Légendes
Figure 1. Pointeur laser vert de longueur d’onde 532 nm, puissance maximale de sortie inférieure à 1 mW, classe IIB. Il faut noter l’absence de marquage CE.
Figure 2.
a. Rétinophotographie couleur : lésion jaunâtre maculaire à la suite d’une expo- sition accidentelle à un pointeur laser vert.
b. Autofl uorescence : hypoauto fl uorescence fovéolaire en regard de la lésion au fond d’œil.
c. OCT-SD coupe horizontale maculaire retrouvant une altération de l’architecture de la rétine externe avec une interruption de la membrane limitante externe, de la ligne ellipsoïde et une altération de l’épithélium pigmentaire rétinien.
d. OCT-SD coupe verticale maculaire retrou- vant un aspect de strie verticale hyper- réfl ective fovéolaire.
Figure 3. OCT-SD à 7 jours, coupe horizon- tale maculaire : reconstitution de la mem- brane limitante externe, mais persistance de l’altération de l’épithélium pigmentaire réti- nien et de l’interruption de la ligne ellipsoïde.
Figure 4.
a. OCT-SD à 1 mois, coupe horizontale macu- laire : reconstitution de la membrane limi- tante externe, reconstitution partielle de la ligne ellipsoïde, mais persistance de l’alté- ration de l’épithélium pigmentaire rétinien.
b. OCT-SD à 3 mois, coupe horizontale maculaire : quasi-reconstitution de la ligne ellipsoïde, mais persistance d’une irrégula- rité de l’épithélium pigmentaire rétinien.
c. OCT-SD coupe maculaire horizontale : normalisation du profi l fovéolaire.
d. Autofl uorescence à 6 mois : persistance d’une hypoautofl uoresence fovéolaire.
Images en Ophtalmologie • Vol. XI - n° 5 • septembre-octobre 2017 164
Cas clinique
Maculopathie induite par un pointeur laser chez un adolescent de 14 ans
Maculopathy induced by a pointer laser in a 14-year-old teenager
A. Pierru1, M. Paques2
(1 Service du Pr Baudouin, Centre hospitalier national d’ophtalmologie des Quinze-Vingts, Paris ;
2 Service d’ophtalmologie du Pr Sahel, Centre hospitalier national d’ophtalmologie des Quinze-Vingts, Paris)
Un adolescent, âgé de 14 ans, se présente aux urgences pour une baisse d’acuité visuelle de l’œil droit à la suite d’une exposition accidentelle à un pointeur laser vert vendu à la sauvette. Les caractéristiques du laser sont les suivantes : longueur d’onde de 532 nm, puissance maximale de sortie inférieure à 1 mW, classe IIB (fi gure 1).
Observation
Le patient ne présente pas d’antécédents généraux ni ophtalmologiques.
L’acuité visuelle initiale est de 8/10 Parinaud 2 à droite et de 10/10 Parinaud 2 à gauche. L’examen du segment antérieur est normal. Au fond d’œil, on note une altération de l’épithélium pigmentaire maculaire à droite avec une lésion jaunâtre (figure 2a). L’autofluorescence retrouve une hypoautofluorescence fovéolaire en regard de la lésion jaunâtre (figure 2b).
L’OCT-SD (Optical Coherence Tomography Spectral Domain) maculaire montre une migration pigmentaire fovéolaire avec une interruption de la membrane limitante externe et de la zone ellipsoïde, qui explique la baisse d’acuité visuelle (figure 2c). L’altération de la rétine externe prend la forme d’une strie verticale hyperréflective (figure 2d).
Sept jours après l’exposition, l’OCT-SD maculaire retrouve une restitution de la membrane limitante externe, mais on observe une interruption de la ligne ellipsoïde et une altération persistante de l’épithélium pigmentaire rétinien (EPR) rétrofovéolaire avec un aspect granulé (figure 3).
Lors du contrôle à 1 mois, l’acuité visuelle de l’œil droit est remontée à 10/10 Parinaud 2. Le fond d’œil s’est normalisé. L’OCT à 1 et 3 mois montre une restitution partielle de la ligne ellipsoïde, mais également une irrégularité persistante de l’épithélium pigmentaire (figures 4a et 4b). Lors du contrôle à 6 mois, l’OCT met en évidence une normalisation du profil fovéolaire (figure 4c).
L’autofluorescence reste altérée au contrôle à 6 mois (figure 4d).
Discussion
Les lésions rétiniennes, notamment maculaires, après une exposition acci- dentelle à un laser commercial se sont multipliées ces dernières années, surtout chez les enfants (1).
L’achat facile à la sauvette ou sur Internet de lasers ne répondant pas aux normes de sécurité internationales concernant la longueur d’onde et la puissance en est la cause. La mauvaise utilisation de ces pointeurs laser est à l’origine de véritables maculopathies. La plupart du temps, l’exposition est accidentelle (2).
Maculopathie • Laser.
Maculopathy • Laser.
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Cas clinique
Il s’agit d’un problème de santé publique. Il est donc important d’informer la population de la possibilité de lésions rétiniennes induites par ces pointeurs laser. Après une exposition sans protection, les patients peuvent présenter des symptômes tels qu’une baisse d’acuité visuelle, un scotome central ou encore des métamorphopsies. Le fond d’œil retrouve souvent une lésion jaunâtre maculaire.
L’atteinte rétinienne peut également se manifester, selon la puissance et la longueur d’onde du laser (notamment les longueurs d’onde bleues), par des hémorragies rétrohyaloïdiennes et prérétiniennes, voire un trou maculaire de pleine épaisseur (2).
La maculopathie induite par l’exposition à un pointeur laser touche la rétine externe et provoque des altérations visibles en OCT-SD au niveau de l’épithé- lium pigmentaire rétinien, de la membrane limitante externe, de la zone ellip- soïde et de la zone d’interdigitation fovéolaire. Elle peut prendre un aspect de maculopathie vitelliforme (1).
Comme dans notre cas, des stries verticales maculaires en OCT-SD ont été décrites après une exposition à des lasers (3). Les examens électrophysio- logiques peuvent être normaux malgré une atteinte visible au fond d’œil et en OCT-SD (4). Même si le fond d’œil et l’acuité visuelle se sont normalisés, l’atteinte en micropérimétrie et l’atteinte en OCT-SD peuvent se pérenniser, ce qui explique les signes fonctionnels persistants, tels les scotomes centraux.
Il est important de suivre les patients pendant plusieurs mois, car ils peuvent développer ultérieurement une néovascularisation choroïdienne. En effet, une exposition accidentelle à un pointeur laser peut entraîner une modifi
cation de l’architecture de la rétine externe qui peut durer plusieurs mois (5).
L’OCTSD et l’autofluorescence constituent les meilleurs examens pour visualiser ce type de pathologie et en réaliser le suivi (6). II A. Pierru déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.
M. Paques n’a pas précisé ses éventuels liens d’intérêts.
Références bibliographiques
1. Raoof N, O’Hagan J, Pawlowska N, Quhill F. ‘Toy’ laser macular burns in children: 12-month update.
Eye (Lond) 2016;30(3):492-6.
2. Alsulaiman SM, Alrushood AA, Almasaud J et al. High-power handheld blue laser-induced maculo- pathy: the results of the King Khaled Eye Specialist Hospital Collaborative Retina Study Group.
Ophthalmology 2014;121(2):566-72.e1.
3. Bhavsar KV, Wilson D, Margolis R et al. Multimodal imaging in handheld laser-induced maculo- pathy. Am J Ophthalmol 2015;159(2):227-31.e2.
4. Hanson JV, Sromicki J, Mangold M, Golling M, Gerth-Kahlert C. Maculopathy following expo- sure to visible and infrared radiation from a laser pointer: a clinical case study. Doc Ophthalmol 2016;132(2):147-55.
5. Rusu I, Sherman J, Gallego-Pinazo R, Lam M, Freund KB. Spectral-domain optical coherence tomo- graphy and fundus autofluorescence findings in a case of laser pointer-induced maculopathy. Retin Cases Brief Rep 2013;7(4):371-5.
6. Hossein M, Bonyadi J, Soheilian R, Soheilian M, Peyman GA. SD-OCT features of laser pointer maculopathy before and after systemic corticosteroid therapy. Ophthalmic Surg Lasers Imaging 2011;42 Online:e135-8.
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