• Aucun résultat trouvé

LE CHAMP D AFFORDANCES DE LA THEORIE DE L AFFORDANCE POUR LA RECHERCHE EN SYSTEME D INFORMATION

N/A
N/A
Protected

Academic year: 2022

Partager "LE CHAMP D AFFORDANCES DE LA THEORIE DE L AFFORDANCE POUR LA RECHERCHE EN SYSTEME D INFORMATION"

Copied!
15
0
0

Texte intégral

(1)

I

nformation

S

ystems

M

anagement &

I

nnovation

ISSN: 2509-0933 Vol. 2, No. 2, December 2018

50

LE CHAMP D’AFFORDANCES DE LA THEORIE DE L’AFFORDANCE

POUR LA RECHERCHE EN SYSTEME D’INFORMATION

ELHAKOUMI Khalid

Ecole Nationale de Commerce et de Gestion Université Mohammed Premier

Oujda, Maroc [email protected]

RÉSUMÉ

Les Technologies de l’information (TI) sont omniprésentes dans les pratiques des entreprises puisqu’on ne peut concevoir, à l’heure actuelle, un système d’information ne faisant pas recours à ce type de technologies. Cette omniprésence factuelle a induit comme corollaire que la recherche en système d’information s’intéresse à l’impact et aux changements induits par les TI sur les organisations et les individus. Mais ces recherches ont buté, depuis leurs débuts, sur la conceptualisation des TI comme objet d’étude. Plusieurs obstacles ont entravé cette conceptualisation. Le recours relativement récent à la théorie de l’affordance a ouvert, aux chercheurs en système d’information, un champ de possibilités (affordances) ayant permis le lancement d’une nouvelle dynamique dans cette discipline. L’objectif de notre article est de retracer l’évolution de la conceptualisation des TI dans les recherches sur le changement induit par ces technologies et de montrer comment la théorie de l’affordance a permis le dépassement de certains obstacles ralentissant la théorisation de cet objet central à la recherche en SI.

Mot clé : Artefact informatique, théorie de l’affordance, système d’information.

ABSTRACT

Information technology (IT) is ubiquitous in business practices. No information system can be conceived, now days, without the use of this type of technology. This factual omnipresence has led to the fact that information system research is interested in the impact and changes induced by IT on organizations and individuals. But this research has stumbled, since their beginnings, on the conceptualization of IT as an object of study. Several obstacles hindered this conceptualization. The relatively recent use of the theory of affordance has opened up to the researchers in information systems a field of possibilities (affordances) that have allowed the launch of a new dynamic in this discipline. The aim of this article is to retrace the evolution of the IT conceptualization in the research on the change induced by these technologies and to show how the theory of affordance allowed the overcoming of certain obstacles slowing the theorization of this central object in IS research.

Key words: IT Artefact, Affordance theory, information system.

To cite this article: ELHAKOUMI K. (2018), “ Le champ d’affordances de la théorie de l’affordance pour la recherche en système d’information ”, Journal of Information Systems Management & Innovation, Vol. 2, No. 2, pp. 50-64

Available : http://revues.imist.ma/index.php?journal=ISMI&page=issue&op=archive

© Copyright ISMI | Journal

(2)

1. INTRODUCTION

La conceptualisation des technologies de l’information est devenue le cheval de bataille de la recherche en SI car la confirmation de l’identité de cette jeune discipline en dépend largement (Benbasat, I., & Zmud, R. W, 2003).

En témoigne l’intitulé de l’article Fondateur d’

Orlikowski,W. J., & Iacono,C.S. (2001) lançant un appel « A la recherche désespérée de «la technologie de l’information» dans la recherche en technologie de l’information - Un appel à la théorisation de l'artefact informatique ». Les deux auteurs affirment que l’inexistence de cette conceptualisation a eu comme conséquence que « Les chercheurs en sciences informatiques ont tendance à concentrer leur attention théorique ailleurs, par exemple sur le contexte dans lequel certaines technologies, habituellement non spécifiées, sont exploitées, ou sur les capacités de traitement des artefacts informatiques (en tant qu’éléments distincts de la manière dont ils fonctionnent dans le contexte), ou sur les variables dépendantes - ce que la technologie affecte ou modifie vraisemblablement au cours de son développement, de sa mise en œuvre et de son utilisation”. Cette manière détournée de prise en compte des TI est considérée par plusieurs chercheurs comme l’une des principales faiblesses dont souffre la recherche en SI.

Les recherches abordant le changement induit par les TI sont les plus impactées par cette faiblesse. En effet, dans ce type de recherche les TI sont abordées comme des

« actants »1 exerçant une influence sur le contexte dans lequel ils sont mis en œuvre et sur les acteurs peuplant ce contexte. L’étude de cette influence ne peut se faire sans ouvrir la

« boîte noire » qu’est la TI et connaitre de quoi elle est composée (sa structure) et qu’est ce qu’elle fait (sa fonction). C’est à cet effort des chercheurs en SI pour saisir la substance des TI qu’est consacré notre article. Nous essayerons, en premier lieu, de retracer les différentes manières avec lesquelles les TI ont été abordées

1 Le concept d’actant a été utilisé par Bruno Latour dans sa théorie de l’acteur réseau pour rendre compte de la capacité d’action ( agency) des objets techniques.

dans la littérature. Nous traiterons dans un deuxième point les causes ayant contribué à la difficulté pour la conceptualisation des TI. Les propositions de pistes de conceptualisation des TI feront l’objet d’un troisième point. Un quatrième volet sera consacré à l’apport de la théorie de l’affordance pour la conceptualisation des TI et du champ de possibilités (affordances) offerts par cette théorie pour les chercheurs en SI. Mais avant d’entamer les points précédents, nous avons jugé nécessaire de fait un bref détour sur le cadre de référence de notre étude qui est le changement organisationnel induit par les technologies de l’information. Ce détour vise à montrer l’intérêt et le besoin pour une conceptualisation des TI.

2.TECHNOLOGIES DE LINFORMATION ET CHANGEMENT ORGANISATIONNEL

Dans ce point on fera recours à deux travaux de synthèse que nous considérons complémentaires pour donner une vue globale sur la thématique de la relation entre TI et changement organisationnel.

Le premier travail est celui de Robey et al (2013). Cet auteur considère que toutes les contributions dans le domaine de la recherche d’impact des TI s’insèrent dans un « puzzle intellectuel » générique pouvant être formulé sous forme de la question focale suivante : Comment les technologies de l’information sont –elles impliquées2 dans le changement organisationnel?

L’auteur passe en revue toutes les théories utilisées, dans son parcours de chercheur, commençant par la théorie de la contingence véhiculant une vision déterministe et terminant par des théories adoptant une approche processuelle du changement. Cette carrière de 40 ans a permis à l’auteur de synthétiser les réponses formulées à la question précédente comme suit : « L’influence des technologies de l’information sur l’organisation passe par leur implication dans les processus sociaux (politique, d’apprentissage, d’institutionnalisation,

2 L’auteur évite d’usage de terme “impact” en raison de sa connotation déterministe.

(3)

ELHAKOUMI K. / Le champ d’affordances de la théorie de l’affordance pour la recherche en système d’information

© ISMI | Journal, Vol. 2, No. 2, December 2018

d’enculturation et autres). Malgré que les théories portant sur ces processus sociaux soient indéterminées, ils fournissement des éléments importants d’explication du changement en focalisant l’analyse sur des événement

séquences et des phases liés à l

d’introduction des technologies dans l’organisation » ( Robey et al, 2013)

conclue que cette réponse est insatisfaisante puisqu’elle peut s’appliquer à n’importe quel initiative organisationnelle et pas spécifiquement à l’introduction des TI. L’effort se doit d’être alors focalisé

différentiation des initiatives de changements liés aux TI de ceux des autres initiatives organisationnelles. Cette différent

selon l’auteur, dans la mise en avant de la matérialité des TI.

Le deuxième travail important de synthèse sur la thématique du changement organisationnel induit par les technologies de l’information est celui de Jones & Orlikowski (2007). Ce travail passe en revue toutes les perspectives théoriques ayant traités de l’un des aspects de cette problématique (Une s

de l’article sous forme de tableau est jointe à cet article).

L’apport principal de cette contribution est la catégorisation des différents chercheurs selon leur positionnement par rapport à 5 thèmes - Nature du lien de causalité : déterminisme

technologique ou social, la conjugaison des deux.

- Localisation du pouvoir d’agir ponctuelle ou relationnelle - Conception de la technologie

ayant des propriétés matérielles ou construite socialement.

- Niveau d’analyse : Macro, Micro entre les deux niveaux

- Phase d’analyse : développement des systèmes d’information, usage des systèmes d’information

Les différentes prises de positions par rapport à ces 5 critères offrent à notre avis une vue globale sur les principaux débats ent chercheurs dans le domaine de l’impact des TI sur les organisations. Nous proposons dans le schéma suivant une autre manière d’agencer ces

Le champ d’affordances de la théorie de l’affordance pour la recherche en système

ber 2018

é que les théories ces processus sociaux soient indéterminées, ils fournissement des éléments du changement en focalisant l’analyse sur des événements, des liés à l’initiatives d’introduction des technologies dans ( Robey et al, 2013), mais il conclue que cette réponse est insatisfaisante puisqu’elle peut s’appliquer à n’importe quelle initiative organisationnelle et pas spécifiquement à l’introduction des TI. L’effort se doit d’être alors focalisé vers la différentiation des initiatives de changements liés aux TI de ceux des autres initiatives Cette différentiation réside, mise en avant de la

ail important de synthèse thématique du changement organisationnel induit par les technologies de l’information est celui de Jones & Orlikowski (2007). Ce travail passe en revue toutes les perspectives théoriques ayant traités de l’un des aspects de cette problématique (Une synthèse leau est jointe à cet

L’apport principal de cette contribution est la catégorisation des différents chercheurs selon leur positionnement par rapport à 5 thèmes :

: déterminisme technologique ou social, la conjugaison des calisation du pouvoir d’agir : Agentivité : technologie ayant des propriétés matérielles ou : Macro, Micro ou lien : développement des systèmes d’information, usage des systèmes

Les différentes prises de positions par es 5 critères offrent à notre avis une vue globale sur les principaux débats entre chercheurs dans le domaine de l’impact des TI Nous proposons dans le schéma suivant une autre manière d’agencer ces

éléments pour mettre en relief le polarisations qu’ont connu

SI, dans les débuts, laisse

place à des concepts relationnels im

dimensions sociale et technologique dans un seul construit (Figure 1).

La synthèse d’Orlikowski nous permet également de formuler trois constats

- La sociologie constitue la prin discipline source dans laquelle les chercheurs ont puisé les théories pour l’explication des changements induits par les TI.

- Les débats dans cette discipline source ont été importés à la discipline système d’information (relation structure sociale e agence comme exemple).

- Re-confirmation des appels pour construire l’identité de la discipline système d’information autour de la conceptualisation de l’artefact «

l’information » (IT artéfact) et la prise en compte de sa matérialité.

-

Fig.1. Représentation de l’évolution des prises de positions dans la recherche en SI

Le cadre de référence étant précisé, nous abordons dans ce qui suit

avec lesquelles les TI ont été traités littérature.

3. LES DIFFERENTES

UTILISEES POUR ABORDER LES Technologie

•Design

•Propriétés matérielles intrinsèques des TI

•Agentivité technologique

•Déterminisme technologique

•Regroupe toutes les propriétés émergentes de l'imbrication de l'humain et la technologie

Hu ma in

•Utilisation

•Représentations des utilisateurs

•Agentivité humaine (Human agency)

•Déterminisme social Relation

Le champ d’affordances de la théorie de l’affordance pour la recherche en système

52 éléments pour mettre en relief le fait que les

connues les recherches en laissent de plus en plus la place à des concepts relationnels imbriquant les et technologique dans un (Figure 1).

La synthèse d’Orlikowski nous permet également de formuler trois constats :

La sociologie constitue la principale discipline source dans laquelle les chercheurs ont puisé les théories pour l’explication des changements induits par Les débats dans cette discipline source ont été importés à la discipline système d’information (relation structure sociale et agence comme exemple).

confirmation des appels pour construire l’identité de la discipline système d’information autour de la conceptualisation de l’artefact « technologie de

» (IT artéfact) et la prise en compte de sa matérialité.

Représentation de l’évolution des prises de positions dans la recherche en SI.

Le cadre de référence étant précisé, nous abordons dans ce qui suit les différentes façons squelles les TI ont été traités dans la

ES DIFFERENTES APPROCHES POUR ABORDER LES TI

Propriétés matérielles intrinsèques Agentivité technologique

Déterminisme technologique Regroupe toutes les propriétés émergentes de l'imbrication de l'humain et la technologie

Représentations des utilisateurs Agentivité humaine (Human agency) Déterminisme social

(4)

Les TI comme objet centrale de la recherche en SI ont été approchées d’une multitude de manière par la littérature. Ces différentes manières seront exposées en se basant sur l’article d’Orlikowski, W.J., & Iacono,C.S.

(2001). Ces derniers ont dégagées cinq grandes approches utilisées par les chercheurs pour aborder les TI. Ces catégories sont le résultat d’une synthèse des travaux publiés durant 10 ans dans « Information systems Research journal » l’une des revues scientifiques les plus réputées dans le domaine de la recherche en SI.

3.1 L’approche instrumentale (Tools view) Cette conception ingénierique soutient que les TI sont supposées atteindre, d’une manière fidèle, les objectifs pour lesquels elles ont été conçues. Les TI sont ainsi indépendantes de l’influence du contexte d’utilisation. Elles sont réduites, pour le chercheur, à une liste de caractéristiques techniques intrinsèques.

L’informatique est abordée dans cette vision comme un outil de traitement de l’information, d’augmentation de la productivité, d’automatisation et de substitution aux ressources humaines. Cet instrument contribue également au remodelage des relations sociales au sein des organisations à travers son influence sur le processus de communication.

3.2 L’approche fonctionnelle (Proxy view) Les recherches regroupées sous ce label ont tendance à se focaliser sur un nombre limité de variables considérées comme clé pour la détermination de la valeur apportée par les TI.

Ces variables sont présentées sous forme de mesures quantitatives portant, par exemple, sur les représentations que font des utilisateurs de la technologie, son taux de diffusion ou le montant des investissements en infrastructures informatiques.

3.3 L’approche intégrative (Ensemble view) L’artefact informatique est appréhendé comme l’une des composantes d’un « package » comprenant tous les éléments nécessaires pour l’utilisation d’une TI dans un contexte socio- économique.

Sous cette vision, on peut énumérer deux conceptions majeures :

• La TI comme structure

La TI est vue comme porteuse d’une structure sociale inscrite en son sein au moment du processus de conception. Cette structure sera appropriée par les utilisateurs durant les processus d’interaction avec cette technologie.

Il y a lieu de préciser que, pour cette conception, la structure sociale est prise dans le sens que lui donne Giddens (1984) dans sa théorie de structuration. « Elle est un ensemble de règles et de ressources organisées de façon récursive, et est hors du temps et de l'espace, à l'exception de son actualisation et de sa coordination sous la forme de traces en mémoire des agents »( Rojot, J. ,2000). Les questions posées par les chercheurs adoptant cette conception tournent autour du : Comment les utilisateurs s’approprient les structures encastrées dans les TI ? Et quelles sont les conséquences (attendues ou inattendues) résultant de cette appropriation ?

• La TI comme système encastré (Embedded system)

La TI est perçue comme un système évolutif inextricablement enchevêtré avec un système social complexe et dynamique. Les chercheurs adoptant cette structure se basent sur des méthodologies qualitatives mobilisant des approches socio-historiques, culturelles et politiques. Ils adhèrent tous à une épistémologie constructiviste.

3.4 L’approche computationnelle (Computational view)

Toutes les recherches dans le domaine des SI ne s’intéressent pas à l’interaction entre les TI et les utilisateurs dans divers contextes sociaux.

Certaines recherches se concentrent expressément sur la puissance de calcul de ces technologies. Les articles adoptant ce point de vue s’intéressent principalement à la capacité de la technologie pour représenter, traiter, stocker, récupérer et transmettre des informations (technologie comme algorithme), permettant ainsi de soutenir, modéliser ou simuler certains aspects du monde (technologie comme modèle).

3.5 L’approche dite nominale (nominal view) Cette catégorie regroupe les travaux ayant invoqué la technologie "en nom" seulement,

(5)

ELHAKOUMI K. / Le champ d’affordances de la théorie de l’affordance pour la recherche en système d’information

© ISMI | Journal, Vol. 2, No. 2, December 2018

54 mais pas en fait. Les références aux TI sont soit

accessoires (comme dans les études sur la rémunération des Directeurs SI ou sur la sécurité informatique) ou utilisées comme information d’arrière-plan (comme dans les études de sous-traitance dans le secteur des SI).

Goldkuhl, G. (2013) en faisant une analyse de contenu de la description des catégories développées par Orlikowski & Iacono (2001) a dégagé les thèmes suivants :

4. Contenu = ce qui constitue l'artefact informatique.

5. Capacités = ce que l'artefact informatique peut faire.

6. Fonction = ce que l'artefact informatique peut faire par rapport à l'environnement.

7. Utilisation = utilisation de l'artefact informatique par les utilisateurs dans un contexte.

8. Contexte = les environnements de l'artefact informatique.

9. Effet = Conséquence sur le contexte de l'artefact informatique

10.Interaction = comment l'artefact informatique interagit avec les acteurs dans un contexte.

Ces derniers lui ont permis d’avancer la synthèse suivante :

Table 1. Comparaison des différentes approches de l’artefact informatique (Goldkuhl, G., 2013)

Approche Centre

d’intérêt Acteur L’approche

instrumentale Fonction, utilisation, contexte, Effet.

Utilisateur influencé par la TI

L’approche fonctionnelle

Utilisation, Effet.

Acteur percevant la TI L’approche

intégrative Contexte, Contenu, Interaction

Influenceur, interagissant L’approche

computationnelle Contenu,

Capacités Designer

Nous proposons de lier les éléments précédents dans la formulation suivante : La technologie de l’information, caractérisée par un contenu et des capacités, interagit avec un contexte

d’utilisation dans lequel elle assure certaines fonctions. Cette interaction génère certains effets (Figure 2).

La vision véhiculée par les différentes approches précédentes est une vision technologiste où « On présume que la technologie fournit un ensemble bien défini de fonctionnalités qui répondent aux besoins individuels ou organisationnels d’un utilisateur.

Ainsi, toute adaptation, modification, changement imprévu ou contournement qui sont introduits sont considérés comme surprenants et dignes d’être approfondis » (Faraj, S., &

Azad, B., 2012). Conscients des limites de cette conception, les chercheurs en SI ont commencé à explorer de nouvelles pistes de conceptualisation des TI. Ils se devaient d’abord trouver les moyens pour surmonter les obstacles se dressant devant ce processus.

4. LES OBSTACLES DUNE CONCEPTUALISATION DES TI

Avant d’exposer les différentes théorisations de l’artefact informatique, nous avons jugé nécessaire de faire un détour par l’exposé des différents obstacles freinant la conceptualisation des TI. Ces difficultés résultent du traitement de la technologie et de la matérialité dans la théorie des organisations.

4.1 L’ambiguïté de la définition de la technologie dans la théorie des organisations Selon Robey et al (2012), la technologie a fait son apparition dans la théorie des organisations

TI : Contenu Capacités Fonctions

Contexte : Utilisation

Effets Interaction

Fig. 2. Représentation synoptique de l’agencement des thèmes récurrents dans les catégories d’Orlikowski (2001)

(6)

comme l’une des variables de contingence sensées expliquer la variabilité des structures dans les organisations. La définition de la technologie, largement acceptée à l’époque, combinait toutes les activités (actions sociales) , équipements matériels et connaissances abstraites utilisés pour convertir les intrants organisationnels en extrants souhaités. Cette conception extensive de la technologie est le symptôme d’une théorisation faible (Robey et al, 2012).

De plus de cette ambigüité et dans un essai/

d’élargissement de cette dernière pour des fins de comparaison inter-organisationnel, Perrow (1967) a redéfini la technologie, d’une manière indirecte, en fonction du niveau de variabilité et de la capacité d’analyse des problèmes rencontrés lors de la transformation des inputs en outputs. Cette redéfinition, volontairement large pour gagner en généralité, a fini par reléguer au deuxième plan l’une des caractéristiques fondamentales de la technologie : Sa matérialité.

Les faiblesses de la définition de la technologie dans la théorie de la contingence ont été importées à la recherche en SI par les chercheurs adoptant la posture contingente. A titre d’exemple Glbraith (1977) a défini le système d’information en termes de fréquence des décisions prises, de l’étendue de la base de données, du degré de formalisation et de la capacité du processus décisionnel. Comme le souligne Robey et al (2012) aucune de ces dimensions ne fait référence aux caractéristiques matérielles des TI.

4.2 Difficulté de prise en compte la matérialité de la technologie dans la théorie des organisations

La théorie des organisations est, à quelques exceptions près, muette sur les aspects matériels des organisations. Ces aspects matériels constituent la structure physique des organisations. Cette structure se compose de la géographie organisationnelle, l’agencement spatial, l’aménagement paysager, le design et la décoration (Hatch, M. J., & Cunliffe, A. L., 2009). Cette situation est due selon Hatch

(2009) au fait que les « …études de Hawthorne ont mis de côté la structure physique en tant qu’objet de recherche en théorie des organisations, en montrant que les effets de la structure physique semblaient relativement insignifiants ». Ce déni pour la matérialité a réduit les ressources théoriques à la disposition des chercheurs en SI pour théoriser leur objet d’étude central à savoir la technologie de l’information.

La communauté scientifique de la recherche en SI, forte de cette prise de conscience, a exploré divers pistes avant de baliser le chemin vers une théorisation satisfaisante des TI.

5 PISTES DE CONCEPTUALISATION DES TI Le dépassement des obstacles précédents ont permis aux chercheurs en système d’information d’ouvrir de nouveaux horizons pour la recherche. Ce dépassement s’est déroulé à travers un travail cumulatif, jalonné par plusieurs percés théoriques en permanent affinement. Ces principaux jalons sont développés dans les paragraphes suivants.

5.1 Vers une Centralité de l’artefact IT Benbasat, I., & Zmud, R. W. (2003), dans leur article sur la crise identitaire de la recherche en SI, ont proposé de construire cette identité autour du réseau nomologique immédiat (Immediate nomological net) du concept d’artefact informatique. Les auteurs le définissent comme «L'application des TI pour rendre possible ou supporter certaines tâches intégrées dans une structure (s) elle-même intégrée dans un contexte (s)”. Les modèles de recherche n’abordant pas directement l’artefact informatique ou l’un des éléments constituant son réseau nomologique immédiat ne touchent pas à l’essence de la discipline de SI selon les deux auteurs (Figure 3).

(7)

ELHAKOUMI K. / Le champ d’affordances de la théorie de l’affordance pour la recherche en système d’information

© ISMI | Journal, Vol. 2, No. 2, December 2018

56 L’insistance sur la centralité de l’artefact

informatique et son réseau nomologique immédiat est certes un pas important mais ne renseigne point sur la manière de conceptualiser cette catégorie spécifique d’artefacts.

5.1 Vers un regain d’intérêt pour l’approche sociotechnique

La tâche que les chercheurs en SI se devaient de prendre à bras-le-corps est la théorisation de la matérialité des TI. Un retour aux premières recherches sur la technologie dans les organisations a permis de constater que cette dimension a été présente d’une manière claire dans les premiers travaux abordant cette thématique.

Woodward(1965), par exemple, a catégorisé les technologies de production en fonction de leurs arrangements physiques. Elle a prouvé que chaque mode de production a été lié à un mode particulier d’organisation. Ce retour aux sources a permis un regain d’intérêt pour l’approche sociotechnique. Cette conception tire son origine de l’étude de Trist et Bamforth (1951) qui « montrèrent que l’introduction de procédés et de moyens techniques nouveaux a des répercussions sur la structure sociale et que celle-ci influence le système technique en retour » (Chiapello, È., & Gilbert, P.,2013).

Cette relation de conditionnement mutuelle entre technologie de l’information et système social constituera une thématique centrale de recherche en SI.

Les chercheurs en SI sont également débiteurs au regain de la matérialité dans les

sciences sociales surtout la sociologie et la psychologie. C’est au niveau de cette dernière et plus précisément au niveau de la psychologie écologique que les chercheurs en SI vont puiser le concept d’affordance. Ce concept est devenu, courant ces dernières années, le centre de gravité d’importants développements théoriques.

5.2 Vers une visibilité de la dimension informationnelle

Les technologies de l’information sont caractérisées par une dualité fondamentale. De plus de l’automatisation des tâches qu’elles partagent avec les technologies traditionnelles, elles permettent la génération d’informations sur ces dernières. C’est cette base que Zuboff (1988) a cogné le terme « informate » sur le même rythme que le mot « automate ». Malgré cette reconnaissance de l’importance de la dimension informationnelle, cette dernière a été traitée d’une manière inadéquate et inconsistante dans la littérature sur les SI. Peter Drucker a pointé le doigt sur ce problème, dans un propos adressés à l’un des chercheurs éminents en système d’information, en affirmant « le problème avec votre domaine, c’est que vous n’avez pas compris qu’il s’agissait d’information et pas de technologie » (Chatterjee, S., Xiao, X., Elbanna, A., & Saker, S.,2017). Partant de ce constat, plusieurs chercheurs ont proposés des conceptualisations des TI rendant visible la dimension informationnelle de cette technologie. Une dimension qui vient s’ajouter aux dimensions technologique et sociale selon Lee & al (2015) ( Figure 4) . Ses derniers proposent de substituer d’artefact du système d’information (IS

Les capacités méthodologiques, technologiques et nagériales des

TI

Les pratiques méthodologiques, technologiques et managériales des TI L’artefact

informatique

Usage des

TI Impact des TI

Fig. 3. Le réseau nomologique immédiat de l’artefact informatique

(8)

artefect) à celui d’artefact informatique (IT artefact) considéré comme restrictive.

5.3 Vers des théories de moyenne portée Vlokof et al (2018) lance un appel pour des théories sociotechniques de moyenne portée (mid-range socio-technical theories) dans la recherche sur les changements induits par les TI. Des théories dont le champ de validité se limite à une TI spécifique dans un contexte donné. Elle argumente que la recherche acharnée de théories de grande portée va nécessiter un niveau élevé d’abstraction et va induire la disparition de nouveau de l’artefact informatique.

5.4 Vers le réalisme critique comme fondement épistémologique

Bygstad et al affirment (2016) que le réalisme critique a gagné en intérêt et en légitimité au cours de la dernière décennie comme une alternative à la fois aux approches positivistes et interprétatives dans recherche en système d’information. Cette philosophie se caractérise par :

-Une ontologie réaliste soutenant qu'il existe un monde, efficace sur le plan causal, indépendant de notre connaissance. Il défend cela à la fois contre le positivisme classique qui ramènerait le monde à ce qui peut être observé et mesuré de manière empirique, et les diverses formes de constructivisme qui réduiraient le monde à notre connaissance humaine de celui-ci.

-Une épistémologie relativiste affirmant que l’accès à ce monde est limité et toujours médiatisé par nos lentilles perceptuelles et

théoriques. Autrement dit, la connaissance du monde est socialement produite.

-Une pluralité méthodologique résultant du fait que le monde est peuplé par différents types d’objets de connaissances - physiques, sociales et conceptuelles. Ces objets ont différentes caractéristiques ontologiques et épistémologiques. Ils ont donc besoin d’une gamme de méthodes de recherche et méthodologies pour y accéder.

5.5 Vers une explication par les mécanismes sociaux

Avgerou (2013) constate que la construction de propositions explicatives dans les recherches à caractère processuel3 en système d’information suit généralement un script épistémique récurent. Ce script consiste en l’emprunt de concepts aux théories sociales à portée générale ou à l’une de leur domestication dans le domaine des SI. Les concepts empruntés serviront de grille d’analyse pour les observations empiriques collectées à travers des études de cas. Cette confrontation entre concepts et observations aboutis généralement à un affinement conceptuel permettant de mieux expliquer le phénomène d’intérêt du chercheur.

L’auteur appel à aller au-delà de cet affinement conceptuel pour identifier les processus causaux spécifiques aux phénomènes. Elle avance, également, que la focalisation des chercheurs sur l’identification des mécanismes sociaux est de nature à augmenter le pouvoir explicatif des théories développées.

Ces différentes pistes ont permis de baliser les terrains théorique, épistémologique et méthodologique pour une théorisation de la matérialité des TI (Figure 5).

3 - L’Auteur se base sur la distinction de Markus, M. L.,

& Robey entre “variance and process theories” in Markus, M. L., & Robey, D. (1988) Information technology and organizational change: causal structure in theory and research. Management science, 34(5), 583- 598.

Sous Système Social

Sous Système technologique Sous Système

Informationnel

Fig.4. Les trois dimensions d’un artefact informatique

(9)

ELHAKOUMI K. / Le champ d’affordances de la théorie de l’affordance pour la recherche en système d’information

© ISMI | Journal, Vol. 2, No. 2, December 2018

58 L’aboutissement de cet effort collectif de la

communauté des chercheurs en SI se cristallise, actuellement, autour de l’usage de la théorie de l’affordance. Cette dernière s’est révélé un terreau théorique fécond pour la conceptualisation de l’artefact informatique.

6 LA THEORIE DE LAFFORDANCE

Gibson (1977, 1979) a articulé les principes de base de la théorie de l'affordance pour exprimer sa vision écologique de la cognition. Selon cette vision un acteur ne perçoit pas un objet dans l’environnement comme un ensemble de caractéristiques inhérentes à cet objet et indépendantes de l’acteur. Mais, il le perçoit en terme de ce qu'il lui "offre" en termes de possibilités d'action pour atteindre son objectif.

Ces possibilités sont perçues directement et ne nécessitent pas d'analyse cognitive des caractéristiques l'objet. Gibson soutient également que les possibilités d’utilisations d’un objet préexistent à la perception de l’acteur. Ainsi, une chaise offre à un humain adulte la possibilité de s’asseoir (s’il le souhaite) et ne nécessite pas de cette personne qu’elle analyse consciemment la hauteur, la stabilité ou la solidité de la chaise. De même, un système de messagerie électronique offre à un utilisateur disposant des fonctionnalités appropriées la possibilité de communiquer (Volkoff, O., & Strong, D. M. (2018).

7 LA THEORIE DE LAFFORDANCE DANS LA RECHERCHE EN SYSTEME DINFORMATION

Hutchby (2001) est le premier auteur à avoir importé la notion d’affordance pour l’étude de la relation entre un artefact technologique et les acteurs dans les organisations. Il définit l’affordance comme « les aspects fonctionnel et relationnel qui encadrent (frame), mais ne déterminent pas, les possibilités d’action d’un acteur en relation avec un objet ». L’objectif primaire de ce sociologue était la recherche d’une voie médiane entre les approches constructiviste et réaliste quant à l’étude de la technologie en sociologie.

Se basant sur ces prémisses, les chercheurs en système d’information en général et particulièrement ceux s’intéressant aux usages des TI dans les organisations, se sont appropriés la théorie de l’affordance comme cadre de référence. Les revues spécialisées foisonnent de publications faisant référence, directement ou indirectement, à cette théorie.

Pozzi, G et al (2013) ont présenté un cadre d’analyse pour offrir une vision globale sur les principales thématiques traitées par cette littérature. Ce cadre est conçu sous forme d’un processus séquentiel en quatre temps.

Premièrement, l’existence des affordances résulte de l'interaction entre l'artefact informatique et l'organisation. Deuxièmement,

Centralité de l'Artefact informatique Prise en compte des trois dimensions :

Technique, sociale, informationnelle Plan épistémologique : Réalisme critique comme posture

Plan méthodologique : Mécanismes sociaux comme

processus explicatifs Plan Théorique :

- Approche socio-technique - Théorie à portée moyenne

Fig.5. Synthèse des pistes ayant préparé la théorisation des TI

(10)

ces affordances doivent être perçues ou reconnues par l'organisation. Troisièmement, elles sont actualisées sous forme de comportements que les organisations adoptent se basant sur les possibilités d'actions perçues.

Quatrièmement ce comportement produira des effets (Figure 6).

Utilisant ce cadre d’analyse comme guide pour une revue de la littérature, Pozzi, G et al (2013) ont constaté que les chercheurs en système d’information se sont focalisés sur l’étude des deux premières phases du processus : L’existence et la perception des affordances avec des recherches à prédominance théorique ou sous forme d’études de cas. Selon eux, l’actualisation et l’effet des affordances demandent une attention particulière de la part des chercheurs.

8 LES POSSIBILITES OFFERTES PAR LA TA

POUR LA RECHERCHE EN SI

L’appropriation de la théorie de l’affordance par la communauté scientifique de la recherche en système d’information a offert à cette communauté une multitude de possibilités. En effet, la rencontre entre cet artefact théorique qu’est la théorie de l’affordance et d’une communauté scientifique en quête de la confirmation de son identité a fait émerger l’existence d’une multitude d’affordances. Le potentiel de ces affordances a immédiatement été perçu par les membres de cette communauté. L’engouement qu’a connu la théorie de l’affordance depuis l’étincelle lancée

par l’article pionnier de Hutchby, I. (2001) témoigne de cette perception. Volkoff (2018) affirme qu’« Au cours de la dernière décennie, les possibilités offertes par la théorie gibsonienne traditionnelle de l’affordance ont été reconnues et des appels lancés pour l’utiliser dans nos travaux recherches (Markus et Silver, 2008; Zammuto et al., 2007). De nombreux chercheurs ont répondu à ces appels et ont fait des découvertes intéressantes et utiles ».

Nous énumérerons, dans ce dernier point, ce qu’on considère comme les principales affordances offertes par cette théorie en terme de conceptualisation des TI

8.1 Offrir un cadre théorique permettant la prise en compte de la matérialité des TI La théorie de l’affordance se base sur une ontologie relationnelle donnant une importance égale aux volets social et matériel. Cette caractéristique a permis aux chercheurs en SI d’y voir une voie médiane leur permettant de dépasser les débats autour de la primauté de l’un des termes des dichotomies sujet-objet et structure-agence. Les TI ne sont plus vues comme un assemblage de caractéristiques techniques (a bundles of features) pour un usager générique (generic user). La prise en compte des intentions des acteurs, leurs capacités et les spécificités du contexte social devient une impérative pour la théorisation des TI. Faraj, S., & Azad, B. (2012) affirment ainsi que les affordances sont à la fois fonctionnelles Artefact

informatique

Organisation

Effets des affordances Actualisation

des affordances Existence

des affordances

Perception des affordances

Processus cognitif Processus de

reconnaissance Comportement

Fig.6. Cadre d’analyse de l’utilisation du concept d’affordance dans la littérature SI

(11)

ELHAKOUMI K. / Le champ d’affordances de la théorie de l’affordance pour la recherche en système d’information

© ISMI | Journal, Vol. 2, No. 2, December 2018

60 (les artefacts ont une présence matérielle) et

relationnelles (elles diffèrent d’un contexte d’utilisation à un autres) en raison de la nature symbolique et sociale de l’assemblage technologie-organisation.

8.2 Permettre une caractérisation plus fine des TI

La théorie de l’affordance a permis l’affinement de certaines théories de référence en SI qui traitaient les TI d’une manière sommaire et marginalisaient leurs caractéristiques matérielles. L’exemple type est la théorie de la structuration adaptative (TSA) développée par DeSanctis and Poole (1994). Cette théorie caractérise la structure sociale dans la technologie par deux composantes :

- Les caractéristiques structurelles (structural features) : Il s’agit des règles et ressources spécifiques offertes aux utilisateurs par le système. Selon la TSA, ces caractéristiques induisent la manière dont l’information peut être recueillie, manipulée ou gérée par les utilisateurs. En ce sens, elles sont porteuses à la fois de sens (de signification selon Giddens) et de contrôle (domination) dans l’interaction.

- l’esprit de la technologie : L’esprit fait référence à l’intention générale, c’est-à-dire aux buts et valeurs incarnés par la technologie. Il correspond à la ligne de conduite officielle à adopter par l’utilisateur, aux finalités qui lui sont assignées. l’esprit participe à la légitimation en fournissant des cadres normatifs aux comportements appropriés dans le contexte de la technologie.

Malgré le caractère innovateur des deux concepts précédents, ils ont été taxés de vagues et de source de confusion vue la transgression de la version originale de la théorie de la structuration de Giddens (Robey, D., Raymond, B., & Anderson, C.,2012). Cette dernière considérant la structure sociale comme trace mnésique donc intangible.

En raison de ce qui précède, Markus &

Silver (2008) ont proposé la substitution des deux concepts précédents par trois concepts dont l’un faisant référence à la théorie de

l’affordance : les objets techniques (technical objects), les affordances fonctionnelles (functional affordances) et les expressions symboliques (symbolic expressions). L’intérêt de cette nouvelle conceptualisation réside dans : - La restauration claire de la matérialité des TI à travers le concept d’ « objets techniques » faisant référence aux propriétés techniques des TI. Ces propriétés sont indépendantes de n’importe quel aspect fonctionnel ou interprétation apportée par l’utilisateur.

- La mise en valeur du rôle de l’utilisateur à travers le deuxième concept d’ « affordances fonctionnelles » définit par les deux auteurs comme « les possibilités offertes, par les objets techniques, pour un groupe d’utilisateurs agissant dans le cadre d’une action collective finalisée ».

A titre de conclusion, nous pouvons confirmer que la théorie de l’affordance a pu amorcer une nouvelle dynamique dans la recherche en système d’information car elle a permis aux chercheurs de s’affranchir des obstacles entravant la prise en compte de la matérialité des TI. Elle a offert ainsi un cadre d’analyse fédérateur de tous les efforts cumulés pour le dépassement de cette faiblesse.

9 CONCLUSION

Les recherches portant sur les changements induits par les TI dans les organisations souffraient d’une faiblesse majeure. Il s’agit de l’incapacité à appréhender, théoriquement, son objet principal qui est la technologie de l’information. Cet artefact caractérisé par sa matérialité ne pouvait être abordé que d’une manière détournée faute de cadre théorique permettant de conceptualiser cette caractéristique. Les efforts cumulatifs de toute une communauté sur les plans épistémologique, théorique et méthodologique ont finis par donner forme à une convergence vers plusieurs choix. L’utilisation de la théorie de l’affordance a permis de fédérer ces choix et de lancer une nouvelle dynamique de recherche.

(12)

Notre article a essayé de reconstituer ce parcours en se basant sur les principaux auteurs à l’origine de travaux fédérateurs ayant posés la base d’un travail cumulatif ultérieur. Cette reconstitution permet, à notre sens, d’offrir une vue synthétique sur l’évolution de la recherche sur la thématique du changement induit par les TI dans les organisations.

Nous ne prétendons pas à l’exhaustivité dans ce travail de synthèse ni d’avoir traité les points évoqués avec le détail nécessaire. D’autres recherches permettront d’enrichir cette synthèse ou de se focaliser sur les différents développements sur un point spécifique.

10 REFERENCES

Akhlaghpour, S., Wu, J., Lapointe, L., & Pinsonneault, A. (2013). The ongoing quest for the IT artifact:

looking back, moving forward. Journal of Information Technology, 28(2), 150-166

Avgerou, C. (2013). Social mechanisms for causal explanation in social theory based IS research. Journal of the Association for Information Systems, 14(8), 399-419.

Benbasat, I., & Zmud, R. W. (2003). The identity crisis within the IS discipline: Defining and communicating the discipline's core properties. MIS quarterly, 183-194.

Bygstad, B., Munkvold, B. E., & Volkoff, O. (2016).

Identifying generative mechanisms through affordances: a framework for critical realist data analysis. Journal of Information Technology, 31(1), 83-96.

Chatterjee, S., Xiao, X., Elbanna, A., & Saker, S. (2017, January). The information systems artifact: a conceptualization based on general systems theory.

In Proceedings of the 50th Hawaii International Conference on System Sciences.

Chiapello, È., & Gilbert, P. (2013). Sociologie des outils de gestion. Paris, La Découverte.

De Vaujany, F. X. (1999). Stylisation de l'appropriation individuelle des technologies Internet à partir de la TSA. Systèmes d'Information et Management (French Journal of Management Information Systems), 4(1), 57-74.

Faraj, S., & Azad, B. (2012). The materiality of technology: An affordance perspective. Materiality and organizing: Social interaction in a technological world, 237, 258.

Goldkuhl, G. (2013). From ensemble view to ensemble artefact–An inquiry on conceptualisations of the IT artefact. Systems, Signs & Actions, 7(1), 49-72.

Hatch, M. J., & Cunliffe, A. L. (2009). Théorie des organisations: de l'intérêt de perspectives multiples.

De Boeck Supérieur.

Hutchby, I. (2001). Technologies, texts and affordances. Sociology, 35(2), 441-456.

Lee, A. S., Thomas, M., & Baskerville, R. L. (2015).

Going back to basics in design science: from the information technology artifact to the information systems artifact. Information Systems Journal, 25(1), 5-21.

Markus, M. L., & Robey, D. (1988). Information technology and organizational change: causal structure in theory and research. Management science, 34(5), 583-598.

Markus, M. L., & Silver, M. S. (2008). A foundation for the study of IT effects: A new look at DeSanctis and Poole's concepts of structural features and spirit. Journal of the Association for Information systems, 9(10), 5.

Orlikowski, W. J., & Iacono, C. S. (2001). Research commentary: Desperately seeking the “IT” in IT research—A call to theorizing the IT artifact. Information systems research, 12(2), 121- 134

Pozzi, G., Pigni, F., & Vitari, C. (2013). Affordance theory in the IS discipline: A review and synthesis of the literature. In AMCIS 2014 Proceedings.

Robey, D., Raymond, B., & Anderson, C. (2012).

Theorizing information technology as a material artifact in information systems research. Materiality and organizing: Social interaction in a technological world, 217-236.

Rojot, J. (2000). La théorie de la structuration chez Anthony Giddens. Structuration et management des organisations, 47-57.

Volkoff, O., & Strong, D. M. (2018). Affordance theory and how to use it in IS research. The Routledge companion to management information systems.

New York: Routledge.

Wand, Y., & Weber, R. (1995). On the deep structure of information systems. Information Systems Journal, 5(3), 203-223

Wang, H., Wang, J., & Tang, Q. (2018). A Review of Application of Affordance Theory in Information Systems. Journal of Service Science and Management, 11(01), 56.

(13)

ELHAKOUMI K. / Le champ d’affordances de la théorie de l’affordance pour la recherche en système d’information

© ISMI | Journal, Vol. 2, No. 2, December 2018

62

APPENDICE: SYNTHESE DE L’ARTICLE D’ORLIKOWSKI (2001)

Perspective Courants Idées clés Principaux auteurs

Déterministe

Déterminisme technologique

La technologie est considérée comme une variable indépendante produisant des changements prédictibles sur les caractéristiques organisationnelles comme la structure, la taille, flux d'information, les processus de décision et déterminant la performance organisationnelle.

Woodward (1958)

Harvey (1968)

Hickson, Pugh, and Pheysey (1969),

Déterminisme social

La technologie n'a d'influence sur l'organisation qu'à travers l'interprétation qu'en font les acteurs. Son impact est conditionné par d'autres caractéristiques organisationnelles tel que les choix stratégiques, la distribution du pouvoir, les processus informationnels et le contexte local d'utilisation.

Bjørn‐Andersen, Eason and Robey 1986; Child 1972; Zuboff 198 Fulk 1993; Prasad 1993

Emergente

Une perspective adoptant une position intermédiaire essayant d'accommoder les deux influences technologique et sociale. Le changement organisationnel émerge de l'interaction complexe et dynamique entre les caractéristiques de la technologie, l'histoire de l'organisation et son contexte ainsi que les choix des acteurs et leurs actions.

système socio-technique (école Tavistock)

L'organisation est un système ouvert, en permanente interaction avec son environnement. Les choix organisationnels internes reflètent la conjugaison des

influences technologique et sociale. Mumford 1981

La contribution de Kling et ses collègues

Ce courant critique une vision instrumentale et décontextualisée de la technologie. Il propose une vision plus globale insérant la technologie dans un écosystème composé de personnes, d'infrastructure, de ressources, de politiques et de relations sociales influençant sa conception, son adoption, son usage et sa maintenance.

Kling and Iacono 1984;

Kling and Scacchi 1982

L'étude de Barley's (1986)

La technologie est vue comme une opportunité pour déclencher des dynamiques sociales qui engendreront à leur tour des changements structurels. Malgré qu'elles soient conceptualisées comme objet social dont le sens est déterminé par le contexte d'usage, les propriétés matérielles de la technologie restent stables dans le temps et à travers les différents contextes d'utilisation.

Barley's (1986)

Perspective Courants Idées clés Principaux auteurs

Perspectives basées sur la théorie de

structuration de Giddens

Cette perspective est basée sur la notion de structure tel que conceptualisée par Giddens. Ce dernier la considère comme des règles et des ressources intériorisées par les acteurs et mis en œuvre par eux, d'une manière récurrente dans

La théorie de la structuration adaptative

Deux types de structures sont proposés par cette théorie : la structure incorporée dans la technologie et la structure émergeant de l'interaction entre les acteurs humains et cette technologie.

La TSA se focalise sur les processus d'adaptation par lesquels les acteurs produisent et transforment les structures à travers leurs actions.

DeSanctis and Poole (1994)

(14)

© ISMI | Journal, Vol. 2, No. 2, December 2018

La variante développée par Orlikowski

Souligne deux aspects fondamentaux de la technologie en relation avec le changement organisationnel :

- la technologie façonne et elle est façonnée par les actions des acteurs.

- les interactions entre la technologie et les acteurs est permanente et dynamique.

2000) (ERP)systems

(Boudreau and Robey 2005),

intranets (Vaast and Walsham 2005), nomadic computing (Cousins and Robey 2005)

Perspective Courants Idées clés Principaux auteurs

Perspective issue de la sociologie des sciences et des technologies

Façonnage social de la

technologie Vise à montrer comment le design de la technologie est façonné par les forces sociétales telles que la politique, l’idéologie, le genre social et l'appartenance ethnique.

(Mackenzie and Wajcman 1999)

La construction sociale des technologies

Ce courant est préoccupé par la façon dont la «flexibilité interprétative» des artefacts technologiques leur permet d'être considérés comme des solutions à des problèmes définis par une variété de «groupes sociaux pertinents» (plutôt que d'intérêts sociaux plus larges). Au fil du temps, la flexibilité interprétative diminue à mesure que la conception d'un artefact se stabilise et vient incarner un ensemble particulier d'intérêts.

Pinch and Bijker 1984

La contribution de Pickering

Les effets des technologies sont émergents au sein d’une zone de rencontre entre machines, façons de faire, théories, faits, relations sociales qui interagissent dans ce qu'il appelle « the mangle of practice ». Pickering parle d'une dialectique de la résistance et de l'accommodation pour décrire comment les acteurs d'adaptent aux contraintes imposées par la technologie.

Pickering (1995),

La théorie de l'acteur réseau

Les entités n'ont pas de qualités intrinsèques, ils acquièrent leurs formes et attributs à travers leur interaction avec d'autres entités. Ce principe est étendu à relation entre les artefacts technologiques et les acteurs humains. On ne parle plus d'influence entre le social et les technologique mais de participants à un réseau d'actant humains et non- humains.

(Latour 1987, 1999).

Perspective Courants Idées clés Principaux auteurs

Perspective issue des "workplace studies", Le travail coopératif assisté par ordinateur et la cognition distribuée

Le travail coopératif

assisté par ordinateur Le principal apport de ce courant est l'utilisation de la notion d'affordance pour décrire les aspects habilitants et contraignants de la matérialité des artefacts techniques.

(Hutchby 2001)

(15)

ELHAKOUMI K. / Le champ d’affordances de la théorie de l’affordance pour la recherche en système d’information

© ISMI | Journal, Vol. 2, No. 2, December 2018

64

Sciences de la cognition La reconnaissance que la cognition est une caractéristique émergente et distribuée entre plusieurs acteurs et artefacts.

(Hutchins 1995; Lave 1988; Rogers 1993) Rogers and Ellis (1994)

Perspective basée sur les contextes formatifs, théorie du procès de travail (Labour process theory) et le réalisme critique

Contextes formatifs Explique les mécanismes de la relation d'influence mutuelle entre les routines et les interprétations liées à la technologie et le contexte organisationnel.

Ciborra and Lanzara 1994; Ciborra, Patriotta and Erlicher 1995) Théorie du procès de

travail (Labour process theory)

La technologie comme moyens entre les mains des managers pour fragmenter le travail et séparer le travail manuel et intellectuel. L'objectif est l'aliénation des travailleurs et leur subordination au dictat de la technologie.

(Noble 1977; Perrolle 1986)

Réalisme critique

A l'opposé de Giddens limitant la structure sociale à de simples

« traces mnésiques » instanciées dans les interactions sociales, Les adeptes de ce courant considèrent que les structures sociales préexistent à l'action humaine. Cette prise de position n'empêche pas de considérer que les structures sont reproduites et à travers l'agence humaine ( Human agency).

Bhaskar (1989) and

Archer (1995).

Dobson 2001; Mingers 2004

Références

Documents relatifs

Quant à la représentation du personnel dans les petites entreprises, la loi prévoit depuis 1982 la possibilité d’élire des « délégués de site » dans les établissements

En effet, non seulement l’”Essai sur les éléments de philosophie” n’est pas un ouvrage à proprement parler, puisqu’il constitue le quatrième volume

« La production de textes courts pour prévenir les difficultés dans l’apprentissage de la lecture et/ou pour y remédier ». André Ouzoulias in Comprendre et aider les enfants

Bon, c’est sûr que la motricité fine, effectivement dans tous les exercices de motricité fine où on peut voir… parfois, c’est pas flagrant, il y a un enfant qui peut tout à

Les objectifs visés par ce travail sont la caractérisation des eaux de la rivière Lukunga par la détermination des paramètres de pollution physico-chimique dans

Ainsi, c’est grâce à cette activité de rétrospection que le lecteur va découvrir des épisodes dont il n'a pas eu connaissance jusqu’à ce moment de lecture (Rachid révèle

Bien que l’auteur s’en défende dans un entretien (El-Watan, 15-05-2005, article signé par Bouziane Benachou) « Je ne suis pas un écrivain de l’urgence », ces textes ont

عجارملا ةمئاق - LEE; Joontae, structure de propriété, stratégie de diversification et gouvernance des entreprises coréennes, thèse de doctorat en sciences