (!) au croquis et les élèves n'auront pas à faire de schémas. Il serait bon d'obtenir là encore la liste des schémas possibles pour le bac..
La composition devra être adapté à la série et au volume horaire, donc moins ambitieuse dans sa forme et son contenu qu'en séries ES et L.
L'épreuve durera 3 h et non 4, et c'est bien pour que la composition attendue soit moins développée que dans les deux autres séries.
Etant donné les propositions communes qui avaient été faites, l'avis des collègues et notre propre analyse sur ces programmes et leur immense difficulté de mise en oeuvre, l'ensemble du projet présenté reste très décevant et ne prend pas en compte les demandes de la profession.