Série évaluation de programme par pays
Évaluation du programme pays de la FAO en Maroc
2017–2021
Annexe 1. La coopération Sud-Sud et triangulaire FAO-Maroc-Afrique
Contents
Sigles iii
Introduction ... 1 La CSST: contexte et politique ... 3
2.1 Le Maroc et la CSS 3
2.2 La CSST au sein de la FAO 4
Évaluation du programme de la FAO en soutien à la CSST au Maroc ... 7
3.1 Le portefeuille de projets CSS 7
3.2 Pertinence 10
3.3 Efficacité 11
3.4 Efficience 16
3.5 Durabilité 19
3.6 Genre 20
Conclusions et pistes de recommandations ... 21
4.1 Conclusions 21
4.2 Pistes pour de futures recommandations 23
Références ... 25 Bibliographie ... 26 Appendice 1. Liste des personnes rencontrées ... 27
Sigles
AAA Adaptation de l’agriculture africaine
CEDEAO Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest
COP 22 22ème session de la Conférence des parties sur les changements climatiques CPP Cadre de programmation par pays
CSS Coopération Sud-Sud
CSST Coopération Sud-Sud ou triangulaire
FAO Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture GCAM Groupe de crédit agricole du Maroc
MAMDA Mutuelle agricole marocaine d’assurances
MAPMDREF Ministère de l’agriculture, la pêche maritime, le développement rural et les eaux et forêts OCP Office chérifien des phosphates
ODD Objectif de développement durable
PABA Plan d’action de Buenos Aires pour la promotion et la mise en œuvre de la coopération technique entre pays en développement
USD Dollar des États-Unis
Introduction
1. La coopération dite coopération Sud-Sud (CSS)1 découle du Plan d’action de Buenos Aires pour la promotion et la mise en œuvre de la coopération technique entre pays en développement (PABA) adopté par 138 États Membres des Nations Unies en Argentine, le 18 septembre 1978. Ce plan prévoyait un système de collaboration entre les pays les moins avancés, situés pour la plupart dans l'hémisphère sud de la planète. Le PABA a également défini une série de recommandations nouvelles et concrètes visant à établir des cadres juridiques et des mécanismes de financement aux niveaux national, régional, interrégional et mondial. Depuis lors, une hausse des demandes de solutions de coopération Sud-Sud ou triangulaire (CSST) est observée et les mécanismes de coopération n’ont cessé de développer des initiatives d’apprentissage et d’assistance mutuels entre Membres de la FAO.
2. La coopération Sud-Sud fait ainsi référence à la coopération technique entre pays en développement du Sud. Elle suppose un partage et un échange mutuel de solutions utiles au développement – connaissances, expériences, bonnes pratiques, politiques, technologies, outils et ressources – entre pays en développement. C’est un outil utilisé par les États, les organisations internationales, les universitaires, la société civile et le secteur privé pour collaborer et partager des connaissances, des compétences et des initiatives réussies dans des domaines spécifiques tels que le développement agricole, les droits de l’homme, l’urbanisation, la santé, le changement climatique, etc.
3. La coopération triangulaire, quant à elle, implique des partenariats entre au moins deux pays en développement, auxquels s’ajoute un troisième partenaire. Ce dernier est généralement un pays développé/partenaire de ressources traditionnel, un pays à l’économie émergente ou une organisation multilatérale.
4. Dans ce cadre, plusieurs agences de coopération internationale et des Nations Unies, dont la FAO, interviennent en tant que bailleurs de fonds ou facilitateurs, avec des investissements financiers qui peuvent être variables. 40 ans après le lancement du PABA, les 138 pays du Sud sont tous impliqués dans la CSS.
5. Le Secrétaire général des Nations Unies António Guterres a déclaré en novembre 2018 lors de l’inauguration de la 10ème exposition mondiale sur le développement Sud-Sud au Siège des Nations Unies à New York: «Les pays du Sud ont contribué à plus de la moitié de la croissance mondiale ces dernières années; le commerce intra-Sud est plus important que jamais et représente plus du quart du commerce mondial; les investissements directs étrangers provenant du Sud représentent un tiers des flux mondiaux; les fonds envoyés par les travailleurs migrants dans les pays à revenu faible et intermédiaire ont atteint 466 milliards de dollars, ce qui a permis de faire sortir des millions de familles de la pauvreté».
La CSST: contexte et politique 2.1 Le Maroc et la CSS
6. Dans cette mouvance internationale et inspiré par une vision royale ambitieuse, le Maroc a multiplié les initiatives et les actions pour promouvoir la coopération Sud-Sud, notamment avec ses partenaires africains. Les multiples visites effectuées par le Roi du Maroc sur le continent ont ainsi donné une forte impulsion à la coopération Sud-Sud (PNUD, 2014), érigée en choix stratégique du Royaume axé sur:
i. sa position géostratégique: au carrefour des régions arabes et africaines, il partage avec elles de nombreuses affinités d’ordre historique, culturel et religieux qui en font un interlocuteur privilégié;
ii. des compétences et un savoir-faire technique reconnus dans des domaines spécifiques, capitalisés entre autres au travers de la coopération Nord-Sud et qu’il est disposé aujourd’hui à transmettre aux autres pays du Sud;
iii. des réformes structurelles et des initiatives pionnières (réforme constitutionnelle et égalité de genre, politique de migration, Initiative nationale de développement humain, etc.) qui peuvent être transposées ailleurs;
iv. une stabilité politique dans un contexte régional turbulent.
7. Le Maroc mentionne dans sa nouvelle constitution de 2011 la coopération Sud-Sud comme étant l'élan naturel de son appartenance à l’Afrique. Cette reconnaissance a été réitérée en 2017 lors de son retour au sein de l’Union africaine (Bradane M., 2017).
8. Cet engagement du Maroc offre une opportunité pour la mise en commun entre les pays du Sud des moyens, stratégies et politiques de sécurité alimentaire afin de tirer avantage des complémentarités et synergies. Dans ce cadre, le Maroc a pu mobiliser le secteur privé pour investir dans les pays africains dans tous les domaines de l’activité économique y compris pour la fourniture d’intrants agricoles. À côté de l’Office chérifien des phosphates (OCP) engagé dans le développement de l’agriculture en Afrique à travers les projets continentaux, sont également impliqués le Groupe du crédit agricole du Maroc (GCAM) et la Mutuelle agricole marocaine d’assurances (MAMDA) qui ont des agences de crédit agricole et d’assurance agricole dans plusieurs pays africains.
9. Le Maroc s’est ainsi engagé activement dans la CSS comme modalité d’aide au développement et se positionne en tant que: i) facilitateur et pourvoyeur avec plusieurs partenaires techniques et financiers; ii) récipiendaire potentiel (Projet Chine-FAO-Maroc, encore en phase de conception).
Évaluation du programme pays de la FAO en Maroc 2017–2021 – Annexe 1
gestion rationalisée des sols; ii) la maîtrise durable de l’eau agricole; iii) la gestion des risques climatiques; iv) le financement solidaire des petits porteurs de projets. Le cercle d’adhésion des pays africains à la CSS s’est ainsi élargi avec l’adoption de l’initiative AAA et la création d’une fondation marocaine dédiée à la recherche de ressources de financement. Cette coopération a ouvert la voie pour demander l’adhésion du Maroc à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) afin d’accéder aux marchés, notamment en vue de la promotion de l’exportation de ses intrants et produits agricoles en Afrique.
12. Le Maroc a fait le choix stratégique de travailler dans le cadre de la coopération Sud-Sud avec plusieurs bailleurs de fonds et agences de la coopération internationale, dont la FAO, plus particulièrement dans le domaine de la sécurité alimentaire. En novembre 2019, la FAO et la fondation marocaine AAA ont signé une lettre d'entente et d’engagement conjoint pour préparer des projets et plans de résilience au changement climatique en Afrique et le renforcement des capacités des décideurs africains dans le domaine de la formulation de projets.
13. À titre d’exemple, il est possible de citer le projet «Fonds d'appui à la coopération triangulaire - Phase II» mis en œuvre par le Maroc, la Belgique et 32 pays africains dont l’objectif est de
«promouvoir et soutenir les actions et les échanges dans les domaines de la formation et du transfert de savoir-faire pour améliorer des compétences spécifiques dans les pays africains». Le projet doté d'un budget de 400 000 euros s’est déroulé de 2014 à 2019 et a permis d’organiser au Maroc sept programmes de formation sur des questions liées à l'eau, la santé, l'énergie, la santé animale, les médias et les finances publiques pour 104 professionnels de 32 pays africains.
Des experts marocains ont été envoyés dans des pays africains pour une assistance à la gestion territorialisée des eaux souterraines (Global Partnership Initiative on Effective Triangular Co- operation, 2019).
14. Le Maroc a adopté une approche innovante de mobilisation des ressources financières en appuyant le secteur privé pour financer des initiatives de CSS avec plusieurs bailleurs, facilitées par la dynamique de la diplomatie qui crée les condition adéquates (FAO Maroc, 2020). La FAO est l’un des partenaires du Maroc (avec la Belgique, l’Allemagne, l’Espagne, la Suisse, etc.) pour la réalisation des objectifs de développement durables (ODD) à travers la coopération Sud-Sud avec les pays africains.
15. Quelle que soit la pertinence des principes de la CSS, les relations entre le Maroc et les pays africains restent tributaires du climat politique qui redéfinit les enjeux de pouvoir, réoriente les modèles économiques, cristallise de nouveaux intérêts et détermine la nature et le mode de gouvernance de la coopération internationale. La FAO n’intervient pas dans ces débats; son action ne débute qu’après avoir reçu l’aval du Maroc et des pays récipiendaires (approches fondées sur l’intervention de la puissance publique). Toutefois, l’existence de cadres de coopération internationale, définis par exemple lors des sommets mondiaux de l’alimentation ou sur le développement durable, qui fixent des objectifs partagés clairs à atteindre à l’horizon 2030, ouvre des perspectives d'implication accrue de la FAO dans la mise en place de règles concertées de gouvernance de la CSS.
2.2 La CSST au sein de la FAO
16. La FAO agit en tant que facilitateur pour renforcer les capacités des pays du Sud pour la réalisation
La CSST: contexte et politique
17. La FAO dispose d'une longue expérience en tant que promoteur et facilitateur d’échanges de connaissances et de savoir-faire dans les domaines de l'agriculture, la sécurité alimentaire et la nutrition. L'adoption de la CSS par la FAO a débuté en 1979 avec la création d'un point focal chargé de promouvoir, coordonner et intégrer la coopération technique entre pays en développement dans toutes les activités de l'Organisation. Ce dernier a fourni un cadre et une approche formalisée pour les échanges techniques entre pays, axée sur la mobilisation d'experts des pays en développement pour un déploiement à court terme dans d'autres pays du Sud pour offrir une assistance technique ou animer formations, ateliers et séminaires (FAO, 2016).
18. La CSST s'est développée de manière plus formelle et institutionnalisée au sein de la FAO avec le lancement du Programme spécial pour la sécurité alimentaire en 1994. La création d’une unité CSS en 2012 dans le cadre du programme de réforme a permis d’assurer un soutien institutionnel encore plus fort à la CSST. L’unité est devenue un Bureau à part entière en 2019 chargé de la coopération Sud-Sud et triangulaire (FAO, 2019). L’équipe en charge d’orchestrer la CSS depuis le Siège de la FAO joue un rôle de soutien à l’ensemble des programmes de la FAO soutenant les initiatives de CSS au sein des pays.
19. Dans ce cadre, la FAO a soutenu l’établissement d’un accord-cadre entre le Maroc et la FAO (FAO- Maroc, 2014) qui établit les bases de l’utilisation d’un fonds fiduciaire d'un montant d’environ 1 million de dollars des États-Unis (par la suite dollars), alimenté au moyen de dons annuels échelonnés de 2014 à 2020, provenant aussi bien du Gouvernement que du secteur privé marocains. Ce fonds visait à «aider les pays en développement à accroître leur productivité agricole sur une base durable, atteindre la sécurité alimentaire, améliorer les moyens de subsistance, renforcer la résilience aux menaces et aux crises et améliorer la gestion des ressources naturelles».
20. Les approches mises en œuvre dans le cadre des projets de CSS soutenus par la FAO incluent un appui à la mobilisation des ressources financières pour les pays, un soutien à la mise en relation entre les pays, ainsi qu'un appui pour concevoir et mettre en œuvre les projets d’un point de vue administratif et logistique (FAO, South-South and triangular cooperation, non daté). La FAO n’a ainsi pas vocation à mettre l'appui technique au centre de sa valeur ajoutée dans le contexte des projets de CSS, contrairement aux autres projets qu’elle met en œuvre, mais à faciliter la rencontre entre la demande et l’offre d’appui technique entre deux pays dits du Sud. Ainsi, si les deux pays partenaires restent les principaux décideurs du contenu des projets, la FAO fait figure de partie prenante des projets dans lesquels elle peut leur faire bénéficier de son expérience, assurer une supervision technique et fournir un contrôle de qualité. C'est par ailleurs au travers de projets gérés par la FAO que s’organisent les transferts d’expertise entre les pays permettant à la FAO de jouer un rôle de facilitateur des aspects liés à la gestion des projets, généralement sous la supervision de sa Représentation dans le pays récipiendaire.
Évaluation du programme de la FAO en soutien à la CSST au Maroc
21. Actuellement, l'assistance de la FAO au Maroc est définie par le Cadre de programmation par pays (CPP) 2017-2020 (FAO-Maroc, 2017) axé sur trois domaines prioritaires choisis en raison de leur importance dans le programme gouvernemental. Le troisième axe prioritaire du CPP est entièrement réservé au «Développement de la coopération Sud-Sud et triangulaire pour parvenir à la sécurité alimentaire, réduire la pauvreté et gérer durablement les ressources naturelles». Il répond à une demande exprimée par le Gouvernement marocain de développer davantage sa coopération dans le domaine de la sécurité alimentaire avec les pays africains à travers le partage des connaissances ainsi que le renforcement des capacités.
22. Cet axe de travail s’inscrit dans le cadre de l’accord signé entre le Maroc et la FAO concernant la CSS pour la période 2014-2020 et dont l’objectif était d’aider d’autres pays africains signataires à accroître leur productivité agricole de façon durable, atteindre la sécurité alimentaire, améliorer les moyens de subsistance, renforcer la résilience aux menaces et aux crises, et améliorer la gestion des ressources naturelles.
3.1 Le portefeuille de projets CSS
23. Pour la réalisation de cet objectif, trois produits étaient prévus, soutenus par deux fonds fiduciaires totalisant 3 270 000 dollars et visant à appuyer la réalisation de six projets dont cinq projets en faveur de cinq pays africains avec un financement marocain (pays pourvoyeur) et un projet en faveur du Maroc (pays récipiendaire) avec un financement chinois (voir
Évaluation du programme pays de la FAO en Maroc 2017–2021 – Annexe 1
24. Tableau 1. Le programme de la FAO dans le cadre de la CSST avec le Maroc et les pays africains (2017-2020).
Évaluation du programme de la FAO en soutien à la CSST au Maroc
Tableau 1. Le programme de la FAO dans le cadre de la CSST avec le Maroc et les pays africains (2017-2020)
Produits, cibles, investissements prévus et partenaires
Titre et code des projets pertinents
Période de mise en œuvre
Budget (USD)
Niveau d'exécution
Produit 3.1: Des apports
techniques de pointe sont fournis aux institutions nationales pour la mise en œuvre de projets de coopération tripartite Maroc-FAO- Pays du Sud dans le cadre de l'accord général signé entre le Maroc et la FAO en avril 2014 Cible: d’ici 2020, au moins quatre projets mis en œuvre
Fonds disponibles (Maroc):
1 120 000 USD
ODD visés: 16 et 17
Partenaire d'exécution: MAPMDREF
Appui à la formulation des projets de coopération Sud-Sud entre la FAO, le Maroc et les pays africains (GCP/INT/047/MOR)
2015- 2020
160 000 51 %
Appui à l'agriculture bissau- guinéenne dans le cadre de la CSS (GCP/GBS/036/MOR)
2018- 2020
241 481 105 %
Programme de coopération Sud- Sud Eswatini-Maroc-FAO (GCP/SWA/020/MOR)
2017- 2020
233 966 65 %
Assistance technique pour l’amélioration de la sécurité alimentaire et la lutte contre la pauvreté (GCP/GUI/022/MOR)
2018- 2019
117 520 85 %
Contribution à l'inclusion digitale au Niger (GCP/NER/064/MOR)
2019- 2020
210 790 84 %
Produit 3.2: Les capacités du Maroc sont renforcées pour une gestion rationnelle de l’eau d’irrigation et l’amélioration de la culture du riz, dans le cadre de l’accord signé entre la FAO et la Chine
Cible: d’ici 2020, au moins 50 participants (H/F) aux visites d’échange COI1: 2.1.1
Fonds disponibles (Chine):
2 000 000 USD
Partenaire d'exécution:
MAPMDREF
Appui au Plan Maroc vert dans le cadre de la CSS avec la
République populaire de Chine (GCP/MOR/052/CPR)
2017- 2019
1 019 924 0 %
Évaluation du programme pays de la FAO en Maroc 2017–2021 – Annexe 1
Produits, cibles, investissements prévus et partenaires
Titre et code des projets pertinents
Période de mise en œuvre
Budget (USD)
Niveau d'exécution
Produit 3.3: Des connaissances techniques novatrices et de pointe sont fournies aux institutions nationales pour la mise en œuvre des Initiatives lancées par le Maroc à la COP 22: Triple A, ceinture bleue, oasis durables, action renforcée en faveur des forêts dans la région Med-Sahel (AFMS), Water for Africa.
Cible: d’ici 2020, au moins deux projets de CSS mis en œuvre
Fonds disponibles (Maroc):
150 000 USD ODD visés: 16 et 17
Partenaires d'exécution:
MAPMDREF & Agence nationale pour le développement des zones oasiennes et de l'arganier
Programme de coopération Sud- Sud Mali-Maroc-FAO
(GCP/MLI/046/MOR)
2017- 2020
200 000 80 %
Totaux des projets engagés (i.e.
exception faite du projet GCP/MOR/052/CPR)
1 163 757 79 %
Note: 1Corporate Output Indicator
25. Cinq projets ont ainsi été prévus et au moins partiellement mis en œuvre sur la période, en ce qui concerne le premier volet de cet objectif visant à faciliter un partage de connaissances et de techniques du Maroc au bénéfice de la Guinée, la Guinée-Bissau, l'Eswatini (dit autrefois
Évaluation du programme de la FAO en soutien à la CSST au Maroc
27. La charge de la gestion des projets liés au fonds fiduciaire du Maroc étant principalement dévolue aux Représentations de la FAO dans les pays bénéficiaires de la CSS, leur mise en œuvre a été en grande partie soutenue par ces Représentations avec le soutien de la FAO Maroc (par exemple, pour engager les experts). Les Représentations pouvaient également compter sur le soutien des unités chargées de la CSS auprès du Bureau régional ou du Siège et sur l’appui du point focal de la CSS au sein de FAO Maroc avec le soutien des cadres de la Représentation, notamment pour concevoir les projets. Le projet GCP/INT/047/MOR a effectivement financé l’organisation de missions de formulation en amont des projets en Guinée (GCP/GUI/022/MOR), en Eswatini (GCP/SWA/020/MOR), en Guinée-Bissau (GCP/GBS/036/MOR) et au Mali (GCP/MLI/046/MOR).
3.2 Pertinence
28. La formalisation progressive du soutien de la FAO à la CSST, jusqu’à la création d’un Bureau à part entière en 2019, montre l'engagement de la FAO dans son ensemble à promouvoir la CSST comme une modalité d’intervention de poids, en cohérence avec les lignes proposées par le BAPA. Au Maroc, la coopération Sud-Sud est, comme mentionné précédemment, entérinée dans le préambule de la Constitution de 2011 et le pays s’est engagé dans de nombreuses initiatives qui visent à̀ promouvoir cette forme de collaboration sur les plans politique, économique, technique et humanitaire, notamment vis-à-vis des pays de l’Afrique subsaharienne. C’est une priorité de politique étrangère et le Maroc s’y investit énergiquement. Fort de cet engagement du pays et dans la ligne de l’alliance stratégique pour la coopération Sud-Sud pour l'appui des pays en développement établie avec le Maroc depuis 2011 (FAO Maroc, 2011), la FAO et le Maroc ont fait de la CSS l’un des trois axes stratégiques du cadre de programmation par pays de la FAO pour 2017-2020.
29. Le programme de CSS de la FAO Maroc se décline en deux axes, dont le plus important en volume d’activité se rapporte à l’accord-cadre sur le fonds fiduciaire du Maroc. La mesure de la pertinence de ce travail consiste ainsi à juger de l’adéquation entre l’usage qui est fait de ce fonds (et donc de la conception des projets) et les besoins formulés par les pays bénéficiaires, et à en cerner les dynamiques.
30. Le processus standard de conception décrit par les unités de CSS de la FAO suppose la tenue d’une mission de formulation, qui voit plusieurs experts du pays pourvoyeur (le Maroc) mener une mission dans le pays récipiendaire afin de concevoir une offre pertinente par rapport aux besoins de développement initialement identifiés par le pays bénéficiaire. Il s'agit d' «une phase importante pour définir le projet», selon les unités de CSS.
31. Le processus de consultation des institutions nationales des pays récipiendaires suivie d’une mission de formulation a été généralement suivi. En Guinée-Bissau, des experts marocains se sont entretenus avec un large panel de dirigeants de toutes les Directions du Ministère de l’agriculture et ont mis en évidence les faibles capacités du pays. De ce fait, le projet GCP/GBS/036/MOR a visé au renforcement des capacités de base du pays à travers la création d’écoles d’agriculture, de pêche et des eaux et forêts d'un niveau au moins équivalent au baccalauréat, comme une étape pour la création d’une école d’agronomie conforme aux normes internationales de formation.
Une formulation participative et la présence active de la Représentation dans le pays ont permis de formuler un projet de CSS pertinent par rapport aux besoins spécifiques du pays.
Évaluation du programme pays de la FAO en Maroc 2017–2021 – Annexe 1
pourtant impliquée dans l’organisation de la mission de formulation, n’a pas été consultée sur le document de projet préliminaire et a ensuite déploré un budget largement insuffisant pour l’obtention des résultats attendus. Dans le cas de l'Eswatini, l’absence de Représentant a sans doute constitué une contrainte, même si celle-ci a pu être compensée par le soutien d’un cadre du Bureau sous-régional, dont l’intervention a insufflé une réorientation favorable du projet.
33. Par ailleurs, pour une grande majorité des projets (Eswatini, Guinée, Guinée-Bissau et Mali) les modalités d’exécution ont dû être revues en cours de mise en œuvre, révélant des conceptions inadaptées ou répondant insuffisamment aux besoins. Ces changements fréquents suggèrent que le modèle suivi pour soutenir la formulation n’a pas été entièrement adéquat. Le manque de ressources ne pourrait en être la cause, considérant que ces mêmes projets ont bénéficié du soutien d’un projet exclusivement dédié à la formulation. En revanche, le fait que les parties prenantes à ces projets au sein de la FAO (Siège, Bureau régional, Représentation du pays récipiendaire et Représentation du pays pourvoyeur) sont relativement éclatées a pu aussi jouer comme un facteur négatif au regard de la nécessaire cohérence et coordination des approches.
Ce point sera développé dans la section 3.4.
34. Le processus de conception et formulation du projet mis en œuvre plus récemment au bénéfice du Niger (GCP/NER/064/MOR) a reposé plus directement sur les cadres des deux pays ainsi que sur le soutien de la Représentation de la FAO au Maroc. La mise en route rapide du projet et les résultats positifs qui en ont été rapportés fournissent des indications sur l’efficacité de mécanismes impliquant un nombre limité de parties prenantes, elles-mêmes directement concernées par le projet. Elles démontrent par ailleurs les bonnes capacités de la Représentation pour faciliter ce type de projet.
35. Le second axe de travail de la FAO en termes de CSS concernait le projet impliquant le Maroc comme bénéficiaire et la Chine comme pourvoyeur dénommé «Appui au Plan Maroc vert dans le cadre de la CSS avec la Chine» (GCP/MOR/052/CPR). Ce projet pourtant en phase de conception depuis 2017 n’avait pas encore démarré en décembre 2020 pour une question d’ordre protocolaire traitée dans la section 3.3.7.
3.3 Efficacité
36. Les documents de formulation des cinq projets pour lesquels le Maroc est pourvoyeur de fonds avancent comme objectif la contribution au renforcement des capacités techniques dans les domaines de l’irrigation et de la gestion de l’eau, de la fertilisation des sols, de l’horticulture et de la formation agricole en vue d'améliorer l'encadrement technique et l'accompagnement de la mise en œuvre des stratégies et plans de développement agricole des pays bénéficiaires. L’analyse réalisée sur la base des entretiens conduits avec les parties prenantes impliquées a permis d’appréhender les résultats effectivement réalisés et de connaître le degré de satisfaction des
Évaluation du programme de la FAO en soutien à la CSST au Maroc
3.3.1 Projet GCP/GBS/036/MOR (Appui à l'agriculture bissau-guinéenne dans le cadre de la coopération Sud-Sud)
38. Le diagnostic pré-projet a permis d’identifier un fort besoin de renforcement des compétences en gestion de l’agriculture, de la pêche et des eaux et forêts à un niveau au moins équivalent au Baccalauréat, comme première étape vers la création d’une école d’agronomie conforme aux normes internationales de formation. Le projet visait ainsi à renforcer les capacités des acteurs de développement, dont les agriculteurs, en matière d’irrigation, de gestion de l’eau et d’horticulture.
39. En janvier 2019, 18 techniciens du Ministère de l’agriculture de Guinée-Bissau, ont participé à une visite d’étude concernant l’irrigation et la gestion de l’eau (cinq participants), la fertilisation des sols (cinq participants), l’horticulture (cinq participants) et la formation et gestion des ressources (trois participants). La FAO Maroc a supervisé les aspects de gestion de la visite et le retour des cadres en visite au Maroc a été tout à fait positif. Cette visite a permis aux techniciens d’échanger avec les techniciens et producteurs marocains et de connaître le savoir-faire et les technologies développées au Maroc, afin de s’inspirer de leurs expériences et des défis qu’ils ont relevés pour renforcer l'agriculture bissau-guinéenne. Ce partage d’expérience a permis aux cadres impliqués d’identifier des actions concrètes à entreprendre pour le développement de l’agriculture bissau- guinéenne.
40. Les savoirs acquis par les cadres du pays se sont traduits par la décision d’appuyer l’installation d’un périmètre de 50 ha en irrigation localisée, engendrant une réorientation du projet, qui a donc soutenu la venue d’un expert marocain en Guinée-Bissau en septembre 2019 en vue de réaliser une étude. De même, face aux difficultés liées à la pandémie du Covid-19, la Guinée-Bissau a de nouveau sollicité le Maroc pour utiliser 120 000 dollars du projet pour acheter en urgence des intrants pour la campagne agricole. 2 250 ménages ont ainsi pu bénéficier de semences adaptées grâce à la modification du programme initial. La possibilité donnée de réallouer les fonds en cours a permis non seulement de soutenir la réponse d’urgence à l’épidémie de Covid-19 des autorités bissau-guinéennes, mais aussi de contribuer à la mitigation des effets de la pandémie de Covid- 19 chez ces producteurs multiplicateurs des semences, puisque 60 pour cent des 104 tonnes de semences achetées ont été produites par des groupements de producteurs semenciers du pays.
3.3.2 Projet GCP/SWA/020/MOR (Programme de coopération Sud-Sud Eswatini-Maroc- FAO)
41. Comme indiqué auparavant, le projet qui visait initialement de multiples objectifs centrés sur l’irrigation, l’horticulture et l’élevage, a été revu en cours de mise en œuvre pour induire des changements plus profonds et stratégiques. Le projet n’a donc formellement avancé que sur l’un des trois volets de résultats attendus, ayant trait à la modernisation de l’agriculture irriguée. Un voyage d'étude organisé au Maroc pour des hauts fonctionnaires dont le Ministre lui-même, supervisé par la FAO Maroc a été jugé bien conçu et satisfaisant par les parties prenantes. Aux dires des parties prenantes, ce voyage a par ailleurs offert l’occasion d’un échange fructueux aux décideurs du Ministère de l’agriculture concernant les directions stratégiques prises dans le cadre du Plan Maroc vert (Ministère de l’agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts, 2008) et applicables à l’Eswatini, pour lequel il pourrait avoir une forte influence.
Par la suite, un expert marocain s’est rendu en Eswatini pour préparer un plan d’irrigation et revoir un document de politique. Les deux documents ont bien été livrés, mais leur qualité n’a pas été
Évaluation du programme pays de la FAO en Maroc 2017–2021 – Annexe 1
42. Pour le second volet du projet, portant sur la modernisation de la production horticole et animale, aucun résultat tangible n'a pu être rapporté. Malgré la réalisation d’une visite d’expert en Eswatini pour préparer un document de stratégie horticole et un guide de production, les documents n’ont en définitive pas été livrés ou n'ont pas eu le niveau de qualité requis pour pouvoir être utilisés. Cette expérience semble révéler un manque de suivi par la FAO pour encadrer le travail des experts et met en évidence la nécessité de mettre en adéquation les objectifs avec le suivi technique que la FAO est en capacité de fournir. Une autre lacune semble être l'absence de retour systématique de la part des bénéficiaires sur la qualité du service fourni et la possibilité pour les experts intervenants d’y répondre ou d’apporter des mesures correctives quand cela est possible. Le fait que le pays n’ait pas de Représentant basé dans le pays induit un besoin de soutien plus important de la part du Siège.
43. En définitive, malgré trois reports de la date finale du projet, de nombreuses activités n’ont pas été conduites, tel que le troisième volet, portant sur l’amélioration de l’organisation de la production animale et de l’accès aux marchés, qui a été abandonné au profit d’une focalisation sur le volet irrigation. Bien que les parties prenantes invoquent aussi la situation de pandémie en 2020, ayant empêché les visites de consultants internationaux nécessaires pour conduire un travail qui ne pouvait pas être fait à distance, les délais étaient déjà largement dépassés (pour un projet dont la fin était prévue initialement fin 2018).
44. L’inadéquate communication entre les Bureaux de la FAO impliqués est un facteur invoqué par les parties prenantes du pays, pour expliquer la faiblesse des résultats obtenus sur ce projet. Cité en exemple, le choix des consultants peu concerté et inadapté aux nécessités du pays semble avoir été à l’origine de certains délais et des difficultés susmentionnées. Face à la défaillance de communication, la mise en cohérence des décisions concernant le projet entre les deux Représentations concernées aurait bénéficié d’un soutien appuyé du Fonctionnaire technique principal et chargé de CSS basé au Bureau régional, qui n’a pas été suffisant. D’après la FAO Eswatini, un Fonctionnaire technique principal placé auprès du Bureau sous-régional, mieux impliqué en raison d’une plus grande proximité et donc d'une meilleure appréhension contextuelle, aurait pu fournir un appui plus efficace.
3.3.3 Projet GCP/MLI/046/MOR (Programme de coopération Sud-Sud Mali-Maroc-FAO)
45. L’objectif du projet était de promouvoir l’aquaculture, l’horticulture, l’élevage, les services vétérinaires et d’apporter un soutien à un projet national de développement d’agropoles (déjà soutenu par d’autres bailleurs) sous forme d'appui technique et d’apports en équipements.
46. Un manque d’engagement initial des parties prenantes au Mali a freiné la mise en œuvre des activités et l’année 2017 a été quasiment perdue en termes d’activités. En 2018 puis 2019, les activités suivantes ont été mises en œuvre:
Évaluation du programme de la FAO en soutien à la CSST au Maroc
iii. Trois formations de cinq jours ont été organisées et supervisées conjointement par la FAO Maroc et la FAO Mali, fin 2019, sur les thématiques suivantes:
• la production et protection des cultures horticoles, la récolte et la conservation des produits pour 28 techniciens, cadres, formateurs et chercheurs du Ministère de l’agriculture du Mali, dont huit femmes, provenant de Bamako et d’autres régions du Mali;
• le développement de l’aquaculture et de la pisciculture pour 25 techniciens, cadres, formateurs du Ministère de l’élevage et de la pêche du Mali (pourcentage de femmes inconnu);
• l’insémination artificielle pour 15 techniciens d’élevage provenant de Bamako et d’autre régions du Mali (pourcentage de femmes inconnu), en soutien au projet malien de construction d’un centre d’insémination artificielle qui devait être fonctionnel en 2021.
47. Le projet dont le terme était initialement prévu pour avril 2018 a fait l’objet de plusieurs reports, jusqu’à la fin 2020. Parmi les nombreuses activités prévues, celles concernant l’assistance technique en matière de développement des pôles de croissance, la formation supplémentaire en matière d’insémination artificielle et la formation de personnel des services vétérinaires maliens avaient été reportées à 2020 et n’ont pas été menées à bien du fait de la crise sanitaire.
Les délais laissent entendre un manque de suivi, qui a été dommageable à la bonne mise en œuvre du projet telle qu'elle était conçue.
48. Les formations des agents et dotation en équipement ont permis un transfert de connaissances utiles au long cours et ont été appréciées au dire de la FAO Mali. Les évaluations de fin de formations montrent par ailleurs une satisfaction générale élevée des participants. Cependant, les effets de ces formations n’ayant pas fait l’objet de suivi particulier, l’évaluation ne peut pas mesurer les résultats de ces formations au-delà de ceux escomptés. Le déficit de suivi-évaluation constitue, ici aussi, une forte contrainte à la confirmation des résultats de ce projet.
49. Selon la Représentation de la FAO au Mali, le projet a donné suite à l’identification de deux sites de pôles d’agropoles par la partie nationale, qui était en pourparlers avec le Maroc pour bénéficier d’un nouveau volet d’assistance visant à former les futurs gestionnaires de ces agropoles. Cet échange pourrait être soutenu par la FAO dans le cadre de son initiative «Hand-in-Hand», selon la FAO Mali.
3.3.4 Projet GCP/GUI/022/MOR (Assistance technique pour l’amélioration de la sécurité alimentaire et la lutte contre la pauvreté en Guinée)
50. Le projet visait le renforcement des capacités des techniciens guinéens à travers des voyages d’étude organisés au Maroc pour bénéficier de l’expérience marocaine en matière de:
i) planification et prospective; ii) production et multiplication des semences maraîchères;
iii) risques phytosanitaires; iv) gestion et maîtrise de l’eau d’irrigation.
51. La Représentation de la FAO dans le pays a jugé que le projet, tel qu'il était conçu par le chargé de CSS du Bureau régional pour l'Afrique au terme de sa mission de formulation, ne pouvait soutenir les objectifs prévus compte tenu du budget disponible et prévoyait des formations
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i. L’organisation d’un voyage d’étude au Maroc (2018) au profit de 12 cadres du Ministère de l’agriculture, pour bénéficier de l’expérience marocaine en matière de: i) planification et prospective; ii) production et multiplication des semences maraîchères; iii) risques phytosanitaires; iv) gestion et maîtrise de l’eau d’irrigation. Des visites de terrain et des échanges avec les experts marocains ont permis de capitaliser les expériences réussies menées dans le cadre du Plan Maroc vert, dans les domaines des bonnes pratiques agricoles ainsi que de la planification et de la prospective.
ii. La tenue d’un atelier de formation sur la planification et le suivi-évaluation des projets et programmes de développement en octobre 2019, assurée par un expert marocain, qui a réuni 28 cadres et techniciens de plusieurs institutions publiques du niveau central et déconcentré́.
52. La partie nationale n’était pas très engagée, ce qui a donné lieu à des retards malgré les interventions de la FAO. La FAO Guinée a proposé une stratégie inverse à celle initialement prévue, notamment pour pallier le fait que le Ministère ne respectait pas les engagements pris d’assurer le logement aux experts marocains en visite. Des experts guinéens se sont donc rendus au Maroc pour être formés auprès d’institutions marocaines.
53. Les activités initialement prévues n’ont pas été mise en œuvre pour être en fin de compte remplacées par d’autres, dont le voyage d’étude. Les divers changements de cap ont en outre généré des délais et prorogations dans le temps. Selon la FAO Guinée, une plus forte implication de la Représentation aurait pu permettre d’éviter certains écueils liés à un budget trop faible compte tenu des objectifs et au manque de suivi de la partie nationale, qui a été pour beaucoup dans les changements et retards.
54. À l’issue du projet, les rapports des cadres formés rendus à leur retour du Maroc étaient positifs et faisaient état d’une volonté d’appliquer de ce qui avait été observé au Maroc. Forts de leurs capacités renforcées en matière de planification et de suivi-évaluation des projets et programmes de développement agricole, les agents formés pouvaient partager les savoirs acquis lors de la formation avec leurs collègues. La mise en pratique effective n’a pas été mesurée et, aux dires de la Représentation, pourrait être limitée par le manque de moyens dont dispose la Guinée, comparés à ceux du Maroc. Le maintien des liens tissés avec des professionnels marocains, autre bénéfice potentiel de ce projet, n’est pas non plus démontré.
3.3.5 Projet GCP/NER/064/MOR (Contribution pour l’inclusion digitale au Niger, 2019- 2021)
55. Le projet de coopération entre le Maroc, la FAO et le Niger avait pour objectif de contribuer à
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de formation de trois mois portant sur le traitement des images satellitaires et de drones, ainsi que sur les dispositifs d’enquêtes digitales et d’analyse de données.
57. Compte tenu du succès de cette collaboration et afin d’en assurer un impact à long terme, il est proposé de poursuivre l'accompagnement de la cellule de géomatique et d’enquête digitale lors d'un premier travail concret portant sur la digitalisation des enquêtes agricoles prévues par le Ministère nigérien lors du premier semestre de 2021. Cette initiative pourra permettre de lancer la cellule et initiera la transformation digitale de la collecte des données agricoles au Niger. Il s’agirait de prolonger le projet au Niger de 12 mois afin de: réaliser une étude des enquêtes agricoles actuelles et de promouvoir leur dématérialisation; équiper le Ministère en matériel informatique (hardware et software); développer une plateforme SIG (système d'information géographique) pour la centralisation, le traitement et la diffusion des enquêtes; fournir les formations, l’assistance technique et l’accompagnement nécessaires.
3.3.6 Projet GCP/INT/047/MOR (Appui à la formulation des projets de coopération Sud- Sud entre la FAO, le Maroc et les pays africains, 2015-2020)
58. L’objectif du projet était de soutenir les missions de formulation de projets de CSS. De par sa nature, les résultats de ce projet se mesurent donc au regard des succès des autres projets dont il a soutenu la formulation. Les conceptions défaillantes et les changements de caps rapportés sur la majeure partie des projets soutenus (voir section précédente sur les cas du Mali, de Guinée ou de l'Eswatini) laissent entendre que l’approche consistant à envoyer un expert externe au pays pour une mission de formulation n’a pas produit de résultats convaincants. L’analyse des processus de mise en œuvre, dans la section relative à l'efficience, permettra d'analyser les défaillances de manière plus détaillée.
3.3.7 Projet GCP/MOR/052/CPR (Appui au Plan Maroc vert dans le cadre de la coopération Sud-Sud avec la République populaire de Chine)
59. Le Maroc a souhaité mettre en place une CSS avec la Chine, qui a accepté sa demande. La mission de formulation conjointe a eu lieu en juin 2016. Le document de projet a été préparé et approuvé en 2017. L’assistance technique prévue concernait divers domaines, tels que la gestion des eaux et des sols ou la collecte des eaux pluviales. Le projet devait couvrir la période allant du 25 août 2017 au 24 août 2019.
60. Dans l'attente de la signature de la convention de coopération souhaitée par le pays pourvoyeur pour assurer une visibilité au projet, le projet n’est pas opérationnel. La Représentation de la FAO au Maroc, soutenue par l'unité de CSS du Siège, s'est efforcée de favoriser les occasions pour organiser cette cérémonie mais malgré de nombreuses tentatives et rappels aux parties prenantes, elle n'a pas eu lieu et le projet n’a pas démarré. En 2018, la FAO Maroc a confirmé au pays pourvoyeur que les autorités marocaines maintenaient un intérêt très fort pour l’appui chinois. Dans ce cadre, la FAO a cherché à mobiliser le coordinateur du fonds fiduciaire de la Chine à Rome, mais ces nombreuses tentatives pour faire avancer le projet sont restées sans effet.
Les années d’attente écoulées pour le seul processus de signature parlent d'elles-mêmes et l’échec d’un tel processus encourage à tirer des leçons pour l’avenir.
3.4 Efficience
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3.4.1 Gestion des projets et distribution des rôles
62. Le processus standard utilisé pour la formulation des projets de CSS s’articulait autour des étapes suivantes:
i. Le pays bénéficiaire identifie l’assistance requise et le pays qui pourrait lui fournir cette assistance puis prépare une note conceptuelle pour formuler ce besoin. Ce processus peut être long car il implique aussi la facilitation et la signature d’accords entre les pays.
ii. Une mission de formulation vise à analyser les besoins des pays récipiendaires et mettre en correspondance les besoins avec ce que le pourvoyeur (ici le Maroc) peut offrir pour résoudre les problèmes de développement identifiés. La formulation doit être tripartite impliquant la FAO et les deux pays bénéficiaire et pourvoyeur: Les missions devraient elles impliquer des experts du pays pourvoyeur. Au Maroc, dans la plupart des cas, les missions de formulation ont été conduites par un membre de l’équipe de l’unité de CSS basée au Siège puis au Bureau régional.
iii. Une fois que les besoins sont définis, le document de projet est envoyé aux parties prenantes pour approbation. Le pays bénéficiaire essaie en général dans cette phase préparatoire de trouver des financements, avec l'appui de la FAO. Au Maroc, le fonds fiduciaire fournissait déjà les financements nécessaires.
iv. Le Représentant de la FAO dans le pays bénéficiaire est responsable de l’opérationnalisation et contribue à organiser les visites, coordonner les contacts, etc. La Représentation de la FAO du pays pourvoyeur peut aussi apporter son assistance, ce qui a été rapporté à plusieurs reprises comme un facteur positif.
63. Les équipes chargées de CSS au Siège de la FAO insistent sur l’importance de la phase de formulation, qui détermine le succès des projets, car elle est un gage de correspondance entre les actions proposées et les besoins. Or, ce processus globalement suivi dans les pays, via des missions de formulation menées par le Siège ou les Bureaux régionaux, ne semble pas avoir permis de garantir la pertinence et la validité des projets.
64. En effet, pour la plupart des projets mis en œuvre sur la période (Mali, Guinée, Eswatini notamment), la formulation n’a pas impliqué systématiquement les Représentations de la FAO dans les pays récipiendaires, selon les rapports reçus des pays. Le manque d'implication regretté par certaines Représentations a effectivement été source de difficultés et de retards lors de la mise en œuvre, comme rapportés dans la section 3.3. Le fait que chacun des quatre projets
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mis en œuvre au Niger et qui n’a pas bénéficié de ces fonds pour la formulation, tend à indiquer que le soutien financier n’est qu’un élément parmi d'autres et que la réussite des projets de CSS ne dépend pas seulement des moyens financiers mis à disposition mais aussi du type d’encadrement qui sous-tend une distribution des rôles adéquate.
67. L’allongement des projets dans le temps, parfois significatif, est un autre indicateur d’inefficience.
Les projets soutenus par le fonds fiduciaire du Maroc ont pris du retard dans leur démarrage et en cours d’exécution, notamment en raison d'une formulation et d'une mise en œuvre qui impliquaient de nombreuses parties prenantes souvent à de hautes responsabilités institutionnelles. Les changements de gouvernements ou l’instabilité politique n'ont certes pas facilité la tâche. L’évaluation note aussi que la coordination entre les parties prenantes et même au sein de la FAO n’a pas permis une supervision continue des projets, qui aurait pu compenser certaines lenteurs. La responsabilité de soutenir la mise en œuvre des projets financés par le fonds fiduciaire du Maroc incombant principalement aux Représentations dans les pays bénéficiaires (alors que la formulation était principalement supervisée par le Bureau régional), il apparaît que le suivi des projets par les Représentations des pays bénéficiaires a été insuffisant, voire incohérent dans sa démarche. La complexité des procédures reste un facteur de contrainte.
68. Le rôle de la FAO Maroc a été le plus souvent jugé efficace, qu’il s’agisse du soutien administratif et logistique ou des apports techniques fournis au cours de la mise en œuvre des projets. Le Bureau de la CSS au Siège insiste néanmoins sur le fait que, dans le cadre des projets de CSS, le rôle de la FAO est avant tout de favoriser la rencontre entre l'offre et la demande et de faciliter l’échange entre pays, et non d’offrir sa compétence technique. Or ce rôle de coordinateur a été joué en grande partie par les équipes chargées de la CSS sur les projets soutenus par le fonds fiduciaire et n’a pas très bien fonctionné au regard des résultats des divers projets.
69. L’évaluation note par ailleurs que la flexibilité de gestion observée dans certains projets et consentie par le pays pourvoyeur a permis non seulement de garder une pertinence maximale par rapport aux besoins du pays mais aussi d'accroître l’efficacité du projet. Il est possible que cette capacité d'adaptation ait contribué à compenser certaines faiblesses relatives à la conception du projet déjà mentionnées.
70. Enfin, l’évaluation a observé que la démarche de mise en œuvre est basée sur des activités de renforcement de capacités et ne présente pas à première vue d’innovation ou de spécificité particulière pour les projets de CSS, par rapport à d’autres types de projets classiques de la FAO.
Une évaluation globale du travail de la FAO sur la CSS, prévue en 2021, pourra approfondir cette question, qui dépasse le seul cadre marocain.
3.4.2 Gestion des ressources
71. D'un point de vue financier, les projets de CSS de la FAO Maroc se caractérisent par un budget limité, aux alentours de 200 000-250 000 dollars, le montant mis à disposition par le fonds fiduciaire ne totalisant qu’un million de dollars. En conséquence, les projets devaient prévoir un champ d'action d'une portée relativement réduite. Ainsi, la plupart de ces projets sont plutôt orientés sur le renforcement des capacités à travers des visites de terrain et des études ou des experts qui partagent leurs expériences. La FAO a facilité la mise en œuvre de ces formations et parfois soutenu le développement de leur contenu, en grande partie réalisé par les institutions marocaines, qui disposent de l’expertise technique nécessaire.
Évaluation du programme pays de la FAO en Maroc 2017–2021 – Annexe 1
sous-utilisé les fonds disponibles, à l’exception du projet de Guinée-Bissau, qui a dépensé plus que l’allocation prévue du fait des ajustements déjà évoqués liés à la gestion nationale de la crise liée au Covid-19. Même si ces niveaux ne sont pas alarmants, ils doivent être analysés au regard de deux autres éléments. Tout d’abord, tous les projets ont fait l'objet d'un allongement dans le temps, d'un à deux ans, ce qui leur a donné plus de temps pour engager l’ensemble des activités prévues et donc les fonds. Ensuite, les écarts entre les budgets initiaux et les budgets réellement exécutés ont été en grande partie limités du fait d’une gestion flexible qui a permis de réaffecter les dépenses au fur et à mesure de l’exécution. À la lumière de ces éléments, l’évaluation constate donc que les projets ont eu du mal à dépenser les ressources prévues, ce qui conduit de nouveau à s'interroger sur la bonne adéquation du mécanisme de conception de ces projets.
73. Dans l’ensemble, les formulations de projet avaient donc plutôt surestimé les provisions budgétaires. Vu sous un autre angle, il serait possible de considérer que les budgets sont seulement programmés de manière partielle au stade de la formulation. Une marge de manœuvre serait laissée en principe pour définir de nouvelles activités en cours d’exécution ou étendre la portée des activités existantes. Ce type de parti pris confirme la nécessité d’un engagement fort de la Représentation nationale de la FAO dans la formulation afin de favoriser une appropriation totale qui lui permette de réaliser les ajustements nécessaires par la suite.
74. Au contraire, le projet GCP/INT/047/MOR, qui visait à appuyer la formulation des autres projets de coopération Sud-Sud, semblait faire l’objet d’un dépassement des dépenses en cours de période, ce qui a justifié une augmentation de l’allocation budgétaire significative (passant de 60 000 à 160 000 dollars). Le dépassement effectif des dépenses n'ayant été que de 37 pour cent par rapport au budget initialement prévu, le projet n’a finalement dépensé que la moitié du budget final alloué.
75. Concernant le projet de CSS Maroc-FAO-Chine, le budget alloué était d’un million de dollars. Le projet prévu pour une mise en œuvre en 2017-2019 n’ayant pas démarré, les fonds sont restés en attente depuis lors.
3.5 Durabilité
76. Comme indiqué précédemment, le programme de coopération concerne des activités ponctuelles et de portée réduite eu égard à l’ampleur des problématiques liées à la sécurité alimentaire et à l’agriculture durable dans les pays récipiendaires. Le fait d’avoir renforcé la capacité de certaines personnes et d’avoir favorisé l'établissement de liens entre les administrations de deux pays sont des actions porteuses de durabilité. En Guinée-Bissau, les techniciens formés au Maroc se sont engagés à partager leur expérience ce qui devrait permettre un effet multiplicateur des actions de renforcement des capacités et favoriser une plus large diffusion des effets.
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maraîchers, la fertilité et l’aptitude des sols ou les techniques modernes d’irrigation et de mécanisation agricole. Si ces projets voient effectivement vu le jour, cela permettra une capitalisation des acquis du projet de coopération Sud-Sud Guinée-Bissau-Maroc-FAO. En outre, les cadres du Ministère ont pu suggérer des domaines concrets à approfondir dans le domaine de la coopération avec le Maroc, ce qui est potentiellement porteur d’actions futures.
79. Dans l’optique de favoriser des actions à plus fort impact de transformation durable (Programme 2030), les actions de CSST doivent se situer à un niveau stratégique, visant à provoquer à terme des changements de cap, mesurables par exemple à l’aune de décisions politiques. À cet égard, la décision prise dans le cadre du projet GCP/SWA/020/MOR de réorienter le ciblage de certaines visites au profit de décideurs politiques du plus haut niveau (incluant le Ministre lui-même) peut être notée comme une décision utile. L’effet de démonstration et d’impulsion sur des politiques pourrait en être plus significatif. Ceci étant, les activités de suivi restent nécessaires.
3.6 Genre
80. Les projets de CSS mentionnent dans leurs documents de formulation la prise en compte des aspects d’inclusion des jeunes et des femmes pour promouvoir leur participation et l'emploi dans tous les domaines d'intervention sans toutefois préciser comment énoncer des activités bien identifiées. La quasi majorité des activités concernent le renforcement des capacités; il serait possible d'en déduire que les femmes qui sont représentées dans les effectifs des ministères de l’agriculture sont associées à la formation. En l’absence de suivi et d’analyses sexo-spécifiques ciblées sur le genre, ou de toute autre information pertinente dans les rapports, il est impossible de confirmer cette hypothèse et donc d’évaluer le nombre de femmes qui ont bénéficié des activités dans le cadre de la CSS.
81. En Guinée-Bissau, les informations étaient cependant fournies: sur les 18 techniciens bénéficiaires du voyage d’étude réalisée au Maroc, quatre étaient des femmes, soit 22,2 pour cent. Par ailleurs, l'installation d’un périmètre irrigué moderne de 40 hectares pour la culture du riz et de 10 hectares pour l’horticulture bénéficient largement aux femmes, qui représentent une très forte majorité des exploitants de ces périmètres irrigués. Cela devrait leur permettre d’abandonner les méthodes d’irrigation manuelles, pénibles et inefficientes, d’alléger leur charge de travail et d’augmenter leurs revenus.
Conclusions et pistes de recommandations 4.1 Conclusions
82. Le Maroc soutient activement la CSS et fournit son expertise à d’autres pays africains depuis 1999 dans tous les domaines de la sécurité alimentaire principalement à travers le renforcement des capacités des agriculteurs et des institutions gouvernementales chargées de l’agriculture. Ses domaines d’expertise sont: l'agronomie, l'agrosylviculture, l'apiculture, la production fruitière, le génie rural, la pêche artisanale, l'horticulture, l'intensification de la production des cultures, la gestion de l’eau, l'organisation des agriculteurs, la production animale à petite échelle et l'élevage.
83. Le deuxième accord général signé en avril 2014 entre le Maroc et la FAO pour soutenir la CSS au profit des pays africains pour la période 2014-2020 accompagne cet effort national du Maroc. En conséquence, le CPP lui-même a placé la CSS au rang de ses principales priorités, en réponse à une demande exprimée par le Gouvernement marocain de développer davantage sa coopération dans le domaine de la sécurité alimentaire avec les pays africains à travers le partage des connaissances ainsi que le renforcement des capacités.
84. Le Maroc s’est engagé dans de nombreuses initiatives qui visent à̀ promouvoir la CSS sur les plans politique, économique, technique et humanitaire, notamment vis-à-vis des pays de l’Afrique subsaharienne. C’est une priorité de politique étrangère et le Maroc s’y investit énergiquement.
La FAO ayant une expérience ancrée dans des décennies de travail avec ses États Membres, elle est ainsi bien positionnée pour soutenir le pays compte tenu des efforts engagés dans les domaines liés à la sécurité alimentaire et l’agriculture.
85. Ainsi, considérant que le Maroc est un pays disposant de capacités qui justifient sa position de pourvoyeur d’assistance technique pour de nombreux pays du continent et qu’il a fait de la CSS une priorité stratégique, un soutien à la CSS est pertinent.
86. Ceci étant, au-delà de la pertinence et des succès obtenus au travers des projets spécifiques qui ont mis en relation le Maroc avec d’autres pays d’Afrique, l’évaluation s'interroge sur l’opportunité d’un soutien continu de la FAO aux efforts de CSS du Maroc. Inscrire les projets de CSS dans le cadre d’une stratégie concertée avec le Ministère des affaires étrangères, de la coopération africaine et des Marocains résidant à l'étranger visant à définir les modalités opérationnelles des projets de CSS concernant le secteur agricole, pourrait permettre par exemple de clarifier les rouages institutionnels de la CSS au Maroc et d’impliquer les acteurs de façon plus continue. Les projets de CSS développés de façon autonome et sans implication forte des acteurs du pays ne semblent pas constituer des expériences fondatrices de relations durables entre les pays. Or, la CSS s’inscrit dans une perspective de durabilité et devrait s'appuyer sur un cadrage institutionnel,
Évaluation du programme pays de la FAO en Maroc 2017–2021 – Annexe 1
simple fait qu'ils aient été réalisés. Le fait que les indicateurs du CPP n’aient pas été mis à jour une fois la formulation des projets achevée reflète une faiblesse de formulation du CPP et de son cadre de suivi et évaluation.
89. Pour l’ensemble des six projets pour lesquels le Maroc était pourvoyeur de fonds, le renforcement des capacités techniques des cadres de certains secteurs liés au développement agricole des pays bénéficiaires était au centre de la stratégie d’action. Le transfert de connaissances peut être considéré comme un premier niveau de résultats utiles dans la durée et dont les bénéficiaires directs semblent avoir généralement apprécié les contenus et l’organisation. Dans cette même ligne, la valeur de projets de CSS, dont la philosophie consiste à encourager le partage d’expérience entre pays et ainsi de tisser des liens qui puissent perdurer au-delà des projets, mérite aussi d'être mise en avant. Ainsi, les projets de CSS apportent, en principe, plusieurs niveaux de bénéfices.
90. Malgré tout, l’évaluation a noté que les effets qu’ont pu engendrer les formations, visites d’étude ou autres études de cas, n’ont apparemment pas fait l’objet de suivi de la part des pays récipiendaires. L’évaluation ne dispose pas de mesures des résultats engendrés par ces activités au-delà des bénéfices que constituent les capacités acquises par un certain nombre (relativement réduit) de personnes. Or, le soutien apporté par le Maroc à travers les projets de CSS visait à produire des effets positifs à un niveau dépassant le cadre des seules compétences acquises.
91. De fait, l’évaluation met en question l’efficacité du processus adopté par la FAO pour la formulation de la plupart des projets de CSS, reposant sur un expert externe aux pays pourvoyeur et récipiendaire et n’impliquant pas suffisamment les parties en présence. Une grande partie des faiblesses notées par l’évaluation concernant les résultats obtenus renvoie à une formulation défaillante et à un manque d’implication des acteurs des pays. À l’inverse, l’expérience d’une formulation menée par les parties prenantes des pays montre l’efficacité de cette approche alternative.
92. Le projet mis en œuvre en Guinée-Bissau visait par exemple à soutenir la création d’écoles d’agriculture en vue de créer à terme une école d’agronomie conforme aux normes internationales de formation, alors que le projet conduit au Mali (GCP/MLI/046/MOR) était de
«contribuer à un secteur agricole plus moderne et rentable». L’évaluation n’a pas pu obtenir d’informations permettant d'étayer l’atteinte des objectifs visés, sans doute trop ambitieux. Au- delà des faiblesses de formulation déjà évoquées, l’évaluation note que la mise en relation entre les activités soutenues et leurs éventuels effets n’est pas non plus démontrée et ce malgré la conduite d’entretiens avec les parties prenantes impliquées y compris dans les pays récipiendaires, où les seules données rapportées ne témoignent que de la satisfaction des bénéficiaires directs. L’amplitude existante entre le niveau d’action (formation) et les objectifs visés ne facilite évidemment pas cette attribution des résultats, même s'il est possible de compter sur les données de suivi. Cela souligne l’importance d’une conception réaliste et raisonnable des projets, un pilier qui a fait défaut à la majorité des projets mis en œuvre dans le cadre du fonds fiduciaire du Maroc.
93. Le projet conduit plus récemment au Niger et présentant des résultats globalement plus satisfaisants que les autres soulève plusieurs hypothèses, selon lesquelles le potentiel de réussite d’un projet de CSS pourrait être influencé par: i) le caractère technique et pointu du projet très
Conclusions et pistes de recommandations
linguistique et culturel). Le manque d’élément de comparaison ne permet que de soulever des hypothèses, sur lesquelles il conviendrait de réfléchir lors de la mise en œuvre des projets à venir.
94. Concernant le seul projet pour lequel le Maroc était récipiendaire (GCP/MOR/052/CPR), celui-ci n’ayant toujours pas démarré au moment de l’évaluation, aucun résultat ne peut évidemment être rapporté. L’évaluation s'interroge en outre sur l’efficacité de processus qui permettent à un projet de rester en suspens pendant plus de quatre ans, et ce après avoir mobilisé le temps et les efforts de nombreux personnels parmi toutes les parties prenantes, pour sa conception et formulation, puis pour trouver une solution à la question protocolaire qui freine jusqu’à ce jour son démarrage.
Il sera simplement possible de conclure qu'étant donné l'importance du cadre diplomatique qui caractérise souvent ces projets de CSS, ces derniers bénéficient des bons rapports politiques entre les pays quand ils existent et peuvent en revanche être freinés quand des difficultés diplomatiques ou protocolaires surgissent. Ce type de risque est en quelque sorte inscrit dans la nature même des projets de CSS, en tout cas aux premiers stades de leur développement.
95. Une grande partie des projets ont vu leurs plans d’action et activités redéfinis en cours de route et ont nécessité un allongement de leur durée pour pallier les retards de mise en œuvre. Ces retards sont en partie liés à un manque d’engagement des parties prenantes nationales, conséquence possible d’un manque d’implication de celles-ci lors de la formulation. L’évaluation a noté qu’à l’exception du Niger et de la Guinée-Bissau, la plupart des projets n’ont pas fait l’objet d'un suivi efficace qui puisse garantir leur bonne marche et le respect des programmes tels que définis initialement. Enfin, les retards de mise en œuvre, notamment au démarrage des projets, pourraient être aussi en partie liés à des procédures lourdes pour mettre en route les accords tripartites.
96. En outre, les projets mis en œuvre au Maroc montrent qu’une formulation participative et tripartite permet d’assurer la pertinence des projets aux besoins spécifiques du pays. En revanche, l’implication de nombreuses parties prenantes, inhérente à ce type de projet, peut être à l’origine de tensions entre diverses visions ou approches. Ce risque indique que ce type de projet, bien que restant participatif, ne peut ainsi faire l’économie d’une bonne définition des rôles qui permette de dégager des lignes de responsabilités très claires.
4.2 Pistes pour de futures recommandations
Le processus soutenant la formulation des projets doit être revu afin d'améliorer la pertinence, l’efficacité, l’efficience et la durabilité des résultats obtenus.
97. La formulation de quelques projets a montré des faiblesses, par exemple du fait d’une prise en considération inadéquate des besoins effectifs de la partie récipiendaire ou d’une conception trop