Méthodologie de la dissertation
1) Lecture et compréhension du sujet.
On vient de vous distribuer le sujet. N’hésitez pas à lire plusieurs fois le sujet, et même à l’écrire une fois ou deux.
Il existe en histoire différents types de sujet :
- Le sujet-tableau. L’analyse et une réflexion sur une situation à une date ou une époque donnée : « 1492, année-tournant de l’expansion européenne »
- Le sujet- évolution : « L’expansion européenne dans le monde au XVIe siècle »
Il s'agit de comprendre le sujet, à partir d'une analyse de chacun de ses termes et des rapports que ceux-ci peuvent entretenir les uns avec les autres.
• importance du singulier et du pluriel : “les commerces coloniaux” ≠ “le commerce colonial”
: le premier intitulé insiste sur la diversité des formes commerciales de l’expansion coloniale européenne, le second invite à penser celle-ci comme un tout. Vous axerez donc différemment votre devoir.
• importance de l’ordre des mots qui peut, souvent, traduire une hiérarchie : “Les Européens et l’Océan Indien” est très différent de “L’Océan indien et les Européens”. L’espace à partir duquel vous allez bâtir votre plan ne sera pas le même, le plan sera donc différent, mais également le contenu…. Même si une bonne partie des connaissances mobilisées sera la même.
• importance également des termes eux-mêmes : “Devenir colon dans l’Amérique espagnole au XVIIe siècle” ≠ “Etre colon dans l’Amérique espagnols au XVIIe siècle”. Le premier intitulé insiste sur une évolution, une transformation. Le second insiste sur un état, sur le vécu concret.
De même, “Coloniser au XVIIIe siècle” n’a pas exactement le même sens que “La colonisation au XVIIIe siècle”. Le premier peut se concevoir comme: une réflexion sur la manière concrète dont les Européens organisent la colonisation : conditions politiques, religieuses, économiques, morales... Le second insiste davantage sur le phénomène global de la colonisation, abordée d’un point de vue plus surplombant, sans prendre le point de vue des acteurs.
Toujours dans le même sens : « Les colonies » ≠ « la colonisation » ≠ « le colonialisme »
• Importance enfin des conjonctions de coordination : dans “Routes commerciales et objets du commerce colonial au XVIIe siècle”, le sujet n’est ni “routes commerciales”, ni “objets du commerce colonial”. Le sujet est “et”. Autrement dit, si vous traitez :
I – Les routes commerciales
II - Les objets du commerce colonial III - Les rapports entre eux,
vous n’abordez le sujet que dans la troisième partie. Le reste est hors sujet, puisque l’intitulé vous invitait à évaluer les rapports qu’entretiennent ces deux catégories entre elles, et l’évolution de ces rapports si évolution il y a - s’il n’y en a pas, vous êtes invité à mettre l’accent sur la continuité, bien sûr.
Après avoir soigneusement défini les termes du sujet et les rapports qu’ils entretiennent entre eux, vous pouvez passer aux :
2) Limites du sujet (à indiquer absolument dans l’introduction).
• Limites chronologiques
Si le sujet est intitulé de la sorte : L’expansion et les rivalités européennes (1479-1511), vous vous doutez bien que ces dates n’ont pas été choisies au hasard par votre professeur. Il y a une raison au choix de cette période, il faut donc que vous la trouviez (et aussi que vous l’écriviez dans votre introduction !). Il faut également que vous indiquiez d’une phrase l’événement correspondant à chacune des dates. Inversement, si le sujet était : “L’expansion et les rivalités européennes au XVIIe siècle”, vous devez absolument dans votre introduction préciser la date exacte de chacun de ces deux événements. On vous donne délibérément une période chronologique “vague”. Ce n’est pas par hasard, car on attend de vous que vous proposiez et justifiez une date (ou une période) de départ et une date (ou une période) d’arrivée. Certes, il n’y a pas une seule date possible : vous pouvez considérer le XVIIe siècle comme partant de la fondation de l’EIC (1600) à la 3e guerre anglo-néerlandaise (1672-74) ou encore de la fondation du grand port négrier de Luanda en Afrique australe par les Portugais (1576) à la découverte de l’embouchure du Mississippi par Cavelier de la Salle (1681/2). Mais vous pouvez trouver encore bien d’autres possibilités, à vous d'adapter votre choix à votre problématique.
• Limites géographiques du sujet
Un sujet portant sur l’ « océan indien » devra définir précisément les aires concernées. Et, bien sûr, vous devez avoir soin de respecter ces limites géographiques.
• Limites du sujet lui-même :
“Les causes économiques de l’expansion européenne au XVIe siècle” ne doit pas vous conduire à raconter toutes les étapes de l’expansion européenne, ce qui serait un hors sujet total.
Vous ne pouvez les mentionner qu’en guise d’introduction. Quelle que soit l’étendue de vos connaissances, vous ne devez utiliser que celles qui répondent à la question. Il faut absolument faire un tri. Un devoir qui traiterait : “l’expansion européenne au XVIe siècle”, même s’il est rempli de connaissances, même s’il est excellent, ne traiterait pas le sujet.
3 - Formuler la problématique
Qu’est-ce qu’une problématique ? Une problématique est l’enjeu du sujet, la question que le sujet (la plupart du temps sous forme affirmative) pose. Trouver la problématique implique que vous ayez su définir chacun des termes du sujet, et trouver la raison pour laquelle votre professeur a posé ce sujet.
La problématique s'impose d'elle-même du moment que les termes du sujet ont été bien compris.
>>Vous devez absolument trouver la problématique de chaque sujet posé, même lorsque le sujet semble un sujet de cours.
4 - Le plan
La réponse à la question que vous avez posée est toute entière contenue dans le plan.
Autrement dit, chacune de vos parties principales, chacune de vos “grandes parties”, doit apporter un élément de réponse à la question.
Il faut éviter le plan passe-partout ou plan-catalogue ou plan à tiroirs:
1) situation politique 2) situation économique 3) situation sociale 4) situation culturelle
Avec ce plan, tous les faits sont au même niveau et l’on néglige la spécificité propre à chaque question et à chaque problème. On ne peut employer le même plan pour « L’empire espagnol au XVIIe siècle » et pour « L’Amérique espagnole au XVIIe siècle ». A une problématique différente répond un plan différent.
Les plans les plus intéressants en histoire sont sans doute les plans thématiques, chrono- thématiques, voire chronologiques. Dans tous les cas, la chronologie doit entrer en ligne de compte.
Eviter les plans dialectiques, surtout quand on s'imagine que la synthèse est un mélange indigent des deux premières parties ou que c'est une partie normande (ni oui, ni non). Si vous vous risquez à un plan dialectique, faites en sorte que la troisième partie soit une vraie synthèse, c'est- à-dire un dépassement des considérations affirmées puis niées dans les deux premières.
Préciser que chacune des grandes parties doit développer une idée différente.
Pour faire un plan, il faut que vos grandes parties répondent à la problématique, mais encore que ce que vous affirmez dans les intitulés de vos grandes parties soit démontré par vos sous- parties.
Donc : vos grandes parties sont des affirmations qui répondent au sujet, et vos sous-parties démontrent ces affirmations, en apportant des preuves de ce que vous affirmez.
Avant de commencer à rédiger directement (sans brouillon), vous devez composer au brouillon un plan détaillé.
C’est-à-dire que vous devez, pour chaque sous-partie, prouver ce que vous affirmez dans l’intitulé, à l’aide de deux ou trois arguments, assortis d’exemples précis.
IL N’Y A PAS QU’UN SEUL PLAN POSSIBLE ! Souvent, même, il en existe trois ou quatre pour un même sujet.
5) L’organisation du travail :
Comptez environ :
20 mn pour la lecture, la compréhension et la définition des termes du sujet, la justification des bornes chronologiques.
10mn pour, à partir de ces définitions et de ces idées, déterminer la problématique
Ne rien écrire d'élaborer trop tôt (au moins 30 min.). Des idées non élaborées et couchées trop tôt sur le papier peuvent ensuite vous empêcher de développer, de corriger ou de nuancer votre démonstration.
30 mn pour organiser votre plan détaillé. (En général vous trouvez alors à ce moment une ou deux idées pour la conclusion. Notez les à part).
Soit environ une heure pour l’ensemble.
Il vous reste un peu moins de 2 heures pour rédiger. Bien entendu, vous NE RÉDIGEZ RIEN AU BROUILLON (sauf votre introduction et votre conclusion).
Votre plan et vos notes vous suffisent largement pour rédiger directement votre copie, d’autant plus qu’à présent, vous savez où vous allez, et vos idées sont claires. Bien sûr vous ne direz pas tout dans votre devoir : en 3 heures, c’est impossible. Mais à partir du moment où votre raisonnement est cohérent et clair, et que vous savez étayer chacune des affirmations que vous avez avancées de d’un exemple précis et analysé par idée.
6 – L’introduction
Une introduction sert à poser les termes du sujet et des questions qu'il inspire. C’est vous en effet qui en définissez les termes, qui en formulez l’enjeu (la problématique) et qui vous vous engagez à répondre à la question que vous avez-vous même posée.
L’introduction sert à répondre à deux questions.
Que me demande-t-on de faire ? Comment vais-je le faire ?
Elle comporte quatre éléments.
L’introduction de l’introduction : une à trois phrases pour entrer habilement dans le sujet.
La présentation du sujet qui inclut d’habiles définitions des termes du sujet, les limites spatiales, chronologiques et thématiques du sujet.
L’énoncé de la problématique qui expose les enjeux historiques du sujet.
L’annonce du plan de manière habile en évitant de dire dans une première partie nous verrons…
7 - La conclusion
Elle permet de synthétiser les apports du devoir : qu’a-t-on démontré ? Avec quelles nuances ? On doit répondre à la question posée en introduction. Elargir le sujet vers une nouvelle problématique. La conclusion ne doit pas se contenter de répéter ce qui a été dit, mais doit établir un bilan et dégager des perspectives, sans pour autant prophétiser ni annoncer le futur.
8-La forme.
Dans une dissertation à l’écrit, on n’écrit pas le titre des parties et sous-parties, on saute des lignes pour indiquer le changement de partie et on fait des phrases de transition.
• BANNISSEZ DÉFINITIVEMENT LES PHRASES QUI N’APPORTENT RIEN! Par exemple les phrases comme : “A présent, nous allons nous interroger sur les l’expansion européenne”, ou encore “il convient à présent de se demander si l’expansion européenne a eu des causes économiques”. Ce type de phrase est un peu trop lourd et inutile. Dites plutôt :
“l’expansion européenne puise en partie ses motivations dans des facteurs de type économique”
(puis vous les développez).
• SUPPRIMEZ DÉFINITIVEMENT LES PHRASES D’INTRODUCTION COMME : “De tout temps l’homme a voulu connaître le monde”. D’abord c’est historiquement faux, ensuite cela témoigne d’un esprit contraire à l’esprit historien : raisonner en terme de “jamais” et
“toujours”, témoigne d’une absence de sens historique. JAMAIS et TOUJOURS N’EXISTENT PAS EN HISTOIRE. Vous devez périodiser votre pensée.
De même les affirmations invérifiables du genre : “Les hommes ont toujours pensé à dominer”.
Nous n’en savons rien.
• Tout devoir d’histoire qui comportera trop incorrections grammaticales graves ne pourra pas atteindre la moyenne. De toute façon, il apparaît clairement que, l’étudiant qui écrit un français incohérent pense de façon incohérente. Parole et pensée sont intimement liées. Si vous employez indifféremment “et” et “mais”, si vous confondez “donc” et “en outre”, cela témoigne d’une confusion lexicale qui vous empêche de construire une pensée cohérente. Bien souvent, la rigueur de la forme et la rigueur de la pensée sont intimement liées.
• Dans le même sens, jamais de “donc” ou de “ainsi”, ou de “par conséquent” qui n’introduit aucun lien logique entre ce qui précède et ce qui suit. Cela témoigne d’un manque de rigueur dans le raisonnement.
• En outre, la qualité de votre orthographe sera prise en compte. Prenez 5 minutes pour vous relire pour éviter les fautes.
• Pas de style parlé/familier à l’écrit. Ce qui peut passer à l’oral ne passera pas à l’écrit.
• Pas de style télégraphique : faites des phrases complètes, avec un verbe.
• Préférez en général les phrases simples : sujet, verbe, compléments. Sauf si vous vous sentez très à l’aise, les sophistications n’apportent pas au fond de la réflexion.