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Du latin SERVARE = "CONSERVER DEVANT" et OB = "SOI".

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Academic year: 2022

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Texte intégral

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Du latin SERVARE =

"CONSERVER DEVANT"

et OB = "SOI".

Jean-Pierre GESLIN - E.N. 93

Mars 1991 – Le Bourget

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I – DEFINITIONS :

Observer, c'est suivre le déroulement d'un phénomène de façon attentive en faisant usage de ses sens ou d'un appareil qui les supplée ou permet de dépasser leur capacité (loupe, microscope, outils de dissection, techniques de préparation...)

Observer est donc un exercice sensoriel par lequel on ne se contente pas de voir ou d'entendre mais par lequel on passe de voir à regarder, d'entendre à écouter, par lequel on touche ou on goûte ou on sent et qui amènera à nommer.

Le maniement d'instruments venant prolonger notre système sensoriel est délicat et exige beaucoup d'esprit critique afin d'éviter de perturber le phénomène observé. (Cf. les techniques de fixation utilisées dans la réalisation des lames pour microscope qui peuvent entraîner l'apparition d'artéfacts).

Analyser, c'est décomposer en éléments (pensez à une analyse de sang qui consiste à recenser les éléments entrant dans la composition du sang, à étudier leur nombre et leurs caractéristiques).

Observation et analyse ont en commun de nécessiter des qualités d'ordre et de méthode et de viser un objectif (on n'observe ou on n'analyse pas pour le plaisir d'observer ou d'analyser mais parce que l'on cherche à résoudre tel ou tel problème : l'observation et l'analyse constituent des moyens pour atteindre ce but).

L'observation dépasse l'analyse en ce sens :

1. qu'elle ne se contente pas de faire décomposer puis nommer (Cf. la leçon d'observation "classique" aujourd'hui dépassée) mais qu’elle constitue une activité investigatrice : elle cherche à faire saisir des relations au sein d'un ensemble. En d'autres termes, l'observation n'est pas un simple exercice sensoriel mais une opération intellectuelle liée à la perception et qui consiste en une prise de conscience claire de certaines relations à l'intérieur d'une perception globale.

2. qu’elle sous-tend un choix : parmi les phénomènes observés il faut choisir, au sein de leur multiplicité, ceux qui apparaissent les plus pertinents, c’est -à-dire ceux qui semblent le plus en rapport avec la question que l’on se pose

Apprendre à observer c’est :

1. Apprendre à retenir un critère d’observation en relation avec la question que l’on se pose (si la question concerne la respiration d’un poisson on observera les

mouvements de la tête et non pas de la queue ou des nageoires…),

2. Apprendre à analyser c’est-à-dire à repérer les divers éléments (un croquis ou un dessin d’observation peuvent aider).

Exemple : le poisson ouvre et ferme la bouche, ses opercules battent. Ces 2 phénomènes sont rythmiques et alternés. On peut observer un mouvement d’eau entrant dans la bouche en suivant les particules qui sont entraînées avec. Des filaments rouges sont repérables sous les opercules…

3. Apprendre à retenir les éléments judicieux dans la masse des données perçues (2ème phase de choix)

4. Traduire ce résultat de l’observation sous une forme communicable (texte, tableaux, diagrammes, graphiques, documents photographiques, dessins, schémas…)

5. Conclure,

6. Apprendre à interpréter (à confronter les nouvelles données aux observations ou connaissances antérieures).

L'observation doit se distinguer de l'interprétation qui fait appel à des rapprochements avec d'autres situations et d'autres informations (ce qui exige de se souvenir et de comparer) et conduit à des hypothèses qui dépassent les données de l'observation.

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2 - LES DIFFERENTES FORMES D'OBSERVATION :

a) L'observation spontanée = observation libre = observation divergente :

Que ce soit en maternelle ou en primaire, une observation sauvage doit toujours précéder l'étude organisée d'un objet, d'un animal, d'une plante... Les élèves ont en effet besoin d'entrer en contact physique avec l'objet, d'exprimer leurs impressions ou leurs sentiments (joie, admiration face à une bestiole à fourrure par exemple)... I'enseignant ne doit pas être trop pressé...

"On peut aussi classer sous cette rubrique les OBSERVATIONS FORTUITES et OCCASIONNELLES que les élèves sont amenés à faire au cours de la vie de la classe, des sorties, ou en dehors du cadre scolaire. Ces observations anarchiques et fugaces gênent parfois le maître à cause du tour imprévu que prennent les activités scolaires : le maître avait prévu une visite au château fort à orientation historique et les élèves s'attardent à suivre l'évolution des canards dans les douves du château".

Activités d'éveil scientifiques à l'Ecole Elémentaires - Objectifs, méthodes, moyens.

Brochure n° 62 de "Recherches pédagogiques" - INRP. 1973

L'observation spontanée sous - tend une motivation mais ne débouche pas toujours sur une communication fournie et précise...loin de là !

En l'absence de formulation des observations, le maître, pour débloquer la situation, peut proposer un dessin libre. Le commentaire (direct ou concernant le dessin) fait apparaître un mélange d'observations exactes mais souvent ponctuelles et d'affirmations erronées.

L'OBSERVATION LIBRE EST INDISPENSABLE car elle renseigne l'enseignant : - sur les intérêts des enfants

- sur les représentations préalables des élèves, représentations qu'il conviendra de faire évoluer.

b) De l'observation libre à l'observation organisée :

- L'observation fortuite d'un phénomène peut se traduire par une réaction d'étonnement lorsque le fait va à l'encontre des connaissances antérieures ("fait polémique"1).

* Exemple 1 : s'étonner de voir que notre papillon adulte, une vanesse, possède 4 pattes alors que nous savons que les insectes ont 6 pattes (il s’agit en fait d’une atrophie des pattes antérieures associée à un repli de celles-ci sous le thorax).

* Exemple 2 : s'étonner de voir une chenille "pondre des larves"

lorsqu'on sait que les chenilles sont elles-mêmes des larves (il s'agit en réalité d'une chenille parasitée par d'autres larves qui la quittent en perforant ses té guments).

*Exemple 3 : Claude Bernard observe que les lapins qu'on vient de lui apporter du marché ont une urine claire et acide. Cette observation prend pour le physiologiste français une dimension polémique car il sait que "les lapins ont ordinairement une urine trouble et alcaline, en leur qualité d'herbivores tandis que les carnivores ont au contraire les urines claires et acides".

- L'observation fortuite, source d'étonnement, va induire une question (l'enfant se contente souvent d'une affirmation à propos de laquelle il faudra l'amener à douter)

Comment répondre à la question ? a Recherche d'une méthode qui peut correspondre à une observation organisée ou à une expérimentation (on se place dans ce seconde cas dans des conditions artificielles).

* observation précise, fine : en regardant avec attention le papillon adulte de la vanesse, on découvre qu'il existe une troisième paire de pattes plus petites et impropres à la locomotion, cachée dans les poils du thorax (exemple 1).

1 Bachelard : il faut distinguer le fait -question qui a le sens d'une contradiction et le fait - solution,

Cynthia cardui, la vanesse

2 paires de pattes…

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* observation prolongée : exemple : mettre en élevage les larves qui sont sorties de la chenille (exemple 2). On découvrira ainsi qu’il s’agit d’une espèce différente.

* émission d'une hypothèse que l'on vérifiera expérimentalement.

Claude Bernard (exemple 3) suppose que les lapins n'ont pas mangé depuis longtemps et "se trouvent ainsi transformés par l'abstinence en véritables animaux carnivores, vivant de leur propre sang"... reste à imaginer des expériences testant l’hypothèse...

Claude Bernard redonne une alimentation constituée de végétaux aux lapins et constate que leur urine redevient trouble. Il même une expérimentation similaire sur un autre herbivore : le cheval et obtient les mêmes résultats. Il nourrit enfin des lapins de bœuf bouilli froid et constate que leur urine reste limpide et acide.

c) L'observation orientée = observation systématique = observation convergente :

On distingue quatre types d'observation organisée = orientée = convergente...

* L'observation dynamique :

Elle porte :

† sur un comportement (ex. : décomposer les phases d'un mouvement par le mime, le dessin, le langage oral ou écrit ;repérer les différentes étapes de la construction d'une toile par une araignée...)

† sur une fonction (rythme des battements cardiaques...)

† sur un développement (le cycle du papillon en élevage...)

* L'observation statique :

Elle porte sur une forme ou une organisation.

En classe, il est souhaitable que l'observation statique ne précède pas l’observation dynamique mais la suive...

- spontanément, l'enfant s'intéresse plus aux actions qu'à leur support anatomique.

- il sera plus aisé d'éviter le finalisme... l’oiseau n'a pas des plumes "pour voler" mais vole (action) parce qu'il possède (entre autres) des plumes de tel type sur telles parties du corps.

- on évite ainsi "de faire du cimetière" (étude de pièces anatomiques sans questionnement préalable).

Si le critère de l'observation statique (qu'il soit quantitatif : "Combien de pattes ?" ou qualitatif

"Décomposez la fleur en ses différentes parties" est imposé par le maître, on risque de retomber dans la "leçon d'observation" qui se fixait pour but l'observation. Cette "leçon" qui consistait à poser des questions aux enfants (méthode interrogative) donnait des qualités d'ordre et de méthode mais laissait peu de place à la motivation véritable, à la recherche libre, à la créativité et au travail en équipe.

* Observation de corrélations :

Exemple : corrélation entre course et rythme respiratoire, entre locomotion de la larve de libellule et l'expulsion d'eau par l'insecte, entre une forme et une fonction (ce qui conduira à la notion d'adaptation...)

* Coordination d'observations successives :

Très souvent pratiquées en classe, ce sont des activités pour lesquelles les observations se déroulent en plusieurs phases échelonnées dans le temps et séparées par d'autres activités. C'est le cas des cultures, des élevages, des sorties successives dans un même milieu.

II sera ainsi possible :

- de mettre en évidence des relations de type : le bourgeon donne la feuille, la chenille devient un papillon, de l’œuf sort un poussin, le têtard se métamorphose en grenouille...

- de réaliser une synthèse d'observations à partir d'observations successives (Cf. dans les grandes classes les colorations successives d'un même matériel observé au microscope afin de parvenir à une synthèse).

- de vérifier une hypothèse par des observations répétées et comparées. C'est ainsi que l'on notera une corrélation entre la croissance d'une plante et sa situation en différents lieux de la pièce.

Le lapin : un féroce

carnassier

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3 – COMPTE -RENDU DE L'OBSERVATION :

Toute observation doit déboucher sur une formulation de l’acquis dépourvue d'anthropomorphisme, objective et rédigée en termes accessibles... c’est-à-dire :

- recensant les conditions précises de sa réalisation de façon qu'elle soit reproductible (schéma de montage électrique par exemple).

- ayant dans la mesure du possible un caractère synthétique qui permette de saisir les relations mises en évidence (corrélation entre une structure et une fonction, aboutissement à un classement ou à une détermination, découverte d'un cycle de vie ou d'une relation causale).

Ce peut être

* un dessin d'observation avec titre et échelle

* un schéma qui peut utiliser des conventions normalisées (diagramme floral par exemple)

* une trace é crite, un histogramme, une courbe de croissance, un tableau...

- se gardant des généralisations et extrapolations hâtives :..."l'enfant glisse souvent du compte - rendu d'observation à l'expression personnelle : après avoir commencé à dessiner un papillon avec beaucoup de réalisme, il ornera les ailes pour "faire plus beau"..." "L'essentiel est qu'il ne confonde pas le domaine de l'imaginaire et celui de la communication objective et qu'il maîtrise peu à peu les contraintes spécifiques de chaque mode d'expression" (INRP, 1973, RP n° 62).

« On ne s’aperçoit le plus souvent que l’enfant a dépassé les représentations initiales qu’au moment de la structuration quand les données sont formalisées par l’ensemble de la classe ».

"Activités d'éveil scientifique Tom e IV – Initiation biologique"."Recherches pédagogiques" n° 86 - INRP. 1976.

4 - L'INTERPRETATION DE L'OBSERVATION :

Elle ne doit pas se confondre avec le compte - rendu, ce n'est pas une simple analyse du phénomène observé (contrairement à une définition souvent utilisée). II s'agit d'une extension prenant en compte d'autres informations (livresques par exemple) et qui présente déjà des caractéristiques liées au travail de

"l'interprète".

Quand on interprète, on explicite, on commente, on élucide, on tente de préciser ce que l’on considère comme le sens vrai du résultat.

L'interprétation présente déjà les caractères d'une hypothèse (contrairement à l’analyse des résultats de l'observation).

"L'interprétation est le travail de pensée qui consiste à déchiffrer le sens caché dans le sens apparent…" P. Ricoeur, "le conflit des interprétations", Seuil, 1969.

5 - LES DIFFICULTES EPISTEMOLOGIQUES :

L'épistémologie est l’étude critique du développement, des méthodes et des résultats des sciences.

II serait erroné de penser qu'il suffit d'observer pour comprendre et de considérer qu'un fait ne peut recevoir qu'une seule interprétation.

Les chercheurs ont souvent nié ou ignoré des faits, construit des théories opposées à partir de l'observation d'un même fait...un seul exemple...

Actuellement, on ne sait toujours pas par quel mécanisme précis le message nerveux est transmis d'un neurone à l’autre au niveau des synapses chimiques bien que l’on dispose d'images photographiques.

- Certains auteurs défendent l’hypothèse vésiculaire : libération du médiateur chimique dans la fente synaptique par le biais des vésicules venant fusionner avec la membrane.

- D'autres considèrent qu'il faut retenir l'hypothèse cytoplasmique :

le médiateur proviendrait du cytoplasme du neurone et serait libéré Schéma d’une synapse.

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… Tous les chercheurs disposent des mêmes données mais leur interprétation est différente.

En classe, de telles situations sont fréquentes mais ces contradictions sont bénéfiques car elles apprennent à (enfant à douter, provoquent des discussions et des échanges d'idées entre les équipes. II est même bon que le maître suscite de tels "conflits cognitifs".

CONCLUSION :

"L'observation ne se limite pas au domaine conventionnel des sciences, elle intervient constamment dans la vie scolaire, le jeu ou le travail..." .

"L'observation d'un même phénomène, même faite un très grand nombre de fois par un très grand nombre d'observateurs ne garantit pas l'universalité de ce phénomène" (Henry Chamussy).

Jamais un observateur n'enregistre comme un appareil photographique ou un magnétophone, car il donne du sens à ce qu'il voit ou entend, palpe ou hume. L'observation comporte toujours une part de subjectivité liée à l'observateur.

"D'autre part, il est artificiel de séparer l’observation de

l'ensemble de la démarche scientifique ; l’observation est une

activité créatrice (réaction d'étonnement, jaillissement

d'hypothèses) et régulatrice qui accompagne constamment la

pensée scientifique".

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L’essentiel en 1 page…

OBSERVER

(du latin SERVARE = conserver devant et OB = soi)

OBSERVER = suivre le déroulement d’un phénomène de façon attentive en utilisant

ses sens

ou un appareil qui les supplée ou permet de dépasser leur capacité.

OBSERVER est donc un exercice sensoriel par lequel on passe de voir à regarder, d’entendre à écouter, par

lequel on touche ou on goûte ou on sent et qui conduit à nommer.

ANALYSER : c’est décomposer en éléments.

Exemple : analyse de sang.

OBSERVER = analyser

au plan des qualités d’ordre et de méthodes recherchées

par le fait qu’on vise un objectif : il s’agit d’un moyen pour atteindre un but.

Observer c’est d’abord savoir pourquoi on observe.

OBSERVER ? analyser

1. Par le fait qu’on cherche à établir des relations au sein d’une perception globale ou avec le même objet à un autre moment ou

encore avec un autre objet.

2. et par le fait que l’on ne retient que les éléments qui semblent les plus pertinents.

OBSERVATIONS Observation spontanée

= libre = divergente

• observation sauvage

observations fortuites et occasionnelles

Observation orientée = systématique = convergente

obs. dynamique : portant sur des comportements (et leurs étapes) + des fonctions (et leurs rythmes) + des développements (et des cycles)

obs. statique : portant sur des formes et organi - sation (attention au finalisme… « c’est fait pour »…)

obs. de corrélations (par exemple entre fonctions et formes … vers la notion d’adaptation)

coordination d’observations successives.

Intérêt : renseigne le maître :

sur les intérêts des enfants

Intérêt :

Acquisition de qualités d’ordre et de méthode.

Vers un compte rendu d’observations.

… on cherche à comprendre

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