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DU MÊME AUTEUR. Chimisme et classification chez les Iris. Librairie générale de l'enseignement, 1934.

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La

S e x u a l i t é

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DU MÊME AUTEUR

C h i m i s m e e t c l a s s i f i c a t i o n c h e z l e s I r i s . L i b r a i r i e g é n é r a l e d e l ' E n s e i g n e m e n t , 1 9 3 4 .

L a L e n t i l l e d u P u y . L e P u y , 1 9 4 3 .

G é o g r a p h i e b o t a n i q u e . P r e s s e s U n i v e r s i t a i r e s d e F r a n c e , 1 9 4 8 . C a r t e d e l a v é g é t a t i o n d e l a F r a n c e . F e u i l l e d u P u y . C e n t r e

N a t i o n a l d e l a R e c h e r c h e S c i e n t i f i q u e , 1 9 5 2 . P r o b l è m e s d ' H é r é d i t é . B e a u c h e s n e , 1 9 4 5 .

U n i t é e t v i e : E s q u i s s e d ' u n e B i o p h i l o s o p h i e . B e a u c h e s n e , 1 9 4 6 . L a f é c o n d a t i o n . P r e s s e s U n i v e r s i t a i r e s d e F r a n c e , 1 9 4 9 .

L e s o r i g i n e s d e l a v i e . P r e s s e s U n i v e r s i t a i r e s d e F r a n c e , 1 9 5 0 . L e t r a n s f o r m i s m e . P r e s s e s U n i v e r s i t a i r e s d e F r a n c e , 1 9 5 2 . L ' é n e r g i e c h l o r o p h y l l i e n n e . P r e s s e s U n i v e r s i t a i r e s d e F r a n c e , 1 9 5 3 .

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N° 283.

C O L L E C T I O N A R M A N D C O L I N (Section de Biologie)

par J u l e s C A R L E S Docteur ès sciences, Docteur ès lettres

16 Figures

L I B R A I R I E A R M A N D C O L I N 103, Boulevard Saint-Michel, PARIS

1 9 5 3 Tous droits réservés

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Tous droits de reproduction, de traduction et d'adaptation réser- vés pour tous pays.

Copyright 1953, by Max Leclerc et Cie.

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INTRODUCTION

Aristophane nous apprend, dans le Banquet de Platon, qu'autrefois l'espèce humaine différait beaucoup de ce qu'elle est aujourd'hui. Il existait une race d'hommes qui participait du sexe mâle et du sexe femelle : elle possédait quatre bras, quatre jambes, deux visages et sa structure tendait vers la forme parfaite, la sphère. Jupiter jaloux de ces êtres, puissants et forts, qui n'hésitaient même pas à s'attaquer aux dieux, les sectionna en deux parties et chargea le .dieu de la médecine de -réparer leurs blessures et de rendre viable cette race nouvelle. Ainsi, parmi les hommes apparurent les sexes, et l'amour qui rêve d'union est le plus vivace et le plus authentique vestige de l'unité primitive.

Les paléontologistes modernes sont assez loin de l'opinion d'Aristophane et n'admettent pas que l'apparition des sexes sur notre terre soit postérieure à celle de l'homme.

L'origine des sexes se perd dans la nuit des temps et l'on ne saurait même dire dans quel sens va l'évolution : certains pensent que la sexualité progresse, tandis que d'autres insistent sur la parthénogenèse qui gagne du terrain, et sur le dimorphisme sexuel plus net chez certains animaux inférieurs tels que les insectes ou les vers. Laissons de côté cet insoluble litige pour étudier des questions plus actuelles.

Depuis que la sexualité est abordée par le biais chimique des hormones, l'atmosphère a changé et le dernier quart de siècle a vu les travaux se multiplier à une cadence telle qu'il

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est presque impossible de la suivre et qu'un livre sur ces questions devrait être mis à jour au moins chaque année.

Sans oublier que rien de définitif ne s'établit sur un sol mouvant, nous allons essayer de donner une idée du pro- blème actuel de la sexualité.

L a sexualité qui nous intéresse le plus est celle de l'huma- nité, mais nous ne saurions en parler sans avoir considéré l'ensemble des vivants, car, si certains détails lui sont parti- culiers, une profonde unité de la vie nous fait retrouver partout les mêmes hormones et les mêmes phénomènes cyto- logiques.

Nous présenterons d'abord un tableau général de la sexualité, de ses différentes formes et de ses multiples degrés ; la relativité des sexes nous montrera les divers intermédiaires que la nature ou la biologie réalisent.

L a deuxième partie, dont le titre n'aurait pas été compris au début de ce siècle, étudiera la chimie du sexe, la partie la plus mouvante ou plus exactement la plus marchante.

Nous présenterons les hormones en montrant comment on les a découvertes, nous indiquerons les propriétés qu'on leur attribue et le rôle qu'elles jouent dans l'organisme et déjà dans la thérapeutique.

L a troisième partie étudiera les étapes du sexe, car son établissement comporte un certain nombre d'étapes que l'on peut ramener à trois : le sexe héréditaire ou génétique, le sexe anatomique ou morphologique et le sexe physiologique ou psychologique I l est impossible de comprendre la nature du sexe ou ses anomalies si l'on n'a pas considéré dans le détail ces trois étapes.

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LA SEXUALITÉ

PREMIÈRE PARTIE

C H A P I T R E P R E M I E R

NATURE ET DEGRÉ DU SEXE

La vie quotidienne nous apprend à ne pas hésiter sur le sexe des êtres. La grammaire connaît deux genres, le masculin et le féminin, et de chaque vivant la première condition pour en parler est de le ranger dans l'un de ces deux groupes. Il existait bien en latin un genre neutre, mais on l'utilisait seulement pour les non-vivants ; et même, s'ils produisaient du fruit, on les rangeait dans le genre femelle, comme par exemple la terre ou les arbres.

Le neutre s'est petit à petit fondu dans le genre « impro- ductif », le masculin.

Vers le milieu du siècle dernier, les biologistes décou- vrirent la fécondation : le mâle est aussi productif que la femelle et son rôle aussi capital. Il fournit comme elle une cellule, et ces deux cellules mâle et femelle s'unissent et se fondent ensemble pour donner naissance à la pre- mière cellule d'un nouveau vivant.

Ces deux cellules essentielles ont été désignées par le mot grec dont se servaient les poètes pour désigner l'époux et l'épouse, gamètes. Elles sont bien en effet les représen- tants et les plénipotentiaires de l'époux et de l'épouse :

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l'enfant ne recevra pas de ses parents autre chose qu'elles dans son organisme. A partir de là, le nouvel être est constitué dans son individuelle unité et marchera dans sa ligne ou bien s'arrêtera, mais ne déviera pas : en d'autres termes, il a une hérédité précise où l'influence du père est aussi grande que celle de la mère.

Dans ces perspectives, le problème du sexe peut se poser avec assez de netteté, mais il nous faut pour cela le situer dans l'ensemble de la génération dont il est une pièce maîtresse.

Les vivants, pour se reproduire, utilisent une infinité de procédés que nous pouvons ramener à trois : la scissi- parité, la génération asexuée et la génération sexuée.

Dans la scissiparité, le vivant se divise en deux parties égales, deux vivants qui grossissent jusqu'à leur taille maximum et se divisent à nouveau ; les individus se multiplient sans qu'on puisse parler de parents ou de descendants, de génération proprement dite.

Dans la génération asexuée, le vivant donne une partie de lui-même qui s'individualise et grandit. Cette partie peut être assez importante comme le sont les boutures, mais elle peut se réduire à une seule cellule, une spore.

Dans la génération sexuée, le vivant produit une cellule incapable de se développer toute seule ; il lui faut rencon- trer une autre cellule provenant d'un autre vivant et s'unir à elle pour que naisse le descendant. Cette union est le témoignage et la caractéristique du sexe.

Deux problèmes se posent, celui de l'union et celui des êtres qui s'unissent, la fécondation et la sexualité : nous ne traiterons ici que du second.

Le sexe est une réalité qui comporte de nombreux degrés et des variations infinies chez les animaux ou les végétaux. Nous pouvons ramener à trois ces degrés : sexe des gamètes, des organes ou des individus.

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Certains vivants produisent, plus ou moins pêle-mêle, des gamètes dont on peut dire que les uns sont mâles et les autres femelles, puisqu'ils s'unissent entre eux pour donner naissance à un descendant : la sexualité est réduite aux gamètes.

Il en est d'autres qui sont porteurs d'organes dont certains produisent des gamètes mâles et d'autres des gamètes femelles : la sexualité s'étend aux organes.

Un très grand nombre enfin ne produisent dans leurs organes que des gamètes mâles ou des gamètes femelles : la sexualité s'étend aux individus dont on doit dire qu'ils sont mâles ou femelles.

I. — LA SEXUALITÉ R É D U I T E AUX GAMÈTES Les Champignons ne sont pas constitués par des tissus différenciés, mais leur organisme, parfois massif comme celui des champignons comestibles, est formé d'un feutrage de filaments non différenciés en tissus.

Chez les Coprins, par exemple, les spores germent en donnant de petits filaments qui se divisent par des cloi- sons formant des cellules munies chacune d'un noyau. Ce noyau se divise et provoque ainsi l'apparition d'une nou- velle cloison et d'une nouvelle cellule. Bientôt, ces fila- ments, en s'allongeant, s'enchevêtrent avec d'autres et s'anastomosent : il en résulte des filaments dont toutes les cellules ont deux noyaux. Ces deux noyaux, prove- nant de deux filaments différents, commencent leur déve- loppement parallèle, et nous les voyons se diviser en même temps et donner en même temps naissance à deux autres noyaux qui se sépareront pour former une nouvelle cellule, sans que jamais les deux noyaux issus du même parent restent ensemble, si bien que la diversité primitive se maintiendra, aussi nombreuses que soient les multipli- cations.

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Le processus employé pour atteindre ce résultat est d'une telle complication qu'il n'aurait pu se maintenir s'il ne présentait pour l'espèce de réels avantages. Les noyaux partenaires, que nous désignerons par + et par

— vivent l'un à la suite de l'autre dans un filament trop étroit pour s'y placer de front. Lorsque arri- vera le moment de la division des noyaux et de la cellule, la nouvelle cloison se placera nécessairement entre deux noyaux + et deux noyaux — et la diversité ne pourra se maintenir dans les cellules filles. Cette consé- quence est évitée, car, au moment où se prépare la divi- sion, le noyau de l'avant (admettons que ce soit le noyau +) voit se développer à côté de lui un bourgeon dirigé vers l'arrière, qui s'allonge en forme d'anse et vient s'anastomoser avec le filament en deçà du second noyau.

Le noyau + se divise et envoie dans cette anse l'un des deux noyaux fils, tandis que le noyau — se divise dans le filament. Le noyau + passé dans l'anse va, par ce che- min détourné, prendre place dans le filament à côté de celui des deux noyaux resté le plus en arrière. Une double cloison se forme, dans le filament et dans l'anse, et les deux nouvelles cellules sont constituées chacune d'un noyau + et d'un noyau — : la diversité se maintient (fig. 1).

Vient un moment où les deux noyaux voisins, au lieu de continuer leurs divisions, s'unissent entre eux pour ne plus former qu'un noyau. Le filament arrête alors son développement pour grossir et se transformer en baside et en spores. Nous venons d'assister à la fécondation.

Bien qu'ils nous apparaissent identiques et que nous ne puissions discerner entre eux aucune différence appré- ciable, les deux noyaux se comportent comme mâle et femelle, puisqu'ils s'unissent et se fondent en un seul noyau qui correspond tout à fait à un œuf résultant de la fusion des gamètes. Il s'en distingue cependant parce

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qu'il est relativement plus gros et présente un nombre de chromosomes double de celui de l'organisme, alors que chez les animaux les gamètes possèdent la moitié seule- ment des chromosomes et retrouvent en s'unissant le nombre normal.

Si nous pouvons parler de sexualité pour ce champi- gnon, il nous faut bien avouer qu'elle est ici réduite au strict minimum, à tel point que nous sommes dans l'inca- pacité de parler de mâle et de femelle ou tout au moins de préciser auquel d'entre eux nous avons affaire. Pour ne pas

F I G . 1. — L ' A N S E D ' A N A S T O M O S E CHEZ L E C O P R I N .

nous tromper dans cette attribution, nous avons assigné à l'un des deux noyaux le signe + et à l'autre le signe —, convaincus que nous sommes, entre les deux, d'une diffé- rence plus profonde que celle que nous pouvons discerner.

Si nous faisons germer isolément des spores de Coprin, elles se développent, mais restent toujours au stade uni- nucléé : aucune anse d'anastomose n'apparaît. Si nous juxtaposons à ce mycélium celui qui provient d'une autre spore, deux cas peuvent se produire : ou bien les deux mycéliums continuent leur vie solitaire et croissent indé- finiment côte à côte, ou bien les anastomoses se produisent et les filaments deviennent binucléés : le mycélium sera fertile. Il existe donc deux sortes de filaments, des fila- ments + et des filaments — et lorsque nous juxtaposons

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deux filaments + ou deux filaments — ils restent indif- férents l'un à côté de l'autre. La sexualité, si peu marquée soit-elle, n'en est pas moins essentielle.

Bien plus, on a pu parler de parthénogenèse chez cer- tains champignons, lorsque se déroulent tous les phéno- mènes ordinaires de la formation des basides et des spores, mais sans l'union préalable de deux noyaux de sexualité différente. La parthénogenèse est ici très facile, car les.

champignons n'ont pas à résoudre le délicat problème de la duplication du nombre chromosomique pour arriver au stade diploïde dans lequel vivent les organismes supé- rieurs. Il est tout de même curieux de constater cette dégradation de la sexualité dès sa première et sa plus rudimentaire manifestation.

A côté de cette ébauche de la sexualité, un certain nombre d'algues nous présentent la sexualité des gamètes.

Une algue verte, l'Ulothrix, produit de nombreuses zoo- spores munies de deux flagelles qui leur permettent de se mouvoir dans l'eau. Rien ne permet de les distinguer les unes des autres, mais on en voit soudain deux qui se rap- prochent, s'unissent et se fondent en une cellule qui bien- tôt s'immobilise, perd ses flagelles et entre dans sa phase de repos : la fécondation vient de se faire.

Bien que nous ne puissions distinguer l'une de l'autre ces zoospores, il est tout de même probable qu'elles sont physiologiquement, sinon anatomiquement, différentes.

Mœwus, dans des cultures d'une algue verte apparemment isogame, a trouvé que l'union ne se faisait pas entre toutes les zoospores, qu'on pouvait les répartir en + et en — et qu'il s'en trouvait à peu près le même nombre dans chacun des deux groupes.

La différenciation devient plus nette chez le Chlamy- domonas paupera. Une foule de zoospores nagent dans l'eau les unes près des autres en tout sens, mais sans qu'au-

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cune union se fasse ni qu'apparaisse la moindre attraction des unes pour les autres. Soudain, certaines s'immobilisent et sécrètent une substance d'une énorme puissance attrac- tive qui, par chimiotactisme, attire les zoospores voisines : l'union va se faire avec l'une d'entre elles.

Ce même phénomène apparaît, plus spectaculaire encore, chez l'Ectocarpus siliculosus. Les zoospores pos- sèdent ici deux cils inégaux dont le plus grand est tourné vers l ' a v a n t .

Tandis qu'elles nagent toutes en- semble dans tous les sens, l'une d'entre elles se fixe au sol par son cil antérieur qui se contracte et se raccourcit.

Aussitôt toutes les zoospores voi- sines se dirigent vers elle et fixent sur elle leur cil

FIG. 2. — LA FÉCONDATION CHEZ « ECTOCARPUS SILICULOSUS ».

antérieur, attirées sans doute par quelque substance attractive, quelque hormone de fécondation. Au bout d'un certain temps, l'une de ces zoospores que nous pouvons appeler gamète mâle se rapproche de la zoospore fixée en raccourcissant son flagelle. Les deux gamètes arrivent au contact l'un de l'autre et fusionnent : ce contact est le signal de la dispersion des autres candidats mâles que plus rien n'attire (fig. 2).

Certains ont pensé que toutes les zoospores étaient des mâles ou se comportaient comme des mâles, mais qu'en vieillissant elles en venaient à s'immobiliser et à sécréter des hormones attractives. Certains le nient et insistent sur ce

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fait que les femelles se fixent très rapidement. Nous revien- drons sur ce problème à propos de la relativité du sexe.

Chez beaucoup d'algues, Phéophycées surtout, la diffé- rence entre les gamètes ne se borne pas à la physiologie et au comportement, mais leur aspect indique leur sexe, car les femelles ont une taille beaucoup plus grosse que les mâles. Mais cette différenciation s'accompagne ordi- nairement d'une différence d'organes producteurs, et nous en arrivons à la sexualité s'étendant aux organes producteurs de gamètes.

II. — LA SEXUALITÉ DES ORGANES Ce type de sexualité nous est familier grâce aux végé- taux, chez qui nous le trouvons extrêmement répandu.

Une fleur de Pommier, de Pois ou de Coquelicot se compose normalement d'organes producteurs de gamètes femelles, le gynécée, d'organes producteurs de gamètes mâles, l'androcée, entourés par le périanthe, corolle et calice, dont le rôle est secondaire.

Les organes mâles et les organes femelles se développent et se différencient côte à côte, juxtaposés dans l'intimité de la fleur.

Les organes mâles sont groupés autour du carpelle sur les étamines dont le fonctionnement, sinon la structure, rappelle celle des sporanges des végétaux inférieurs. De nombreux grains de pollen sont produits à l'intérieur des anthères où, après s'être multipliés, ils se différencient et mûrissent, pour être enfin libérés, à peu près comme étaient libérées les spores.

La différence avec les végétaux inférieurs est beaucoup plus grande pour les gamètes femelles. Nous avons vu que l'une de leurs principales caractéristiques est la gros- seur et l'immobilité, par opposition à la mobilité du gamète mâle : cette grosseur s'accroît considérablement,

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mais surtout l'immobilité. Chez les Gymnospermes, l'ovule est fixée sur une écaille dont il ne se détache qu'après la fécondation et une longue évolution qui le fait parvenir à l'état de graine.

Chez les Angiospermes, le gamète femelle est non seulement fixe, mais enfermé dans tout un ensemble de téguments. Quand le sommet de la tige commence son évolution vers la fleur et que surgit le petit mamelon qui va se transformer en ovaire, nous voyons se développer autour de lui deux bourrelets dont la croissance est plus rapide encore que la sienne et qui se transforment en une double gaine enveloppante où ne subsiste qu'une petite porte d'entrée, le micropyle ; encore cette porte n'est-elle accessible à la pénétration du gamète mâle qu'après un long cheminement intratissulaire. Autour de l'ovule ou des ovules ainsi constitués se développe une seconde enveloppe beaucoup plus importante, celle du carpelle qui formera le fruit : les graines de Pommier, par exemple, sont enveloppées par toute cette super- structure qui constitue la pomme et ne seront libérées que par la destruction de celle-ci. Il est difficile d'être plus immobile ou mieux protégé.

Du point de vue de la sexualité, il nous est impossible de dire si le Pommier est mâle ou femelle, puisqu'il pro- duit en même temps des gamètes mâles et des gamètes femelles, et le sexe est strictement limité aux étamines et au pistil.

Le Poirier possède dans sa fleur tout ce qui peut servir à la fécondation, et celle-ci semble très facile, puisque quelques millimètres seulement séparent les anthères des stigmates. Or, voilà qu'un arboriculteur américain avait planté d'un seul tenant 22 000 Poiriers, tous de la même variété, tous greffés en définitive à partir d'un seul arbre. Grâce aux soins dont il l'entoura, la plantation grandit et prospéra, mais sa déception fut

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grande de voir que ces arbres, après avoir magnifiquement fleuri, ne fructifiaient pas. Presque aucun fruit ne se formait, sauf en quelques endroits autour de certains arbres dont il s'aperçut alors qu'ils n'étaient pas de la même variété et avaient été introduits là par erreur. Il refaisait en grand l'expérience des planteurs hollandais de cerisiers du Limbourg, qui allaient abandonner leurs plantations stériles, lorsque Sprenger leur conseilla de planter, non pas des arbres tout à fait identiques et pris par greffe sur un seul cerisier pour que la sélection soit meilleure, mais d'intercaler un certain nombre d'arbres de variétés différentes : la production redevint tout à fait normale.

La plupart de nos arbres fruitiers sont autostériles, et si des greffons ont été pris sur un même arbre, l'autosté- rilité s'étend à tous les sujets greffés. Ces arbres ne sont qu'en apparence mâle et femelle : en réalité, aucun descendant ne proviendra directement et totalement d'eux, mais pour chacun ils seront ou père ou mère.

Nous aboutissons à une totale séparation des sexes, mais assez curieuse, car si cet arbre ne peut être à la fois mâle et femelle pour le même descendant il suffit que les gamètes qu'il produit rencontrent ceux d'un autre arbre autostérile comme lui et dont on ne saurait dire qu'il est plus mâle ou plus femelle que lui, mais tout simple- ment qu'il est différent. Voilà posé, sous un biais inat- tendu, d'une manière précise, sinon claire, le problème du s e x e

Quoi qu'il en soit, cette séparation des sexes est assez souvent réalisée parmi les végétaux, tant et si bien que nous pouvons penser qu'elle représente le régime ordi-

1. Ce t y p e de sexualité se retrouve assez e x a c t e m e n t chez certains a n i m a u x , comme l'Escargot, qui sont à la fois mâle e t femelle, mais ne se. fécondent p a s eux-mêmes : u n e seule rencontre avec u n p a r t e n a i r e leur p e r m e t d ' ê t r e à la fois fécondant et fécondé.

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naire. Rares sont en effet les espèces dont nous sommes sûrs qu'en fait elles s'autofécondent.

Ce n'est pas seulement une incompatibilité physiolo- gique qui peut séparer les sexes frères. Il existe des incompatibilités morphologiques, — des grains de pollen de telle forme ou en telle position qu'ils ne peuvent péné- trer dans le stigmate voisin, — des incompatibilités de temps, le pollen mûr bien avant que le pistil du même pied le s o i t On rencontre enfin la séparation des organes mâles et femelles qui s'écartent l'un de l'autre, soit en demeurant sur le même pied, comme le Maïs dont les fleurs mâles sont au sommet et les fleurs femelles à mi- hauteur, soit sur des pieds différents, et nous en arri- vons ainsi à des plantes mâles et à des plantes femelles, au dernier type de sexualité qui s'étend à tout l'individu.

III. — LA SEXUALITÉ DES I N D I V I D U S Quand on parle de sexualité, on ne pense ordinaire- ment qu'à ce dernier type où la différenciation s'étend aux individus Ici commence le sexe proprement dit.

On peut dire d'un individu qu'il a un sexe lorsqu'il est capable de contribuer à la génération en fournissant des gamètes, mais d'une seule des deux catégories. Cette production de gamètres mâles ou femelles est le fait essentiel, le caractère primaire de la sexualité. Elle doit nécessairement se compléter par l'attrait pour l'autre sexe, la libido qui rendra les rapports possibles et probables.

1. Chez les a n i m a u x , les Isopodes parasites reproduisent d'assez près ce t y p e de séparation des sexes, c a r ils ne possèdent j a m a i s les d e u x gonades à la fois : d ' a b o r d mâles, ils fécondent des femelles, puis devenus femelles s'accouplent à n o u v e a u p o u r être fécondés.

2. Certains individus très simples, unicellulaires, s'unissent entre e u x p o u r d o n n e r naissance à u n seul descendant, Amoeba diploïdea p a r exemple : c'est u n cas de sexualité r u d i m e n t a i r e où l'individu t o u t entier se comporte c o m m e u n gamète, à moins q u ' o n ne préfère dire que les gamètes se c o m p o r t e n t comme des individus.

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Il n'est ordinairement pas nécessaire de vérifier cette capacité pour connaître le sexe, car de nombreux traits viennent faciliter cette discrimination et il est souvent plus facile de distinguer le mâle de la femelle qu'une espèce de sa voisine. Ces différences, dont l'importance est moindre, sont appelées caractères sexuels ou caractères secondaires, par opposition aux précédents qui sont les caractères primaires ou génitaux.

Considérons un instant les traits qui distinguent les sexes, afin de mieux poser le problème de la sexualité.

Examinons d'abord les gamètes.

Le premier trait distinctif du gamète femelle est son immobilité qui facilite l'accumulation de réserves, gênan- tes s'il avait à se mouvoir par lui-même. Ces réserves permettront à l'œuf qui résultera de la fusion des deux gamètes de passer sans encombre les premiers moments et d'accomplir ses premières divisions avant même d'avoir trouvé à se nourrir. Les réserves s'accumulent de multiples façons dans le gamète femelle ou bien autour de lui : tout ce qui l'entoure est accaparé et, lorsque son noyau se divise, les réserves ne sont pas partagées, mais l'un des noyaux est expulsé avec le moins de substance possible. La plus grande partie du cytoplasme des cel- lules sœurs est retenu, à moins que ces cellules ne soient tout entières digérées suivant un procédé auquel Rabaud a donné le nom expressif d'adelphophagie (une cellule dévore ses sœurs). Le nombre est sacrifié aux réserves.

Le gamète mâle est mobile : son existence est inutile s'il ne parvient pas au gamète femelle. Il suffit qu'un grain de pollen germe sur le stigmate, mais si un pied de betterave ne peut être fécondé que par un autre distant de 10 mètres, 99 p. 100 des grains ne parviendront pas à leur but. Il suffit chez les animaux qu'un spermatozoïde pénètre l'ovule, mais il faut pour cela que des milliers ou des millions parviennent dans ses alentours. Le nombre

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importe ici : les camètes mâles utilisent pour se multi- plier toutes les divisions du noyau. Ils n'emportent pas de réserves encombrantes, mais tous leurs éléments sont le plus concentrés possible : le spermatozoïde humain est 1 500 fois moins volumineux que l'ovule, ce qui ne l'em- pêche pas d'avoir, du point de vue héréditaire, autant d'importance que lui.

Les deux gamètes sont complémentaires : en face de l'ovule immobile, seul et chargé de réserves, les spermato- zoïdes sont pauvres, agiles, innombrables.

Lorsqu'un individu produit des spermatozoïdes, on ne peut lui dénier le sexe mâle ; encore faut-il que la confor- mation de ses organes lui permette la fécondation. La manière dont celle-ci se fait imprégnera tout son compor- tement et sa psychologie.

De telles considérations nous laissent entrevoir que le sexe doit être envisagé sous trois aspects : héréditaire, anatomique et physiologique.

Le sexe est-il héréditaire ? et comment? Les progrès de la génétique nous permettront d'aborder avec assez de clarté le problème.

L'aspect anatomique comprend deux points de vue : celui des caractères primaires et celui des caractères secondaires. Normalement, les deux vont de pair, soit que les traits mâles et femelles se mélangent, soit que le terme définitif où parvient l'individu ne représente pas exactement le terme normal.

L'aspect physiologique dépend des hormones et condi- tionne le comportement et même la psychologie. Dans ce domaine tout en équilibres et en nuances, les varia- tions sont infinies et l'état normal assez difficile à préciser.

Ces trois aspects normaux du sexe seront envisagés dans notre troisième partie. Il nous faut pour l'instant mentionner rapidement quelques anomalies.

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IV. — L E S ANOMALIES DU S E X E Le mâle et la femelle sont définis par un ensemble de caractères dont l'un entraîne normalement l'autre. Un certain nombre d'anomalies provient de ce que tel ou tel caractère féminin se rencontre chez un individu par ailleurs masculin. Le cas le plus typique est l'hermaphro- disme qui unit dans un même corps les deux sexes, mais il se peut aussi que les gonades d'un sexe s'accompagnent des caractères sexuels de l'autre sexe, ou bien qu'une par- tie du corps semble appartenir au sexe opposé.

L'hermaphrodisme est une monstruosité lorsqu'il appa- raît chez des êtres normalement sexués ; il est normal en revanche chez tous les vivants où la sexualité se réduit aux gamètes ou aux gonades. La plupart des plantes sont hermaphrodites, mais l'ensemble de leur organisme est absolument indifférent au sexe et s'accommode des deux.

Certains animaux, comme les Escargots, sont normale- ment hermaphrodites, avec les deux sexes complètement développés et fonctionnels.

Chez les oiseaux femelles les organes sexuels de gauche seulement se développent, tandis que ceux de droite restent embryonnaires, mais représentent l'ébauche d'un testicule dont le développement serait inhibé par l'ovaire.

Les oiseaux tendraient donc vers l'hermaphrodisme qui ne serait pas monstrueux chez eux. Riddle signalait en 1945 l'existence d'une race de pigeons hermaphrodites qui se maintient depuis plus de huit générations : le déve- loppement et la persistance du cortex ovarien sur le testicule gauche proviendrait sans doute d'une surabon- dance d'hormones.

Le Porc est parfois hermaphrodite, souvent par suite de la présence simultanée d'organes mâles d'un côté et femelles de l'autre, souvent par suite du développement

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de ces organes en ovotestis, c'est-à-dire en un organe dont l'intérieur est un testicule et l'extérieur un ovaire.

Chez l'homme, l'hermaphrodisme, que certains croyaient être le pur fruit de l'imagination mythologique, est bien réel, quoique fort rare heureusement, car ces anormaux sont le plus souvent incapables d'accomplir correctement aucune des deux fonctions. Il arrive que les deux ovaires et les deux testicules soient développés, ou bien que les deux ovaires soient développés avec un testicule d'un côté, ou bien les deux testicules avec un ovaire d'un côté, mais le cas le plus fréquent est la pré- sence d'un ovaire d'un côté et d'un testicule de l'autre.

L'organisme humain où le sexe a tant de place et de répercussions ne peut, dans ces conditions, qu'être mons- trueux. On arrive à le rendre à peu près normal en sup- primant l'organe du sexe le moins bien venu, ou bien, si les deux sont à peu près au même point, celui qui semble le plus dans la ligne du sujet, ou bien celui qu'il préfère.

A côté de ces anomalies qui concernent les caractères primaires, il s'en trouve de beaucoup plus nombreuses et variées qui touchent les caractères sexuels ou le sexe morphologique.

Il arrive, lorsque l'hermaphrodisme provient de la présence simultanée d'un ovaire et d'un testicule, que chaque moitié du corps se développe suivant le type sexuel de sa gonade. Cette anomalie, très apparente chez les oiseaux, dont le plumage varie beaucoup suivant le sexe, a été observée chez le Faisan, le Pinson et surtout le Bouvreuil. Elle semble provenir d'un accident survenu dès le début du développement embryonnaire : à la suite d'un accident chromosomique sans doute, la moitié de l'organisme se serait orientée vers l'autre sexe.

On peut supposer un accident de même sorte, mais plus tardif, pour expliquer la différence de sexe d'une partie du corps, d'une aile par exemple.

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