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Les dépôts métalliques de l’âge du Bronze et du premier âge du Fer de Normandie : une analyse spatiale
Bronze Age and Early Iron Age metal hoards in Normandy: a spatial analysis Los depósitos metálicos de la Edad del Bronce y de la Primera Edad del Hierro en Normandía: un análisis espacial
Damien Dutois
Édition électronique
URL : https://journals.openedition.org/rao/5181 DOI : 10.4000/rao.5181
ISSN : 1775-3732 Éditeur
Presses universitaires de Rennes Édition imprimée
Date de publication : 31 décembre 2018 Pagination : 131-158
ISBN : 978-2-7535-8013-8 ISSN : 0767-709X Référence électronique
Damien Dutois, « Les dépôts métalliques de l’âge du Bronze et du premier âge du Fer de Normandie : une analyse spatiale », Revue archéologique de l'Ouest [En ligne], 35 | 2018, mis en ligne le 12 février 2022, consulté le 12 février 2022. URL : http://journals.openedition.org/rao/5181 ; DOI : https://
doi.org/10.4000/rao.5181
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a Université de Rennes – UMR 6566 – CReAAH. (mailto:[email protected])
Les dépôts métalliques de l’âge du Bronze et du premier âge du Fer de Normandie :
une analyse spatiale
Bronze Age and Early Iron Age Metal Hoards in Normandy: A Spatial Analysis
Damien Dutois
aRésumé : Les nombreux dépôts métalliques (objets isolés, dépôts multiples et sites en milieu humide) de l’âge du Bronze et du premier âge du Fer, recensés pour la Normandie, ont été replacés au sein d’un SIG. L’étude met en valeur plusieurs facteurs ayant pu influer sur leur implantation et se construit autour de cartes de répartition des sites, de densité de mobilier, ainsi que de cartes de répartition des sites au sein du relief.
La Normandie n’est pas touchée de la même manière par les enfouissements au cours du temps : du chalcolithique au début du Bronze final atlan- tique, les dépôts sont présents en grand nombre principalement dans l’est de la zone d’étude, la vallée de la Seine ressortant plus particulièrement.
Puis au cours du Bronze final, les aires denses en dépôts changent et se déplacent vers l’ouest pour finir, à l’âge du Fer, avec les nombreux dépôts de haches à douilles de type armoricain. Les cartes de densité de mobilier donnent une vision parfois un peu différente : le meilleur exemple est la zone de la plaine de Caen qui présente au Bronze moyen un nombre de dépôts assez modeste, comparé à la Seine, mais qui représente une quantité d’objets déposés presque équivalente. Les dépôts en milieu humide sont également connus du début de l’âge du Bronze au premier âge du Fer. La plupart des dépôts fluviaux sont des découvertes de la Seine mais un certain nombre de dépôts en eaux stagnantes sont aussi connus : dans des mares, marais et tourbières.
La vallée de la Seine a bénéficié d’une attention particulière et permis d’effectuer une étude plus locale. Dans ce but, les sites funéraires et d’habitat connus pour cette zone ont été ajouté à l’étude afin de comparer leur répartition et leur implantation dans le relief avec celles des dépôts. Si les dépôts terrestres sont présents tout le long du fleuve, entre Vernon et Honfleur, les sites en milieu humide sont surtout connus dans les méandres entre Poses et Le Trait. C’est principalement dans cet espace que, tout au long de l’âge du Bronze, les plus grandes concentrations d’objets déposés sont observées.
A l’échelle de la Normandie, les dépôts sont présents dans l’ensemble des types de relief : vallées, plateaux, pentes et crètes, mais une attraction des pentes et un rejet des plateaux semblent visible. Dans la vallée de la Seine, on constate que les vallées et plateaux sont réservés à l’habitat et aux sites funéraires, et que les dépôts sont présents dans les autres reliefs.
Abstract: Bronze Age and Iron Age metal hoards (single artefact, dry-land and wet deposits) observed for Normandy, have been inputted in a GIS.
This study shows some factors which could influence establishment of hoards and is based on different maps: distribution of sites, density of artefacts and localization of si te in landforms.
Over time, Normandy hasn’t been impacted by burying in the same way: from Chalcolithic to Late Bronze Age, hoards are mainly concentrated in East Normandy, in Seine valley particularly. Then, during the Late Bronze Age, concentrations of hoards moved to West Normandy until the First Iron Age, with hoards of Armorican-type socketed axes. Sometimes, density of artefacts give another vision than distribution of site: the best instance is Caen lowland where, during the Middle Bronze Age, the number of hoards is smaller than the Seine valley, whereas the number of artefacts is quite similar.
Wet deposits are also observed for all Bronze Age and First Iron Age. Most of fluvial deposits have been discovered in Seine but some artefacts were buried in stagnant waters: ponds, swamps and bogs.
Seine valley has been chosen for a local study. Domestic and funeral sites, discovered in this area, have been added to the corpus in order to compare their distribution and establishment in the relief with hoards. Even if dry-land deposits are settled all along the river, between Vernon and Honfleur, wet deposits are mainly found between Poses and Le Trait. During all Bronze Age, the biggest concentration of artefacts is observed mostly in this area.
In Normandy, hoards are settled in all kind of landforms: valley, plateau, slopes and peaks but slopes seem preferred and plateau rejected. In the Seine valley, valley and plateau are reserved for domestic and funeral sites, and hoards are present in other landforms.
Ce travail de recherche trouve son point de départ dans l’inventaire réalisé par Antoine Verney et Cyril Marcigny des objets métalliques, ainsi que de leur site de découverte, pour l’âge du Bronze et le premier âge du Fer en Basse et Haute-Normandie. L’objectif a été, par le biais d’analyses spatiales, à la fois de proposer de nouvelles hypothèses sur le phénomène des dépôts, et de s’appuyer sur ces sites pour approfondir les connaissances sur l’âge du Bronze normand.
Les dépôts sont connus depuis au moins la fin du xviiie siècle mais ils ont longtemps été étudiés du point de vue de leur mobilier en laissant un peu de côté l’importance de leur contexte et de l’implantation des sites d’enfouisse- ment. Les travaux pour déterminer leur fonction se sont souvent portés uniquement sur des études typologiques.
Les études typologiques ont permis de proposer la dis- tinction de différentes cultures matérielles avec un territoire associé. La thèse de Jacques Briard (1965) est un très bon exemple de ce type d’approche : l’étude de la diffusion de formes typologiques spécifiques lui permet d’identifier des aires culturelles au sein de la Bretagne. C’est sous cette forme que l’analyse spatiale des sites a été intégrée pour la pre- mière fois dans l’étude des dépôts protohistoriques. L’intérêt pour l’étude du paysage et de l’implantation des sites est plus récent : « Depuis quelques années, les archéologues ont porté leur attention sur de nouveaux thèmes de recherche […] une vision plus large, non plus basée sur les sites en eux- mêmes mais sur leur localisation dans l’espace » (Fily, 2008).
Les variations de la pratique, qui apparaissent spatialement, sont aujourd’hui vues comme des témoins de changements sociaux au sein des groupes qui en sont à l’origine (Brun, 2003).
Le corpus d’étude est constitué des dépôts d’objets métalliques hors contexte archéologique découverts en Normandie. Une liste détaillant l’ensemble des sites pris en compte est fournie en fin d’article. Les dépôts sont divisés en trois catégories : objets isolés, objets enfouis isolément (Gabillot, 2003), dépôts multiples, composés d’au moins deux objets métalliques enterrés ensemble, et découverte en milieu aquatique, découvertes faites dans les cours d’eau, marais, etc. (Gallinand, 2007).
1. P
OINTMÉTHODOLOGIQUEAvant de présenter les résultats, un point sur les méthodes utilisées est nécessaire.
La première approche concerne la répartition des sites terrestres et a été faite par une comparaison de la réalité connue avec une répartition aléatoire générée par le logiciel de SIG. La comparaison d’un cas pratique avec un cas théo- rique généré aléatoirement est utilisée régulièrement dans des travaux d’analyse spatiale en archéologie, comme pour la haute vallée du Rhône (Berger et al., 2005). Ici la métho- dologie choisie est reprise du travail de thèse de Muriel Fily (2008). La zone d’étude est partagée à l’aide d’une grille dans laquelle chaque case est renseignée par le nombre de sites présents dans son emprise. Les cases mesurent 6 x 6 km, afin d’obtenir une moyenne d’environ 1 site par case lorsque l’ensemble des sites terrestres du corpus est pris en compte.
La situation aléatoire est observée en premier, elle permet de noter quelles densités de sites (minimum et maximum) peuvent apparaître avec une distribution aléatoire. C’est à partir de ces paramètres que la situation réelle est ensuite étudiée.
La densité du mobilier a également été observée. Cette étude a pour but de la comparer avec les zones de forte densité de sites. En effet, plusieurs zones peuvent présenter une forte densité de sites mais correspondre à un nombre très différent de mobilier associé.
L’objectif est de faire apparaitre les zones les plus riches en mobilier. La méthode des sommes focales, développée par Estelle Gauthier (2005), permet de totaliser le mobilier présent sur chaque site et de prendre en compte le mobilier des autres sites du voisinage (ici un carré de 30 km sur 30 autour de chaque point a été utilisé).
Le relief est l’un des éléments de l’environnement qui n’a pas changé, ou presque, depuis l’âge du Bronze. Il peut, de plus, être un élément déterminant dans l’implantation de sites ; un bon exemple est donné par l’étude des dépôts des populations montagnardes en Provence-Alpes-Côte-d’Azur (Garcia, 2003). Le relief a ici été étudié du point de vue du relief relatif. Le logiciel Geospatial Modelling Environment a été utilisé à cette fin. A partir du modèle numérique de terrain, le logiciel classe chaque cellule suivant l’angle de la pente et le Topographic Position Index (TPI) qui est calculé Mots clés : analyse spatiale, âge du Bronze, dépôt, Normandie, mobilier métallique, premier âge du Fer
Keywords: spatial analysis, Bronze Age, hoards, Normandy, metal artefacts, First Iron Age
par la différence entre l’altitude de la cellule et celle de ses voisines. Un ensemble de six classes topographiques a ainsi été défini (fig. 1). Quelques cellules n’ont pas pu être déter- minées par le logiciel et sont considérées comme inconnues.
La définition de la taille du voisinage est très importante quant au résultat final : un voisinage proche mettra l’accent sur les microreliefs tandis qu’un voisinage plus large donnera une carte des grandes composantes du paysage. Dans le cas présent, un voisinage large a été utilisé.
Figure 1 : Carte du relief relatif de la zone d'étude : la Normandie Figure 1: Map of relative landforms of Normandy
Tableau 1 : Répartition des dépôts suivant leur implantation dans le relief relatif
Table 1: Distribution of hoards according to their implantation in the relative landforms
Pour chaque période, le mobilier des sites, terrestres comme en milieu aquatique, est abordé du point de vue des assemblages. Afin de faciliter les interprétations, les diffé- rents objets ont été répartis entre différentes catégories afin de déterminer si des assemblages spécifiques de mobilier sont visibles à certaines périodes ; les catégories utilisées par Cécile Véber (2009) ont ici été reprises. Les haches ont pu être soit un outil soit une arme, et sont très liées aux phéno- mènes de dépôt, comme le démontre leur nombre écrasant (au moins 10 000). Elles forment donc une catégorie à part.
Concernant le reste du mobilier déposé, on retrouve : – les armes : 737 soit 44,6 % des objets autres que haches ; – les outils : 105 soit 6,3 % des objets autres que haches ; – les objets liés à la métallurgie : 135 soit 8,2 % des objets autres que haches ;
– les éléments de parure : 405 objets soit 24,5 % des objets autres que haches ;
– les objets du quotidien (clous, rasoir, pince à épiler, applique, etc): 113 objets soit 6,8 % des objets autres que haches ;
– les éléments du foyer : broche à rôtir, chaudron, crochet à viande avec 1 exemplaire de chaque ;
– les éléments de chars et d’équitation, avec quatre roues, deux mors de cheval et un anneau passe-guide ;
– les objets indéterminés (147, 8,9 % des objets autres que haches) sont pour la plupart des éléments de métal avec une forme vague ou des fragments d’objets indéterminés.
2. L’
ÉTUDERÉGIONALELes premiers objets métalliques déposés
Les dépôts les plus anciens ont une répartition très mar- quée avec une présence presque exclusive dans l’actuelle Haute-Normandie, avec une grande importance de la vallée de la Seine (fig. 2).
Au Bronze ancien, le mobilier métallique commence à être déposé sur une plus grande aire. La répartition peut être décrite comme un axe N/O-S/E partant de la pointe du Cotentin, suivant le littoral jusqu’à l’embouchure de la Seine et continuant dans les terres en remontant sa vallée ; ainsi que quelques axes fluviaux liés. L’arrière-pays, actuel département de l’Orne, n’est que très peu touché par les pratiques d’enfouissement.
Les premiers objets déposés sont uniquement des haches plates. Par la suite, des pièces d’armement sont aussi dépo- sées, ainsi que quelques cas de parures. Mis à part le dépôt particulier de Maisons (n° 59), les sites sont uniquement des objets isolés ou des dépôts de deux objets (fig. 3).
0 25 000 50 000 100 000
Mètres Classes topographiques
Vallées Plateau de pente Milieu de pente Haut de pente Crêtes Bas de pente
39 des 40 sites ont été placés dans le relief relatif, un nombre assez faible pour une étude statistique au moyen de la loi binomiale. Les milieux de pente ressortent tout de même comme un type de relief privilégié pour l’implanta- tion des dépôts.
Le Bronze moyen
49 dépôts sont connus pour le Bronze moyen 1 (12 dépôts multiples et 37 objets isolés). La répartition aléatoire donne un maximum de deux sites pour une case. Les dépôts sont donc présents en forte densité dans la vallée de la Seine, l’amont ressortant plus particulièrement (fig. 4). La densité de mobilier (fig. 5) montre également une zone secondaire de concentration dans la plaine de Caen avec, entre autres, un dépôt complexe d’une dizaine d’objets localisé à Caen (n° 20).
47 sites ont pu être replacés dans le relief relatif, ce qui est encore faible pour une approche très détaillée du relief et aucun élément ne ressort réellement (tabl. 1).
Du point de vue du mobilier, la hache est l’élément de base des dépôts. L’armement est présent dès que le dépôt dépasse la dizaine d’objets. Parfois, une part du dépôt est composée d’objets autres mais leur présence reste très faible.
Au Bronze moyen 1, la pratique des dépôts s’intensifie donc avec toujours une grande importance de la vallée de la Seine.
195 dépôts sont connus pour le Bronze moyen 2 (77 dépôts multiples et 118 objets isolés). La répartition aléatoire annonce un maximum de 2-4 sites pour une case.
La vallée de la Seine est à nouveau la zone où la concentra- tion des dépôts est forte avec jusqu’à 7 sites par case (fig. 4).
La densité de sites est de manière générale assez importante dans toute la moitié est, le long des fleuves principaux.
Figure 2 : Répartition des dépôts au chalcolithique (en haut) et au Bronze ancien (en bas).
Figure 2: Distribution of hoards in 2500-2300 BC (top) and 2300- 1600 BC (below).
Figure 3 : Carte de densité du mobilier métallique au début de l’âge du Bronze.
Figure 3: Density of metallic artefacts in 2500-1600 BC.
Dans la moitié ouest, dans les terres, un certain nombre de sites sont présents, certes dispersés, mais dans une zone où presqu’aucun dépôt n’est connu pour les périodes pré- cédentes. Une zone secondaire de concentration de sites, avec 2 à 4 sites par case, apparait dans l’ouest de la plaine de Caen. Cette zone passe au premier plan du point de vue de la densité de mobilier (fig. 5) avec notamment deux dépôts : un de 40 haches à Vaubadon (n° 86) et un de plusieurs
centaines à Bazenville (n° 9). Les zones denses en sites, en Haute Normandie, vont de pair avec des fortes densités de mobilier au sein de chaque dépôt surtout dans les méandres de la Seine et plus en aval.
Pour le Bronze moyen 2, 189 sites ont été replacés dans le relief relatif. Les milieux de pente sont très attractifs tandis que les plateaux sont plutôt délaissés dans l’implantation des dépôts (tabl. 1).
Figure 4 : Répartition des dépôts au Bronze moyen 1 (en haut) et au Bronze moyen 2 (en bas).
Figure 4: Distribution of hoards in 1600-1450 BC (top) and 1450- 1350 BC (below).
Figure 5 : Carte de densité du mobilier métallique au Bronze moyen 1 (en haut) et au Bronze moyen 2 (en bas).
Figure 5: Density of metallic artefacts in 1600-1450 BC (top) and 1450-1350 BC (below).
Au Bronze moyen 2, la hache est l’objet majoritairement déposé au sein des dépôts multiples. Plusieurs dépôts se distinguent par la présence de plusieurs parures annulaires, parfois sans aucun autre type d’objet associé. Ces objets caractéristiques du Bronze moyen 2 sont connus dans d’autres régions comme la Bretagne (Briard, 1989). Les armes sont encore très peu présentes et principalement en contexte aquatique.
Le Bronze final atlantique
Un bon nombre de sites sont datés du Bronze final, sans pouvoir être plus précis : treize dépôts multiples et trente-et- un objets isolés. A ces sites s’ajoutent : cinq dépôts multiples et six objets isolés pour le Bronze final atlantique 1 et trois dépôts multiples et trois objets isolés pour le Bronze final atlantique 2 (fig. 6). On observe pour ces sites mal datés une continuité des zones à grand nombre de dépôts avec les périodes précédentes. Les répartitions aléatoires donnent un maximum de densité à 2 sites par case. L’amont de la Seine, entre Rouen et Vernon, apparaît toujours comme une zone de concentration. La partie nord de la Haute-Normandie compte aussi une zone de forte densité de sites. Sur le reste de la zone d’étude, des dépôts sont présents mais de manière plus diffuse. La continuité des pratiques d’enfouissement, entre la fin du Bronze moyen et le début du Bronze final, rappelle un constat similaire établit pour l’habitat (Marcigny, 2012).
Le Bronze final atlantique 3 (fig. 7) apparaît comme une phase d’explosion du nombre de sites avec 44 dépôts et 51 objets isolés. La fin du Bronze final est également le moment de grands changements concernant les zones les plus denses en sites. La répartition aléatoire suppose un maximum de 2 sites par case, tandis qu’en pratique jusqu’à 4 sites sont présents par case. La naissance de nouveaux pôles est révélée à l’ouest ainsi que plus loin dans les terres, deux zones qui étaient plutôt en retrait auparavant : l’amont de l’Orne et la pointe du Cotentin. La zone d’occupation de la
Figure 6 : Répartition des dépôts au Bronze final atlantique 1 (en haut) et au Bronze final atlantique 2 (en bas).
Figure 6 : Distribution of hoards in 1350-1250 BC (top) and 1250- 1150 BC (below).
Figure 7 : Répartition des dépôts au Bronze final atlantique 3.
Figure 7: Distribution of hoards in 1150-800 BC.
plaine de Caen ressort toujours très peu d’un point de vue du nombre de dépôts retrouvés.
À nouveau, les zones de densité de mobilier sont assez dif- férentes (fig. 8). L’apparition des dépôts complexes, mêlant une grande quantité et variété d’objets, est marquée, pour les sites datés du Bronze final sans plus de précision, par une forte densité en mobilier déposé dans les méandres de
la Seine mais aussi vers Bayeux et vers Évreux, des zones où le nombre de sites est faible.
Pour les sites spécifiques au Bronze final atlantique 3, une concentration importante de mobilier est présente dans la Manche avec le dépôt de Cerisy-la-Salle (n° 312). Trois autres zones denses en mobilier sont visibles : à l’ouest de la plaine de Caen, au-dessus de l’embouchure de la Seine et dans les méandres de la Seine.
Le Bronze final, avec son grand nombre de sites sur l’en- semble de la période, a été choisi, avec l’âge du Fer abordé juste après, pour étudier la répartition des sites dans le relief relatif en séparant les dépôts multiples et les objets isolés (tabl. 1). 65 dépôts et 93 objets isolés, datés du Bronze final sans plus de précision, ont pu être replacés dans le relief.
Pour les deux types de site, on remarque une implantation préférentielle dans les milieux de pente. Aucun autre élé- ment du relief ne ressort. 94 sites du Bronze final atlantique 3 ont été replacés dans le relief relatif : 44 dépôts multiples et 50 objets isolés. Les milieux de pente ressortent toujours comme des lieux privilégiés, qu’il s’agisse de dépôts multiples ou d’objets isolés.
Pour les sites datés du Bronze final sans plus de précision, les objets isolés sont presque exclusivement des haches et des armes. Ces deux catégories sont également les seules représen- tées dans les dépôts les plus modestes. Les dépôts dépassant la dizaine d’objets rassemblent une plus grande variété d’ob- jets avec quelques éléments de parures, objets du quotidien, etc. Contrairement à la période précédente, plus un dépôt rassemble d’objets, plus ils sont variés. On peut aussi noter que les armes sont plus nombreuses que les haches ; les épées surtout sont très nombreuses à cette période, phénomène connu pour une bonne partie de la zone atlantique (Briard et al., 2001). Pour le Bronze final 3, le mobilier est varié, même dans les dépôts les plus modestes, mais les plus importants se distinguent avec une variété encore plus grande et parfois quelques éléments particuliers : du mobilier lié au harnache- ment ou des éléments du foyer. Les haches redeviennent les objets les plus déposés devant l’armement avec, principale- ment, les épées et les pointes de lance.
Le premier âge du Fer
Les dépôts de l’âge du Fer, pour une grande majorité, sont constitués de haches à douille de type armoricain. La data- tion de ces objets a été récemment revue par José Gomez de Soto (2015) qui a mis en valeur toutes les questions qui persistent autour. Dans cet article, l’âge du Fer sera abordé dans son ensemble sans chercher à distinguer le HaC du HaD. Cette période est représentée par 120 dépôts multiples et 74 objets isolés (fig. 9).
Figure 8 : Carte de densité du mobilier métallique au début du Bronze final atlantique (en haut) et au Bronze final atlantique 3 (en bas).
Figure 8: Density of metallic artefacts in 1350-1150 BC (top) and 1150-800 BC (left).
Figure 9 : Répartition des dépôts au premier âge du Fer.
Figure 9: Distribution of hoards in early Iron Age.
Les sites se concentrent à l’ouest de la zone avec de très fortes concentrations sur la pointe du Cotentin ainsi que vers le littoral sud-ouest. Dans ces deux zones, la densité de sites est plus grande que le maximum prévu par la répartition aléatoire (de 2 à 3 sites par case), et ce à plusieurs reprises.
L’amont de l’Orne, déjà signalé pour la période précédente, persiste comme zone de concentration importante. La plu- part des dépôts découverts en Haute-Normandie sont des objets isolés. La fracture est encore plus marquée au regard de la répartition des zones denses en mobilier. Toutes les grandes concentrations d’objets sont localisées dans le dépar- tement de la Manche et nulle part ailleurs (fig. 10).
106 dépôts multiples et 44 objets isolés ont été replacés dans le relief relatif (tabl. 1). Les bas de pente, pour les dépôts multiples, et les milieux de pente, pour les objets isolés, sont privilégiés. Les plateaux continuent à être évités pour les dépôts multiples.
Le mobilier des dépôts est en rupture totale avec la période précédente. Les dépôts sont constitués de haches à douille de type armoricain, la plupart du temps sans autre objet associé, pouvant être déposées par centaines voire par milliers.
Les sites de milieu humide
Jean-Pierre Mohen a abordé le cas des dragages et des dépôts en milieu aquatique dans le cas de la Seine pour le bassin Parisien (Mohen 1977). Son étude a montré, en prenant le mobilier de l’ensemble des périodes étudiées, la présence majoritaire des armes (68 %) puis des haches
(21.8 %). Ces résultats sont très différents des proportions retrouvées alors pour les dépôts terrestres où les armes sont peu nombreuses à côté des autres catégories. Il signale la pos- sibilité que les outils et objets de parure, plus petits, passent plus facilement inaperçus lors des dragages mais note que malgré cela, la prédominance des armes semble volontaire.
Il remarque également que certains objets (comme des épées continentales) ne sont trouvés qu’en contexte de dragage et montrent donc la spécificité de cette activité. Plus récem- ment, Muriel Mélin (2011) a étudié les dépôts en contextes aquatique, fluvial, littoral ou autre, avec une distinction précise par période, et a bien démontré qu’il s’agit d’un cas particulier de dépôt avec ses spécificités mais aussi ses règles et ses limites.
Les plus anciens cas de dépôts en milieu humide en Normandie sont des haches plates isolées, immergées dans la Seine à la fin du IIIe millénaire. C’est avec le Bronze moyen que les immersions se développent. Au début du Bronze moyen, il ne s’agit encore que d’objets isolés, une dizaine étant connue le long de la Seine et un cas en aval de l’Orne. Huit dépôts multiples et dix-sept objets isolés illustrent ces pratiques pour le Bronze moyen 2, la plupart se situant le long de la Seine. Il faut tout de même noter que la moitié des dépôts, pour cette période, ne sont pas en eaux courantes mais en eaux stagnantes : dans des mares ou des tourbières (n° 203-432-645). Les sites en eaux sta- gnantes sont des dépôts de haches à talon. Les sites en eaux courantes se décomposent en deux dépôts de haches à talon, Figure 10 : Carte de densité du mobilier en bronze au premier âge du Fer.
Figure 10 : Distribution of hoards in early Iron Age.
un dépôt complexe (bracelets, épingles, ciseaux, pointes de lance, etc.) et un ciseau. Le Bronze final est représenté au total par sept dépôts multiples et trente-trois objets isolés, la plupart des sites ne sont pas datés plus précisément et il s’agit uniquement d’enfouissements en eaux courantes. Plusieurs sites sont datés approximativement de la fin du Bronze final au premier âge du Fer. Deux objets isolés trouvés le long de la Seine, sont connus pour l’âge du Fer. Pour les dépôts, on recense le dépôt de Gonneville (n° 337), vers la pointe du Cotentin, et le cas particulier du marais Saint-Clair à Marchesieux (n° 356), qui a révélé un total de neuf dépôts différents de haches à douille de type armoricain.
Au total, le nombre de sites reste faible pour permettre d’étudier plus précisément leur répartition dans les milieux humides. On peut retenir qu’ils semblent présents du début du Bronze moyen au premier âge du Fer, et que l’on compte à la fois des dépôts en eaux courantes et en eaux stagnantes.
L’étude générale du mobilier montre que, quelle que soit la période, les objets sont principalement déposés entiers.
Les cas de fragmentations/modifications sont probablement plus à rapprocher d’un usage précédant leur enfouissement ou d’une détérioration post-dépôt qu’une résultante liée au fait de déposer.
3. L
AVALLÉEDELAS
EINELa vallée de la Seine est une aire assez fortement urbanisée aujourd’hui, un certain nombre de fouilles préventives et de diagnostic ont donc eu lieu dans cette zone. S’il était très difficile de tenter de comparer l’implantation des dépôts avec celle des sites funéraires et d’habitat à l’échelle régionale, tant la connaissance de ces autres sites est embryonnaire compa- rée aux dépôts, la vallée de la Seine est apparue comme pou- vant être une première zone test pour de telles approches.
Pour cette étude, ont été pris en compte les dépôts ainsi que les sites funéraires et d’habitat, ajoutés au corpus, situés à moins de 5 km de la Seine (inventaire présent en fin d’ar- ticle). Cette distance correspond communément à la dis- tance parcourue par un individu en une heure et délimite donc son aire d’approvisionnement direct (Brun, 2006).
Présentation de la zone d’étude
Le bassin de la Seine est presque entièrement compris dans le bassin parisien. Depuis 1995, un programme de recherche intitulé « Seine-Aval » a été mis en place sur l’estuaire de la Seine. Par la suite, le Groupe d’Intérêt Public (GIP) Seine- Aval a été créé en 2003.
Les membres de ce programme décomposent aujourd’hui l’estuaire de la Seine en trois zones. L’estuaire amont s’étend
de Poses (Eure) à Vieux-Port (Eure). C’est une zone d’eau douce soumise aux marées mais où l’hydrodynamisme flu- vial est dominant (crue et étiage). De Vieux-Port à Honfleur (Calvados) s’étend l’estuaire moyen (fig. 11), caractérisé par la rencontre des eaux douces et des eaux salées. Les phéno- mènes de marées sont tout aussi présents et importants que les phénomènes de crues. L’estuaire aval s’étend d’Honfleur à la baie de Seine, il correspond à la partie marine encore influencée en partie par le débit du fleuve. L’ensemble de l’estuaire est donc soumis à des variations liées à la fois à la vie du fleuve (débit de la Seine et de ses affluents), et aux phénomènes marins (marée, etc.). Les inondations sont assez fréquentes aujourd’hui le long de la Seine, on peut supposer qu’il en était de même pendant la Protohistoire. Elles sont mentionnées très tôt dans les textes, une soixantaine d’évè- nements importants ont été inventoriés depuis le vie siècle.
Ce petit résumé de l’histoire de la Seine semble nécessaire pour que chacun puisse mesurer au mieux la précision des éléments qui vont être exposés par la suite.
L’implantation des sites
Dans la vallée de la Seine (fig. 12), les sites funéraires et d’habitat connus dans la partie la plus en amont, sont en majorité situés sur la rive gauche de la Seine. Les dépôts terrestres sont présents tout au long de la Seine tandis que les dépôts aquatiques semblent se concentrer entre Le Trait (Seine-Maritime) et Poses (Eure).
Dans d’autres régions, la position des dépôts a été com- parée à celle des autres sites à travers le relief relatif. Jean- François Piningre a ainsi mis en évidence l’existence de lieux de dépôt privilégiés en Franche-Comté : les zones humides ou vallées secondaires à proximité des sources, les grottes ou Figure 11 : Localisation des villes citées le long de la Seine.
Figure 11: Distribution of towns mentioned along the Seine river.
fissures de rochers et les lieux de franchissement des rivières (Piningre, 1998). La question a donc été abordée à l’échelle de la vallée de la Seine, avec la même méthode que pour l’étude régionale, et a permis ici une comparaison entre les différents types de sites.
Pour la vallée de la Seine, 29 748 cellules ont été déter- minées :
– les vallées représentent 3 127 cellules soit 10,5 % des cellules déterminées ;
– les bas de pente représentent 6 635 cellules soit 22,3 % des cellules déterminées ;
– les plateaux de pente représentent 7 247 cellules soit 24,4 % des cellules déterminées ;
– les milieux de pente représentent 4 551 cellules soit 15,3 % des cellules déterminées ;
– les hauts de pente représentent 5 778 cellules soit 19,4 % des cellules déterminées ;
– les crêtes représentent 2 410 cellules soit 8,1 % des cel- lules déterminées ;
Les débuts de l’âge du bronze
Dès les débuts de l’âge du Bronze (fig. 13), du mobilier est déposé sur toute la longueur de la vallée, mis à part l’embou- chure, quelques habitats et sites funéraires sont présents en amont de Rouen. L’habitat et les sites funéraires semblent implantés plutôt dans les vallées, bas de pente et les zones de plateaux. Les dépôts, par contre, sont aussi assez présents dans les zones de relief plus prononcées : milieux de pente et crêtes.
Figure 13 : Répartition des sites à moins de 5 km de la Seine de l'âge du Bronze ancien.
Figure 13: Distribution of archeological sites along the Seine river (<5 km) in 2300-1600 BC.
L’âge du Bronze moyen
Au Bronze moyen, la répartition des sites funéraires ou d’habitat dans la vallée de la Seine (fig. 16) est semblable à celle des dépôts (fig. 14, 15), avec une présence majoritaire- ment à moins de 3 km de la Seine, mais ils sont connus en bien moins grand nombre. Trente dépôts en milieu aqua- tique sont connus au total. Les dépôts terrestres se répar- tissent tout au long de la Seine tandis que les dépôts en milieu aquatique se concentrent entre Le Trait et Le Poses ; ils sont presque inconnus près de l’embouchure et dans la zone la plus en amont. Les sites d’habitat ou funéraires ont toujours au moins un dépôt à moins de 3 km et les sites funéraires sont installés plus loin dans les terres que l’habitat.
Autour de la Seine, les dépôts se font principalement dans les pentes (bas, milieux et hauts) tandis que les autres sites sont présents plutôt sur les plateaux, dans les vallées et les bas de pente.
Figure 12 : Répartition des sites connus de l’âge du Bronze et du premier âge du Fer à moins de 5 km de la Seine entre Vernon et l’embouchure.
Figure 12: Distribution of Bronze age and early Iron Age sites along the Seine river (<5 km).
L’âge du Bronze final
Au Bronze final (fig. 17), l’habitat est connu surtout en amont, il s’installe principalement sur les bas et les hauts de pente et soit à proximité de la Seine (moins de 1 km), soit plutôt à distance (plus de 3 km). Aucun site funéraire n’est attesté pour la période. Les dépôts sont nombreux tout au long du fleuve, généralement à moins de 3 km de celui-ci, mais ils se raréfient en approchant de l’embouchure. Ils sont pour la plupart localisés sur le centroïde, donc une tendance peut difficilement être dégagée pour leur implantation dans le relief. Vingt-quatre dépôts en milieu humide sont connus.
Les dépôts terrestres restent répartis tout au long de la Seine
alors que les dépôts en milieu humide sont situés plus en amont qu’à la période précédente : la majorité est présente entre Rouen et Vernon.
Le premier âge du Fer
Le nombre de dépôts se réduit au premier âge du Fer (fig. 18), huit dépôts terrestres et six dépôts en milieu aquatique sont connus, leur répartition ne présente rien de particulier. Ils sont rarement à proximité des autres sites (seulement un dépôt est à moins de 2 km d’un site d’occu- pation connu). Aucun type de relief ne semble déterminant à part les bas de pente pour les dépôts, mais il s’agit de sites localisés sur le centroïde. Les sites funéraires sont situés de 1,5 à 3 km de distance de la Seine tandis que les habi- tats sont aussi parfois plus proches ou éloignés. Les dépôts sont généralement assez proches de la Seine, entre 500 m et 3 km, sans compter les 6 dépôts dans le fleuve.
La répartition du mobilier L’axe de la Seine
Cette étude plus locale a également été l’occasion de s’in- téresser à la répartition des types d’objets entre les dépôts pour chaque période.
Des travaux similaires ont déjà été effectués, comme l’étude du Rhône à l’âge du Bronze (Mordant et al., 2006) qui a servi ici de référence. La méthode employée s’articule autour d’une anamorphose. La Seine a été fractionnée en 50 tronçons de même distance : environ 4 km.
À l’aide d’une anamorphose, le mobilier de chaque dépôt a été associé au tronçon de la Seine le plus proche et ainsi le mobilier de l’ensemble des dépôts associés à chaque tron- Figure 14 : Répartition de l’habitat et du funéraire à moins de
5 km de la Seine au Bronze moyen.
Figure 14: Distribution of dwelling and burial places along the Seine river (<5 km) in 1600-1350 BC.
Figure 15 : Répartition des dépôts à moins de 5 km de la Seine au Bronze moyen 1.
Figure 15: Distribution of hoards along the Seine river (<5 km) in 1600-1450 BC.
Figure 16 : Répartition des dépôts à moins de 5 km de la Seine Bronze moyen 2.
Figure 16: Distribution of hoards along the Seine river (<5 km) in 1450-1350 BC.
çon a été totalisé sur l’ensemble du fleuve et pour chaque période.
Les cartes obtenues doivent être utilisées en tenant compte de plusieurs limites :
Une grande partie du mobilier concerné par cette étude a été retrouvée dans la Seine. La carte de répartition des sites découverts par dragage permet de mettre en valeur une couverture assez grande de la Seine et donc de compenser les effets de source liés à l’historique des dragages (fig. 12).
Par contre, il reste le problème des éventuelles perturbations post-dépôt que l’on ne peut estimer.
Beaucoup de dépôts sont également localisés sur le centroïde et la Seine a la particularité d’être très sinueuse. L’attribution de chaque ensemble de mobilier au tronçon le plus proche est donc plus discutable que dans le cas d’un axe bien droit et les imprécisions peuvent provoquer des décalages. Ainsi, les observations faites ne peuvent se limiter à un tronçon particu- lier de la Seine mais doivent se limiter à des zones plus larges
afin de prendre en compte ces imprécisions. La représenta- tion, sur chaque carte, de l’emplacement des dépôts permet de vérifier si, dans les méandres, les dépôts sont réellement proches d’un point précis de la Seine ou s’ils sont situés à une distance similaire des différents points du méandre.
Résultats
Au début de l’âge du Bronze (fig. 19), quelques objets sont répartis le long de la Seine, aucune zone particulière ne semble ressortir.
Au début du Bronze moyen (fig. 20, 21), plusieurs zones de concentration apparaissent. Deux zones principales vers Vernon (Eure) et vers Bardouville (Seine-Maritime) sont mar- quées par un dépôt important. Un dépôt plus modeste est à signaler vers Rouen (Seine-Maritime), la zone compte au total dix-sept objets. On note que les dépôts terrestres sont présents tout au long de la Seine tandis que ceux en milieu humide sont restreint à la zone entre Jumièges et Poses.
Figure 17 : Répartition des sites à moins de 5 km de la Seine à l’âge du Bronze final.
Figure 17: Distribution of archeological sites along the Seine river (<5 km) in 1350-800 BC.
Figure 18 : Répartition des sites à moins de 5 km de la Seine au premier âge du Fer.
Figure 18: Distribution of archeological sites along the Seine river (<5 km) in early Iron Age.
Figure 21 : Répartition des armes au Bronze moyen 1.
Figure 21: Distribution of weapons in 1600-1450 BC.
Au cours du Bronze moyen (fig. 22), la zone entre Bardouville et Rouen ressort avec la présence régulière de dépôts d’importance moyenne. Dans cette aire, les haches (fig. 23) se concentrent vers Rouen tandis que les armes (fig. 24) sont déposées en nombre en différents points. Un certain nombre d’éléments de parure (fig. 25) sont déposés dans les environs de Bardouville à la fin du Bronze moyen et au début du Bronze final. Plus en amont, les dépôts sont réguliers mais Figure 19 : Répartition du mobilier au Bronze ancien.
Figure 19: Distribution of artefacts in 2300-1600 BC.
Figure 20 : Répartition du mobilier au Bronze moyen 1.
Figure 20: Distribution of artefacts in 1600-1450 BC.
Figure 22 : Répartition du mobilier au Bronze moyen 2.
Figure 22: Distribution of artefacts in 1450-1350 BC.
Figure 23 : Répartition des haches au Bronze moyen 2.
Figure 23: Distribution of axes in 1450-1350 BC.
Légende des fig. 19-33.
Fig. 19-33 caption.
concernent bien moins d’objets. Plus en aval, deux autres zones d’importance ressortent avec une présence majoritaire de haches. Le cas de Vernon est particulier puisqu’il s’agit d’un ensemble de mobilier découvert lors de dragages et s’étalant du début du Bronze moyen à la fin du Bronze final. Dans le détail, on peut remarquer le dépôt de haches au Bronze moyen puis d’armes principalement au Bronze final.
Le début du Bronze final (fig. 26) est caractérisé par une réduction des zones riches en mobilier. La zone entre Bardouville et Rouen s’impose comme l’aire principale concentrant le mobilier métallique pour la période. Les abords de Vieux-Port ressortent également avec notamment la seule zone de concentration de haches pour cette période (fig. 27). Les armes (fig. 28) sont la catégorie d’objet la plus représentée avec deux zones de concentration : Bardouville et en aval de Rouen, où elles sont présentes par dizaines et plusieurs zones de concentration secondaires (entre 11 et Figure 24 : Répartition des armes au Bronze moyen 2.
Figure 24: Distribution of weapons in 1450-1350 BC.
Figure 27 : Répartition des haches au Bronze final 1 et 2.
Figure 27: Distribution of axes in 1350-1150 BC.
Figure 28 : Répartition des armes au Bronze final 1 et 2.
Figure 28: Distribution of weapons in 1350-1150 BC.
Figure 25 : Répartition des éléments de parure au Bronze moyen 2.
Figure 25: Distribution of adornments in 1450-1350 BC.
Figure 26 : Répartition du mobilier au Bronze final 1 et 2.
Figure 26: Distribution of artefacts in 1350-1150 BC.
20 armes) : Vieux-Port, Vernon, Oissel et vers le méandre de Bouafles. Au Bronze final 3 (fig. 29 à 32), la région de Rouen concentre la majorité du mobilier déposé avec l’im- portant dépôt de Déville-lès-Rouen (n° 532) qui représente la principale concentration de mobilier avec une quantité non négligeable de parures, armes et haches.
Au premier âge du Fer (fig. 33), peu d’objets sont déposés le long de la Seine. Cette période marque peut-être un coup d’arrêt dans la pratique des dépôts dans la région.
Figure 30 : Répartition des haches au Bronze final 3.
Figure 30: Distribution of axes in 1150-800 BC.
Figure 31 : Répartition des armes au Bronze final 3.
Figure 31: Distribution of weapons in 1150-800 BC.
Figure 29 : Répartition du mobilier au Bronze final 3.
Figure 29: Distribution of artefacts in 1150-800 BC. Figure 32 : Répartition des éléments de parure au Bronze final 3.
Figure 32: Distribution of adornments in 1150-800 BC.
Figure 33 : Répartition du mobilier au premier âge du Fer.
Figure 33: Distribution of artefacts in early Iron Age.
4. C
ONCLUSIONLa pratique des dépôts commence dès le chalcolithique et le début de l’âge du Bronze en Normandie. Elle connait une forte augmentation au cours du Bronze moyen et finit par disparaitre vers le début du ve siècle. Au cours de cette période, l’ensemble de la zone d’étude n’a pas été touchée de la même manière par cette pratique. Les premiers objets métalliques enfouis hors contexte domestique ou funéraire ont été retrouvés plutôt dans les régions du littoral nord ou le long de la Seine et de ses affluents. Au Bronze moyen, la pratique des dépôts connait une plus large diffusion. La vallée de la Seine se place alors comme la zone la plus dense en dépôts et rassemble une grande quantité d’objets, prin- cipalement dans les méandres vers Bardouville et Rouen.
Le nord de la Haute-Normandie montre aussi une zone de concentration de sites, mais la quantité de mobilier déposé au total est plus modeste tandis que la plaine de Caen montre une grande concentration de mobilier avec peu de sites. Au début du Bronze final, le constat reste très proche.
Puis au cours du Bronze final, de grands changements vont s’amorcer dans la répartition des sites et du mobilier. Les dépôts et le mobilier vont principalement se concentrer sur l’ouest, dans la Manche. En amont de l’Orne, une petite zone dense en dépôts est visible mais elle ne représente que peu d’objets. La plaine de Caen et la Seine vont rester des zones importantes puis s’effacer à l’âge du Fer.
La Seine apparait donc comme un point clé dans la compré- hension à la fois des dépôts en Normandie. Alors que la répar- tition des dépôts terrestres est diffuse et concerne l’ensemble du cours du fleuve, la zone de méandres vers Bardouville et Rouen s’impose comme le point de concentration du mobi- lier, tout au long de l’âge du Bronze. La zone de Poses ressort à travers un certain nombre de sites d’habitat ou funéraires connus. Mais, malgré cette présence humaine avérée, le mobi- lier déposé en ces endroits est toujours assez faible.
On remarque donc que la pratique du dépôt varie au cours du temps et peut prendre différentes formes.
– la quantité de mobilier déposé n’est pas toujours en lien avec le nombre de dépôts. Certaines zones montrent une forte concentration de sites mais une faible densité de mobi- lier, et d’autres l’inverse.
– la répartition des types d’objets montre une sélection des objets avec souvent une catégorie ou deux qui sont majori- taires. Cette sélection peut varier suivant l’aire géographique, la période et le contexte de dépôt (milieu terrestre ou aquatique).
Pour expliquer ces différences, plusieurs hypothèses sont possibles.
Cet acte pouvait-il être collectif, organisé par la commu- nauté ou individuelle ? Les dépôts les plus importants du Bronze moyen et du premier âge du Fer ont pu être des pro-
ductions ou des rassemblements d’un seul objet particulier en grande quantité, de la part soit d’une personne privilégiée, qui garderait, par sa position au sein du groupe, l’exclusivité de la pratique, soit de la part d’un groupe se rassemblant pour effectuer le dépôt collectivement (Blitte, 2011). Les dépôts du Bronze final sont très variés et rassemblent du mobilier brisé, modifié. Cela pourrait représenter un ensemble d’objets, utilisés ou non auparavant par les membres du groupe, qui sont rassemblés et détruits afin d’être déposés. Au contraire, les endroits où le nombre de dépôts est très proche du nombre d’objets déposés peuvent représenter des dépôts plus indivi- duels. Cette pratique peut être totalement individuelle et effectuée de manière indépendante par chacun ou rester col- lective avec un geste reproduit par tous les membres d’un groupe, de manière simultanée.
L’étude du relief a donné quelques résultats. Les dépôts sont présents dans tous les types de relief mais majoritairement dans les milieux de pente et rarement sur les plateaux et dans les vallées, lieux privilégiés pour l’implantation des sites d’ha- bitat ou funéraires. Les bas de pente rassemblent aussi un bon nombre de sites de tout type. Les résultats se rapprochent de ce que Muriel Fily (2008) a déjà pu mettre en évidence dans sa thèse. Dans son étude, les milieux et hauts de pentes, ainsi que les crêtes, sont surreprésentés tandis que les plateaux semblent délaissés, pour les découvertes métalliques. Elle précise que
« le simple relief relatif n’est pas l’élément principal dans le choix des lieux d’enfouissement ». Il reste à comprendre ces constats. La première proposition est une dépendance des dépôts aux sites alentours. Dans l’implantation humaine, le relief intervient d’abord dans le choix de l’emplacement de l’habitat et des tombes. Puis les dépôts sont faits en dehors de ces zones et se retrouvent donc plus souvent dans les zones de relief rejetées pour les autres sites. Une seconde possibilité serait de voir le relief relatif comme un témoin indirect du réel facteur déterminant dans l’emplacement des enfouissements.
Il se peut que les hommes n’aient pas prêté attention au relief lors de leur dépôt mais à un autre élément de leur environ- nement, qui est lui-même influencé par le relief. Ainsi on peut proposer que ce soit la végétation ou l’ouverture du pay- sage qui intervienne dans le lieu du dépôt. En effet, on peut supposer que la végétation était différente suivant le relief. À cela s’ajoute l’impact de l’homme par les défrichements, les cultures. Les dépôts ont pu avoir lieu dans les zones les plus sauvages au paysage moins ouvert.
L’étude des dépôts normands a donc permis d’aborder la Protohistoire de cette région ainsi que de proposer plusieurs hypothèses au sujet des dépôts, quelle que soit la quantité de mobilier déposé et les contextes de dépôt. La comparai- son avec les autres sites contemporains n’a été ici qu’une ébauche, et pourrait se révéler très utile avec, à la fois, l’ajout des découvertes à venir afin d’augmenter le corpus de com-
paraison et de couvrir de plus grandes aires géographiques, et une diversification des échelles d’étude, notamment des études très focalisées autour d’un ou deux habitats. D’autres
études spécialisées pourraient également venir s’ajouter, comme des études paléo-environnementales.
N° Départ Commune Datation Contexte Date mention 1re mention
1 Calvados Aubigny BF - AdF découverte aquatique 1829 Galeron F.-Brébisson de A.-Desnoyers
2 Calvados Balleroy AdF dépôt multiple 1875 Cochet Abbé
3 Calvados Banville AdF objet isolé 1907 Coutil L.
4 Calvados Banville Bm2 objet isolé 1907 Coutil L.
5 Calvados Bayeux AdF objet isolé 1961 Edeine B.
6 Calvados Bayeux AdF objet isolé 1907 Coutil L.
7 Calvados Bayeux Bf3 - AdF dépôt multiple 1894 Coutil L.
8 Calvados Bayeux Bm1 objet isolé 1907 Coutil L.
9 Calvados Bazenville Bm2 dépôt multiple 1894 Coutil L. - Mortillet de G.
10 Calvados Bellengreville AdF objet isolé 1859 Anonyme
11 Calvados Bernières-d’Ailly Bf3 dépôt multiple 1837 Lambert E.
12 Calvados Bernières-d’Ailly Bm2 objet isolé 1864 Gervais Ch.
13 Calvados Bernières-sur-Mer AdF objet isolé 1856 Lambert Ed.
14 Calvados Biéville-Beuville AdF objet isolé 1961 Edeine B.
15 Calvados Biéville-Beuville Ba2 objet isolé inconnu inédit
16 Calvados Biéville-Beuville Bm2 objet isolé inconnu inédit
17 Calvados Blainville-sur-Orne Bf3 dépôt multiple 1935 Hue Ed.
18 Calvados Breuil-en-Auge (Le) Bm1 objet isolé 1994 Lebrasseur J.
19 Calvados Caen Bm1 découverte aquatique 1864 Gervais Ch.
20 Calvados Caen Bm1 dépôt multiple 1938 Gosselin L.
21 Calvados Cagny AdF objet isolé inconnu inédit
22 Calvados Campandré-Valcongrain AdF dépôt multiple 1864 Gervais Ch.
23 Calvados Campandré-Valcongrain Ba2 dépôt multiple 1864 Gervais Ch.
24 Calvados Campandré-Valcongrain Bm2 objet isolé 1864 Gervais Ch.
25 Calvados Canchy Bm2 dépôt multiple 1852 Charma A.-Mancel G.
26 Calvados Colombières Bm2 dépôt multiple 1907 Coutil L.
27 Calvados Colombiers-sur-Seulles Bm1 objet isolé 1994 Ghesquière E.-Maneuvrier Ch.-Marcigny C.-Verron G.
28 Calvados Condé-sur-Noireau Bf2 dépôt multiple 1882 Bazin R. - Anonyme
29 Calvados Condé-sur-Noireau Bf3 dépôt multiple 1958 Favière J.
30 Calvados Condé-sur-Noireau Bf3 dépôt multiple 1894 Mortillet de G.
31 Calvados Condé-sur-Noireau Bf3 - AdF découverte aquatique 1894 Mortillet de G.
32 Calvados Condé-sur-Seulles Bm2 objet isolé inconnu inédit
33 Calvados Courseulles-sur-Mer Ba2 objet isolé inconnu inédit
34 Calvados Courseulles-sur-Mer Bm2 dépôt multiple 1971 Dastugue J.
35 Calvados Courseulles-sur-Mer Bm2 objet isolé 1932 Doranlo R.
36 Calvados Dozulé Ba1 objet isolé 1907 Coutil L.
37 Calvados Dozulé Bm2 objet isolé 1907 Coutil L.
38 Calvados Escoville Bf3 dépôt multiple 1882 Beaurepaire de E.
39 Calvados Escoville Bm1 objet isolé 1882 Evans J.
40 Calvados Estrées-la-Campagne BF objet isolé inconnu inédit
41 Calvados Fresné-la-Mère Bf3 dépôt multiple 1829 Pluquet
42 Calvados Hermival-les-Vaux Ba2 objet isolé 1907 Coutil L.
43 Calvados Hérouville-Saint-Clair AdF objet isolé inconnu inédit
44 Calvados Hérouville-Saint-Clair Bf1 découverte aquatique 1922 Lucas Abbé.
45 Calvados Hérouville-Saint-Clair Bf3 dépôt multiple 1973 Verron G.
46 Calvados Honfleur Bf2 objet isolé 1973 Seyer J.
47 Calvados Honfleur Bf3 - AdF objet isolé 1898 Coutil L.
48 Calvados Honfleur Bm2 objet isolé 1975 Bourhis J.-Giot P.R.-Briard J.
49 Calvados Jort AdF dépôt multiple 1864 Gervais Ch.
50 Calvados Jort AdF dépôt multiple 1894 Coutil L.
51 Calvados Lessart et le Chêne Bf1 objet isolé 1907 Coutil L.
52 Calvados Lisieux AdF objet isolé 1901 Coutil L.
53 Calvados Lisieux AdF objet isolé 1907 Coutil L.
54 Calvados Lisieux Bf1 objet isolé 1894 Coutil L.
55 Calvados Lisieux Bm2 objet isolé 1907 Coutil L.
56 Calvados Lison Bf2 dépôt multiple 1922 Coutil L.
57 Calvados Longues-sur-Mer AdF dépôt multiple 1961 Edeine B.
58 Calvados Longueville BF dépôt multiple 1907 Coutil L.