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Charles-Michel Billard (1800-1832)

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Charles-Michel Billard (1800-1832) Un précurseur angevin de la pédiatrie

Dans les hommages rendus à Charles-Michel Billard lors de son décès et dans les années postérieures, il est remarquable que son nom soit très souvent associé à celui de Pierre-Augustin Béclard (1785-1825) - qui aurait pu faire l’objet d’une présentation biographique dans ce volume - et pas seulement en raison de leurs origines angevines. Né 15 ans après Béclard, Billard mourut encore plus jeune que lui, à 32 ans. Comme lui, il commença ses études de médecine à Angers puis les poursuivit à Paris où il se fit remarquer par des travaux novateurs. Tous les deux trouvèrent leur place au sein de ce que l’on a appelé

« l’école de Paris » qui développait alors la méthode anatomo-clinique. Amis de David, leurs bustes seront sculptés par l’artiste angevin, ce qui n’est pas pour rien dans le rapprochement qui est fait entre les deux médecins par leurs contemporains lors de la mort prématurée de Billard, 7 ans tout juste après la disparition de Béclard. Mais si ce dernier enseigna dans la capitale, Billard préféra revenir exercer à Angers.

Cette contribution, conçue comme une notice biographique et historique, vise à indiquer les points essentiels de la formation de Billard, à présenter ses travaux qui l’ont fait reconnaître en France et dans d’autres pays européens comme un des précurseurs de la pédiatrie (le mot ne sera inventé qu’en 1872), et plus particulièrement de la néonatologie qui elle ne se développera vraiment que dans la seconde moitié du XXe siècle. La participation du médecin à la vie de la cité dans laquelle il a choisi de pratiquer ne sera pas oubliée.

Les sources mobilisées pour cette étude se trouvent aux Archives départementales de Maine-et-Loire (état civil, correspondance de l’Ecole de médecine, presse locale, etc.) et aux Archives municipales d’Angers (délibérations du Conseil municipal, dépôt de mendicité, bulletins divers). Les textes des hommages rendus à Billard par ses pairs (Lachèse, Négrier, Ollivier, Legludic) sont très riches quoiqu’un peu répétitifs. Comme les œuvres de David1, ces textes nous renvoient à l’intéressante question de la construction d’une mémoire de la médecine à Angers par les artistes et par les médecins eux-mêmes. Chaque génération rendant hommage à ses prédécesseurs, peut-être en espérant que les suivantes en feront autant.

Billard d’Angers à Paris

Né en 1800 à Pellouailles d’un père secrétaire de l’administration du canton2, Charles- Michel Billard devient orphelin de mère très jeune et est élevé, ainsi que son frère cadet, par une tante. Il partage les jeux de son enfance avec Charles-Prosper Ollivier (1796-1845)3, auquel il est apparenté, qui est son aîné de quatre ans et demeurera toujours très proche de lui.

Il a d’ailleurs laissé une notice très détaillée qui permet de connaître l’adolescence de Billard4. Elève au collège de Laval (1810) puis au lycée d’Angers (1813), celui-ci s’intéresse à l’histoire, à la littérature, bien moins aux mathématiques, mais surtout à l’observation de la

1 David d’Angers sculpta également les bustes des médecins angevins François-Claude Garnier (1759-1844), dit

« le médecin des pauvres », Charles-Prosper Ollivier (1796-1845). Outre ces bustes, David exécuta des médaillons de Chevreul, de Béclard et de Billard encore. Il dessina les portraits de prénom Bigot et de Germanicus Mirault, chacun des deux médecins ayant commandé le portrait de l’autre. D’autres œuvres de David représentent des médecins célèbres contemporains ou non : Ambroise Paré, Larrey, Orfila, et d’autres.

Liste réalisée à partir des Œuvres de David d’Angers, catalogue par Georges Chesneau, commentaires par le Dr Charles Metzger, Angers, Musée des beaux-arts, 1934.

2 Archives départementales de Maine-et-Loire (ADML) 6 E 238/7, 5 mi 0675 Pellouailles-les-Vignes, acte de naissance de Charles-Michel Billard, 28 prairial an 7 (16 juin 1800).

3 Voir dans ce volume la contribution de Frédéric Dubas qui lui est consacrée.

4 Dr OLLIVIER, Notice historique sur la vie et les travaux de C.-M. Billard, Paris, J.-B. Baillière, 1832, 30 p. Les éléments biographiques sont essentiellement tirés de cette notice, qui était intégrée dans la seconde édition (posthume) du Traité des maladies des enfants nouveau-nés de Billard, présentée par Ollivier.

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nature, à la botanique, à la minéralogie. Billard arrive donc à l’étude de la médecine par les sciences naturelles, avec le projet de devenir officier de santé.

En 1819, il est élève des Cours d’instruction médicale d’Angers qui deviennent l’année suivante l’Ecole secondaire de médecine. Il obtient une place d’externe à l’hôpital puis en 1821, il est nommé élève interne et peut profiter de cet état pour ses études, car comme l’écrit Ollivier, « à part les grands hôpitaux de Paris et Lyon, il en est peu qui offrent autant de moyens d’étude que l’Hôtel-Dieu d’Angers5 ». Il lit le philosophe des sciences anglais Francis Bacon comme l’anatomiste italien Morgagni et met en pratique les principes d’observation de ce dernier. Notamment en participant au concours proposé par l’Athénée de Médecine de Paris qui porte sur la membrane muqueuse gastro-intestinale (1823). Billard y développe la méthode suivante : « connaître les caractères physiques et anatomiques de l’état sain des organes, afin de pouvoir juger avec précision du degré d’altération que présentent des organes malades6 ». Il reçoit le premier prix (1824) et devient membre correspondant de l’Athénée de Médecine.

Bien noté et apprécié, Billard ambitionne désormais de devenir médecin et pour cela de suivre ses études à Paris, mais cela à un coût. Il écrit alors à Ollivier : « Jusqu’alors, j’avais ignoré que j’étais pauvre ». Pour pouvoir partir, il doit vendre la maison issue d’un petit héritage. Cet épisode rappelle les conditions de départ pour Paris de Béclard. Il prouve également que l’Ecole de médecine d’Angers permet une certaine ascension sociale7.

Billard arrive à Paris auréolé de son prix de l’Athénée de Médecine. Son mémoire sur la muqueuse gastro-intestinale est publié (1825). L’ouvrage est dédié aux professeurs de l’Ecole d’Angers, « leur élève reconnaissant », et à la mémoire de Béclard qui l’a accueilli à Paris, avec qui il a appris en travaillant à la Salpetrière et qui vient de mourir : « mon maître et mon compatriote ». En 1826 il est premier des élèves internes et après s’être intéressé aux maladies de la vieillesse, il choisit l’hôpital des Enfants-trouvés où il travaille avec Baron. On le voit également dans la maison de santé de Dubois8

Billard fréquente les Angevins de Paris : David, Béclard – qui lui manquera beaucoup après sa mort – et Ollivier, venu lui aussi faire son doctorat dans la capitale. Il reste en lien avec les médecins d’Angers, surtout Germanicus Mirault avec qui il entretient une correspondance régulière. Il lui envoie des articles, des comptes-rendus de recherche ou de pratique, par exemple sur la technique opératoire de la fracture du sternum. Il achète même du matériel médical qu’on ne trouve qu’à Paris pour ses collègues angevins9. En 1826, Chevreul, alors directeur de l’Ecole secondaire de médecine d’Angers10, lui confie une nouvelle édition de son Précis de l’art des accouchements. Billard y ajoute une Petite histoire des vices de conformation du fœtus. C’est en effet le développement de la vie et la naissance qui désormais font l’objet de ses recherches.

Recherches sur les maladies des nouveau-nés

A l’Hospice des Enfants trouvés, Billard constate le manque d’ouvrages sur la pathologie des nouveau-nés qui n’était alors qu’ébauchée. Il était alors très fréquent de trouver des comparaisons entre la médecine des nouveau-nés et la médecine vétérinaire où le praticien ne peut pas attendre d’indications venant du sujet souffrant. Au XVIIIe siècle, le

5 Ibid, p.8

6 C. BILLARD, De la Membrane muqueuse gastro-intestinale, dans l’état sain et dans l’état inflammatoire ou Recherches d’anatomie pathologique sur les divers aspects sains et morbides que peuvent présenter l’estomac et les intestins, Paris, Gabon et Cie, 1825, 565 p.

7 Voir dans ce volume la contribution de Jacques-Guy Petit.

8 G. LACHÈSE, « Notice biographique sur Billard » in Mémoires de la Société d’Agriculture, Sciences et Arts d’Angers, 1er volume, 1832, p. 121-127.

9 ADML, 392 T 35, recueil de lettres de l’Ecole de médecine, lettres de Billard à Mirault des 27 décembre 1825 et 8 août 1826.

10 Voir dans ce volume la contribution d’Elisabeth Verry qui lui est consacrée.

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Suédois Nils Rosen Von Rosenstein (1706-1773) de l’Université d’Uppsala s’était intéressé à ces questions en publiant un traité intitulé De Morbis Infantum en 1752 (traduit en français en 1778). Cet ouvrage définissait une médecine plutôt familiale dont les différents chapitres avaient été publiés auparavant dans des almanachs11. Depuis le début du XIXe siècle, certains médecins avaient écrit des pages intéressantes sur les maladies des nourrissons, mais la plupart d’entre eux ne s’attachait qu’à traiter des symptômes, sans remonter à leurs causes. Un ouvrage d’ensemble, insistant particulièrement sur les traitements, manquait : « la pathologie des nouveau-nés proprement dits, était restée dans une espèce d’oubli12 ».

Après divers articles, par exemples sur « La chute du cordon ombilical » ou « Le cri du nouveau-né » qui paraissent dans Les Archives Générales de Médecine, Billard peut fournir en 1828 un Traité des maladies des enfants nouveau-nés et à la mamelle, fondé sur de nouvelles observations cliniques et d’anatomie comparée13. Il dédie l’ouvrage à Baron :

« hommage d’estime et de reconnaissance ». On peut noter que cet ouvrage est sans doute l’un des derniers sortis des presses de l’atelier de Balzac, l’expérience d’imprimeur du romancier prenant fin cette année-là. Billard complète l’ouvrage par un Atlas d’anatomie, dont il a peint lui-même les dix planches14. Billard explique ainsi sa méthode :

« Placé pendant un an comme élève interne à l’Hospice des enfants-trouvé de Paris, j’ai observé avec attention les enfants qui ont été soumis aux soins de M. Baron, dont je ne saurais trop louer l’extrême obligeance, et lorsqu’ils ont succombé aux maladies dont ils étaient atteints, j’ai ouvert les cadavres et j’ai recherché dans tous leurs organes les causes et le siège de ces maladies. Ainsi s’est trouvé rempli le vœu de Morgagni. J’ai pu rapprocher de la sorte les symptômes notés pendant la vie, des lésions anatomiques qui les avaient déterminés, et de cette double observation j’ai vu découler naturellement l’étiologie et la symptomatologie des maladies des enfants naissants15 ».

Cet ouvrage de 650 pages passe en revue toutes les maladies infantiles à partir d’une centaine d’observations cliniques et post mortem de la peau, des organes génitaux, des systèmes nerveux et circulatoire, etc. D’après Lachèse, les publications de Billard firent oublier celles de Rosen et de beaucoup d’autres. Le traité de Billard était plus moderne, avec davantage de citations, d’expériences, de cas étudiés. Un siècle et demi plus tard, le professeur Bernard-Louis Salle confirme que l’ouvrage de Billard a été « le point de départ de toutes les acquisitions ultérieures » de la néonatologie. En particulier, le médecin angevin a bien interprété les symptômes comme traduisant les mauvaises conditions de la gestation et du nourrissage. Il a également bien montré que le refroidissement était la principale cause de morbidité chez le nouveau-né. « Aussi il s'est mis à construire des berceaux à double paroi permettant l'introduction d'eau chaude ». La couveuse ne sera vraiment mise au point par Tarnier que dans les années 188016.

La reconnaissance européenne de Billard

11Traité des maladies des enfants, traduit du suédois par Le Febvre de Villebrune, Paris, Cavalier, 1778.

12 Dr OLLIVIER, avertissement à la 3e édition de l’ouvrage de Billard, en 1837.

13 C. BILLARD, Traité des maladies des enfants nouveau-nés et à la mamelle fondé sur de nouvelles observations cliniques et d’anatomie pathologique, faites à l’hôpital des Enfants-trouvés de Paris, dans le service de M.

Baron, Paris, J.-B. Baillière, imprimerie de H. Balzac, 1828.

14 C. BILLARD, Atlas d’anatomie pathologique pour servir à l’histoire des maladies des enfants, Paris, J.-B.

Baillière, libraire de l’Académie royale de Médecine, 1828.

15 C. BILLARD, Traité des maladies des enfants nouveau-nés et à la mamelle…, op. cit., préface, p. VIII.

16 B.-L. SALLE, XIIIe JTA (Journées de Techniques Avancées en gynécologie et obstétrique, PMA, Périnatologie et Pédiatrie), 1998, « Néonatologie, passé, présent, avenir ». Texte consultable sur le site www.lesjta.com

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Legludic écrira que c’est auprès de Béclard que Billard « prit goût à la littérature médicale étrangère17 ». Ses connaissances des langues étrangères sont larges. Il peut lire et/ou écrire l’anglais, l’allemand et l’italien et il étudie l’espagnol. Ce don lui permet de traduire des articles écrits en anglais de les offrir à ses collègues français dans Les Archives générales de Médecine. Il traduit également des ouvrages entiers : notamment les Principes de chimie de Th. Thomson, le Dictionnaire de chirurgie pratique de S. Cooper - sur lequel il passe jusqu’à neuf heures par jour18 - et les Leçons sur les maladies des yeux de W. Lawrence qu’il augmente d’un Précis de l’anatomie de l’œil19. Ce faisant, Billard se fait connaître également en France et en Grande-Bretagne.

Ainsi, il peut suivre le conseil d’Hippocrate qui recommande les voyages aux jeunes médecins. Il visite des Universités anglaises et écossaises, assiste et participe à leurs enseignements. Il s’intéresse en outre à l’organisation des hôpitaux et des autres établissements publics destinés au soulagement des pauvres. On doit à Billard un mémoire sur les hôpitaux et les établissements de charité20, ceux que connaît alors le jeune Charles Dickens et qu’il décrira plus tard dans certains de ses romans. Ses voyages, notamment dans l’Ecosse de Walter Scott, lui inspirent également de nombreux poèmes plutôt réussis, aux dires d’Ollivier, mais qui ne seront jamais publiés21. Au cours d’un autre long voyage, il découvre les hôpitaux du sud de la France, de Lyon, de la Savoie, de Genève. Il devient membre de plusieurs sociétés savantes françaises et étrangères. En retour, il jouit d’une reconnaissance européenne sous la forme de la traduction de ses ouvrages en allemand et en anglais22, il est en contact avec les plus grands médecins des pays qu’il parcourt, notamment avec Lawrence23.

De l’avis unanime de ses contemporains, Billard ne demanda aucune place… et n’en occupa aucune. On peut lire qu’il refusa de nombreuses chaires qui lui étaient proposées, notamment par Orfila à Paris, qui avait consigné dans ses Leçons de médecine légale des observations de Billard24. Mais Billard choisit de pratiquer la médecine dans sa ville d’origine en s’installant à Angers en mars 1828.

Un médecin engagé à Angers

Billard s’assure immédiatement une clientèle importante, notamment pour les maladies des jeunes enfants. Les biens immobiliers qu’il peut alors acquérir prouvent sa réussite matérielle25. En même temps, il consacre une partie de son temps à une clientèle plus modeste en ajustant ses honoraires. Il continue à traduire des travaux étrangers. Il est parfois

17 H. LEGLUDIC, « Le docteur Billard », Archives Médicales d’Angers, octobre 1898, p. 435-439. Article écrit essentiellement à partir de la notice d’Ollivier.

18 ADML, 392 T 35, recueil de lettres de l’Ecole de médecine, lettre de Billard à Mirault du 27 décembre 1825.

19 Traité pratique sur les maladies des yeux ou leçons données à l’infirmerie ophtalmique de Londres en 1825 et 1826 sur l’anatomie, la physiologie et la pathologie des yeux par le docteur W. Lawrence, traduit de l’anglais avec des notes et suivi d’un précis de l’anatomie pathologique de l’œil, par le docteur C. Billard (d’Angers), Paris, J.-B. Baillière, 1830. Le volume est dédié à son ami Ollivier.

20 C. BILLARD, Coup d’œil sur les hôpitaux, les établissements de charité et l’instruction médicale en Angleterre, Paris, 1827.

21 Dr OLLIVIER, Notice historique sur la vie et les travaux de C.-M. Billard, op. cit., p. 23.

22 Son travail sur la membrane muqueuse gastro-intestinale et son traité sur les maladies des nouveaux-nées sont traduits en allemand en 1828 et 1829.

23 On retrouve à la bibliothèque universitaire d’Angers, un exemplaire de la traduction de Billard dans lequel est attachée une lettre manuscrite de Lawrence à Billard. Cet ouvrage faisait partie de la bibliothèque privée d’Ollivier.

24 G. LACHÈSE, « Notice biographique sur Billard », Op. cit. p. 123-124. Mathieu Joseph Bonaventure Orfila, qui sera doyen de la Faculté de Médecine de Paris, connaissait parfaitement l’Ecole de médecine d’Angers et ses élèves pour y venir régulièrement présider les jurys d’examens.

25 ADML, 4 Q 2150, 2151, 2158 et 2170. Outre une maison à Angers rue de la Poissonnerie achetée en 1828, Billard achète en 1829 le domaine de Beauregard, sur la route de Paris, et en 1831 le domaine de la Rousselière à Savennières.

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commis comme expert auprès des tribunaux. Par exemple pour prouver le mensonge d’une femme qui affirme contre d’autres qu’un enfant est à elle. Billard démontre que l’enfant ne peut être de l’âge avancé par la femme… et que celle-ci n’a encore jamais enfanté26.

En marge de son activité, Billard s’engage dans la cité en participant à la gestion de l’institution des sourds-muets ou en tant que membre du comité de salubrité de la ville. Avec d’autres, notamment le docteur Bigot, il pense à la création d’un dépôt de mendicité pour la ville. La considération dont jouit Billard et sa bonne connaissance du système d’assistance britannique sont des atouts pour faire avancer ce projet. Il est pour beaucoup dans la rédaction d’un Projet d’association pour l’extinction de la mendicité dans la ville d’Angers dont l’objectif est d’« offrir à l’indigent un asile et des secours convenables, tout en lui rappelant des principes de morale et des habitudes laborieuses27 ». L’association angevine s’inscrit tout à fait dans le mouvement général qui organise le contrôle des populations pauvres et vise à encadrer socialement et moralement les indigents… Jusqu’à l’enfermement28. En tant que rapporteur de la Commission, c’est encore Billard qui est le rédacteur des Statuts et règlements pour la maison destinée à l’extinction de la mendicité dans la commune d’Angers29. Il est ensuite la véritable âme du dépôt30.

Billard meurt le 31 janvier 1832 d’une phtisie pulmonaire. A moins de trente-deux ans, laissant une jeune épouse et un jeune enfant. La presse angevine rapporte qu’il est pleuré aussi bien par les notables de la ville que par les pauvres. Sur sa tombe, le docteur Laroche prononce un éloge funèbre31. Beaucoup lui rendent hommage, notamment Lachèse, alors directeur de l’Ecole secondaire de médecine d’Angers, qui publie une première notice biographique, avant celle plus fournie d’Ollivier32. Leroux grave un portrait à l’eau forte de Billard33.

Le 13 juin 1833, a lieu une grande cérémonie d’hommage officiel avec inauguration au musée d’Angers d’un buste de Billard en marbre sculpté par David et financé par une souscription34. Devant la famille du défunt, le préfet, l’évêque d’Angers et les corps constitués, tour à tour, interviennent des personnalités de la ville et de l’Ecole de médecine : Lachèse et Mirault, puis des représentants de la commission du Dépôt de mendicité, de la Société d’Agriculture, Sciences et Arts et enfin de la municipalité d’Angers. Tous rendent hommage au médecin, à l’homme de son temps, à ses engagements. Pour la municipalité c’est également l’occasion de rendre hommage à l’action des médecins angevins pendant l’épidémie de choléra de 1832 : « Honneur, cent fois honneur aux médecins de notre ville, qui, pendant la durée de ce cruel fléau dont la terrible influence semblait devoir décimer notre belle patrie, ont donné tant de preuves de savoir, de courage, de bienfaisance »35. La presse locale consacre plusieurs articles à la cérémonie. On peut notamment lire dans Le Journal de

26Inauguration du buste de C.-M. Billard, docteur en médecine, d’Angers, le 13 juin 1833, « Discours de G.

Mirault », Angers, Le Sourd, 1833, p. 18.

27 Archives municipales d’Angers (AMA), I 359, dépôt de mendicité ; Projet d’association pour l’extinction de la mendicité dans la ville d’Angers, Le Sourd, 1831, 7 p.

28 Sur ce point, voir le mémoire de maîtrise d’histoire de L.-P. PARENTEAU, Le dépôt de mendicité à Angers (1767-1867), Université d’Angers, sous la direction de Jacques-Guy Petit, 1993, 135 p.

29 ADML, Bib 1334-1, Statuts et règlements pour la maison destinée à l’extinction de la mendicité dans la commune d’Angers, Angers, Le Sourd, 1831, 15 p.

30 L.-P. PARENTEAU, Le dépôt de mendicité à Angers (1767-1867), p. 80.

31 Journal de Maine-et-Loire, 2 février 1832, « Discours du docteur Laroche ».

32 G. LACHÈSE, « Notice biographique sur Billard », in op. cit. ; Dr OLLIVIER, Notice historique sur la vie et les travaux de C.-M. Billard, op. cit.

33 ADML, CICP 41/204.

34 Le buste est aujourd’hui exposé dans la Galerie David d’Angers, rue Toussaint à Angers. Un exemplaire en plâtre se trouve dans la bibliothèque de la Faculté de Pharmacie. « Le regard énergique et droit, le front haut, les joues nerveuses, les lèvres jeunes, indiquent la résolution du médecin tombé sur le seuil de sa vie, à trente-deux ans », in Œuvres de David d’Angers… op. cit., note 190, p. 120.

35 Inauguration du buste de C. M. Billard, op. cit., 39 pages.

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Maine-et-Loire un poème pompeux d’Adrien Maillard consacré au médecin36. Trois ans plus tard, David grave de nouveau les traits de Billard dans un médaillon de bronze cette fois, avec l’inscription suivante : « Le docteur Billard d’Angers par son ami David 1836 »37.

En 1881, la ville d’Angers donne son nom à une rue en prolongement de la rue des Pénitentes, entre le boulevard Descazeaux et la rue Lyonnaise, la délibération du Conseil municipal indique : « Médecin célèbre qui sut, bien que tout jeune, se faire par ses publications une réputation presque européenne. Angers lui doit la formation du dépôt de mendicité38 ».

Après une deuxième édition en 1832, en 1837, Ollivier livrait une troisième édition augmentée du Traité des maladies des enfants nouveau-nés de Billard, en notant que depuis la première édition de 1828, « l’étude des maladies des enfants naissants n’a reçu encore qu’une faible part de l’impulsion qui a été donnée à celle des autres parties de la pathologie »39. C’était reconnaître le caractère précurseur du travail de son ami Billard. En 1845, c’est toujours le cas comme le montre la traduction de cette édition en anglais et sa parution à New York sous le titre : A Treatise of the Diseases of Infants. Billard fait partie de ces médecins nés et formés à Angers avant de terminer leurs études à Paris qui ont apporté leur contribution aux progrès de la médecine et assuré le rayonnement de la formation médicale angevine.

Yves Denéchère Professeur d’histoire contemporaine Université d’Angers - HIRES CERHIO UMR 6258

36 « Sur l’inauguration du buste de Billard, 13 juin 1833 », Affiches d’Angers, dimanche 23 juin 1833, p. 49-50 ; Journal de Maine-et-Loire, 13 et 15 juin 1833.

37 ADML, CICP 41/206, photographie.

38 AMA, délibérations du Conseil municipal, 28 mars 1881.

39 Dr OLLIVIER, avertissement à la 3e édition de l’ouvrage en 1837.

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