Brigitte
MICHALET-DOREAU,D. SAUVANT
INRA Station de Recherches
sur la Nutrition des Herbivores Unité de la Valeur Alimentaire
Theix 63122
Saint-Genès-Champanelle
* INRA-INA PG
Station de Nutrition et Alimentation 16, rue
Claude-Bernard,
75231 Paris Cedex 05
Influence de la nature
du concentré,
céréales ou pulpe
de betterave,
sur la digestion
chez les ruminants
De 1970 à 1986, l’emploi de céréales dans l’alimentation animale,
industrielle et à la ferme,
adiminué
enmoyenne de 100 000 tonnes par
an.Cette diminution s’est faite
auprofit de produits de substitution tels que la pulpe de betterave, les sous-produits d’amidonnerie
oud’huilerie
(enveloppes des graines légumineuses) qui
secaractérisent par
uneteneur
élevée
enparois végétales peu lignifiées, d’où l’alternative entre
des aliments concentrés riches
enamidon
ouriches
encellulose facilement
digestible.
Le choix d’un aliment concentré se fait à par- tir de critères
techniques
etéconomiques
et,parmi
les critèrestechniques,
il est nécessairede
prendre
en compte non seulement les carac-téristiques
nutritives de l’aliment mais aussi saqualité
«hygiénique »,
c’est-à-dire sonaptitude
à
prévenir
les diminutions d’efficacitédiges-
tive, les fermentations anormales dans le rumen, ainsi quel’apparition
de troubles sani- taires(Journet 1988).
Une récentesynthèse bibliographique (Coulon
et al1 989)
a eu pourobjet
de comparer les effets des différents types de concentrés, à base de céréales ou d’aliments riches enparois,
sur lesperformances
desvaches laitières. Le but de ce
présent
article estde faire le
point
sur les connaissances actuellesen terme de
digestion,
de manière à mettre enévidence,
à travers des étudesplus analytiques,
la
qualité
«hygiénique » respective
de ces deux types de concentrés.L’addition de concentrés de natures diffé- rentes dans les rations entraîne des modifica- tions du flux des
digesta qui quittent
le rumenet sont
digérés
dans l’intestingrêle
d’unepart,
de laquantité
et de la nature desproduits
absorbés au niveau ruminal d’autre
part.
Ces modificationspeuvent
être àl’origine
des inter-actions
digestives
observées au sein des rations.1 / Dégradation des constituants
_
alimentaires dans le
rumen L’essentiel de ladigestion
des aliments est detype
microbien et a lieu dans le rumen. L’im- portance de leurdégradation
est trèsvariable,
elle est fonction non seulement de leur
dégra- dabilité, qui
est unecaractéristique
de l’ali- ment, mais aussi de l’intensité et de la durée de l’activité microbienne dans le rumen.La mesure
directe,
in vivo, de ladégradation
ruminale est lourde et coûteuse, aussi a-t-on fait
appel
à différentes méthodesd’estimation,
la mesure de lacinétique
dedégradation
insacco étant la méthode la
plus
utilisée actuelle-ment.
Résumé
-!!!_!_.___ ! .._E__.!a._.L’addition de concentrés de natures
différentes,
céréales oupulpe
debetterave,
dans lesrations,
entraîne des modifications du flux desdigesta qui quittent
lerumen et sont
digérés
dans l’intestingrêle
d’unepart,
de laquantité
et de lanature des
produits
absorbés au niveau ruminal d’autre part. Ces modifications sont discutées pour tenterd’expliquer
les éventuelles interactionsdigestives
observées au sein des rations.
Placés dans des conditions ruminales
comparables,
les aliments riches enparois digestibles
sedégradent plus
lentement dans le rumen que le blé oul’orge,
induisent de ce fait des baisses de
pH plus faibles,
cequi
tend à réduire les inter- actionsdigestives.
Mais ces alimentsprésentent parallèlement
unpouvoir
acide-gène plus marqué
à court terme. Parailleurs,
ladigestion
du maïs est sensible-ment différente de celle des autres céréales. Il semble donc difficile
d’opposer
cesdeux types de concentrés en terme de
digestion.
Les concentrés riches en
parois
sedégradent plus
lentement
que ceuxriches en
amidon,
avec des différences entre céréales.
1.
1
/ Dégradation in
saccoCette
technique
consiste à mesurer les quan- tités de matièresèche,
ou d’un constituantquelconque
de la matièresèche, qui
restent dans les sachetsaprès
incubation de ce sachet dans le rumen d’un animal. Elle est assez satis- faisante dupoint
de vue nutritionnel car ellereste très
physiologique,
le milieu dedégrada-
tion étant le rumen lui-même. En outre, elle
permet
d’obtenir descinétiques
dedisparition
de la matière
sèche,
ou de l’un de ses consti- tuants, et parconséquent
de caractériser les ali- ments par leur vitesse dedégradation
dans lerumen.
Les
cinétiques
dedégradation
in sacco dequelques
matièrespremières
sontrapportées
dans lafigure
1.Quel
que soit l’aliment consi-déré,
ladégradation
de la MS estplus rapide
aucours des
premières
heuresd’incubation, puis
se ralentit dans le temps. Mais les vitesses de
dégradation
diffèrentégalement
sensiblement selon l’aliment considéré. Il estpossible
de dis-tinguer
d’une part les aliments riches englu-
cides
cytoplasmiques rapidement dégradables (orge, blé...)
et d’autrepart
les aliments richesen
glucides pariétaux (pulpe
debetterave,
enve-loppes
degraine)
dont ladégradation
estplus
lente. En effet la vitesse de
dégradation
desconstituants
cytoplasmiques, appréciée
par celle de la fraction NDS, esttoujours plus
éle-vée que celle des constituants
pariétaux.
Cette différence diminue avec letemps,
pour s’annu- ler au-delà de 24 h d’incubation(figure 2).
Mais, au sein des
céréales,
on observeégale-
ment des différences
importantes
de vitesse dedégradation :
celle du maïs étantbeaucoup plus
faible que celle du blé ou del’orge,
car sonamidon se
dégrade beaucoup plus
lentementque celui des autres céréales. Ainsi,
après
4 hd’incubation,
50 % de l’amidon de maïs a dis- paru contre 85 % pourl’orge
et le blé. Cette dif-férence s’atténue pour des durées d’incubation
plus longues.
Néanmoins,après
24 h d’incuba- tion, la totalité de l’amidon du blé et del’orge
aété
dégradée,
alorsqu’il
reste de 5 à 10 % del’amidon de maïs
(figure 3).
Ces variations de vitesse dedégradation
de l’amidonexpliquent,
en
grande partie,
les différences entre cinéti- ques dedégradation
de la matière sèche del’orge
et du blé d’unepart,
du maïs d’autrepart,
l’amidonreprésentant
55 à 75 % de la matièresèche de ces
graines (Thivend 1981).
La
dégradation
des constituantspariétaux
estplus
ou moins différée dans letemps
etplutôt
lente
(rarement plus
de 10 % parheure),
le tauxde
dégradation
horaire maximal se situant entre 6 et 24 h. Mais, là aussi, on observe des différencesimportantes
suivant la nature de l’aliment(figure 4) :
- la vitesse de
dégradation
des constituantspariétaux
des céréales diminueprogressive-
ment ;- la
dégradation
desparois
des aliments richesen
parois digestibles (pulpe
de betterave oupel-
licules de
soja
parexemple)
commenceaprès
une
phase
de latenceplus
ou moinslongue
dont la durée
dépend
assez étroitement de la teneur initiale enparois (NDF)
de l’aliment(Sauvant et al 1986).
En résumé,
placés
dans des conditions rumi- nalescomparables,
les concentrés riches enamidon ou en
parois
se différencient donc par les modalités dedégradation
de leur matièresèche dans le rumen. Ces différences sont
dues,
par ordre décroissant
d’importance,
à :- la
proportion
relative de contenu cellulaire et des constituantspariétaux ;
-
l’aptitude
des constituantspariétaux
à êtredégradés (temps
delatence,
vitesse dedégrada-
tion de la fraction lentement
dégradable);
-
l’aptitude
du contenu cellulaire à êtredégradé,
variable suivant la nature de l’amidon de l’aliment considéré.Par
ailleurs,
latechnique
des sachets permetnon seulement de décrire la
dégradation
dansle rumen, mais
également
d’aborder le pro- blème de la simultanéité desapports énergéti-
ques et azotés dans le rumen. Cet
aspect
doitintervenir non seulement au niveau du rende- ment de la
synthèse
microbienne comme nousle verrons
ultérieurement,
mais aussi au niveau de laqualité
«hygiénique
» de la ration enfavorisant une efficacité
digestive optimale.
Onne
dispose
pas actuellement de critèresdiges-
tifs pour
apprécier
laqualité « hygiénique
»d’une ration, mais l’étude des
profils
fermen-taires permet d’évaluer les
risques d’apparition
de troubles sanitaires. Cet
aspect
sera traité dans la deuxièmepartie
de cet article.1.
2
/ Dégradation in vivo
La
technique in
sacco,largement
utiliséeactuellement pour
apprécier
ladégradabilité
des concentrés dans le rumen,
présente
cepen- dant des limites. Eneffet,
elle ne permet pas deprendre
encompte
defaçon
satisfaisante cer-taines
caractéristiques
de l’aliment comme la forme deprésentation
ou lagranulométrie
del’aliment
(l’aliment
esttoujours broyé
avant sonincubation dans le
rumen).
Des facteurs liés à l’animal et à sa ration, enparticulier
l’activitémicrobienne dans le rumen, la nature et la pro-
portion
des différents constituants de la ration, le niveau d’alimentation... ne sont pasintégrés
dans les méthodes in sacco.Les méthodes in vivo
reposent
sur la mesure de flux des nutrimentsqui quittent
le rumenou,
plus fréquemment, qui
arrivent dans leduodénum,
et sur l’étude de lacomposition
deces flux pour faire la
part
entre la fraction ali-mentaire
qui
n’est pasdégradée
et la fractionsynthétisée
par les microbes du rumen. Dans deux essais dedigestion comparant
desconcentrés à base de céréales ou de
pulpe
debetterave
(Poncet,
nonpublié
et Huhtanen1988),
le pourcentage de matièreorganique
réellement
digéré
dans le rumen n’est pas très différent entre lapulpe
etl’orge,
mais, avec lerégime
à base de maïs, ladigestion
ruminaleest nettement
plus
faible. Ces écarts nepeuvent
être attribués à des variations de temps de
séjour
des concentrés dans le rumen,qui
sontcomparables
au sein d’un même essai, maisplutôt
à la nature de l’aliment lui-même. Laplus
faibledigestion
ruminale du maïs estcependant compensée
par unedigestion
intesti-nale
importante,
si bien que ladigestion
dansl’ensemble du tube
digestif
resteplus
élevéeavec le maïs
qu’avec l’orge
ou lapulpe (Poncet
non
publié).
Les résultats de
dégradation
in vivo semblentdonc
diverger partiellement
de ceux in sacco :le
pourcentage
de matièreorganique
réellementdégradé
dans le rumen avec lapulpe
est peu différent de celui del’orge,
etsupérieur
à celuidu maïs, alors que in sacco, les vitesses de
dégradation
de lapulpe
et du maïs sontfaibles,
et celle de
l’orge
élevée.Plusieurs
hypothèses
peuvent êtreproposées
pour
expliquer
ces écarts :- la durée de mastication par
kg
deMS,
défi-nie comme indice de fibrosité par Sudweeks et al
(1981),
estplus
élevée pour lapulpe
de bette-rave
(30 min/kg
deMS)
que pour le maïs(entre
50 et 40
min/kg MS) (Sauvant
et Michalet-Doreau
1988),
d’où unegranulométrie peut-être plus
fine pour lapulpe
que pour le maïs, varia- tion degranulométrie qui
n’est pasprise
en compte dans les études in sacco où lebroyage
est
identique
pour tous lesaliments ;
- les modifications de l’activité microbienne ruminale dans les essais in vivo
peuvent égale-
ment
expliquer
les différences entre résultats in vivo et in sacco, l’activité microbienne n’étant pas modifiée dans les mesures in sacco.2 / Transit et synthèse
microbienne dans le
rumen Le temps deséjour
des aliments dans lerumen
joue
un rôleimportant
dans leurdégra-
dation dans la mesure où il détermine la durée de
l’attaque
microbienne. Ainsi, uneparticule
alimentaire sera d’autant
plus dégradée
par lapopulation
microbienne ruminalequ’elle séjournera plus longtemps
dans le rumen. Le temps deséjour
d’uneparticule
dans le rumendépend
d’ungrand
nombre de facteurs : le niveaud’ingestion,
la densitéénergétique
de la ration, c’est-à-dire le pourcentage de concentré dans la ration, la nature des constituants de la ration(nature
dufourrage
et duconcentré),
saforme de
présentation.
Le temps deséjour dépend également
d’autres facteurs liés à l’ani-mal et à son environnement.
L’étude de ces facteurs de variation a fait
l’objet
de nombreusessynthèses bibliographi-
ques, dont récemment celle d’Owens et Goetsch
(1984).
Dans les rations mixtes, le temps deséjour
du concentré dans le rumenest en moyenne
plus
faible que le temps deséjour
dufourrage (Evans 1981),
bien que les différences s’amenuisentquand
le niveau d’in-gestion
ou lepourcentage
de concentré dans laration augmente
(Owens
et Goetsch1984).
Mais le temps de
séjour
des aliments concen- trés dans le rumen est peu affecté par la naturede ceux-ci, céréales ou
pulpe
debetterave,
dumoins
quand
les rations sont distribuées dans les mêmesconditions,
à savoir même pourcen- tage de concentré dans la ration et surtout même niveaud’ingestion (tableau 1).
Il est eneffet
probable
que la tailleoptimale
ou taillecritique (Poppi
et al1980)
de sortie desparti-
cules du rumen soit atteinte au même moment pour des concentrés ayant une forme depré-
sentation dans la ration
identique.
La
quantité
deprotéines synthétisée
par lapopulation
microbienne du rumen est détermi- née par la densité et la vitesse de croissance de cettepopulation,
et par son rendement. Elledépend
d’abord de laquantité d’énergie dispo- nible,
estimée àpartir
de laquantité
de matièreorganique digérée
dans le rumen. Mais, à mêmequantité
de matièreorganique digérée,
l’efficacité de la
synthèse
microbiennepeut
encore varier. Elle semble
indépendante
de lanature du concentré dans l’essai de Huhtanen
(1988),
maisplus
élevée pour lerégime
à base depulpe
dans les essais de Poncet(non publié)
et de Thewis et al
(1988). L’augmentation
de lavitesse de dilution aurait pour effet
d’augmen-
ter la
quantité
de matièreorganique synthétisée
par les microbes
(Demeyer
et Van Nevel1986),
et donc le rendement de la
synthèse
micro-bienne
(Harrison
et Mc Allan1980).
Par ail-leurs,
ladégradation progressive
mais élevée des constituantspariétaux
de lapulpe
devrait permettre une utilisationplus rapide
de l’am-moniac
dégagé
dans le rumen que la fermenta- tionrapide
de l’amidon del’orge.
Mais l’orien-tation des fermentations ruminales vers le pro-
pionate
a tendance à diminuer laquantité
dematière
organique
microbienne.Ces facteurs
agissent
en sens contraire et laprépondérance
de l’un ou de l’autrepeut
être àl’origine
de ladivergence
deréponse
entre lesessais.
3 / Produits terminaux
de la digestion
3.i / Concentration
enacides gras volatils et pH du
rumenLe
pH
du rumen varieprincipalement
enfonction du niveau d’accumulation des acides gras volatils
(AGV).
Différents auteurs, dont récemmentTamminga
et Van Vuuren(1988),
ont mis en évidence une relation étroite entre le
pH
et la concentration en AGV dujus
derumen.
Avec un
régime
à base defourrage,
lepH
reste relativement constant
pendant
lajournée.
Cette faible variation est liée au
pouvoir
tam-pon propre du foin et à celui de la salive
qui
estproduite
engrande quantité
lors de la mastica- tion. Les rations riches en céréales apportent dans le rumen, en untemps
relativement court,une
quantité importante
d’amidonrapidement
fermentescible. Cela entraîne des fermentations intenses, un accroissement de la concentration
en acides gras volatils et une chute
importante
dupH,
dans les heuresqui
suivent le repas(Latham
et al 1971, Rémond etJournet
1972, Mackie et al1978). Quand,
dans une ration, onremplace l’orge
par de lapulpe,
la diminutiondu
pH
estplus
faible et lepH
du rumen desmoutons recevant une ration contenant 60 % de
pulpe
est peu différent de celui des animaux recevant exclusivement du foin(figure 5a).
Cette
réponse
dupH
à la nature du concentrén’est
cependant
passystématique.
Eneffet,
on n’observe pas de différence entre les rations à based’orge
ou depulpe quand
celles-ci sontdistribuées en
quantité
limitée(figure
5b et5c).
Des études sur vaches laitières ont été menées par
l’équipe
hollandaise de De Visser, avec des vaches recevant desrégimes
contenant 40 % de concentré à base d’amidon. La chute depH
était
importante
au cours des 4premières
heuresqui
suivaient la distribution du repas, alors que lepH
restaittoujours supérieur
à 5,5avec des
régimes
à base depulpe (figure 6).
Par
ailleurs,
chez des vaches en lactationrecevant un concentré à base d’amidon ou de
parois,
la concentration en AGV du rumen n’est pas modifiée par la nature du concentré, du moinsquand
celui-cireprésente
moins de 60 % de la ration.Au-delà,
lerégime
« amidon »entraîne une
augmentation
de la concentrationen AGV
(Sutton
et al1987).
Dans une étude portant sur lacomparaison
de 5 alimentsconcentrés
composés
contenant de 7,2 à 32,1 %d’amidon,
Robinson et al(1986)
n’ontégale-
ment observé de variation ni du
pH
ni de laconcentration en AGV. Par contre,
l’augmenta-
tion de la teneur en amidon de la ration aug- mente
significativement
l’étendue des varia-tions du
pH
au cours de lajournée (de
0,65 à0,95
point
depH).
3.
2 / Profil fermentaire
Les variations de
pH
entraînent deschange-
ments dans la
population
microbienne durumen. La diminution de
pH
est défavorableaux bactéries
cellulolytiques,
elle est associée àune modification de la
composition
dumélange
d’AGV : lesproportions
d’acide acéti-que et, d’une
façon moindre,
d’acidebutyrique,
diminuent au bénéfice de celle de l’acide pro-
pionique.
Parailleurs,
on a pu mettre en évi- dence une relation étroite entre la teneur encellulose de la ration et la
proportion
d’acideacétique
dans le rumen(figure 7) (Bath
et Rook1963, Vérité et
Journet 1975).
Mais ceséqua-
tions ont été calculées avec des concentrés constitués essentiellement de céréales ; leur uti- lisation est-elle encore
justifiée
pour des rations dont le concentré est constitué enmajeure
par- tie depulpe’?
A teneurégale
de cellulose bruteUn concentré à base
de pulpe
entraîne eune
moindre
variation dupH ruminai,
mais sonpouvoir acidogène
eserait
plus
élevé que celuidu
mais.dans la ration, les fermentations dans le rumen
obtenues avec des rations contenant au moins 50 % de
pulpe
de betterave sontcomparables
àcelles obtenues avec des rations mixtes classi- ques à base de céréales
(Vérité
etJournet
1975et Doreau et al 1988 sur
vaches ; Berge
1982 surmoutons) (figure 7).
La diminution du pourcen- tage d’acideacétique
avec les rations riches en céréales est directement liée à la chute dupH
du rumen et vraisemblablement à l’accroisse-ment du nombre de bactéries
amylolytiques ;
cette diminution du
pourcentage
d’acide acéti-que
s’accompagne
d’uneaugmentation
du pourcentage d’acidepropionique
et, pour despH
inférieurs à 5,5, deperturbations impor-
tantes des fermentations ruminales avec
appari-
tion d’acide
lactique
enquantité
nonnégligea-
ble.
On a donc cherché à évaluer le
pouvoir
aci-dogène
des aliments en mesurant simultané-ment la baisse de
pH
et l’accumulation d’acidelactique. Après
12 h d’incubation in vitro,l’orge
et le blé seraientplus acidogènes
que le maïsgrain
ou que lespulpes
de betterave oud’agrume (tableau 2).
Malenstein et al(1984)
ont par contre travaillé in vivo avec des durées d’incubation
plus
courtes(4 h),
et doncplus
aptes à cerner lepouvoir acidogène post-pran-
dial des aliments. Leurs résultats(tableau 3)
sont sensiblement différents de ceux obtenus par Cullen et al
(1986) :
ainsi le maïs et lemanioc sont classés comme très peu acido-
gènes,
à l’inverse d’aliments tels que le tour- teau decoprah,
leglutenfeed,
et lapulpe d’agrume,
riches en constituantspariétaux.
Lateneur en sucres solubles est
également
un élé-ment déterminant du
pouvoir acidogène,
ainsique d’autres constituants tels que les matières azotées solubles ou les
pectines.
Si la nature de la ration est un des
principaux
facteurs de variation de la
composition
en AGV du rumen, il n’estcependant
pas leseul,
et ilest
important
de nuancer les différencesqui
existent entre céréales et
pulpe
en tenantcompte
des conditionsexpérimentales
dans les-quelles
les résultats sont obtenus. Le niveaud’ingestion
et, parlà,
le taux de renouvellement duliquide
du rumen,l’apport
fractionné du concentré sont autant de facteursqui
augmen-tent ou réduisent les différences entre types de rations. Divers
procédés
sontclassiquement
utilisés pour maîtriser les chutes du
pH
et limi-ter les
perturbations
fermentaires avec les rations riches en céréales : distribution enquantité limitée,
fractionnement des repas, addition à la ration de substances tampons ana-logues
à la salive(bicarbonates).
4 / Digestion après le
rumenLa presque totalité de la
digestion
des rationsà base de
pulpe
oud’orge
a lieu dans le rumen,alors que la part du rumen dans la
digestion
dela matière
organique
desrégimes
à base demaïs est
plus
faible et surtoutplus
variable. Enmoyenne 80 °/! de l’amidon de maïs est
digéré
dans le rumen et 17 ’X) dans le reste du tube
digestif,
avec des variationsimportantes
enfonction du traitement
mécanique
ouhydro- thermique
subi par le maïs(tableau 4).
L’actiondes traitements
technologiques
se traduit parune diminution de la part de l’amidon
digéré
dans l’intestin au
profit
de ladigestion
rumi-nale.
Ce transfert de la
digestion
de l’amidon durumen vers l’intestin avec du maïs entier ou ayant subi un traitement peu
énergique
se tra-duit par des modifications des
produits
termi-naux de la
digestion ;
comme chez le monogas-trique,
l’amidon esthydrolysé
englucose
auniveau de l’intestin
grêle,
et une flore micro-bienne
peut
être amenée à sedévelopper
à par- tir d’amidon résiduel au niveau du caecum etdu gros intestin avec
production
d’AGV et syn- thèse deprotéines
microbiennes.5 / Bilan digestif global
et interactions digestives
entre fourrage et concentré
L’apport
de concentré dans une ration se tra- duit par deschangements
dans l’utilisationdigestive
des constituants durégime.
Commenous venons de le voir, ces modifications ont
lieu aux différents niveaux du tube
digestif (rumen
ouintestin),
et aussi bien sur leplan
physique (comportement
alimentaire etméryci- que)
quephysiologique (sites
dedigestion,
syn- thèsemicrobienne, produits
terminaux de ladigestion).
Defaçon plus globale,
ladigestibi-
lité apparente de la ration dans l’ensemble du tube
digestif
fournit un bilangénéral
de l’utili- sationdigestive
de cette ration, sans pour autantpréciser
ladigestibilité respective
des différents aliments constitutifs de cette ration.Or la
digestibilité
d’une ration associant four- rage et concentré n’est pas unesimple
sommepondérée
desdigestibilités
dufourrage
et duconcentré, elle est souvent inférieure à la valeur calculée par suite d’interactions
digestives négatives
entre les constituants de la ration.Pour
quantifier
ces interactions, nous avonscalculé la différence entre la
digestibilité
de laration mesurée et celle calculée à
partir
de ladigestibilité
de chacun des constituants de la ration.1) Quand
le pourcentage de concentré dans la ration est fixe, nous avons retenu comme valeur dedigestibilité
pour le concentré celle des Tables INRA(1988).
Poursimplifier
l’inter-prétation
des donnéesbibliographiques,
nousavons
rapporté
la différence entre ladigestibi-
lité mesurée et calculée à une
augmentation
de10
points
du pourcentage de concentré dans la ration(tableau 5).
Les effets associatifs sont leplus
souventnégatifs (digestibilité
mesurée <digestibilité calculée)
et en moyenne un peuplus
élevés avec lescéréales, -
0,7 contre + 0,5 5point
avec lapulpe
de betterave. Par ailleurs les écarts dedigestibilité
sontbeaucoup plus
éle-vés avec le maïs, - 1,2 contre 0,2
point
avecl’orge. Cependant
il est difficile de tirer des conclusionsprécises
de tels essais car :- la
digestibilité
du concentré estprise
dansles tables, c’est-à-dire
qu’on
a retenu une valeurmoyenne
qui
ne tient pas compte des variations liées àl’origine
du concentré(variété,
traite-ment
technologique) ;
de ce fait le calcul de ladigestibilité théorique
de la ration n’estqu’ap- proximatif ;
- les conditions
expérimentales
sont très dif-férentes suivant les essais : pourcentage de concentré
compris
entre 30 et 55%,
ration debase
constituée d’herbe(foin
ouensilage)
ouf l’ensilage
de maïs, niveau d’alimentation varia- ble. Il est évident, parexemple,
que les interac- tions élevées observées dans l’essai de Brown et al(1966)
sontamplifiées
par le fait que la ration de base est constituéed’ensilage
de maïs etdonc
déjà
très riche en amidon avec des pour-centages de concentré
variables,
ladigestibilité
En moyenne, la
digestibilité
de laration
diminue plus
avec un concentré
&dquo;céréale&dquo;
qu’avec
unconcentré
&dquo;pulpe&dquo;.
Mais ces interactions sont
variables
selon le niveau d’alimentation et laproportion
de
concentré dans la ration.du concentré étant calculée par
régression
dans des conditions standard(rations
distribuées auniveau de
l’entretien).
2) Quand
le concentré est distribué à diffé-rents niveaux dans la ration, sa
digestibilité peut
être mesurée defaçon précise
et lamoyenne des écarts
(digestibilité
mesurée -digestibilité calculée)
n’est pas différente entrecéréales et
pulpe
debetterave, respectivement -
2,8 et - 2,9(tableau 6).
Mais si dansl’analyse
on
prend
en compte l’effet du niveau d’alimen- tation, les effets associatifs sont alors très fai- bles avec lesrégimes
distribués enquantité
limitée(-
0,4 enmoyenne),
sauf dans le cas où le concentréreprésente
90 % de la ration de base et est deplus
associé à un foin de faibledigestibilité.
Laquantité
d’azote fermentescible est eneffet,
dans ce cas, insuffisante pour assu- rer une activité ruminale microbienne « nor-male ». Il n’en est pas de même pour les
régimes
distribués àvolonté ;
les écarts sonttoujours plus
élevés avec les céréales(- 5,4) qu’avec
les concentrés riches enparois (3,6),
etsont d’autant
plus importants
que le pourcen- tage de concentré dans la ration est élevé. Il estimportant
de notercependant
que la différence dedigestibilité
observée dans l’essai de Sutton el al(1987)
n’est pas dûeuniquement
aux inter-actions
fourrage
x concentré, mais aussi à des différences dedigestibilité
entre moutons et vaches laitières. Par ailleurs, ladigestibilité
dufourrage (dMO comprise
entre 59,8 et65,8)
ainsi que sa teneur en azote
(comprise
entre10,3 et
19,9)
n’ont pas d’influence sur la moyenne des écarts pourl’orge
comme pour lapulpe.
Il semblecependant
que les effets asso-ciatifs soient
plus
élevés avec desrégimes
àbase
d’ensilage
de maïsqu’avec
desrégimes
àbase de foin distribué à volonté à des chèvres taries
(Giger 1987).
Conclusion
A la suite de cette
synthèse bibliographique,
il semble difficile de différencier nettement ces 2 types de concentrés. Il est
classiquement
admis que les aliments riches en
parois digesti-
bles se
dégradent plus
lentement dans lerumen que les céréales comme le blé et
l’orge.
Ils ont
tendance,
de cefait,
à induire des baisses depH plus
modérées, à orienter les fer- mentations ruminales vers laproduction
d’acide
acétique,
et à réduire lesphénomènes
d’interaction
digestive.
Mais cesprincipes
doi-vent être
cependant
nuancés. D’unepart
les céréales ne constituent pas un groupe homo-gène
en raison notamment de la faibledégrada-
bilité de l’amidon de maïs, d’autre part cer- taines matières
premières
riches enparois digestibles possèdent
manifestement un pou- voiracidogène
à court termeplus marqué
que les céréales. Par ailleurs on observe entre ali- ments des différences instantanées dediges-
tion. Or la
qualité
«hygiénique
» d’un alimentdépend plus
de ladisparition
ou del’apparition
brutale d’un nutriment ou d’un métabolite dans le rumen que de la
dégradation
ou de laproduction
de ce même nutriment ou métabo- lite sur l’ensemble de lajournée.
Il semble donc nécessaire de raisonner les processus dedigestion
en terme decinétique ;
laprise
en compte de la simultanéité des apports deglu-
cides fermentescibles et de l’azote
rapidement dégradable
en est une bonne illustration. Maisl’aspect dynamique
de nombreux mécanismesdigestifs
reste encore mal connu, d’où la néces-sité de
poursuivre
les efforts de recherche sur ladigestion
ruminale des alimentsconcentrés,
etsur les
conséquences
à attendre de leurs asso-ciations entre eux et avec les
principaux
types defourrages.
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