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Direction de la faune et des habitats

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Texte intégral

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LE MARQUAGE À LA TÉTRACYCLINE COMME MÉTHODE POUR ESTIMER LES POPULATIONS D'OURS NOIR SUR DE GRANDES SUPERFICIES.

par

Hélène Jolicoeur

Ministère de l'Environnement et de la Faune

Juillet 1996

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Toutes les informations contenues dans ce rapport proviennent directement de Monsieur Dave Garshelis, du Minnesota Department of Natural Resources qui a mis au point cette méthode avecl'aide des membres de son équipe. M. Garshelis a également eu la gentillesse de me transmetre des documents inédits avec autorisation de publier. Je remercie aussi Monsieur Kevin Craig du Nouveau-Brunswick qui m'a expliqué de quelle façon il avait conduit un inventaire à la tétracycline dans sa province et quelles étaient les causes à l'origine de l'échec de son premier essai.

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INTRODUCTION

Une des principales difficultés qui se présente aux gestionnaires de l'ours noir partout en Amérique du Nord est d'avoir à allouer des quotas de chasse et de piégeage sur une échelle nationale ou régionale sans savoir combien d'ours recèle chaque unité de gestion. Le marquage à la tétracycline est une nouvelle technique qui pourrait répondre à ces interrogations. Développée au Minnesota au début des années 1990, cette technique est ni plus ni moins qu'une variante de la méthode de capture-recapture mais qui est conçue pour être appliquée sur de très grandes superficies. Les gestionnaires du Minnesota l'appliquent depuis quelques années à la grandeur de leur état qui comporte quelques 75 000 km2 d'habitat à ours, superficie équivalente au Québec à celle des zones 14 et 15 réunies.

La procédure générale de cette technique consiste à disséminer de façon systématique sur le terrain des appâts de viande contenant des capsules de tétracycline, un antibiotique qui a la propriété de jaunir les tissus contenant du calcium (os et dents). La population d'ours est par la suite estimée avec une formule modifiée de Petersen à partir d'un sous-échantillon provenant de la récolte des chasseurs et des trappeurs dans lequel on aura établit, quelques mois plus tard, la proportion d'ours porteurs de marques jaunes.

Le marquage à la tétracycline suscite évidemment beaucoup d'intérêt et déjà, l'état voisin du Minnesota, soit le Michigan, a commencé à faire ses propres inventaires à la tétracycline.

Par contre, comme dans toute application de la méthode de capture-recapture, il existe de grandes limitations qui seront dans ce cas-ci, le degré d'accessibilité du territoire et la récolte d'un échantillon adéquat de dents et de fragments d'os. Le Nouveau-Brunswick a appliqué en 1994 cette méthode sur son territoire et les efforts des gestionnaires de cette province ont été vains car aucun ours marqué n'a été recapturés à la suite de la campagne de marquage (Kevin Craig, comm. pers.).

Ce rapport n'a pas d'autre prétention que d'expliquer en détail cette technique de façon à voir si elle pourrait s'appliquer au Québec dans certaines zones de chasse et de piégeage et d'y associer des coûts en matériel et en main d'oeuvre.

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2. Méthodologie

2.1 Nombre d'appâts à préparer

Pour connaître le nombre d'appâts à préparer, il faut avoir au départ une idée de l'ordre de grandeur de la population qui réside dans le secteur que l'on veut inventorié. Ceci peut paraître paradoxal puisque l'application de la technique a justement pour but d'évaluer le nombre d'ours dans ladite population. Pour arriver à un tel chiffre, on peut utiliser un calcul simple. Par exemple, si la récolte annuelle est de 500 ours et que cette récolte se maintient à ce niveau depuis des années sans fléchir, on peut considérer que la récolte de chasse et de piégeage constitue une portion infime de la population de l'ordre de 8-10%. La population de départ peut être alors estimée à 5 000 ours ou encore à 6 250 ours selon le pourcentage choisi. Il vaux mieux surestimer le nombre d'appâts à distribuer que l'inverse. La figure 1 permet d'estimer la taille-échantillon idéale d'ours à marquer pour obtenir un estimé de population donné avec une erreur relative de ± 10% à un niveau de signification de 95%.

Le nombre d'ours à marquer est établi en fonction de la grosseur attendue de la population et du nombre de dents qui peut être obtenus en provenance de la zone à inventorier.

Tous les appâts ne seront pas visités par les ours et pour avoir le nombre requis d'ours marqués, il est nécessaire d'en distribuer beaucoup plus sur le terrain. Les chercheurs du Minnesota calculent un taux de visite de 50% à leurs appâts mais ce taux peut descendre à 30% certaines années surtout celles caractérisées par une abondante production de petits fruits. S'ils prévoient que 1 500 ours doivent être marqués alors ils installent au moins 3 000 appâts.

2.2 Préparation des appâts

La tétracycline utilisée dans ce type de projet doit être de préférence en capsules plutôt qu'en poudre. L'avantage des capsules est qu'elles sont inodores et plus rapidement ingérées. Comme ce produit a un goût plutôt amer, il y a un risque toujours présent que l'animal consomme l'appât mais qu'il rejette l'antibiotique ce qui introduirait un biais très

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Nombre d'ours à marquer

Figure 1: Évaluation du nombre d'ours à marquer avec de la tétracycline pour avoir une estimation de population donnée avec une erreur relative de ± 10% à un niveau de signification de 95%.

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important dans la méthode. Selon les observations que les gens du Minnesota.ont, faites sur ours capturés dans des trappes, la réaction des ours est la même devant les appâts contenant des capsules de tétracycline et les autres n'en contenant pas. Les ours gobaient l'appât en entier (sans le filet) en trois bouchées sans vraiment se rendre compte de la présence de l'antibiotique. Par contre, les autres espèces attirées par ce type d'appât, comme les ratons-laveurs, les moufettes et les pékans, recrachaient les capsules d'antibiotiques ou les évitaient tout simplement.

Le dosage de tétracycline dans chacun des appâts doit être scrupuleusement mesuré pour créer sur les dents et sur les os une marque discernable et facilement reconnaissable. Au Minnesota, le dosage utilisé était de 4 500 mg de tétracycline dans chaque appât ce qui donne pour un ours d'environ 200 kg qui consommerait l'appât au complet, un dosage idéal de 22 mg de tétracycline/kg de poids vif. Des dosages aussi bas que 4-6 mg/kg laissent des marques visibles sur les os mais pas sur les dents. Les dosages supérieurs à 20mg/kg donnent les plus belles marques à la fois sur les os et sur les dents.

Pour préparer un appât, les gens du Minnesota prennent environ 0,5 kg de bacon en tranche par appât. Les capsules de tétracycline doivent être entourées de bacon de façon à ce qu'elles ne soient pas endommagées par la pluie. Au Minnesota, les chercheurs enroulent neuf capsules dans trois tranches de bacon (trois/tranche) et ces trois tranches sont à leur tour enveloppées dans le reste de bacon puis déposées dans un filet de nylon comme celui dans lequel sont emballés certains légumes. Ce camouflage dissimule le goût un peu rebutant de la tétracycline et prévient le rejet de l'appât ou des capsules.

2.3 Installation des appâts

Les appâts à la tétracycline sont distribués sur le terrain préférablement entre le 1 er juin et le 21 juillet soit avant l'apparition des petits fruits. À cette période de l'année, la nourriture naturelle pour l'ours est rare ce qui assure un plus haut taux de visite de la part des ours.

Des différences dans les dates d'apparition des petits fruits peuvent exister d'une région à l'autre, il faut donc en tenir compte dans la planification de l'inventaire. C'est aussi à ce

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moment-là de, l'année que, se forme la couche claire de cément, c'est-à-dire celle qui sépare deux annuli. Le marqueur est alors distribué sur une plus grande surface ce qui augmente sa visibilité. À cette période-là de l'année, les jeunes ours de deux ans se séparent de leur mère et commencent à se disperser. C'est donc le meilleur temps pour les marquer puisqu'ils sont encore dans leur territoire natal. On sait que cette séparation se produit dans les environs du mois de juin (Rogers 1987). Dans l'étude qui s'est déroulée dans le Parc national de la Mauricie, cette dispersion des jeunes a été observée majoritairemententre le

t er mai et le 30 juin (Samson et Huot 1994).

Chaque appât mangé par un ours est considéré, dans la formule modifiée de Petersen, comme un ours marqué. Pour réduire une source importante de biais, il est donc important d'espacer physiquement les appâts de façon à réduire les probabilités qu'un seul ours ne mange plusieurs appâts en enfilade. La proportion d'ours qui mangent plus d'un appât peut être évaluée lors de l'examen des dents et des fragments d'os en notant la présence d'un double cerne de tétracycline. Une correction peut être alors apportée à la formule de Petersen pour tenir compte de ces visites multiples. Pour que le double cerne se forme, il est indispensable qu'un délai d'au moins une journée ne s'écoule entre les deux ingestions.

À l'intérieur du délai d'une journée, il est impossible de reconnaître les cas de double ou de triple consommations d'appâts.

La zone inventoriée doit être quadrillée systématiquement pour obtenir une couverture totale.

Les gens du Minnesota utilisent, pour planifier leur inventaire, les limites des comtés. Ils disposent ainsi quatre appâts par comté ce qui donne un espacement entre deux appâts d'environ 5 km (3 mi). Cet espacement a été étendu jusqu'à 8 km (5 mi) au Michigan. Des mesures spéciales d'accès doit être envisagée pour les secteurs non accessibles (ex: accès par le réseau hydrographique ou par air). Pour que le premier inventaire soit efficace et précis, l'emplacement des sites potentiels pour installer les appâts et les routes d'accès doit être cartographiés d'avance et avec soin.

Les sites où seront installés les appâts doivent être des endroits où les ours se dirigeraient de façon naturelle. Les ours aiment voyager en suivant les crêtes car ils peuvent alors

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humer les odeurs transportées par le vent. Les sites surélevés seront par, conséquent préférés aux fonds humides. Il en est de même des jonctions de chemins ou de sentiers toujours fréquentés par nombre d'espèces animales pour marquer leur passage. Les endroits situés à moins de 100 m d'un point d'eau risquent d'attirer plus vite les ratons- laveurs que les ours.

Pour installer un appât, il est préférable de choisir un arbre de 10 à 20 cm de diamètre comportant une écorce lisse comme le bouleau, le peuplier ou encore le pin rouge. Le sapin baumier est une essence à éviter autant que possible car son écorce est trop molle et les marques qui y sont laissées sont moins faciles à identifier. L'appât est attaché sur le tronc à une hauteur de 2 à 2,5 m au dessus du niveau du sol de façon à forcer l'ours à grimper sur le tronc et à y laisser des marques de griffes. Pour fixer l'appât, il suffit de l'appliquer directement sur le tronc et de le tenir en place avec plusieurs tours de fil d'acier passés au travers du filet de nylon. Les bouts sont par la suite entortillés avec une pince à broche (Figure 2). Une longueur d'environ 1 m de fil d'acier de grosseur 14 est suffisant pour tenir un appât. Un ruban à marquer de couleur vive peut être fixé juste au dessus de l'appât pour reconnaître son emplacement surtout si celui-ci venait à disparaître. Une pièce de ce même ruban peut être placé le long de la route pour faciliter le repérage du site.

2.4 Visite des appâts

Les appâts doivent être visités environ 10-14 jours après leur installation. Le délai exact de temps a peu d'importance car l'effet recherché est d'obtenir un maximum d'ours marqués avec certitude. Pour obtenir cette assurance, il faut d'une part s'astreindre à retrouver tous les sites où ont été placés les appâts et, d'autre part, identifier correctement l'animal qui a mangé l'appât. Un suivi régulier des appâts minimise les cas douteux qui se présentent invariablement lorsque plusieurs espèces d'animaux visitent le même site et superposent leurs marques de griffes. Tous les appâts doivent être visités avant la fin de la première semaine d'août pour respecter la période de retrait de l'antibiotique qui est de 20 jours s'il y a des risques de consommation humaine. Pour faciliter les recherches, les visites devraient être effectuées par la même équipe qui a procédé à l'installation des appâts. Si

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un appât est mangé à moitié, il est important de vérifier s'il y a encore des capsules de tétracycline à l'intérieur ou si les capsules sont tombées sur le sol. Lorsque de toute évidence un appât a été mangé à moitié par un ours, il faut noter sur le formulaire de terrain le nombre de capsules qui reste dans l'appât. Cela donnera une idée de la proportion d'ours qui ont été marqués avec des faibles doses. Une fois le projet terminé, il faut enlever tous les appâts non-consommés. Les morceaux de bacon peuvent être abandonnés en forêt à la condition qu'ils ne contiennent plus aucune capsule de tétracycline à l'intérieur. Les sites doivent être remis dans un état impeccable en enlevant les fils d'acier et les filets de nylon qui retenaient les appâts ainsi que les rubans à marquer fixés près de l'appât et le long de la route.

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Figure 2: Technique d'installation des appâts sur les arbres.

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2.5 Identification de l'animal

Pour appliquer la formule de Petersen et réduire les biais au minimum, il faut avoir la certitude que l'appât a bel et bien été consommé par un ours et non par une autre espèce.

Un guide d'identification des signes laissés près des sites par les ours et par d'autres espèces a été préparé par les chercheurs du Minnesota à l'intention des équipes de terrain.

Une règle spéciale permettant de mesurer la distance entre les marques de griffes laissées sur l'écorce des arbres et ainsi identifier l'espèce qui a grimpé sur l'arbre a été élaborée par ces mêmes individus (Annexe 1). L'identification des signes laissées sur place a été rendue possible grâce à l'utilisation de caméras à infra-rouge installées à proximité des appâts et à plus de 3 400 mesures de marques de griffes en provenance d'ours de tout âge, de ratons- laveurs et de pékans. Là où de grands carnivores, tel le lynx ou le couguar, sont aussi présents dans l'habitat inventorié, les appâts doivent être placés selon des stratégies particulières de façon à ce que seuls les ours soient susceptibles de les trouver ou encore d'atteindre les appâts.

Certains oiseaux de grande taille comme les corneilles, les corbeaux ou les geais, de même que des petits mammifères tels les écureuils et les tamias, s'intéressent aux appâts préparés avec du bacon qu'ils consomment soit au travers du filet de nylon ou encore soit en y faisant des trous. Ces petits animaux ne touchent habituellement pas aux capsules de tétracycline.

Certains d'entre eux, les écureuils et les tamias, peuvent laisser de minuscules marques de griffes sur l'écorce des arbresmais qui ne prêteront pas à confusion tant elles sont caractéristiques.

Plus embêtantes sont les traces laissées par les ratons-laveurs, les moufettes, les pékans et même, les lynx roux. L'identification peut être faite au jugé d'après la profondeur et l'épaisseur des marques de griffes ou bien, dans les cas plus difficiles, en se servant de la règle fournie et expliquée à l'annexe 1. Un appât peut être visité à la fois par un ours et par un autre mammifère. Il faut alors tenter de discerner lequel est venu en premier pour avoir la certitude que, s'il s'agit d'un ours, celui-ci a bien ingéré la quantité requise de tétracycline.

Les oursons qui accompagnent leur mère peuvent laisser des traces qui portent à confusion

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avec celles des ratons-laveurs ou des pékans. Pour trancher, il, ne reste plus qu'à examiner avec soin le site pour trouver d'autres indices, soit des poils retenus à une branche ou soit des pistes caractéristiques.

2.6 Formulaire de terrain

Le formulaire de terrain est indispensable non seulement pour noter le nombre d'appâts mangés par des ours mais également pour retrouver tous les sites appâtés et bien les décrire. Le formulaire de terrain est donc le lieu idéal pour inscrire tous les détails pertinents à la localisation générale et fine des appâts tels, la distance calculée d'un site à l'autre avec l'odomètre du véhicule, la présence de repères naturels ou encore des marques d'identification précises laissées à proximité des sites. Des informations complémentaires sur la topographie générale, l'élévation ainsi que la proximité d'un cours d'eau sont utiles lors de l'analyse des résultats pour mieux comprendre le taux de fréquentation des sites par les ours ou par les autres espèces. Pour ce qui est du couvert forestier, il est bon d'enregistrer toutes les espèces d'arbres qui composent au moins 30% du couvert et de noter la structure de la végétation (ex: stade mature ou régénération de 5 ans).

Sur le formulaire de terrain, on devrait trouver également des remarques concernant l'identification de l'animal venu visiter le site. Par exemple, inscrire si l'identification est certaine ou douteuse et, dans ce dernier cas, sur quels indices s'est basée l'équipe pour arriver à ses conclusions. Lorsque la règle est utilisée, il est nécessaire de prendre en note si l'identification s'est faite à partir de l'espacement entre deux, trois, quatre ou cinq griffes (Annexe 1).

2.7 Collecte de dents ou de fragments d'os

À l'automne qui suit le marquage, une collecte intense de dents et/ou de fragments d'os doit être faite autant que possible à des stations d'enregistrement et par du personnel spécialement. À l'exemple du Minnesota, les chasseurs ou encore les trappeurs pourraient retourner le matériel biologique par la poste dans une enveloppe pré-adressée et pré-

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affranchie qu'on leur aurait fournie. Pour minimiser les biais causés par la dispersion des sous-adultes, le sous-échantillon doit provenir non seulement de la zone inventoriée mais également de sa périphérie. Il existe plusieurs avantages à exiger du chasseur ou du trappeur le retour des deux dents mais surtout d'une dent et d'un fragment d'os:

-La tétracycline est plus facile à détecter sur un bout d'os que sur une dent. Par contre, les marques sur les os disparaissent de façon naturelle à l'intérieur d'un délai de 2-3 ans par le biais du processus continu de calcification des os alors que les marques sur les dents sont permanentes.

-Les marques de tétracyclines sont difficiles à observer sur les ours âgés en raison de la faible croissance du cément.

-En prélevant les dents, on peut faire en même temps une lecture d'âge de l'ours et déterminer en quelle année l'ours a été marqué si l'inventaire à la tétracycline est utilisé de façon routinière dans un même secteur. Par contre, il faut absolument que la détection de la tétracycline ait été faite avant la lecture d'âge car les procédés de décalcification en usage pour le montage histologique des dents font disparaître les marques de tétracycline.

-À faible dose, le marqueur peut ne pas être visible sur toutes les sections de la dent.

Lorsqu'on effectue une coupe histologique et un montage de la dent sur lame, il peut y avoir une perte de précision. Selon le laboratoire Matson's, cette perte serait de l'ordre de 10-20%, lorsque la même dent est utilisée aux deux fins, en raison de l'élimination d'une partie de la dent.

-En effectuant la structure d'âge des ours marqué à la tétracycline, il est possible de détecter d'éventuels problèmes d'échantillonnage. Au Minnesota, les chercheurs se sont rendus comptes ainsi que toutes les classes d'âge n'étaient pas représentés dans leur échantillon d'ours marqués. Sensibilisés à ce problème, ils tentent présentement de trouver une façon de surmonter ce biais à la fois en améliorant la

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disposition des appâts sur le terrain et en calculant un facteur de correction.

Le fragment d'os exigé pour la détection de la tétracycline devrait être idéalement un morceau de côte. Il suffit pour effectuer cette opérationce d'un morceau de côte d'une longueur de 5 cm (2 po) pris dans le dos à 5 cm de la colonne vertébrale pour effectuer une lecture adéquate (Figure 2). Pour récupérer sans peine ce bout d'os, il faut découper avec un couteau la chair entre les côtes et sectionner le bout d'os avec un sécateur. Il est très important de ne pas prélever des bouts de côtes situés sur le devant de la cage thoracique car il y a trop de cartilage à cet endroit et ce type de tissu n'absorbe pas la tétracycline. L'os doit être par la suite dégagé de la chair qui l'entoure puis inséré dans un sac de plastique bien identifié au nom du chasseur et/ou au numéro de fiche d'enregistrement. Pour éviter les odeurs nauséabondes, on peut ajouter du borax dans le sac. Cette solution est surtout pratique lorsqu'on demande aux chasseurs ou aux trappeurs de retourner les dents et les bouts de côtes par la poste. Une petite quantité de borax peut être alors fournie dans les enveloppes distribuées aux chasseurs. Pour ce qui est des dents, la visibilité du marqueur est beaucoup plus grande lorsqu'on utilise pour sa recherche la troisième incisive ou la canine car ces dents ont une couche plus épaisse de cément qui rend plus évidente le cerne jaune laissé par le marqueur. Mais puisqu'on utilise les prémolaires supérieures pour les lectures d'âge, il vaut mieux s'en tenir à ces dents pour vérifier la présence de la tétracycline.

La détection de la tétracycline se fait avec un microscope spécial disposant d'un éclairage à l'ultraviolet de façon à faire ressortir les marques fluorescentes typiques de ce produit. Le laboratoire Matson's offre le service de détection de ce marqueur mais comme il s'agit d'une nouvelle technique, les coûts d'examen des échantillon de dents sont à discuter.

2.8 Évaluation de la population d'ours

Avec la technique de marquage à la tétracycline, la population d'ours s'évalue à l'aide d'une formule modifiée de Petersen. Cette formule est la suivante:

Nombre total d'ours dans la partie inventoriée=TT/MT x M

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TT= Le nombre de dents et/ou de fragments d'os prélevés sur les ours tués dans la zone inventoriée.

MT= Le nombre de dents d'ours et/ou de fragments d'os portant des traces de tétracycline.

M= Le nombre d'ours marqués à la tétracycline. Ce nombre est équivalent au nombre d'appâts contenants de la tétracycline et ingérés avec certitude par des ours.

La précision de l'estimé de population peut être affecté par une multitude de facteurs ou de biais qui varient non seulement entre les différentes populations d'ours mais également d'une étude à l'autre. Quelques points importants doivent être pris en considération lorsqu'on planifie un inventaire à la tétracycline:

-Le dosage de tétracycline doit être suffisant pour marquer tous les ours qui avalent un appât.

-Le nombre total d'ours marqués doit être déterminé avec précision.

- La fréquence des ours qui ingèrent plus d'un appât doit être mesurée. Ceci est possible en comptant les doubles marques de tétracycline sur les os. Si un ours mange deux appâts de suite à trois jours d'intervalle, cela produira une double marque facilement identifiable. Au Minnesota, le pourcentage d'ours qui mangeaient plus d'un appât atteignait un minimum de 9%. Pour corriger leur nombre d'ours marqués, les gestionnaires multiplient le nombre d'appâts mangés par un facteur de 1,09, s'il y a 9% des ours qui ont une double marque, ou par un facteur de 1,11 si cette proportion atteint 11%.

-Si un animal autre qu'un ours est soupçonné d'avoir ingéré un appât, celui-ci ne doit

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pas être gardé dans l'échantillon.

- Les ours ne doivent pas être mis en contact avec de la tétracycline en dehors du projet d'inventaire. Des carcasses d'animaux domestiques traités avec de la tétracycline et ayant servi d'appâts par des chasseurs peuvent «contaminer»

accidentellement des ours et introduire un biais dans l'échantillonnage. Il faut faire également attention de ne pas injecter cet antibiotique à des ours capturés lors de projets de capture-recapture traditionnels.

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3. MATÉRIEL ET COÛTS

Pour/ 3/ 000 appât, il est nécessaire de se procurer 1 350 kg de bacon (3 000 lbs) soit envirdtr -05--/appât, 27 000 capsules de tétracycline contenant chacune 500 mg d'hydrochlorure de tétracycline, 3 000 filets de nylon, du fil d'acier et des formulaires de prises de données. Pour réaliser cet inventaire, il faut compter en matériel entre $3 000 et 5 000 Us ou en argent canadien entre $4 200 et $7 000 Les coûts les plus imposants d'un tel inventaire sont constitués par le temps du personnel et indirectement leur salaire, les comptes de dépenses des travailleurs et les coûts reliés à l'utilisation des véhicules automobiles. Le temps associé à ce projet est consacré à la cartographie des chemins, l'entraînement du' personnel, à la préparation des appâts, à l'installation des appât, à la vérification des appâts et finalement à la collecte et à l'analyse de l'échantillon retourné par les chasseurs et les trappeurs.

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5. CONCLUSION

Le marquage à la tétracycline présente, sans contredit, un très grand intérêt. Il est cependant illusoire de penser que cette méthode pourra être appliquée partout à la grandeur du territoire québécois. Avant de penser à sa mise en oeuvre, il faudra envisager une très bonne préparation pour choisir le territoire approprié. Celui-ci devra être très accessible et suffisamment étendu pour permettre le marquage et la recapture d'un très grand nombre d'ours. Il faudra également compter sur une participation exceptionnelle des chasseurs et des trappeurs pour recueillir le plus grand nombre de dents sur les ours récoltés ainsi que des bouts de côtes.

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RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

ROGERS, L. L. 1987. Effect of food supply and kinship on social behavior, movements, and population growth of black bears in Northeastern Minnesota. Wildlife Monographs, no 97. 72 pp.

SAMSON, C. et J. HUOT. 1994. Écologie et dynamique de la population d'Ours noir (Ursus americanus) dans le parc national de la Mauricie. Département de Biologie.

Université Laval. Québec. 214 pp.

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Annexe 1: Utilisation de la règle qui permet de distinguer à quelle espèce animale appartient les marques de griffes complètes ou incomplètes laissées sur les troncs d'arbre lors de l'inventaire à la tétracycline (gracieuseté de Dave Garshelis, Minnesota Department of Natural Resources).

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La règle illustrée à la page suivante, permet d'identifier l'auteur des marques de griffes laissées sur un tronc d'arbre où a été fixé un appât destiné à attirer un ours. Les espèces qui ont servi à élaborer cette règle sont celles parmi les plus susceptibles de manger un appât placé selon la méthode décrite plus haut (raton-laveur, moufette, pékan, écureuil, etc.).

Cette règle discrimine selon trois groupes (traces d'ours, traces laissées par d'autres espèces et cas douteux) l'espacement maximal entre deux, trois, quatre ou cinq griffes. Pour utiliser correctement la règle, il faut utiliser un compas, le même que celui qu'on utilise pour tracer des cercles. La distance mesurée est une distance en ligne droite et ne tient pas compte de la courbure du tronc.

Pour effectuer une mesure:

-Choisir l'empreinte la plus belle et la plus complète qu'il y a de disponible sur le tronc. Une empreinte comportant la marque de 4-5 griffes provenant de toute évidence de la même patte est plus utile pour distinguer un ours d'un autre animal qu'une empreinte ne comportant que 2-3 marques de griffes.

-Essayez de prendre l'empreinte la plus large possible. S'il est impossible de retrouver une empreinte complète avec 4-5 marques de griffes provenant avec certitude de la même patte, sélectionnez d'autres marques mais toujours celles les plus espacées (voir exemple ci-dessous).

2 griffes

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griffe provenant (-- d'une autre patte

3 griffes

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-Placez, la, pointe du compas sur la partie extérieure de la première marque de griffe et le bout du crayon sur la partie extérieure de la dernière marque de façon à avoir le plus grand espacement. Reportez ensuite le compas sur la règle en choisissant la ligne correspondant au nombre de griffes mesurées et en plaçant la pointe du compas à l'endroit indiqué.

Prenez plusieurs mesures pour vous assurer que l'identification est correcte. Il existe une petite zone de chevauchement entre les plus petites empreintes provenant d'un ours et les plus larges venant d'un autre animal. Si plusieurs ou une majorités de mesures tombent dans cette zone de chevauchement, inscrire sur le formulaire de terrain «imprécis» ou encore «douteux». Dans le doute, il vaut mieux s'abstenir que de faussement identifier un ours marqué.

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