L’HUILE DE COLZA RICHE EN ACIDE ÉRUCIQUE
ET L’HUILE DE COLZA SANS ACIDE ÉRUCIQUE
II. — UTILISATION DIGESTIVE COMPARÉE CHEZ LE RAT
G. ROCQUELIN J. LECLERC
Denise BOCCON Station de Recherches sur les Aliments de l’Homsne,
Centre de Recherches
agronamiques de Dijon
Institut national de la Recherche
agronomique
SOMMAIRE
L’huile de colza dite sans acide
érucique produite
au Canada àpartir
de variétés sélectionnéesprésente,
par rapport à l’huile de colza riche en acideérucique,
unecomposition
en acides gras pro- fondément modifiée. Les acidesérucique (C ’ 21) ,) et gadoléique (C 20;¡ )
sontremplacés
par l’acideoléique (6 0
p. 100des acides grastotaux).
Les teneurs en acides gras saturés(6
p. 100environ)
etpolymsaturés
ne sont p7Lr contre que peu affectées.Cette modification de la
composition
en acides gras de l’huile entraîne, chez le Rat, une utili- sationdigestive
différente. Le coefficient d’utilisationdigestive
apparentde l’huile de colza sans acide
érucique
a été évalué à 95 p. 100 contre 81 p. 100 pour l’huile de colza riche en acideérucique.
Les acides
érucique
etga3oléique
sont les élémentsresponsables
de la moins bonne utilisationdigestive
de l’huile de colza riche en acideérucique, puisqu’ils représentent
85p. 100des acides gras retrouvés dans les fèces.L’utilisation d’une méthode récente d’extraction des
lipides
fécaux(TouLLFe et
al.,19 68)
apermis
d’abor3er leproblème
de la forme souslaquelle
sont éliminés les acides gras non absorbés des huiles de colza et enparticulier
l’acideérucique.
INTRODUCTION
Si l’on examine
l’ensemble
des travaux effectués sur l’utilisationdigestive
del’huile de colza
( R OCQUELIN
etP OTTEAU , 19 68)
onpeut
en tirer des conclusionsappa-
remment
divergentes.
Des études faites sur l’Homme
(D EUEL el al., 1949 ),
le Rat(M IDDLE :’fON
etCA
MPB R I
,I&dquo; 195 8; A LF XA ND un
etMATTSON, 1 9 66),
le Porc(PALOHEIMO
etJA HKOL A, I
g 5
g)
semblent montrer que l’huile de colza a une utilisationdigestive
élevée et com-parable
à celle d’autresgraisses
ou huiles alimentaires(lard, soja).
D’autrestravaux,
par contre(DE UEL , I9 q.8 ; Z IOMBS K I , I g6 4 ),
mettent enévidence
un abaissement de l’utilisationdigestive
de l’huile de colza(digestibilité de
82 à8 5
p. 100pour l’huileraffinée).
On
sait
queplusieurs
facteurs propres à la matière grasse ou bien liés aurégime expérimental
ou àl’espèce
animale étudiéepeuvent modifier l’utilisation digestive
des
lipides
durégime (DE U E L ,
Igsg ; CARROI,I, etRICHARDS, 195 8 ; THI!Ur,IN, I g68).
Parmi
ceux-ci,
il en existe un certain nombrequi
sontparticulièrement
intéressants pour l’huile de colza etqui peuvent expliquer
dans une certaine mesure les différences observées.i. Facteurs
propres
à l’huile de colzaL’huile
de colza renferme5 0
à 60 p. 100 d’acides gras monoinsaturéslongs (
40
à 50 p. 100 d’acideérucique
et 10 p. 100 environ d’acidegadoléique
ou eicosé-noïque). C ARP OL I , ( 195 8)
a montré que l’utilisationdigestive
de ces acides gras était abaissée parrapport
à celle d’un acide gras monoinsaturéplus
court comme l’acide oléi-que. BERNHARD et al.
( I gg6)
et MURRAY et al.( 195 8)
retrouvent l’acideérucique en grande partie
dans les fèces du Rat :plus
de 70p. Ioo des acides gras totaux excrétés.D EUEL
( 194
8)
et THOMASSON(1 95 6)
étudiant la vitessed’absorption
deplusieurs graisses
ouhuiles alimentaires ont montré
qu’elle
étaitplus
faible dans le cas de l’huile de colzaque dans le cas de l’huile de
soja
ou du beurre parexemple.
L’absorption
del’acide érucique
serait moins bonne sans que l’onpuisse
savoirencore avec certitude s’il
s’agit
là d’unedifficulté
pour cettemolécule
àfranchir la barrière
intestinalemalgré
une bonnesolubilité
dans les selsd’acides biliaires conju- gués
et unpoint
de fusion inférieur à37 °C (S AVARY
etC ONSTANTIN , 19 66)
ou d’unetendance pour cet acide gras à former avec certains éléments de la
ration,
et notam- ment lecalcium (C ARROI ,I,
etRICHARDS, ig!8),
descomplexes
insolubles mal absorbés.On sait par ailleurs que l’huile de colza riche en acide
érucique présente
une autreparticularité
dupoint
de vue de sa structureglycéridique (RuTxowsKl et al., 19 6 4 ;
G
RYNBERG et
al., I g66).
Il a étémontré,
eneffet,
que dans lestriglycérides
de l’huilel’acide
érucique
occupepréférentiellement
lespositions
1-3(externes)
sur la molécule deglycérol.
Cettepropriété peut
influer sur l’utilisationdigestive
de l’huile de colzacomme cela a été montré par ailleurs avec le saindoux
(Fr, ANZ y et al., 19 68)
autrematière grasse
présentant
une structureglycéridique particulière.
2
. Autres
facteurs pouvant modifier
l’utilisation
digestive de
l’huile de colzaOutre
l’âge
del’animal,
la souche oul’espèce
étudiéequi peuvent
affecter l’uti- lisationdigestive
de l’huile decolza,
il y aégalement
laprésence
enplus
ou moinsgrandes quantités
de certains éléments dans lerégime
et notamment le calcium.Parmi
les
travauxayant
mis enévidence
cette action du calcium surl’absorption
des
matières grasses citons ceuxde F LEISCHMAN et at., (Ig66),
YACOwITZ et al.( 19 6 7 )
et
plus particulièrement
ceux deC ARROI ,I,
et RICHARDS( 195 8) portant justement
sur l’acide
érucique.
Il a été montréqu’une
dose croissante de calcium dans lerégime
des rats
(o
à i p. 100 durégime sec)
entraînait une diminution de ladigestibilité
del’acide
érucique plus marquée
que celle constatée avec l’acideoléique
parexemple.
Il semble
également
que les méthodes utilisées pour extraire leslipides
fécaux etnotamment le choix du
(ou des)
solvantorganique
destiné à extraire ceslipides
varient sensiblement selon les auteurs, ce
qui peut
entraîner des modificationsimpor-
tantes dans l’évaluation de l’utilisation
digestive
deslipides ingérés.
Notons à cesujet
les travaux deCARRO!,r. ( 195 8)
et TOULLEC etal., ( 19 68) qui
ont mis l’accentsur ce
sujet.
Grâce enfin aux
possibilités
de laGénétique,
onpeut envisager
maintenant de sélectionner des variétés degraines oléagineuses
dont lacomposition
en acides gras estprofondément
modifiée. Certainespropriétés
nutritionnelles de l’huile extraite deces
graines peuvent,
de cefait,
être affectées(R OCQUELIN
etCt,UZAN, ig68)
et notam-ment son utilisation
digestive.
Nous avons donc étudié et
comparé
chez le Rat l’utilisationdigestive
de deuxtypes
d’huile de colza : l’une riche enacide érucique
et l’autre dite sans acide éru-cique ( 1 ).
Dans cebut,
nous avons choisi des méthodes d’extraction deslipides
fécauxqui
nouspermettaient :
- d’évaluer
quantitativement
l’utilisationdigestive apparente
de ces deuxhuiles ;
.
- d’aborder l’étude de la nature des acides gras non résorbés et des formes sous
lesquelles
ces mêmes acides gras sont éliminés dans les fèces.MATERIELS
ETMÉTHODES
1
. Huiles étudiées
Trois huiles
végétales
raffinées(’)
ont été utilisées pour cetteexpérience :
une huile d’arachide
(huile
deréférence),
une huile de colza riche en acide
érucique (Brassica
napus v.oleifera),
une huile de colza sans acide
érucique (Brassica
napus v.oleifera).
Les
compositions
en acides gras de ces trois huiles sont données dans le tableau i.2
. Constitution des lots d’animaux et
composition
desrégimes
Trois lots de 10rats mâles Wistayde même
âge
et d’unpoids
moyen de HOg sontdisposés
dans des cages à métabolisme individuelles permettant de récolter
séparément
urines et fèces(CAUSERET, rg5q.).
Les animaux ont accès librement à leur nourriture et à l’eau de boisson.Les
régimes correspondants
ne diffèrent que par la nature de l’huilequ’on
yincorpore :
huilede colza riche en acide
érucique,
huile de colza sans acideérucique,
huile d’arachide. Ils ont la com-position
suivante( en
g p. 100g demélange
sec( 8 » :
( i
).Cette
huile de colza est produite au Canada à partir de graines de colza (Byassica napus) sélectionnéessans acide
érucique.
,Les
deux huiles de colza ont été raffinées dans les mêmes conditions notamment de désodorisation( ) 8o°C
pendant 3 heures sous une pression résiduelle de ag à go mm de mercure).( 8
) Un kg de ce mélange est délayé avec 500 ml d’eau.
La
composition
dumélange vitaminique
a étéindiquée
dans un travailprécédent (R OCQUELIN
et CLUZAN,
Ic!C7H!.
Deux
expériences
successives de 7 et 9jours
ont été effectuées sur les mêmes animaux.Les consommations de nourriture sont mesurées tous les
jours
et les animaux pesés au début et à la fin dechaque période
de bilan.Les fèces sont récoltées
quotidiennement
dans des flacons en verre ambré et maintenues à- i5°C
jusqu’à
leur utilisation pour lesdosages.
3
.
Dosage
deslipides fécaux
Les fèces sont
lyophilisées puis broyées
avant d’extraire leslipides.
Tous les solvantsorganiques
utilisés pour les extractions ont été redistillés au laboratoire.
Parmi les nombreuses méthodes d’extraction des
lipides
fécauxdéjà
existantes, nous avons choisi deux méthodesapplicables
à froid :a)
La méthode décrite par SAVARY et CoNSTnrrTiN( 19 66) qui
permet, en une seule fois, d’ex- traire leslipides
fécaux totaux c’est-à-dire leslipides
solubles dans le chloroforme-méthanol( 2/1 , v/v)
et les acides gras des
complexes
libérés par action de l’acideformique (ajouté
au chloroforme-métha- nol à raison de 2p. 100du volume de méthanolutilisé).
Unehydrolyse
à froid(HCI 10
p.10 0)
durésidu suivie d’une nouvelle extraction au chloroforme-méthanol n’a pas
permis
d’extraire d’autreslipides.
L’extrait
lipidique, après évaporation
du chloroforme, estpesé puis saponifié. Après
acidifica-tion des savons, les acides gras sont extraits à l’éther de
pétrole
etpesés.
Le coefficient d’utilisationdigestive
apparent(CUD ( 1 ))
des huiles durégime
a été ainsiexprimé
de deux manières :utilisation
digestive globale
des huilesétudiées ;
utilisation
digestive
de chacun des acides gras des huiles.Les CUD apparents des huiles
ingérées
ou de leurs acides gras ont été estimés sans tenir compte deslipides d’origine endogène.
En cequi
concerne les acides gras, parexemple,
nous avonssupposé
que les acides gras fécaux reconnus
identiques
aux acides gras des huiles,provenaient uniquement
del’apport exogène.
b)
L’autre méthode utilisée pour extraire leslipides
fécaux est celle décrite par TouLLEC et al.( 19
68).
Cette méthode permet d’extraireséparément
une fractionlipidique
soluble dans le chloro- forme-méthanol(FS)
et une fraction dite insoluble(FI)
obtenueaprès
acidification du résidu(HCI 6 N) qui
estrepris
au chloroforme. Cette fraction contient les acidesgras
issus decomplexes qui
ne sontpas extraits par le chloroforme-méthanol.
Chaque
fraction est débarrassée du solvant parévaporation
sous videpartiel
et àtempérature
peu élevée
( 40 °C), puis pesée
etsaponifiée.
Les acides gras libérés des savons par acidification sont extraits à l’éther depétrole puis pesés.
4.
Dosage
des acides grasingérés et
excrétés(totaux
oufractionnés)
Les acides gras
ingérés
ou excrétés(totaux
oufractionnés)
sontséparés
et dosés par chromato-graphie gaz-liquide,
sous forme d’estersméthyliques.
Nous utilisons un
appareil Aerograph
1520à double colonneéquipé
de détecteurs à ionisation de flammed’hydrogène.
Les colonnes sont en acier Inox( 3
mètres delongueur
et 3mm de diamètreintérieur), remplies
de succinate dedi-éthylène glycol ( 10
p. 100 enpoids)
sur support chromosorb W 60/80 H. M. D. S. ou P 60/80 lavé à l’acide et utilisées en isotherme(I85-igo O C). L’emploi
decolonnes
remplies
sur support chromosorb P nous apermis
deséparer
et d’évaluer correctement les acideslinolénique (C 18 :3 )
etgadoléique (C ao ;1)
souvent élués ensemble si on utilise le chromosorb Wcomme support.
Les aires saua les
pics
sont évaluées à l’aide d’unintégrateur
Disc.En connaissant la teneur
(en
p.100 )
dechaque
acide gras dans leslipides
alimentaires oufécaux,
il estpossible
d’estimer le coefficient d’utilisationdigestive
apparent de chacun d’eux.5
. Dosage du calcium
fécal
Les fèces sont minéralisées par voie sèche
(5a5!C
durant 12heures).
Les cendres sontreprises
par une
petite quantité
d’acidenitrique
à io p. 100. La solution estévaporée
àsec, reprise pà’fl’acide nitrique
etajustée
à 100ml. Ledosage
du calcium s’effectue alors auspectrophotomètre de’flamme
I;ppendorf.
’RÉSULTATS
.
&dquo;;,!, ..
L’estimation
deslipides
fécaux(totaux
oufractionnés)
a d’abord étéfaite
sur unpool
des fèces de 10rats par lot pour cequi
est de lapremière expérience ( 7 jours)
et ce dans le but de tester les différentes méthodes utilisées.
La
deuxième expérience ( 9 jours)
a étéexploitée
rat par rat.I
. Utilisation
digestive globale
durégime
et
digestibilité
des huiles étudiées(tabl. 2 )
!
&dquo;
On
peut
remarquer lespoints suivants :
&dquo; ,
Il
n’y
a pas de différencesignificative
de consommation denourriture, quel
quesoit le lot considéré mais l’excrétion fécale de matière sèche est
plus importante
chezles animaux
ayant ingéré
unrégime
contenant de l’huile de colza riche en acide éru-cique.
Ceci se traduit par un abaissementsignificatif
du CUD de la matière sèche.Chez ces mêmes animaux on constate un abaissement très
significatif
du CUD appa- rent deslipides exprimé
en considérant soit leslipides
totauxexcrétés,
soitleurs
acides gras.
Le
calcul du CUD de la matière sèche nonlipidique
montre que l’abaisse- ment du CUDde
la matière sèche totale est dûessentiellement
à laprésence
accruede lipides
dans les fèces des animaux.Les
dosages
du calcium fécalmontrent, toujours
dans le même lot « colzariche
en acide
érucique
», uneaugmentation légère
maissignificative
du calcium excrété.On
remarque
parailleurs
quel’huile
de colza sans acideérucique
a un CUDapparent supérieur
àcelui de l’huile d’arachide.
Pour une même
huile,
les différenceslégères observées
entre les CUD deslipides
totaux et les CUD des acides gras
s’expliquent
parla présence,
dansles lipides fécaux,
de
quantités importantes d’insaponifiable, particulièrement
dans lesfèces
des animauxingérant
unrégime
contenant de l’huile de colza sans acideérucique.
2
.
Étude qualitative
deslipides fécaux:
formes d’élimination,
nature desacides
gras excrétésFormes d’élimination (tabl. 3 ).
Les
résultats obtenus avec l’une ou l’autre méthode d’extraction deslipides
fécaux sont
comparables (pas
de différencesignificative).
La méthodeplus
élaboréede
Touu,E:c
etal., permet
néanmoins de mettre en évidence les faits suivants :La
répartition
des acides gras entre la fractionlipidique soluble
dans le chloro- forme(FS)
et celle diteinsoluble (FI),
obtenueaprès acidification
durésidu,
n’est pasla même
suivantl’huile
durégime qui
a étéutilisée.
La fractioninsoluble (FI)
estpondéralement
nettementsupérieure
à la fraction soluble dans le cas où l’huiled’ara- chide
estajoutée
aurégime.
Nous observons unphénomène inverse
avec les deuxhuiles
de colza(avec
ou sans acideérucique) .
Dans ces deux cas on retrouvedavantage
d’acides gras
dans
la fractionlipidique soluble
dans le chloroforme(FS)..
Nature des acides gras excrétés
(tabl.
4,fig. i).
La
figure
i montre nettement les différencesqui peuvent
exister entre la com-position
en acides gras deslipides
durégime
et celle en acides gras totaux deslipides
fécaux.
On remarque ainsi une
importante disparition
au niveau desfèces, quelle
queB
soit l’huile du dont on connaît l’utilisationrégime,
des acides grasdigestive élevée, polyinsaturés et,
à undegré
enC 18 moindre (linoléique,
de l’acidelinolénique) oléique. , / I
L’acide érucique
de l’huile de colza riche en cet acide etl’acide oléique de
l’huile decolza sans acide
érucique
maisriche
enoléique,
sont les deuxacides
grasprincipale-
ment éliminés dans les
fèces. L’acide érucique
etl’acide gadoléique représentent
àeux deux
près
de8 5
p. 100desacides
gras retrouvés dans les fèces des animauxayant ingéré
lerégime
contenantl’huile
de colza riche en acideérucique.
On observe
dans
les 3 lots une concentration des acides gras saturés dans leslipides
fécaux et ceci estparticulièrement
net avec l’huiled’arachide plus
riche enacides gras saturés que les deux huiles de colza étudiées.
Le calcul des CUD
apparents
moyens des différents acides grasingérés
a donnéles
résultats
suivants(tabl. 4 ) :
- le CUD
apparent
des acides gras saturés décroîtlorsque
lalongueur
de lachaîne
augmente.
Ce fait se retrouve avec les trois huiles.- Les
acides
grasmonoinsaturés
à 20 atomes de carbone(gadoléique)
et à22 atomes de
carbone (érucique)
ont une utilisationdigestive
moins bonne que celle de l’acideoléique (monoinsaturé
à 18 atomes decarbone).
Lesacides gadoléique
etérucique
ont par ailleurs un CUDlégèrement relevé lorsqu’ils
sontprésents
dans lerégime
en faiblesquantités (ce qui
est le cas notamment dansl’huile
decolza
ditesans acide
érucique).
3
.
Répartition
desacides
grasfécaux
entre les
di!érentes fractions lipidiques (tabl. 5)
On
constate,
avec l’huiled’arachide,
que les acides gras saturés sont surtout éliminés dans la fraction insoluble(FI)
et les insaturés dans la fraction soluble(FS).
Rappelons
quecelle-ci
estquantitativement
4fois moinsimportante
que la fraction insoluble.Avec les deux huiles de colza les résultats obtenus sont
quelque
peu différents.On retrouve au moins autant et
quelquefois plus
d’acides gras saturés(palmitique
et
stéarique notamment)
dans la fraction soluble(FS)
que dans la fraction insoluble(FI).
Dans le casplus particulier
de l’huile de colza riche en acideérucique
on remarque que cet acide se retrouve enplus grande quantité (deux
foisplus)
dans la fractionsoluble que dans la fraction contenant les acides gras
provenant
descomplexes (FI).
Il en est de même pour l’acide
éicosénoique.
Enfin,
avec l’huile de colza sans acideérucique
onpeut
remarquer que,qualita- tivement,
l’acideoléique,
acide de «remplacement
» de l’acideérucique,
secomporte
de la même manière que l’acide
érucique puisqu’il représente
lui aussi l’acide grasprincipalement
éliminé au niveau fécal etqu’on
le retrouve à la fois dans les fractions soluble et insoluble.DISCUSSION
Comme on
pouvait
le supposer et à la lumière des nombreuses connaissancesdéjà acquises
dans le domaine de l’utilisationdigestive
des acides gras(D EU E L , I955 : C
ARROLL
, i 95 8)
le fait deremplacer
dans l’huile de colza les acidesérucique
etgado- léique ―
acides gras monoinsaturés à nombre de carbonessupérieur
ouégal
à 2orepré-
sentant 55p. 100des acides gras totaux de l’huile - par l’acide
oléique
monoinsaturéplus
court, a nettement amélioré l’utilisationdigestive
de cette nouvelle huile de crucifère.Nos résultats confirment que chez le Rat Wistar l’huile de colza riche en acide
érucique
a une moins bonne utilisationdigestive
que l’huile d’arachide. Les acidesérucique
etgadoléique
sont les élémentsresponsables
de cette baisse dedigestibilité puisqu’ils représentent près
de8 5
p. 100 des acides gras totaux excrétés.L’une
et l’autre des deux méthodes utilisées pour extraire leslipides
fécaux ontpermis
deretrouver les mêmes résultats.
Pour ce
qui
est de l’utilisationdigestive
des acides grasprésents
dans les huiles durégime,
nos résultats concordent avec lesprincipes généraux
admis dans cedomaine : la
digestibilité
des acides gras saturés diminuelorsque
lalongueur
de lachaîne
augmente
et elle est inférieure à celle des acides gras insaturés. A insaturationégale,
les acides gras dont lalongueur
de chaîne estsupérieure
ouégale
à 2o atomesde
carbone,
ont une utilisationdigestive
moins bonne que l’acideoléique.
Il semblerait toutefois
qu’à
faible teneur dans lerégime,
les acides gras saturésou monoinsaturés très
longs
aient des CUDplus
élevésqu’à
forte teneur dans lerégime.
C
ARROLL
et RICHARDS( 195 8)
avaientdéjà
constaté que l’utilisationdigestive
des acides
gadoléique
etérucique
étaitplus
élevéelorsque
ceux-ci étaient administrésnon
plus
sous formelibre,
mais sous forme de triérucine. Nosrésultats,
obtenus avecces mêmes acides gras
incorporés
aurégime
sous forme detriglycérides mixtes,
semblent confirmer les données de ces auteurs.Que peut-on
dire alors de la(ou des)
forme d’élimination fécale de certains acides gras durégime
et notamment de l’acideérucique
de l’huile de colza? Cette(ou ces)
forme
(acide
graslibre, glycérides partiels, complexes...) pourrait expliquer
les raisonsde la non
absorption
de cet acide. SWELL et al.( 195 6
a etb) puis
CARROLL et al.( 195
8)
et RICHARDS et al.(ig 5 g)
ont étudié laformation,
dans la lumière intestinale duRat,
decomplexes
entre les acides gras libresprésents (érucique
etoléique
enparticulier)
et d’autres éléments durégime
et tenté d’isoler et de mettre en évidence laprésence
decomplexes phosphocalciques
ou de savons de calcium insolubles.D’après
nos résultats il ne semble pas que ces formes d’élimination soientprédomi-
nantes
puisque
nous retrouvonsplus
d’acideérucique
dans la fractionchloroformique
que dans la fraction dite
insoluble,
c’est-à-dire celle où l’on devrait normalement retrouver lescomplexes
d’acides gras.La moins bonne utilisation
digestive
de l’huile de colza ne serait donc pas uni-quement
due à la formation de cescomplexes. CnxROr.r,
et RICHARDS( 195 8)
fontétat de résultats montrant
qu’avec
la triérucine et nonplus
de l’acideérucique libre,
la fraction
qu’ils
nomment « savons » est moinsimportante
que la fraction dite neutre. SAVARY et al.( 19 66)
retrouvent,semble-t-il,
dans le gros intestin duRat,
desquantités importantes
d’acideérucique
sous forme libre.La structure
glycéridique particulière
de l’huile de colzapeut probablement
entraîner des modifications de l’utilisation
digestive
de ces acides grasparticuliers.
On
peut
en effetenvisager plusieurs hypothèses
à cesujet qui
ne semblentpas
avoirencore été démontrées avec
précision :
- On sait que la
lipase pancréatique hydrolyse préférentiellement
les chaînes grasses situées enposition
ce sur la molécule deglycérol.
Dans le casparticulier
del’huile de
colza, 8 5
p. 100de sestriglycérides
renferment l’acideérucique
enposition
oc.On
peut
supposer que lalipase pancréatique
a, sur ces chaîneséruciques (acide
mono-insaturé à
longue chaîne),
une action différente(et
notamment une vitessed’hydro- lyse plus lente)
de son action sur les acides gras « normalement » trouvés sur lesposi-
tions oc
(acides saturés).
Dans cesconditions,
l’acideérucique
serait essentiellement éliminé dans les fèces sous forme deglycérides
entiers oupartiels
et non sous forme decomplexes.
- Dans le cas
contraire,
c’est-à-dire dans le cas où l’action de lalipase pancré- atique
sur lestriglycérides
de l’huile de colza seraitcomparable
à son action sur lestriglycérides
des autres huilesalimentaires,
unegrande partie
des chaîneséruciques
serait ators libérée dans la lumière intestinale.
D’après
nos calculs 70 p. 100 seule- ment des chaînesingérées
sont absorbées alors que 30 p. 100 sont éliminées par la voie fécale.Toujours
selon nosrésultats,
l’acideérucique,
une fois libéré desposi-
tions oc des
triglycérides
ducolza,
ne secomporterait
pas comme un acide gras saturé(Fr,nNZY
et al.19 68)
c’est-à-direqu’il
ne formerait pas essentiellement descomplexes
insolubles non
absorbés,
mais serait éliminé surtout sous forme libre dans la fractionchloroformique (6 3
p. 100 environ des chaînesingérées
nonabsorbées,
selon noscalculs).
CnxROr,!,
et RICHARDS(i 95 8)
ont montré que, dans lesfèces,
lescomplexes phos- phocalciques
ou les savons de calcium formés àpartir
de l’acideérucique, peuvent
être
partiellement
extraits à l’éther depétrole
et parconséquent
se retrouver dansla fraction soluble. SAMMONS et al.
( 19 6 0 ) signalent également
cettepossibilité
etajoutent,
en outre, que certains savons de calciumpeuvent
être instables au coursde leur conservation. Ces réserves
importantes
nécessitent donc l’utilisation d’une méthode d’extraction et deséparation
des formes d’élimination des acides gras non absorbés des huilesqui
soit à la foisquantitative
etqualitative.
Remarquons
enfin que, dans le cas de l’huile de colza sans acideérucique,
nousretrouvons une élimination des acides gras de l’huile
(et
notamment l’acideoléique) qui rappelle
celle des acides gras de l’huile de colza riche en acideérucique.
Ceci estvrai
qualitativement surtout, puisque,
comme nous l’avons vu, ladigestibilité
decette nouvelle huile de colza riche en acide
oléique
est élevée. Une étude de la distri- bution des chaînes grasses dans lestriglycérides
de l’huile de colza sans acideérucique
sera effectuée au laboratoire afin de mieux
interpréter
ce résultat.Reçu
pourpublication
en marsig6g.
SUMMARY
COMPARATIVE FEEDING VALUES AND PHYSIOLOGICAL EFFECTS OF TWO RAPESEED OILS II, DIGESTIBILITY IN THE RAT
The comparative digestibilities of rapeseed oil (Brassica napus) with a
high
content of erucic acid (viz. 45 per cent) and of a new Canadian rapeseed oil : « zero erucic acid a rapeseed oil-alsocalled Canbra oil -, were studied in the Rat.
The fatty acid composition of « zero erucic acid u rapeseed oil is largely altered as compared to
that of normal rapeseed oil. Erucic acid (CZ2 : I) and eicosenoic acid (Ceo : I) are replaced by
oleic acid which represents 60per cent of the total fatty acid content. Other fatty acids are as
follows : palmitic, 3 per cent ; stearic, I per cent ; linoleic, 20per cent ; linolenic, Io per cent;
eicosenoic, less than 2per cent; erucic, less than 2per cent. -
Rapeseed oil with a high content of erucic acid has lower digestibility (8o per cent) than
other dietary fats, e. g. peanut oil (92per cent), whereas « zero erucic acid x rapeseed oil has even higher digestibility than peanut oil : 95 per cent.
Erucic acid and eicosenoic acid which represent 55 per cent of the total fatty acid content of normal rapeseed oil, appear to be responsible for the lower digestibility of the oil, as they represent 85per cent of the fecal fatty acids. The digestibility of erucic acid is 73 per cent.
Unabsorbed fatty acids of rapeseed oils, and mainly erucic acid, seem to be excreted prefe- rentially as neutral fractions (free fatty acids, partial glycerides) rather than as unsoluble fatty
acid complexes. This particular aspect requires further investigation.
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