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Versoyen, Gets, Sesia
AMSTUTZ, André
AMSTUTZ, André. Versoyen, Gets, Sesia. Compte rendu des séances de la Société de physique et d'histoire naturelle de Genève , 1971, vol. 6, no. 1, p. 12-13
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Séance du 18 février 1971
A. AMSTUTZ. - Versoyen, Gets, Sesia.
Dans leur carte structurale des zones alpines comprises entre Mont-Blanc et Pelvoux, R. BARBIER et F. ELLENBERGER notaient en 1954: «Le lambeau du Versoyen (schistes lustrés et roches vertes du Petit-Saint-Bernard) pose des problèmes non résolus (enracinement local, ou origine exotique par involution)». Depuis lors, une longue étude pétrographique de cette «zone du Versoyen» a paru, mais n'a rien apporté de nouveau quant à la provenance, à l'origine de cet ensemble de schistes lustrés et ophiolites; et le problème est donc resté, tout autant qu'auparavant, irrésolu.
De même, pour les ophiolites et roches connexes qui reposent sur la nappe de la Brèche près du col des Gets et qui sont attribuées à une nappe sus-jacente, il y a encore beaucoup d'incertitude dans les explications qui ont été données quant à leur provenance; et il y a donc là aussi un problème à résoudre.
Or, il me semble qu'une réponse à ces deux questions peut être trouvée dans le cadre des phases tectogènes que j'ai envisagées et exposées pour les Pennides et les Préalpes au cours de ces dernières années. Mais pour cela, pour discerner les facteurs qui peuvent, par leur coordination, apporter une réponse à ces questions, il faut tout d'abord rappeler ces divers épisodes de la formation des Alpes:
l) Dès le début du Trias, affaissement, étirement et :fissuration de la zone Mont-Rose, créant là un très abondant volcanisme basaltique. Dans les zones Saint-Bernard et Sesia, affaissement, étirement et volcanisme beaucoup moindres, mais cependant masses basaltiques importantes à Lanzo, Emilius, etc.
2) Subductions cisaillantes et déversements de masses Saint-Bernard dans la fosse Mont-Rose à la fin du Jurassique, jusqu'à la remplir en majeure partie; et création d'un bourrelet subcrustal très asymétrique.
3) Comme conséquence de cette asymétrie (voir le tableau paru dans Eclogae, t. 64/1, p.149), subductions cisaillantes en sens inverse des précédentes, et, de l'Eo- au Mésocrétacé, création de trois nappes à l'état embryonnaire: tout d'abord Donnaz- Dent-Blanche, puis Bard-Mont-Mary, puis Arnaz-Emilius; avec les subdivisions et les grandes écailles qu'impliquent non seulement les lentilles calcaréo-dolomitiques trouvées à l'intérieur de ces nappes, mais aussi la grande masse ophiolitique sise sous les gneiss Emilius. Entre ces trois périodes de subduction cisaillante, deux
« phénomènes intercalaires » avec inversion de la résultante des forces dérivant du courant primordial et du courant secondaire agissant de part et d'autre du bourrelet subcrustal. Jusqu'à la fin du Crétacé, écoulement des trois nappes embryonnaires précédentes dans la grande dépression longitudinale créée progressivement par les trois périodes de subduction; les masses Mont-Mary glissant sur les masses elles-
SÉANCE DU 18 FÉVRIER 1971 13 mêmes glissantes Emilius, et les masses Dent-Blanche bénéficiant de la somme de ces glissements, pour parcourir des dizaines de km.
4) Subduction cisaillante de la zone d'Ivrée et de sa couverture permocarbo- nifère et mésozoïque sous la zone Sesia, à la fin du Crétacé.
5) Série de subductions cisaillantes Courmayeur-Airolo, créant, à l'état embryon- naire, la plupart des nappes préalpines, durant l'Eocène.
Dans ces phases géosynclinale et tectogènes apparaissent les facteurs qui, par leur coordination, peuvent répondre aux deux questions que posent le Versoyen et les Gets. Il appert, en effet, que les basaltes, bien que prédominants dans la zone Mont-Rose, sont aussi montés dans la zone Sesia, encore plus que dans les parties de la zone Saint-Bernard contiguës de la zone Mont-Rose. De la zone Sesia, le chemi- nement cumulatif de la nappe Dent-Blanche, glissant sur la nappe Mont-Mary, qui glissait elle-même sur la nappe Emilius, les a certainement transportés à 30, 40 ou 50 km de leur lieu d'épanchement. Et, partant, ils sont certainement parvenus dans la grande dépression longitudinale (sillon valaisan) qu'ont certainement créée, progressivement, les trois subductions cisaillantes Donnaz, Bard, et Arnaz. Que la série de subductions éocènes Courmayeur-Airolo les ait ensuite repris, cisaillés et, par écoulement (phénomène complémentaire et amplificateur), portés encore plus en avant, rien de plus naturel. D'où, leur présence qu'on pourrait qualifier de banale aux Gets, et leur présence au contact du cisaillement du Versoyen, dans une zone radicale éocène.
Il importe, dès lors, de comprendre qu'il serait déraisonnable de continuer à attribuer une provenance, une origine canavesane à ces éléments préalpins. Car ces éléments se sont mis en mouvement vers le N au début du Crétacé, tandis que la subduction canavesane est néo-crétacée et n'a fait, en surface, que des transports vers le sud, absolument pas vers le nord.