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Modélisation de HMM en contexte avec des arbres de décision pour la reconnaissance de mots manuscrits

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RSTI - DN – 14/2011. Indexation et recherche d’information, pages 29 à 52

avec des arbres de décision pour la reconnaissance de mots manuscrits

Anne-Laure Bianne-Bernard*,** — Christopher Kermorvant*

Laurence Likforman-Sulem** — Chafic Mokbel***

* A2iA SA

40 bis rue Fabert, 75007 Paris, France {alb, ck}@a2ia.com

** Télécom ParisTech/TSI et CNRS LTCI 46 rue Barrault, 75013 Paris, France {bianne, likforman}@telecom-paristech.fr

*** Université de Balamand, Liban [email protected]

RÉSUMÉ. Cet article présente un système à base de HMM pour la reconnaissance hors ligne de mots manuscrits. Afin de prendre en compte les liaisons entre les caractères d’un même mot (monographes), leurs modèles sont considérés dépendants de leur contexte (trigraphes). Une telle modélisation augmente de manière considérable le nombre de paramètres à calculer, ce qui nous amène à considérer un partage des paramètres. Nous effectuons un clustering sur chaque position d’état, basé sur des arbres de décision qui ont l’avantage, en phase de test, de pouvoir associer un modèle connu à un trigraphe non appris. Nous avons testé notre système sur la base publique Rimes, et ses performances dépassent celles d’un système à base de monographes et atteignent plus de 80 % de mots correctement reconnus.

ABSTRACT. This paper presents an HMM-based recognizer for the off-line recognition of handwritten words. Word models are the concatenation of context-dependent character models: the trigraphs. Due to the large number of possible context-dependent models to compute, a clustering is applied on each state position, based on decision trees. Our system is shown to perform better than a baseline context independent system, and reaches an accuracy higher than 80% on the publicly available Rimes database.

MOTS-CLÉS : reconnaissance d’écriture manuscrite, clustering d’états, arbres de décision.

KEYWORDS: off-line handwriting recognition, state position clustering, decision trees.

DOI:10.3166/DN.14.2.29-52 © 2011 Lavoisier, Paris

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1. Introduction

Nous présentons dans cet article un système à base de modèles de Markov ca- chés (en anglais Hidden Markov Models, soit HMM) pour la reconnaissance de mots isolés manuscrits. Une application directe de ce système est la lecture de documents manuscrits numérisés : archives, courriers envoyés aux entreprises ou aux adminis- trations publiques, chèques, etc. Des systèmes permettant la lecture de certains types de documents ont déjà été développés avec succès, comme la lecture des montants sur les chèques (Gorski et al., 2001; Palacios et al., 2004; Ding et al., 2008; Suen et al., 1996; Paquet et al., 1993), ou bien la lecture d’adresses postales (Brakensiek et al., 2002; Brakensiek et al., 2004). Nous nous concentrons ici sur la lecture d’un texte manuscrit écrit sans contrainte. Cela inclut un vocabulaire très large comparé aux tâches mentionnées ci-dessus, ainsi qu’une disposition plus variée et aléatoire des zones de texte. Cette tâche malgré sa difficulté est pourtant d’un intérêt croissant. De plus, étant donné la variabilité des documents traités, le système utilisé doit être omni- scripteur (robuste à tout type de scripteurs), sans contrainte sur la forme des mots, ni sur le lexique.

Les systèmes de reconnaissance d’écriture à base de HMM utilisent une stratégie holistique ou analytique. La première construit un modèle pour un mot, mais ne s’ap- plique pas aux lexiques trop grands. La deuxième permet la modélisation de mots par la concaténation des modèles HMM des caractères les composant. En outre, la straté- gie analytique peut utiliser une segmentation explicite de l’image du mot en caractères ou graphèmes (Gorski et al., 2001; Kavallieratou et al., 2002), mais il est aussi fré- quent de rencontrer des systèmes dits à fenêtre glissante, dans lesquels la découpe du mot en caractères s’effectue implicitement en même temps que l’algorithme d’appren- tissage ou de décodage (Vinciarelli et al., 2001; Toselli, 2004; El-Hajj et al., 2009; Ro- driguez et al., 2008). De plus, les systèmes HMM avec stratégie analytique sont parti- culièrement intéressants pour la lecture d’un texte écrit sans contrainte, car n’importe quel modèle de mot peut être (re-)construit par la concaténation des modèles de ses ca- ractères, sans avoir besoin d’exemples supplémentaires pour l’apprendre. D’ailleurs, la reconnaissance de mots par HMM peut se transformer aisément en reconnaissance de lignes ou de paragraphes à l’aide de modèles de langage (Vinciarelli et al., 2004).

Enfin, les systèmes à base de HMM ont l’avantage d’être facilement applicables grâce à plusieurs librairies publiques existantes et bien documentées (par exemple : HTK (Young et al., 2006), Sphinx (Huerta et al., 1999)), et d’avoir des performances à l’état de l’art (Ploetz et al., 2009).

Nous avons choisi l’approche analytique, et utilisons des fenêtres glissantes pour l’extraction des caractéristiques. Des systèmes similaires utilisant cette même ap- proche existent dans la littérature. Ils diffèrent dans le choix des caractéristiques à extraire et la forme de la fenêtre glissante. Ainsi, (Rodriguez et al., 2008) utilisent des caractéristiques statistiques (histogrammes de gradient) et une fenêtre de hauteur variable, s’adaptant à la hauteur des caractères, alors que (Vinciarelli et al., 2001) utilisent une fenêtre de hauteur fixe. (El-Hajj et al., 2009) font de même, mais avec des caractéristiques géométriques. De plus, nous prenons en compte l’influence du

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contexte des lettres au niveau des caractéristiques, en modélisant l’influence des fe- nêtres glissantes voisines sur la fenêtre courante. C’est le concept de caractéristiques dynamiques. Ceci est la base de notre système générique, qui modélise les caractères par des HMM.

Nous avons cherché à affiner notre système en construisant des modèles de carac- tères plus précis. Pour cela, nous avons choisi de modéliser chaque caractère en fonc- tion de son contexte dans le mot. Cette approche est utilisée en parole pour illustrer l’effet de co-articulation, et certains travaux l’abordent dans le domaine de la recon- naissance d’écriture manuscrite (Schussler et al., 1998; Natarajan et al., 2006; Fink et al., 2007; El-Hajj et al., 2008). Les variations de forme d’un caractère peuvent être causées par le mouvement de la main (ductus) par exemple (Sirat, 1994). On peut choisir d’introduire la notion de contexte en agrandissant la largeur de la fenêtre glis- sante utilisée afin d’englober un caractère avec son contexte dans une seule fenêtre et d’en extraire des caractéristiques. Mais cela conduit à des densités de probabilité avec des Gaussiennes à large variance (et donc à des modèles peu stables). On peut aussi modéliser les variations de forme des lettres en considérant l’influence des caractères voisins sur la géométrie du caractère considéré. C’est cette solution que nous avons choisie.

Ainsi, nous augmentons le degré de précision des modèles de lettres par la prise en compte des déformations possibles dues à l’écriture d’un même caractère dans des mots différents. Cependant, une telle modélisation implique une augmentation consi- dérable du nombre de paramètres à calculer pour le système, qui nécessite donc un très grand nombre de données d’apprentissage afin d’estimer correctement tous les contextes de tous les caractères. C’est pourquoi nous choisissons de regrouper les paramètres des modèles. Dans la littérature, les systèmes utilisant des modèles en contexte prévoient aussi une réduction du nombre de paramètres. Une première ap- proche utilise le partage de tous les paramètres liés aux distributions Gaussiennes : ce sont les modèles semi-continus, ou bien les systèmes partageant les états centraux des modèles avec la même lettre centrale (Nedel et al., 2000). Une deuxième approche consiste à ne conserver que les modèles en contexte avec suffisamment d’exemples, et laisser les autres modèles à l’état de monographe (Schussler et al., 1998). Enfin, une dernière approche possible est le clustering de paramètres. On peut effectuer un clustering au niveau des modèles, c’est-à-dire que deux modèles dans un même cluster sont identiques. (El-Hajj et al., 2008) utilisent cette méthode en regroupant les carac- tères avec des voisins ayant les mêmes formes (caractère ascendant ou descendant).

Le clustering peut aussi se faire au niveau des états, avec la construction de clusters pour chaque position d’état, étant donné une lettre centrale fixe. (Fink et al., 2007; Na- tarajan et al., 2006) utilisent cette dernière approche en regroupant les contextes par catégories, et calculent leurs clusters à partir des données.

Notre approche partage quelques propriétés avec les systèmes décrits dans (Fink et al., 2007; Natarajan et al., 2006) étant donné que nous modélisons aussi les caractères en fonction de leur contexte gauche et droit (modèles nommés trigraphes), et que nous faisons un partage de paramètres au niveau des états. Cependant, notre système diffère

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de ces approches car nous utilisons un clustering à base de nos connaissances sur la morphologie des contextes (knowledge-driven clustering) et non à base des données disponibles (data-driven clustering). A la suite d’une observation exhaustive des posi- tions que peuvent prendre les ligatures entre deux caractères et des formes des parties latérales (partie extrême gauche et partie extrême droite) de chaque caractère, nous avons créé un ensemble original de questions binaires. Celles-ci permettent de bâtir nos clusters via des arbres de décision. Cette approche, basée sur la morphologie des contextes, permet en outre de traiter des caractères avec des contextes non appris. Ceci est très utile dans notre tâche de reconnaissance de mots étant donné que de nombreux contextes du lexique de test ne sont pas présents dans la base d’apprentissage.

Figure 1. Exemple de lettre manuscrite de la base Rimes et des mots extraits de cette lettre, traités par notre système

Afin de prouver l’efficacité de notre méthode, nous comparons deux systèmes : un premier système où les modèles de caractères sont indépendants du contexte (les mo- nographes), et un second système basé sur des modèles en contexte, les trigraphes. Les systèmes HMM pour l’alphabet Latin sont en général évalués sur deux grandes bases de données publiques, la base IAM (Marti et al., 1999) et la base Rimes (Augustin et al., 2006). Nous avons choisi de montrer nos résultats sur la base Rimes car elle est très récente, et est actuellement utilisée pour des compétitions internationales. Un exemple de lettre et de mots manuscrits de la base Rimes est donné dans la figure 1.

L’article s’organise ainsi : les sections 2.1 et 2.2 présentent les étapes de prétrai- tement des données : nettoyage des images puis extraction de caractéristiques par approche à base de fenêtre glissante. La section 2.4 présente le système générique avec des modèles indépendants de leur contexte et la section 3 introduit le système amélioré avec des modèles de trigraphes, dont les états sont groupés en clusters grâce à des arbres de décision. Nous comparons ces deux systèmes à base de fenêtres glis- santes entre eux, ainsi qu’à des travaux existant dans le domaine dans la section 4. Les

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expériences ont été réalisées sur la base Rimes 2009 (Grosicki et al., 2009), qui est la dernière version à ce jour depuis son lancement (Augustin et al., 2006).

2. Système de reconnaissance d’écriture à base de HMM de monographes 2.1. Prétraitement et normalisation des images

Les premières étapes d’un système de reconnaissance d’écriture manuscrite consistent à préparer les données : normaliser les images en entrée, et en extraire les caractéristiques qui permettront de calculer les modèles. Nous limitons l’étape de la normalisation à la correction de l’inclinaison des caractères au niveau du mot. Les images ne sont pas normalisées en taille car les caractéristiques extraites par la suite sont indépendantes de la hauteur de l’image, et la modélisation HMM est robuste à un nombre variable de vecteurs de caractéristiques correspondant à un même modèle.

Afin de calculer des caractéristiques propres aux ascendants et descendants, les lignes de base des mots sont calculées. Nous nous sommes inspirés du travail de (Vinciarelli et al., 2001) pour notre correction d’inclinaison et notre calcul de lignes de base. Nous avons adapté leur algorithme pour images binaires à des images en ni- veau de gris. Les lignes calculées sont fixes, comme illustré sur la figure 2 (les lignes de base haute et basse sont les deux lignes horizontales). Le calcul de l’angle d’incli- naison se fait par maximisation de l’entropie du profil de la projection horizontale des pixels de l’image.

Figure 2. Illustration de l’extraction de caractéristiques géométriques par fenêtre glissante

2.2. Extraction de caractéristiques

L’extraction de caractéristiques s’inspire des travaux de (El-Hajj et al., 2005; El- Hajj et al., 2009) et utilise des fenêtres glissantes parcourant l’image de gauche

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à droite, comme illustré sur la figure 2. Les fenêtres sont divisées verticalement en un nombre fixe de cellules ncells et sont de largeur w pixels. Dans chaque fe- nêtre sont extraitesw+ 20caractéristiques : 2 sont reliées au nombre de transitions caractère/arrière-plan, 12 aux configurations de pixels (calcul de concavités), 2 à la position du centre de gravité, dont une dérivative (différence des positions verticales), et les autres sont reliées aux densités de pixels. Certaines de ces caractéristiques dé- pendent de la position des lignes de base. Les images en niveau de gris sont binarisées avec la méthode de (Otsu, 1979) afin de calculer les caractéristiques de transition caractère/arrière-plan ainsi que celles de configuration de pixels.

Nous avons optimisé la largeurwdes fenêtres glissantes, le décalageδentre deux fenêtres consécutives et le nombre de cellulesncellsdans chaque fenêtre (comme illus- tré sur la figure 2) sur une base de validation indépendante. Le choix des paramètres est discuté dans la section 4.

2.3. Caractéristiques dynamiques

Afin d’ajouter de l’information sur l’environnement d’un caractère, nous avons choisi dans un premier temps d’agir au niveau des caractéristiques. Avec une dériva- tion, la dynamique des fenêtres glissantes entourant la fenêtre courante est prise en compte. Sipest l’abscisse en pixels de la fenêtre courante, alors la dérivation prendra en compte les fenêtres situées aux positionsp−δ∗ietp+δ∗i, pour1≤i≤K.δ est le décalage entre deux fenêtres consécutives etKle nombre de fenêtres participant au calcul des caractéristiques dérivées. La dérivation est calculée par une régression, doncKreprésente aussi la profondeur de la régression. En reconnaissance de la pa- role, les régressions du premier et second ordre sont connues respectivement comme les coefficients delta et delta-delta des caractéristiques cepstrales.

Soitok le vecteur de caractéristiques de la fenêtre courante (à la positionp), et ok+i(resp.oki) celui de la fenêtre décalée dei∗δ(resp.−i∗δ) pixels, située à l’abscissep+i∗δ(resp.p−i∗δ). La régression du premier ordre du vecteur de caractéristiquesoks’écrit :

∆ok = PK

i=1i(ok+i−oki) 2PK

i=1i2 [1]

2∗Kvecteursojsont donc pris en compte pour le calcul des caractéristiques dyna- miques.

Le vecteur de caractéristiques final, en entrée du système, est alors la concaténation du vecteur initialoket de sa régression au premier ordre∆ok. Nous montrons dans la section 4 que cet ajout permet d’améliorer les performances de notre système de reconnaissance d’écriture manuscrite.

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2.4. Modélisation de caractères indépendamment de leur contexte

Le premier système présenté dans cet article est le système générique qui ne prend pas en compte les contextes des caractères. Il utilise une stratégie analytique et pro- cède sans segmentation. Un mot est modélisé par la concaténation des caractères le composant, comme illustré sur la figure 3. Tous les modèles de caractères suivent la topologie de Bakis avecS états émetteurs (transitions gauche-droite et saut d’état autorisé). La densité de probabilité des observations est un mélange deNGdistribu- tions Gaussiennes. Le mélange est obtenu par incrémentations successives du nombre de Gaussiennes suivies à chaque étape de ré-apprentissage avec l’algorithme Baum- Welch. Le passage demàm+1Gaussiennes se fait en clonant la Gaussienne de poids le plus fort dans une nouvelle Gaussienne. Chacune reçoit comme nouveau poids la moitié du poids de la Gaussienne initiale, et est décalée par l’addition (soustraction) d’une distribution normale de faible variance (σsplit par défaut vaut0.2). Le nombre optimalNGde gaussiennes dans les mélanges est obtenu par des tests sur une base de validation.

Etant donné que les modèles de notre système de base sont indépendants des contextes, chaque caractère a un unique modèle lui correspondant. Nous appelons ces modèles des ’monographes’. Notre système étant testé sur du français (cf. figure 1), nous prenons en compte les accents, car l’accentuation d’une lettre peut changer la signification d’un mot (’du’/’dû’ par exemple). Ainsi nous définissons un total de 78 monographes différents, comprenant des chiffres, des caractères accentués ou non, en majuscule ou minuscule, et des symboles (apostrophe, pourcentage, trait d’union).

Dans notre système,aest donc différent deAet é est différent dee.

Figure 3. Modélisation d’un mot par la concaténation des caractères le composant Le décodage se fait avec l’algorithme Viterbi. Il n’y a aucune connaissance a priori de la vraisemblance des mots du vocabulaire, donc les mots du test ont tous la même probabilité. Nous utilisons le Hidden Markov Model Toolkit (HTK) (Young et al., 2006) pour l’apprentissage et le décodage.

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3. Système de reconnaissance d’écriture à base de HMM de trigraphes 3.1. Introduction

Nous avons vu dans la section 2.3 comment introduire une notion de contexte au niveau des caractéristiques avec une régression. Nous souhaitons maintenant exploiter l’observation présentée sur la figure 4 : un caractère a une forme variable suivant sa position dans un mot et les lettres qui l’entourent. Le système présenté ici prend en compte cette idée en modélisant un caractère en fonction de son contexte gauche et droit : un trigraphe.

(a) "i" et "n" dans le mot "Monsieur"

(b) "i" et "n" dans le mot

"distinguée"

Figure 4. Illustration des différentes formes que peut prendre un caractère selon son contexte : "i" et "n" ont une forme différente pour chaque apparition dans les mots ci-dessus

Une telle modélisation est utilisée en parole pour simuler l’effet de co-articulation, et les modèles sont nommés triphones (Lee, 1990). Mais, comme nous l’avons men- tionné dans l’introduction (section 1), très peu de travaux de reconnaissance de l’écri- ture abordent les modèles en contexte et explorent leurs avantages. Il est vrai que l’inconvénient majeur de la modélisation des caractères en fonction de leur contexte est que le nombre de paramètres des HMM de tous les trigraphes possibles à modéliser est très élevé, et que pour un vocabulaire de taille moyenne (4 000 mots), le manque de données pour l’apprentissage devient un problème récurrent. Il existe pourtant des mé- thodes pour réduire ce nombre, basées sur le partage des paramètres entre modèles, ou entre états par exemple. Nous avons choisi d’utiliser une méthode de clustering sur les positions d’états afin de pallier ce problème et d’inclure efficacement des trigraphes dans notre système.

Le prétraitement des images en entrée et l’extraction des caractéristiques (géomé- triques et dynamiques) sont identiques à ce qui est fait dans le système générique et décrit dans les sections 2.1, 2.2 et 2.3. L’apport majeur de notre système, outre la mo- délisation de caractères en fonction de leur contexte, est l’usage d’un processus de partage de paramètres utilisant un clustering d’états basé sur des arbres de décision binaires (voir section 3.3). Ces derniers sont construits à partir de questions originales que nous avons définies après observation de la morphologie des caractères présents dans le lexique (voir section 3.3.2).

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3.2. Modélisation de caractères en contexte

Le principe de modélisation de caractères en fonction de leur contexte est assez naturel, car il nous paraît logique que la forme d’un caractère varie en fonction des lettres qui l’entourent. Ceci est illustré pour les caractèresnetidans la figure 4. De plus, étant donné que les deux mots de cette figure on été écrits par le même scripteur, on peut imaginer la variabilité des contextes qui peut exister dans une base de données multiscripteur de grande taille, telle que la base Rimes.

Cette modélisation consiste à définir un mot non pas comme une succession de caractères, mais comme une succession de caractères avec leur contexte. Les mono- graphes de la section 2.4 sont remplacés par des trigraphes, où le caractère central est influencé par le caractère à sa gauche (contexte gauche) et celui à sa droite (contexte droit). D’un point de vue syntaxique, nous définissons un contexte gauche avec un signe moins ’-’, et un contexte droit avec un signe plus ’+’. Ainsi, le monographeide la figure 4.a, entouré d’unset d’une, devient, en contexte, le trigraphes−i+e. De même sur la figure 4.b, la lettredentourée par un espace et unise définit comme le trigraphe∅ −d+i.

Une fois que l’ensemble des trigraphes à apprendre est déterminé, l’étape suivante est le processus d’apprentissage. Celui-ci pourrait être effectué directement à partir des trigraphes précédemment définis, mais certains d’entre eux ont trop peu d’exemples dans la base d’apprentissage. De plus, le nombre de paramètres à calculer croit lorsque le nombre de Gaussiennes dans les mélanges des densités de probabilités augmente.

Ainsi, pour les 4 500 différents trigraphes présents dans la base d’apprentissage et une topologie de modèles avecSétats émetteurs etNGGaussiennes dans chaque mélange, siSetNGsont de l’ordre de10, le nombre de paramètres à calculer monte à presque un demi-million, ce qui est tout à fait prohibitif étant donné la quantité de données disponibles. C’est pourquoi nous considérons à présent le partage de paramètres par un clustering d’états, afin de pallier le problème du manque de données d’apprentissage ainsi que celui du trop grand nombre de modèles à calculer.

3.3. Apprentissage des trigraphes et partage des paramètres HMM 3.3.1. Présentation générale

Dans cette section, nous présentons en détail notre système paramétrant les HMM de caractères en fonction de leur contexte, schématisé sur la figure 5. Nous détaillons les étapes de mise en place du partage des paramètres entre trigraphes précédant le processus final d’apprentissage.

Le premier apprentissage est celui des monographes du lexique d’apprentissage.

Les monographes sont initialisés avec une seule distribution Gaussienne associée à chaque état, puis plusieurs ré-estimations sont effectuées avec l’algorithme Baum- Welch. Les trigraphes sont alors eux-mêmes initialisés en copiant les modèles appris des monographes : pour un monographe donné, tous les trigraphes de la base d’appren-

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duplication : modèles de trigraphes

ré-estimation des paramètres

(Baum-Welch)

clustering sur les positions d’état

augmentation du nombre de Gaussiennes monographes appris

(1 distribution Gaussienne par état)

trigraphes finaux avec états partagés (N distributions gaussiennes par état)

nb mixtures < N nb mixtures = N

ré-estimation des paramètres

(Baum-Welch)

ré-estimation des paramètres

(Baum-Welch)

Figure 5. Présentation générale du système à base de HMM de caractères en contexte

tissage centrés sur ce caractère sont listés, et le HMM du monographe est copié pour correspondre au modèle initial de chacun des trigraphes. Ensuite, une première ré- estimation (avec 2 itérations) Baum-Welch de tous les trigraphes est effectuée. Durant cette étape, nous avons choisi de partager les matrices de transition entre trigraphes avec le même caractère central. Nous avons en effet observé qu’une fois la topologie d’un modèle choisi, des modifications sur les coefficients de la matrice de transition ont une très faible influence sur la phase de reconnaissance. Considérant cette infor- mation, nous avons alors imposé que les trigraphes ayant la même racine (tous les

∗ −a+∗, puis tous les∗ −b+∗, etc.) partagent leur matrice de transition. Ainsi, le nombre de matrices à calculer se réduit au nombre initial de monographes.

La seconde étape de notre système est le clustering d’états appliqué aux trigraphes.

Le principe du clustering état par état est que, pour les trigraphes associés à une lettre centrale donnée, tous les états correspondant à une même position dans le modèle HMM sont soumis à un clustering. Cette étape est illustrée plus en détails sur la figure 6. Soitcle caractère central considéré.Ncdifférents trigraphes existent dans la base d’apprentissage, centrés surc. Donc pour chaque position d’étatides trigraphes∗ − c+∗,1≤i≤S,Ncdifférents états devraient être calculés. L’utilisation de clusters d’états permet la réduction du nombre de modèles à calculer. Ainsi pour la position d’état numéroi,ni ≤Ncclusters sont sélectionnés pour représenter tous les états de la positioni, définissantni différents modèles d’étatssi,j,1 ≤ j ≤ ni. Un état en positioniprend alors sa valeur dans l’un dessi,jmodèles. Nous rappelons que pour des raisons de complexité, un modèle d’état est représenté par une seule distribution Gaussienne durant la phase d’initialisation des trigraphes et des clusters d’états.

(Fink et al., 2007; Natarajan et al., 2006) ont montré l’efficacité de ce type de groupement. Nous différons de ce qu’ils proposent dans l’utilisation d’arbres de dé- cision pour calculer nos clusters. Nous expliquons en détail notre méthode de calcul

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en section 3.3.2. Cette étape nous a permis de réduire le nombre de paramètres d’un facteur 10.

clustering d’états par arbres Ø-b+i

e-b+a

...

Ø-b+r

s1_3 s2_3

e-b+a

s1_2 s2_2 s7_2 s8_2

...

e-b+i

s1_1 s2_1 s7_1 s8_1

...

s2_4

s8_3

Ø-b+i sT-b+a

a-b+d e-b+a

...

Figure 6. Illustration du clustering d’états pour les trigraphes centrés sur la lettreb

Finalement, étant donné que le clustering d’états entraîne une réduction importante du nombre d’états différents, certains trigraphes se retrouvent partager exactement les mêmes états, et donc être identiques. Nous groupons donc dans une dernière étape les trigraphes identiques, ce qui permet de réduire encore le nombre de modèles, le divisant par trois.

Une fois le calcul et la mise en place des clusters d’états terminés, le système est prêt à finir d’apprendre les modèles des caractères en contexte. En utilisant l’al- gorithme Baum-Welch pour les étapes de ré-estimation des paramètres des HMM, nous augmentons de manière incrémentale le nombre de Gaussiennes dans chaque mélange, en utilisant la même procédure que celle décrite dans la section 2.4 pour les monographes. Ainsi, chaque trigraphe atteint une topologie identique à celle des monographes du système générique, c’est-à-direSétats émetteurs etNGdistributions Gaussiennes par état. Cela nous permet de comparer directement les deux approches, contextuelle et non contextuelle.

3.3.2. Arbres de décision pour clustering d’états de trigraphes

Le clustering par arbres de décision est une alternative au clustering guidé par les données. Il se base sur une mesure de distance entre modèles utilisant la maximisa- tion de la vraisemblance, et permet une découpe de clusters contrôlée. Ce type de clustering a d’abord été proposé pour la parole (Young et al., 1994) où il donne des résultats au niveau de l’état de l’art avec un système moins complexe que d’autres sys- tèmes avec modèles en contexte. Le regroupement et la séparation de clusters d’états sont conduits par un arbre binaire dont chaque nœud correspond à une question rhé- torique sur les contextes des modèles. Dans notre cas, les questions sont définies sur les caractéristiques morphologiques des contextes gauche et droit des caractères. Un arbre est construit pour chaque position d’état de tous les trigraphes correspondant à une même lettre centrale. Nous définissons ainsi 78 lettres centrales *S états par caractère arbres différents.

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Pour construire un arbre, tous les états correspondant à une même position pour une lettre centrale donnée sont d’abord regroupés au nœud racine. Ensuite, la question binaire qui sépare le groupe en deux sous-groupes de vraisemblance maximale est choisie, et la séparation est effectuée, créant deux nouveaux nœuds. Il en va ainsi de la scission de chaque nœud jusqu’à ce que l’augmentation de la vraisemblance descende sous un seuil, ou bien jusqu’à ce que plus aucune question ne soit disponible qui puisse créer deux sous-groupes avec un taux d’occupation d’états suffisant.

On peut formuler mathématiquement le clustering par arbres de décision. SoitP l’ensemble d’états présents dans le nœud courant.P est associé au sous-ensembleF d’observations (vecteurs de caractéristiques){of}f∈F. Par définition, tous les états présents dansP sont les membres d’un même cluster, ils partagent donc les mêmes moyenneµ(P) et varianceΣ(P). Par suite, la vraisemblance de P générant l’en- semble des{of}f∈F s’écrit :

L({of}f∈F;P) =X

f∈F

X

s∈P

log(P r(of;µ(P),Σ(P)))γs(of) [2]

Pour plus de clarté, nous simplifierons désormaisL({of}f∈F;P)enL(P). Dans l’équation [2],γs(of)est la probabilité a posteriori que le vecteur de caractéristiques ofsoit généré par l’états∈P. En supposant que la densité de probabilité représentée par (µ(P),Σ(P)) est une Gaussienne et de matrice de covariance diagonale, on peut l’estimer à partir des échantillons{of}f∈F, etL(P)peut être reformulé par (Young et al., 1994) :

L(P) =−1

2(log[(2π)n|Σ(P)|] +n)Γ(P) [3]

nest la dimension des vecteursof etΓ(P)est le taux d’occupation d’états cumulé du nœud courant :

Γ(P) = X

f∈F

X

s∈P

γs(of). [4]

La séparation deP en deux sous-groupesPq+etPqest alors faite par la ques- tionqqui maximise∆Lq, défini par :

∆Lq =L(Pq+) +L(Pq−)−L(P) [5]

La scission se fait à condition queΓ(Pq+)etΓ(Pq−)soient au-dessus du taux minimal d’occupationNP, et que∆Lqsoit plus grand que le seuil minimal de crois- sance de variance∆LR. Le choix des paramètresNP et∆LR est effectué sur une base de validation (voir section 4.2.3).

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La minimisation de l’équation [5] peut être reformulée (Zen et al., 2003) : q = argmin

q

{ 1

2 [Γ(Pq+)log(|Σ(Pq+)|) + Γ(Pq−)log(|Σ(Pq−)|)

−Γ(P)log(|Σ(P)|)] } [6]

Les questionsqdéfinissant les arbres de décision pour la reconnaissance de la pa- role on été réalisées par des experts (Odell, 1992). A notre connaissance, personne n’utilise de tels arbres pour l’écrit. Nous avons donc proposé des questions en rassem- blant des caractères semblables dans différents contextes. L’ensemble des questions que nous avons créées contient des questions générales, pour permettre des clusters de grande taille, mais aussi des questions précises, au cas où des clusters plus pe- tits doivent être créés, et des questions intermédiaires. Les questions sont uniquement fonctions des contextes (gauche et droit). Par exemple :

– (question générale) le contexte droit est-il une lettre majuscule ? minuscule ? Contient-il un ascendant ?

– (question intermédiaire) le contexte gauche contient-il une boucle ("o", "b", "d", etc.) ? Une barre verticale ("t", "p", etc.) ?

– (question précise) est-ce que le lien avec la lettre suivante (précédente) se situe sur la ligne de base basse ("a", "c", etc.) ? Sur la ligne de base haute ("v", "w", etc.) ?

Un exemple d’arbre de décision est donné en figure 7. Il représente l’arbre calculé pour la position d’état numéro deux des trigraphes centrés sur la lettreb.

3.3.3. Reconnaissance de mots avec modèles de caractères en contexte

Au-delà de l’apport original des arbres binaires pour le calcul des clusters, l’utili- sation d’arbres de décision apporte une fonctionnalité supplémentaire très utile lors du décodage : elle permet de sélectionner les clusters qui serviront à modéliser les états des trigraphes non vus lors de l’apprentissage. En effet, nous utilisons pour nos tests des lexiques prédéterminés. Par exemple, pour la base Rimes 2009, deux lexiques ont été donnés pour le test, chacun contenant des mots non existants dans le lexique d’ap- prentissage. Ainsi, plusieurs nouveaux mots, et donc plusieurs nouveaux trigraphes apparaissent, qui n’ont pas été appris. Le clustering par arbres permet de les modéli- ser car il peut adapter les modèles appris à n’importe quel vocabulaire (basé sur les mêmes monographes de départ). Si nous avions calculé nos clusters par une distance entre les données (Kullback-Liebler) par exemple (data-driven clustering), cela n’au- rait pas été possible. En effet, ne disposant pas de données étiquetées pour apprendre les nouveaux trigraphes, un calcul de distance aux clusters les plus proches n’est pas envisageable.

La modélisation d’un trigraphe inconnu se fait de la manière suivante : chaque état du trigraphe est positionné à la racine de l’arbre correspondant au même numéro d’état et à la même lettre centrale. Ensuite, chaque état parcourt son arbre, répondant aux questions sur les contextes du nouveau trigraphe, jusqu’à atteindre un nœud où

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Q0 : le contexte gauche est-il en minuscule ?

Q1 : le lien avec le contexte gauche est-il sur la ligne de base basse?

Q2 : le contexte gauche contient-il un point?

Q4 : le contexte droit contient-il un point?

Q3 : le contexte droit est-il en forme de "u"?

oui

oui

oui oui

oui

non non

non

non non

Ø-b+i sT-b+a

sB-b+l

o-b+o e-b+a e-b+i m-b+l

i-b+a i-b+l i-b+i o-b+a

o-b+b o-b+i Ø-b+r

A-b+n

*-b+*

état n° 2

s2_4 s2_1

s2_2 s2_3

s2_6 s2_5

Figure 7. Exemple d’arbre de décision pour le clustering d’états : l’ordre des ques- tions et les clusters sont associés à un état donné (ici l’état numéro 2) de tous les trigraphes− ∗b+∗

est positionné un cluster. Le modèle d’état représentant le cluster est alors le modèle assigné au numéro d’état considéré. Cette procédure est illustrée sur la figure 8 pour l’assignation d’un modèle à l’état numéro2du trigraphe inconnum−b+e. L’arbre de décision pour cette position d’état a été calculé lors de la phase d’apprentissage et est représenté sur la figure 7. Plaçons l’état numéro2dem−b+e, non attribué, au nœud racine de l’arbre. La première question posée est : Le contexte gauche est-il en minuscule ? Etant donné quemest une minuscule, la réponse est oui, donc l’état descend vers le nœud correspondant à la réponseoui, où une nouvelle question est posée : Le lien avec le contexte gauche est-il sur la ligne de base basse ? Après avoir répondu à cette question, le processus est recommencé jusqu’à ce que l’état atteigne un cluster. Dans notre cas, les réponses successives mènent au clusters2_1, qui est donc le modèle choisi pour l’état numéro2de notre trigraphe inconnu.

La capacité des arbres de traiter des trigraphes non vus a été très utile pour nos expériences sur la base Rimes. Les lexiques d’apprentissage et de test étant différents, plusieurs centaines de nouveaux trigraphes devaient être modélisés.

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Q0 : le contexte gauche est-il en minuscule ?

Q1 : le lien avec le contexte gauche est-il sur la ligne de base basse?

Q2 : le contexte gauche contient-il un point?

Q4

Q3

oui

oui

non

m-b+e

m-b+e état n° 2

s2_1 s2_4 s2_2 s2_3

s2_6 s2_5

Figure 8. Sélection de cluster pour l’état 2 du trigraphe de testm−b+enon appris (absent du lexique d’apprentissage mais présent dans celui du test)

4. Expériences

4.1. La base de données Rimes

La base de données Rimes a été rendue disponible en 2006 (Augustin et al., 2006).

Des exemples sont donnés sur la figure 1. Elle rassemble plus de 12 500 documents manuscrits écrits par environ 1 300 volontaires. Elle a été créée pour répondre au besoin récurrent de bases complètes d’images propres et de taille suffisante. Peu de contraintes ont été imposées aux scripteurs (papier blanc et thème principal) : les do- cuments sont donc très variables, ce qui rend la base réaliste. A partir des documents collectés, il est possible d’évaluer des systèmes de reconnaissance de logo, d’analyse de structure de texte, et de reconnaissance de mot, caractère, ligne, ou paragraphe.

Notre travail se concentre pour l’instant sur la reconnaissance de mots isolés.

Des campagnes d’évaluation ont eu lieu depuis 2007, ce qui nous permet de nous comparer à l’état de l’art. Nous utilisons dans cet article les données et la procédure de la campagne Rimes-ICDAR 2009 (Grosicki et al., 2009). L’ensemble d’apprentissage est composé de 44 196 images de mots isolés pour un lexique de 4 500 mots différents.

Un ensemble de validation de 7 542 mots issus d’un lexique de taille 1 636 est donné.

L’ensemble de test est quant à lui composé de 7 464 images de mots isolés pour un

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lexique de 1 612 mots. Plus de 300 mots du lexique de validation n’existent pas dans le lexique d’apprentissage, et plus de 300 autres sont ajoutés par le lexique de test par rapport à la concaténation des deux lexiques précédents. Des nouveaux mots signifient souvent des nouveaux trigraphes, ce qui nous ramène aux raisons mentionnées dans la section 3.3.3 sur le choix de l’utilisation d’arbres de décision pour la construction des clusters.

4.2. Mise en place du protocole expérimental 4.2.1. Extraction des caractéristiques

Nous avons fait varier la largeurwdes fenêtres glissantes, l’espaceδentre deux fenêtres consécutives, et le nombre de cellules ncells utilisées pour l’extraction des caractéristiques afin de trouver les meilleurs paramètres pour nos expériences. Pour cela, nous avons utilisé un système générique où les caractères sont non seulement in- dépendants du contexte mais aussi modélisés sans prendre en compte leur casse ou leur accentuation. Ainsi, "a", "A" et "à" ont le même modèle. Ceci nous permet de faire des apprentissages et décodages rapides. Les modèles sont appris sur la base d’ap- prentissage de Rimes et évalués sur la base de validation et son lexique. Pour chaque ensemble de caractéristiques, nous avons fait varier le nombre d’états par HMM de caractère entre 5 et 15 afin d’évaluer les paramètres optimaux d’apprentissage. Le ta- bleau 1 donne les taux de reconnaissance (calculés sans prendre en compte la casse ou les accents) des 4 meilleurs ensembles de caractéristiques testés, chacun avec son nombre optimal d’états par caractère, pour un nombre de gaussiennes variant de 10 à 40.

nb. de Gaussiennes par état 10 15 20 30 40

paramètres d’extraction

w=8δ=4ncells=20nb´etats=8 61,61 65,86 68,42 69,53 71,82 w=10δ=5ncells=20nbetats´ =8 59,20 63,67 65,38 66,0 67,89 w=10δ=6ncells=20nbetats´ =6 53,92 58,51 61,08 61,58 64,76 w=14δ=7ncells=20nbetats´ =6 50,53 57,11 59,15 60,08 62,70 Tableau 1. Comparaison de différents paramètres pour l’extraction des caractéris- tiques, sur un système générique appris sur la base d’apprentissage de Rimes et testé sur la base de validation

D’après les résultats obtenus, nous choisissons les paramètres w = 8 pixels, δ =w/2 = 4pixels etncells = 20cellules, donnant 28 caractéristiques différentes.

Nous nommons par la suite cet ensemble de caractéristiquesw8d4c20, pour lequel le nombre optimal d’états par caractère estS = 8. Enfin, nous choisissons pour la suite d’établir le nombreNG de distributions Gaussiennes par état àNG = 20, car cela correspond au meilleur compromis entre performance du reconnaisseur et temps de calcul : un décodage avec 40 gaussiennes nécessite 50 % de temps en plus qu’un décodage avec 20 gaussiennes (600 ms au lieu de 400 ms par mot) et un décodage

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avec 30 gaussiennes dans chaque mélange apporte peu d’améliorations par rapport à 20 gaussiennes.

4.2.2. Caractéristiques dynamiques

En utilisant le même système générique et indépendant de la casse, ainsi que les paramètres d’extraction de caractéristiques et la topologie des modèles précédemment choisis, nous avons évalué l’influence d’une régression sur les caractéristiques sur les performances du reconnaisseur. Pour un même nombre d’états et de distributions Gaussiennes par état (respectivement 8 et 20), le taux de reconnaissance passe de 68,42 à 72,33 % sur la base de validation de Rimes, ce qui représente un gain relatif de 5,7

%. Afin d’avoir des résultats plus complets, nous avons aussi évalué notre système avec l’ajout d’une régression du second ordre sur les caractéristiques en plus de la régression du 1er ordre déjà effectuée. La régression du second ordre se calcule de la même manière que la première, en remplaçantof par ∆of dans l’équation [1].

Une amélioration de 3 % en absolu est observée, mais celle-ci étant moindre que celle apportée par une régression du premier ordre, elle n’est pas utilisée.

A la suite de ces expériences, nous choisissons donc de conserver une régression du premier ordre sur notre ensemble de caractéristiques, ce qui amène les vecteurs de caractéristiques à être de dimension2∗28 = 56.

4.2.3. Paramètres des arbres de décision

Nous avons présenté en section 3.3.2 la méthode de scission d’un nœud d’un arbre par la questionq maximisant∆L(q). Pour le calcul des clusters, deux paramètres restent à établir,∆LRetNP :

–∆LR est la valeur minimale que peut prendre ∆L(q). Si, quelle que soit la questionq,∆L(q)est inférieur à∆LR, alors le nœud n’est pas scindé et devient un cluster.

–NP est le taux d’occupation d’états minimal du nœud contenant l’ensemble d’étatsP partageant leurs paramètres. Ce seuil permet d’avoir des clusters de taille suffisante et donc des états correctement estimés. Mathématiquement, pour un état j ∈P,Njest la somme sur toutes les observations de la probabilité d’être dans l’état j, etNP est la somme de tous lesNjpourj∈P.

Nous avons fixé ces paramètres sur la base de validation, et répété la procédure initialisation - duplication - clustering par position d’état - apprentissage et augmenta- tion du nombre de distributions Gaussiennes (jusqu’àNG= 10pour plus de rapidité dans les calculs) comme décrit dans la section 3.3 pour plusieurs couples (∆LR,NP).

On vérifie que plus∆LRouNP est élevé, moins le nombre total de clusters est grand, c’est-à-dire moins il y a d’états différents, et donc de calculs. La figure 9 montre l’in- fluence du nombre d’états (fixé par le couple (∆LR,NP)) sur le taux de reconnais- sance du système avec modèles en contexte sur la base de validation. Chaque point représente un couple (∆LR,NP) donné. On constate que plus le nombre de clusters d’états est faible, meilleur est le système.

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62 64 66 68 70 72 74 76 78

0 2000 4000 6000 8000 10000 12000 14000 16000

taux de reconnaissance

nombre de clusters finaux

clustering faible parametres choisis

Figure 9. Influence du nombre final d’états (clusters) différents sur le taux de recon- naissance (base de validation ; 8 états/trigraphe ; 10 distributions Gaussiennes/état)

Comme indiqué sur la figure 9, nous avons choisi la paire (∆LR = 450, NP = 450) pour notre système final. Ces paramètres représentent le meilleur équi- libre entre le taux de reconnaissance (76,13% pour10Gaussiennes sur la base de validation), le temps de calcul des clusters, et celui pour le décodage. Graphiquement, il est le point le plus en haut à gauche de la figure 9. Le système choisi définit un total de 1 924 états différents. Au vu du faible nombre d’états différents par rapport aux tri- graphes présents dans la base d’apprentissage, certains trigraphes se trouvent partager exactement les mêmes états. Le nombre de trigraphes différents diminue donc aussi.

Pour notre système, ce nombre passe de 4 784 à 2 130 sur la base d’apprentissage.

4.3. Résultats

Une fois le protocole expérimental posé, nous pouvons évaluer les deux systèmes présentés dans cet article sur la base de test de Rimes-ICDAR 2009 (Grosicki et al., 2009). Deux expériences sont menées pour des dictionnaires de test de différente taille. Une première expérience utilise un dictionnaire contenant 5 334 mots différents.

Une autre utilise le dictionnaire restreint contenant uniquement les mots du test, soit 1 612 mots. Les modèles sont appris en distinguant la casse et les accents. Le taux de reconnaissance est évalué sans prendre en compte la casse, mais en respectant les accents, conformément au protocole de la compétition Rimes-ICDAR 2009.

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Pour rappel, le premier système (CI) modélise les caractères indépendamment de leur contexte. Décrit dans la section 2.4, il présente une topologie de 8 états par ca- ractère et 20 distributions Gaussiennes par état. Le second système (CD) est celui décrit dans la section 3, modélisant les caractères en fonction de leur contexte : les trigraphes. Nous avons compté297nouveaux trigraphes présents dans la base de test et non dans les bases d’apprentissage ou de validation. Les arbres de décision nous ont donc permis de leur allouer des modèles. Les paramètres du système CD sont fixés sur la base d’apprentissage (calcul et répartition des clusters). Pour l’apprentissage final des Gaussiennes (après l’étape de partage des paramètres et avant l’incrémentation du nombre de Gaussiennes dans chaque mélange), nous avons testé deux méthodes, l’une utilisant simplement les données de l’ensemble d’apprentissage, l’autre utilisant ces données plus celles de l’ensemble de validation.

Les résultats sont donnés sur le tableau 2. Pour chaque système, nous montrons le taux de reconnaissance obtenu sur chacun des lexiques proposés pour le test avec un intervalle de confiance binomial.

Ensemble d’apprentissage Lexique de test Lexique complet

Système (1612mots) (5334mots)

CI train (44197images) 73,04%±0,01 66,0%±0,01 CI train+valid (51739images) 75,52%±0,009 68,57%±0,01 CD train (44197images) 79,34%±0,009 74,33%±0,01 CD train+valid (51739images) 80,35%±0,009 75,53%±0,009 Tableau 2. Comparaison des systèmes présentés, modélisant les caractères en fonc- tion de leur contexte (CD) ou non (CI). Résultats sur la base de test de Rimes 2009 contenant 7 464 images

Deux observations majeures peuvent être lues sur le tableau 2 :

– d’une part, l’augmentation du nombre de données pour l’apprentissage permet une amélioration des performance (plus de 2 % pour le système CI, et de 1 % pour le système CD). Cela nous motive à poursuivre des expériences sur l’ajout de données pour obtenir une meilleure modélisation.

– d’autre part, on remarque que la modélisation des caractères en fonction de leur contexte améliore considérablement les performances, quel que soit le lexique uti- lisé lors du décodage. Ainsi, pour un système appris sur le plus de données possible, l’amélioration est de 4,8 % pour le petit dictionnaire, et de près de 7 % pour le plus grand. Ainsi, même si les systèmes dits ’CD’ ont plus de paramètres à calculer (1 924 états, au lieu de 8 (états pas caractère) * 78 (monographes) = 624 états), ils obtiennent de meilleurs résultats. Ceci est dû à la plus grande précision dans la modélisation des caractères, mais aussi à la gestion de la taille des clusters d’états, correctement para- métrée grâce à une étape de validation (cf. figure 9).

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4.4. Comparaison avec l’état de l’art

Le tableau 3 montre la performance de notre système par rapport aux systèmes à base de HMM uniquement, présents dans la compétition ICDAR.

taux de reconnaissance système Lexique de test Lexique complet système présenté 80,35% 75,53%

IRISA 79,6 % 74,7 %

LITIS 74,1 % 66,7 %

Tableau 3. Comparaison avec l’état de l’art des systèmes à base de HMM uniquement sur la base de test Rimes 2009

Le système proposé par l’Irisa (Guichard et al., 2010) est basé sur des HMM à densités continues. Le pré-traitement des images est standard, et les caractéristiques, décrites dans (Bazzi et al., 1999), sont extraites par des fenêtres glissantes et dépendent des lignes de base. Le nombre d’états par modèle de caractère varie.

Le Litis quant à lui propose un système à base de HMM multiflux (Kessentini et al., 2008). Deux ensembles de caractéristiques sont extraits (l’un basé sur les contours, l’autre sur les densités de pixels) de deux fenêtres glissantes distinctes. Chaque en- semble permet la modélisation d’un système HMM, correspondant à un flux.

Nous pouvons voir sur le tableau 3 que le résultat obtenu par notre système dépasse les performances des autres systèmes de la compétition basés uniquement sur des HMM. Ce résultat très positif nous permet de démontrer la capacité de la modélisation de caractères en contextes à être utilisée pour la reconnaissante d’écriture manuscrite hors-ligne. Avec un temps de décodage rapide, les performances obtenues dépassent celles de l’état de l’art des systèmes HMM.

Il nous faut cependant compléter cette comparaison avec d’autres systèmes, pré- sents lors de la compétition ICDAR 2009. Le système gagnant, à base de réseaux de neurones récurrents (RNN) (Graves et al., 2007; Graves et al., 2009), et présenté par TUM (Technische Universität München), donne un taux de reconnaissance remar- quable, de 93,2 %. La principale différence entre les RNNs et les HMM est que l’un utilise un apprentissage discriminatif et l’autre génératif. Cependant, si les résultats des RNNs sont à leur avantage pour la reconnaissance de mots isolés, on peut se poser la question de la généralisation à la lecture de lignes ou de textes complets. Aussi, l’avantage des HMM est leur adaptation à n’importe quel vocabulaire de test, ce qui n’est pas valable pour les RNNs.

Deux autres systèmes présentent aussi de bons résultats : le système présenté par l’UPV (Toselli, 2004), et celui présenté par Siemens (Caesar et al., 1993; Kaltenmeier et al., 1993; Schambach, 2003), donnant respectivement 86,1 % et 81,3 % de taux de reconnaissance. Ces deux systèmes, bien qu’utilisant en partie des HMM, ne sont pas cités ici car ils sont issus de combinaisons de plusieurs systèmes, et les performances

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des systèmes seuls n’étant pas fournies, leurs résultats ne sont pas comparables à ceux de notre reconnaisseur à base de modèles en contextes, présenté seul. La combinaison de systèmes est pourtant une solution intelligente à l’amélioration d’un système glo- bal, c’est pourquoi nous l’avons aussi envisagé (Kermorvant et al., 2010), mais cela ne rentre pas dans le cadre de cet article.

5. Conclusion

Nous avons présenté un système basé sur des modèles HMM dépendant de leur contexte ainsi qu’un clustering d’états pour la reconnaissance hors-ligne de mots ma- nuscrits. Les HMM ne modélisent plus des caractères isolés mais des trigraphes, ce qui augmente considérablement le nombre de modèles à calculer. Ce nombre est réduit par un clustering d’états à l’aide d’arbres de décision. Ce type de clustering permet en outre de gérer des lexiques de test contenant des mots et des trigraphes non vus à l’entraînement, et de les associer à un modèle connu.

Comparé à un système HMM générique, la performance est améliorée de 7 % en absolu sur un lexique large de décodage, ce qui correspond à réduction relative de plus de 20 % du taux d’erreur. De plus, notre système en contexte donne de meilleurs résultats que l’état de l’art des systèmes à base de HMM publié sur la base Rimes 2009.

Il reste encore des pistes à explorer dans le clustering par arbres de décision pour la reconnaissance d’écriture manuscrite hors-ligne. Par exemple, nous considérons l’au- tomatisation de la sélection des seuils∆LRetNP, et la présélection des monographes à contextualiser grâce à une analyse de la variance de vraisemblance de chaque mo- dèle. Aussi, d’autres questions peuvent être ajoutées à l’ensemble proposé pour affiner les critères de scission des nœuds des arbres. Ces méthodes pourront être ensuite ap- pliquées à d’autres bases de données de manière automatique.

Nous pourrons aussi considérer un travail supplémentaire en amont, sur l’extrac- tion de caractéristiques et l’affinage de la topologie des modèles. L’ajout de caractéris- tiques de corrélation inter-fenêtres est considéré pour affiner l’aspect dynamique des vecteurs d’observations.

Enfin, la tâche de reconnaissance de mots peut être élargie à la reconnaissance de lignes, phrases, ou paragraphes. Pour cela, des outils tels que les modèles de langages peuvent être utilisés, qui améliorent encore les performances du système proposé. Ceci constitue la prochaine étape de notre recherche.

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Références

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