C l a u d e K A H N e t J e a n L A N D A I S Centre de Recherche en Histoire contemporaine
sous la direction de Frank Chantepie UNIVERSITÉ INTER-AGES DE NANTES
NANTES ET LES NANTAIS sous le Second Empire
Préface de Marcel Launay
Professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Nantes
COUVERTURE
illustration : "Le château, le chemin de fer et la gare», litho de Félix Benoist, in LA BRETAGNE CONTFMPORAINE, 1865.
conception graphique : Jean-Pierre Raison.
photogravure : Menneguerre, Celles-sur-Belle (Deux-Sèvres).
NANTES ET LES NANTAIS s o u s le S e c o n d E m p i r e
C l a u d e K A H N e t J e a n L A N D A I S
OUEST ÉDITIONS & Université Inter-Ages de Nantes
AUTRES OUVRAGES PUBLIÉS EN COÉDITION
PAR OUEST ÉDITIONS ET L'UNIVERSITÉ INTER-AGES DE NANTES
• QUINZE LIEUX DE MÉMOIRE À NANTES, Claude Kahn et J e a n Landais,
un vol. in 16 x 24 de 224 p., couv. quadri, ill. nb, 120 F Une é t o n n a n t e étude s u r les cimetières nantais. 1990.
• STATUES FIGURATIVES DE NANTES, Claude Kahn,
un vol. in 16 x 24 de 128 p., couv. quadri, ill. nb, 100 F Des n o m s inscrits d a n s notre mémoire, gravés d a n s la pierre et d a n s la fonte. 1989.
. DÉPORTÉS ET FORÇATS DE LA COMMUNE, d e Belleville à N o u m é a ,
R o g e r P é r e n n è s ,
un vol. in 16 x 24 de 580 p., couv. deux couleurs, 74 ill. nb, 220 F Entre 1870 et 1880, l'exil forcé de 4187 c o m m u n a r d s ;
avec la biographie de 4032 déportés politiques. 1991.
ISBN 2-908261-92-8
C OUF-ST ÉDITIONS 1 rue de la Noë 44071 Nantes Cedex 03
Tél. 40 14 34 34
e Université Inter-Ages de Nantes Chemin de la Censive-du-Tertre
44072 Nantes Cedex 03 Tél. 40 74 6143 Droits réservés pour toute illustration non spécifiée.
SOMMAIRE
Préface 11
Introduction 13
La vie politique 15
L'administration préfectorale.— Le Conseil général.- Les municipalités nantaises.— L'Opposition.— Le rôle de la presse nantaise.- Nantes, résidence impériale ?
Population et urbanisme 31
La population nantaise 31
Transformation de la ville 35
Amélioration de la circulation : création de nouvelles voies 38 Rues, quais et ponts.
Places et jardins 43
La place Saint-Pierre.—La Bourse de Commerce.— Le Palais de Justice et la statue d'Adolphe Billault.- La caserne de Gendarmerie et la prison.- La place Royale.— Le Jardin des Plantes.
Hygiène et santé 59
La poissonnerie : hygiène alimentaire.- LHôtel-Dieu : soins aux m a l a d e s . - L'hospice Saint-Jacques : secours aux handi- c a p é s . - L'asile Sainte-An ne : assistance aux vieillards.- Le service des eaux.— Les bains et lavoirs publics.
Soutien aux arts : musées et théâtres 71
Le musée des Tableaux.- Le Muséum d'histoire naturelle.- Le Théâtre des Variétés.— Le Théâtre de la Renaissance.
Édifices religieux et beffroi communal 76
L'église Saint-Nicolas.- L'église Notre-Dame-de-Bon-Port.
L'église Saint-Clément.- Les églises Sainte-Anne, Saint-Clair et Saint-Félix.- Diverses chapelles.- Le Temple protestant.- La Synagogue.- Le Beffroi communal.
Le d é v e l o p p e m e n t d e s c o m m u n i c a t i o n s 95
Transports urbains 96
O m n i b u s . - Voitures de remise ou de p l a c e . - Les passages d'eau.
Transports interurbains 100
La r o u t e . - Le r a i l . - Les bateaux à vapeur.
Transports intercontinentaux 111
Créations de lignes régulières de p a q u e b o t s . - Les distances se raccourcissent.
L'information écrite 113
Poste et Télégraphe 115
La vie é c o n o m i q u e et industrielle 119
Les industries 121
Les raffineries de sucre.— La construction navale.— La métal- lurgie.-Les textiles en chute libre.- L'entrée en puissance des c o n s e r v e r i e s . - Les premières a n n é e s de la biscuiterie.
D'autres industries se développent.
Le commerce 138
Le trafic maritime.- La construction d'un bassin à flot à Saint- N a z a i r e . - La naissance des grands m a g a s i n s . - L'Exposition Nationale de 1861.
La vie culturelle et artistique 153
Les jeux de scène 155
Au théâtre G r a s l i n . - Au Théâtre de la R e n a i s s a n c e . - Au Théâtre des Variétés—Au c i r q u e . - L'ancêtre du cinéma.
La Littérature 162
Les écrivains n a n t a i s . - Les sociétés savantes.
Les Arts 171
La musique et les compositeurs.- La peinture.- La sculpture.
La vie d e s N a n t a i s a u quotidien 185
Conditions de travail.- Salaires et p r i x . - Impôts et Octroi.
Sécurité.— Salubrité et médecine.
L'Enseignement 208
E n s e i g n e m e n t p r i m a i r e . - E n s e i g n e m e n t professionnel.
Enseignement secondaire.— Enseignement supérieur.
Aides aux plus défavorisés 219
La mendicité.- Bons de pain et aides diverses.- Les fourneaux économiques.- Les enfants a b a n d o n n é s . - Les c r è c h e s . - Les oeuvres de Bienfaisance.
Finance et Prévoyance 228 Métiers d ' a r g e n t . - C a i s s e d ' É p a r g n e et Mont-de-Piété S o c i é t é s de S e c o u r s M u t u e l s . - C a i s s e s de retraites et d'assurances.
Sciences et inventions 234
Les Nantais et l'armée 235
L a r m e s et rires 241
Les larmes 241
Le c h o l é r a . - Tempêtes et crues.— Noyades et naufrages.
Incendies et vagues de chaleur.— Justice et criminalité.
Grèves, chômage et secours.
Les rires 255
Les fêtes religieuses.- Carnavals.— Concerts publics et bals B a n q u e t s . - Voyages d'agrément et trains de plaisir.- Autres distractions.—Les fêtes de nuit de l'Exposition nationale de 1861.
C o n c l u s i o n 269
N o t i c e s b i o g r a p h i q u e s 273
S o u r c e s et bibliographie ... 293
Préface
«La forme d'une ville change plus vite hélas ! que le cœur d'un mortel.»
Ce vers de Baudelaire semble s'appliquer d'une façon toute particulière à la période choisie par Claude Kahn et Jean Landais pour nous présenter cette nouvelle page de l'histoire de Nantes. La cité ligérienne constitue bien au cœur du XIXe siècle, par contraste avec les campagnes avoisi- nantes, selon la célèbre formule d'A. Siegfried, «un îlot moderne dans un océan d'Ancien régimel». On mesurera son évolution en relisant les travaux de Guépin et Bonamy ou les impressions de visiteurs comme Stendhal sous la Monarchie de Juillet2. Dans les décennies suivantes les mutations vont s'accélérer et Taine dans ses Carnets de voyage évoquera sous le Second Empire «l'aspect de la richesse et du bien-être, les files de vaisseaux ancrés dans la Loire, les quais qui commencent, les magasins, les charbonneries, le pêle-mêle et l'entassement du commerce3».
A cette époque Nantes est une ville de contrastes avec une activité économique florissante marquée par son commerce et son industriali- sation commencée dans les années 1820, même si à partir de 1867 on constate un net ralentissement des affaires. Avec plus de 100 000 habitants elle attire toujours une main-d'œuvre abondante des campagnes voisines surpeuplées. Celle-ci ne trouvera pas toujours la sécurité escomptée et les tensions sociales ne manqueront pas, spécialement à la fin de cette période. On retiendra en particulier l'opposition entre la richesse et le confort d'une bourgeoisie très aisée, et la pauvreté des classes laborieuses confinées dans des quartiers comme Barbin ou Chantenay, où règnent l'insalubrité et les épidémies. Dans sa morphologie même, la ville se trans- forme avec, à l'image de Paris, mais évidemment à une échelle plus réduite, une politique de grands travaux : implantation du chemin de fer, percement de nouvelles rues, construction de monuments publics (du Palais de Justice aux églises néo-gothiques dans le goût du temps). C'est donc dans un environnement en pleine transformation que se meuvent les Nantais auxquels s'attachent si justement nos auteurs. On pourra
évidemment regretter que la vie intellectuelle et artistique de la cité qui n'est d'ailleurs pas négligeable, n'ait pas été à la hauteur des ambitions de certaines de ses élites, plus préoccupées des «affaires» que de culture et de connaissances scientifiques4.
Depuis la publication, en 1977, de l'Histoire de Nantes sous la direction du doyen P. Bois, les travaux universitaires ou les enquêtes érudites se sont multipliés sur le XIXe siècle et spécialement sur le Second Empire dont on réhabilite à juste titre les principaux acquis. Grâce à ces apports, mais également à leurs patientes et fructueuses recherches personnelles dans le cadre de l'Université Inter-âges, Claude Kahn et Jean Landais nous présentent donc un tableau original de la vie de nos concitoyens durant ces années charnières. Aucun aspect de ce fourmillement quotidien fait à la fois de nouveautés, de pesanteurs ou de structures archaïques - avec le lot habituel d'affrontements politiques ou sociaux - n'échappe à leurs investigations. Joies et misères des Nantais sont au rendez-vous, sans fard ni dissimulation. On ne saurait reprocher aux auteurs le goût du détail, de la précision, car c'est là la trame d'un destin personnel et communautaire que l'historien, et c'est son honneur, ne saurait négliger. Cette évocation dans ses facettes multiples nous replonge dans un passé à la fois proche et lointain. A chacun d'y retrouver une certaine nostalgie ou une raison supplémentaire de s'attacher à sa petite patrie, à l'heure où de nouvelles transformations sont au rendez-vous, à l'image de la vie qui oscille entre regrets et espoir.
Marcel Launay Professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Nantes
Notes
1. SIEGFRIED A., Tableau politique de la France de l'Ouest, Paris, 1913, p. 83.
2. GUÉPIN A.et BONAMY E., Nantes au XIXe siècle, nouvelle éd. Nantes, 1981.
CHANTREAU A., Stendhal et Nantes, Nantes, 1983.
3. TAINE H., Carnets de voyage : notes sur la province, 1863-1865, Paris, 1897, p. 271.
4. DHOMBRES J. et coll., Un musée dans sa ville, Ouest Éditions, Nantes, 1990.
Introduction
— 7 NOVEMBRE 1852. 5 h 30 du soir. Une dépêche du ministre de l'Intérieur avise les préfets que «le Sénat a adopté aujourd'hui le sénatus- consulte qui défère l'Empire à Son Altesse Impériale le prince-président sous le nom de Napoléon III et lui donne le pouvoir de régler dans sa famille l'ordre de succession au trône».
A Nantes, la proclamation de l'Empire a lieu le dimanche 5 décembre, sur la place Royale, et avec beaucoup de solennité : une estrade destinée aux autorités est dressée face à la rue Crébillon, devant un immense écusson aux armes de la ville ; de riches draperies rouges sont soutenues par des flèches et bâtons dorés ; trois grands mâts pavoisés sont surmontés d'aigles aux ailes déployées ; tout autour de la place s'élèvent des trophées de drapeaux avec de grands boucliers portant les noms des dix-huit cantons de l'arrondissement de Nantes.
Pour marquer l'évènement, les édifices publics sont décorés de drapeaux et d'emblèmes ; les bâtiments du port sont pavoisés.
— 4 SEPTEMBRE 1870. 6 h 20 du soir. Une dépêche signée «Léon Gambetta», ministre de l'Intérieur du nouveau gouvernement de Défense nationale, apprend aux Français que la déchéance de l'Empereur a été prononcée et que la République vient d'être proclamée.
Aussitôt, à Nantes, Waldeck-Rousseau, ses adjoints et des conseillers municipaux, descendent dans la grande cour de l'Hôtel de Ville. Là, devant de nombreux Nantais, le maire proclame l'instauration de la République. Dans un langage patriotique vivement applaudi, il engage ses concitoyens au calme et à la modération. Ensuite, il fait connaître au conseil municipal que le préfet ayant remis entre ses mains les pouvoirs qu'il détenait du précédent gouvernement, il convenait d'élire au scrutin secret deux délégués chargés de prendre la direction des services de la Préfecture. Le vote désigne le docteur Guépin et Eugène Lauriol.
C'est la période comprise entre ces deux dates que l'Histoire a retenue sous le nom de Second Empire.
Sous le Second Empire, Nantes, à l'instar des autres grandes villes de France, est politiquement soumise au pouvoir personnel et autoritaire de Napoléon III : préfet, maire, président du Conseil général sont nommés par l'Empereur à qui ils prêtent serment. Mais Nantes a une singularité : elle renferme une opposition républicaine emmenée par le docteur Guépin, et bien soutenue par Victor Mangin et son journal, le Phare de la Loire.
Par ailleurs, Nantes a une situation géographique particulière où le port joue un rôle prédominant. L'arrivée du chemin de fer va entraîner d'impor- tantes mutations économiques. Si la métallurgie et l'industrie agro-alimen- taire sont en plein essor, la construction navale commence à connaître des difficultés. Les fabriques de textile et les raffineries de sucre, concurrencées par des entreprises de la région parisienne et le Nord, traversent une période de récession provoquant une crise qui touche une population ouvrière venue en grande partie de la campagne.
Cet ouvrage n'est pas une «Histoire du Second Empire à Nantes», mais bien plutôt l'histoire de Nantes et des Nantais sous le Second Empire : un large panorama de Nantes entre 1852 et 1870, et une plongée dans la vie quotidienne des Nantais à l'époque de Napoléon III.
A partir d'informations recueillies dans la presse locale - notamment dans le Phare de la Loire, journal d'opposition - ou dans les comptes rendus des réunions du Conseil municipal, du Conseil général et de la Chambre de commerce, ce livre rend compte des changements qui se sont opérés dans la ville sur une période de vingt années, et montre les modifications qui sont intervenues dans le mode de vie des habitants durant le même temps.
Nantes et les Nantais sous le Second Empire aborde d'une manière concrète toutes les questions relatives à la vie de la cité (politique, urbanisme, transports, industries, arts et culture...), et tous les domaines qui touchent la vie des habitants (santé, travail, distractions, éducation, religion...).
Des notices biographiques sur les principaux personnages qui ont marqué l'histoire de Nantes sous le Second Empire, complètent cet ouvrage.
La vie politique
L
E 4 FÉVRIER 1848, la colère des Parisiens et les émeutes qui s'en ' suivent chassent du pouvoir le roi Louis-Philippe. Les Tuileries sont prises, le trône brûle place de la Bastille, la IIème République proclamée a la Chambre, un gouvernement provisoire installé à l'Hôtel de Ville. Ce gouvernement est constitué par la fusion de la liste des Républicains avec à sa tête Lamartine et celle des Socialistes menée par Louis Blanc. Après de nouvelles émeutes, le 23 juin, une Constitution est promulguée le 21 novembre 1848, ayant pour «principes» : la Liberté, l'Égalité, la Fraternité et pour «bases» : la famille, le travail, la propriété, l'ordre public, le respect des nationalités étrangères. Cette Constitution prévoit une seule Assemblée et l'élection du Président par le peuple. Le plébiscite a lieu le 10 décembre. Cinq candidats se présentent : Cavaignac, Lamartine, Ledru- Rollin, Raspail et Louis-Napoléon Bonaparte. Lamartine recueille 8 000 voix, Cavaignac, 1 444 000 et Louis-Napoléon 5 434 000.Peu connu des Français, élevé à l'étranger puis enfermé en 1840 au fort de Ham d'où il s'évade le 25 mai 1846, Louis-Napoléon, homme énigma- tique, rêveur et ambitieux, est plus élu pour le souvenir et les principes qu'il représente que pour ses idées, bien qu'il défende un programme publié dans une brochure écrite en exil, L'extinction du paupérisme, et basé sur la lutte contre la prolétarisation des travailleurs et la nécessité de combattre les conséquences funestes de la grande industrie.
Le Prince-Président réussit à faire passer une réforme constitutionnelle lui permettant d'être de nouveau éligible alors qu'il était initialement prévu un seul mandat de quatre ans. Puis, préparé par son entourage et principa- lement par Morny, son demi-frère, ministre de l'Intérieur, le coup d'État est accompli dans la nuit du lundi 1 er au mardi 2 décembre 1851. L'Assemblée est dissoute, le suffrage universel rétabli, le peuple invité à remettre à Louis- Napoléon les pouvoirs pour faire une nouvelle Constitution. Quelques barri- cades sont dressées, quelques soulèvements sont vite réprimés. Le plébiscite manifeste la confiance du pays à Napoléon par 7 millions de voix.
L'année suivante, le 2 décembre 1852, par un second plébiscite, le Prince-Président est proclamé Empereur des Français sous le nom de Napoléon III par 7 824 189 suffrages. C'est le 5 décembre que la procla- mation solennelle de l'Empire en est faite à Nantes. Pour cette occasion, le conseil municipal vote un crédit exceptionnel de 10 000 F, ouvert sur l'exercice 1852 pour être employé «tant en constructions et illuminations qu'en œuvres de bienfaisance».
A Nantes, le 21 novembre 1852, sur les 12 864 votants, 10 461 ratifient le rétablissement de l'Empire (81,32 %). Les Nantais adoptent donc la même position que l'ensemble des Français.
En revanche, au plébiscite du 8 mai 1870, sur le thème : «Approuvez- vous les réformes libérales opérées depuis 1860 dans la Constitution ?», alors que les Français soutiennent l'Empire par 7 308 000 suffrages contre 1 560 000 opposants et 1 900 000 abstentions, les Nantais se distinguent, montrant de façon éclatante leur rejet de l'Empereur. Sur 17 282 votants, 10 183 diront «non» à Napoléon III.
C'est que, pendant ces vingt années, l'opposition s'est organisée et la meilleure preuve en est la victoire des libéraux et des républicains aux élections municipales des 7 et 14 août 1870.
L'administration préfectorale
Le système administratif est basé sur une structure autoritaire. En haut de la pyramide, un homme-clé dont il dépend que le pouvoir descende sans entrave tout au long de la hiérarchie : c'est le préfet. Les sous-préfets qui sont placés sous son étroite autorité savent que leur avancement dépend de leur docilité ; ils sont ses collaborateurs immédiats. Les maires, qu'il choisit lui-même dans les villes de moins de 3 000 habitants, qu'il peut suspendre ou révoquer, ne sont que ses délégués. Plus encore que sous le Ier Empire, le préfet est un «empereur au petit pied» : l'empereur présent dans le département.
Les attributions considérables du préfet sont encore accrues par le décret du 25 mars 1852. Il est le délégué du pouvoir central, chargé de l'ordre et de l'exécution des lois : c'est «le représentant de l'unité gouvernementale dans son département».
Une loi de 1854 lui donne en outre le droit de nomination et de révocation des instituteurs. Pour cela il bénéficie du traitement le plus élevé de la fonction publique : 40 000 F par an pour chacun des huit préfets de première classe. Comme il est demandé aux préfets de mener grand train de vie et de donner des réceptions somptueuses, la fonction n'enrichit guère en vérité ; elle permet seulement de tenir son rang.
Lorsque, le 6 décembre 1851, Maurice Duval, ancien préfet de Loire- Inférieure, est nommé Commissaire extraordinaire du gouvernement pour les départements de l'Ouest, il s'emploie à réprimer toute agitation. Un certain nombre d'ouvriers sont arrêtés à Indret et emmenés, menottes aux mains, en prison devant une population qui reste calme. Le Cercle Démocratique est fermé. Des perquisitions sont effectuées chez les républi- cains et les royalistes. Sous peine de révocation, les fonctionnaires doivent adhérer au coup de force. Guépin et plusieurs membres de l'opposition républicaine sont incarcérés. Toute polémique est interdite aux journaux. La Garde nationale est dissoute.
Maurice Duval convoque les fonctionnaires et leur demande leur adhésion au coup d'État. Plusieurs conseillers municipaux donnent leur démission. L'organe officieux Le Breton célèbre chaque jour les avantages du nouveau régime.
Mais la mission confiée à Maurice Duval par le décret du 6 décembre 1851 est une mission extraordinaire et, par là même, de courte durée. Elle a pour but la réorganisation de la municipalité, la répression de l'agitation et la préparation du plébiscite. Après avoir fait nommer le maire Ferdinand Favre, qui avait déjà assumé cette fonction de 1832 à 1848 et avec qui il avait entretenu les meilleures relations lorsqu'il était lui-même préfet de Loire- Inférieure, il fait confirmer dans ses attributions le préfet Gauja déjà en poste à Nantes depuis trois années après avoir été à la tête de cinq préfectures.
D'opinion modérée comme Ferdinand Favre, Gauja s'est rallié tout de suite au nouveau régime. C'est lui qui avait fait placarder à Nantes les affiches annonçant le coup d'État du 2 décembre 1851 : «Dans des circonstances aussi graves, lisait-on, les bons citoyens n'auront qu'une préoccupation, celle de maintenir l'ordre et la tranquillité.» En avril 1852 il est nommé à un autre poste et remplacé à Nantes par :
- de Mentque, d'avril 1852 à septembre 1853, qui fut préfet de la Haute- Marne et de la Haute-Vienne et deviendra celui de la Gironde ;
- Chevreau, de septembre 1853 à mars 1864, précédemment préfet de l'Ardèche ;
- Mercier-Lacombe, de mars 1864 à septembre 1865 ; - Bourlon de Rouvre, de septembre 1865 à janvier 1870 ;
- Pougeard-Dulimbert, nommé le 31 janvier 1870, qui reste en fonction seulement 6 mois et demi après avoir été quatre fois sous-préfet et deux fois préfet, et qui est jugé «réservé, froid et guindé» par le ministre de l'Instruction Publique, Victor Duruy.
Après le 4 septembre 1870, le docteur Guépin, devenu par la force des choses préfet de la Loire- Inférieure, ne gardera pas longtemps ces fonctions trop lourdes pour son âge sinon pour son dévouement, malgré l'aide de ses deux secrétaires-généraux, l'avocat Colombel et Ferrer.
Préfets et sous-préfets ont joué un grand rôle politique, notamment au moment des élections. A partir de 1858, Saint-Nazaire est élevée au rang de sous-préfecture à la place de Savenay. En droit, le suffrage universel est libre ; mais en fait, il ne peut s'exercer qu'en faveur de candidats officiels.
Dans chaque circonscription électorale, le candidat est recommandé par des affiches blanches réservées aux annonces officielles. Lors des élections, les préfets et sous-préfets mobilisent non seulement les fonctionnaires, mais encore les maires et les adjoints, tous nommés par le Gouvernement.
Le Conseil général
Au niveau du département le Conseil général :
- entreprend les grands travaux : Palais de Justice, Gendarmerie, Prison et Hôpital ;
- gère la construction et l'entretien des routes et des chemins, des aqueducs et des ponts ; la pose des poteaux indicateurs et des bornes kilométriques ;
- s'occupe de l'établissement des lignes télégraphiques ;
- apporte une aide aux malheureux et s ' occupe financièrement des enfants abandonnés, des filles-mères indigentes, des vieillards en difficulté, des aliénés, etc. [On connaît, par exemple, la Maison de Travail et de Secours, établissement de bienfaisance fondé par le département en 1829 pour faire disparaître la mendicité ; ou la Maison du Refuge pour les vieillards, ouverte le 6 avril 1849, qui, en 1852, compte 85 pensionnaires des deux sexes dont environ 14 appartiennent à des communes rurales du département.] ;
- participe à de nombreuses sociétés charitables comme la Société de Patronage et de Secours pour les aveugles-travailleurs, la colonie agricole et pénitentiaire de Mettray, ou l'École des Mousses ;
- contribue également au développement de l'enseignement et à la création dans le département d'écoles primaires gratuites et publiques ;
- incite à la pratique de la vaccination ;
-encourage par des subventions les Sciences, les Arts et les Lettres ; - travaille en collaboration avec la Chambre de Commerce qui lui dresse un rapport sur la situation économique et industrielle du département en vue de chaque session annuelle.
Le Conseil général n 'a donc pas vraiment de rôle politique, mais comme son président est directement nommé par Napoléon III, il contribue, avec le Préfet, à transmettre les décisions du pouvoir central.
Ainsi, le filateur Ferdinand Favre, homme intelligent et modéré, député, est nommé président du Conseil général par un décret, en date du 7 août 1852, du Prince-Président à qui il jure obéissance et fidélité, lors de la
session du lundi 23 août à l'hôtel de la Préfecture, en prêtant le s e r m e n t prescrit p a r l'article 16 d u s é n a t u s - c o n s u l t e d u 25 d é c e m b r e 1852 : «Je j u r e o b é i s s a n c e à la C o n s t i t u t i o n et fidélité à l ' E m p e r e u r » en levant la m a i n droite et en disant «Je le jure».
A cette occasion, le préfet de M e n t q u e , dans son discours, dit :
«Cette session ne s'est ouverte, depuis plusieurs années, sous d'aussi favorables auspices. La France est calme et heureuse. Qui ne se rappelle, au contraire, l'état du pays il y a seulement quelques mois ? Le socialisme marchait tête levée à ladestructiondetous les principes ; l'autorité, énervée par deux Révolutions, semblait impuissante à conjurer le mal ; la division régnait dans l'Assemblée ; l'agriculture, le commerce, l'industrie étaient aux abois ; tous les intérêts étaient profondément menacés... »
A u décès de F e r d i n a n d Favre, à la tête du Conseil général p e n d a n t q u i n z e ans, A n s e l m e Fleury, député, né à N a n t e s le 18 g e r m i n a l an IX (8 avril 1860), est n o m m é p r é s i d e n t et le reste de 1867 à 1869.
L u i - m ê m e sera r e m p l a c é en 1870 par le c o m t e Charles de J u i g n é qui d e v r a alors p o u r v o i r f i n a n c i è r e m e n t à la c o n s t i t u t i o n d ' u n C o m i t é de D é f e n s e destiné à organiser, solder et a r m e r plusieurs c o m p a g n i e s de volon- taires et les G a r d e s N a t i o n a u x du département. P o u r cela, il fera v o t e r un e m p r u n t de 2 millions r e m b o u r s a b l e s en sept ans avec un intérêt de 6 %.
Les municipalités nantaises
Quelques mois après le coup d'État, Louis-Napoléon Bonaparte, Président de la République, nomme de nouveau Ferdinand Favre maire de Nantes, nomination confirmée par trois fois en 1852, 1855 et 1860. Ainsi, dans le procès-verbal du conseil municipal du 27 septembre 1860, on trouve mentionnée l'Ordonnance de l'Empereur désignant comme maire de Nantes Ferdinand Favre qui, comme les 56 employés municipaux, prête le serment de la même façon qu'au Conseil Général. Dans le même temps, Ferdinand Favre est élu député de la 2ème circonscription, siège cinq ans au Corps Législatif dans la majorité dynastique, entre au Sénat le 9 juin 1857, plus bonapartiste que jamais, et démissionne le 19 janvier 1866.
Napoléon III nomme alors par décret impérial, en date du 24 janvier 1866, Antoine Dufour, maire de Nantes.
Ferdinand Favre meurt à Paris le mardi 16 juillet 1867 ; il a donc été maire pendant une première période, de 1832 à 1848, puis de 1852 à 1866, soit plus de trente années à la tête de la municipalité nantaise.
A la suite de l'attentat contre l'Empereur et l'Impératrice, le jeudi 14 janvier 1858, alors que le couple impérial se rendait à l'Opéra, le conseil municipal vote une adresse et un Te Deum est célébré à la cathédrale le 17 janvier. Une adresse sera également envoyée à l'Empereur après
l'attentat manqué à l'issue de la revue passée au Bois de Boulogne avec l'empereur de Russie et ses deux fils le 7 juin 1867. En voici le texte signé par le corps municipal à l'exception de Guépin qui s'y refuse et de six conseillers absents :
«Sire, saisi de l'émotion la plus douloureuse en apprenant l'horrible attentat qui vient de menacer les jours précieux de Votre Majesté, le corps municipal de Nantes s'empresse de s'associer aux sentiments de toute la France, en remerciant la Providence d'avoirdétourné la main criminelle d'un meurtrier étranger et sauvegardé une vie aussi chère à la Patrie que nécessaire au repos de l'Europe.
«Notre indignation s'augmente encore, Sire, en pensant que le danger que Votre Majesté a couru, a été partagé par un auguste souverain, devenu l'hôte de la France.
«Dans cette triste conjoncture, nous éprouvons le besoin de vous renouveler, Sire, tant en notre nom qu'en celui de nos concitoyens la respectueuse assurance de notre dévouement et de notre fidélité.»
Ainsi s'exprimaient donc le maire et le conseil municipal de Nantes, montrant à quel point ils étaient à la dévotion de l'Empereur.
A partir de 1863 il convient de noter le réveil de l'opposition.Si au niveau national les candidats gouvernementaux recueillent encore 5 308 000 voix, soit 150 000 de moins par rapport à 1857, les opposants en totalisent 1 954 000 (environ trois fois plus). Si les campagnes réélisent les candidats officiels, les grandes villes échappent de plus en plus à l'Empire. Paris ne choisit que des opposants, huit républicains et Thiers. A Nantes, dans la 2ème circonscription, aux élections législatives du 1er juin 1863, de Lanjuinais, qui demandait la liberté de la presse et celle des élections, l'abo- lition de la loi de Sûreté Générale et la fin de la guerre au Mexique, est élu contre Jean Simon Voruz, candidat officiel. La ville lui donne une majorité écrasante de 8 850 voix contre 4 492.
Appuyé par le Phare de la Loire, un Comité mixte invite Antoine Dufour à figurer sur une liste d'opposition réunissant des Républicains, des Catholiques progressistes, des Libéraux et des Royalistes pour les élections municipales de juillet 1865. Cette liste est majoritaire. Trois membres seulement de l'ancienne équipe sont réélus, dont Ferdinand Favre qui assure l'intérim.
La nouvelle municipalité ne sera installée que le 24 janvier 1866. Le Gouvernement aurait pu choisir le maire en dehors de l'assemblée municipale ainsi que la loi du 5 mai 1855 l'autorisait, mais il décide de mettre à la tête de la municipalité nantaise le trente-sixième et dernier de la liste, Antoine Dufour.
Les élections d'août 1870 mettent un terme à la brève carrière politique d'Antoine Dufour qui, en qualité de maire, figure cette fois sur la liste officielle. Le premier tour lui enlève toutes illusions et il se retire sans
attendre le second tour. Le samedi 20 août 1870, Waldeck-Rousseau devient le nouveau maire de Nantes.
Lors de la réunion exceptionnelle du conseil municipal du 4 septembre 1870, le maire lit le télégramme de Léon Gambetta, ministre de l'Intérieur du nouveau gouvernement de Défense nationale, annonçant la déchéance du corps législatif.
Pour conclure sur l'action municipale, il est intéressant de comparer le budget communal de Nantes en 1870 par rapport à celui de 1853.
Les dépenses, ordinaires et extraordinaires, admises par le Préfet en 1853 portent sur un total de 1 803 787,80 F. Pour couvrir ces dépenses, le Préfet autorise des crédits s'élevant à 1 804 617,91 F. En 1870, les recettes se montent à 3 714 387,53 F et les dépenses autorisées à 3 701 402,57 F, soit le double du budget du début de l'Empire.
L'Opposition
Républicains et Légitimistes se retrouvent côte-à-côte dans l'opposition.
Jusqu'en 1860, celle-ci est impuissante. Le Phare de la Loire pour les Républicains et l' Espérance du Peuple pour les Royalistes sont plusieurs fois avertis et interdits, et le système des candidatures officielles ne laisse guère d'espoir à leurs porte-paroles.
A partir de 1860 et surtout 1868, le passage progressif à l'Empire Libéral entraîne la reprise d'une opposition modérée. Les élections municipales de 1865 en ont constitué une première manifestation : lacoalition des extrêmes,
«l'Union Libérale», créée en 1863, a amené le docteur Ange Guépin au conseil municipal et ce, malgré un abstentionnisme particulièrement élevé chez les ouvriers. Le docteur Guépin est véritablement, pendant toute cette période du Second Empire, l'âme de l'opposition. En 1869, la peur des Rouges provoque un nouveau reclassement, celui des conservateurs de toutes tendances.
L'étape décisive dans l'évolution de l'opposition est marquée par les élections législatives de mai et juin 1869. La campagne électorale est alors menée très activement. Le candidat bonapartiste Gaudin, solidement implanté dans le département, est attaqué par trois adversaires. A gauche, bien entendu, Ange Guépin, déjà un peu vieilli avec ses soixante-trois ans, s'est assagi sinon dans ses opinions du moins dans son attitude ; son programme s'apparente à celui de Gambetta, caractérisé par un antimilita- risme et un anticléricalisme modérés, c'est-à-dire un programme radical, éloigné du socialisme et peu susceptible d'inquiéter la bourgeoisie. A droite,
un candidat légitimiste et catholique, Lareinty, violemment hostile au pouvoir personnel. Enfin au centre, un étranger, Prévost-Paradol, un libéral patronné par la Chambre de Commerce. C'est l'homme que la bourgeoisie nantaise songe à substituer au docteur Guépin. Brunschwicg, dans ses Souvenirs d'un vieux Nantais, le décrit ainsi :
«Prévost-Paradol, de l'Académie Française, le lettré délicat du Courrier du Dimanche, le collaborateur du Journal des Débats, le compagnon de voyages et de plaisirs de Grammont-Caderousse, celui qui avait mérité le surnom significatif de «Rochefort des salons», celui qui allait affronter le suffrage universel, les masses profondes comme on dit aujourd'hui, et engager la lutte contre le vétéran de la démocratie nantaise.»
Le même auteur rappelle le culte respectueux que Guépin avait conservé des grandes traditions révolutionnaires. Quand il se présente, en 1869, aux élections législatives, il ne veut pas rédiger de profession de foi. Il se contente d'apposer son acceptation au bas d'un programme préparé par ses électeurs, comme l'avaient été, en 1789, les Cahiers des États généraux.
A Nantes, Guépin obtient plus de la moitié des suffrages tandis que Prévost-Paradol est au-dessous des 10 %. Mais on a adjoint à Nantes quatre cantons ruraux acquis aux catholiques et au candidat gouvernemental. Un second tour est nécessaire et les campagnes assurent d'assez peu la victoire de Gaudin, ce qui entraîne de véritables émeutes à Nantes, en particulier place Graslin, place du Pilori et place Saint-Nicolas. Le café de France est saccagé et, place de la Préfecture, les gendarmes chargent, sabre au poing, blessant quelques manifestants.
Le fait caractéristique pour la ville de Nantes est le ralliement à Guépin de la bourgeoisie d'affaires. Elle mêle ses voix à celles des ouvriers et des républicains pour assurer au vieux lutteur assagi et conciliant Il 523 suffrages contre 4 978 à Gaudin. «Une page est tournée, écrit Paul Bois, dans Histoire de Nantes, la bourgeoisie nantaise accepte désormais la République à nuance radicale.»
Au niveau national, les candidats gouvernementaux ne recueillent que 4 438 000 voix contre 3 355 000 à ceux de l'opposition.
Lors du plébiscite de 1870, les départements les plus ruraux donnent un maximum de voix au «oui», mais ceux qui possèdent une ou plusieurs grandes villes - même dans la moitié ouest du pays -, accusent un glissement vers le «non». En fait, si seuls les départements de la Seine, des Bouches-du- Rhône et quelques grandes villes donnent la majorité au non, Nantes appar- tient à ce dernier ensemble. Plus de 60 % de «non» traduisent l'opposition des Nantais au régime impérial même transformé, et confirment bien l'orien- tation de la précédente élection législative.
— Le rôle de la presse nantaise —
Le régime autoritaire est, bien entendu, obligé de museler la Presse. Les décrets-lois des 17 et 23 février 1852 stipulent que l'autorisation préalable est rétablie pour fonder un journal politique. Ils portent à 12 500 F le caution- nement des journaux paraissant trois fois par semaine et à 25 000 F celui des quotidiens paraissant dans les villes de plus de 50 000 habitants, alors que l'ancien cautionnement n'était que de 3 000 F. Tous les délits de presse sont déférés à la police correctionnelle. Il est même interdit formellement aux journaux de reproduire des bruits relatifs à de prétendus changements minis- tériels ou à de prétendus dissentiments entre les membres du Cabinet. Ces décrets instituent le système des avertissements administratifs : deux avertissements successifs entraînent une suspension de deux mois. Ainsi 1 ' ancienne censure dont personne ne voulait plus est remplacée par une auto- censure exercée par les journaux eux-mêmes sur tous les articles s'ils veulent éviter les foudres gouvernementales.
Ces décrets-lois suscitent des réactions. Pour preuve, l'éloge fait à Eugène Pelletan, le 2 décembre 1862, par le Phare de la Loire :
«Un homme qui lutte depuis douze ans pour la Démocratie.
Aujourd'hui, la presse de Paris lui est fermée [...]. Aussi va-t-il publier une série d'opinions sur toutes les questions à l'ordre du jour. Trois ont déjà paru. Elles ont pourthème la liberté de la presse et la question d'Italie. Le vaillant écrivain s'apprête à aborder la question des élections et de la guerre du Mexique.»
Les souscriptions personnelles de 10 F pour les dix brochures sont reçues dans les bureaux du Phare de la Loire.
Avertissements, amendes, peines de prison pleuvent sur la presse nantaise. C'est ainsi que le journal royaliste, l' Espérance du Peuple, du 25 juin 1852 reçoit un avertissement pour avoir publié un article dans lequel l'auteur se félicitait de voir un grand nombre d'élus donner leur démission pour protester contre le coup d'Etat, suivant ainsi «avec un religieux respect et un dévouement à toute épreuve» les conseils du comte de Chambord. Le Courrier de Nantes reçoit un avertissement pour un compte rendu «infidèle»
de la séance du Sénat du 19 mars 1863, en la personne de V. de Courmaceul, gérant et signataire de l'article qui «dénature et calomnie la politique du Gouvernement». Le 8 juin 1863, le Phare de la Loire, qui a déjà reçu deux avertissements le 29 novembre 1862 et le 24 février 1863, est suspendu pour un article signé Laurent Pichat, intitulé «Correspondance de Paris» publié dans le numéro du 3 juin 1863, «renfermant une insulte à la personne même de l'Empereur».
Le préfet ne cesse de surveiller Victor et Évariste Mangin : «Ce sont, rapporte-t-il au ministre, en 1863, des ennemis ardents et déclarés de
l'Empire. Ils appartiennent à l'opinion radicale avancée et ont des relations étroites avec tous les démocrates, socialistes ou autres du département.»
En novembre 1865, Laurent Pichat, rédacteur, et Évariste Mangin, gérant du Phare de la Loire, comparaissent devant le tribunal correctionnel pour un article paru le vendredi 13 octobre 1865 «excitant à la haine et au mépris du Gouvernement de l'Empereur et outrageant la religion catholique». Le préfet écrit : «Je suis convaincu que le tribunal sera taxé de sévérité exagérée. Nous ne pouvons nous dissimuler que la majorité des habitants de Nantes a des sympathies pour le Phare de la Loire.»
C'est Waldeck-Rousseau qui défend Évariste Mangin et l'avocat de Laurent Pichat est maître Emmanuel Arago (fils aîné de François Arago), du barreau de Paris. Reconnus coupables des deux délits, Évariste Mangin, bénéficiant de circonstances atténuantes, est condamné à un mois de prison et 500 F d'amende, tandis que Pichat est condamné à trois mois de prison et à 1 000 F d'amende. Laurent Pichat demande à subir sa peine à Paris dans la prison de Sainte-Pélagie. Le 12 janvier 1866, Évariste Mangin entre à la prison de Nantes
Le préfet de Loire-Inférieure donne un avertissement à Mangin et à Pichat (toujours les mêmes) pour un article paru dans le Phare le 9 décembre 1865 rendant compte de la mort d'Amédée Jacques dans la ville de Buenos- Aires et du discours qui aurait été prononcé sur la tombe, précisant que l'orateur honora dans la personne de ce proscrit, la science, la pensée, le travail et l'honnêteté qui, en France, lui avaient valu des persécutions. En effet, dit l'arrêté du préfet, il est faux de représenter Amédée Jacques comme proscrit alors qu'il a quitté volontairement la France et les paroles rapportées sont une calomnie et un outrage contre le gouvernement.
En 1866, le préfet Bourlon de Rouvre répond au ministre qui s'alarme des nouvelles diffusées par le Phare et qui sont reprises par les journaux parisiens :
«J'ai donné à plusieurs reprises des avertissements officieux à cette feuille, mais je n'ai pas pu jusqu'à présent constater un délit suffisant pour motiver et justifier l'emploi des mesures administratives mises à ma disposition par le décret de février 1852 [...]. Je reconnais cependant que les tendances de ce journal sont mauvaises et je serais heureux de trouver une occasion de supprimer cet organe hostile au gouvernement.»
C'est sans doute pour satisfaire aux exigences du ministre qu'un avertis- sement est donné au journal qui avait osé écrire à propos d'un discours de Napoléon III que celui-ci avait «d'après l'agence Havas» provoqué à plusieurs reprises des cris de «Vive l'Empereur !». Cette formule
«dubitative» fut jugée «inconvenante en présence de l'enthousiasme si éclatant que les paroles dudit Empereur ont excité... ».
Novembre 1867. Jules Favre, avec une énergie, un talent, une élévation d'idée au-dessus de toute expression, défend, devant le tribunal de police correctionnelle de Nantes, Évariste Mangin et le Phare accusés de fausse nouvelle et d'excitation à la haine et au mépris du Gouvernement. Évariste Mangin, gérant et rédacteur du joumal, est condamné à une amende de 1500 F.
Mars 1868. Laurent Pichat et Évariste Mangin (toujours eux) sont condamnés pour avoir :
1. diffamé et injurié une autorité publique,
2. cherché à troubler la paix publique en excitant le mépris ou la haine des citoyens les uns contre les autres.
Laurent Pichat est condamné à un mois de prison et 1 000 F d'amende, Évariste Mangin à 15 jours de prison et 500 F d'amende. n entre à la Maison d'Arrêt le dimanche 10 mai.
Le Phare de la Loire n'est, bien entendu, pas le seul à être surveillé.
L'Espérance du Peuple est poursuivie pour excitation à la haine et mépris au Gouvernement le 1er septembre 1866. De Rorthays, auteur de l'article, est condamné par le tribunal à 1 500 F ; le gérant, Brodu, à 1 000 F. En mai 1870, l'auteur et le gérant du Radical de l'Ouest sont condamnés à un total de 3 000 F d'amende et de sept mois de prison pour un article dans lequel abondent des «allusions injurieuses» sur l'Impératrice.
L'Électeur publie, sans commentaire, la liste des condamnations infligées à la presse en France pendant les six mois qui suivent la promul- gation de la loi du 11 mai 1866 : 121 957,50 F d'amendes — 66 mois de prison — 64 jugements.
Ce n 'est qu 'à partir de la loi du 1 ,-rjuillet 1868, à la suite de la suppression de l'autorisation préalable et des avertissements, qu'une certaine détente est apportée dans la législation sur la Presse.
Dans cinquante-huit départements tous les journaux d'opposition ont disparu. Aucun n'a pu survivre au régime des amendes et des avertisse- ments. Heureusement la Loire-Inférieure en conserve plusieurs.
Sous le Second Empire, on enregistre dans le département laprésence des journaux politiques suivants :
— Le Phare de la Loire. Fondé en 1782 par l'aïeul Victor Mangin sous le nom de Correspondance maritime de Nantes, puis d'Ami de la Charte en 1819, il prend le titre de National de l'Ouest en 1837. Il fut suspendu à plusieurs reprises et frappé de lourdes amendes, en particulier pour avoir réagi au coup d'État et écrit :
«Depuis le 2 décembre au matin, tout Gouvernement légal a, en fait, cessé d'exister en France. La force militaire, seule, gouverne. La force militaire, ce n'est pas le droit, ce n'est pas la loi, ce n'est pas un principe, une opinion, une idée, c'est l'absolutisme.»
Pour éviter sa disparition, l'imaginatif Charles Victor Mangin fonde alors, à partir du 20 janvier 1852, le Phare de la Loire, après avoir versé un cautionnement de 12 500 F. En 1853, son fils Victor s'occupe du journal jusqu'à sa mort en 1867, relayé par son frère Évariste qui le garde jusqu'en 1876, époque à laquelle le Phare sera vendu à la famille Schwob qui le conservera de longues années.
C'est pendant tout le Second Empire l'organe, quotidien depuis le début de janvier 1853, de l'opposition républicaine et l'un des rares journaux tolérés en province par le gouvernement impérial. Sa réputation est grande et égale celle des principaux quotidiens de Paris, en particulier le Petit Journal, très répandu à Nantes dans les années 1860. Le prix du numéro est de 20 centimes en 1861 et l'abonnement pour un an de 50 F.
— Le Breton, héritier de la famille Mellinet-Malassis, est le conti- nuateur, sous un autre nom du Journal de Nantes et de la Loire-Inférieure fondé sous la Restauration en 1813, journal qui avait fusionné avec Le Breton en 1828. Très favorable au coup d'État, il paraît sous ce titre jusqu'au 7 avril 1855, sans grand relief, rédigé successivement par Camille Mellinet, Simon, Charles Dauban et Ludovic Chapplain. Ces derniers écrivains, appréciés, n'ont pas d'opinion politique très accusée et l'on peut, en conséquence, classer leur journal sous l'étiquette opportuniste.
— L'Espérance du Peuple, journal de la Bretagne et de la Vendée, paraît tous les jours de la semaine, le dimanche excepté, à partir du 17 janvier 1852. Ce journal royaliste (héritier de 1 'Hermine et de l' Étoile du Peuple) est d'abord rédigé par Émerand de la Rochette, publisciste de talent, et Charles de Kersabiec, habile et désintéressé. Il réagit violemment au coup d'Etat et est suspendu. A partir de 1854, Émerand de la Rochette le dirige seul jusqu 'en 1875. Ce journal brave l'amende, la suspension, la prison, fait une longue et énergique campagne en faveur de l'indépendance temporelle du Souverain Pontife et contribue puissamment au recrutement de l'armée pontificale.
— Le Courrier de Nantes, suite du Loyd Nantais à partir du 16 août 1844, sans attaches avec le pouvoir à l'égard duquel il n 'a pas su prendre une position nette et franche, semble indépendant. Prix de l'abonnement pour un an en 1863 : 48 F. Prêt à rendre service, il n'est pas un foudre d'opposition et cesse de paraître le 3 octobre 1864 pour se fondre dans le Moniteur des départements de l'Ouest..
— L'Alliance, journal catholique, paraît du 15 janvier 1848 au 1er février 1853. Dirigé par Pierre Pichelin, ce quotidien devient hebdoma- daire à partir du 24 mars 1852 puis sort le mardi, le jeudi et le samedi.
— L'Union Bretonne, qui a remplacé l'Ouest, à partir du 23 avril 1849, quotidien sauf le dimanche, dirigé par Ernest Merson, est le principal
organe bonapartiste de province. Après le coup d'État c'est la feuille gouvernementale (abonnement 44 F, numéro 15 centimes, en 1854).
L'actualité, devenue brûlante à la fin de l'Empire, provoque la naissance de certaines feuilles éphémères parmi lesquelles :
— L'Ami de la Vérité, hebdomadaire satellite de l'Espérance du Peuple, qui paraît en 1868.
— La Gazette de l'Ouest, qui fait son apparition à la fin de l'Empire, le 15 septembre 1869, pour cesser de paraître le 30 juin 1872. C'est un journal légitimiste quotidien dirigé par Emmanuel de Rorthays, futur préfet du Morbihan, et Alfred Lallié, futur député à l'Assemblée nationale.
— Le Radical de l'Ouest, journal populaire du dimanche, dont le premier numéro sort le 24 octobre 1869 et auquel Évariste Mangin prête un concours actif (10 centimes le numéro).
— L'Union Démocratique, organe de la démocratie de l'Ouest, de nuance très républicaine, patronné par Guépin. Il s'oppose au Phare de la Loire en raison du soutien qu 'Evariste Mangin avait apporté à la canditature du parisien Prévost-Paradol. Ce journal, imprimé 5 quai Cassard, dont le rédacteur en chef est A. de Rolland, paraît du 6 novembre 1869 au 13 septembre 1870.
— Le Pilori, organe satirique de Nantes, hebdomadaire et illustré, est également imprimé 5 quai Cassard. Rédigé par Paul Thècle, violemment anti-bonapartiste, il recommande Guépin comme l'homme politique à admirer et ne sort que du 23 octobre au 7 décembre 1870.
— Le Chat Botté, paraît du 29 mai au 20 septembre 1871. S atirique et illustré, il s'apparente à l'actuel Canard Enchaîné. L'administration et l'imprimerie sont situées au 8 rue Santeuil. Fortement anti-clérical, il est sans tendresse à l'égard des royalistes, orléanistes, bonapartistes et même des républicains jugés trop mous. Le journal disparaît faute d'avoir réalisé le cautionnement exigé. Une annonce insérée dans le dernier numéro avise les lecteurs que le Chat Botté est remplacé par l' Indépendance de l'Ouest.
il faut citer également :
— La Semaine Religieuse, fondée avec l'appui d'une société de laïcs : Grimaud et Forest pour l'imprimerie et l'administration ; de Kersabiec, de la Nicollière, Lallié et de laGournerie pour la rédaction ; l'abbé Jubineau pour la caution du clergé. Le premier numéro sort le 1 eT janvier 1865 ; il est vendu 5 centimes à la porte des églises. Le tirage double entre 1865 et 1870, passant de 2 000 à 4 000 exemplaires.
Pour juger de l'importance des principaux journaux, on retiendra le tirage estimé d'après l'état de l'administration de l'Enregistrement et des
Domaines, des feuilles timbrées utilisées entre le 1er janvier et le 31 août 1866, soit huit mois :
- Le Phare de la Loire : 654 500 exemplaires, - L'Union Bretonne : 339 925 — - L'Espérance du Peuple : 291 240 —
Ces chiffres montrent à l'évidence l'influence de la presse locale à Nantes. L'union des lecteurs du Phare de la Loire à ceux de Y Espérance du Peuple, c'est-à-dire des républicains et des royalistes, ne pouvait se traduire que par le «non» à l'Empereur lors du plébiscite du 8 mai 1870 : 10 183 voix contre, sur 17 282 votants.
Nantes, Résidence impériale ?
Comme Lille, Strasbourg, Lyon ou Bordeaux le sont devenues, le maire Ferdinand Favre souhaite, en raison de la renommée attachée à cette distinction, que Nantes soit proclamée résidence impériale, «L'empereur pourrait ainsi, voyant de plus près les besoins de la région, donner une rapide impulsion aux projets d'amélioration des départements de l'Ouest et leur donner une nouvelle vie».
Ainsi propose-t-il, à la séance du conseil municipal du 6 août 1853, l'acquisition d'une demeure qui pourrait être convenablement offerte à l'Empereur et suggère l'achat du château de l'Abbaye, sur la commune de Chantenay, qui appartient au général comte de Goyon. Celui-ci tient à conserver dans sa famille cet héritage mais il puiserait dans son amour pour Nantes et dans son patriotisme le courage de faire ce sacrifice. Le prix en a été fixé à 280 000 F, payable en 10 annuités avec intérêt de 4 %. Avec les travaux d'appropriation et d'ameublement, il conviendrait de prévoir une somme de 380 000 à 400 000 F.
Plusieurs membres du conseil soutiennent qu'il ne serait pas convenable d'engager une telle dépense et d'augmenter les charges qui pèsent sur la population alors même que l'on emprunte déjà 600 000 F pour terminer le service d'eau, 400 000 F pour élever un quartier de Cavalerie et plus d'un million pour reconstruire l'hôpital qui menace ruine.
En août 1853, le conseil municipal envisage successivement plusieurs propositions. Le château de Nantes, pour lequel on étudie des plans de restau- ration et d'appropriation. Le Grand Blottereau conviendrait par sa beauté et ses jardins, mais la vue est masquée par le chemin de fer et bornée par des prairies marécageuses. Le château d'Aux conviendrait également par l'étendue des bâtiments, ses jardins et sa magnifique position, mais il est
affermé pour neuf ans et la famille à laquelle il appartient ne le vendrait à aucun prix. La maison et les jardins du Plessis-Tison sont d'une grande beauté, mais la situation est encaissée et sans horizon. Le château de Clermont, d'un aspect grandiose, est trop éloigné de Nantes et est en fort mauvais état. La maison de la Jaunais, située sur la route de Clisson, est environnée d'une belle forêt, mais son propriétaire, Chauvet, ne songe nullement à s'en défaire. On pense également à la propriété de la Houssinière qui a vue sur l'Erdre, mais elle est entourée des marécages de la boire du ruisseau du Cens et aussi à l'ancien parc de Lusançay, au dessus des carrières de Miséri, sur la butte Sainte-Anne qui domine toute la Basse-Loire...
En fait le projet n'a pas eu de suite. A-t-il été abandonné ou l'empereur a- t-il décliné l'offre ?
La naissance du Prince impérial est saluée à Nantes par 101 coups de canon ; un congé de trois jours est accordé aux élèves des lycées et des collèges ; tous les bâtiments du port et des édifices communaux sont pavoisés ; des distributions de pain sont faites aux familles indigentes et un spectacle gratuit est donné au Grand-Théâtre. Aussi l'idée d'une résidence impériale revient-elle dans les préoccupations du conseil municipal. Après le passage de l'Empereur, en 1856, «où son noble cœur venait de se montrer si prodigue envers tant de populations désolées, [...] passage qui laissera dans tous les esprits un souvenir ineffaçable», Ferdinand Favre écrit à l'Empereur des Français :
«Sire, dans sa séance extraordinaire du 13 de ce mois, le conseil municipal a, sur ma proposition, adopté à l'unanimité la délibération dont la teneur suit : Le conseil municipal de la ville de Nantes supplie respectueu- sement S.M. d'agréer l'hommage d'une résidence pour le Prince Impérial.
Permettez-moi d'espérer, Sire, que votre Majesté daignera, au nom de son auguste fils, accepter l'offre spontanée du conseil municipal dont je suis heureux d'être aujourd'hui l'interprète auprès de votre Majesté.
«Je suis, avec un profond respect, Sire, de votre Majesté, le très obéissant et très dévoué serviteur.
Signé : Ferdinand Favre.»
Adolphe Billault, ministre de l'Intérieur, répond alors que l'Empereur, très sensible à ce nouveau témoignage de l'affection et du dévouement des Nantais, désire que la dépense considérable entraînée par la réalisation de ce projet ne soit pas faite, en raison surtout des récents malheurs causés par la crue de la Loire.
Cette réponse permet de penser que, déjà en 1853, Napoléon III avait refusé l'offre d'une résidence impériale dans la capitale de l'Ouest.
Pour le baptême de son Altesse le Prince Impérial, la ville verse une somme de 150 F, comme les autres villes chefs-lieux, en participation à
une médaille commémorative et affecte une somme de 30 000 F pour l'organisation des fêtes. Mais, là aussi probablement sur ordre de la maison de l'Empereur, 6 000 F sont prélevés en faveur des victimes des calamités et des pertes causées par la crue excessive des eaux de la Loire.
La Loire a atteint, le 4 octobre 1866, la hauteur record de 5,62 mètres.
Ferdinand Favre, Maire de Nantes
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