• Aucun résultat trouvé

Enseignement de recommandations pour la pratique : la prévention et le dépistage

N/A
N/A
Protected

Academic year: 2022

Partager "Enseignement de recommandations pour la pratique : la prévention et le dépistage"

Copied!
6
0
0

Texte intégral

(1)

J. Sommer J. Cornuz A. Goeldlin D. M. Haller J.-P. Humair T. Rosemann P. Tschudi L. Herzig

introduction

Afin de pouvoir enseigner des recommandations actualisées aux étudiants en médecine, nous proposons de faire le point sur celles concernant la prévention et le dépistage au cabinet du médecin de famille/premier recours (MF/MPR). Les recom- mandations internationales et nationales doivent être inté- grées par le MF/MPR afin qu’il les propose à ses patients.1-4 En effet, il s’agit toujours de choisir parmi les nombreuses mesures de prévention celles qui sont efficaces, applicables, efficientes et appropriées pour la situation du patient. Il est important de rendre explicite les raisons du choix ou de l’omis- sion des recommandations. Nous sommes guidés dans cette tâche par notre connaissance du patient et de son contexte en fonction de son sexe, de son âge, de ses facteurs de risque et de la prévalence d’une maladie donnée. Ces recom- mandations sont le résultat d’une collaboration des cinq instituts de MF/MPR uni- versitaires suisses.

approchegénérale (tableau 1)

Le MF/MPR doit avoir en tête les recommandations préventives fondées sur les preuves et adaptées à la Suisse en matière de dépistage, conseils de préven- tion et vaccins à prodiguer à toute personne en fonction de son âge et de son sexe. Le tableau 2 précise les interventions reconnues efficaces et donc recom- mandées pour la pratique clinique chez l’homme et la femme. Il faut transmettre à l’étudiant que l’atout majeur du MF/MPR est de connaître «son» patient, ce qui lui permet de mieux définir son profil de risque et d’adapter les mesures préven- tives recommandées avec un programme individualisé et contextualisé.

La prévention couvre une palette de mesures classées en préventions primaire, secondaire, tertiaire et quaternaire. Nous nous limiterons ici aux mesures de pré- ventions primaires et secondaires.

Teaching practice recommendations : prevention and screening

The aim of this article is to provide guidance to family doctors on how to tutor students about effective screening and primary preven- tion. Family doctors know their patients and adapt national and international guidelines to their specific context, risk profile, sex and age as well as to the prevalence of the disorders under consideration.

Three cases are presented to illustrate gui- deline use according to the level of evidence (for a 19-year-old man, a 60-year-old woman, and an 80-year-old man).

A particular strength of family medicine is that doctors see their patients over the years.

Thus they can progressively go through the various prevention strategies, screening, coun- selling and immunisation, accompanying their patients with precious advice for their health throughout their lifetime.

Rev Med Suisse 2014 ; 10 : 1045-51

Cet article vise à aider le médecin de famille/premier recours (MF/MPR) à enseigner aux étudiants les stratégies pour appli­

quer les interventions efficaces et recommandées de préven­

tion primaire et de dépistage en pratique clinique. Le MF/MPR connaît son patient et peut appliquer les recommandations préventives reconnues efficaces en les adaptant selon ses con­

texte, profil de risque, sexe et âge ainsi que de la prévalence des maladies.

Trois vignettes permettent d’illustrer l’application pratique des recommandations préventives en fonction de leur niveau de preuves (jeune homme de 19 ans, femme de 60 ans, homme de 80 ans).

C’est la force du MF/MPR de suivre son patient dans le temps et de pouvoir compléter progressivement les mesures de dé­

pistage, conseils préventifs et vaccinations pour un patient donné afin de lui prodiguer tout au long de sa vie des conseils utiles à sa santé.

Enseignement de recommandations

pour la pratique : la prévention et le dépistage

formation

(2)

La prévention primaire comprend les mesures visant à prévenir la survenue d’une maladie par des conseils pré- ventifs, une prescription ou des vaccins.

La prévention secondaire comprend le dépistage, soit l’identification d’une maladie alors qu’elle est encore mé- connue. Les programmes de dépistage populationnels s’adressent à des personnes asymptomatiques. Le dépis- tage est reconnu efficace s’il existe des mesures thérapeu- tiques efficaces pour enrayer l’évolution spontanée de la maladie. Un tel dépistage apporte plus de bénéfices que de nuisances autant au niveau humain que financier, avec un bon rapport coût-efficacité.5 Pour la majorité des situations, la maladie concernée doit avoir une prévalence significative pour représenter un problème de santé publique, et la méthode de dépistage doit avoir une sensibilité et spéci- ficité optimales. Le rôle du MF/MPR est complexe puis qu’il doit à la fois participer aux programmes de dépistage po- pulationnels et envisager des dépistages opportunistes in- dividuels, à l’occasion d’un bilan annuel ou d’une deman- de de check-up. Rappelons par contre que l’identification précoce d’une maladie pauci-symptomatique n’est pas à proprement parler un dépistage mais un diagnostic précoce, parfois posé grâce à la sagacité, au gut feeling du médecin.

Anamnèse

Le plus important avec chaque patient sera d’abord de clarifier ses attentes spécifiques : en effet, un patient venant pour un contrôle de santé a souvent en tête un agenda personnel, parfois non explicite (le fameux agenda caché), reposant soit sur une expérience récente de problème de santé survenu à un proche, soit une crainte propre ou d’une personne de son entourage ; chaque contrôle de santé se situe donc dans un contexte très particulier que le MF/MPR est bien placé pour identifier. Certaines des mesures re- commandées auront donc souvent déjà été contrôlées lors d’autres consultations et le MF/MPR peut démontrer à l’étu- diant comment la prise en charge dans la continuité permet une prise en charge globale et comment certaines mesures préventives seront glissées lors de chaque opportunité de rencontre avec le patient au cours du temps, qu’il vienne pour une grippe ou une entorse.

On montrera ensuite à l’étudiant comment conduire une

anamnèse par système classique pour identifier un éven- tuel problème somatique ou psychique : c’est par cette approche que le MF/MPR dépiste un problème de santé méconnu.

Les recommandations sont fortes pour quelques éléments- clés notamment : on pratiquera de façon récurrente un dé- pistage de la dépression (et le cas échéant de la suicidalité) puisque la prévalence de la dépression est supérieure à 10%

dans la population du MF/MPR.6 Le dépistage de la dépres- sion peut se faire par les deux questions d’Aroll7,8 (sensi- bilité de dépistage de la dépression 97%, spécificité 67%) :

• ces deux dernières semaines, vous êtes-vous senti triste, déprimé ou pessimiste ?

• Ces deux dernières semaines, avez-vous moins d’intérêt ou de plaisir dans les activités que vous appréciez habi- tuellement ?

Si le dépistage est positif, on explorera la présence d’idées suicidaires.

Le médecin pourra démontrer à l’étudiant que dans cer- taines situations sa connaissance du patient permettra de dépister d’autres maladies psychiques (par exemple, un trou- ble anxieux) sans faire recours à un dépistage systématique.

Une évaluation de différents domaines des habitudes de vie est recommandée et sera pratiquée le plus souvent de façon progressive au cours de plusieurs consultations selon le temps disponible et la connaissance du patient ; le cas échéant, des conseils pour améliorer les points suivants peuvent être prodigués :

• l’alimentation : l’apport des graisses, des fibres et du cal- cium ainsi que l’équilibre alimentaire.

• L’activité physique régulière.

• La consommation de substances : alcool, tabac, drogues illicites, éventuellement médicaments.

Chez tout patient, il est utile d’aborder la consommation de substances de façon non jugeante pour lui offrir une opportunité de faire le point sur son éventuelle consomma- tion et d’évaluer son envie d’entreprendre un changement dans ces domaines en pratiquant une brève intervention motivationnelle :9

• les relations sexuelles à risque : conseils de «safe sex»

ou discussion d’une contraception.

• La violence conjugale ou domestique.

• L’hygiène bucco-dentaire : brossage des dents, passage de fil dentaire, consultation chez le dentiste ou l’hygiéniste dentaire.

• La sécurité routière : alcool au volant, utilisation de la cein- ture de sécurité, port du casque à moto ou vélo.

Examen clinique

A l’examen clinique, il est reconnu utile de dépister l’obésité et l’hypertension artérielle chez chaque patient en mesurant la tension artérielle ainsi que le poids/la taille, afin de calculer l’indice de masse corporelle (IMC).

Les examens complémentaires reconnus utiles au dépis- tage dépendront pour chaque patient de son anamnèse, de son âge, de son sexe et de ses éventuels facteurs de risque (tableau 2) ; les maladies suivantes peuvent faire l’objet d’un dépistage :

• l’hypercholestérolémie ;

• le diabète ; Tableau 1. Approche générale du bilan de dépistage/

prévention chez tout patient asymptomatique Anamnèse chez tout patient

1. Agenda caché

2. Anamnèse par systèmes pour rechercher • une éventuelle pathologie somatique

• une symptomatologie psychiatrique, en particulier la dépression (r éventuelle suicidalité)

3. Habitudes de vie • alimentation • activité physique

• consommation de substances : alcool, tabac, drogues illicites, médicaments

• sécurité routière • hygiène bucco-dentaire 4. Examen physique

5. Examens complémentaires selon l’âge et le sexe 6. Prescription préventive

7. Vaccinations

(3)

• l’acide folique pour prévenir la survenue de non-ferme- ture du canal neural lors de grossesse.

• La prévention de certaines maladies tropicales (ne sera pas abordée ici).

• Certaines sociétés et groupes de prévention recomman- dent l’aspirine en prévention primaire si le risque cardio- vasculaire à dix ans est supérieur à 10% (calcul possible sur

• le cancer du sein et du col utérin chez la femme ;

• le cancer du côlon ;

• la dysthyroïdie.

Prescription

Il existe quelques prescriptions médicamenteuses prou- vées efficaces en prévention primaire :

Tableau 2. Degré de preuves des mesures de prévention primaire et dépistage pour l’adulte L 18 ansa

Faible niveau de preuves Bon niveau de preuves Très bon niveau de preuves

Anamnèse

Plainte actuelle Dépistage dépression (2 questions) Personne âgée Anamnèse par systèmes r éventuel dépistage suicidalité • Evaluation de la mémoire

• Sommeil • Evaluation du risque de chutes

Anamnèse socioprofessionnelle

• Profession/éducation

• Revenu inférieur au minimum

• Gestion du stress

Conseils/évaluation

Alimentation Alimentation Hygiene bucco-dentaire

• Fibres • Alimentation équilibrée (fruits-légumes) • Brossage/fil dentaire

• Calcium • Cholestérol/graisses • Apport de fluor (dentifrice)

• Eviter excès de sel Habitudes • Arrêt du tabac

Obésité (IMC M 30) • Activité physique régulière Tabagisme

• Conseils perte pondérale • Soleil (éviction, crème, protection) • Conseil arrêt du tabac

• Détection trouble mental • Safe sex/conseils MST • Substitut nicotinique ou varénicline ou bupropion

• Approche multidisciplinaire Tabagisme Sécurité personnelle

Dépendances • Référer à un programme antitabac • Protection antibruits

• Dépistage : substances, drogues, Alcool

médicaments, internet, autres • Evaluation du problème

• Conseils diminution • Conseils pour consommation à risque consommation/sevrage Sécurité personnelle

• Ceinture sécurité/casque vélo/moto

Status

• Poids/taille et IMC • Tension artérielle

• Vue : panneau Snellen

• Ouïe : voix chuchotée

Prescription

• Apports de calcium pour assurer 1000 mg/jour • Acide foliqueb (0,4-0,8 mg/jour si grossesse)

• Vitamine D (800-1000 IU/jour) dès 60 ans • Aspirine 100 mg/jour si risque CV L risque hémorragique

(femme 55-79 ans) (homme 45-79 ans)

Investigations

• Thyréostimuline (tous les 3 ans • Glycémie à jeun ou HbA1c (si haut risque • Colonoscopie dès 50 ans (tous les 10 ans) ou sang si plus de 50 ans) L 33% ; tous les 3 à 5 ans) fécal occulte (tous les 1 à 2 ans)

• Mammographie (50-69 ans, tous les 1 à 2 ans) • PAP-test (tous les 1 à 3 ans jusqu’à 65 ans si

en réévaluation sexuellement active)

• Ostéodensitométrie (M 65 ans ou l 65 ans à • Lipides à jeun (M 45 ans ; tous les 5 ans) haut risque, réévaluer le risque tous les 1 à 3 ans) • Lipides à jeun (M 35 ans ; tous les 5 ans) • Lipides à jeun (20-45 ans si haut risque ; tous • Ultrason abdomen à la recherche d’anévrisme

les 5 ans) aorte abdominale (1 x entre 65-75 ans si tabagisme

• Lipides à jeun (20-35 ans si haut risque ; tous actif ou ancien)c

les 5 ans) • Sérologies VIH et syphilis (si haut risque)

Vaccins

• Coqueluche (si contact avec petits • Varicelle (2 doses) ou contrôle immunité • Tétanos r diphtérie tous les 20 ans (rdiphtérie) enfants et malgré coqueluche dans varicelle jusqu’à 65 ans puis tous les 10 ans

l’enfance) • Rougeole-oreillons-rubéole (2 doses) si non • Influenza/grippe (tous les ans dès 65 ans ou si risque élevé)

• Méningocoque (risque élevé) immun né après 1963 ou risque professionnel • Pneumocoque (vaccin conjugué dose unique si

• Papillomavirus (âge 9-26 ans) • Rubéole ou contrôle immunité immunosupprimé à risque d’infection invasive)d

• Hépatite B (3 doses, à 11-15 ans ou si non immun

à haut risque)

a (Adapté à la Suisse selon réf.3,10,14).

b En rouge : spécifique à la femme.

c En bleu : spécifique à l’homme.

d Le vaccin antipneumocoque n’est plus recommandé chez les patients de plus de 65 ans depuis 2014.

(4)

le site www.agla.ch) ou si le bénéfice attendu de ce traite- ment est supérieur au risque de saignements (www.ahrq.gov).

• La question du dépistage du déficit en vitamine D et de sa substitution reste ouverte ; il faut y songer chez les per- sonnes âgées ou à risque d’ostéoporose.

• Une supplémentation en calcium doit également être envisagée selon l’âge et l’apport alimentaire pour prévenir l’ostéoporose.

Vaccination

Le carnet de vaccination devra être revu afin de discuter avec le patient des vaccinations conseillées.10 A tout âge, la discussion du carnet de vaccination offre une porte d’en- trée idéale pour discuter de manière plus approfondie de prévention avec nos patients.11 Le carnet de vaccination électronique peut être encouragé auprès de tous les pa- tients familiers avec l’informatique (www.mesvaccins.ch).

approchesspécifiques

A travers trois vignettes, nous allons définir les interven- tions préventives recommandées selon le sexe et l’âge (jeune, adulte, personne âgée) sans répéter les éléments de l’approche générale, mais en soulignant les aspects spé- cifiques pour chaque situation.

Pour les trois vignettes, vous demandez à votre étudiant :

• quelles questions posez-vous à ce/cette patiente ?

• Que recherchez-vous à l’examen physique ?

• Quels examens complémentaires proposez-vous ?

• Quels conseils prodiguez-vous ?

• Quels vaccins conseillez-vous ?

vignette

1

Un jeune patient de 19 ans, en formation à l’école d’hôtelière, va partir pour un stage de six mois à Hong Kong et vient au cabinet pour faire un contrôle de santé avant son départ.

Afin d’apporter des conseils individualisés aux besoins du patient, il sera particulièrement utile d’identifier chez un patient jeune (12-24 ans environ) :

• les prises de risque : consommation d’alcool à risque, conduite en état d’ébriété, consommation de substances, prise de risque lors de relations sexuelles non protégées, etc.

• Son équilibre social et psychique : dépistage de la dé- pression, du risque suicidaire et des angoisses, exploration des relations avec ses proches et pairs, de ses occupa- tions, de la scolarité/formation professionnelle, ainsi que de la vie sentimentale et sexuelle.12

• Une anamnèse alimentaire brève peut être utile chez un jeune et plus souvent encore chez les jeunes filles afin de dépister un trouble alimentaire ou de prodiguer si néces- saire quelques conseils sur une alimentation équilibrée.

Examen clinique

Il sera utile de répondre par l’examen clinique aux ques- tions spécifiques du jeune en le rassurant sur sa normalité.

Examens complémentaires

Si l’anamnèse et l’examen clinique ne révèlent aucun élément ou facteur de risque pour une maladie sous-ja- cente, aucun examen complémentaire n’est recommandé chez un jeune. Les examens les plus fréquents sont une sérologie VIH ou d’autres maladies sexuellement transmis- sibles (notamment chlamydia) selon le comportement rap- porté et la demande du patient.

Vaccinations

Il sera utile de vérifier le statut vaccinal (tableau 2) du jeune, qui a parfois manqué ses derniers contrôles pédiatri- ques ou débuté des vaccins dont certaines doses manquent (chez ce patient une seule dose pour l’hépatite B a été ef- fectuée).

vignette

2

Une patiente de 60 ans, connue pour hypertension ar- térielle, travaillant comme maman de jour à domicile pour petits enfants, consulte pour un bilan de santé.

A nouveau, il s’agira de démontrer à l’étudiant combien il est utile de connaître la patiente afin de pouvoir prati- quer en un temps limité un contrôle de santé efficace en permettant de proposer à cette patiente les recommanda- tions qui lui seront utiles.

Anamnèse

L’agenda caché de cette patiente révèle qu’un de ses amis vient de mourir d’un cancer du poumon alors qu’elle fume toujours et, comme lui, elle tousse tous les matins…

On complètera ensuite une anamnèse par système en précisant en particulier les plaintes pulmonaires et cardio- vasculaires (elle crache tous les matins des expectorations grises, ne présente pas de dyspnée, ni de perte de poids ni d’hémoptysies).

Pour la suite de l’anamnèse et de l’évaluation des habi- tudes de vie, il sera utile de démontrer à l’étudiant quels points mentionnés plus hauts sont déjà connus par le mé- decin et ont déjà été évalués lors d’autres consultations, ou lesquels peuvent être complétés comme :

• offrir une intervention brève concernant le tabagisme adapté à son degré de motivation à l’arrêt ; si elle est peu motivée, on lui proposera un entretien motivationnel ; si elle est très motivée, on proposera une consultation spéci- fique pour l’aide à l’arrêt incluant des stratégies comporte- mentales et un traitement médicamenteux du sevrage ta- bagique.

• Préciser chez cette femme ménopausée ses apports cal- ciques (en prévention de l’ostéoporose avec un besoin de 1000 mg calcium/jour)13 et ses habitudes alimentaires (cho- lestérol et fibres). Il s’avérera chez cette patiente une ali- mentation riche en graisses et pauvre en fibres : des con- seils individualisés peuvent lui être donnés.

Examen physique

En plus des éléments génériques, on examinera ses seins et éventuellement sa vision et son ouïe.

(5)

Au vu de ses plaintes et de son hypertension artérielle, un examen approfondi de son système cardio-pulmonaire, y compris l’aorte abdominale, sera pratiqué (TA 137/84 mmHg ; IMC 27 kg/m2 ; status cardio-pulmonaire normal excepté un expirium prolongé).

Examens complémentaires

Elle a fait une coloscopie normale il y a cinq ans et une mammographie normale il y a un an. Puisqu’elle n’a plus pratiqué d’examens sanguins depuis trois ans, vous lui pro- posez :

• un bilan lipidique (cholestérol total, HDL et triglycérides) en l’intégrant à un calcul individualisé de risque (tel que le score GSLA).14

• Une glycémie (et une hémoglobine glyquée en cas de glycémie à jeun supérieure à 6,5 mmol/l), surtout si elle est en surpoids ou obèse.

• Coloscopie dans cinq ans.

• Mammographie dans un an (attention : l’efficacité des pro- grammes de mammographie est en train d’être sévèrement remise en cause).

• Eventuellement un dosage de la TSH (thyréostimuline) (sur- tout en cas de plaintes suggestives d’hypothyroïdie) et des fonctions pulmonaires au vu de l’anamnèse de bronchite chronique (afin de diagnostiquer un syndrome obstructif).

Au vu du tabagisme, certains groupes (dont l’U.S. Pre- ventive Services Task Force – USPSTF) proposent une den- sitométrie. Cependant, au vu de l’absence d’autre risque particulier d’ostéoporose (anamnèse familiale négative con- nue, pas de fractures pathologiques, poids, apports calci- ques suffisants, etc.) et un risque évalué comme faible par le score Frax,15 des conseils nutritionnels et l’arrêt du taba- gisme peuvent suffire.

Malgré la consommation de tabac, il est recommandé de ne pas pratiquer de radiographie du thorax de dépis- tage, qui n’apporte aucun bénéfice et augmente le risque d’effets délétères.

S’il s’agissait d’un homme, un ultrason abdominal à la recherche d’un anévrisme de l’aorte abdominale causé par le tabagisme serait indiqué (bien que non remboursé par les assurances). De plus, il est utile de préciser que le dosage de l’antigène spécifique de la prostate (PSA) ne serait pas recommandé de routine au vu du bénéfice incer- tain sur la mortalité et du haut risque de morbidité induite par les investigations et le traitement faisant suite à un taux de PSA élevé. Il n’est recommandé que suite à un par- tage de décision avec le patient et de l’évaluation des risques et bénéfices d’un tel dosage et si le patient est très demandeur.

Vaccinations

Vous vérifierez avec la patiente son statut vaccinal (ta- bleau 2) et surtout lui conseillerez le vaccin de la grippe ainsi que d’ajouter la coqueluche au vu de son activité pro- fessionnelle en contact avec des petits enfants.

Prescription

En plus du renouvellement de son ordonnance pour son traitement, il sera utile de lui prescrire un supplément quotidien de vitamine D 800 U/jour.

vignette

3

Un patient âgé de 80 ans, connu pour bronchite obs- tructive chronique, hypercholestérolémie et hyperten- sion artérielle, vient pour son renouvellement d’ordon- nance d’aspirine 100 mg/jour, lisinopril 20 mg/jour, oxa- zépam 15 mg/jour le soir, atorvastatine 20 mg/jour.

Anamnèse

Il sera particulièrement utile chez un/une patient(e) gériatrique d’évaluer d’éventuels troubles mnésiques ou cognitifs (par exemple, par un mini-mental state) ainsi que son risque de chutes et sa dépendance fonctionnelle. Les autres éléments génériques ne doivent pas être négligés par préjugés sur l’âge.

A l’anamnèse par système, il sera utile d’évaluer une éventuelle incontinence, et de ne pas omettre l’évaluation des différents organes, y inclus la gêne par impotence sexuelle éventuelle.

Dans les habitudes de vie, l’apport de calcium et vita- mine D devrait être assuré et le maintien de l’activité phy- sique devrait être encouragé (www.paprica.ch).

Examen clinique

L’évaluation de la vue et de l’ouïe prend toute son im- portance à cet âge.

Prescription

On peut réévaluer l’indication des différents traitements en se basant sur des aides à la prescription comme STOPP/

START.16 Ici, en particulier, la prescription de statines peut être rediscutée en réévaluant l’indication, de même que la prescription de benzodiazépines doit être sérieusement rediscutée en raison des risques de chutes liés à l’âge et induits par ces substances.

Vaccination

Chez ce patient, outre la vérification de son carnet de vaccination, il s’agira de l’encourager à pratiquer le vaccin de la grippe annuellement.

conclusion

Le MF/MPR doit connaître toutes les recommandations de dépistage, conseils préventifs et vaccinations pour pou- voir les appliquer au cours du suivi de tous ses patients. Il est impossible d’appliquer toutes les recommandations en une fois et d’assurer la santé d’une personne à travers une unique consultation et il importe de définir des priorités selon les niveaux de risques et les besoins du patient. C’est la force du MF/MPR de pouvoir suivre son patient dans le temps et de pouvoir compléter progressivement les me- sures utiles pour un patient donné en lui prodiguant tout au long de sa vie des conseils utiles pour sa propre prise en charge et la prise de conscience de ce qu’il peut faire pour sa santé. Le check-up ou le contrôle de santé périodique n’est pas pris en charge par la LAMal, mais il n’en reste pas moins important pour le MF/MPR de toujours saisir l’oppor- tunité de vérifier que les mesures recommandées essen- tielles ont été appliquées chez chaque patient.17,18

(6)

Implications pratiques

C’est la force du médecin de famille/premier recours (MF/

MPR) de pouvoir suivre son patient dans le temps et de pou- voir compléter progressivement les mesures utiles pour un patient donné en lui prodiguant tout au long de sa vie des conseils utiles pour sa propre prise en charge et la prise de conscience de ce qu’il peut faire pour sa santé

Le MF/MPR puise dans les recommandations reconnues effi- caces les mesures de préventions primaires et secondaires utiles à un patient donné selon son contexte, son âge, son sexe et ses facteurs de risque

Il est important d’enseigner aux étudiants qu’il existe des re- commandations reposant sur des preuves de niveau variable et que le MF/MPR se basera sur sa connaissance du patient pour déterminer quelles recommandations seront utiles ou superflues dans le cas particulier

>

>

>

Les auteurs n’ont déclaré aucun conflit d’intérêts en relation avec cet article.

1 * Beise U, Huber F. Check-up. Medix Schweiz 8.

2011, www.medix.ch/wissen/guidelines/diagnostik/check- up.html

2 * The Guide to Clinical Preventive Services 2012.

Recommendations of the U.S. Preventive Services Task Force.

3 Duerksen A, Dubey V, Iglar K. Annual adult health checkup. Update on the preventive care checklist form.

Can Fam Physician 2012;58:43-7 et site Web : canadian- taskforce.ca/fr

4 Guessous I. Recommandations de dépistage chez l’adulte (recommandations du Service de médecine de premier recours). www.hug-ge.ch/sites/interhug/files/

structures/medecine_de_premier_recours/documents/

infos_soignants/depistages_arce_2013.pdf

5 Guessous I, Cornuz J, Gaspoz JM, Paccaud F. Dé- pistage, principes et méthodes. Rev Med Suisse 2010;

6:1390-4.

6 Observatoire suisse de la santé. La dépression dans la population suisse : données concernant l’épidémio- logie, le traitement et l’intégration socioprofession-

nelle. 2013.

7 Arroll B, Khin N, Kerse N. Screening for depres- sion in primary care with two verbally asked questions : Cross sectional study. BMJ 2003;327:1144-6.

8 Lombardo P, Vaucher P, Haftgoli N, et al. The

«help» question doesn’t help when screening for major depression : External validation of the three-question screening test for primary care patients managed for physical complaints. BMC Med 2011;9:114.

9 Sommer J, Rieder-Nakhlé A, Gache P. L’interven- tion brève motivationnelle au cabinet du médecin de premier recours, Rev Med Suisse 2007;3:2167-70.

10 Plan de vaccination suisse 2013 : www.bag.admin.

ch/ekif/04423/04428/04434/index.html?lang=fr 11 Broder KR, Cohn AC, Schwartz B, et al Adoles cent immunizations and other clinical preventive services : A needle and a hook ? Pediatrics 2008;121: S25-34.

12 Goldenring JM, Rosen DS. Getting into adolescent heads : An essential update Jan 1, 2004. Contemp Pediatr 1988;5:75-90.

13 Sommer J, Uebelhart B. Enseigner les recomman-

dations pour la pratique : l’ostéoporose. Rev Med Suisse 2011;7:1070-7.

14 www.gsla.ch/calcul-du-risque/calculateur-de-risque- du-gsla

15 Site internet pour le calcul du Frax : www.shef.

ac.uk/FRAX/?lang=fr

16 Lang PO, et al. STOPP-START : adaptation en langue française d’un outil de détection de la prescrip- tion médicamenteuse inappropriée chez la personne âgée. Rev Can Santé Publique 2009;100:426-31.

17 Boulware LE, et al. Systematic review : The value of the periodic health evaluation. Ann Int Med 2007;146:

289-300.

18 Laine C. The annual physical examination : Need- less ritual or necessary routine ? Ann Intern Med 2002;

136:701-3.

* à lire

** à lire absolument

Bibliographie

Drs Johanna Sommer et Dagmar M. Haller Unité de recherche et d’enseignement de médecine de premier recours

Faculté de médecine CMU

Dr Jean-Paul Humair

Service de médecine de premier recours HUG, 1211 Genève 4

[email protected] [email protected] [email protected] Pr Jacques Cornuz PMU

Dr Lilli Herzig

Institut universitaire de médecine générale Université de Lausanne

1011 Lausanne

[email protected] [email protected] Dr Adrian Goeldlin

Berner Institut für Hausarztmedizin Universität Bern

Gesellschaftsstrasse 49, 3012 Berne [email protected] Dr Thomas Rosemann Institut für Hausarztmedizin Universität Zürich

Pestalozzistrasse 24, 8091 Zurich [email protected] Dr Peter Tschudi

Institut für Hausarztmedizin Medizinische Fakultät Petersgraben 4, 4031 Bâle [email protected]

Adresses

Références

Documents relatifs

« Ensemble des moyens mis en œuvre soit pour pallier la défaillance aigüe d’une ou plusieurs fonctions vitales dans l’attente d’une guérison, soit pour surveiller des

« Ensemble des moyens mis en œuvre soit pour pallier la défaillance aigüe d’une ou plusieurs fonctions vitales dans l’attente d’une guérison, soit pour surveiller des

We believe that this science of design (science of ingenium) can offer the social sciences, and particularly economics, a better understanding of the way

La principale problématique récurrente dans les revues réalisées sur les études qui évaluent l’effet de la musique sur la douleur est l’hétérogénéité des résultats.

 

3H dont l’évaluation sommative + correction Sinon en fonction de la contrainte temps, cette partie peut être donnée aux élèves sous forme de dossier à compléter (et évaluer) à

Mise en valeur du travail de création : Ronsard au gré des poèmes associe le mythe de Méduse à un autre mythe, complète et dépasse le mythe en attribuant à

Nous présentons l’architecture d’un outil générateur de systèmes conseillers. Le système ÉpiTalk sert à développer un conseiller qui se greffe à un