S. INGRAND, G. HOSTACHE*
Départements Systèmes Agraires
et
Déueloppement/Eleuage
et Nutrition des Herbivores,
Laboratoire
Adaptation
des Herbivoresaux Milieux, Theix, 63122 Saint-Genès
Champanelle
X
Département Hydrobiologie-Faune
sauvage,
Campus
de Beaulieu,35042 Rennes Cedex
L’élevage
en Guyane.
Bilan des travaux
réalisés sur les espèces domestiques
et sur deux espèces
sauvages autochtones
En 1965, l’installation
enGuyane de la base spatiale de Kourou
aengendré la coexistence,
sur unpetit territoire de 90 000 km’, de cultures radicalement différentes : des indiens vivant de chasse et de pêche
jusqu’aux technologies ultra-sophistiquées du spatial. Parallèlement
auxefforts déployés autour de la fusée Ariane, des tentatives d’aide
audéveloppement d’autres secteurs d’activité économique
sesont succédé,
notamment
enagriculture. La dernière
endate, baptisé "Plan Vert"
(1975), devait permettre d’atteindre l’autosuffisance alimentaire
enmatière de viande bovine. Depuis plus de 15 ans, cette opération
apermis
d’accumuler de nombreux résultats techniques, mais les objectifs assignés
au
plan n’ont jamais été réalisés.
Résumé
—————————————————————————————————————————————Les travaux à caractère
zootechnique
réalisés par l’INRA sur sa stationexpérimentale
dans le cadre du Plan Vert, ont surtout concernél’élevage
bovin à viande (zébu Brahman). Ils ont
permis l’acquisition
de résultats portant sur lesperformances
dereproduction
en milieuéquatorial,
et laconduite des taurillons à l’herbe entre le sevrage
(âge
de 9 à 10 mois) etl’abattage (âge
de 24 à 30 mois).Parallèlement,
entre 1985 et 1987, des sui- vis de troupeauxprivés
ontpermis l’analyse
des résultatstechniques
desélevages locaux,
ainsi que l’ébauche d’unetypologie
desexploitations
basée sur les
pratiques
des éleveurs.Plusieurs
enquêtes,
ainsi que des études par filières(porcine,
avicole, cunicole) ontégalement
montré que, relativement à l’ensemble de l’activitéagricole, la production
de viande bovine était loin d’êtreprédominante
enGuyane.
Unecaractéristique importante
desexploitations pratiquant l’élevage
s’est avérée être la diversification de leursspéculations,
gage desouplesse,
decapacité d’adaptation
au marché et aux besoins de tréso-rerie,
et donc de leurpérennité.
D’autre
part, l’élevage
de certainesespèces
sauvages autochtonespourraient,
dans ce contexte de diversification desspéculations,
constituer unealternative intéressante par la valorisation des ressources
biologiques
naturelles de laGuyane.
Deuxespèces
ontdéjà
faitl’objet
d’études : unmammifère
rongeur, le
cabiaï(Hydrochoerus hydrochaeris)
et unpoisson
d’eaudouce, l’atipa (Hoplosternum
littorale).Illustrées par ces exemples, quelques pistes de réflexion sont présentées concernant les conditions d’émergence de systèmes d’élevages
pérennes
enGuyane.
Ellessoulignent
notammentl’importance
de la prise en compte des aspects autres quetechniques (principalement
économiques
etsociologiques)
pourl’appui
audéveloppement
de l’élevage dans le contexte trèsparticulier
de laGuyane.
La
Guyane française,
territoire de 90000 km2 situé entre le Brésil et le Surinam (voircarte),
a le statut dedépartement français depuis
1946. Sapopulation
était estimée à 120000 habitants en 1990. C’est en 1975qu’a
été initiée par l’Etat
français &dquo;l’opération Guyane&dquo; qui
visait àredynamiser
l’économiedu territoire sur la base d’une
immigration importante
etqui
devait aboutir à la création de 5000emplois
dans les secteurs del’agricul-
ture et de la forêt et 5000 autres
emplois
dansles secteurs de l’industrie du
bois,
des mines et des services. A cetteépoque,
lapopulation
totale de la
Guyane
était de 55000 habitants et3750 hectares étaient
cultivés,
dontplus
de60 % sous forme de cultures itinérantes sur
brûlis (abattis). Le
cheptel
bovincomptait
environ 2000
têtes,
assurant 5 % de la consom-mation locale.
&dquo;L’opération Guyane&dquo;, baptisée
ultérieurement &dquo;Plan Vert&dquo; en raison de la limitation des programmes aux
aspects agri- coles,
devait initialementpermettre
à échéan-ce de 5 ans la constitution d’un troupeau bovin
assurant une
production
annuelle de viande de 500 tonnes (50 % des besoins en1975),
et de1000 tonnes au bout de 10 ans avec 30000 têtes de bétail.
Finalement,
en1987,
laproduc-
tion n’a atteint que 350 tonnes et couvrait alors 25 % des besoins locaux.
Pour
plus
d’informations sur la mise enplace
du Plan Vert et sur les modalités d’inter- vention des structures de Recherchefrançaises
dans ce contexte, on pourra se référer aux
nombreux textes et ouvrages
s’y rapportant
(INRA1981,
INRA 1985 Gachet1989,
Vissac 1992).L’objet
de cet article est deprésenter
dansun
premier temps
les résultats des recherches à caractèrezootechnique entreprises
par leDépartement Systèmes Agraires
etDéveloppement
de l’INRA enGuyane,
sur lesespèces
bovines dans le cadre du Plan-Vert etsur d’autres
espèces domestiques : avicoles,
porcines
et cunicoles. Dans un secondtemps
sera dressé l’état des
premières
études entre-prises
sur desespèces
autochtones suscep- tibles d’être valorisées parl’élevage
(cabiaï etatipa),
ceci dans le but d’évaluer lespossibili-
tés
d’exploitation
des ressourcesbiologiques
naturelles de la
Guyane. Enfin,
nous tenteronsd’exposer
lespoints importants
àprendre
encompte
pour conforter lesacquis
et surtout pour contribuer à l’élaboration desystèmes d’élevages
&dquo;durables&dquo; dans le contexteparticu-
lier de la
Guyane : points
liés à labiologie
desespèces,
à l’économie du territoire ou encore àson contexte
sociologique.
1 / La production bovine
Les résultats
acquis
en matièred’élevage
bovin allaitant en
Guyane
sont issus de troistypes
de démarche : suivisd’élevages privés, expérimentations
conduites sur le domaine de l’INRA concernantl’engraissement
des tau-rillons à l’herbe et
analyse
des résultats tech-niques
de fermesd’Etat, permise
par les nom-breux
enregistrements
effectués sur unelongue période.
l.i / Les suivis d’élevages privés
Les suivis
d’élevages,
d’abord limités à 7exploitations,
ont ensuite été étendus à unplus grand
nombre de cas(21), l’objectif
étantqu’ils
soientpris
encharge progressivement
par les
agents
duDéveloppement.
La vocation de ces suivis était de fournir des référencestechniques,
d’identifier les différentssystèmes d’élevage
bovin existant enGuyane (typologie)
et d’influer sur la définition des thèmes de tra- vail pour la Recherche.
Quelques
caractéris-tiques
des 21exploitations
suivies en 1986sont
présentées
au tableau 1. L’ensemble pra-tiques/performances
a étéanalysé
pour l’année 1986 (Lebouteiller et al 1987) et 4 groupes d’éleveurs avaient alors étédistingués :
Groupe
1 (n=7) : éleveursayant adopté
unmodèle de
production
intensif(fertilisation, chargement, allotement),
associé à d’excellents résultatstechniques.
Groupe
2 (n=2) : modèle deproduction plus
extensif
(chargement plus faible,
moindre fer-tilisation,
taille des lots d’animauxplus
éle-vée),
avecégalement
de bons résultats tech-niques grâce
à une bonne connaissance dumilieu,
des animaux et une main-d’oeuvrecompétente.
Groupe
3 (n=5) :chargement
leplus
élevéde l’échantillon
(supérieur
à 5UBT * /ha),
asso-cié à une faible fertilisation et à un mauvais état des
prairies.
Ces éleveurs étaient en diffi-culté,
avec desproblèmes
dus auchargement trop important.
Groupe
4 (n=7) :exploitations ayant
du malà atteindre le
régime
de croisière (entrée enproduction
très tardive parrapport
à l’arrivée despremiers
animaux). Ces éleveurs étaienten
phase d’apprentissage
etd’adaptation
deleurs
exploitations
aux contraintes du milieu.En 1988 seuls trois ou
quatre élevages
étaient visités par les deux conseillers
agri-
coles
chargés
de ce travail et aucun résultatexploitable
n’a pu en êtreretiré,
tant en 1987qu’en
1988. L’intérêt des éleveurs se focalisant alorsuniquement
sur les aspects financiers liés à leur niveaud’endettement,
il n’est pas apparuopportun
de continuer cetteopération.
Le suivi s’est maintenu pour deux fermes
expérimentales
d’Etat d’où sont issues les réfé-rences
acquises
cescinq
dernières années enmatière de conduite des taurillons à l’herbe entre le sevrage et
l’abattage (Ingrand
et al1993a),
deperformances
dereproduction
desfemelles
(Ingrand
et al 1993b) et de conduited’élevage (Ingrand
et al 1993c). Concernant les suivisd’élevages privés,
ladésagrégation
duréseau mis en
place
ne semble pas seulement due à la crise del’élevage bovin,
maiségale-
ment aux carences
méthodologiques
et structu- relles de l’encadrement direct des éleveursavec en outre un
déphasage permanent
entrel’apparition
desproblèmes
sur le terrain etl’obtention des références et résultats
supposés
aptes à les résoudre.1.
2 / Engraissement des taurillons à l’herbe
Les essais à caractère
purement
zootech-nique
conduits sur le domaine de l’INRA sesont déroulés de 1985 à 1990.
Chronologiquement,
ils ont concerné :- le niveau et le
rythme
decomplémentation
pour une
production rapide
et enquantité
suf-fisante
après
la mise en valeur des terres et les investissements en animaux et enmatériel ;
- les
rythmes d’exploitation,
la nature del’herbe utilisée et le
chargement
afin degérer
le
pâturage
defaçon optimale ;
- les effets de la castration et du croisement
en vue d’obtenir une viande de
qualité
compa- rable à celle de la viandeimportée.
Les
caractéristiques
et lesprincipaux
résul-tats de ces essais sont rassemblés dans le tableau 2 et ont été
publiés
par ailleurs(Ingrand
et al 1993a).Depuis 1988,
les études ont été orientéesvers la ressource
fourragère
et lasimplifica-
tion de sa
gestion.
Trois essais destinés à tes- ter une méthoded’exploitation
despâturages comparable
aupâturage
intensif libre des milieuxtempérés
ont ainsi été mis enplace,
avec des résultats
techniques comparables
àceux obtenus avec les
sytèmes
en rotation (Béreau et al 1993).1.
3 / Bilan des études
sur
la reproduction
Outre les résultats issus des suivis d’éle- vages
privés,
nous avons pudisposer
des don-L’objecti f
de croissance de 500
glj
est atteintseulement si la
complémentation
est
importante
ou sila
pâturage
est de bonnequalité
etbien
exploité.
nées
enregistrées
dans deux fermes d’Etat :une (Saint-Elie) pour la race zébu Brahman
(photo
1) et l’autre(Matoury)
pour la raceSanta-Gertrudis
(Ingrand
et Jérôme 1993).L’analyse
desperformances
dereproduction
deces
troupeaux
est trèsimportante
car cetaspect
conditionne actuellement très fortement les résultatséconomiques
desélevages.
Dans les conditions favorables
qui
sontcelles des fermes d’Etat en matière de suivi et de soins aux
animaux,
on n’observe pas d’in- fluencesignificative
des saisons sur la duréedes
cycles
dereproduction
et sur larépartition
des
vêlages
sur l’année(exemple
de Saint-Elie :
figure
1). Lesparamètres
sensibles auxsaisons sont
plutôt
la mortalité desproduits
(entre 0 et 3 moisd’âge)
et lesperformances
decroissance dans la
phase
depost-sevrage.
Il semblequ’une
conduite différentielle des lots d’animaux en fonction de leur étatphysiolo- gique
et selon les saisons soitplus adaptée
àl’amélioration des
paramètres
du rendement destroupeaux qu’un calage
desvêlages
sur despériodes précises.
La moyenne de 658 inter- valles entrevêlages enregistrés
à Saint-Elie est de 14 mois (± 91jours) ;
cet intervalle varie fortement selon le rang devêlage
des animaux(figure
2). Unaspect important qui
reste àapprofondir
concerne les conditions de mise à lareproduction
desgénisses,
en termesd’âge
et de
poids.
Depuis 1986,
certains éleveurs ontpratiqué
des croisements entre les zébus
importés
dansle cadre du Plan Vert et la race
limousine,
quece soit par insémination ou par
importation
dereproducteurs.
Cettepratique
seconçoit
pour des situations où la conduited’élevage
est bienmaîtrisée et où une amélioration des
qualités
bouchères des
produits
destinés à la ventepeut
constituer un atout dans le cadre d’un marché deplus
enplus
demandeur (surtoutface à la concurrence de la viande
importée).
Ilapparaît
nécessaire dequantifier précisément
le
gain
deproductivité
ainsiprocuré.
En outre, il reste à savoir commentgérer
lapratique
dece
type
de croisement enGuyane,
toutparticu-
lièrement avec un
troupeau
zébu de base à effectif réduit. Un programme d’inséminationa été initié dans ce cadre sur le
troupeau
de la fermegérée
parl’INRA,
avec deuxobjectifs principaux :
- caractérisation de la croissance
jusqu’au
sevrage pour les deux sexes (veaux zébus : tableau
3),
entre le sevrage etl’abattage
pour lesmâles,
entre le sevrage et la mise à lareproduction
pour lesgénisses ;
- constitution d’un
troupeau synthétique croisé, composé
d’unecinquantaine
de mèresen 1995.
1.
4 / Perspectives
Depuis 1986, les élevages
issus du Plan Vert etqui
ont su résister tant bien que malaux
périodes
difficiles résultant de l’arrêt des aidesfinancières,
de la cessation d’activité de lacoopérative
et de toute formed’organisation
collective en
général,
ont dûs’adapter
au caspar cas pour
pérenniser
leur activité(Gachet
et al 1989). En
1991,
les effectifs bovins étaient évalués à 14000 têtes pour l’ensemble de laGuyane
et le souci actuel est de mettreLe manque
d’organisation
desfilières
avicoleet
porcine
aentraîné une
dégradation
du taux
d’autosu ffisance.
en
place
des formules degestion
ducheptel
auniveau collectif
permettant
desauvegarder
leniveau
génétique
des zébusBrahman,
surtoutaprès
lesopérations
dedécapitalisation qui
onteu lieu ces dernières années. Le contexte rede- vient favorable à
l’émergence
de formesd’orga-
nisation des éleveurs autour
d’objectifs
com-muns, mais en
respectant
les itinéraires et les initiativespersonnels,
dans la limite où ellesne vont pas à l’encontre de l’intérêt
général.
Lemaintien du
potentiel
zébu enGuyane
et sonamélioration
peuvent
constituer alors un leit- motiv fédérateur.2 / Les productions avicole,
porcine et cunicole
_Les difficultés rencontrées dans le secteur bovin ont conduit la station INRA-SAD à étendre ses travaux à l’ensemble des
produc-
tions animales. La connaissance la
plus large possible
de toutes les formesd’élevage pré-
sentes en
Guyane paraissait
alors lepréalable indispensable
à toute réflexion sur les condi-tions
d’émergence
desystèmes agricoles
auto-nomes et viables. Outre les
enquêtes
exhaus-tives réalisées dans différentes
régions
de laGuyane
et concernant toutes les formes d’acti- vitéagricole,
des actions à caractèreplus spé- cifiquement zootechnique
ont étéentreprises.
2.
1 / Les filières avicole
etporcine
a /
Organisation
de laproduction
Comme pour le secteur
bovin,
les filièresporcine
et avicole ont étéorganisées
encoopé-
rative ou en SICA (Société d’Intérêts Collectifs
Agricoles).
En cequi
concerne le secteur por-cin,
il y a d’abord eu la COPORG(Coopérative
des éleveurs de Porcs de la
Guyane),
créée àl’initiative de
sept
éleveurs. En1980,
la sociétéPAPPI (Production Associée de Porcs et de Poissons en
Intégration)
s’est installée enGuyane
avec pour vocationl’exportation
deviande de porcs vers les Antilles et les USA.
Les installations étaient
prévues
pour 540truies,
la fabrication d’aliments àpartir
demanioc cultivé sur
place
et la transformation de la viande (atelier dedécoupe-salaison).
Lesdifficultés rencontrées pour conduire le
projet
à la mesure de ses ambitions ont abouti à l’abandon du volet
piscicole,
ainsi que de laproduction
de manioc.Les
exportations
s’avérantégalement
pro-blématiques
(veto des USA pour des raisonssanitaires,
concurrence desproducteurs
locaux aux
Antilles),
laproduction
de laPAPPI est
rapidement
déversée sur le marchéguyanais,
concurrençant directement la COPORG. Les deux structures (PAPPI et COPORG) vont fusionner en 1985 avec lacoopérative
bovine pour former laSICAVIG,
dont les résultats financiers restent
négatifs jusqu’en
novembre 1987, date de sondépôt
debilan. Suivent alors la CEBG
(Coopérative
desEleveurs Bovins de
Guyane)
le 5janvier
1988et la COPORG en mai de la même année. Pour
éviter la
désorganisation
totale dumarché,
une autre SICA est mise sur
pied :
la SICAGuyane-Viande, ayant
pourobjet l’abattage,
la transformation et la mise en marché de viande bovine et
porcine. Finalement, l’appro-
visionnement en aliment devenant
aléatoire,
la
production
s’en ressent et le marché n’estplus
suffisamment pourvu. Les porcs sont abattus deplus
enplus jeunes (36,6 kg
depoids
moyen des carcasses au cours du pre- mier semestre 1989). La dissolutionjudiciaire
est
prononcée
le 1er mars 1989.Le secteur avicole a connu
beaucoup
moinsde vicissitudes dans la mesure où la
première
forme réelle
d’organisation
n’est apparuequ’en
1987 avec la création de laCoopérative
Avicole et Cunicole de
Guyane
(CACG). Làencore les
projets
étaientambitieux,
incluantla création d’un centre collectif de conditionne- ment des
oeufs,
d’un abattoir et la modernisa- tion desélevages.
Le manque de cohésion entre les adhérents de lacoopérative
n’a paspermis
la concrétisation de ce programme.Actuellement,
la CACG existetoujours
et desbudgets
ont été accordés pour le recrutement d’un technicienqui
estchargé,
outre lesaspects purement techniques,
de réfléchir auxsolutions de commercialisation en commun de la
production
des adhérents. Des subventions ontégalement
été accordées pour l’améliora- tiontechnique
desélevages
ainsi que pour le suivi sanitaire.b / Situation des
producteurs
etorganisation
des marchésLes
élevages
avicoles et cunicoles se diffé-rencient de la même
façon
que les autres pro- ductions du secteuragricole
enGuyane :
il exis-te d’une
part
desélevages spécialisés, intégrés
dans les circuits officiels d’aide et de finance- ment et assurant la
majeure partie
de la pro- ductionlocale,
d’autrepart
desélevages
dits&dquo;traditionnels&dquo;, intégrés
dans dessystèmes
deproduction
diversifiés associantspéculations
animales et
végétales,
et leplus
souvent enmarge des
systèmes
d’aide(Bouilly
1989).Les formes
d’organisation
décrites dans leparagraphe précédent
etqui
ontjalonné
l’his-toire des filières avicole et
porcine,
concernentla
première catégorie.
Ceséleveurs,
notam-ment en
élevage porcin,
ont été durementéprouvés
par les différentes crisesqui
se sontsuccédé. Ils
représentent
une forme d’activitéagricole fragile
cardépendante
de nombreux facteurs externes àl’exploitation
et non maîtri-sés (ou mal maîtrisés) :
approvisionnement
enanimaux de renouvellement et en intrants divers. Seuls
quelques
uns ont su &dquo;court-circui- ter&dquo; les fournisseurs locaux et traiter directe- ment avec lamétropole.
C’est par ce biaisqu’ont émergé
les trois ouquatre
leaders des secteurs avicoles etporcins
(Gachet et al 1989).Tout ceci a évidemment une incidence sur
l’organisation
du marché.Depuis
l’arrêt detoute forme
d’organisation
collective en éleva- geporcin,
les éleveurs traitent directementavec les bouchers. Ils ont dû
s’équiper
enmoyens de
transport
ou bien louer les servicesd’un tiers afin d’acheminer les porcs à l’abat- toir une fois par semaine. Les
prix
sont discu-tés directement entre l’éleveur et le boucher et
peuvent
varierrapidement
en fonction de l’étatdu marché. Cette voie de commercialisation est la
principale
pourl’élevage porcin.
Concernant
l’élevage avicole,
les circuitssont
plus
variés :- La vente directe du
producteur
au consom-mateur est
particulièrement développée,
maisdifficilement chiffrable.
- La vente sur les marchés est
également importante
et lesquatre principaux
avicul-teurs de
Guyane
y sontprésents.
- Des accords ont
également
eu lieu pour la vente dans lessupermarchés
mais l’instabilité desrapports
entre aviculteurs et distributeursa conduit à la
régression
de ce mode de com-mercialisation.
- Les
oeufs,
outre lesmarchés,
sontprinci- palement
vendus par l’intermédiaire des &dquo;chi- nois&dquo;(épiceries-quincailleries
très bienimplan-
tées en
Guyane).
-
Enfin,
certainsproducteurs
ont obtenu descontrats avec les collectivités
(hôpitaux, écoles, armée),
ainsiqu’avec
certains restaurants.Il est
important
desouligner
que laplupart
des éleveurs ont souhaité diversifier leur clien-
tèle,
avec lesobjectifs
suivants : 1) avoir uncontrat avec un
supermarché
ou une collectivi- tépermettant
d’assurer un débouché stable etrégulier
pour leursproduits.
C’estl’objectif
desécurité,
2) se constituer une clientèle departi- culiers,
soit à laferme,
soit aumarché,
afin d’écouler le reste de laproduction, tamponner
les fluctuations saisonnières et obtenir unemarge
plus importante.
C’estl’objectif
de sou-plesse
etd’adaptabilité.
c /
Ajustement
de laproduction
à la consommation
Les
importations
de viande se font essen-tiellement sous forme
congelée
et les oeufssont
réfrigérés.
Les consommations en viande de porcs et de volailles ont étérespectivement
de 2531 tonnes
équivalent
carcasses(TEC)
etde 3413 TEC en 1988. La consommation annuelle de viande de volaille est
importante puisqu’elle
atteint 38kg
par habitant en 1988.Seule la
production
d’oeufs faitjeu égal
avecles
importations puisqu’elle
atteint 3750 mil- liers d’oeufs pour 8310 milliers d’oeufs consommés au total (ce chiffre reste trèsapproximatif
et onpeut
sans doute estimer laconsommation réelle autour de dix millions d’oeufs). L’évolution du taux de couverture des besoins pour les différents
produits
a baisséentre 1975 et
1988,
surtout àpartir
de 1986où les
problèmes
de structuresprofession-
nelles sont apparus. Le taux de couverture pour la viande de porc était de 21 % en
1975,
23 % en
1981,
55 % en 1984 et a chuté à 13 %en 1988. Pour la viande de
volaille,
ce tauxétait de 13 % en 1988 contre 23 % en 1975.
Enfin,
pour lesoeufs,
on estpassé
de 63 % en1975 à 45 % en 1987
(Bouilly
1989).d /
Perspectives
Les améliorations à
apporter
actuellementau sein des filières avicole et
porcine
concer-nent tout d’abord la maîtrise
technique
desateliers afin de retrouver au moins le niveau d’avant 1986. Des efforts dans ce sens sont d’ores et
déjà
réalisés avec lareprise
de l’acti-vité
porcine depuis 1990, grâce
notamment àl’amélioration
génétique
ducheptel
et à lameilleure maîtrise des conditions de mise en
marché. La création récente d’un service
spéci- fique
pourl’élevage
(SUAE) à la Chambred’Agriculture
devraitpermettre
depérenniser
l’encadrement de la
filière,
de même que pourl’élevage
avicole et cunicole. Enoutre,
laconnaissance au
jour
lejour
de l’état et del’évolution de l’ensemble de ces
élevages,
voirede l’ensemble du secteur
agricole pourrait
êtretout à fait
possible
dans un cadre restreintcomme celui de la
Guyane.
2.
2 / Opération de développement
de la filière cunicole
Amorcée en décembre 1988 avec
quelques éleveurs, l’opération
d’aide audéveloppement
de la filière cunicole a consisté à
dynamiser
unsecteur pour
lequel
le marché est étroit maisencore ouvert. Par
l’importation
dereproduc-
teurs et de
matériel,
ils’agissait
de constituerun réseau
d’expérimentation
et de collecte de données avecplusieurs objectifs :
- étudier les mécanismes et les conditions de
développement
d’une micro-filière dans le cadre de la diversification desexploitations agricoles ;
-
acquérir
des résultats et des références surla
production
cunicole enGuyane ;
- rendre la
production
cunicole autonome enGuyane
avec la création d’une unité fournis- sant les animaux de renouvellement.a / Suivis
d’éleaages
Les suivis
d’élevages
ont concerné 9 éle-veurs
privés
et l’unité de fourniture en repro- ducteurs de la fermeexpérimentale
de l’INRA.Le suivi réalisé dans le cadre du réseau a per- mis l’obtention des résultats suivants :
5,8 lapereaux
nés totaux et5,0 lapereaux
sevréspar
portée.
La mortalitéglobale
(encomptant
la mortinatalité) est de 26 % entre la naissan-ce et le sevrage. Les
objectifs
de 25 à 30lape-
reaux
sevrés/mère/an,
conformément àl’expé-
rience
antillaise,
semblent donc réalisablesmoyennant
5 à 6portées/femelle/an.
Il fauttout de même considérer que le contexte com-
mercial est celui d’un marché
étroit, segmenté
et extrêmement différent de celui de la métro-
pole
ou des paystropicaux
où cettespéculation
est
présente.
Eneffet,
lamajorité
de la clientè- le estmétropolitaine
avec un fortpouvoir
d’achat.
Ainsi,
leprix
de vente à laproduction
varie actuellement de 45 à 80
F/kg
de carcasse.Le
lapin
frais dans les boucheries de luxe deCayenne
et de Kourou est vendu 89F/kg
en1991.
Quant
auprix
del’aliment,
il varie entre3,10
et3,20 F/kg.
Laconséquence
immédiate durapport prix
aliment ducommerce/prix
ani-L’atelier cunicole est
économiquement
intéressant pour
diversifier
l’activitéd’élevage.
mal vendu est
qu’il
n’existe actuellement pas d’alternative intéressante à l’achat degranulés importés.
b / Essais
d’engraissement
Les résultats obtenus
(Ingrand 1990),
sachantqu’ils
méritent d’être confirmés par des mesures àplus long
terme, sont satisfai-sants
puisque :
- le
poids
moyenenregistré
au sevrage est de 650 g pour deslapins
d’1 moisd’âge ;
- le
poids
moyen d’1kg
est atteintaprès
deux semainesd’engraissement ;
- les 2
kg
depoids
vif sont atteintsaprès
la7e semaine
d’engraissement ;
- le
poids
àl’abattage, lequel
a eu lieu enmoyenne
après
9 semainesd’engraissement,
est de
2,3 kg.
Legain
depoids
moyen corres-pondant
est de 26g/j.
La consommation individuelle par
jour
passe d’un peu
plus
de 50 g à 140 g, maximum atteint au cours d’oscillations entre 100 et 140 gaprès
la 4è semaine(figure
3). Laconsommation totale par animal est de 6800 g
en 9
semaines,
cequi correspond
à une moyen-ne de 109
g/animal/j.
L’indice de consommationsur l’ensemble des animaux est donc de
4,2.
La
spéculation
cunicoleapparaît
donc inté-ressante
économiquement,
surtout par sa faculté àgénérer rapidement
etrégulièrement
de la trésorerie. Un facteur
important
àprendre
encompte
enGuyane
est l’effet de la saison et de lapluviométrie.
L’essai décrit ici s’est dérouléprincipalement
durant lagrande
saison des
pluies
(avril àjuillet).
Le taux demortalité a été très faible durant
l’expérimen-
tation
malgré
lesmanipulations fréquentes ;
ceci se confirme d’ailleurs au niveau des éle- vages
privés
où la mortalitéapparaît quasi-
exclusivement durant la
phase
d’allaitement.c / Bilan et
perspectives
L’impact
del’opération peut
être mesuré à différents niveauxqui
ne sont pas tous aisé- mentquantifiables.
Parexemple,
en deux ansles
élevages
se sont modernisés et ont augmen- té leurs effectifs (tableau4),
de telle sorte que dansplusieurs exploitations,
l’atelier cunicolea
pris
unepart significative
de l’activitégloba-
le
(Neyra
1990).Initialement,
les neuf éleveursqui
ont reçu deslapins
détenaient environ 160mères,
soit 18 femelles en moyenne parélevage.
En1991,
six de ces éleveurs (lesautres n’ont pas concrétisé leur installation ou
ont abandonné la
spéculation)
totalisent350
mères,
soit une soixantaine en moyenne parélevage.
Les éleveurs de ce groupe ont donc intensifié leur activité cunicole mais l’ate- lierlapins
n’est toutefoisjamais
devenul’unique spéculation
del’exploitation.
Enplus
de ces
élevages
se sont créés oudéveloppés
d’autres ateliers de tailles diverses (de 5 à 130 mères).
Un autre effet de ces deux années de suivi
aura été la meilleure maîtrise de l’atelier suite
aux sessions de formation et aux actions
spéci- fiques
desagents
deDéveloppement.
Les éle-veurs se sont
également progressivement
rendu
compte
de l’intérêtqu’ils
ont à seregrouper, notamment pour se
placer
sur lemarché. Le
problème principal
reste la fixation du niveau desprix qui
est encore très variabled’un éleveur à l’autre et d’un client à l’autre.
Actuellement,
les efforts doivent aller dans lesens d’une
organisation
des éleveursqui
nesoit
plus
seulement formelle maisqui puisse
être
opératoire
avec des actionsprécises
etconcrètes
(groupement
des achatsd’aliment, planification
des ventes, unicité de l’offre vis à vis des clients...). ).3 / La valorisation d’espèces
sauvages
Les ressources
biologiques
du territoireguyanais peuvent
constituer une voie intéres- sante de diversification desproductions agri-
coles
(Planquette
et al 1989). Eneffet,
la consommation degibier
et depoisson
est ins-crite dans les habitudes locales. Dans ce
contexte, le cabiaï
(Hydrochoerus hydrochae-
ris) est apparu comme un animal tout à fait intéressant. Il a faitl’objet
de nombreuses étudesdepuis
15 à 20 ans dans différents paysd’Amérique
du Sud et notamment auVenezuela ;
ilpourrait
être àl’origine
d’unevalorisation
rapide
à l’échelle dudépartement.
D’autre
part, parmi
lespoissons, l’atipa (Hoplosternum littorale),
siluriforme àplaques
osseuses localement
apprécié
et recherché pour laconsommation,
estégalement
apparucomme un candidat
potentiel
dans la perspec- tive d’une valorisation des ressources natu-relles
régionales. D’après Boujard
et al(1988), Luquet
et al(1989), Planquette
(1989) etHostache
(1991),
ilpourrait
être valorisé dans le cadre d’undéveloppement piscicole
local endépit
du faitqu’il
intéresse avant tout un mar-ché traditionnel et relativement restreint (esti- mé à moins d’une centaine de tonnes par an).
3.
1 / Le cabiaï
a /
Caractéristiques biologiques
etpotentialités d’élevage
C’est le
plus
gros rongeur aumonde,
avecun
poids
moyen adultesupérieur
à 50kg,
unetaille
atteignant
1 mètre delong
et 50 cm dehaut
(photo
2). Il estprésent
enAmérique
Centrale et dans la
quasi-totalité
del’Amérique
du Sud. Le cabiaï est considérécomme l’herbivore non ruminant le
plus
apte àdigérer
lesfourrages
(Gonzalez-Jimenez 1977).En matière de
performances
dereproduction
(tableau5),
les observations réalisées enmilieu naturel font état de
1,2
à1,8 portées/an,
à raison de 4 à 6petits/portée.
Uneaugmentation
de laprolificité
a pu être obte-nue en conditions contrôlées avec des
exemples
à 8
petits/portée.
Lepoids
à la naissance varie de1,2
à 2kg,
selon la taille de laportée
et lesexe. La maturité sexuelle est atteinte vers
1,5
an,correspondant
à unpoids
de 30 à 40kg.
La durée de la
gestation
est de 147jours.
Appelé également
cochond’eau,
il est chasséau Venezuela de décembre à
Pâques.
Traditionnellement,
sa viande est consomméedurant le carême car elle est assimilée à du
poisson
par lareligion catholique.
On la trouveuniquement
sous forme salée et séchée et il semblerait que sa valorisation soit bien meilleure en frais (Rexford D. Lord1990,
comm.
pers.).
La peau estégalement
valoriséedans certains pays
(Argentine, Colombie), exploitant
le faitqu’elle
ne s’étend que dansun sens
(propriété particulière
au cuir de cet animal).Le cabiaï peut être affecté par des
parasites
internes (vers) ou externes (acariens). Onpeut
aisément
envisager
des traitementspréventifs
et curatifs dans des conditions
d’élevage
ensemi-liberté à l’aide de