Géographie et cultures
109 | 2019
L’urbanisme, l’architecture et le jeu vidéo
Le mimétisme et le vertige
Maryvonne Prévot
Édition électronique
URL : http://journals.openedition.org/gc/10166 DOI : 10.4000/gc.10166
ISSN : 2267-6759 Éditeur
L’Harmattan Édition imprimée
Date de publication : 1 mars 2019 Pagination : 121-123
ISSN : 1165-0354 Référence électronique
Maryvonne Prévot, « Le mimétisme et le vertige », Géographie et cultures [En ligne], 109 | 2019, mis en ligne le 20 mars 2020, consulté le 27 novembre 2020. URL : http://journals.openedition.org/gc/10166 ; DOI : https://doi.org/10.4000/gc.10166
Ce document a été généré automatiquement le 27 novembre 2020.
Le mimétisme et le vertige
Maryvonne Prévot
1 De dispositifs immersifs il est encore question, en lien étroit avec la thématique du jeu de surcroît s’agissant du dernier spectacle de l’artiste polymorphe Chassol. Les liens sont étroits et anciens entre l’œuvre de Chassol et le jazz. Une des œuvres précédentes – Nola chérie – était une commande du musée d’Art Moderne de New Orleans dans le cadre d’une exposition. Pour ce faire, Chassol avait suivi les fanfares de jazz ReBirth, Troupe Brass Band. Sans citer nommément Jean Caillois, Chassol décrit cette fois l’origine de son nouveau spectacle immersif, intitulé « LUDI », que nous avons eu le plaisir de découvrir, au Grand Mix à Tourcoing dans le cadre, précisément, du Tourcoing Jazz Festival le mardi 15 octobre 20191 : « Au départ, je cherchais à faire un travail sur les animaux et je voulais faire de l’art total, des animations, de la peinture, de la danse et c’était très complexe. Le déclic de Ludi m’est venu lorsque je faisais du vélo au Canada. Dans la rue, des enfants jouaient à se lancer un ballon de foot américain en hurlant « Touchdown ! » C’est à ce moment-là que je me suis dit que, dans le jeu, il y avait l’action, le mouvement, les mots et que j’allais pouvoir mettre en musique les expressions des visages. Je me suis alors replongé dans un livre que je lis et relis depuis toujours : « Le jeu des perles de verre » de Hermann Hesse qui m’a servi de structure. Le jeu est universel, c’est le hasard, la compétition, le vertige, le simulacre »2. Le thème central du jeu est décliné sous toutes ses coutures : de la marelle des cours de récréation à Mikado, petite salle indépendante située dans le quartier de Shinjuku à Tokyo, qui propose des vieux jeux d'arcade comme dans les années 1980, en passant par le Grand Huit, le basket ou le jeu oral du cadavre exquis. Dans ce dispositif immersif de dialogue permanent et de mise en abyme entre concert et film projeté, les images animées se mêlent aux images filmées. Pour le travail d’animation de « Ludi », Chassol s’est adjoint le talent de Gaëtan Brizzi qui a réalisé une partie du film Fantasia 2000 des studios Disney.
Le mimétisme et le vertige
Géographie et cultures, 109 | 2019
1
2 Marielle Macé rappelle qu’outre le hasard, la compétition ou le simulacre, deux figures scandent l’œuvre de Caillois dont il reconnaissait presque partout la présence et la force : le mimétisme et le vertige. L’ouvrage de 1958 (Les jeux et les hommes) les associe d’emblée3. Le procédé « signature » de Chassol – l’Ultrascore – nous paraît proche du premier terme : l’utilisation mimétique des sons et des images comme matériel musical, mais décalés, harmonisés par des procédés de collage, de retournement, de sampling et de rythmes pop/jazz associés. Chassol superpose, incruste, harmonise les voix, les bruits et accompagne les musiciens et les personnes filmées à l’écran, en live, aux claviers accompagné du batteur Mathieu Eward4. L’objectif est la réappropriation du réel (la ville – en l’occurrence ici Tokyo) par l’imaginaire (l’harmonie) rendant mélodique ce qui ne l’est pas au premier abord. « Plus la scène est complexe et la ressemblance précise, et plus le simulacre procure de griserie. […] Je ne crois pas qu’on doive négliger une sollicitation à laquelle il est répondu de façon si constante et avec tant d’empressement, surtout quand elle se montre en outre capable de provoquer une sorte d’ébriété ou de vertige. […] L’esprit extasié se croit alors sur le point de découvrir les secrets de l’univers »5 écrit Caillois en 1966. Nous faisons volontiers notre cette analyse de Marielle Macé selon laquelle : « On comprend peut-être mieux, dès lors, comment vertige et mimétisme ont pu s’associer avec insistance dans la pensée et l’imagination de Caillois bien au-delà de la théorie du jeu, car ce sont les lieux de l’intensification, de la lutte et du réglage de ces deux principes qui se disputent le réel : l’ordre et le désordre. Le mimétisme est un principe de rime ; les techniques du vertige sont des figures du rythme ». On ne saurait mieux dire pour caractériser « LUDI » et l’œuvre de Chassol.
Le mimétisme et le vertige
Géographie et cultures, 109 | 2019
2
NOTES
1. https://tourcoing-jazz-festival.com/chassol/
2. https://jazzques.wordpress.com/2019/01/10/chassol-presente-ludi-a-flagey-interview/
3. Macé Marielle, « Caillois, technique du vertige », Littérature, 2013/2 (n°170), p. 8-20. DOI:
10.3917/litt.170.0008. https://www.cairn.info/revue-litterature-2013-2-page-8.htm 4. Cf. http://sourdoreille.net/chassol-pianiste-a-360/
5. Roger Caillois, Images, images… [1966], dans Œuvres, Paris, Gallimard, coll. « Quarto », 2008.
AUTEUR
MARYVONNE PRÉVOT Laboratoire TVES (EA4477) Polytech Lille - Université de Lille [email protected]
Le mimétisme et le vertige
Géographie et cultures, 109 | 2019
3