RENCONTRER JÉSUS
Jésus rencontre un aveugle de naissance
Mardi 9 janvier 2007 Enseignement par le Père BOURLAND
Nouscontinuonsnotrebelleaventure.Jedoisvousavouerquevousm’aidezàfaire une aventure extraordinaire en méditant sur ces rencontres avec Jésus. Depuis le début de cetteannée,jedécouvredestasdechosesnouvelles.Aujourd’hui,nousallonsnousmettre dans la peau d’unaveugle-né. Si nous voulons vraiment jouer le jeu de cette aventure, il faut nous mettre dans la peau du personnage.C’estlarichessedescatéchèsesdesEvangiles.Cene sontpasseulementdesanecdotes.Nousavonsbeaucoup àfaireparcequ’ily aeu touteune périodeoù on racontaitl’Evangilecommedesanecdotes,deshistoires.Cen’estpasceladu tout,c’estune catéchèse, donc il y a une dynamique dans le texte.
C’estdangereux dejoueràl’aveugle,surtoutun aveugle qui va êtreguéri.C’estce quenousallonsessayerdevivreaujourd’hui:avoirenvied’êtreguéridenotrecécité.
Nous prenons lechapitre 9deL’EVANGILE DEJEAN.
« En passant, Jésus vit un homme aveugle de naissance. Ses disciples lui posèrent cette question:‘Rabbi:quia péchépourqu’ilsoitnéaveugle,luiou sesparents?’. Jésus répondit:‘Niluinisesparents,maisc’estpourquelesœuvresdeDieu se manifestenten lui’.»
Jésus, le long de son chemin, voit le verbe que Jean aime beaucoupun homme aveugle.Le regard de Jésus est unregard CRÉATEUR.Ill’avu,avectoutelaforcede son regard.
Cela peut nous renvoyer à notre manière de regarder tous ces hommes, ces femmes que nous voyons mendier le long des rues. Les voyons-nous ? Quel est notre regard ? Il peut être de plusieurs types. Un regard de commisération: « Oh, là, voir des choses pareilles... ».
Ce peut êtreun regard de doute: « Sûrement encore un roumain qui est arrivé en belle voiture place de la République et qui est en train de nous rouler ». Ce peut êtreun regard d’amour, le regard deJésusd’avoirenviedefairequelquechosepourlui.Ily atoutessortes de regards.
Le regard est tellement important que, dans notre corps, Dieu nous a donné deux yeux, alors que nous n’avons qu’une bouche. Pour les bavards, il faudrait qu’ils s’en
Jésusavu l’aveugleetJean nenousditrien deplus. Par contre les disciples ont une manière de voir qui traîne un peu encore dans notre civilisation : « Qui apéché pourqu’ilsoit handicapé ? ». Quand ils voient un handicapé, certains pensent : « Oui, avec ses parents... Oui, bien sûr, cela vient de telle famille... ». Donc les disciples sont dans cette attitude juive qui était très fréquente : penser que le handicap était laconséquencedu péché.
Jésus répond le contraire à cette question. Il met tout de suite au clair : « Pas du tout ! IlfautquelesœuvresdeDieu semanifestenten lui». C’estla phrase qui est la clé de toute notrerencontred’aujourd’hui.
Jésus Sauveur vient ouvrir un CHEMIN dans toute situation, même les plus bouchées. Même dans les souffrances les plus grandes, il y a un chemin que Jésus nous trace, si nous voulons le suivre.Toutcela,c’estpourquelesœuvresdeDieu semanifestent.Non pas que cet homme a été rendu aveugle pour que Dieu se manifeste, non. Mais étant aveugle, Dieu aouvertun chemin.Iln’y aplusdesituation humaine,douloureuse,difficile, dans lesquelles Jésus ne puissenousaideràouvrirun chemin.Voyezlàtoutel’attitudequenous devons avoir envers tous ceux qui souffrent. Bien sûr, en le leur disant avec beaucoup de nuances et de respect. Mais nous, nous sommes habités par cette certitude: il y a un chemin.Visiterquelqu’un quisouffre,c’estl’aideràtrouverun chemin.Iln’y aplusdemur, de route barrée définitivement. Non, il y a un chemin par lequel Jésus va le faire grandir.
«Tantqu’ilfaitjourilnousfauttravaillerauxœuvres de Celui quim’a envoyé.La nuit vient où personne ne peut travailler. Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. »
Là,c’esttoutela mission de Jésus qui est révélée par Jean. Le temps presse. Face aux situations que Jésus rencontre, qui sont les types de toutes les situations humaines, le temps presse. Jean reprend alors un terme que nous voyons dans le Livre de la Genèse quand le récit nous décrit la création au cours d’unesemaine.Chaquejour,Dieu créequelquechose. Ici, Jean fait allusion à ce texte de la Création.
Aujourd’hui,ilvay avoirquelque chose à créer. Si nous sommes venus avec cette pensée danslecœur,nousallonsrecevoirplein dechoses.Chaque matin, pensons : « Un nouveau monde va naître et je suis invité à le faire naître ».C’esttoutautrechosequededire:
«Bof,encoreun jouràtraîner.Vivementcesoirqu’on secouche! ».
Toutàl’heure,jerencontraisun jeunequiesten terminaleetc’estun peu ce que je lui disais : «Qu’est-ce que tu vas créer de beau aujourd’hui? Pour créer du neuf, aborde ta journéecomme sic’étaitlapremièrefoisquetu allaisau lycée et le Seigneur créateur est avec toi ». Il faut travailler au jour et donc Jésus fait allusion à la création que le Livre de la Genèse nous décrit sur une semaine, comme si Dieu voulait nous dire : « Chaque jour mérite sa peine».C’estbeau devoirque le Dieu tout puissant, créateur, se révèle à travers une semaine.
Chaque jour, Dieu construit le monde.C’estun regardmagnifique. Relisez ce texte du Livre de la Genèse qui nous renvoie à notre propre attitude, à celle que nous devrions avoir.
« A chaque jour suffit sa peine » dit le dicton familier et plein de bon sens.
Voilà comment Jean situe ce miracle.
« Ayant ainsi parlé, Jésus cracha terre, fit de la boue avec la salive, l’appliqua surlesyeuxdel’aveugleetluidit:‘Va telaverà la piscinedeSiloécequisignifie envoyé’.L’aveugleyalla,ilselava età son retourilvoyait.»
Première chose intéressante : l’aveugle ne demande rien.Ily ad’autresaveugles, dans les Synoptiques, qui crient : « Jésus, Fils de David, aie pitié de moi».L’aveugle,là,est muet.Ilnedemanderien etc’estJésusquimeten routeceprocessusdeguérison etqui commence par cet acte qui est marqué pardeux éléments.
Au temps de Jésus,la saliveétait un élément de guérison.Quand j’étaisenfant, il me semblequesijem’étaislégèrementbrûlé, ma grand-mère me disait : « Mets un peu de salive dessusetcelavas’arranger». En même temps, dans cette manière de faire de la boue, vous retrouvezlacréation del’hommedanslerécitdu Livre de la Genèse.Cen’estpasun signe merveilleux,miraculeux.C’estunenouvelle création.
Il faudrait que nous soyons davantage pétris de cela. Par notre baptême, nous sommes les hommes et les femmes de la NOUVELLE CRÉATION inaugurée par la Résurrection du Christ.Quand on ditannoncerlaBonneNouvelleetévangéliser,c’est mettre les gens dans la dynamique de la Résurrection. C’est un nouveau monde qui est commencé,quin’apluslesmêmesrepèresetnoussommesconstammenttendusentrele vieux monde et le nouveau monde, la vieille création et la nouvelle création. Saint Paul dit le vieil Adam et le Nouvel Adam, qui est Jésus Christ ressuscité.
Si nous sommes là une journée pour nousmettreàl’écoutedelaParoledeDieu etde l’EspritSaintc’estpourentrerdanslanouvellecréation.Vousavezlaissévospréoccupations quotidiennes, vous avez pris du temps, c’estprophétique.Jepensequesi certains de vos amis vous demandent : «Qu’as-tu fait hier ? », vous répondrez : « Je suis allé une journée au séminaire écouter des conférences, prier, adorer ». Notre monde n’estpas bâti sur ces valeurs : prendre toute une journée de récollection dans un mondedel’efficacité,c’est un signe prophétique. Cela veut dire que nous donnons de l’importance à une autre dimension, à une autre réalité, que nous avons abandonné des réunions, des rendez-vous...
pour pouvoir donner ce temps.
Laguérison del’aveugle,lesignedelaguérison estdel’ordred’unecréation. Jean nous le montre par des symboles : de la boue avec de la salive. La salive, en plus, est celle de Jésus, vrai Dieu et vrai homme. Cela a une portée très importante. Dans la nouvelle création, c’est Jésus Sauveur qui vient nous donnerla vie de Dieu, la vie nouvelle et qui la transmet par ce signe delasalive.C’estextraordinaire!
Cen’estpassimplementuneanecdote.Quand nousdécodonstouslesélémentsdece signe,c’esttrèsimportantdecomprendre quelà,ils’agitd’unenouvellecréation.Nousle verronstoutàl’heureaveclesgensquis’interrogent: «C’estlui? »«Oh,non,cen’estpas lui. » «Maissi,c’étaitlemendiant. » « Maisnon,cen’estpascelui-là. » Une identité renouvelée.
Notre vie de foi va jusque là. Toutàl’heure,nous allons célébrer l’Eucharistie. Si nousallonsjusqu’au boutdeladynamique,noussortironsdel’Eucharistiedifférentsdela manière dont nous y sommes entrés. Si nous ressortons pareils, il vaut mieux rester chez soi.
C’estune nouvelle création et nous allons manger le Corps ressuscité du Christ pour être transformés. Transformés comment?Commel’aveugle: nous ne verrons plus les choses de
Ce n’est pas seulement un petit miracle de Jésus qui fait de petites choses merveilleuses comme peut le raconterl’information.Siun journalisteavaitété présent à ce miracle, il nous l’aurait raconté comme une anecdote : il y avait cegrand prophètequ’on appelleJésus,ilestpassé,ilafaitcecietpuisl’aveugleavu.Maisiln’irapasjusqu’àdire:
«C’estDieu qui crée à nouveau »,parcequecen’est pas son rôle. Nous, nous avons cette chance de pouvoir lire, recevoir la Parole de Dieu jusque là.
Je crois que c’est peut-être cela qui freine tant l’action de Dieu en nous. Nous n’allons pas jusqu’àreconnaître une nouvelle création. Nous risquons d’avoir un peu de religion, un peu de badigeon, de vernis, peut-être même une morale mais l’Evangileva bien plus loin. Alors, parce que nous savons à peu près qui nous sommes, nous pouvons avoir peur de devenir un homme ou une femme nouvelle : « Dans quoi vam’entraînercettehistoire-là ? Jusqu’où celava-t-il aller ?».C’estcequ’il y a un inconsciemment au fond de nous. Alors, nous freinons : « Un peu, mais pas trop... ». Je pense à desparentsquim’avaientditcelapour une adolescente qui faisait un beau cheminement : « Mon père, ne lui donnez pas trop de foi : un peu, mais pas trop. On nesaitpasoù celaval’entraîner... ».
Par cette nouvelle création, nous devons aller jusqu’au boutdel’aventurequele Seigneur veut nous faire vivre.
Vous avez ensuite le deuxième signe : Jésus envoiel’aveuglese laver à la piscine de Siloéquiestau cœurdeJérusalem.Vousavezlàdéjàle signe du baptême,l’eau du baptême que Jean nous révèle. Maisvousavezun autreaspectqu’ilnefaudraitpasoublieret qui me paraîttrèsintéressantpournousc’estqu’ilfautquel’aveuglecollaboreà sa guérison.
Ily adesmiraclesoù Jésusagittoutdesuite.Là,ilfautqu’ilailleàlapiscinede Siloé,quin’étaitpasàcôté.Ilfautqu’ily aillecommeaveugle. Voyez le catéchuménat : la vraie catéchèse. Il y est allé à tâtons, comme un aveugle. Dieu veut que nous collaborions à cette nouvelle création. C’estl’originalité du christianisme.Lechristianismeinvitel’homme à COLLABORERà se propre conversion, àsapropreguérison.Cen’estpasquelquechose quinoustombedessusd’un seulcoup etquiseferaitsansnous.
L’aveuglequipartàtâtonsàlapiscinede Siloé faitconfiance à la parole de Jésus.
Il ne dit pas : « Pourquoi veux-tu que j’aille là-bas ? ». Avec en même temps un certain paradoxec’estunemanièredelireletexte: en lui mettant de la boue sur les yeux, on dirait queJésusl’arendu encore plus non voyant pour un temps. Il ne voit déjà pas clair et Jésus lui met encore de la boue sur les yeux!C’estextraordinaire ! « Va à la piscine te laver. Cela dépend de toi. ».
«Tantquetu n’aspasassuméton baptême,tantquetu nel’aspasprisàton propre comptetu n’espaschrétien.D’autresquil’ontfaitpourtoi.Cen’estpasmagique,lebaptême, donc il faut que tu l’assumes.» Et nousn’avonspastrop d’un siècledeviesurterrepour assumer notre baptême. Moi, j’aiencorebien deschosesàassumerdansmon baptême. Nous devons vivre pleinement cela.
C’estpeut-êtrel’un desraresrécits des Evangiles où on voit cette collaboration de celuiquivaêtreguéri,quival’entraîneràallerplusloin àtraverslessignes,lessacrements. Quand ce texte est écrit, à la fin du premier siècle, on vit déjà le baptême de Jésus. On a déjà une vieen communauté.Cen’estpasun flash quiauraitétéprislejourdecesigne.Ilestrelu et c’estce que nous faisons encore 2000 ans après pour entrer dans toute sa signification.
« Les gens du voisinage et ceux qui auparavant avaientl’habitudedele voir, carc’étaitun mendiant,disaient:‘N’est-ce pas celui qui était assis à mendier?’. Les uns disaient:‘C’estbien lui’,d’autres: «Maisnon,c’estquelqu’un quilui ressemble’.Maisl’aveugleaffirmait:‘C’estmoi’.»
Une identitécomplètement transformée.Cen’estpluslemême.Jepensequevous aveztouseu lachanceun jourou l’autre,en rentrantd’uneretraiteou d’un pèlerinage, de vous entendre dire : «Oh,là,là,maisqu’est-cequit’est arrivé,tu n’espluslemême! ». Et que vous puissiez répondre : « Mais, je rentre de retraite. Je rentre de pèlerinage ! », une expérience spirituelle importante. Il faut que cela puisse nous arriver plusieurs fois dans nos vies.
Si seulement, pourl’évangélisation, on pouvait nous dire cela quand nous sortons de chaque messe du dimanche : «Oh,là,là,maisd’où viens-tu ? » « Je viens de la messe ! » Que nous soyons tellement illuminés : «Tu n’aspluslemêmevisage,tu esrayonnant.Tu regardes autrement », une nouvelle identité.
Au cours de notre vie, nous avons plusieurs identités. Je vous taquine : quand vous rencontrez quelqu’un qui vous connaît peu, lors d’un voyage par exemple, quelle est la première identité que vous dévoilez ? Interrogeons-nous. Vous êtes dans le train, on commence à parler un peu et puis on vous demande : « Qui êtes-vous ? », est-ce que vous répondez spontanément : « Je suis monsieur Untel. Je suis parent. Je suis marié. Je suis célibataire. Je suis PDG » ou alors «Jefaispartiedu groupedu Rosaire,d’uneéquipedeFoi et Vie. Je suis sacristine, je fleuris mon église ». A la Flattière, quand on se présente, il y a parfois quelques dames plutôtdesdamesetjem’en excusequi ont une carte de visite qui n’en finitpas.Quelleheureuseparoissed’avoirdetellesparoissiennes !Que dévoilons-nous de notreidentité?Dans nos conversations, est-ce que nous donnons notrevéritableidentité ?
C’estimportant: comment pourrons-nousannoncerl’Evangilesijamaispersonnene rencontre des hommes et des femmes qui témoignent de leur identité chrétienne ? C’estle monde sécularisé dans lequel nous vivons. Cela ne fait pas partie de notre carted’identité.
Alors que c’est important que nous puissions donner ce témoignage denotre véritable identité.
L’aveugleguéria changéd’identitéettoutlemondey vadesamanière de voir :
«C’est lui», «Ce n’est paslui », « Mais si ! », « Mais non !»... Il n’est plus le même. Pourquoi? Parcequ’on l’avaitréduitàson handicap.C’était«l’aveuglequimendiaitdanstel quartier ».On n’avaitpasrencontréun hommedanstoutesapersonne.
Làencore,combien nousavonslatentation d’un phénomène réducteur. On réduit la personneàseulementun toutpetitaspectdecequ’elleest.Etmême, on a en français une manière très facile de la désigner, on met un « iste » au bout de son nom. Là, il est enfermé dans une catégorie. C’estun « intégriste ». C’estun « traditionaliste ». C’est un
« progressiste ».C’estun « communiste ». A ce moment-là,iln’estplusdangereux: vous l’avezenfermé dans une catégorie. Orpersonne,etc’esttoutelavision del’Evangile,nepeut être enfermé dans une catégorie. Nous avons un mot assez curieux en français. On dit :
«C’estune personnalité atypique ». Elle résiste à toutes les catégories. Il y a en elle des oppositionsquinousdéconcertent.Phénomènederéduction.Alorsqu’au contrairelanouvelle création nousmetdansuneidentitémultiforme,multivisages.C’estpassionnant.
Sommes-nous prêts à accueillir de Dieu notrenouveau visage?Ou bien sommes- nous tellement en sécurité avec ceux que nous avons, que nous conservons et que nous cultivons ? Dieu veutnousappeleràrenaîtreconstamment,c’est-à-dire à naître dans une nouvelle identité.
« Ils lui dirent alors:‘Tesyeux,commentse sont-ils ouverts?’.Ilrépondit :
‘L’hommequ’on appelleJésusa faitdela boue,m’en a frottélesyeuxetm’a dit: Va à Siloé et lave-toi.Alorsmoi,j’ysuisallé,jemesuislavéetj’airetrouvéla vue’.Ils lui dirent:‘Où est-il, celui-là?’.Il répondit:‘Jen’en saisrien’.»
Voilàl’aveuglequivaaffirmersanouvelleidentité.Ilfaitune relecture de ce qui s’estpassé: «Voilàcequ’ilafait.Voilàcequ’ilm’adit.Jel’aifaitetvoilàoù j’en suis».
Là, nous avons un merveilleux message du BAPTÊME, le baptême qui nous transforme. Quand je célèbre un baptême, je dis volontiers s aux parents, parrains, marraines, aux amis : « Ce bébé est arrivé ici comme un enfant de son papa et de sa maman, fruit de leur amour et il va sortir différent.C’estun événementquenousvivons». Avec certains même, quand je sens que cela mord un peu dans la préparation, je dis : «Vousêtesd’accord? Vous imaginez à quoi vousl’engagez: vous allez lui donner une vie éternelle ! Il ne mourra pas.
Vous êtestoujoursbien d’accord? Je peux y aller ? ». C’estun événementfantastique: ce bébé, par la foi de ses parents ou de son parrain et de sa marraine, on va lui donner une vie nouvelle, la vie de Dieu,toute la vie de Dieu,à traverslesignedel’eau, signe très pauvre en mêmetemps.C’estun événement, un grand événement !
Nous devons, nous, assumer notre baptême. Vous comprenez pourquoi il y a des exigences dans laviedu baptisé.Cen’estpaspournousennuyermaispourmontrerqu’ilva falloir essayer de vivre cette identité nouvelle,d’où l’importancedecélébrerl’anniversaire de notre baptême. Celaaétéun momentimportantdansletemps,dansl’histoiredeshommes. Nous avons été baptisés et le jour où nous ferons notre passage dans la nouvelle naissance de notre mort, l’Eglisevarenouveler notre baptême aveclesignedel’eau: «Voilàl’eau par laquelle tu as été baptisé»,lacérémoniedesobsèquesn’étantqu’unecérémonieau nom du baptême.Ilnefautpasl’oublieretlesritessontdesritesdelumièreetd’eau,comme au baptême. Je pense à un geste très beau que je fais de temps en temps mais on a perdu cette habitude. Il y a des familles où on a une robe de baptême de père en fils depuis des générations et il arrive qu’on mettela robe du baptême sur le cercueil: « Tu entres dans la nouvelle naissance grâce à ce baptême ».On lefaituneou deux foisparan,c’estassezrare.
« Reçois ce vêtement blanc,c’estlepasseportpourallerau ciel. »Larobe du baptême est le vêtement que nous avons reçu qui nous fait entrer au ciel.
L’aveugledit : «C’estbien moi» etilfaitunerelecturedecequis’estpassé.Maisil a perdu Jésus de vue. « Où est-il ? »« Je ne sais pas. » Les textes de Jean sont toujours très psychologiques. Il est tellement content de voir, car il était aveugle de naissance et il découvre des tas dechosesqu’iln’ajamaisvues,mais la personne de Jésus pour le moment est en pointillés. Nous allons voir,dansnosrencontresaujourd’hui,commentpeu àpeu l’aveugleva retrouver la personne de Jésus qui est essentielle pour notre vie chrétienne.
On peut tout nous enlever, la personne de Jésus reste. On ne peut pas nous la retirer parce que nous sommes désormais liés à lui de manière définitive.
Nous continuons la lecture :
«On conduisitchezlesPharisiensceluiquiavaitétéaveugle.Orc’étaitun jourde Sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux. A leur tour, les Pharisiens lui demandèrent comment il avait recouvré la vue. Il leur répondit:‘Il m’a appliqué de la boue sur les yeux, je me suis lavé et je vois’. Parmiles Pharisiens, les uns disaient:‘Cetindividu n’observepasleSabbat.Iln’estdoncpas de Dieu’. D’autres disaient: ‘Comment un homme pécheur aurait-il le pouvoir d’opérerdetelssignes?’.Etc’étaitla division entreeux.»
Voilà une lecture qui est peut-être celle dans laquelle nous tombons parfois. Les Pharisiens ne voient pas la vie que Jésus donne à travers ce miracle car ils sontenfermésdans les repères delaloi.C’esttrèssouventdanslesEvangilesquenousvoyonsJésusfaire un miracle le jour du Sabbat. Dans les Synoptiques même, il va mettre l’homme à la main desséchée devant tout le monde comme pour provoquer les Juifs à se convertir. Le Sabbat était devenu pour eux une idole.Laloipeutdeveniruneidole,c’est-à-direqu’elleaune valeur absolue. Et entre donner la vue, et la vue de la foi, à un homme et respecter la loi du Sabbat,iln’y apasdemesure.Toutdesuite,puisqu’iln’apasobéiàla loi, les Pharisiens pensent : «C’estun pécheur».Ily en aquand mêmed’autresquiontunepetiteouverturedu cœur: « Comment un homme pécheur pourrait-il redonner la vue à un aveugle ? ». Tout va tourner désormais autour du voir et cela vabousculerles repères.
Quand on voit de nouveau comme Jésus nous donne de voir par notre baptême, cela bouscule complètement nos choix de vie, nos relations, le choix de notre horaire. Cela change tout.C’estunchangementradical.
Or les Pharisiens en restentau respectdu Sabbat.L’EvangiledeJean on l’aun peu critiqué pour celaest un Evangile qui est très opposé au monde juif et au monde pharisien, en particulier dans le récit de la Passion. Quand cet Evangile est écrit, la première communauté souffre beaucoup de la part des Juifs parce que la plupart des chrétiens venaient du judaïsme et donc ils étaient plus ou moins rejetés.C’étaientdemauvaisJuifs qui avaient suiviceprophèteJésus.L’aveuglevaêtrepersécutéparcequ’ilaétéguéri.Voyezàquoi on peut en arriver lorsquel’on estprisonnier d’une forme de loi qui devientune idole. Les Pharisiens vont persécuterl’aveugleparcequ’ilaétérendu voyantlejourdu Sabbat.Ilsnese réjouissent pas avec celui qui voit autrement.
Cela nous guette tous,vousetmoi,dansd’autresdimensions,surd’autresrepères. Nous avons parfois uniquement cette espèce de cadre et ce qui sort du cadre... C’étaitce que nous entendions dimanche à la messe, avec lebraveHérodedanslerécitdel’Epiphanie: l’inattendu,ilneconnaîtpas.Etmêmesesprophètesdeserviceluicitentqu’ilvanaîtreun Messie à Bethléem, mais il connaît le texte. Quand l’inattendu lui dit : « Ça y est, c’est fait...»,ilnel’écoutepas.
CommentL’INATTENDUde Dieu peut-il encore travailler en nous ?Est-ce que chaque matin en nous levant nous pensons: «Aujourd’hui, il va y avoir un inattendu de Dieu ? Une rencontre, une parole, une motion spirituelle, quelque chose de nouveau », quel quesoitnotreâge...L’inattendu de Dieu...Un peu commel’inattendu del’amour.Jen’aipas d’expériencedanscedomainemaisje pense que dans un couple il y a toujours un inattendu del’autre: « Tiens, tu as pensé à cela? Tu t’esrappelédececi ? Ah, tu mets ce petit truc-là qui me fait plaisir? Tu asretrouvécequej’avaisperdu! Tu es merveilleux ! ». Quand iln’y a plusd’inattendu, cela devient vraiment un amour de TGV, on est sur des rails.
Nous devons essayer de retrouver dans la foi cet inattendu. Des journées comme la nôtre sont des journées où nous nousdisposonsàrecevoirtoutl’inattendu : « Seigneur, tout ce que tu me diras, quand tu veux, comme tu veux. Tous les appels que tu me fais je les écoute, je suis prêt à tout. Jen’airien d’autreàfaire,rien d’autreà faire ». Faites attention à ne pas déjà préparer ce que vous allez faire ce soir, demain... Quand les gens viennent en retraite dans les Foyers de Charité, le premier soir je leur dis toujours cela : « Certains ont dû amener tout le courrier en retard pours’occuperpendant la retraite ou bien un livre à finir.
Vous voudrez bien ne pas vous laisser prendre par cela. Comment voulez-vous que l’inattendu pénètre chez vous ? Vous avez déjà fait tout un programme pour empêcher l’inattendu de vous déranger ! ». C’esttoutsimple.
Aujourd’hui,jevousen supplie: soyons ouvertsà l’inattendu.C’estune attitude contestataire dans notre monde. Demain, dites à vos voisins : «J’aiperdu une journée hier pour la gloire de Dieu.J’aiperdu mon tempspourl’inattendu ». Cela conteste notre monde où ilfauttoujoursavoirun calendriertrèspris,denepasavoirletemps.C’estlacartedevisite qui fait que vous êtes un homme respecté. Mais dire : « Non, je n’ai rien à faire qu’à attendre que le Seigneur se montre»...
Nous essayons de prier un peu tout ce beau texte. Relisez-le : c’estun texte très riche. Toute la méditation que nous faisons ensemble de ces textes ressemble à ce que les Pères del’Egliseontfaitaussi.Cen’estpasun travaild’exégèse,c’estun travailplusspirituel pour trouver la dimension profonde de la Parole.Cen’estpasun travailrationnel,maisun travail ducœur.
2èmeCONFERENCE
Vous voyez où en est le cheminement que nous avons commencé ce matin et qui est notre propre cheminement. Il faut essayer de bien entrer dans ce texte de saint Jean en nous situant à la place de cet aveugle-né, dont nous ne savons pas le nom d’ailleurs. C’est intéressant, parcequecelanousmontrequec’esten faitl’expériencedetoutbaptisé. Ce n’estpascelled’un hommeunefois,ily adeux milleans,c’estcelle,àtraversletempsetà traversl’espace, detoutbaptisé.Chaquefoisqu’iln’y apasdenom précis,c’estce que nous pouvons tirercomme conséquence.C’estl’aventure,c’estl’expériencequ’il faut que nous essayions de vivre nous-mêmes.
Nous en étions auverset 17,grand tournantdansl’expériencedel’aveugle:
«AlorslesPharisienss’adressèrentà nouveau à l’aveugle:‘Ettoi,quedis-tu de celuiquit’a ouvertlesyeux?’.Ilrépondit:‘C’estun prophète’.»
Ce verset est plein d’enseignement.Le chemin du baptême est un chemin personnel. Un pasteur évangélique disait dans ses prédications : «Dieu n’apasdepetitsfils, iln’aquedesfils».Vousvoyezbien quec’estl’un des drames de la transmission de la foi.
Tant que les enfants, les petitsenfantsn’ontpaspersonnellementrépondu à la rencontre avec leChrist,rien n’estfait.On transmet,etaprès,ilen va de la liberté de chacun. « Et toi, que dis-tu ? Que dis-tu de celuiquit’aouvertlesyeux ? » La manière dont saint Jean pose la question est intéressante.
Peut-être êtes-vous tenté quelquefois, comme moi, de préférer ne pas voir. Ouvrir lesyeux,c’estnousengager à allerplusloin dansl’expériencehumaine.C’estvoir les choses qui vont peut-êtrenousposerplusdequestionsetdeproblèmes.C’estnousouvriràun monde plus vaste que notre petit monde de tous les jours dans lequel nous risquons de nous enfermer.
«Que dis-tu deceluiquit’a ouvertlesyeux? » Certainement, il était heureux, cet aveugle. Mais il faut aller plus loin : voir vraiment dans la vie le chemin de la foi, le chemin de la résurrection, dépister le mal commecematin Jésusdanslemiracledel’Evangilede Marc va nous compliquer la vie.Vousavezquelquefoisdesgensd’un optimisme béat de nature, psychologiquement : ils ne voient pas et vivent dans un autre monde.
Le voir de la foi, au contraire, nous met dans le réalisme du salut. Jésus nous entraîne à ce regard de Sauveur.Cen’estpaspourrien quePaulécritdansl’unedesesLettres:
«J’ajouteaux souffrances du Christ par mes propres souffrances tout ce qui manque pour le salut des hommes ». Nous sommes entraînés par Jésus à partager son cœur de SAUVEUR.C’estdoncnotreregard sur le monde.
Je pense que vous comme moi, souvent, en lisant les nouvelles dans votre journal où en écoutant la télévision vous vous dites : «Ce monde, il est à sauver.Qu’attends-tu de
comme Sauveur. Vous voyez que, deux mille ans après, il y a encore beaucoup à faire. A chaque génération, il y a des problèmes nouveaux, des manières de voir nouvelles.
Avoir un regard comme celui de Jésus, donc qui va nous entraîner à une responsabilité.Cen’estpasquel’affairedesmissionnaires,des prêtres, des religieuses. On a vite fait de se décharger sur le dos des autres. Non, tout baptisé, quand il a reconnu Jésus comme Sauveur,entre dans le grand mouvement du salutet alors il peut y coopérer par sa vie,lesdifficultésqu’ilvaaccueillir, les peines, les joies... Jésus peut compter sur nous. Saint Paulutilisel’imagedu Corps du Christ : nous sommes membres du Corps du Christ, membres du Corps du ChristSauveur. Elargissons notre voir.
«Qu’en dis-tu? C’estun prophète. »
Deuxième remarque:l’aveugleguérin’apasencoredécouvertJésusSauveur,Filsde Dieu. «C’est un prophète, c’est un grand homme. Oui, il m’a guéri.» Dans ce texte du chapitre 9 que vous pourrez relire cet après-midi, vous avez toute une catéchèse progressive.
Nous voyons comment à partir du miracle, du signe, l’aveugleva faire tout un cheminement face à cette nouvelle identité. Là, il en est encore à une étape très loin de Jésus, Fils de Dieu.
Nous aussi, nous sommes en marche. Moi, je n’ai pas encore complètement découvertl’insondablemystèredeJésusSauveur.Jenesuispasquelqu’un quisait.Vousm’y aidez parce que je travaille ces textes et je découvre avec vous des choses nouvelles. Il faut que nous nous mettions bien cela dans la tête.Cen’estpaspossible de dire : « Ça y est, moi je suisau top,jesuisprêt.J’aieu desbonnesnotesau catéchisme,j’airéussil’examen». Ce n’estpasde ce niveau-là. Nous avons toute notre vie pour APPROFONDIR notre foi et peut-être que les dernières heures de notre vie seront des événements, des épreuves qui nous permettrontd’allerencoreplusloin danslaconnaissancedu mystèredeDieu.
L’ancien secrétairedeJean-Paul II a écrit un livre sur les dernières années du Pape.
Ce livre, quin’estpasdu toutdu voyeurisme, est assez extraordinaire : il montre comment Jean-Paul II par toutes ses souffrances, ses maladies, a encore grandi dans la connaissance de Jésus.C’esttrèsfrappant: le Pape, il avait encore à grandir !
Nous somme en marche et ce texte nous montre la progression de cet aveugle. Pour lui, Jésus est un prophète, un grand homme. «En effet,pourm’ouvrirlesyeux, à moi qui suis un aveugle de naissance, c’est un grand homme, c’est un prophète.» Nous allons voir comment il va aller beaucoup plus loin.
«Maistantqu’ilsn’eurentpasconvoquésesparents,lesJuifsrefusèrentde croirequ’ilavaitétéaveugleetqu’ilavaitrecouvréla vue.»
Les Juifs refusentlesigne.Ily alàun aveuglequiestguéri,c’estlesignedu salutet les Pharisiens le refusent : «Ce n’est sûrement pas lui. Ou alors, il n’était peut-être pas aveugle, il faisait semblant ». Voyezla lecture duSIGNE.
Nous nous reconnaissons à certains moments de notre vie dans l’attitude des Pharisiens. Nous ne savons pas encore bien lire les signes. Il y a un danger que nous voulons peut-êtreéviteretc’estcequinous empêche de lire les signes : nous avons peur de nous tromper. Certains, très rationnels, disent : « Il ne faut pas voir des signes partout ! ». Je crois qu’ilvaut
Ce matin, ce qui nous a réunipendantuneheure,c’étaitle signe de la Présence réelledansl’Eucharistie. L’adoration quicontinuelamesseestliéeàl’Eucharistie, c’est d’ailleurspourquoij’aimebeaucoup cequelaliturgiedemande: qu’on n’exposepasleSaint Sacrement aprèsla messe maispendant,toutdesuiteau momentdelacommunion.C’estce quedemandel’Eglisequiestpédagogue:pourdirequec’estla Présence qui continue. On ne sortpaslaPrésenceréelled’un placard pourvouslaprésenterpendantun moment.C’est la messe qui continue. Devant ce grand mystère de la Présence, nousavonsencorebesoin d’un temps pour entrer davantage dans ce mystère. Il ne faut pas séparer les deux. Nous devons apprendreàlirelessignes.Orc’estl’Eucharistiequiestnotre école, si on peut dire, pour pouvoir apprendre à lire lessignes,quisontsouventd’ailleurstrèspersonnels.Quelquefois on peut les partager avec d’autreschrétiens,maissouventnon, parcequel’autren’apasvu les mêmes choses que nous et sous le même aspect que nous.
Les Juifs n’y croientpas.Ilsn’ontpasvu lessignes.
Alors ils vont interroger ses parents.
« Ils posèrent cette question aux parents:‘Cethommeest-il bien votre fils dont vous prétendezqu’ilestnéaveugle? Alors, comment voit-il maintenant?’.Les parents leur répondirent:‘Noussommescertainsquec’estbien notrefilsetqu’ilestné aveugle.Commentmaintenantilvoit,nousl’ignorons.Quiluia ouvertlesyeux,nous l’ignorons.Interrogez-le,ilestassezgrand.Qu’ils’expliquelui-mêmeà son sujet’. Sesparentsparlèrentainsiparcequ’ilsavaientpeurdesJuifs.Ceux-ci étaient déjà convenusd’excluredela synagogue quiconque confesserait que Jésus est le Christ. » C’estcequenousdisionscematin: toute une persécution pour les Juifs qui étaient en voie de devenir chrétiens. Ils étaient chassés de la synagogue comme de mauvais Juifs. Les parents vont bien reconnaître son identité humaine : «C’estbien notrefils.En effet,ilestné aveugle. Mais maintenant, cequis’estpassé,demandez-lui ». Nous retrouvons là avec une insistance particulière dans ce récitlaresponsabilité personnellede notre foi.
Jepensequ’ily aeu uneépoque,ily aun siècle,danslemonderural,où lafoi chrétienne était un peu sociologique. Tout le monde en vivait. En plus, il n’y avait pas beaucoup de fêtes, donciln’y avaitàpeu prèsqueMonsieurlecuréquidetempsen temps faisait des fêtes et si les dames avaient un chapeau à montrer tellement il était beau ce ne pouvait êtrequ’àlamesse ou aux vêpres. Il y avaitun climatqui permettait de vivre la foi. Il n’y avait pas de moyen de locomotion. Dans le village, on vivait au rythme des fêtes liturgiques.C’étaitunefoioù on s’entraînaitmutuellement.
Nous vivons maintenant une autre époque que je vois, moi, comme un grâce, mais une grâce difficile : cela devient une affaire personnelle, personnelle. Le monde est tel que c’estl’affairedechacunde répondre « oui » ou « non » ou, c’estbien pire,pourlamajorité, parl’indifférence.
Benoît XVI depuis à peu près un mois, si vous lisez les textes de ses catéchèses, des Angelus, des sermons de Noël, revient beaucoup là-dessus : notre monde européen d’aujourd’huiestun mondeoù lamajoritédeshommesn’apasbesoin d’un Sauveur. Tout est
Là, cela nous renvoie à notre responsabilité : quelle image donnons-nous ? Est-ce une option ? Maintenant,on passedesexamensavecbeaucoup d’options.Donclafoi serait une option. Mais non ! Nous ne pouvons être vraiment hommes ou vraiment femmes que si nous connaissons Jésus Christ.L’enjeu estimportant.Cen’estpasseulement pour avoir de la religions, mais pourêtrepleinementhommeetpleinementfemmeparcequel’hommea besoin d’être sauvé. Cela devrait nous mobiliser davantagepour être moins timides dans l’évangélisation. Nous finissons par être un peu emberlificotés dans cette idéologie à la mode qu’estlatolérance: « Tu es comme cela. Moi, je suis comme ceci. On va essayer de parler davantagedelatendressedu gigotcommecela,au moins,on n’aurapasdeproblèmes».
Alors, on n’apasévoquél’essentieldelavie.C’estquand mêmetrèsgravequenous,qui formonsl’Eglise,nousen soyonsarrivés là ! C’estleproblèmedel’EglisedeFranceetde touteslesEglisesd’Europe.
Les parents ont tellement peur d’avoirdesennuisqu’ildisent : « Demandez-lui ».
Demandons au Seigneur dans le temps de la prière de nous montrer chaque fois que nous nous débinonspournepasavoird’ennuisparrapportànotrefoi.Jesaisbien quenousn’avonspas une âme de persécutés mais les premiers chrétiens, jusqu’au IVe siècle, quand ils étaient baptisés,ilssavaientquelecontrat,c’étaitlemartyrquelquesannéesaprès.
Maintenant, on a fait de la religion une situation confortable. Les autorités civiles, militaires et religieuses : le curé fait partie du décor aveclegénéraletlemaire.Cen’estpas cela, la foi ! Nous ne sommes pas là pour être pots de fleurs mais pourTÉMOIGNER.
Le martyr peut changer. Les premiers chrétiens étaient mangés par des lions. Je pense que tous ici, nous avons à peu près 99 chances sur 100 de ne pas être mangés par des lions mais nous pouvons être moqués, mis de côté. On peut ne pas prendre au sérieux notre manière de vivre. Il y a des tas de façonsd’êtrepersécuté. Cela fait partie de notre foi. A ce moment-là, il ne faut pas dire : « Oh,là,là...qu’est-ce que devient le monde, quand même ! », mais « Enfin !». Qu’a fait Jésus? Nous devons revivre l’expérience de Jésus. Il est allé jusqu’àdonnersavieetilveutquenousallionsjusqu’à donner notre vie.
Méfions-nous d’uneEglisequiprendraitun peu lesmœursdu monde.Que vous voulez que cela dise ? Rien du tout. Il faut donner notre vie et surtout ne dites jamais à votre curé, ni aux gens autour de vous : « Vous en faites trop » ! C’estvraimentlediablequi met cela dans votre bouche... Tant mieux si nous donnons notre vie et que nous nous tuons pour l’amourdu Christ.Allerjusqu’au boutetmourirsurla brèche par amour du Seigneur:c’est ce à quoi nous sommes appelés et qui doit donner un témoignage.
Donnons cette audace, ce goût du risque à nos enfants et petits enfants. Je pense à un garçon de terminale, assez jeune, brillant, très brillant, qui est venu me voir il y a quelques temps en me disant : «Moi,j’en ai marre de ne faire que des choses banales. Je veux faire des choses exceptionnelles, mon Père».C’estformidablequ’un jeunevienne vous dire cela. « Je suis dans la médiocrité. J’ai tout ce qu’il me faut, mais j’en ai marre... » Faire de l’exceptionnel. Nous avons cherché ensemble et je lui ai confié une charge un peu exceptionnelle.Ilvientd’ailleurstouslesmatinsàl’adoration.
Ilnes’agitpasdedire: « Pourquoi les autres ne sont-ils pas comme lui ? », mais, lui, au moins, que nous lui ouvrions la route : « Allez, vas-y ! » et non : « Fais attention ! Il faut passer ton BAC... ». « Vas-y ! Prends des risques ! », c’est cela, la foi. Donnons-nous ce témoignage ? Il ne s’agitpasde monter un témoignage de cinéma mais de le vivre nous- mêmes etd’allerjusqueboutdu don desoi.
Les parentsdel’ancien aveuglene veulent pas du tout aider leur enfant à naître. Eux, ils font attention à leur tranquillité.
«UnesecondefoislesPharisiensappelèrentl’hommequiavaitétéaveugleet lui dirent:’Rendsgloireà Dieu.Noussavons,nous, que cet homme est un pécheur’
par rapport au Sabbat.L’aveugleleurrépondit:‘Jenesaissic’estun pécheur.Je nesaisqu’unechose:j’étaisaveugleetmaintenant,jevois’.»
Voyez le bon sens que la foi donne à cet aveugle : « Vos catégories morales, gardez- les.Moi,jen’en saisrien sic’estun pécheurou pas.Parcontre,jesaisquejenevoyaispas clair et que maintenant, je vois et que cela a changé ma vie ». L’aveugles’appuiesurle signepersonnel.
Trèssouvent,c’estl’histoirede notre foi, en tout cas de la mienne : « Voilà ce qui m’estarrivé.Voilàcommentj’airencontréleSeigneur.Celam’estpersonnel.Vousvoulez passer cela au scanner de votre raison mais permettez-moi d’avoircettecertitude au-delà de vos scanners... ». Nous sommes tellement habitués maintenant à tout passer dans des moulinettes mais la foi ne passe pas au crible de la raison. La foi nous appartient et ce que nous avons vécu, ce que nous avons vécu non pas ce que nous avons appris, est essentiel.
Vous vous rappelez de la rencontre de Jésus avec Nicodème:ilfallaitqu’ilpassedu «je sais » à «je crois». Or, au niveau de la foi, nous en sommes très souvent restés à « je sais ».
Il faut passer au niveau du « je crois », «j’en aila CERTITUDE».
C’estcequerépond l’aveugleen les envoyant promener : «Jenesaispassic’estun pécheur, par contre j’étaisaveugleetjevois».
« Et ils lui dirent:‘Quet’a-t-il fait ? Commentt’a-t-il ouvert les yeux ?’. »
L’aveugleprogressedanslafoi. Il a une certaine audace pour leur répondre :
«Je vous l’ai déjà raconté mais vous n’avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous l’entendreencoreunefois? Voilàletraitd’humourN’auriez-vous pas le désir de devenir vous aussi ses disciples ? »
«Vousn’avezpasécouté.Vousn’avezpasreçu lemessage.Cen’estpasparceque je vais vous le redire encore que vous allez croire... » Les Pharisiens font une analyse un peu rationnelle, juridique:ilfautfaireun dossier.C’estun peu lamanièredontfonctionne notre société. Vous avez un problème, on vous dit : « Faites un dossier ». La foi ne se manie pas commecela.Non,lafoiestd’un autreordre.
L’aveugle a beaucoup de répondant.La foi donne une identité courageuse et intelligente. Si on pouvait plaider un peu cela parce que beaucoup nous prennent pour des nigauds : « Ils sont en train de se laisser endoctriner par un vieux curé. Ce sont de vieux bourgeois qui ne savent pas quoi faire...».C’estl’analysequebeaucoup feraientdenotre journée.Maisc’est beaucoup plus que cela. Nous sommes là pour autre chose, pour une rencontreaveclapersonnedu Christ.Noussommeslàen train d’écouterlaParoledeDieu.
L’aveugle a une certaine audace. Sa foi grandit. Je ne sais pas si depuis ce matin vous voyez dans le texte comment la foi grandit chez cet aveugle. Reprenez chacun des élémentspourvousaideràprier.Ilestmendiantau bord d’un chemin.Ilnedemanderien.
Jésus le voit. Jésus ensuite le met dans un processus de conversion : « Va te laver à la piscine de Siloé ». Ily vaetvoilàqu’en même tempsque cette grande joie dans sa vie de voir,qu’est- ce que cela lui complique la vie!On nes’estjamaistant intéressé à lui, en particulier les responsablesreligieux.C’est pour cela que je vous disaistoutàl’heurequ’ils’estpeut-être dit : «Mon Dieu,j’auraismieux faitderesteraveuglesurmon trottoir! ».
Est-cequecen’estpasdansnotrecœurdepenser: «Etrechrétien,aprèstout,c’est quand même bien compliqué ? ». N’avons-nous pas cette pensée qui sommeille et qui peut se réveiller à certains moments quand notre foi nous attire des ennuis ? Et cela nous en attire parfois d’importants dans le travail, dans les responsabilités. Ilva bientôt y avoir les élections : affirmer qu’on croiten Jésus Christ... Je n’ai pas encore entendu un candidat l’affirmerclairement,c’estdommage.C’estaussiun signedestemps.Oserl’affirmer. « Oui, mais je vais perdre des voix... » Quand vous proposez uneaffichechrétienneaujourd’huipour annoncer Noël, certains commerçants disent : « Oh, non ! Vous voyez,j’aidesclientsquine sont pas de ce bord, ça pourrait les choquer ». Nous sommes dans un monde où on nous a complètementenfermésau nom delasaintetolérancealorsnousn’avonsplusledroitd’être ce que nous sommes. N’avons-nous pas abandonné nous-mêmes ce témoignage ? Sous prétexte que cela allait apporter je sais quoi... Rien du tout ! Une espèce de magma dans lequeln’importequifaitn’importequoi.
Voyezlecheminementdel’aveugle.Les Pharisiens lui demandent : « Qui est-il pour toi ? » « Un prophète. » Voilà où il en est. Voilà peut-être où nous en sommes et comment nous allons encore grandir avec lui en parcourant le texte.
« Les Pharisienssemirentalorsà l’injuriervoyez la persécution et ils disaient:‘C’esttoiquiesson disciple.Nous,noussommesdisciplesdeMoïse.Nous savons que Dieu a parlé à Moïse tandis que celui-là,nousnesavonspasd’où il est’.»
La foi des Pharisiens est dans le passé. Ils peuvent croire de toutleurcœur à Moïse,iln’estplusvivant...Voilàqu’arrivelenouveau Moïse,Jésus,poursauverlepeupleet ilsnepeuventpasl’accueillir.« Nous, nous savons, nous sommessûrs.Qu’est-ce que tu nous appelles à croire à cet homme qui vient déranger la manière dont nous avons bâti notre foi ! »
L’aveugleguériaunerépliquequimontrequ’ilavraiment toute la grâce de Dieu :
«L’hommeleurrépondit:‘C’estbien là en effetl’étonnantquevousnesachiezpas d’où ilestalorsqu’ilm’a ouvertlesyeux.Dieu,nouslesavons,n’exaucepasles pécheurs.Maissiun hommeestpieuxetfaitsa volonté,Dieu l’exauce.Jamaison n’a entendu direquequelqu’un aitouvertlesyeuxd’un aveugledenaissance.Sicet hommen’étaitpasdeDieu,ilnepourraitrien faire’.Ilsripostèrent:‘Tu n’esque péché depuis ta naissance et tu viens nous faire la leçon!’etilslejetèrentdehors.»
Voyez la force de la foi de cet homme qui est capabled’argumenteravec des théologiens, où du moins des hommes qui se croient tels. Reprenons un peu son argumentation assezétonnante.Ellevientdel’EspritSaint:
«C’estcela quiestétonnant,quevousnesachiezpasd’où ilestalorsqu’ilm’a ouvert les yeux. » En fait, Jésus aétécapabledemodifierl’ordredelacréation,l’ordredu monde.C’estétonnant! «Qu’ilsoitpécheurou non,jen’en saisrien maisily aun signe: il m’aouvertlesyeux.» Le témoignage de notre foi doit devenirun témoignagepersonnel.
On apprenait dans la bonne éducation il y a quelquesdizainesd’annéesquelemoi esthaïssableetqu’on nedoitjamaisdire«je ». Dans le domaine de la foi, on ne peut dire que
« je » : «Voilà ce queje crois. Voilà mes raisons de vivre.Voilàcequim’éclaire». Mais c’estdangereux parcequ’àce moment-làon peutrecevoirtouteslesattaques.Tantqu’on est dans un « on » indéfini, on ne risque pas grand-chose. Dans un « nous », non plus. Mais dans un « je »... S’exposeràêtredémolidanssapersonneà cause de sa foi.
Jean a travaillé ce texte pour en faire une catéchèse et il a écrit ces dialogues pour donner un enseignement. L’hommedit : «Jamais on n’a entendu dire que quelqu’un ait ouvertlesyeuxd’un aveugledenaissance.Sicethommen’étaitpasdeDieu,ilnepourrait rien faire» et alors on le jette dehors. Vous avez là le cheminement de ce mendiant guéri par Jésus et le monde religieux qui est imperméable à ce signe. Vous avez les deux mondes, qui sont aussi en chacun de nous, il me semble.
En réfléchissant sur moi-même, il me semble que nous avons ces deux mondes en nous et que de temps en temps ces deux mondes s’opposent. Nous avons parfois, après un tempscommeaujourd’hui, envied’allerplusloin,d’oser,desauteretpuisaprèsnous nous reprenons : « Attention, attention, demain, cela va se calmer... » et nous revenons à notre train-train quotidien, à nos habitudes. Il faudrait que ce soit continuel, que nous ayons constamment la foi chevillée au corps.
L’aveugleestrejeté par les croyants Juifs, lui qui vient de vivre une expérience extraordinaire, comme Jésus sera rejeté à la synagogue de Nazareth, comme Jésus sera rejeté par sa fratrie qui ne croyait pas en lui. Sur la croix, il sera encore rejeté par peur par les apôtres.Iln’y auraqueJean etMarieàresterlà.Lesautres sont allés se camoufler où ils pouvaient. Il faudra la force de la Résurrection pour les faire sortir de leur Cénacle verrouillé.
Dans cette lecture, vous avez déjà toute laforcede la Résurrection. Elle est située bien avantdansl’EvangiledeJean, maisquand cetexteestrédigésouslaforcedel’Esprit Saint vous avez déjà toute la force de la Résurrection.
Il est intéressant aussi de noter que les capacités humaines de cet homme sont plus que dédoublées. Le mendiant assis sur le trottoir, depuis sa naissance, n’a pas dû faire beaucoup d’études. Le voilà maintenant capable d’entrer en discussion avec tous ces théologiensdel’époque! La foi ne nous donne pas un certificat de connaissances religieuses, elle décuple nos forces humaines.
Je pense que si vous faites une relecture de votre vie et que vous voyez tel événement qui a été très douloureux, un deuil, une maladie, des problèmes graves avec des enfants et que vous vous demandez : « Mais commentj’aipu me sortirdelà? », vous pensez : «C’étaitla foi.C’étaitla FORCEde mon baptême.Jenem’en étaispasaperçu».C’estpourcelaqu’il faut faire des relectures de temps en temps. La foi nous donne des forces humaines différentes.
Les américains aiment beaucoup faire des statistiques. J’ailu un article dans une revue médicale. Ils avaient pris mille personnes et pour les 500 qui priaient tous les jours et qui avaient une foi vivante les médicament ne réagissaient pas de la même manière que pour ceux qui ne priaient pas. Ce qui prouvebien quelaprièreetlafoi,cen’estpasdu bidon! Nous le voyons pour ceux qui se battent avec une maladie, avec des traitements douloureux, compliqués et lourds :s’ilsontau fond du cœurcedésirsdu combat,immédiatement,celane veut pas dire que tout va aller mieux, mais ce sera tout différent de ceux qui se laissent aller.
La foi a une dynamique importantedansl’humain.Jemepermetsd’insisterlà- dessus parce que notre société sécularisée sépare les deux. Elle ne voit pas que la foi peut transformerl’humain.C’estun grand thèmedeBenoît XVI qui dit : l’Europe,oui.Maissi vous ne revenez pas aux racines chrétiennes pour lui donner sa vraie valeur, vous vous casserezlafigure.C’estceque nous voyons. Mais qui va lui donner ces racinessicen’estpas nous ? Nous sommes trop pâles. Il faut que nous vivions notre foi. Elle transforme nos capacités humaines. Je connais de ces hommes, de ces femmes quim’édifient,quimefont grandirquand jevoisquelafoi,c’estcelaquilestient,c’estcelaquilesfaitvivrealorsqu’ils auraient peut-être un âge ou une situation dans laquelle ils pourraient dire : « Maintenant, on reste dans notre fauteuil ». Non, ils continuent de s’engager,parcequec’estla foi qui est vivante dansleurcœur.
Devenons un peu de ces chrétiens. Pour cela, puisons notre force dans la prière, dansl’adoration. Profitez de ce bon temps que nous allons avoir et nous continuerons à regarderl’aveuglequin’apasfinison cheminement. Il va encore franchir une étape assez étonnante.
3èmeCONFERENCE
Nous continuons de cheminer avec notre aveugle guéri. Nous en sommes au verset 35. Voilà Jésus qui réapparaît dans le récit. Pendant tout le temps précédentJésusn’est pas là, il a disparu, il est ailleurs.
«Jésusappritqu’ilsl’avaientchassé.»
Au début le récit disait «Jésusvitl’aveugle» etvoilàqueJésusaapprisqu’on l’a chassé : une sorte de compassion que Jean a voulu noter parce que cet aveugle est devenu un disciple, un fils aimé du Père à qui Jésus a ouvertlesyeux.Apprenantqu’ilaétéchassé, Jésus réapparaît.
« Il vint alors le trouver et lui dit :‘Crois-tu, toi,au Filsdel’Homme?’.Etl’aveugle de répondre : ‘Qui est-il, Seigneur, pour que je crois en lui ?’.Jésus lui dit : ‘Eh bien,tu l’asvu,c’estceluiquiteparle’.L’hommedit:‘Je crois, Seigneur’et il se prosterna devant lui. »
Vous avez la le but de toutcerécitcatéchuménal,l’étapedécisiveparlaquellenous avons à passer et que nous devons renouveler constamment. On ne campe pas dans la foi.
Nous avons reçu mais nous devons aussi franchir à nouveau toutes ces étapes.
Essayons de décortiquer letexte.C’estJésus qui prendl’initiative. Il aapprisqu’on a chassé l’aveugle: «Il vint alors le trouver et lui dit...».C’estJésusquiprend l’initiative.
Nous l’avons déjà dit plusieurs fois cette année. Interrogeons-nous :est-ce que Jésus peut encore prendre des INITIATIVESdans notre vie ?Autrement, elle est tellement bien organiséequ’on nevoitpasoù ilpourrait se faufiler dans une vie trop agitée, trop occupée.
D’où cestempsdedésert,decontemplation.Pendantl’adoration est-ce que nous laissons à Jésusl’initiative? Oubien nousl’avonstellementbien préparée,toutestbien prêt, mais Jésus ne peut pasprendred’initiative.A lamesse,est-ce que Jésus prend encorel’initiative ou bien sommes-nous là à suivre dans notre missel ? Est-cequeJésuspeutprendrel’initiativedans notre vie courante, dans nos allées et venues, dans notre travail, dans notre vie de couple, dans notre vie de famille ?
Pour qu’il puisse prendre l’initiative, il fautque nous soyons disponibles. Nous n’osonspeut-être pas lui dire clairement : « On verra plus tard », bien que certains le fassent :
« Ah mon Père, quand je serai à la retraite, vous verrez... ». « Malheureuxai-je envie de dire comme Jésus: est-ce que tu arriveras à la retraite ? » Il ne faut pas remettre à demain.
Dieu peut-il avoir cette initiative, ce quenousdisionscematin,l’inattendu ? Laisser l’initiative à Jésus, c’estaccepter de se laisserdéranger et de laisser nos constructions être un peu chamboulées. Chaque fois que nos constructions, notre horaire, notre emploi du temps sont bousculés, rendons grâce à Dieu :c’estpeut-êtreluiquiprend l’initiative.
« Alors Jésus lui dit:‘Crois-tu au Fils del’Homme?’. »
Ce nom que Jésus se donne à lui-même vient du prophète Daniel. Le dialogue est très intéressantparcequel’aveugleluidemande : «Mais qui est-il pour que je crois en lui? ». La réponse de Jésus est la conséquence du signe : «Tu l’asvu,puisquetu esguéri.Tu l’asvu! Tu ne pouvais pas le voir avant quand tu étais un aveugle de naissance. Il a fallu que tu sois guéri ».
Nous sommes des aveugles guéris. Le baptême nous a guéris, nous a donné la possibilitédevoir.L’Eglise, dans sa pédagogie, nous fait renouveler notre baptême la nuit de Pâques. Elle nous fait redire : «Je crois, Seigneur».
«‘Tu l’asvu,c’estceluiquiteparle.’Alorsl’aveugledit:‘Je crois, Seigneur’et il prend l’attituded’adoration il se prosterna devant lui’.»
Vous avez là en quelques mots tout l’essentieldecerécit. Tout le récit que nous avons relu ensemble aujourd’hui conduit à cette rencontre,une RENCONTRE qui nous entraîne toujours plus loin dansl’actedecroire.
On peutcroireavecsatête,un peu avecson cœur,maispastrop parcequesion joue du cœurcela risque de nous entraîner plus loin que nous ne le voudrions... Il fautque ce soit tout notre être qui adhèreet pas seulement en rester à des thèses de foi. Croire,cen’estpas suivre unethèse,c’estuneadhésion detoutnotreêtre.C’estlaplusbellepreuvedel’amour de Dieu de faire confiance qu’ily aen nous,qui sommes créés à son image, la capacité de croire.C’estcequ’ily a deplusbeau dansl’homme. Tout homme, tout homme, toute femme, a cette capacité de croire, d’où lanécessitédel’évangélisation.Maisfaut-il encore qu’ilsrencontrentquelqu’un quipermetteàJésusdeleur demander : « Crois-tu ? »...
Quand je reçois des familles pour les obsèques ou des fiancés pour la préparation au mariage,j’entendssouvent: « Mon Père, nous sommes très croyants dans la famille, mais nous ne sommes pas pratiquants». Moi, je leur dis toujours pour les taquiner : « Moi, je suis très pratiquantmais je ne suispas assez croyant».C’estle refrain : « croyant », mais croyant en qui, on ne sait pas. On a séparé un peu les deux : «Jet’aimebeaucoup,maismoinsjete vois,plusjet’aime»,c’estun langage incohérent.
Iln’y a pasdefoisansla rencontre. A partir du moment, au XIIe siècle je crois, où on a dû dire que la rencontre du dimanche était obligatoire, on est tombé bien bas. Qui oserait direàdesfiancésplein d’amourl’un pourl’autre: « Si vous vous aimez, vous devez vous voir une fois par an » ! On n’estplusdansladimension del’amour,c’estl’obligation,laloi. Alorslaloi,on l’arrangeselon sesdésirs propres....
Nous avons besoin de la rencontre avec le Seigneur et nous avons la chance de pouvoir le faire dans les Sacrements. L’Eglise, au Concile de Trente, a privilégié sept rencontres, mais ily en abien d’autres.Est-ce que chaque jour la rencontre avec le Christ est prévuedans notre planning ?Je demande souvent cela aux enfants du catéchisme : cette rencontre, est-cequ’elle est prévue au moment privilégié de la journée et pas le soir, quand j’airegardéladernièreémission àlatélévision etquejemarmonneuneprière en mangeant du chocolat. « Il faut que Dieu se contente de cela, cen’estdéjàpasmal...»
Est-ce que cette rencontre est pour nous essentielle, première, placée au moment où
? C’estànousdenousprépareràlarencontre.C’estJésusqui
les jours. Des journées comme celles-ci sont une rencontre mensuelle. Certains font une retraitechaqueannée,c’estune rencontre annuelle. Une rencontre qui va avoir son poids, pas une rencontre éphémère. Pas marmonner une prière, allumer une bougie...
Cette rencontre est le sommet decerécitdel’aveugle. Il a été guéri de sa cécité pour arriver à cette rencontre. «Qui es-tu, Seigneur? » «Celui que tu vois». Tout tourne autourdel’expériencedevoir.«Alors Seigneur, je crois» et il se prosterne devant lui.
Saint Jean tire ensuite de ce récit tout un enseignement qui est très important pournous.C’estla suite du chapitre 9 :
« Jésus dit alors :‘C’estpour un jugement que je suis venu dans le monde : pour que ceux qui ne voyaient pas voient et que ceux qui voyaient deviennent aveugles’. » Cela demande une explication : ceux qui croient voir, ceux qui, comme les Pharisiens ont beaucoup de religion. Ils sont sûr d’eux.Ils croient voir mais ils ne voient pas.
Ils sont enfermés. «Je suis venu dans le monde, dit Jésus, pour que ceux qui ne voyaient pas voient.» C’estce que va commencer à faire Jean-Baptiste en ouvrantlescœurs. Dans les sessionsqu’ilavaitorganiséesau bord du Jourdain, il aidait les Juifs qui voulaient se réveiller dans leur foi à voir.
Le VOIR DE LA FOI est un voir autrement. C’estce voir que nous devons développer, faire grandir.Lessacrementsnouspermettentd’affinernotreregard.
Au moyen âge, quand le prêtre disaitlamessetournéversl’orient,c’estlepeuplede Dieu qui a manifesté en disant : « On voudrait voir l’hostie». Ce n’est pas venu d’une décision du pape et des évêques.C’estlepetitpeupledeDieu quiadit: « Nous voulons voir », étant donné que le prêtreétaittournéversl’orient.Ilfaut voir et dire : « Seigneur, tu es là, je crois. Tu es présent, là, dans ce pain, dans cette coupe », après on se prosterne comme l’aveugle, mais il faut déjà voir.
L’Eucharistienousapprend à voir. Dimanche, je taquinais un peu les chrétiens de ma communauté en leur disant : «Quand voussortezdel’Eucharistievousnevoyezplus votre mari comme lorsque vous êtes entré. Vous ne voyez plus votre femme de la même manière. Vous ne voyez plus vos enfants de la même manière. Vous ne voyez plus votre voisin de palier qui vous casse les pieds de la même manière. Vous ne voyez plus les gens dans la rue de la même manière. Vous avez un autre voir ». De dimanche en dimanche nous transformons notre voir. Plus les choses sont petites, presque insignifiantes, plus nous les voyons. La foi nous apprend à voir.
Dans le miracle des dix lépreux rapporté par les synoptiques, tous ont été guéris, maisiln’y en aqu’un quiavu que Jésus était Fils de Dieu et qui revient en arrière. Tous les autress’en vont.Ici,c’est pareil:l’aveugleauraitpu partir.Il avait vu, il aurait pu disparaître danslafoule...Non,ilrevient.C’estintéressant comme enseignement dans le texte. Il y a un mouvementdans ce récit entre Jésus qui voitl’aveugleetmaintenantl’aveugle qui voit le Fils de Dieu, uneprogressiondans sa foi.C’estpour cela que ce texte du chapitre 9 est toujours lu comme une catéchèse, comme un cheminement catéchuménal.
Jésus dit : «Je suis venu pour que ceux qui ne voient pas voient et que ceux qui croient voir deviennent aveugles».Detempsen temps,c’estpeut-être notre péché, tout au moins ce que nous pouvons apporter à la guérison du pardon : «Jen’aipasvu parceque j’étaisl’obstacleàcequejevoyais».Nous sommes souvent l’obstacleà ce voirparce que nous nous occupons trop souvent de nous, de ce que nous ressentons. Nous ne voyons plus rien en dehors de nous, tout passe par notre propre personne, nous comprenons tout ce que nous voyons par rapport à ce que nous vivons, par rapport à nos repères.
Voir autrement... L’autrejour,jerencontraisun desaumônierslaïcsdelaprison etil medisaitquec’étaitunegrande découverte pour lui:voirnon pasl’hommequiestcondamné pour avoir commis tel forfait mais essayer de voir en lui celui que Jésus aime. Cela le fait grandir dans sa foi.C’estlachancedeceregard defoiqueJésusnousapprend.
« Alors les Pharisiens qui étaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent :
‘Est-ce que par hasard nous serions des aveugles nous aussi ?’.Ils ont bien compris queJésuss’adressaitàeux. Jésus leur répondit : ‘Si vous étiez des aveugles, vous n’auriez pas depéché, mais à présent vous dites : Nous voyons, votre péché demeure’. »
« Je ne peux rien faire pour vous puisque vous croyez que vous voyez. Vous êtes tellement sûrs de vousqu’iln’y apas de guérison possible. »
C’estun autreaspectdansnotreviespirituelleetsainteThérèsedel’EnfantJésusle dit beaucoup : si nous sommes parfaits, Jésus ne peut plus rien faire pour nous. Si tout va bien, tout est en ordre, nous trouvons toujours un autre qui est pire et nous sommes forcément meilleurs... Alors, nous rendons Jésus incapable d’agir. C’est très important dans notre cheminement spirituel. Combien de fois empêchons-nous Jésus de nous guérir ? Si nous croyons que nous ne sommes pas malades, rien en nous ne permet à Jésus de venir nous guérir.
La lucidité nous est donnée en particulierparlaParoledeDieu.L’Eglisevoudrait que ce soit laPAROLE DE DIEUqui nous donne lalucidité sur nous. Dans le rite zaïrois de la messe permis par Jean-Paul II, on commence par lire la Parole de Dieu et c’est seulementaprès qu’on sereconnaîtpécheur.C’estlaParole de Dieu qui montre notre péché.
Ce matin, plusieursd’entrevousontétéfrappésparl’Evangiledelamesseen y voyant un combat spirituel pour lequel Jésus est venu. « En effet, moi, je ne combattais plus.
Jem’étaisbien installédansmafoimaisiln’y avaitplus ce combat profond contre ce qui freinel’action du Christen moi».Unedécouverte...C’estimportant.UneParolequinous éclaire, pour reprendre les termes de ce chapitre 9. Jésus le fait avec beaucoup de délicatesse.
Nous l’avons dit lorsque nousavons parlé du Sacrement du Pardon : il faudrait toujours que ce soit la Parole de Dieu qui nous montre notre péché et non pas un code moral. Une Parolem’éclairesouventquand jereçois le Sacrement du Pardon : « Contrister l’Esprit».VoilàuneParolequifaitmouche.C’estsouventquejem’aperçoisquejecontriste l’Esprit,quejelerendstriste,parcequejeneluiobéispas,jeneréponds pas à son intuition.
Non pas rendre la Parole moralisante, surtout pas, mais voir comment elletouche notrecœur
A ce moment-làJésuspeutnousguérir,commel’aveugle.Alors que les Pharisiens ily atoujourscetteopposition,dansl’EvangiledeJean en particulier, il ne peut pas les guérir de leur cécité : ils savent tout, ils savent tout sur le Sabbat, ils savent tout sur la loi et même,ilsl’appliquentàun iotaprès.Ilsnemanquentjamaisàlaloimaisilsn’ont pas ce nouveau regard que Jésus donne.
Nous pouvons relire de temps en temps ce texte du chapitre 9 parcequ’ilesttoute l’histoiredu baptême. Le baptisé est celui qui est guéri de son aveuglement. Nous aurions une manière de vivre notre foi toute différente si nous avions davantage conscience que nous sommes des aveugles guéris, et pas guéris par nos propres efforts.C’estaussiun danger: construire notre propre perfection,selon lescritèresdenotremilieu,del’éducation quenous avons reçue.C’estun peu commelatourdeBabel: celui qui construit lui-même sa maison.
Alors qu’il faut laisser Jésus nous guérir de notre cécité pour nous monter le chemin deperfection qu’ilchoisitpournous.C’estrisquécarc’est un chemin que parfois nousn’aimerionspassuivre. Nous préfèrerions lui donner des conseils : « Ne choisis pas ce chemin-là, plutôt un autre qui convient mieux à mon tempérament, àma manièred’être».
Faire tellement confiance au Seigneur, au point de croire quec’estluiquiva nous montrer le vrai chemin pour pouvoir grandir.
Je crois quele mot capitalde cette journée est leVOIR. Il revient constamment dans l’Evangilede Jean, en lien avec notre destinée:nousallonsvoir.SaintPaulditdansl’unede ses Lettres : pour le moment, nous voyons à travers un voile, le voile de la foi. Mais nous allonsverslapleinelumière.D’où le désir de progresser danscevoir.C’estcequihabite beaucoup ma vie, mon expérience spirituelle : je découvre très souvent de nouvelles réalités danslemystèredelafoietj’ensuis heureux. Parfois par un enfant, par l’unde vous qui me permet de voir. Quand nous célébrons le Sacrement du Pardon, c’estformidableparcequ’en nous apportant votre péché, vous nous montrez le nôtre. Quand on reçoit beaucoup de pécheurs, on finit par mieux voir pour soi.Vousnouséclairezetc’est toutel’aventuredu peuple de Dieu. Nous nous éclairons mutuellement.
Pour les Pharisiens, tout était dans un certain ordre. C’estledangerquinousmine: le quant à soi. Et voilà que Jésus, au contraire, fait de cet aveugle un homme beaucoup plus prochedel’histoire du salut quelesPharisiens.C’esttrèscontestataire.Pourquoil’Evangile parle-t-il tant du pharisaïsme ? Parce quec’estledangerpour tout croyant chrétien. Il faut nous demander de temps en temps si nous nesommespastombésdanscetraversparcequ’à ce moment-là Jésus est impuissant à notre égard.
Demandons au Seigneur la grâce de nous éclairer.