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Henri Grégoire (1750-1831)

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Henri Grégoire (1750-1831)

Isabelle Laboulais

To cite this version:

Isabelle Laboulais. Henri Grégoire (1750-1831). Dictionnaire historique de la Liberté, 2015, pp.395-

397. �hal-02932808�

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Henri Grégoire (1750-1831)

En 1789, alors qu’il est curé d’Emberménil en Lorraine, Henri Grégoire est élu député du clergé du bailliage de Nancy. À Versailles, il contribue au ralliement du bas-clergé au Tiers-État. Au cours des premières années de la Révolution, il fait partie des 96 constituants qui parlent souvent à l’assemblée, principalement pour évoquer les problèmes constitutionnels, les Juifs, le clergé et les colonies. C’est ainsi que se forge sa réputation de défenseur des libertés.

Membre du club des Jacobins, Grégoire est un des rares constituants qui s’affichent très tôt comme démocrates : il s’oppose notamment au suffrage censitaire et au veto, soutient le droit de pétition pour chaque citoyen. Il s’engage en faveur d’une application universelle des droits de l’homme et condamne la traite des Noirs. Le 27 septembre 1791 lorsque la Constituante reconnaît les droits civils et politiques des juifs, Grégoire intervient notablement dans le débat et reprend des arguments déjà mobilisés plusieurs années auparavant. En 1785, lors de l’inauguration de la première grande synagogue autorisée en Lorraine, il avait prononcé un sermon en faveur de l’émancipation des Juifs et participé au concours de la Société royale des sciences et des arts de Metz : « Est-il des moyens de rendre les Juifs plus utiles et plus heureux ? ». En 1788, ce curé, membre de plusieurs sociétés savantes et qui se reconnaît dans les valeurs de l’Aufklärung chrétienne, est couronné par cette académie pour son Essai sur la régénération physique et morale des Juifs.

Fervent partisan de la constitution civile du clergé, dont il est l'un des premiers signataires, Henri Grégoire est nommé évêque de Blois en 1791. Il conserve ce ministère épiscopal jusqu’en 1802. Après la fuite à Varenne, il affiche ses convictions républicaines, sans jamais concevoir de gouvernement dépourvu de références religieuses, ni une société totalement désacralisée. Il ne cesse jamais de revendiquer sa fonction d’évêque. Après son discours sur la liberté des cultes prononcé le 21 décembre 1794 et dans lequel il différencie les prêtres qui ont appuyé la révolution et leurs ennemis, il obtient deux mois plus tard la liberté des cultes et se charge de réorganiser le clergé constitutionnel. Grégoire crée avec trois autres évêques un Comité des « Evêques réunis » qui rédige une encyclique, envoyée le 15 mars 1795. Ce texte a pour ambition de fédérer l’ensemble des catholiques de France, il propose notamment de maintenir un évêque par département et de préserver le processus d’élection. Ce texte est assez bien reçu par le concile national qui se tient en novembre 1797.

Cette organisation de l’Eglise, souvent qualifiée de « grégorienne » ou de « gallicane » s’impose jusqu’à la prise de pouvoir de Bonaparte en 1799. En 1801, Grégoire refuse le Concordat et démissionne quelques mois plus tard de son évêché.

Partisan de la condamnation du roi, Grégoire, qui est en mission lors du procès, ne

réclame pas sa mort et refuse tout au long de sa vie d’être qualifié de régicide. En tant que

conventionnel, Grégoire contribue notablement aux travaux du Comité d’instruction publique,

et à ceux du Comité diplomatique. C’est dans ce cadre qu’il défend à deux reprises (juin 1793

et avril 1795) le droit des gens. Il estime notamment que la puissance législative appartient à

l’ensemble des nations. Au sein du Comité d’instruction publique, il œuvre en faveur de

l’éducation des citoyens, meilleure manière à ses yeux de vaincre le despotisme et

l’obscurantisme. Il veille à la diffusion de tout type d’éducation. Il souhaite d’ailleurs

promouvoir les arts mécaniques de manière à ce qu’ils soient considérés avec les mêmes

égards que les arts libéraux. Cette conviction entraîne la création du Conservatoire des Arts et

Métiers en septembre 1794. La volonté de promouvoir l’éducation de chaque citoyen l’avait

conduit à concevoir en 1790, son Questionnaire relatif aux patois et aux mœurs des gens des

campagnes. Grégoire était en effet convaincu que l’accession de tous à la langue française

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devait relever d’une éducation publique. Le français était pour lui la langue de la liberté et il regardait la maîtrise de cette langue comme une condition des progrès de la nation vers l’unité républicaine. L’action du Conventionnel Grégoire est aussi associée à la défense des arts qu’il regarde comme les « enfants de la liberté ». Cette conviction le conduit à condamner le vandalisme assimilé à une sorte de fanatisme porté par les contre-révolutionnaires qui viseraient à déconsidérer la Révolution. Cette position fait de lui l’un de ceux qui ont façonné la notion de « patrimoine national ».

Membre du Conseil législatif après le 18 brumaire, il reste attaché aux principes qui ont déterminé son parcours politique. Défavorable à l’Empire, exclu de l’Institut en 1816, il publie de nombreux ouvrages jusqu’à la fin de sa vie. Inflexible sur la doctrine de l'Église, il refuse, sur son lit de mort, de renier son serment constitutionnel. À sa mort en 1831, les libéraux accompagnent sa dépouille au cimetière Montparnasse.

Références :

Caroline Chopelin, Paul Chopelin, L'obscurantisme et les Lumières : itinéraire de l'abbé Grégoire, évêque révolutionnaire, Paris, Vendémiaire, 2013.

Jean Dubray, La pensée de l’abbé Grégoire: despotisme et liberté, Oxford, Voltaire Foundation, 2008.

Bernard Plongeron, L'abbé Grégoire et la République des savants, Paris, CTHS, 2001.

Isabelle Laboulais

(5459 caractères)

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