1474 Revue Médicale Suisse – www.revmed.ch – 13 juillet 2011
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Vingt-deux heures
Gros lundi de consultation, où j’ai buvardé les inquiétudes accumulées le long des jours de fermeture, avec une séance de supervision comme la cerise sur le tiramisu. J’ai fini tard.
La consultation, c’est une couche du biscuit sec de la chronicité, ramolli par le café de l’imprévu et adouci au mascarpone des ré- ponses à tout. Et la cerise regarde le dessert avec un certain recul.
Je me restaure d’un vitello tonnato estival et stupidement ouvre mon agenda de poche :
délai pour le billet de la Revue médicale… Ce n’était pas noté dans l’agenda du cabinet…
Et ce soir je n’ai pas d’inspiration.
Heureusement que l’excellent Guy Patin vient à mon secours, ce confrère frondeur qui dé- testait Mazarin et écrivit de si belles lettres à son collègue lyonnais : «la postérité se passera aisément de mes écrits : aussi n’ay-je pas beau- coup d’envie d’en laisser : il n’y a que deux sortes de gens qui écrivent, les sages et les fous et je me connais pour n’être ni l’un ni l’autre. De plus la vie que nous menons est trop agitée. L’exercice de notre profession nous ôte cette tranquillité qu’il faut avoir quand on veut écrire pour l’éternité.»
Guy Patin s’est contenté d’écrire des lettres où se lisent jour après jour ses réflexions. Cet espace quotidien d’isolement et de pensées doit être revendiqué par le praticien occupé.
François Mauriac, qui préfaçait le livre de son frère médecin parlait de «l’heure la plus riche, celle où dans le silence nocturne, l’homme surmené de besognes se retrouve enfin, con- carte blanche
Dr Daniel Widmer Médecine générale FMH Médecine psychosomatique et psychosociale ASMPP 2, avenue Juste-Olivier 1006 Lausanne
centre les éléments épars de son être, se re- compose en lisant un chapitre de Montaigne,
une page de Pascal. Alors tout ce que, grâce au plus beau des métiers, il a pu, au long des jours, recueillir d’observations, s’éclaire et prend sa valeur humaine».
Ce soir je suis las et me souviens de mes
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Revue Médicale Suisse – www.revmed.ch – 13 juillet 2011 1475 fatigues d’étudiant à la veille des examens,
de celles de l’interne réveillé dans la nuit et qui sommeille sur ses écarteurs, du généra- liste de garde appelé au poste de police pour une alcoolémie et qui le lendemain doit discuter de politique professionnelle avec des assureurs frais et dispos. Ce soir je n’ai plus d’idées pour un billet d’humeur. C’est à moitié vrai puisque la fatigue est une hu- meur…
Mais je vous raconterai tout de même quel ques instants de ma supervision, pour que vous goûtiez aussi de la cerise.
– Je prendrai ma retraite dans quelques an- nées… mais comment me séparer de mes patients ?
– C’est vrai que, vous les généralistes, vous êtes des dépositaires d’histoires. Déposi- taires, cela veut dire que vous ne confrontez pas forcément les patients à leur histoire comme un psychothérapeute…
– Mais que vais-je faire de toutes ces his- toires quand je partirai ?
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