M ATHÉMATIQUES ET SCIENCES HUMAINES
F RÉDÉRIQUE S EGOND
Approches des grammaires catégorielles
Mathématiques et sciences humaines, tome 110 (1990), p. 47-60
<http://www.numdam.org/item?id=MSH_1990__110__47_0>
© Centre d’analyse et de mathématiques sociales de l’EHESS, 1990, tous droits réservés.
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APPROCHES DES GRAMMAIRES CATEGORIELLES
Frédérique
SEGOND1RÉSUMÉ -
Etant donnél’importance
que prennent lesgrammaires
catégorielles dans le domaine de lalinguistique
computationnelle,
il nous a semblé intéressant de dresser un panorama sur cette question. Nousespérons fournir,
aux chercheurs intéressés, un matériau de basesusceptible
de les aider à approfondir par eux- mêmes le sujet.ABSTRACT - Overview of categorical grammars.
Given the importance of categorial grammars in the field of computational linguistics, we find it interesting to give an overview of this matter. We
hope
to provide interested researchers with some basic but useful material.Nous traitons dans cet article des
grammaires catégorielles
tellesqu’elles
nous sont apparues lors de la4ème
conférence de l’ACL2européen.
Signalons
dès maintenant que les conférencesqui
ont eu lieu à Manchester lors duquatrième congrès européen
de l’ACL ontégalement
abordé dessujets
autres que celui desgrammaires catégorielles ;
il a étéquestion
degrammaires d’unification,
degrammaires
d’arbresadjoints,
degrammaires génératives,
ainsi que de latraduction,
et degénération
de textes. Nous n’enparlerons
pasici,
laissant le soin au lecteur intéressé de se reporter aux articles contenus dans lesactes de la conférence cités en
bibliographie.
Signalons
enfin que le but de cet article est essentiellement d’être une base d’information surles
grammaires catégorielles ;
ceci afin de permettre aux chercheurs nonspécialistes,
deposséder
une base
théorique
pourcomprendre, plus
enprofondeur,
les articles traitant dusujet.
Rapide historique.
Les Grammaires
Catégorielles
trouvent leurorigine
dans les années trente(1935)
avec lestravaux de K.
Ajdukiewicz, qui
lepremier
propose unsystème
formalisé de vérification de la connexionsyntaxique
desexpressions3.
A la base de cesystème
se trouvent les idées duphilosophe
Edmund Husserl sur la théorie descatégories
designification.
1 CAMS (CNRS) / Centre
scientifique
IBM-France.2 Association for
Computational Linguistic.
3 K.
Ajdukiewicz
[2].A la suite des travaux
d’Ajdukiewicz
on citera ceux de Y. Bar-Hillelqui,
dans les annéescinquante,
propose unegrammaire
de même typequ’il
aquelque
peu enrichie(notion d’ordre, etc.)4.
Dans le même temps
(1958)
Lambek propose un "calculsyntaxique"
pour lalangue
naturelle5.
Enfin,
dans les annéessoixante,
nous trouvons les travaux de S. K.Shaumyan qui,
partant des idées de lagrammaire catégorielle
et l’enrichissant à l’aide de lalogique combinatoire,
construit unsystème aujourd’hui
connu sous le nom de "GrammaireApplicative"6.
Z. Guentcheva et J.-P. Desclés
développent depuis
le modèle de la GrammaireApplicative7.
Ce dernieranime,
àl’EHESS,
uneéquipe qui
travaille sur lesujet.
On constate
depuis
le début des années 80 unregain
d’intérêt pour cetype
degrammaires.
Beaucoup
de chercheurseuropéens
lesutilisent ; ceci,
sans doute à cause de leur côté"mathématique", qui
les rend séduisantes pour uneimplémentation informatique.
La meilleurepreuve en est la dernière conférence de l’ACL
européen (tenue
début avril 89 àManchester),
oùde nombreux
exposés
traitaient desgrammaires catégorielles.
Signalons plus particulièrement
les chercheurs travaillant dans le cadre duprojet ACORD,
lui même faisantpartie
duprojet européen
ESPRITqui
se trouvaient à cette conférence. Eneffet,
dans le cadre de ceprojet,
de nombreuses universitéseuropéennes
telles que les universités deClermont-Ferrand,
deStuttgart, d’Edimbourg,
travaillent en commun avec desentreprises privées
surl’implémentation
desgrammaires catégorielles.
Signalons
enfin que l’été suivant(juillet 89)
s’est tenu , enArizona,
unworkshop
sur cemême thème des
grammaires catégorielles.
Devantl’importance
que prennent lesgrammaires catégorielles,
il nous a semblé intéressant de faire uncompte
rendu sur laquatrième
conférencede l’ACL
européen.
Qu’est-ce qu’une
GrammaireCatégorielle ?
Avant
d’exposer
l’état actuel desgrammaires catégorielles,
donnons unedéfinition,
laplus générale possible,
de cesgrammaires.
Définition. Une
grammaire catégorielle
est unquadruplet
ordonnéoù : - V est un ensemble de
symboles appelé
dictionnaireternzinal,
- W est un ensemble fini de
catégories syntaxiques appelées catégories élémentaires,
W estappelé
dictionnaire decatégories,
- f est une fonction
qui,
àchaque symbole
terminal(élément
deV) assigne
un sous-ensemble fini decatégories
f estappelée fonction d’adjonction,
- ~ () est un élément de W
appelé catégorie principale.
4 Y. Bar-Hilllel [3] [4].
5 Lambek [16].
6 S. Shaumyan [23].
7 J.P. Desclés [ 10] [ 11 ] .
A
partir
de cescatégories
de base on construit tout l’ensemble descatégories
àl’aide
desrègles
de construction suivantes :
’
Règles
de construction.1. Toute
catégorie
élémentaire est unecatégorie.
2. Si oc et
fi
sont descatégories
alors lesexpressions 8)
et9)
sont aussi descatégories.
3. Une
catégorie
est un élément formé en vertu de(1)
ou de(2).
On nomme
K(W)
l’ensemble de toutes lescatégories engendrées
àpartir
des éléments de W.Ces
catégories
élémentaires étantposées,
nous avons desrègles
de réduction entre lescatégories.
Règles
de réduction immédiate.Soient oc et
~3
descatégories
sur W on a :1. réduction à droite : 2. réduction à
gauche :
Règle
de réduction.Soient ~
et y deux chaînes decatégories
surW ;
on dit que ~ se réduità y si y
s’obtient àpartir
de y par une suite de réductions immédiates.Ce modèle
mathématique
ayant étéposé,
donnons soninterprétation
dans leslangues
naturelles.. V est le dictionnaire de la
langue considérée,
. "s" et "t" sont les éléments o W
10,
. ’Po est lacatégorie principale "s",
. f est la fonction
qui
àchaque
mot du dictionnaire associe sacatégorie (représentée
par un code donné dans ledictionnaire)ll.
Les deux
catégories
de base sont donc "s" pour sentence(proposition)
et "t" pour term(désignant
ce que l’on a coutumed’appeler
un groupenominal).
A
partir
de ces deuxcatégories
de base nous pouvonsengendrer
un ensemble infini decatégories
à l’aide desrègles
de construction énoncéesplus
haut.8 On lit "ce . 9 On lit "ct
sous (3 ".
.10 Ces catégories de base sont celles que l’on trouve dans la plupart des articles mais elles peuvent être plus ou
moins nombreuses.
11 Remarquons que les mots du dictionnaire pouvant avoir plusieurs catégories grammaticales, la fonction f peut prendre un ensemble fini de valeurs.
Une
catégorie syntaxique
est doncenvisagée
comme une fonctionqui s’applique
à une autrecatégorie syntaxique
pour en former une troisième.Donnons des
exemples :
. Un verbe intransitif peut être considéré comme une fonction
qui s’applique
à un groupe nominal(le sujet)
pour former unephrase.
. Un verbe transitif peut être considéré comme une fonction
qui s’applique
à un groupe nominal(le complément d’objet
direct ouCOD)
pour former une fonction(groupe
verbal attendant unsujet) qui s’appliquera
à un groupe nominal(le sujet)
pour former unephrase,
etc.De ce
fait,
nous allonspouvoir assigner
un ouplusieurs
types àchaque catégorie syntaxique.
Si nous reprenons les
exemples précédents
nous pouvons dire que les verbes intransitifs peuvent être codés t B s et les verbes transitifspeuvent
être codés(t
Bs)/t
12.Nous voyons que, contrairement aux
grammaires
dites de constituantsqui indiquent,
dansun
grand
nombre derègles, quelle
est lacatégorie qui
se combine avec telle autre pour former tel type decatégorie,
lagrammaire catégorielle indique
dans lecodage
même descatégories syntaxiques
avecquel
type decatégorie
elles vont se combiner pour formerquel
type decatégorie syntaxique comme
résultat. Lesrègles
de lagrammaire
àproprement parler
sont alorsfort
simples,
ce sont lesrègles
de réduction que nous avons donnéesprécédemment.
Faisons fonctionner ce formalisme sur un
exemple :
Considérons la
phrase :
Joseph
aime Marie.Les types associés à chacune des
expressions
de cettephrase
sont les suivants :. Joseph :
t. Marie : t
. aime :
(t B s)/t, t B s
13Une fois le "bon
type"
associé au bon mot, onapplique
lesrègles
desimplification
et on obtient :Joseph
aime Mariet
tBslt
tJoseph (aime Marie)
t tBs
(Joseph (aime Marie))
s
Ceci étant
posé,
ons’aperçoit rapidement
que ces deuxrègles
desimplification
ne vont pas suffire àanalyser
leslangues
naturelles. Il faut yajouter
d’autresrègles
ou desmétarègles
pour obtenir unsystème qui
permette de traiter avec lelangage
naturel.12
L’expression
t B s se lit : "t sous s" poursignifier qu’un
verbe intransitif attend son argument àgauche :
le sujet. De la même façon,l’expression
(t B s)/t se lit : "t sous s, sur t", pour signifier qu’un verbe transitif attendson
premier
argument le COD à droite et son deuxième argument lesujet
à gauche.13 Remarquons
qu’un
même item lexical peut avoirplusieurs catégories
syntaxiques donc plusieurs codages.Ainsi, "aime" peut être un verbe transitif et un verbe intransitif.
Les Grammaires
Catégorielles
à Manchester. ,Nous en arrivons donc à
l’exposé
de l’état desgrammaires catégorielles
telqu’il
a étéprésenté
lors de l’ACL de Manchester.
Il semble que la liste des types de base soit la même que celle que nous avons énoncée dans la
définition,
si ce n’est que "t" estremplacé
par "n". Les types de base sont donc s et n.Cependant
nous trouvons, d’autres types. Lesplus
courants sont : vp, np, pp, et ap définis de la manière suivante :. vp sert en fait à
désigner
un verbeintransitif ;
onpeut
doncégalement l’exprimer
à l’aide de s et n.. np semble
désigner
ce quej’appellerai
un groupe nominal"complet" (avec
déterminant oubien nom propre
seul).
. pp
désigne
un groupeprépositionnel.
. ap
désigne
un groupeadjectival.
A
partir
de ces types de base on définit les autres typessyntaxiques
de lafaçon
suivante :Définition. Un
type syntaxique
est untriplet
de la forme :résultat, direction,
argument>où :
. le résultat et
l’argument
sont eux-mêmes des typessyntaxiques,
. la direction est
indiquée
soitpar "
/ " pourindiquer
quel’argument
se trouve à droite del’opérateur,
soit par " B " pourindiquer
quel’argument
se trouve àgauche
del’opérateurl4.
Exemples :
Un verbe intransitif est codé : s B np ou vp
Un verbe transitif est codé :
(s B np) /
np ou vp/
npUn adverbe est codé : vp B vp
Une fois les
types
définis nous avons desrègles
desimplification.
Cesrègles
sont de différentessortes : les
premières
sont celles que nous avonsdéjà exposées.
Et sontappelées règles d’application fonctionnelle.
Les
règles d’application fonctionnelle (functional application rules).
1.
Application
avant(» : x/y y 9
x2.
Application
arrière«) :
yxBy
~ xExemples :
Jean mange
NP SBNP
---
S
14 Nous nous permettons de faire remarquer au lecteur que bien que ces notations soient les mêmes que celles que nous avons exposées précédemment, elles n’ont pas la même signification.
Cet
exemple
nous montre que le verbe intransitif"manger" s’applique
au groupe nominal NPqui
se trouve à sa
gauche.
Larègle
desimplification
que l’on a utilisée pour obtenir unephrase (S)
est la
règle
desimplification
arrière.Nous voyons que le verbe transitif
"mange"
attend un argument à droite(le
NP "lasoupe") ;
nous
obtenons, après
avoirappliqué
larègle d’application-avant
un groupeverbal, "mange
lasoupe", qui
attend un argument àgauche (le NP-sujet "Jean").
Etenfin, après
avoirappliqué
larègle d’application-arrière,
on obtient unephrase.
En
plus
de cesrègles d’application fonctionnelle,
desrègles
decomposition fonctionnelle
sont
posées.
Les
règles
decomposition.
(composition
croiséeavant) (composition
croiséearrière)
Examinons de
plus près
lasignification
de cesrègles.
Les deux
premières règles signifient
que si uneexpression qui
attend pour argument à sa droiteune
expression
de type"y"
est suivie d’uneexpression qui
forme comme résultat uneexpression
type "y",
alors on peut"ignorer"
lesexpressions
de type"y".
Ainsi onpeut
directement toutréduire à une
expression
detype xBz,
c’est-à-dire à uneexpression
dont le type est celui d’unopérateur qui
attend à sagauche
uneexpression
de type z etqui
forme comme résultat uneexpression
detype
x.La différence entre ces deux
règles
réside dans le sens du "slash". Autrement dit cequi diffère,
c’est laplace
del’argument "y"
dans letype
des deuxexpressions
dedépart.
Dans lapremière règle,
la deuxièmeexpression
attend sonargument
àdroite ;
dans la deuxièmerègle,
elle attend son
argument
àgauche.
Les deux dernières
règles signifient
que si uneexpression qui
forme comme résultat uneexpression
detype "y"
est suivie d’uneexpression qui
attend commeargument
àgauche
uneexpression
detype "y",
alors on peut"ignorer"
lesexpressions
detype "y".
Ainsi on peut directement tout réduire à uneexpression
detype
xBz oux/z,
c’est-à-dire à uneexpression qui
attend une
expression
detype
z commeargument
à sagauche
ou à sa droite pour former uneexpression
detype
x comme résultat.La différence entre ces deux
règles
réside dans le sens du "slash". Autrement dit cequi diffère,
c’est laplace
del’argument "y"
dans les letype
des deuxexpressions
dedépart.
Dans lapremière règle
lapremière expression
attend sonargument
àgauche,
dans la deuxièmerègle
elleattend son
argument
à droite.Remarquons
que, dans ce cas, le sens du "slash" influeégalement
sur le résultat.
Ainsi, l’expression
formée attend sonargument
"z" soit àdroite,
soit àgauche.
Exemple :
Nous voyons sur cet
exemple qu’en appliquant
lacomposition
croisée avant au verbetransitif "voir"
(VP/NP)
et à l’adverbe "souvent"(VP’~VP),
on obtient un verbe transitif "voirsouvent"
(VP/NP).
La suite dessimplifications s’opère
à l’aide desrègles d’application : application-avant puis application-arrière.
Remarquons
au passage que nous trouvons dans cesrègles
decomposition
le combinateur B de lalogique
combinatoire. D’autres combinateurs comme les combinateurs C et W sont utilisés par certains auteurs. Tous ces combinateurs ainsi que d’autres sontemployés
engrammaire applicative,
mais à des fins différentesl5.A ces
règles d’application
fonctionnelle et decomposition s’ajoutent
lesrègles
de typeraising
oud’émergence
de type suivantes :Règles d’émergence
de type(Type raising)16.
Autrement
dit, lorsque
l’on a unecatégorie syntaxique
detype
"x" onpeut toujours
laremplacer
par unecatégorie syntaxique
detype y/(y/x), y/(yBx), yB(y/x)
ou bien(yB(yBx)).
Ainsi
l’émergence
dutype
permet deréanalyser l’argument
comme un nouvelopérateur qui prendra
commeargument l’opérateur qui
devait lui êtreappliqué,
avantqu’il n’y
ait"type raising".
Dans la
pratique
il semble que l’on ne trouve que deux de cesrègles :
1.
Règle d’émergence
dusujet (>T) : np 9 sB(sBnp)
2.
Règle d’émergence
del’objet (T j : np 9 vp/(vp~np)
La
première
de cesrègles signifie
que l’onpeut
considérer un NP se trouvant enposition sujet
comme une fonction
qui agit
sur le verbe intransitif pour former unephrase.
15 Pour plus de détails, nous renvoyons le lecteur intéressé à l’ouvrage de
Shaumyan,
Desclés et de Guentcheva[11].
16 Remarquons que certains auteurs préfèrent traduire type raising par "montée du type" [ 19]
De la même
façon
on peut considérer un NP se trouvant enposition d’objet
comme unopérateur qui agit
sur un verbe transitif pour former un verbequi
attend unsujet.
Exemples :
Dans cet
exemple
ilapparaît
clairement quelorsque
l’onapplique
larègle d’émergence
dutype de
l’objet
àl’expression Marie, expression qui
dans ce cas estCOD,
cetteexpression change
de type : du type NP elle passe au typevp/(vpBnp) ; ainsi,
elle devient unopérateur qui
attend comme
argument
à sagauche
un verbe transitif.Nous finissons par obtenir une
phrase
enappliquant
deux fois de suite larègle d’application
arrière.
Syntaxe-Sémantique.
A chacune des
règles syntaxiques exposées plus
hautcorresponde
une"règle sémantique".
Commençons
par énoncer cesrègles.
1. Les
règles d’application :
.a.
Application
avant(>) :
f :
x/y y 9
x où fab = ab b.Application
arrière() :
où 2. Les
règles
decomposition :
3.
Règles d’émergence
de type(Type raising) :
Exemples :
L’analyse syntaxique
de laphrase Harry
mange les pommes nous donne :A cette
analyse syntaxique correspond l’analyse sémantique
suivante17 :On commence par écrire
explicitement quelle
fonction onapplique
àquel
syntagme, ens’appuyant
surl’analyse syntaxique précédente:
f( mange’
lespommes’)
b
( Harry’(f ( mange’
lespommes’))) D’après
lesrègles
de réduction on a donc :b
( Harry’ (mange’
lespommes’)) (( mange’
lespommes’) Harry’)
Grâce à cette
analyse sémantique
nous savons que celuiqui
mange c’estHarry
et que cequi
estmangé
ce sont les pommes.La
pseudo-ambigui’té (spurious ambiguity)
Cependant,
étant donné lesrègles syntaxiques qui
ont étéposées,
on peut aussianalyser
laphrase Harry
mange les pommes, de lafaçon
suivante(émergence
del’objet) :
Sémantiquement
on a donc :T
pommes’
b
(
T(les pommes’) mange’)
b(b (
T(les pommes’) mange’) Harry’)
En réduisant cette
expression
à l’aide desrègles pos&es plus
avant, on a :b(b ( (mange’
lespommes’) Harry’)) b(Harry’ (mange’
lespommes’)) ((mange’
lespommes’) Harry’)
17.Un
mot suivi du signe ’désigne l’interprétation
sémantique de ce mot. Ainsi pomme’ désigne la sémantiquede pomme.
Ainsi,
deuxanalyses syntaxiques
différentescorrespondent
à deuxanalyses sémantiques identiques.
Mais,
on peutégalement
avoirl’analyse syntaxique
suivante(émergence
dusujet) :
Ce
qui sémantiquement
donne le même résultat queprécédemment,
c’est-à-dire : THarry’
B
(
T(Harry’) mange’)
f(B (
T(Harry’) mange’)
lespommes’) L’application
desrègles
de réduction de lasémantique
nous donnent :T
(Harry’) (mange’
lespommes’) ((mange’
lespommes’) Harry’)
Nous voyons que pour une même
phrase
nous obtenons de nombreusesanalyses syntaxiques
mais que ces différentes
analyses
necorrespondent,
enfait, qu’à
une seuleinterprétation sémantique.
C’est ce
phénomène
que l’onappelle
laspurious ambiguity
ou lapseudo-ambigui’té.
Lapseudo-ambiguïté
est donc le faitqu’il n’y
a pas de relationsystématique
entre les structuressyntaxiques
et lesreprésentations sémantiques.
C’est unproblème important
que tentent actuellement de résoudreplusieurs
chercheurs.Lors de l’ACL à
Manchester,
etégalement
lors d’autrescongrès
ainsi que dans de nombreusespublications, plusieurs
solutions ont étéproposées.
Citons enrapidement quelques
unes.
Winttenburg
propose de restreindre larègle
de"type raising".
Onpourrait,
parexemple, l’appliquer uniquement
dans le cas d’unNP-sujet.
Il proposeégalement
den’appliquer
lesrègles
de
composition
que dans des cas bien déterminés. Ceci reviendrait à établir une sorte de hiérarchied’application
desrègles,
cequi
ne semble pas être le cas pour le momentpuisque
lastratégie
estd’appliquer
toutes lesrègles
en mêmetemps.
Steedman et
Pareschi,
eux, proposent unalgorithme d’analyse
basé sur uneanalyse
degraphe
d’unification19.Heeple
et Morrill ens’appuyant
sur le théorème deChurch-Rosser,
proposent de construireune forme normale pour la
sémantique.
Ainsi ils montrent que toutes lesanalyses sémantiques
sont réductibles à une seule : la forme normale2°.
18 Cf. Winttenburg [27].
19 Cf.Pareschi et Steedman [21].
20 Cf. Heeple et Morrill [17].
Enfin,
Bouma propose de définir unesous-grammaire qui
soit encoreplus
flexible : ils’appuie
sur le calcul de Lambek et il propose derajouter
auxgrammaires catégorielles
unerègle
d’introduction et des
règles d’inférence 21
Cependant,
ces solutions sont encore inefficaces dans certains cas.La coordination.
Nous pouvons dire que la
"spurious ambiguïty"
est leprix
à payer pour avoir une méthodequi
permette de traiter du
problème épineux
de lacoordination, problème
surlequel
butent denombreuses théories
grammaticales.
Pour terminer nous voudrions illustrer par un
exemple
comment de tellesgrammaires parviennent
à traiter de la coordination.Avant de passer à
l’exemple
à proprementparler,
donnons lesrègles qui
vont servir à traiterde la coordination. Précisons
qu’au
niveausyntaxique
nousn’ajoutons
pas de nouvellesrègles
si ce n’est de dire
implicitement
que l’on ne coordonne entre elles que desexpressions
de mêmetype. La
règle
que l’on va poser pour la coordination estsémantique ;
c’estgrâce
à elle que nous allonsrécupérer
le sens de laphrase
formée desphrases
coordonnées.Pour traiter de la coordination on utilise un autre
combinateur,
le combinateur ç . Laconjonction
de coordination estinterprétée
à l’aide ducombinateur y
tel que :Exemple :
Considérons la
phrase :
John aime
Mary follement
etSuzy
sauvagement.L’analyse syntaxique
nous donne :21 Cf. Bouma [5].
Sémantiquement
on a :T(Mary’) T(Suzy’)
B(T(Mary’) follement’) B(T(Suzy’) sauvagement’)
’9 &B
T(Mary’)
follement’>BT(Suzy’) sauvagement’>
b(aime’ (ç
&BT(Mary’)
follement’>BT(Suzy’) sauvagement’>))
b
(John’ (b aime’(~
&BT(Mary’)
follement’>BT(Suzy’) sauvagement’>)))
En réduisant à l’aide des
règles posées
pour lasémantique
on a :b
(John’ (’9
&BT(Mary’)
follement’>BT(Suzy’) sauvagement’> aime’))
b
(John’ (&B T(Mary’)
follement’ aime’>BT(Suzy’) sauvagement’ aime’»)
b
(John’ (& T(Mary’) (follement’ aime’)> T(Suzy’) (sauvagement’ aime’)> ))
b
(John’ (& (follement’
aime’Mary’) (sauvagement’
aime’Suzy’))) ((& (follement’
aime’Mary’) (sauvagement’
aime’Suzy’) ) John’)
Nous aboutissons donc à la bonne
interprétation sémantique,
à savoir : John aimeMary follement
et John aimeSuzy
sauvagement.Signalons également
les travaux deMary
Mc Gee Wood sur lacoordination, qui
proposentun
algorithme
permettant de traiter de la coordination en utilisant lesrègles
que l’on adéjà
vuesprécédemment
mais dans des cas biendéterminés,
évitant souvent ainsi leproblème
de la"spurious ambiguïty"22.
Ainsi que les travaux del’équipe
de G. Bès. Dans le cadre desgrammaires catégorielles
cetteéquipe
traite deproblèmes linguistiques précis
enfrançais,
etpropose un modèle de
grammaires catégorielles
utilisant le mécanisme d’unification23.Nous
espérons
avoir réussi à donner une idée de ce que peut être le courant desgrammaires catégorielles
enEurope
et invitons le lecteur intéressé à se reporter aux ouvrages cités enbibliographie.
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