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I. Le Général Wolff.

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Silhouettes de généraux Valaisans.

I. Le Général Wolff.

Edouard-Alexis-Joseph Wolff naquit à Sion, le 5 juin 1808. Son père, conseiller de la ville de Sion, grand-châtelain, puis bourgmestre, appartenait à une très ancienne famille patricienne de la cité, anoblie en 1512 par l'empereur Maximilien.

P a r sa mère, dame Rosine Bertrand, de St-Maurice, il était apparenté au fameux baron de Badenthal qui fut l'ami et le conseiller de l'impératrice Marie-Thérèse.

A dix-neuf ans, Edouard Wolff avait terminé ses études classiques. C'était un magnifique jeune homme à l'air martial et distingué. Un portrait de l'épo- que nous le représente le front haut, intelligent, le nez aquilin, la bouche volontaire.

Nous sommes en 1827. Le service étranger était en vogue. Ferdinand I, roi de Naples, avait conclu un traité avec le Valais pour la levée de troupes auxiliaires afin de maintenir l'ordre dans- son royaume, travaillé par les apôtres de l'émancipation.

De nombreux Valaisans s'enrôlèrent dans les régiments suisses.

Edouard Wolff avait un tempérament de soldat. 11 partit pour Naples, porteur d'un brevet de lieutenant d'artillerie dans le 3e régiment suisse.

Il avait obtenu cette place grâce à la bienveillance du grand baillif de Sépi- bus.

Tout de suite, Wolff sut acquérir l'estime de ses chefs et l'autorité sur ses subordonnés. Il se rompit au métier des armes et devint un excellent officier d'artillerie.

E n 1844, il obtint un congé temporaire et rentra en Valais. Notre canton était à ce moment le théâtre de luttes intestines. Le Conseil d'Etat lui confia le commandement de l'artillerie de la Vieille Suisse ; comme tel, il prit part au combat sanglant du Trient.

P o u r le remercier des éminents services rendus à la cause du gouverne- ment, la Diète adressa à Wolff des remerciements officiels et envoya au roi de Naples la lettre suivante :

Sire,

L'arrivée, en Valais de Mr. Edouard Wolff, lieutenant d'artillerie du

3e Régiment suisse au service de Sa Majesté, fut pour nous un événe-

ment providentiel. L'anarchie de l'esprit révolutionnaire, une société li-

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berticide, la Jeune Suisse, commençaient à lever une tête audacieuse et menaçante ; il fallut recourir à des moyens sévères d e correction, u n e g u e r r e civile était imminente, et les officiers de notre artillerie comp- taient lâchement dans les rangs de ceux que nous allions c o m b a t t r e .

E d o u a r d = A l e x i s = J o s e p h Wolff, 1808-1881,

Mr. le lieutenant Wolff se rendit à notre réquisition et c o m m a n d a l'ar- tillerie en homme habile et courageux.

Ses services sont g r a n d s et notre reconnaissance l'est aussi, mais com- m e n t la lui témoigner sans la participation du Roi a u x d r a p e a u x duquel il est a t t a c h é ; comment le faire dans une république où la b r a v o u r e mili- t a i r e n'est q u ' u n simple devoir ?

Quelque insolite que puisse p a r a î t r e notre demande, nous sentons la force de la présenter. Monsieur Wolff est un brave que nous prions Sa M a j e s t é de bien vouloir reconnaître. C'est au Canton du V a l a i s que Sa M a j e s t é a u r a acordé cette faveur.

N o u s avons l'honneur. Sire, de Vous offrir l'hommage du plus profond respect avec lequel nous sommes, de V o t r e M a j e s t é .

les très humbles, obéissants et dévoués s e r v i t e u r s . Au nom du Conseil d ' E t a t :

L e président : (signé) Ign. Zen-Ruffinen.

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Le c a l m e rétabli en V a l a i s , le c a p i t a i n e W o l t f r e j o i g n i t son r é g i m e n t . Q u a t r e a n s plus t a r d , des t r o u b l e s é c l a t a i e n t à N a p l e s et en Sicile e t c'est

au t r o i s i è m e r é g i m e n t suisse, d o n t faisait p a r t i e Wolff, q u ' é c h u t le rôle h o n o r a b l e , m a i s d a n g e r e u x , de r é t a b l i r l ' o r d r e .

L e s S u i s s e s se b a t t i r e n t c o m m e des lions l o r s de la défense de M e s s i n e et f i r e n t t r i o m p h e r m o m e n t a n é m e n t la c a u s e d u r o i .

D ' a p r è s l ' h i s t o r i e n M a a g et d ' a p r è s M . B e r t r a n d qui p u b l i a en 1920 u n t r a v a i l t r è s i n t é r e s s a n t s u r les V a l a i s a n s au service de N a p l e s , n o s c o m p a - t r i o t e s qui se f i r e n t r e m a r q u e r d a n s cette bataille sont les g é n é r a u x de S t o c k a l p e r , de R i e d m a t t e n et D u f o u r , les m a j o r s et c a p i t a i n e s Wolff, de C h a s t o n a y , Evêquoz, de W e r r a , et les l i e u t e n a n t s D u f o u r , Dallèves, de S t o c k a l p e r et C r o p t .

N o u s t r o u v o n s , d a n s u n e l e t t r e écrite à sa femme, d o n t n o u s a n n e x o n s à cette notice les p r i n c i p a u x p a s s a g e s , le récit de cette bataille. M . W o l f f b r i l l a c o m m e c o m m a n d a n t chef de l ' a r t i l l e r i e d a n s la p r i s e des r u e s de T o l è d e et de S a n G i a c o m o .

Extraits d'une lettre à Madame Wolff.

« ...Pour le moment, nous restons à Messine pour y ramener le bon o r d r e , l'obéissance au Roy, y rétablir les A u t o r i t é s royales, encourager, protéger les h a b i t a n t s , faire renaître la confiance, le crédit et le commerce. L e s fruits de la victoire éclatante que nous venons de r e m p o r t e r ne sont pas très considérables j u s q u ' à présent, il n'y a que les Isles d e L i p a r i et la ville de Melazzo de 8 à 9000 âmes qui aient fait leur soumission ; les a u t r e s villes de Sicile ne peuvent le faire à cause des révoltés qui y sont les m a î t r e s et qui les g o u v e r n e n t par la t e r r e u r , et quelques a u t r e s villes ne veulent pas se s o u m e t t r e par obstination, ou peut-être p a r les sugges- tions é t r a n g è r e s . I1 existe en a t t e n d a n t une espèce d'armistice illimité pour tâcher d ' e n t r e r en voies d ' a r r a n g e m e n t et de conciliation. L a F r a n c e et l'Angleterre o n t offert leur médiation pour pacifier la Sicile, éviter l'effu- sion du sang et t e r m i n e r à la satisfaction des d e u x p a r t i s les différends qui e x i s t e n t e n t r e le Roy et ses sujets siciliens révoltés. L e R o y doit avoir accepté cette médiation, en y faisant aussi intervenir le m i n i s t r e de S. M . l ' E m p e r e u r de Russie. Q u e Dieu veuille que tout s ' a r r a n g e désormais à l'amiable, car il ne s'est que t r o p répandu de sang j u s q u ' à présent. L a guerre, et la g u e r r e comme on la fait dans ce pays, est une chose affreuse.

L e peuple que nous combattons n'a d'hommes que la forme et le nom, p o u r tout le reste ce sont des bêtes sauvages, des tigres enragés et altérés de sang. N o u s savons de bonne source que les m a l h e u r e u x blessés, et même les corps m o r t s qui t o m b è r e n t entre les mains des Siciliens furent impitoyablement massacrés, leurs membres déchirés, leurs chairs mises en l a m b e a u x que les mécréants se d i s p u t a i e n t e n t r e eux, les têtes portées sur leurs baïonnettes et promenées par les rues illuminées, e t leur chair vendue a u x h a b i t a n t s pour en faire un abominable repas. L a chair d'un

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Napolitain se vendait 1 g r a i n le rotolo. la chair d'un Suisse 2 g r a i n s . L e 7. à notre seconde sortie, nous avons trouvé des corps mutilés, des oreilles, des nez attachés a u x feuilles des figuiers avec des épingles. C e qui rend encore notre situation plus critique, c'est que nous n'avons que très peu de concours et d'assistance à a t t e n d r e des Napolitains qui ont une frayeur e x t r ê m e des Siciliens. L e u r s soldats seraient encore bons, mais les officiers ne sont pas tous aussi courageux, et au m o m e n t du plus g r a n d danger q u i t t e n t leurs soldats, nous a b a n d o n n e n t et se sauvent, Mais actuellement, par la protection incontestable que Dieu accorde au R o y F e r d i n a n d et par la valeur s u r h u m a i n e des Suisses. Messine est prise, car ce sont les Suisses, (3e et 4e régiment) qui ont réellement pris Messine à l'assaut à la baïonnette, actuellement dis-je, M e s s i e u r s les Na- politains veulent s'en a t t r i b u e r la gloire.

S u r 12 ou 13 mille hommes que nous étions en tout, il y avait 2200 Suisses, musiciens et absents déduits, qui formaient .l'effectif de ce jour des 3e et 4e Régiments suisses; et bien, la p e r t e en hommes que tes seuls Suisses ont éprouvée, fait plus de la moitié t a n t en m o r t s qu'en blessés des pertes de toute l'armée. E n t r e blessés et morts, nous avons au delà d e 400 hommes plus ou moins hors de combat. Les pertes des Napolitains n ' e x c è d e n t pas ce chiffre, malgré leurs 200 hommes brûlés p a r la mine d o n t j ' a i parlé, eux qui étaient 10 à 11.000 hommes au moins. A u j o u r - d'hui que le danger est passé, et qu'il est question de récompenses, tout le monde veut avoir fait des prodiges de valeur, chacun veut avoir été un héros. « J u g e z un peu (disent quelques soldats Napolitains) si je me suis bien b a t t u , car j ' a i été tout le long avec les Suisses. » Cette naïveté prouve quelle haute opinion on a de nous — mais ce sont les soldats qui d i s e n t cela, les officiers n'ont pas cette franchise ni leur courage.

Quand le M o n a s t è r e de la Madeleine, ce colosse superbe de m a r b r e , ce boulevard de la partie sud-ouest de Messine fut emporté, ses défenseurs égorgés, on y mit le feu. Eglise, couvent, t o u r s menaçantes et orgueilleu- ses, tableaux de haut p r i x , bibliothèque, meubles de valeur, provisions de toutes espèces, tout fut dévoré p a r les flammes. L e b r a v e des b r a v e s , notre cher Colonel de Riedmatten fit retirer son bataillon hors de ce t h é â t r e de désolation, dans la prévoyance que ce lieu pouvait être miné, ou au moins contenir des a m a s de poudre dont l'explosion a u r a i t été funeste à son bataillon et il alla ranger en bataille sa troupe et former les fai-

sceaux d'armes à une bonne portée de fusil «le distance de cet édifice. I1 é t a i t beau de voir cette troupe de héros qui peu d'instants a u p a r a v a n t soutenait à chances inégales un combat désespéré, furieux de la perte de t a n t de camarades et b r û l a n t s de la soif de la vengeance, il é t a i t touchant de voir ces hommes noircis par la poudre, tachés et ruisselant encore d e leur propre sang et du sang de l e u r s frères tués à leurs côtés, redevenus calmes et obéissants à la voix de leur chef, a t t e n d r e en silence et dans le plus bel o r d r e ses commandements, se s o u m e t t r e à la plus exacte disci- pline, et voir avec indifférence et mépris les soldats Napolitains en foule passer devant leurs rangs tous chargés de riches dépouilles, se m o u v a n t

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avec peine sous le fardeau du butin, fruit du pillage auquel sans a u t o r i s a - tion ils s'étaient livrés, en d é t o u r n a n t ainsi à leur profit les fruits de la victoire que seuls nous avions remportée sur ce point du champ de ba- taille. H o n n e u r donc et Gloire immortelle à nos braves soldats ! A u c u n n'a terni ses lauriers par un h o n t e u x pillage, et dès que le combat fut terminé, leur fureur se calma et les sentiments d ' h u m a n i t é et de chrétien furent écoutés. Cette modération et cette bonne discipline honore nos soldats encore plus que la victoire.

N o u s n'avons, grâce à Dieu, la perte d'aucun officier à déplorer, quoi- que plusieurs d'entre e u x aient été assez g r i è v e m e n t blessés. N o t r e perte sur t o u t le r é g i m e n t e s t j u s q u ' à ce j o u r de 33 m o r t s et 200 blessés. L e s blessés vont beaucoup m i e u x à quelques exceptions près. N o u s ne savons ce que sont devenus d i x de nos hommes m a n q u a n t s , ils o n t probablement péri isolément loin de leurs camarades, assassinés ou brûlés. P o u r moi, bien des balles, des boulets et des bombes ont sifflé à mes oreilles, bien des fois j ' a i courbé la tète, croyant les éviter, bien des fois je me suis j e t é à t e r r e pour laisser passer l'éclat de la bombe, j ' a i échappé à la m o r t plus d'une fois, et même sur mon lit tout à côté de moi, sans me faire le moin- dre mal. L e 6 septembre, la veille du jour où nous avons pris Messine, le soir, après que notre division eut été repoussée, découragée qu'elle était par la vue affreuse des hommes brûlés qu'on eut l'imprudence de t r a n s - porter tout nus dans la citadelle en p a s s a n t par les tranchées où nous étions tous, ces hommes v i v a n t s encore, on les eût pris pour des corps rôtis à la broche, et bien, ce même soir, j ' e u s la hardiesse de m ' i n t r o d u i r e dans les fossés de la ville, de m'avancer à 300 toises contre les maisons, et de m ' i n t r o d u i r e dans une b a t t e r i e ennemie, où accompagné d'un peloton de mes g r e n a d i e r s , m a r c h a n t à pas de loup, nous dévalisâmes le magasin à poudre de la dite b a t t e r i e et enclouâmes ses deux pièces de 33, et après avoir chargé 24 barils de poudre sur le dos de mes g r e n a d i e r s et beau- coup d ' a u t r e s objets d'artillerie, je m'en retournai à la citadelle avec ma capture. J e ne pus tout p r e n d r e ce qu'il y avait dans ce magasin à m u n i - tions, ce travail eut d e m a n d é le concours de 200 hommes au moins, mais je m'offris d'y r e t o u r n e r accompagné d'un seul de mes sous-officiers, pour a d a p t e r une mèche soufrée, y m e t t r e le feu et faire sauter en l'air le ma- gasin et la b a t t e r i e — mais on ne voulut pas me laisser faire ce joli coup de main, de c r a i n t e q u e l'explosion ne cause du mal même à nos amis t r o p encore rapprochés de ce lieu.

Le 7, je fus comme les a u t r e s à la Madeleine, je défendis seul avec ma compagnie le flanc gauche de nos deux colonnes combinées (3e et 4e Suisses) et repoussai trois fois l'attaque d e s Siciliens. J ' é t a i s d a n s u n e ruelle longue, étroite e t droite, au bout de laquelle étaient les Siciliens qui de la rue et des maisons nous t i r a i e n t à coups de fusil et de canon. Je perdis six de mes plus b e a u x g r e n a d i e r s , nous é t a n t avancés jusqu'à bout p o r t a n t de nos ennemis qui se r e t i r è r e n t et j ' e u s mon 1er-lieutenant P a u l Stockalper et 19 grenadiers blessés, dont quelques-uns. mon four- rier e t mon sapeur et 3 a u t r e s sont encore en d a n g e r de m o r t .

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L e 21 s e p t e m b r e le c o l o n e l A u g u s t e d e R i e d m a t t e n f é l i c i t a i t s o n r é g i - m e n t p o u r s a v a l e u r e u s e c o n d u i t e . »

La bravoure dont fit preuve Wolff dans cette bataille lui valut le grade de major. Au moment de la distribution des récompenses et des décorations, le roi Ferdinand II s'adressa à Wolff et lui demanda : « Que désirez-vous ? La croix de François I ou la pension de St-Georges ? » Il répondit fière- ment : « J'ai mérité tous les deux ». Il les obtint.

Rappelé ensuite â Naples pour prendre le commandement en chef de l'artillerie des quatre régiments suisses, il fut promu, le 10 août 1850, au grade de major effectif, puis, deux ans après, à celui de lieutenant-colonel.

Sa bravoure et ses connaissances militaires, son profond sentiment du devoir, qui étaient appréciés par ses supérieurs, lui donnèrent les titres à un avancement rapide. Il fut nommé colonel en février 1855, et devint quatre ans plus tard général de brigade, poste qu'il occupa jusqu'au moment où il prit sa retraite, après trente ans de service.

Rentré dans son pays, il fut appelé par ses concitoyens aux fonctions de député au Grand Conseil et de président de la ville de Sion. Il fit preuve, dans sa carrière politique, des mêmes qualités de loyauté et d'honneur qui le distinguèrent sous les drapeaux.

I1 mourut le 8 janvier 1881. Au moment de sa mort, la Gazette du Va-

lais écrivait :

« Le général Wolff a vu s'achever au milieu de sa: famille une carrière mili- taire brillamment parcourue et remplie de b o n s et loyaux services. Le Valais perd en lui un citoyen dévoué, éclairé, un chrétien convaincu, et les officiers au service de Naples un glorieux vétéran de la milice. »

M. le général Wolff fut une des belles figures valaisannes du siècle der-

nier. P. de Rivaz.

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