1518 Revue Médicale Suisse – www.revmed.ch – 11 août 2010
actualité, info
Normalité de la libido (andropause) ? (4)
Achevons ici notre parcours estival abordant différentes facettes – plus ou moins patholo- giques – de la sexualité humaine (Revue mé- dicale suisse des 30 juin, 14 et 28 juillet) ; et achevons-le en saisissant au vol une actualité concernant l’andropause. Ah l’andropause, ce faux parallèle établi – depuis quand ? – avec la ménopause. Mythe ou réalité ? Hasard ou fatalité ? Et quid de cette hydre confrontée à deux phénomènes contemporains majeurs : l’allongement de la durée de l’espérance de vie et, corollaire, la découverte progressive que le grand âge peut ne pas être synonyme d’abandon des multiples plaisirs inhérents à la sexualité ? L’actualité ? On vient, pour la première fois de définir avec une relative ri- gueur les critères qui font qu’un homme peut être considéré comme «andropausé». Les résultats sont depuis peu disponibles sur le site du New England Journal of Medicine.1
Petit retour en arrière. Durant longtemps les choses furent simples, jamais discutées, vécues comme une forme de fatalité. D’un côté, les femmes irrémédiablement condam- nées à la perte progressive puis totale et irré- versible de leurs fonctions ovariennes : la pré ménopause puis la ménopause avec leur cortège de symptômes et la question – tou- jours controversée – de l’innocuité des trai- tements hormonaux proposés pour lutter contre les désagréments de ces symptômes.
De l’autre les hommes conservant – du moins en théorie – des fonctions testiculaires et reproductrices quasi-illimitées. Ces fonc- tions pouvaient certes, ici ou là, perdre en intensité ; elles n’en demeuraient pas moins présentes. C’était ainsi et personne ne son- geait à soutenir le contraire : les hommes ne souffraient pas de ménopause ou de son équi- valent. Du moins jusqu’au moment où des endocrinologues commencèrent à enquêter sur le sujet et à découvrir que la réalité était peut-être quelque peu différente ; que, l’âge aidant, la physiologie du testicule pouvait ne plus toujours demeurer la réplique de ce qu’elle avait été.
C’est ainsi que l’on en vint à parler non pas de ménopause masculine mais d’«andro- pause» ou mieux encore, dans le jargon spé- cialisé, d’«hypogonadisme». Par andropause, on entendait désigner toutes les conséquen- ces cliniques et biologiques de la diminution progressive de la production d’hormones
mâles chez un homme qui avance en âge.
Pour autant, il était inadéquat de vouloir faire un strict parallèle avec la ménopause.
Et d’ailleurs rien n’était vraiment clair dans cette nouvelle entité : il s’agissait d’un phé- nomène inconstant, parfois fugace, renvoyant à des symptômes flous et variés. Qui plus est, on n’en connaissait pas véritablement la cause.
S’agissait-il seulement des conséquences de la diminution de la production de testo- stérone, cette hormone mâle produite par certaines cellules des testicules avant d’agir sur les muscles, les os, le système nerveux central et la glande prostatique ? Placée sous le contrôle d’autres hormones, la production de testostérone est variable au cours de l’exis- tence masculine. Maximale après la puberté, elle commence à décroître. Mais de manière très différente : dès la quarantaine chez cer- tains, beaucoup plus tard chez d’autres.
Certains estiment qu’en moyenne, dans la population masculine, cette production di- minue de 1% par an à partir de l’âge de 50 ans, les insuffisances majeures étant diag- nostiquées chez 20% des plus de 60 ans.
Tout ceci est bel et beau mais ne définit en rien l’andropause qui ne saurait être réduite à une réduction du nombre et de la qualité des érections.
C’est précisément pour tenter d’éclair- cir le paysage qu’un groupe de cher- cheurs a mené une vaste enquête dans différents pays du Vieux Continent. Et ils estiment fournir, enfin, la liste des symptômes caracté- ristiques qui per- mettront de dire si un homme est – ou non – «andropausé».
Coordonné par Fre- derick Wu (Univer- sity of Manchester, Man ches ter Acade- mic Health Scien ce Centre, Manchester Royal Infirmary) et financé – pourquoi ?
– par l’Union européenne, ce travail a été mené auprès de 3369 hommes âgés entre 40 et 79 ans vivant dans huit pays européens : Royaume-Uni, Belgique, Suède, Estonie, Pologne, Hongrie, Italie ainsi qu’à Saint- Jacques-de-Compostelle, en Espagne.
Tous ces volontaires ont accepté de répon- dre à de nombreuses questions relatives à leur santé en général, sexuelle en particulier, de même qu’à la qualité de leurs équilibres physique et psychologique. Différents exa- mens biologiques ont été pratiqués visant à mesurer les concentrations sanguines de tes- tostérone (le matin à jeun). Différents ajuste- ments statistiques ont ensuite été pratiqués.
Et les résultats sont, enfin, dispo nibles. La diminution de la production de testostérone chez les hommes les plus âgés semble bel et bien être l’une des clés principales du phé- nomène. Mais elle n’explique pas tout.
point de vue
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Ce texte a pour partie été publié sur le site (accessible gra
tuitement) Slate.fr
1 Wu FC, Tajar A, Beynon JM, et al, for the EMAS Group.
Identification of lateonset hypogonadism in middle
aged and elderly men. N Engl J Med 2010;363:12335.
Avant toute chose, ce tra- vail permet d’affiner le profil de l’«andropausé» ou de ce- lui qui ris que de le devenir.
Sur les 32 symptômes poten- tiels pouvant être a priori re- tenus (et au vu des résultats testostéroniques), les cher- cheurs en retiennent neuf. Par- mi les plus importants : ré- duction de la fréquence des érections du petit matin, effa- cement pro gressif des pensées avec connotation(s) sexuel- le(s), réduction de la qualité des érections, existence d’une sensation de fatigue, inca pa- cité à avoir une activité physique minimale ainsi que des symptômes dépressifs (perte de tonus, sensation de tristesse). La présen- ce conjointe de trois de ces symptô mes asso-
ciée à de bas niveaux sanguins de testosté- rone est nécessaire pour que l’on puisse réellement parler d’«andropause».
Attention, ne pas s’affoler a priori. Le corps masculin pouvant, lui aussi, avoir sa part de mystère, on découvre ici que de faibles ni- veaux de testostéronémie peuvent (en l’ab- sence de trois des symptômes cités plus haut) être pleinement compatibles avec une acti- vité sexuelle qui n’a rien perdu de sa tonicité.
Si l’on s’en tient à ces critères, les «andro- pausés» sont relativement rares : moins de 2% de la population étudiée ; souvent des hommes en mauvaise santé et souffrant d’obé- sité. Or cette proportion ne correspond en rien à la progression souvent spectaculaire du «marché des érectiles» comme on dit dans le monde de la pharmacie. Ces traite- ments ont ainsi augmenté de 400% aux Etats- Unis depuis 1999. A supposer que la situa- tion en matière d’andropause est similaire
de part et d’autre de l’Atlantique (et pour- quoi devrait-il en être autrement ?), on pour- rait ainsi raisonnablement en conclure que le recours aux «érectiles» a pour fonction, dans l’immense majorité des cas, d’amélio- rer le normal existant plutôt que de corriger un normal devenu pathologique.
(Fin)
Jean-Yves Nau [email protected]
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