Statique. Note sur un paradoxe de statique
Annales de Mathématiques pures et appliquées, tome 17 (1826-1827), p. 75-79
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75
STATIQUE.
Note
sur unparadoxe de statique ;
PARADOXE STATIQUE.
Par
unABONNE.
ON
sait que,lorsqu’un
corpspesant
estsuspendu
librementpar
un ou deux cordons
verticaux ,
ou même par trois cordons ver-ticaux non
compris
dans un mêmeplan ,
les tensions de ces cor- dons sontcomplètement déterminées ,
et même faciles àcalculer ;
et
qu’il
en est encore de même despressions éprouvées
par unou deux
points
d’unplan
fixehorizontal,
parlesquels
y pose un corpspesant,
et même pour troispareils points, lorsqu’ils
ne sontpas en
ligne
droite.Mais il est
généralement
admis enstatique
que, si un corps pe-sant est
suspendu
parplus
de trois cordonsverticaux,
ou mêmepar trois cordons situés dans un même
plan,
les tensions de cescosdons demeurent
indéterminées ,
etqu’il
en est de même aussides
pressions
exercées sur unplan
fixehorizontal ,
dans lespoints
par
lesquels
y pose un corpspesant , lorsque
cespoints
sont aunombre de
plus
detrois ,
ou,lorsqu’étant au
nombre de trois seu-lement,
ils se trouventappartenir
à une mêmeligne
droite.Or,
ceprincipe
constitue une sorte deparadoxe qui
naît de cequ’on
neconçoit
pas mieuxqu’une
tension ou unepression
ac-tuelle et effective
puisse
êtreindéterminée, qu’on
ne le concevraitde la taille actuelle de tel ou de tel
individu ,
de sonâge ,
deson
poids
ou de sa fortune.Quelques géomètres
ont tenté de ré-76
PARADOXEpandre
un peu dejour
sur cettequestion,
endistinguant
l’étatphysique
de l’étatmathématique ,
l’état concret de l’étatabstrait ;
mais il est
permis
de douterqu’ils
l’aient fait de manière à sa-tisfaire
pleinement
lesesprits
exacts.Le
principe qui
donne naissance à cesingulier paradoxe
esttrop
universellement admis pour que nous osions le nierformellement ;
mais il n’en est pas moins vrai
qu’on peut
lui opposer une ob-jection
assez grave , à cequ’il
nousparaît ;
et c’est seulement dans la vue deprovoquer
à cetteobjection
uneréponse qui
nous sem-ble
indispensable,
que nous allons ladévelopper
ici.Soient
CA ,
CB deux droitespesantes
etinflexibles,
assembléesà charnière en
C ,
etformant ,
en cepoint ,
unangle
déterminéquelconque.
Soient p, 9 leurspoids respectifs
etP, Q
leurs centresde
gravité ;
supposonsqu’elles
portent
enA , C , B, perpendiculairement
à leurplan
etd’un
mêmecôté de ce
plan,
despointes
d’une mêmelongueur quelconque,
parlesquelles
elles soientposées
sur unplan
fixe horizontal. Comme les troispoints A, B,
C ne sont passupposés
enligne droite ,
cespointes
exerceront sur les troispoints
duplan
où ellesappuyeront
despressions déterminées ,
que l’on calculera comme il suit :Décomposant
tour-à-tour lepoids
p deCA , appliqué
enP ,
en
deux
autresappliqués
en C etA , puis
lepoids
q deCB , appliqué
euQ ,
en deux autresappliqués
en C etB ,
on trou-vera
STATIQUE.
77réunissant
donc les forcesappliquées
enC ,
on trouvera pour lespressions
exercéesrespectivement
sur leplan horizontal ,
par lespoints A, C , B ,
Or ,
comme cespressions
sont tout-à-faitindépendantes
de l’ou-verture de
l’angle ACB ,
elles demeureront encore les mêmes sicet
angle
s’ouvrejusqu’à
différer aussi peuqu’on
le voudra dedeux
angles droits ;
et , comme il serait absurde d’admettrequ’un changement qu’on peut toujours
supposer d’unepetitesse illimitée,
dans l’ouverture de cet
angle , change tout-à-coup
la nature despressions ,
il s’ensuitqu’elles
demeureront encoredéterminées ,
ettelles que nous venons de les
calculer, lorsque l’angle
ACB seradevenu tout-à-fait
égal
à deuxangles droits , c’est-à-dire, lorsque
les trois
points A , B, C
serontrigoureusement
enligne
droite.On
pourrait
évidemmentappliquer
un raisonnementanalogue
à tous les cas de
statique
où l’on asupposé jusqu’ici
lespressions indéterminées;
et, par cela même que la chose estfacile,
nousne nous y arrêterons pas. Nous nous bornerons
simplement
à re-marquer
qu’il
faut absolument ou bien faire à cette manière de rai-sonner une
réponse décisive,
ou bien serésigner
àrejeter le prin-
7om. XVII. Il
78 PARADOXE STATIQUE.
cipe
destatique qui
donne liea auparadoxe
dont ils’agit
ici.?sous
attendrons,
sur cettealternative , l’opinion
desjuges compétens.
P. S.
L’objection
que nous venons de faire contre la doctrinegénéralement
admisepeut
encore êtreprésentée
de la manière sui-vante.
Soient trois
sphères S , S’ , S" , égales
envolume
, mais pou-vant d’ailleurs différer en
poids , posées
sur unplan horizontal ,
detelle sorte que leurs centres soient sur une même
ligne droite ;
elles toucheront ce
plan
en troispoints
p,p’, p", qui seront
aussien
ligne droite,
et elles exerceront en ces troispoints
sur ceplan
des
pressions
absolument déterminées etégales
à leurspoids.
Que
l’onconçoive
ensuite les centres de ces troissphères
liéspar une verge
inflexible ,
inextensible et sans pesanteur. Cette vergene pourra évidemment accroître ni diminuer les
pressions
exercéesaux
points p, p’, p"
duplan horizontal, qui conséquemment
de-meureront les mêmes
qu’auparavant ;
mais ces mêmes verges feront des troissphères
un corpspesant unique, posant
sur unplan
ho-rizontal par trois
points
enligne droite ;
donc il y a au moins descas
où ,
dans un telsystème ,
lespressions
sont absolument déter- minées.En vain
montrerait-on ,
pour se tirer de cettedifficulté ,
des for-mules de
pression qui,
dans le cas despoints d’appui
enligne droite ,
seprésenteraient
sous une formeindéterminée ;
il ne manquacertes pas , en
mathématiques ,
de formitles àqui
la même chosearrive,
dans des casparticuliers ;
et il doit même en être ainsi tou-tes les fois que, pour calculer ces
formules,
on a eu recours àdes considérations
qui
cessent d’êtreapplicables
au casparticulier
dont on
s’occupe.
Pour n’en citer ici
qu’un exemple
entremille,
la formulealgé- brique qui
donne laplus
courte distance entre deux droites dansl’espace devient o o, lorsqu’on
supposeparallèles
les deuxdroites
ASYMPTOTES DES
COURBES.
79dont il
s’agit ;
etpourtant
il n’estjamais
venu àl’esprit
deper-
sonne d’en cunclure qne la distance entre deux
parallèles
est in-déterminée ;
et si l’onobjectait
que du moins cette distance estalors indéterminée
quant
à sasituation
nous observerions que ce n’est pas la situation mais bien lalongueur
de cette distance que la for-mule dont nous