INFLUENCE DE LA NATURE DES MATIÈRES AZOTÉES
DES ALIMENTS D’ALLAITEMENT SUR L’AMINOACIDÉMIE
DU VEAU PRÉRUMINANT
I. — MATIÈRES AZOTÉES DU LAIT, DU
LACTOSÉRUM,
DU POISSON ET DES LEVURES D’ALCANES
P. PATUREAU-MIRAND,R. TOULLEC* J. L. PARUELLE*
J. PRUGNAUD R. PION
Françoise BARRÉ,Marie-Claude VALLUY, Yvette LENTO’ G. BAYLE
Laboratoire d’étude du Métabolisme azoté, Centre de Recherches de Clermont-Ferrand, I. N. R. A., .,
Theix, 63110 Beaumont
* Station de Recherches zootechniques,
Centre de Recherches de Rennes, I. N. R. A., .,
35042 Rennes
RÉSUMÉ
La valeur nutritive de 5 aliments contenant différentes protéines dont la composition en acides
aminés a été préalablement établie, est étudiée chez le Veau préruminant par l’examen de l’urémie et de l’aminoacidémie après le repas. Les protéines des aliments « Lait n sont essentiellement des
protéines de lait, celles de l’aliment « Lactosérum » proviennent exclusivement d’un lactosérum enrichi par ultrafiltration ; les matières azotées de l’aliment « Poisson » sont apportées d’une part (68 p. 100) par celles de poisson blanc ayant subi une hydrolyse enzymatique ménagée et d’autre part (32 p. 100) par celles du lactosérum ; enfin, 50,5 p. 100 des matières azotées de l’aliment
a Levures » proviennent des levures d’alcanes, le reste étant fourni par du lactosérum et du lait écrémé. Les protéines de l’aliment « Lactosérum » sont riches en acides aminés indispensables (
5
8 p. ioo), bien que pauvres en histidine et arginine. Les protéines de poisson blanc hydrolysées
sont pauvres en acides aminés indispensables (37,4 p. 100), en particulier en tryptophane. Les
urémies sont les plus élevées dans le sang des veaux qui ingèrent les aliments « Lait » bien que la qualité de leurs protéines puisse être supposée supérieure. Lorsque l’apport journalier par unité de poids métabolique (P°>?5) est inférieur à o,8 g de thréonine, 0,9 g de valine, 0,85g d’isoleucine, 1
, 3
g de leucine et de lysine et o,6 g d’arginine, les teneurs sanguines en ces composés sont basses
et varient peu ; elles augmentent fortement lorsque l’apport est supérieur à ces valeurs qui sont
retenues comme estimation du besoin en ces acides aminés. Les besoins du Veau sont comparés
à ceux du Porc et du Rat (tabl. 4).
La comparaison de la composition en acides aminés des protéines aux besoins du Veau permet de préciser les carences ou déséquilibres en acides aminés des protéines étudiées et les conditions dans lesquelles elles doivent être introduites dans les aliments d’allaitement.
INTRODUCTION
Diverses études ont été
entreprises
chez le Veaupréruminant,
pourpréciser
lesconditions d’utilisation des aliments d’allaitement dans
lesquels
lesprotéines
de laitsont, en
partie
ou entotalité, remplacées
par d’autresprotéines.
Tou>~>,EC et al.(r 974 )
et PARUELLE et al.
( 1974
a,b)
ontétudié,
enparticulier,
l’influence duremplacement
des
protéines
de lait par desprotéines
de lactosérum ou par unmélange
deprotéines
de lactosérum et de
poisson
ou de levures d’alcanes surl’appétit,
lacroissance,
ladigestibilité
de l’aliment et la rétention azotée. Pourcompléter
ces travaux, nousavons déterminé la
composition
en acides aminés de cesprotéines
et étudié les consé-quences de leur utilisation dans les aliments
d’allaitement,
sur l’aminaocidémie du Veaupréruminant.
Ce critèrepeut permettre
chez le Veau,d’apprécier
ledegré
d’utilisation
métabolique
des acides aminés selon l’état nutritionnel de l’animal. Eneffet, lorsqu’un
acide aminéindispensable
est en excès dans laration,
ilpeut
s’accu- muler sous forme libre dans le sang des veaux ; enrevanche, quand
il faitdéfaut,
les teneurs
sanguines
en cecomposé
sont basses(P ATUREA u-MiRAND,
PRUGrrnuD etPlorr,
1973a,b).
Donc par l’examen del’aminoacidémie,
il devrait êtrepossible,
dansla
plupart
des cas, de savoir sil’apport
d’acides aminésindispensables
est insuffisant convenable ou excessif et depréciser
ainsi laqualité
et les conditions d’utilisation desprotéines
étudiées.MAT!RI!I,
ETMÉTHODES
i. - Aliments
La composition des aliments étudiés figure dans le tableau i. Les protéines des aliments témoins (a Lait 1 » et a Lait II ») sont essentiellement des protéines de lait écrémé Spray. Les protéines de l’aliment « Lactosérum » proviennent exclusivement d’un lactosérum enrichi en pro- téines par ultrafiltration. Dans l’aliment « Poisson x, 68 p. ioo des matières azotées proviennent
d’un concentré protéique de poisson (CPSP 90) obtenu par hydrolyse enzymatique ménagée de poissons blancs, suivie d’une centrifugation pour éliminer une partie des lipides et 32 p. 100 du lactosérum. Dans l’aliment « Levures 5o,5 p. 100des protéines sont fournis par les levures d’al-
canes tandis que le reste est apporté par du lait écrémé et du lactosérum Spray.
2
. - Animaux
Les aliments « Lait I » et « Poisson n ainsi que les aliments u Lait II » et « Levures o sont étudiés
au cours d’expériences d’engraissement (expériences i et 2) dont les résultats concernant l’appétit,
la croissance et l’abattage sont rapportés par PARU ELLE et al. (1974a, b). Dans ces expériences, chaque aliment est distribué à 8 veaux mâles de race frisonne, logés en cases individuelles sur
paille et munis d’une muselière. L’aliment « Lactosérum est étudié au cours d’une expérience de
mesure de l’utilisation digestive (expérience 3) dont les résultats sont rapportés par TOULLFCet al. (1974). Cette expérience a été conduite sur 3 veaux mâles de race frisonne placés en cages à bilan.
Les consommations journalières sont enregistrées. Les animaux sont pesés tous les 7 jours
dans les expériences i et 2 et tous les m jours dans l’expérience 3. Les résultats de la mesure des
performances des animaux pendant les 14jours (expériences i et 2) ou les Ijours (expérience 3) précédant les prélèvements sont illustrés par la figure 1.
Prélèvements et dosages.
A différents moments (fig. I) au cours de ces expériences, des prélèvements de sang au niveau de la veine jugulaire sont effectués entre 4 et 5 heures après le repas du matin. Pour le dosage des
acides aminés libres, les échantillons de sang des veaux de même âge et appartenant à un même lot sont recueillis ensemble dans un flacon contenant de l’éthanol 950froid, additionné de 2p. 100 de thiodiglycol. Pour la mesure de la concentration en urée du sang de chaque veau, les échantil- lons provenant des différents animaux sont recueillis individuellement dans des tubes contenant de l’acide trichloracétique 2,5 p. 100.
L’urée est dosée selon la méthode à la diacétyl monoxime sur le surnageant des échantillons de sang déféqués à l’acide trichloracétique. Les acides aminés libres du sang sont extraits selon la méthode décrite par PnwLnx et PION ( I96A a) et dosés par chromatographie sur résine échangeuse
d’ions. La teneur en acides aminés des protéines étudiées est déterminée selon la méthode décrite par PION et FAUCONNEAU (1966). Le tryptophane est dosé à l’aide d’une technique dérivée de celle de
S LUMP et SCHREUDER (1969).
RÉSULTATS
I
. -
Composition
en acides aminés des constituantsprotidiques
des aliments(tabl. 2)
Les
protéines
de lactosérum se caractérisent par leur richesse en thréonine( 1 )
et
tryptophane
et leursplus
faibles teneurs enméthionine,
acides aminésaromatiques
et histidine. Les mêmes
caractéristiques
se rencontrent dans lesprotéines
de lacto- sérum enrichi par ultrafiltrationqui
sontparticulièrement
bien pourvues en acides aminésindispensables ( 5 8, 05
p. 100 des matièresazotées).
Il faut en effet insistersur
l’exceptionnelle
richesse de cesprotéines
enthréonine, isoleucine, cystine
etlysine.
Comparées
à celles du lait devache,
les matières azotées du CPSP go sont pauvresen acides aminés
indispensables puisque
ces derniers n’enreprésentent
que 37,35P. 100 et très pauvres entryptophane.
Les matières azotées de levures d’alcanes ont unecomposition
en acides aminésindispensable qui rappelle
celle d’unlactosérum,
touten étant
plus
riche enarginine
etphénylalanine
etplus
pauvre entryptophane.
L’azote des acides aminés
(à l’exception
de l’azote amidé del’asparagine
et dela
glutamine)
constitue8 7
p. 100 de l’azote total du lait et du lactosérum enrichi parultrafiltration ;
il n’enreprésente
que y,79et 81 p. ioo dans lelactosérum,
le CPSP goet les levures d’alcanes
respectivement :
celapeut
être lié à laprésence d’urée,
d’ami-nes et d’acides
nucléiques.
La
composition
en acides aminés des aliments d’allaitement étudiés a été cal- culée àpartir
de ces résultats.2
. -
Influence
de la nature desprotéines
sur l’urémieet l’aminoacidémie Urémie.
L’évolution
de l’urémie en fonction de laquantité
de matières azotéesingérées {fig. 2 ) dépend
de la nature des matières azotées alimentaires. Eneffet,
si laquantité
de matière azotées
ingérée
est voisine de 12 à 13g/kg O ,75/j,
ce que l’on observe chez les animaux lesplus jeunes,
l’urémie est basse et voisine de 16 mg pour 100g de sangquelle
que soit la nature desprotéines
alimentaires.( 1
) Les acides aminés indispensables pour le Rat et le Porc en croissance seront considérés comme
indispensables pour le Veau préruminant.
Lorsque
laquantité
de matières azotéesingérée croît,
l’urémien’augmente
quedans le sang des animaux
qui
consomment les aliments « Lait ».Aminoacidémie.
Acides aminés
indispensables.
Les variations de la concentration
sanguine
en certains acides aminésindispen-
sables libres en fonction des
quantités journalières
de chacun de ces acides aminésingérées
par unité depoids métabolique : P O , 75 (kg),
sontreprésentées
sur lafigure
3.Les teneurs en ces acides aminés
indispensables
sont engénéral
d’autantplus élevées,
pour un aliment
donné,
que lesquantités ingérées
sontgrandes. lorsque l’apport
journalier
est inférieur ào,8
g dethréonine,
0,9g devaline, 0 ,8 5
gd’isoleucine,
1,3g gde leucine ou de
lysine
eto,6
gd’arginine
par unité depoids métabolique,
les teneurssanguines
en ces acides aminés restent basses(à l’exception
del’arginine
dans le sang des veauxqui ingèrent
l’aliment «lactosérum »).
Celaindique
que l’utilisation méta-bolique
de cescomposés
est intense.L’accumulation,
souvent considérable de cesacides
aminés,
dans le sang des animauxqui ingèrent
desquantités supérieures, signi-
fie que
l’apport
excède alors lespossibilités
d’utilisation de ces acides aminés. Dansces
conditions,
le besoin en ces acides aminés serait donc satisfait.En
revanche,
les teneurs en histidine(fig. 3 )
et en acides aminésaromatiques (tabl. 3 )
varient peu en fonction de laquantité ingérée. Toutefois,
lerapport
des concentrations entyrosine
à celles enphénylalanine
tend àaugmenter
de i à 2lorsque
croît la
quantité
d’acides aminésaromatiques ingérée.
Les teneurs en thréonine et
lysine
libres du sang des veauxqui
consommentl’aliment « Poisson », sont
plus
élevées que celles observées dans le sang des animaux nourris à l’aide des aliments «Lait
» etqui ingèrent
desquantités
voisines de chacun de ces acides aminés.L’accumulation d’arginine
dans le sang des veaux recevant l’aliment « Lacto- sérum » estimportante.
Acides aminés non
indispensables.
L’évolution
de la teneursanguine
en certains acides aminés nonindispensables (fig. 4 )
tels l’alanine et dans une moindre mesure la sérine et laglycine,
semble simi-laire à celle observée avec la
plupart
des acides aminésindispensables.
Enrevanche,
les teneurs en
proline
libre et leurs variationsparaissent particulières
àchaque
ali-ment.
Enfin,
contrairement auxurémies,
les concentrations en acides aminés ducycle
de l’urée(ornithine
etcitrulline)
sontplus
élevées dans le sang des veaux nourrisavec les aliments «
lactosérum
», « Poisson n et « Levures » que dans le sang de ceuxqui ingèrent
les aliments «Lait
o(tabl. 3 ).
DISCUSSION
I
. -
Méthodologie
Les modalités de
prélèvement
du sang et de traitement des échantillons ontdéjà
àété discutées dans une
publication
antérieure(PATUR!AU-MIRAND,
PRUGNAUD etPION, I973).
L’intérêt de l’étude des variations des concentrations
sanguines
en certains acides aminésindispensables
libres en fonction de la teneur durégime
pourapprécier
lebesoin en acides aminés
indispensables
a été mis en évidence chez différentesespèces.
M ORRISON
,
MIDDI,!TON et MCI,AUGHI,AN( 19 6 1 ),
PAWI,AK et PION( 19 68
Cl,b)
STOC-KI,AND E
t Cll.
(1970),
YOUNG et MUNRO(1973)
chez le Rat, MITCHELL et al.( 19 68).
BRAVO et al.
(I(!70),
PION et al.( 1971 )
chez lePorc,
ZIMMERMAN et SCOTT(1 9 65)
chezle
Poulet,
YouNG et al.( 1971 )
chez l’Homme ont montré en étudiant lasignification
de ces
courbes,
que la teneur ou laquantité ingérée
àpartir
delaquelle
les acides aminés s’accumulent dans le sang est trèsproche
de cellequi permet
d’obtenir la crois-sance ou la rétention azotée maximale. En outre, cette méthode d’étude du besoin
peut
être effectuée sur un nombre assez réduit d’animaux sans contraintesexpéri-
mentales
particulièrement
sévères. Ellepeut,
enparticulier,
êtreappliquée
à desanimaux soumis à
l’expérimentation
en lots.Cependant, lorsque
les acides aminés sontapportés
par diversesprotéines,
la courbe de l’évolution des teneurs
sanguines
en ces acides aminés en fonction de laquantité ingérée peut
êtreimprécise.
D’unepart,
lespoints expérimentaux
sontdans certains cas
irrégulièrement répartis ;
d’autrepart,
le transitdigestif
et ladiges-
tibilité des matières azotées étudiées sont différents
(Tousse,
THIVENDetMATHI!u,
1971
; FPANTZEN et
al.,
I974 ; Gulr,r,oT!AU etal.,
travaux encours) ; enfin,
il estpossible
que ladisponibilité
de tous les acides aminésindispensables
ne soit pasidentique
dans cesprotéines.
Dans cesconditions,
l’estimation du besoinpeut
êtreapproximative
pour certains acides aminés.2
. - Urémie.
Il
peut paraître surprenant
d’observer les urémies lesplus
élevéeslorsque
lesprotéines
alimentaires sont desprotéines
de laitpuisque
celles-ci semblent êtreparmi
les mieuxéquilibrées.
Ces valeurs élevées de l’urémie ne semblent pas résulter d’uneingestion plus importante
deprotéines digestibles.
Eneffet,
lesquantités
de matières azotées
digestibles ingérées
avec les différents aliments sontvoisines,
car, si les veaux recevant les aliments
«Lait»,
consomment desquantités
inférieures de matières azotées(fig. 2 ),
ladigestibilité apparente
de ces dernières estsupérieure
à celle des autres matières azotées des aliments «Lactosérum »
(T OULLEC et al.,
i9741!« Poisson »
(P APUELLE et al.,
1974a)
et « Levures »(P ARUELLE
etal., r 97 a). Cependant,
les veaux
qui
consomment les aliments « Poisson » et « Levures »ingèrent
une quan- titélégèrement plus
faible d’azoteprotidique digestible
que les veaux nourris aulait. En
effet,
l’azote des acides aminés(à l’exception
de l’azote amidé de lagluta-
mine et de
l’asparagine)
nereprésente respectivement
que 77 et8 3
p. 100 de l’azote total de cesaliments ;
cetteproportion
est voisine de8 7
p. 100 dans les aliments« Lait ». Or c’est essentiellement l’azote des acides aminés
qui,
au cours de leurcatabolisme, participe
à lasynthèse
d’urée.Les basses valeurs de l’urémie et l’accumulation de
l’arginine
dans le sang desveaux
qui reçoivent
l’aliment « Lactosérum »pourraient correspondre
à une faibleactivité de
l’arginase
chez ces animaux.3
. -
Quantités
d’acides aminésindispensables ingérées
et concentrations
sanguines
en ces acides aminés chez le Veau.Besoins en acides aminés
indispensables a) Thréonine, valine, isoleucine, leucine, lysine
etarginine.
L’évolution de la teneur du sang en
thréonine, valine, isoleucine, leucine, lysine
et
arginine
en fonction de laquantité ingérée
est voisine de celle que nous avonsdéjà
àobservée chez le Veau en
supplémentant
desprotéines
de lait par des doses croissantes de méthionine et delysine (PnTUx!nu-MiRnrrD,
PRUGrreuD etPION,
1973 a,b).
Ainsi,
laquantité
delysine
alimentaire àpartir
delaquelle
lalysine
libre s’accumule dans le sang est trèsproche
de 1,3g/kg O , 75 /j,
valeur que nous avions obtenue au cours de cesexpériences précédentes.
En outre, ces courbes sont peu différentes de cellesqui illustrent,
chez les autresespèces,
la relation entre la concentration de certains acides aminésindispensables
libres dans le sang et leur teneur dans lerégime.
Elles
peuvent permettre
une estimation du besoin du Veaupréruminant
en ces acidesaminés
(tabl. 4 ). Cependant, compte
tenu des remarquesprécédentes,
les valeursretenues ne
représentent qu’une première approximation
des besoins du Veaupré-
ruminant en
thréonine, valine, isoleucine, leucine, lysine
etarginine.
b)
Acides aminéssoufrés,
acides aminésaromatiques
et histidine.- Acides aminés
soufrés.
La courbe d’accumulation de la méthionine est
imprécise.
Deplus,
son inter-prétation
estparticulièrement
délicate à cause des relations de la méthionine et de lacystine.
Les résultats ne sont pas en contradiction avec ceux obtenus au coursd’une
expérience précédente (PnTUREau-MrRn!D,
PRUGNnun etPION,
1973a).
Un début d’accumulation de la méthionine avait été constaté dans le sang des veaux
qui ingéraient
o,3 g de méthionine et 0,15 g decystine
par unité depoids
métabo-lique
et parjour. Ainsi,
àl’apport
de0 ,65 gjkg°> 7 5jj
d’acides aminés soufrés semblecorrespondre,
enpremière approximation,
une utilisationmétabolique optimale
de ces
composés.
- Acides aminés
aromatiques.
L’absence
de relationapparente
entre lesquantités
dephénylalanine
et detyrosine ingérées
et la concentrationsanguine
de ces acides aminés(tabl. 3 ) peut
résulter de la transformation intense de la
phénylalanine
entyrosine lorsque
lerégime
est convenablementéquilibré.
Ainsi STOCK!,AND et al.( 1971 )
ont montréchez le
Rat,
que dans cesconditions,
lerapport
des concentrationssanguines
entyro-
sine à celles enphénylalanine
était presquetoujours supérieur
à 1,3. Ce n’est quelorsque
les veauxingèrent plus
de 0,9gjkg O , 75 jj
d’acides aminésaromatiques
que cela est vérifié(tabl. 3 ). L’apport
d’acides aminésaromatiques pourrait
alors être suffisant.- Histidine.
Si l’histidine
peut
s’accumuler dans le sang des veauxqui
eningèrent
unexcès,
comme c’est le cas chez le Porc
(M I TC H E LL et al., 19 68)
ou la Chèvre(CHnMPR!DON, 1972
),
le défaut d’accumulation de cecomposé
dans le sang des veauxpendant
cette
expérience pourrait indiquer
que lesapports
étaient inférieurs ouégaux
à laquantité qu’il
neparaît
pas utile dedépasser :
environ o,4gjkg O , 75 jj.
c)
Besoins en acides aminés.Les valeurs retenues comme
première approximation
des besoins du Veauen acides aminés
indispensables
etsemi-indispensables (à l’exception
dutrypto- phane) figurent
dans le tableau 4. Les besoins du Veau en acides aminésindispen-
sables et
semi-indispensables exprimés
en p. 100 de la somme deceux-ci,
y sontcomparés
à ceux du Porc et du Rat.L’équilibre
entre les acides aminésindispensables
qui permet
la satisfaction des besoins du Veau est peu différent de celuiqui
a ététrouvé chez le Porc ou le Rat.
Cependant
lapart
des acides aminés soufrés telle quenous l’avons estimée
paraît plus
faible.4
. -
A!préciation de La
valeur desProtéines
des aliments d’allaitement
pour
veauxL’évaluation
mêmesommaire,
du besoinjournalier
en acides aminés indis-pensables, permet
une meilleureappréciation
de laqualité
et des conditions d’uti- lisation desprotéines susceptibles
d’entrer dans la constitution des aliments d’allai- tement.Il est en effet
possible
de mettre en évidence lesdéséquilibres
éventuels desprotéines
étudiées encomparant
leurcomposition
en acides aminésindispensables (tabl. 5 )
à l’estimation des besoins du Veau(tabl. 4 ).
En outre, pourchaque protéine,
le taux
protéique
à utiliser pour un niveau de consommationdonné, peut
être déter-miné en calculant la
quantité
de laprotéine
étudiéequi
est nécessaire pour couvrir la somme des besoinsjournaliers
en acides aminésindispensables (à l’exception
dutryptophane
pourlequel
nous n’avons pas d’estimation dubesoin).
a)
Protéines du lait de vache.Les
protéines
de lait de vache(tabl. 5)
semblent carencées en acides aminés soufrésquels
que soient les niveauxd’ingestion
et les tauxprotéiques
usuelsenvisagés.
Cela
pourrait expliquer
que lasupplémentation
en méthionine desprotéines
du laitpermet
une amélioration de la croissance et de l’indice de consommation du Veau de boucherie(O DORI CO, 10 6 0 ; RO B ERT, 1971 ).
Une certaine déficience enthréonine, isoleucine, lysine
etarginine
semblepouvoir
existerlorsque
les animauxingèrent
moins de 60
g/kg O , 76 /j
d’un alimentayant
un tauxprotéique
inférieur à 25 p. 100 deprotéines
de lait. Ce sont des conditions que l’on rencontre surtout chez dejeunes
animaux nourris à l’aide de
régimes ayant
un tauxprotéique
inférieur à 25 p. 100. C’estpeut-être
une des raisons pourlesquelles
lasupplémentation
en thréonineou
arginine
desprotéines
de lait enrichies en méthionine etlysine
n’a paspermis
à ROBERT
( 1971 ) d’observer,
sur l’ensemble de lapériode d’engraissement,
uneamélioration de la croissance ou de l’indice de consommation et pour
lesquelles
les résultats des
expériences
desupplémentation
enlysine
sont contradictoires.Ainsi,
Vau LOEN et Bnr,xooRT(ig6c»
constatent une amélioration de la vitesse de croissance et de l’indice de consommation que ne retrouvent ni ODORICO( 19 6 9 ),
ni IWEMA et VAN H!r,r,!MO!rD
(ig 7 o). Toutefois,
ces derniers notent, dans certains cas, uneaugmentation
de la vitesse de croissance et une diminution de l’indice de consommationpendant
les 4premières
semaines ensupplémentant
par o,2 p. ioode
lysine
un aliment contenant 24 p. 100 deprotéines.
b)
Autresprotéines.
Les
protéines
de lactosérum(tabl. 5 )
semblent déficientes en méthionine etpeut-être
en histidine etarginine,
mais sont bien pourvues en thréonine ettrypto- phane.
Al’exception
d’une déficience enarginine
ethistidine,
lesprotéines
de lacto-sérum enrichi par ultrafiltration sont
remarquablement
bien pourvues en acides aminésindispensables.
Grâce à leur richesse enthréonine, lysine
etisoleucine,
elles doiventpouvoir complémenter
lesprotéines
totales du lait dans des aliments d’allai- tement à tauxprotéique
peu élevé.Les
protéines
du concentréprotéique
depoisson (tabl. 5 ) pourraient
être défi-cientes en
tryptophane.
Eneffet,
les concentrations élevées en thréonine etlysine
libres du sang des veaux
ingérant
l’aliment a Poisson » semblentindiquer
que l’uti- lisationmétabolique
de ces acides aminés est affectée par une carence de cet alimenten un acide aminé
indispensable qui pourrait
être letryptophane
car il se trouve enfaible
quantité
dans cesprotéines.
Hormis leur carenceprobable
entryptophane
et
peut-être
en acides aminésramifiés,
lesprotéines
du concentréprotéique
depoisson
semblent bienéquilibrées
en acides aminésindispensables.
Il doit donc êtrepossible
deremplacer
unepartie
desprotéines
de lait par celles depoissons
blancs ayant subi unehydrolyse enzymatique. Toutefois,
defaçon
àpermettre l’ingestion
d’une même
quantité
d’acides aminésindispensables qu’avec
l’aliment témoin l’aliment « Poisson » aurait dû avoir un tauxprotéique plus
élevéet/ou
êtreingéré
en
plus grande quantité.
Cette déficienceparticulière
entryptophane
etgénérale
en acides aminés
indispensables peut
contribuer àexpliquer pourquoi
lesperfor-
mances des veaux
qui reçoivent
l’aliment « Poisson » sontlégèrement
inférieures à celles des animauxqui
consomment l’aliment « Lait I »(P ARU E LLE et al.,
1974a etfig. i).
Les
protéines
de levures d’alcanes(tabl. 5 ) paraissent
carencées en acides aminéssoufrés et
peut-être
en histidine. Elles semblent toutefoissusceptibles
deremplacer
comme source de
protéines,
une fractionimportante
de lapoudre
de lait écrémé dans les alimentsd’allaitement,
à condition toutefois de tenircompte
de leurplus
faible
digestibilité (PARUELLE et al.,
1974b).
Lesperformances
des animauxqui reçoivent
cet aliment semblent entémoigner.
CONCLUSION
L’étude
des teneurs en acides aminés libres du sangcomplète
les travaux surl’influence du
remplacement
desprotéines
de lait par d’autresprotéines
dans lesaliments d’allaitement sur la croissance et la rétention azotée. Elle nous a
permis d’esquisser
un tableau des besoins en acides aminés du Veaupréruminant pesant
de 60 à i5okg.
Ces valeurs devront êtreprécisées.
Cela nous apermis
dejuger
del’aptitude
des diversesprotéines
étudiées à satisfaire les besoins du Veau. Les pro- téines de laitqui, malgré
une déficience en acides aminéssoufrés, paraissent
richeset bien
équilibrées
en acides aminésindispensables peuvent
êtreremplacées,
enpartie
dumoins,
par d’autresprotéines.
Il semble toutefois nécessaire de tenircompte
de laplus
faibledigestibilité
desprotéines
deremplacement
et de leurplus
ou moinsgrande
richesse en acides aminésindispensables
pour déterminer le tauxprotéique optimal
à utiliser dans les aliments d’allaitement contenant cesprotéines.
Reçu pour publication en avril 1974.
SUMMARY
INFLUENCE OF THE NATURE OF PROTEINS IN MILK REPLACERS ON BI,OOD LEVELS OF FREE AMINO ACID IN THE PRERUMINANT CAI,F.
I. - MILK, WHEY, FISH AND ALKANE YEAST PROTEINS
Urea and free amino acid levels in the blood of the preruminant calf were studied to deter-
mine the nutritive value of five milk replacers containing different proteins. Proteins of the milk
replacers « Lait I » and « Lait II a were mainly milk proteins. Delactosed whey protein prepared by an ultrafiltration process, was used as the sole source of protein in the milk replacer « Lacto-
serum a. In the milk replacer a Poisson » proteins were supplied by a fish protein concentrate
(68 p. ioo) and whey ; in the milk replacer « Levures n, they were supplied by alkane yeast pro- teins (50.5 p. roo), whey and skim milk. The amino acid composition of the protein sources was
determined (table 2). Urea levels were higher in the blood of calves fed milk replacers « Lait I »
and « Lait II » (fig. 2) than in the blood of calves fed the other milk replacers. The levels of free threonine, valine, methionine, isoleucine, leucine, lysine and arginine in the blood depended on
the amount of those amino acids ingested (fig. 3). Threonine, valine, isoleucine, leucine, lysine
and arginine accumulated in the blood when the ingested amount (expressed as gm per kg meta-
bolicweight (WO,75) per day) exceeded respectively : 0.8, o.9, 0.85, 1.3, 1.3 and o.6. These values
are assumed to be an approximative assessment of the essential amino acid requirements in the preruminant calf. Individual amino acid requirement (expressed as gm per ioo gm total essential amino acids) of the preruminant calf seems to be comparable to the amino acid requirements of
the growing pig and rat (table 4). Eventual amino acid deficiencies or imbalances in the dietary proteins may be determine from the comparison between their amino acid contents and the amino acid requirements of the calf (table 5). Milk protein appears to be mainly deficient in sulphur
amino acids ; delactosed whey protein is rich in essential amino acids ; the fish protein concentrate studied is deficient in essential amino acids, especially in tryptophan ; alkane yeast protein appears to be deficient in sulphur amino acids.