Gabrielle SENTIS
NATURE HISTOIRE ART
Vingt-huit photographies noir et blanc, deux en couleurs et une carte
DU MEME AUTEUR
LA VALLEE DE LA GUISANE :
I - Monêtier, mon village. II - Serre-Chevalier.
EXCURSIONS DANS LA VALLEE DE LA GUISANE : Guide avec une carte, cinq croquis et photographies.
L'ART DU BRIANÇONNAIS :
Ouvrage honoré d'une souscription par le Conseil Général des Hautes- Alpes, et couronné par l'Académie Française, prix Georges-Goyau 1976.
I - Peintures Murales. II - Sculpture et Art Populaire.
L'OISANS :
Histoire, Traditions, Légendes.
Ouvrage couronné par l'Académie Française, prix Broquette-Gonin, 1979.
SAINT-TROPEZ, CITE CORSAIRE : L'Histoire, les Bravades, les Artistes.
Ouvrage couronné par l'Académie Française, prix Toutain, 1981.
LEVALGAUDEMAR:
Nature, Histoire, Légendes.
LA LEGENDE DOREE DES HAUTES-ALPES.
© G. Sentis 1982
Légende de la couverture :
Chapelle et « bachal » de Fontcouverte en octobre.
Au Lecteur
Ami lecteur, voici encore le « portrait d'une vallée ». Après le Valgaudemar, la Clarée, car nous refusons le nom de
« Névachie », dont la consonnance est pour le moins...
fâcheuse ! De plus, il avantage la commune de Névache, en oubliant Val-des-Prés.
Nous nous sommes donc proposé d'étudier toute la vallée de la Clarée, ce qui n'avait pas encore été fait. Pour Névache, nous avons eu deux excellents guides : l'ancienne étude de Rostol- land, et celle, récente, de S. Bouquier, qui ne désirait pas la rééditer. Il a bien voulu nous « transmettre le flambeau », nous lui en exprimons toute notre gratitude. On trouve encore les
« Eglises et Chapelles » de l'abbé Romagne, et « Aux confins du Briançonnais d'autrefois », de Charles Maurice. A part ces deux ouvrages utiles, le fervent de la Clarée n'avait plus rien pour nourrir sa passion.
Nous lui offrons donc, en toute simplicité, cette nouvelle étude, et faisons appel à ses observations, pour des éditions ultérieures. Nous remercions les habitants de la vallée, ou du Mélézet, qui ont bien voulu nous renseigner. On trouvera également une « mise au point », qui n'avait jamais eu lieu, sur le livre d'Emilie Caries : « Une Soupe aux Herbes sauvages ».
Ami lecteur, c'est à vous d'ouvrir ce petit ouvrage remis entre vos mains : puissiez-vous trouver à le lire un peu de la joie que nous avons eue à l'écrire, dans cette longue durée « qui n'oublie rien, ne perd rien, mais tisse des ascendants aux descendants une trame serrée de difficultés et de facilités, à travers quoi l'Esprit chemine, trouve sa voie, et court, subtil, aigu, inlassable, tel le feu à travers les brandes » (L. Febvre).
A Noëlle Moussy, en affectueux souvenir de Névache.
Portrait d'une Vallée
Vous souvient-il, ami lecteur, de cette intuition poétique :
« les couleurs, les parfums et les sons se répondent » ? Et nulle part mieux qu'en nos vallées alpestres, où les voix des oiseaux, des torrents, des vents, s'unissent aux fleurs diaprées des alpages, aux pollens odorants, en un concert naturel. L'homme a toujours désiré traduire cette harmonie dans sa musique à lui, dont les grands maîtres ont si bien réussi la transmutation que, bien souvent, l'on peut associer une œuvre célèbre à l'un de nos paysages briançonnais. Ainsi, les accents beethovéniens conviennent à la forteresse de Briançon, « la Moldau », de Smetana, pourrait aussi bien s'appeler « la Guisane », et la
« Symphonie Cévenole », de Vincent d'Indy, est tout autant celle du Queyras. Nous ne voyons jamais un haut sommet, Meije, Ecrins, ou Viso, flamber d'or au lever du jour, sans entendre le « salut soleil, salut lumière », aux brillants accords arpégés du réveil de Brünehilde (III acte de Siegfried, de R.
Wagner).
Il nous semble aussi que la vallée de la Clarée fut créée pour Schubert..., qui n'y vint jamais... Mais qu'importe ? Il y est chez lui, par son génie propre, par le charme mystérieux de ses rythmes, dont les appels, les réponses, les poursuites, s'enlacent aux chalets de Fontcouverte, aux roches fauves du Queyrellin, aux forêts et aux pâturages. A chaque pas, mille souvenirs schubertiens murmurent à nos oreilles. Dans la Clarée court « la truite », sous les mélèzes chantent les chœurs de Rosamonde,
« Marguerite au rouet » a aussi un métier à tisser, la « fantaisie du voyageur » s'arrête où elle veut. Plus haut, sur les alpages des Muandes, le vent des Rochilles emporte la voix séductrice du
« roi des aulnes », et le « chant des esprits sur les eaux » s'élève auprès des lacs Laramon, Béraudes ou Serpent. Quant au
« voyage d'hiver », il accompagnera le skieur de fond. On pourrait jouer longtemps cette ineffable « symphonie inache- vée » qui, « venue du cœur doit aller au cœur », comme le disait Beethoven, tant admiré de Schubert.
Moins grandiose que la Vallouise, moins ramifiée que le Queyras, plus secrète que la Guisane, la vallée de la Clarée offre, à son visiteur, d'harmonieux paysages à l'équilibre parfait, dont nous avons évoqué la qualité musicale et le charme envoûtant.
Mais, pour la mieux connaître, il nous faut pénétrer sa structure.
LE ROC ET L'EAU
Située au centre de l'arc alpin occidental, aux confins du Dauphiné, de la Savoie, du Piémont, dans le Briançonnais, sur le 45 parallèle et la ligne de partage des eaux, la vallée de la Clarée s'allonge entre celles de la Guisane et du mont Thabor, dite Vallée Etroite. Cette dernière, dépendance de Bardonnèche, qui eut tant de liens avec Névache, lui a été rattachée en 1947, au traité de paix avec l'Italie, faisant passer la commune de 16 653 ha à 19 193 ha, elle se trouve donc la plus étendue du département des Hautes-Alpes. Val-des-Prés, qui occupe la basse Clarée, possède 1870 ha, Les Alberts relevant de Montgenèvre.
La rivière naît au col des Rochilles, à 2 450 m d'altitude dans un petit lac, appelé jadis « la Mère de l'Eau », et se jette, après 28 km de parcours, dans la petite Durance (à 1 368 m d'altitude) dont elle devrait porter le nom, comme l'ont remarqué tous les géographes. Mais le torrent venu de l'important col de Mont-Genèvre, et symétrique de la Doire Ripaire, eut la préférence des historiens antiques. D'ailleurs, il aurait été dommage de perdre le joli nom, si bien porté, de Clarée. Celui-ci n'apparaît qu'au XVIII siècle, sur la carte de La Blottière : on verra aussi Claire, Clairée, Clairet. Auparavant, c'était « Aqua de Nevachia », ou « l'Eau de Névache », l'Aigue, en dialecte, et ses affluents, les Rious, rif au singulier.
Lorsqu'on s'engage dans la vallée, à la sortie de La Vachette, laissant la montée du Mont-Genèvre sur la droite, elle apparaît rectiligne, du sud au nord, entre les longues arêtes calcaires du
La basse vallée de la Clarée : les Alberts et le Rosier. Au fond, le col de l'Echelle, dominé par les Rois Mages et le Guion.
Val-des-Prés.
Chalvet, Pierron, Pécé, d'un côté, de Peyrolles et Roche Gautier, de l'autre. Elle semble toute provençale, avec ses roches claires ou fauves, enflammées de rouge vif à l'Enroui (près de La Vachette), ses bois de pins aux sombres verdures, ses éboulis fleuris de lavande en été, sous un soleil dont l'éclat et la lumière sont vraiment méridionaux. Val-des-Prés y égrène ses maisons.
Soudain, après Plampinet, elle se coude à angle droit, négligeant l'échancrure du col de l'Echelle, où elle paraissait se terminer, et continue vers l'ouest, parallèlement aux vallées de la Guisane et du Thabor, dont les crêtes, Aiguille Rouge ou Grand Aréa, lui sont frontières. S'ouvre alors un large berceau, où les hameaux de Névache se sont fixés. Le versant d'ombre (ubac ou envers) porte des mélézaies veloutées, tandis que les terrains instables de l'adret se couvrent d'éboulis. Après le village, la route remonte au-dessus de la Clarée, pour aborder la haute vallée qui se redresse au nord ouest. Là se composent les plus beaux paysages, parmi les prés fleuris, où s'égrènent les vieux chalets bronzés par le temps, où la Clarée court dans les mélèzes, sur un lit de pierres colorées que son eau limpide fait miroiter, dominés par les pointes fauves, calcaires dolomitiques du massif des Cerces, vibrantes dans l'air bleu. C'est là que nous rencontrerons le mieux notre Schubert, dont les rythmes errent encore du Verney à Laval. Un large cirque de sommets dénudés clôt la vallée, de la Cime des Banchets au voisin Mont Thabor, à l'altitude moyenne de 2 900 m, à peine échancrée par le col des Rochilles, où naît la Clarée, et qui conduit sur Valloire, par son frère jumeau de la Paré. Il s'y trouve encore une borne frontière portant d'un côté le lys de France, de l'autre la croix de Savoie.
En ses trois orientations successives, la Clarée a donc creusé son thalweg dans la zone intra-alpine briançonnaise, loin du grand massif cristallin Meije, Ecrins, Pelvoux. Tout son cirque terminal et sa rive gauche appartiennent aux terrains du Houiller et du Carbonifère de la Maurienne voisine, qu'on retrouve au Chardonnet, à Buffère, Cristol, sur l'adret de la Guisane, etc. Leurs formes adoucies permettent aux pâturages de monter assez haut. Mais, entre Rochilles et Buffère, ils sont recouverts par un synclinal ébréché de calcaires dolomitiques et de quartzites, qui darde les pointes aiguës du massif des Cerces (Queyrellin, Cerces, Crépin, Banchets), des Crêtes du Diable, du Grand Aréa.
Le col du Chardonnet, ouvert dans le Houiller, offre un
BIBLIOGRAPHIE
L'abbé Antoine ALBERT : Histoire... du diocèse d'Embrun, 1783, épuisé.
Aristide ALBERT : Biographies du canton de Briançon, 1895, épuisé.
Alphonse BALCET : La seigneurie de Névache : Annales des Alpes, t. XV, épuisé.
Serge BOUQUIER : Guide historique et touristique de la vallée de Névache, 1970 et 1974, Montpellier, épuisé.
François FRAY : L'habitat traditionnel dans la vallée de la Clarée.
Revue « Le Monde Alpin et Rhodanien », 1978, 1-2.
Charles MAURICE : Aux confins du Briançonnais d'autrefois, 1976.
MOUTHON : Monographie de la commune de Névache. Revue d'Ethnographie et d'Anthropologie du Dauphiné, 1907, épuisé.
Jérôme PINONCELY, Directeur du Centre « la Découverte » : Invitation au ski de découverte, 1972, épuisé. Plaisir et liberté du ski de promenade: 1-1977, 11-1980. Diffusion Didier- Richard.
Catherine RAVARY : Randonnées pédestres dans la vallée de Névache (en vente sur place).
Abbé ROMAGNE : Eglises et chapelles de Névache, Lyon, 1980.
J. ROMAN: Dictionnaire topographique des Hautes-Alpes, 1887, épuisé.
H. ROSTOLLAND : Névache et la vallée de la Haute Clarée, Gap, 1930, épuisé.
Thérèse SCLAFERT : Le Haut-Dauphiné au Moyen-Age, 1926, épuisé.
Enquêtes sur l'habitat des vallées du Briançonnais, des Affaires Culturelles d'Aix-en-Provence, que nous désirons remercier ici pour leur amabilité.
Les ouvrages épuisés peuvent être consultés dans les bibliothèques publiques.
Les photographies sont de l'auteur sauf indications contraires.
Imprimerie GUIRIMAND, 38000 GRENOBLE Dépôt légal 2 trimestre 1982
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