1
LA GRANDE TRIBULATION ou l’angoisse de Jacob
(partie 1)« Car alors il y aura une grande tribulation comme il n’y en a jamais eu depuis le commencement du monde et comme il n’y en aura plus. En effet, si ces jours-là n’étaient pas écourtés, personne ne serait sauvé. Mais à cause de ceux qui ont été choisis, ces jours-là seront écourtés. » (Mat- thieu 24:22)
La « grande tribulation » est une expression biblique bien connue des croyants mais renvoie-t-elle pour autant à un enseignement pré- cis et stable ? Nous proposons au lecteur de faire un point sur cette notion eschatologique intéressant les générations à venir, qui ne peu- vent plus se satisfaire d’enseigne- ments relevant de postures doctri- nales acquises, réputées figées car révélées.
Introduction
Bibliquement, la « tribulation » est un jugement qui répond à une situa- tion de désobéissance et de rébel- lion caractérisée. Les tribulations bibliques sont autant de plaies et fléaux que l’Adonaï Elohim utilise, ou autorise, pour sanctionner une impasse collective suffisamment dégradée pour que tout appel à une énième repentance soit devenu su- perfétatoire.
L’histoire humaine est hélas parse- mée de ces tribulations. De la Ge- nèse à l’Apocalypse, les saintes écritures déroulent telle une méca- nique implacable ces terribles fléaux qui frappent une humanité en
perdition morale et rebelle aux ap- pels des prophètes et à la Torah de l’Elohim d’Israël.
Cette logique de malédictions ci- blées est bien connue et codifiée dans la Loi ; il s’agit même de la conclusion de la Torah portée par Moshéh : « J'en prends aujourd'hui à témoin contre vous le ciel et la terre : j'ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédic- tion. Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta postérité, pour aimer l'Ado- naï ton Elohim, pour obéir à sa voix, et pour t'attacher à lui : car de cela dépendent ta vie et la prolongation de tes jours… » (De.30 :19-20) Très vite, l’humanité fut rattrapée par cette logique immuable d’ac- tions/réactions, dans le cadre de son libre arbitre assumé ou non.
Dès le premier meurtre (Qaïn &
Evel), l’homme choisit et doit assu- mer une voie qui le prive des béné- dictions. Les premières civilisations pré-diluviennes, caractérisées par leur méchanceté, leur perversité, leur violence, disparaissent alors sous la tribulation du déluge, qui fut
2 en soi, une très grande tribulation1. Mais un homme et sa famille trou- vent grâce aux yeux de hwhy car Noah fut estimé « juste ». Noah survit donc à la grande tribulation pré-diluvienne et organise, par obéissance, sa survie et celle des siens.
Avec l’épisode de Loth, une forme plus localisée et clairement ciblée de tribulation s’abat sur les villes perverties de Sodome & Gomorrhe.
A l’occasion d’un dialogue surréa- liste, mais devenu structurant pour la suite de l’histoire humaine, Avra- ham négocie avec le Créateur la sauvegarde de ces villes au pré- texte de la présence de justes en leur sein. Il lui est alors concédé de réunir 10 justes, un mynian, pour le- ver le décret divin. Mais il suffira de constater que ce mynian manqua à la ville, pour précipiter sa destruc- tion. Loth et une partie de sa famille furent en effet pressés de sortir du milieu de la ville condamnée.
Avec l’épisode égyptien des 10 plaies, prélude à la sortie des hé- breux du pays de l’angoisse et de l’esclavage, une nouvelle notion est introduite : celle d’une série de plaies successives et croissantes dans leur intensité, susceptibles de n’atteindre qu’une partie du terri- toire et d’en épargner une autre.
1 « Alors hwhy dit à Noah : la fin de toute chair est arrêtée par devers moi ; car ils ont rempli la terre de violence ;
Des plaies « intelligentes » ca- pables de discriminer leurs cibles, pour autant que ces cibles obéis- sent au processus de sauvegarde et de « mise à part » : c’est le Péssah de hwhy. Au bénéfice d’un protocole précis, les plaies « pas- sent au-dessus » et épargnent ceux qui adoptent, par foi et obéissance, ce protocole de protection.
L’histoire des hébreux dans le dé- sert puis l’histoire des Israélites en Eréts-Israël sont remplies de ces rendez-vous avec les décrets di- vins, qui tantôt épargnent, tantôt s’abattent avec force sur les ac- teurs de ces tragédies. Si les na- tions qui affrontèrent Israël ne sont naturellement pas exemptées et af- frontèrent ces décrets divins, Israël fut également le premier à devoir assumer cette mécanique et cette logique mosaïque : choisir la vie ou accepter la malédiction, corollaire de l’absence de bénédiction.
Mais la « grande tribulation », objet de la présente étude, peut-elle rele- ver d’une logique différente de toutes les tribulations déjà obser- vées ? En quoi cette tribulation, qualifiée de « grande » par l’Adôn Yéshoua Lui-même, serait-elle plus grande que la Shoah, par exemple ? Question terrifiante. De quoi, de qui parle-t-on en évoquant
voici, je vais les détruire avec la terre ». (Genèse 6 :13)
3 cette grande tribulation ? Com- ment, où et pourquoi devons-nous la considérer comme inéluctable et nous y préparer en dépit des ensei- gnements qui stipulent que les as- semblées chrétiennes ne seraient pas concernées par cette énième condamnation des seuls fils de Ja- cob-Israël ?
Dès lors que cet enseignement, lié à l’enlèvement secret et généralisé des « assemblées en Christ », se- rait erroné, à quoi correspondent les doctrines de « pré-tribulation- nisme, mi-tribulationnisme, post-tri- bulationnisme2 » et sont-elles au- thentiques du point de vue des pro- phètes d’Israël ?
La grande tribulation : de quoi parle-t-on ?
L’expression est bibliquement flé- chée sur un évènement unique et caractérisé par son intensité. La quasi-totalité des prophètes d’Israël s’est exprimée sur le sujet : Jéré- mie, Daniel, Isaïe, Joël, Sophonie, l’Adôn Yéshoua et bien évidem- ment Yohanan haDody, Jean le bien-aimé auteur du livre de la révé- lation de Yéshoua ou Apocalypse.
« Et durant ce temps-là se lèvera Mikhaël, le grand prince qui se tient là en faveur des fils de ton peuple.
Et à coup sûr ce sera un temps de
2 Avant la tribulation, au milieu de la tribulation - soit à 3,5 années du début de la tribulation - et après la tribulation,
détresse tel qu’il n’y en a pas eu de- puis qu’une nation a paru jusqu’à ce temps-là. Et durant ce temps-là ton peuple échappera, tous ceux qui seront trouvés inscrits dans le livre » (Daniel 12:1).
« Car hwhy, le Seigneur des armées célestes, tient en réserve un jour où il se dressera contre tous les hau- tains, les arrogants, les orgueilleux, pour qu’ils soient abaissés… il courbera la fierté des humains et il abaissera l’orgueil humain. Car, en ce jour-là, hwhy sera seul honoré. Et toutes les idoles disparaîtront en- semble. On se réfugiera dans les cavernes des rochers et dans les antres de la terre à cause des ter- reurs que hwhy-Elohim provoque, de l’éclat de sa majesté quand il se lèvera pour terrifier la terre » (Isaïe 2:12-19).
« Hélas, quel jour ! Le jour de hwhy approche ! Comme un fléau dévas- tateur déchaîné par le Tout-Puis- sant, il va venir » (Joël 1:15).
« Malheur ! Quel jour terrible ! Il n’y en a pas d’autre semblable à celui- là ! C’est un temps de détresse pour les descendants de Jacob, mais ils en seront délivrés…Voici que la tempête de hwhy-Elohim se lève, sa fureur se déchaîne, l’orage tourbil- lonne, il se déverse sur la tête de ceux qui font le mal. La colère de
soit après 7 années.
4 hwhy ne se calmera pas avant qu’il ait agi et qu’il ait accompli les des- seins de son cœur. Dans les jours à venir, vous vous en rendrez compte » (Jérémie 30 :7 et Jérémie 23 :19).
« Je vais tout balayer de la surface de la terre, hwhy Elohim le déclare.
Je balaierai les hommes de même que les bêtes, je balaierai aussi les oiseaux dans le ciel et les poissons des mers, tout ce qui fait trébucher les méchants ; je retrancherai les humains de la surface de la terre, l’Adonaï le déclare… Car voici qu’il est proche, le jour de hwhy, oui, ce grand jour est proche, il arrive à grands pas, on entendra des cris amers au jour de hwhy … En effet, ce jour-là est un jour de colère, c’est un jour de détresse et de malheur, un jour de destruction et de désola- tion, un jour d’obscurité et d’épaisses ténèbres, c’est un jour de nuages et de brouillards épais,
… Leur argent et leur or ne pourront les sauver au jour de la colère de hwhy, lorsqu’il consumera la terre toute entière par le feu de son amour bafoué. Car il provoquera, - et ce sera épouvantable - la des- truction totale de tous ceux qui ha- bitent sur la terre » (Sophonie 1 :2, 1 :14 et 1 :18).
« Car ces jours-là seront [des jours d’] une tribulation telle qu’il n’y en a pas eu depuis [le] commencement de la création qu’Elohim a créée jusqu’à ce temps-là, et qu’il n’y en aura plus » (Marc 13:19).
A l’évidence, si Israël et les nations ont déjà dû faire face à de terribles jugements au cours de leurs desti- nées respectives, le « jour terrible » dont parlent les prophètes n’est point encore survenu car ces der- niers ont pris la précaution de préci- ser qu’aucune nation n’en a vécu de semblable à ce jour. Ces prophéties intéressent un temps qui n’est pas encore le nôtre même si des signes annonciateurs laissent présager qu’il pourrait être proche et pourrait concerner les générations à suivre.
A ce titre, nous avons osé poser la question irrévérencieuse et délicate de la Shoah. En quoi est-ce que la
« grande tribulation » pourrait-elle être plus « grande » que la Shoah ? Nulle prétention ici de vouloir com- parer ou mesurer un niveau de dé- tresse par rapport à un autre, mais d’estimer l’intensité du jour terrifiant annoncé par les prophètes d’Israël.
Un indice nous est donné par So- phonie : un jour d’obscurité et d’épaisses ténèbres, c’est un jour de nuages et de brouillards épais.
Dans l’Allemagne nazie du IIIème Reich, « ténèbres (nuit) et brouil- lard » se dit « Nacht und Nebel ».
Titre d’un film à vocation pédago- gique et de témoignage effroyable.
C’est surtout le nom de code d'un décret du 7 décembre 1941 signé par le maréchal Keitel qui ordonnait la déportation de tous les ennemis ou opposants à la politique hitlé- rienne. Avec le jour épouvantable
5 de Sophonie, nous voilà clairement renseignés sur la nature de ce jour de détresse. Car si les jugements commencent toujours par la maison d’Elohim3, nous pourrions dire qu’Israël a déjà dramatiquement vécu les prémices de cette épou- vantable séquence.
La grande tribulation : c’est quand ?
Pour les historiens et exégètes bi- bliques, ce jour est déjà passé, re- pérable ici ou là dans quelques dé- portations et destructions de la ville de Jérusalem, certes rasée à plu- sieurs reprises. Mais cette ap- proche pseudo-scientifique contre- dit l’annonce principale de l’Adôn Yéshoua Lui-même : comme il n’y en a jamais eu depuis le commen- cement du monde et comme il n’y en aura plus. Or, si ce jour de grande tribulation était déjà passé (via la destruction de Jérusalem en l’an 70 ou la grande diaspora de l’an 135 par exemple), alors nous de- vrions en conclure qu’il n’y aura plus jamais de telle tribulation. A nouveau, la Shoah est là pour nous rappeler que cette conclusion ne peut qu’être erronée. Dès lors, nous attendons cette tribulation comme un évènement à venir et réservé pour les derniers temps.
« Quant à toi, Daniel, garde ces pa- roles secrètes et scelle le livre
3 « Car c’est le moment où le jugement va commencer par la maison d’Elohim
jusqu’au temps de la fin. Beaucoup liront ici et là, et la vraie connais- sance deviendra abondante » (Da- niel 12: 4).
« Mais sache ceci : dans les der- niers jours, il y aura des temps diffi- ciles à supporter » (2 Timothée 3:
1).
« Quant à l’époque et au moment de ces événements, vous n’avez pas besoin, frères et sœurs, qu’on vous écrive à ce sujet : vous savez fort bien vous-mêmes que le jour du Seigneur viendra de façon aussi inattendue qu’un voleur en pleine nuit. Lorsque les gens diront :
« Paix et sécurité ! », alors la ruine fondra subitement sur eux, comme les douleurs saisissent la femme enceinte, et aucun n’échappera.
Mais vous, frères et sœurs, vous n’êtes pas dans les ténèbres pour que le jour du Seigneur vous sur- prenne comme un voleur » (1 Thes- saloniciens 5 :1-3).
L’expression « Paix et sécurité ! » ressemble à un slogan quasi poli- tique. Ce pourrait être le nom d’un parti ou d’un mouvement ou encore la profession de foi d’un candidat aux élections. Il pourrait également renvoyer au titre d’un traité de paix, d’un acte d’armistice et signifier la fin de conflits ancestraux. Les hommes de la génération qui ac- cueillera ce programme de société
» (1 Pierre 4:17)
6 faussement apaisée, s’enorgueilli- ront donc du nouvel ordre militaire ainsi installé et se féliciteront de l’impossibilité de déclencher de nouvelles guerres grâce à ce coup de génie politique porté par leur(s) chef(s). C’est alors qu’ils réaliseront la vanité de leur prétention à la paix et à la sécurité et qu’ils paieront un lourd tribut à leur alliance anti-mes- sianique.
Mais l’apôtre ne se contente pas d’annoncer la ruine soudaine des
faiseurs de fausse-paix ; il précise que le jour de l’Adôn ne surprendra pas les croyants authentiques. Tra- duisez : si nul ne connait le jour et l’heure, il est donné aux croyants de ne point ignorer les signes avant- coureurs et de rester vigilants tout au long de la séquence qui précé- dera ces évènements funestes pour ne point se faire surprendre : « Vous aussi, tenez-vous prêts, car le Fils de l’homme viendra à l’heure où vous n’y penserez pas. » (Luc 12 :40)
Bien que le sujet soit quelque peu technique, il nous semble important de resituer le thème abordé ci-dessous et logiquement relié à « la grande tri- bulation » avant de l’aborder directement rapporté à une très prochaine échéance dans le prochain périodique.
La théorie des 70 années et des 70 semaines d’années
Un enseignement évangélique con- temporain, relativement récent à l’échelle de l’histoire biblique, sti- pule que la « grande tribulation » in- terviendra aux termes des 70 se- maines d’années4 annoncées par le prophète Daniel. D’où provient cette doctrine et peut-on la justi- fier ?
L’enseignement du prophète Daniel s’appuie sur une réinterprétation d’un oracle du prophète Jérémie. Il
4D’où le néologisme de « septaine »
faut au préalable rappeler le con- texte historique : alors que le jeune Daniel - adolescent - fait partie des premiers déportés à Babylone, Jé- rémie est resté à Jérusalem et as- sume son ministère auprès des autorités religieuses et royales en- core en place. Il ne rencontre que très peu de succès auprès de ses congénères et souffrira toute sa vie d’une solitude et d’une incompré- hension qui lui vaudra le sobriquet de « jérémiades » en lien direct avec le thème principal du livre des Lamentations de Jérémie.
Pour autant, les deux prophètes
7 sont en connexion à distance et Jé- rémie écrit à son confrère Daniel, exilé à Babylone. C’est de cet échange épistolaire que naquit la théorie des 70 septaines.
Rappelons les faits : 3 exils succes- sifs eurent lieu sous Nabuchodono- sor II, qui emmena captive tout ou partie de l’élite juive de Jérusalem vers Babylone. Selon les thèses historiques diverses et souvent contradictoires, ces exils sont datés de - 606, - 597 et - 587 av J.C., date de la destruction de Jérusalem et de son Temple, celui de Salomon.
Daniel fait partie de la première diaspora et prospère à la cour du monarque babylonien, se faisant remarquer par sa sagesse et ses capacités à interpréter les songes5. Le prophète Jérémie écrit alors ces quelques lignes à ses infortunés compatriotes exilés :
« Tout ce pays deviendra une ruine, un endroit dévasté, et ces na- tions seront esclaves du roi de Ba- bylone pendant 70 ans. Cependant, lorsque ces 70 ans seront passés, j'interviendrai contre le roi de Baby- lone et contre son peuple à cause de leurs fautes, déclare l‘Adonaï,
5 Daniel présente de troublantes similitudes avec Joseph, fils de Jacob.
Emmené esclave, il finit gouverneur de la province de Babylone et meurt à l’âge de 94 ans, après avoir survécu à plusieurs épreuves mortelles (fournaise, fosse aux lions) et après s’être fait remarqué par ses facultés
j'interviendrai contre le pays des Babyloniens et j'en ferai un désert pour toujours. Je ferai venir sur ce pays tout ce que j'ai annoncé sur lui, tout ce qui est écrit dans ce livre, ce que Jérémie a prophétisé sur toutes les nations » (Jérémie 25:11-13).
« Voici le contenu de la lettre que Jérémie, le prophète, envoya de Jé- rusalem au reste des anciens en captivité, aux sacrificateurs, aux prophètes, et à tout le peuple, que Névoukhadnétsar avait emmenés captifs de Jérusalem à Baby- lone. Mais voici ce que dit l‘Adonaï : Dès que 70 ans seront écoulés pour Babylone, je me souviendrai de vous, et j'accomplirai à votre égard ma bonne parole, en vous ra- menant dans ce lieu. Car je connais les projets que j'ai formés sur vous, dit hwhy -Elohim, projets de paix et non de malheur, afin de vous don- ner un avenir et de l'espérance » (Jérémie 29 :10-11).
Il faudra en effet attendre 70 ans pour que soit promulgué l’édit de Cyrus6, Roi des Perses, autorisant le retour des Juifs à Jérusalem.
Exilé à Babylone et sous la tutelle
d’interprétation des songes royaux (songe de la statue, songe de la main, songe de la bête aux 10 cornes qui règne pendant 3,5 ans).
6En – 538 av J.C.
8 successive des rois Névoukhad- nétsar, Bélshastar, Darius puis Cy- rus, le prophète Daniel s’impatiente et s’interroge sur la pertinence de la prophétie des 70 ans de son col- lègue prophète, resté à Jérusalem.
Daniel reçoit alors directement de l’Ange Gabriel une explication de la prophétie de Jérémie : il ne s’agit pas de 70 années mais de 70 fois 7 années, soit 490 ans !
« Soixante-dix semaines ont été fixées sur ton peuple et sur ta ville sainte, pour faire cesser les trans- gressions et mettre fin aux péchés, pour expier l'iniquité et amener la justice éternelle, pour sceller la vi- sion et le prophète, et pour oindre le Saint des saints. Sache-le donc, et comprends ! Depuis le moment où la parole a annoncé que Jérusalem sera rebâtie jusqu'à l'Oint, au Con- ducteur, il y a sept semaines et soixante-deux semaines, les places et les fossés seront rétablis, mais en des temps fâcheux. Après les soixante-deux semaines, un Oint sera retranché, et il n'aura pas de successeur. Le peuple d'un chef qui viendra détruira la ville et le sanc- tuaire, et sa fin arrivera comme par une inondation ; il est arrêté que les dévastations dureront jusqu'au terme de la guerre. Il fera une solide alliance avec plusieurs pour une se- maine, et durant la moitié de la se- maine il fera cesser le sacrifice et l'offrande ; le dévastateur commet-
73ème année du roi Yéoyakiym
tra les choses les plus abomi- nables, jusqu'à ce que la ruine et ce qui a été résolu fondent sur le dé- vastateur » (Daniel 9:24-27).
Cette révélation de l’Ange Gabriel au prophète Daniel est complexe et donc sujette à de nombreuses inter- prétations contradictoires.
Il nous faut d’abord noter que le pro- phète Jérémie n’a pas failli étant en- tendu que 70 ans après la première diaspora vers Babylone, le peuple est autorisé par Cyrus à repartir et à reconstruire Jérusalem. Pour être transparents, il nous faut également avouer que les historiens ne sont pas d’accord avec la Bible sur cette datation des évènements et que les exégètes bibliques diffèrent égale- ment dans leurs calculs respectifs.
Officiellement, la première déporta- tion date de – 597 av J.C. et non de – 606 comme l’indique la Bible7. Dès lors, selon les historiens, il n’y a pas 70 années entre le début et la fin de cette diaspora. Pour les te- nants de la thèse biblique, il y a
« presque » 70 ans (de – 606 à – 538) mais un doute subsiste sur le type d’année à calculer : sont-ce des années mosaïques de 12 ou 13 mois ? Sont-ce des années babylo- niennes ? Sont-ce des années bi- bliques, symboliques, de 360 jours ? Chaque commentateur s’évertue alors à prouver que son erreur est juste, pour justifier ou faire mentir le prophète…
9 Mais si le prophète Jérémie n’a pas failli et si les Juifs retournent bien à Jérusalem aux termes des 70 an- nées annoncées et au bénéfice de l’édit de Cyrus de – 538 av J.C., pourquoi l’Ange Gabriel confie-t-il donc au prophète Daniel la révéla- tion des 70 septaines et la recons- truction de la ville sainte aux termes de 490 ans ?
C’est qu’il ne s’agit pas du même sujet et que la « reconstruction » de la ville sainte annoncée par l’Ange n’est pas de même nature que celle prophétisée par Jérémie. Regar- dons en effet de plus près cette ré- vélation angélique, qualifiée à tort de prophétie de Daniel car il s’agit d’une prophétie directement dictée par l’Ange Gabriel et confiée à Da- niel… pour qu’il ne l’explique sur- tout pas et garde secrètes ces pa- roles :
« Soixante-dix semaines ont été fixées sur ton peuple et sur ta ville sainte, pour :
Faire cesser les transgres- sions et mettre fin aux péchés,
Expier l'iniquité et amener la justice éternelle
Sceller la vision et le prophète
Oindre le Saint des saints Nous pouvons nous interroger sur la finalité et l’objet réel de cette an- nonce : s’agit-il d’une vulgaire réha- bilitation politique et architecturale de la ville sainte ? A l’évidence, l’Ange Gabriel confie à Daniel une
vision messianique de la Jérusalem ultime et cette révélation ne s’inscrit pas dans un espace-temps réduit à un calendrier politique humain : fin des péchés, justice éternelle, pro- phétie scellée (finie, accomplie), Mashiah intronisé… Voilà le sujet de l’Ange et la réalité de l’annonce relayée par le prophète Daniel. Il nous faut dès lors apprécier cette prophétie avec une approche moins mathématique et stricte que la no- tion étriquée et figée des 490 an- nées, lesquelles se sont déjà écou- lées sans que l’annonce de l’Ange se soit accomplie. Preuve par l’ab- surde que cette approche tradition- nelle n’est pas la bonne.
Regardons donc plus attentivement cette prophétie majeure, qui pose des jalons et des séquences pré- cises et ordonnées :
Une annonce de reconstruc- tion de Jérusalem, partielle (places et fossés)
Avènement d’un Oint, d’un Mashiah
Reconstruction de la ville et de son Temple
Mort du Mashiah, sans succes- sion
Destruction de la ville et du Temple
Une alliance (politico-militaire) avec plusieurs
Fin du sacrifice et de l’offrande (culte)
Actions abominables exercées par le dévastateur
10
Fin et destruction du dévasta- teur.
Toutes ces séquences s’inscrivent dans un calendrier précis que l’ange Gabriel détaille ainsi :
7 semaines
62 semaines
1 semaine coupée en sa moi- tié, laissant apparaitre 2 sé- quences de ½ semaine
Soit 70 semaines au global8 La question qui se pose alors au lecteur assidu des prophéties est la suivante : ce calendrier est-il réel et historique, ou est-il symbolique ? De nombreux commentateurs ont tenté de répondre à cette question et de multiples thèses et antithèses s’opposent sur le sujet. Tentons de faire un point objectif.
La thèse du calendrier réel et histo- rique
Les tenants de la thèse historique
8 Des exégètes estiment au contraire que la 1ère période de 7 semaines et comprise dans les 62 – ce que peut laisser suggérer effectivement la rédaction du texte - portant la prophétie a un total de seulement 63 semaines.
9« Ainsi parle Cyrus, roi des Perses : L'Adonaï Elohim […] m'a commandé de lui bâtir une maison à Jérusalem... » (Esdras 1 :2)
10 « Maintenant, si le roi (Darius) le trouve bon, que l'on fasse des
appliquent à la lettre le principe de la septaine d’années. La période globale de 70 x 7 ans (soit 490 ans) serait ainsi selon eux, décomposée en :
1 septaine de 49 ans
62 septaines de 434 ans
1 septaine de 7 ans coupée en deux périodes de 3,5 ans Mais les tenants de cette thèse di- vergent alors sur les points de dé- parts et d’arrivée de ces différentes séquences. Pour les uns ou les autres, il convient de compter ces années :
Dès l’annonce de l’Ange Ga- briel (difficilement datable)
A l’annonce de l’édit de Cyrus9 (-537 av J.C.)
A l’annonce de l’édit de Da- rius10 (- 519 av J.C.)
A l’annonce de l’édit de Ar- taxerxés11 (- 457 av J.C.)
recherches […], pour voir s'il y a eu de la part du roi Cyrus un ordre donné pour la construction de cette maison de Dieu à Jérusalem. » (Esdras 5 :17)
11 « Tu tireras […] ce qu'il faudra pour les autres dépenses que tu auras à faire concernant la maison de ton Dieu. Moi, le roi Artaxerxés, je donne [...] l'ordre de livrer exactement à Esdras […] tout ce qu'il vous demandera. » (Esdras 7 :20,21)
11
A l’annonce du 2nd édit de Ar- taxerxés12 (- 444 av J.C.) Ces thèses se complexifient encore davantage lorsque les auteurs se perdent en conjoncture sur les ca- lendriers à appliquer : s’agit-il d’an- nées luni-solaires de 12 ou 13 mois ? D’années babyloniennes ? D’années juliennes ? D’années bi- bliques de 360 jours ?
Humblement, honnêtement, il est bien difficile de donner tort ou rai- son aux uns ou aux autres. Le lec- teur retiendra simplement que ce qu’il croyait acquis pour vrai et au- thentique pourrait facilement être remis en cause par un tenant de la thèse opposée ou dérivée.
Pour illustrer la cacophonie liée à ce sujet, citons de façon non exhaus- tive les postures suivantes :
Les historiens bibliques esti- ment que le livre de Daniel a été rédigé très tardivement, après la révolte des Maccabées, soit après l’épisode traumatisant de la statue de Zeus installée dans le Saint des Saints par Antio- chus Epiphane en – 167 av J.C. Pour eux, il est alors aisé de comptabiliser 490 années jusqu’à cet évènement fâcheux
12 « Au mois de Nisan, la vingtième année du roi Artaxerxés… je répondis au roi: Si le roi le trouve bon, et si ton serviteur lui est agréable, envoie-moi en Juda, vers la ville des sépulcres de mes
qui vit la mort du Grand Prêtre Onias III (l’Oint retranché sans succession de Daniel, selon eux). Le problème de cette thèse, scientifiquement rece- vable, est que le livre prophé- tique de Daniel ne serait en rien prophétique, mais simplement historique et narratif. Une pro- phétie rédigée a postériori, une non-prophétie donc !
Les CCG13, plus grande branche moderne des Eglises de Dieu, estiment et calculent très fine- ment les séquences liées à la prophétie des 70 semaines. Ils affirment que l’Oint retranché est Jacques, le frère de Yéshoua, assassiné en 70 ap J.C. à Jéru- salem.
La majorité des assemblées évangéliques s’accordent pour faire coïncider le décompte des 69 premières semaines, avec le
« vendredi saint » de la cruci- fixion de Yéshoua.
Les témoins de Jéhovah esti- ment qu’il y a exactement 173 880 jours entre l’édit n°2 d’Artaxerxés et l’entrée triom- phale de Yéshoua à Jérusalem, le 10 Nissan de l’an 32 selon eux.
pères, pour que je la rebâtisse. » (Néhémie 2 :1, et 2 :5)
13Christian Churches of God
12
Une thèse messianique « à la mode » stipule même que Yéshoua a inauguré la moitié de la dernière semaine (la 70ème) et que c’est lui qui a fait cesser « le sacrifice et l’offrande ».
Sur la base de ces quelques pos- tures chrétiennes, il existe de nom- breuses thèses et sous-thèses déri- vées. L’offre est tellement plétho- rique qu’il est bien difficile pour un non-initié de faire son choix. Nous privilégierons donc une autre ap- proche, pour ce qui nous concerne, sans l’imposer.
Les tenants de la thèse symbolique Face à cette cacophonie calen- daire, d’autres commentateurs pré- fèrent apprécier la prophétie des 70 semaines d’années de Daniel, de façon symbolique, en s’appuyant sur les trois séquences décrites dans la prophétie, sans tenter de calculer un nombre précis de jours et d’années à associer à chacune de ces trois périodes :
Séquence de rétablissement partiel de Jérusalem (7 sep- taines)
Séquence de consolidation de la ville, de reconstruction du Temple et d’avènement d’un Mashiah (62 septaines)
14 Dès lors, peu importe le décompte réel et précis des 7 + 62 semaines, dans la mesure où elles sont passées
Séquence d’avènement et de destruction du dévastateur, de l’abomination. (1 septaine de 2 fois 3,5 ans)
Les tenants de la thèse symbolique rejoignent les tenants de la thèse historique sur un point : une pause semble s’être intercalée entre la 69ème et la 70ème semaine. Une pause suffisamment longue pour que le décompte de cette dernière 70ème semaine se soit littéralement arrêtée, au bénéfice du ministère terrestre de l’Adôn Yéshoua14. Nous sommes en accord avec cette explication dans la mesure où elle correspond aux textes de Luc et d’Isaïe :
« Le Souffle du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a oint pour… pu- blier une année de grâce du Sei- gneur. Ensuite, il [Yéshoua] roula le livre » (Luc 4 :18-20).
« Le Souffle du Seigneur, hwhy Elo- him, est sur moi, car hwhy m'a oint pour… publier une année de grâce de hwhy et un jour de vengeance de notre Elohim » (Isaïe 61 :1- 2).
A l’évidence, Yéshoua lui-même, en interrompant intentionnellement la lecture du livre d’Isaïe à cet en- droit précis, insère une pause entre
« l’année de grâce » et « le jour de
et derrière nous.
13 vengeance ».
Dès lors, la dernière semaine du prophète Daniel semble repoussée à des temps plus lointains. Le jour de vengeance attendra des temps plus adaptés et conformes au dé- cret divin, car dans l’immédiat il convient de laisser l’année de grâce agir et répandre ses bénédictions.
Un paradoxe à noter toutefois : cette année de grâce débute avec la crucifixion du Mashiah, la des- truction totale du Temple et de Jé- rusalem et la grande diaspora qui durera jusque… 1948, avec son préalable, la Shoah ! Ce sera donc paradoxalement le temps des églises, l’avènement du christia- nisme et de son corolaire, l’antisé- mitisme chrétien.
Avec le retour d’Israël sur ses terres, un timide mais réel intérêt
des Juifs pour Yéshoua, une dé- christianisation rapide des nations pagano-chrétiennes, il semblerait que ce temps de pause au bénéfice des nations puisse s’achever. Il nous faut dès lors envisager sérieu- sement la reprise du décompte des semaines de Daniel et donc envisa- ger, pour le pire et le meilleur, d’en- trer dans la 70ème semaine, la se- maine de l’avènement de l’impie, le sans-Torah, et de son corolaire, le jour de vengeance de l’Adonaï Elo- him.
« C'est pourquoi, lorsque vous ver- rez l'abomination de la désolation, dont a parlé le prophète Daniel, éta- blie en lieu saint, que celui qui lit fasse attention! » (Matthieu 24:15)
(À suivre, partie 2) JD