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Des diélectriques et de leur polarisation réelle

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HAL Id: jpa-00240447

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Submitted on 1 Jan 1900

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Des diélectriques et de leur polarisation réelle

H. Pellat

To cite this version:

H. Pellat. Des diélectriques et de leur polarisation réelle. J. Phys. Theor. Appl., 1900, 9 (1),

pp.313-325. �10.1051/jphystap:019000090031300�. �jpa-00240447�

(2)

313

DES DIÉLECTRIQUES ET DE LEUR POLARISATION RÉELLE ;

Par H. PELLAT.

1.

-

Comme on a parfois donné à l’expression ~o~c~riscctzoj2 élec- trique des sens différents, je crois bon d’indiquer le sens précis que

j’attache à cette expression, qui est, du reste, le sens dans lequel on

l’entend habituellement.

J’appelle pola)-i8atio~,z l’état d’un diélectrique à l’état neutre à son

intérieur (si ce diélectrique est homogène et n’était pas électrisé antérieurement au phénomène qui a provoqué la polarisation) (’), prié-

sentant des charges électriques égales et de signes contraires sur

deux faces opposées et tel que, si l’on vient à couper ce diélectrique,

les deux faces primitivement en contact présentent des charges élec- triques de signes contraires égales en valeur absolue, la charge

totale de chaque morceau étant encore nulle. ..

Si l’on taille le diélectrique polarisé suivant certaines direc-

tions, la face ainsi obtenue peut ne pas être électrisée; l’in 181’scction de deux faces jouissant de cette propriété donne la d~~~~~~’> >~t de la

~rootcz~~z,scztzo~2. Si l’on taille le diélectrique pert>cnùiell¡ail’en1 )11l Ù la

direction de la polarisation, la densité électrique su? la fa ne ainsi produite est maximum et s’appelle l’intensité de la ~rootc~~~~,~ci~~o;~.

II.

-

Quand un champ électrique est créé à l’endroit se tJ"0~~B’(J un diélectrique, il se produit trois ordres de phénomènes, qui me paraissent devoir être nettement distingués.

f 0 Une modification du diélectrique a lieu en un temps inappré-

ciable après la création du champ ; elle est révélée, en particulier,

par le phénomène de Kerr,. On admet, en général, que, dès la création du champ, le d iélectrique est polarisé, pour pouvoir expliquer, to2~ t en

conservant les loz~s élcene~atc~ires de Coulo1Jtu, la plus grande capacité

que prend un condensateur, quand un diélectrique est substitué au

vide entre les armatures, ou encore pour expliquer les forces méca-

niques qui agissent sur ce diélectrique, mises en évidence par les

expériences de Boltzmar~n, de Quincke et par les miennes (2).

) Il va sans dire que la polarisation peut se superposer à

un

autre état

électrique quelconque.

(2) FOI’ces électriques agissant

sun un

diéLeetniqzce

non

étectr~isë (J. cle Phys.,

.

3° série, t. V, p. ~25 - 1986).

Article published online by EDP Sciences and available at http://dx.doi.org/10.1051/jphystap:019000090031300

(3)

314

J’ai montré, dans mon mémoire sur l’L’Zectroslali~z~e non (ondée sur

les lois de Coz~zo~~zh (~ ), que tous ces phénomènes s’explicluaient tri-,s simplement sans qu’il soit nécessaire de supposer le diélectrique polarisé. Or aucune expérience, à ma connaissance, ne prouve l’exis- tence de cette polarisation. Bien plus, Vaschy a montré (2 ~ que les

prétendues couches électriques de cette polarisation ne doivent pas être introduites dans l’expression ~ EMV de l’énergie d’un conden- sateur (3) sous peine d’arriver à un résultat erroné. Aussi convient-il de donner, comme on le fait habituellement du reste, le nom de pola-

risalion fictive à cette hypothèse ;

~° Il se développe en un temps très appréciable après la création

du champ une polarisation ~~oéZle du diélectrique, comme le montre-

ront les expériences rapportées plus loin.

Cette polarisation réelle explique les phénomènes résiduels des

condensateurs, la soi-disant pénétration des charges dans les diélec-

triques, ou leur conductibilité apparente, ainsi que la variation du

pouvoir inducteur spécifique, avec le temps pendant lequel le diélec- trique est soumis au champ. Ce sera le principal objet de ce mémoire.

8° Enfin, aucun diélectrique ne semble totalement dépourvu d’une

certaine conductibilité réelle, soit à travers sa masse, soit tout au

moines par sa surface, à cause des impuretés qui la recouvrent.

l,es effets de cette conductibilité sont en partie analogues à ceux

de la polarisation; c’est ce qu1’ explique qu’on ait cru longtemps pou- voir ramener tous les phénomènes résiduels à des phénomènes de

conductibilité et qu’on ait méconnu si longtemps l’existence de la

polarisation.

(i) Ann. cle Pliys. et cle Chi1n., 7c série, t. I~T ; 111a1 189~ ; - J. de Phys., 3c série, t. V, p. 244 et 525; 1896.

(~) T~~aité d’élec!J’icilé et de 1nagnétisme, chap. II, 2 28; 1890.

(3) J’ai montré ( De lcc va~°iation de l’éne¡’r;ie dans les tuans fonmat ions isothe7’1nes.

- De l’énergie élecl¡’iq1.le (J. cle Ph?Js., 3c série, t. VII, p. 28 ; 1897), due 2 Xl3lV

représente non l’augmentation d’énergie du système dû à la charge, mais le

travail des forces extérieures pour la charge réversible à température constante :

l’objection reste la méme. Mais il n’y a plus d’objection à f’aire, de ce chef, si,

au lieu d’une polarisation telle qu’elle a été définie, on imagine, comme le fai-

saient Mossotti ou Faraday, que le diélectrique est constitué par cles corpuscules parfaitement conducteurs, noyés dans une masse parfaitement isolante et in-~po-

larisable. L’expression £ 2:~lV représente alor s parfaitement le travail des forces

extérieures pour la charge réversible et isotherme, SM étant nul et V constant

pour chaque corpuscule conducteur.

(4)

315

Ces trois ordres de phénomènes produits par un champ électrique

sont bien distincts pour certain diélectrique, comme l’ébonite par

exemple, à cause du temps très différent qu’il faut pour qu’ils se

manifestent. Pour d’autres diélectriques et, en particulier, pour ceux

qui sont doués d’une conductibilité notable, leurs effets peuvent se superposer de façon qu’il est plus difficile de, les distinguer.

III.

-

Dans son travail sur les condensateurs en mica (1), iVI. Bouty s’exprime ainsi (p. 293 et 29~~~ :

«

Il est bien plus naturel d’écarter toute idée de pénétration ou d’électrolyse, de considérer le mica comme dénué, à la température ordinaire, de toute conductibilité mesurable, et d’expliquer l’absorp-

tion ainsi que les résidus par un retard de la polarisation analogue

aux retards que l’on observe pour d’autres phénomènes physiques,

en particulier, dans l’étude de l’élasticité.

»

...

«

Il paraît à peine Ilardi de supprimer un intermédiaire et de faire intervenir l’hypothèse d’une polarisation résiduelle dans la théorie des condensateurs.

»

M. Bouty déduit ensuite de cette hypothèse l’explication, au point

de vue qualitatif, du courant de charge d’un condensateur et des

phénomènes résiduels, en faisant intervenir l’idée de la polarisation

fictive.

Il est aisé de débarrasser l’hypotllése si heureuse de M. Bouty de

.

l’idée de la polarisation fictive ou instantanée, à laquelle elle est associée, et de dire :

Un cliolectric~~ce (solide ou liquide), ~oc~cé brusquement dans un charnl) WecC~~à~zce co~z.s~tc~~2t, ~n°enc~ z~~zJ~ 2~olnrisatz«yz qui n’est pas ins-

tccnGcr,~2ée, ~~2cczs ~uz croit arec le te~~~~~s et atteint aa~ym2~toi.zq~ueynent un

Si le eharnlJ ’tient à resser, la poLc~~°L.satàon clécroit et 1-e(le-

vient nulle au l~r~t~ct d’un te~~asos~ Ché~y~ilueynent infini.

.1e vais montrer que cette idée ainsi précisée n’est pas une hypothèse,

mais une loi (loi de la l)olarisation établie, directeme~~t par

l’expérience. J’en déduirai ensuite les conséquences les plus impor-

tantes, au point de vue qualitatif et quantitatif.

I V. - Afin de montrer l’existence d’une polarisation réelle des

( 1 ) J. cle PIL~s , 2c série, t. IX, p. 288 ; 1890.

(5)

316

diélectriques soumis à l’actiou d’un champ électrique, j’ai choisi

comme substance l’ébonite de belle qualité.

Pour diverses raisons, on ne pouvait songer à manifester l’état de

polarisation en fendant avec une scie un bloc d’ébonite polarisé ;

aussi ai-je, en quelque sorte, fendu le bloc à l’avance. Pour cela,

celui-ci a été constitué par deux lames d’ébonite rectangulaires

ayant 1 centimètre d’épaisseur, 7 centilnètres et 10 centimètres de côté, rodés avec soin de façon à s’appliquer exactement l’une sur

l’autre. Chacune de ces lames possédait un manche en ébonite, dans

le prolongement de la lame, garni d’un cylindre de laiton à son

extrémité pour ne pas électriser 1’ébonite par le contact des doigts.

Après avoir désélectrisé les lames en les passant au-dessus d’un réchaud à gaz allumé, on constituait le bloc en les posant l’une sur l’autre, les faces rodées étan t en contact, et l’on plaçait le tout hori-

zontalement entre les armatures horizontales d’un condensateur

plan A.

Les armatures de ce condensateur débordaient largement le bloc d’ébonite; elles étaient distantes de 3cm,6; leurs faces en regard

étaient recouvertes d’une mince feuille d’ébonite pour empêcher la charge du bloc d’ébonite par contact ou par aigrettes.

Par le jeu d’un commutateur de grandes dimensions, les deux

armatures de ce condensateur primitivement en communication étaient reliées respectivement aux deux armatures d’une batterie

,

fortement chargée. Le bloc d’ébonite se trouvait ainsi dans un champ uniforme, dont les lignes de forces étaient perpendiculaires aux faces

des lames. On laissait agir ce champ- pendant un temps qui a varié

de 30 à 120 secondes ; puis on ramenait, par le jeu du commutateur, les deux armatures de A au même potentiel.

On enlevait aussitôt, par son manche, la lame supérieure, fendant

ainsi en deux moitiés le bloc d’ébonite, et l’on portait cette lame

dans un petit condensateur plan B, à armatures verticales, juste

assez distantes pour qu’on puisse introduire entre elles la lame sans

frottement. L’une de ces armatures communiquait avec une conduite

de gaz, l’autre avec l’aiguille d’un éleetroniètre ; les quadrants de

celui-ci étaient chargés par les deux pôles d’une pile dont le milieu communiquait avec les conduits de gaz.

Aussitôt la lame introduite dans le condensateur 13, on voyait l’aiguille dévier ; si âlors on introduisait la lame à nouveau, après

l’avoir retournée face pour face, on voyait l’aiguille dévier de l’autre

(6)

317 côté du zéro, indiquant ainsi que le.s fc~~e.s de lcc Zc~~2e d’e’ho~2ite étc~ie~~t

chargées ~Z’~flE~r~Wz~W~~s ~~o~W°rlne.~~. ~B chaque nouveau retournernent de la lampe dans le condensateur B, la déviation de l’aiguille changeait

de sens; mais ces déviations devenaient de plus en plus faibles avec

le temps et, au bout de trois ou quatre minutes, étaient insensibles.

Dans la plupart des expériences, la lame, au sortir du condensa- teur f1 et avant d’être introduite dans B, était placée dans un cylindre

de Faraday, constitué par une boîte parallélipipédique en clinquant, juste assez grande pour qu’on puisse y placer la lame sans frotte-

ment. Cette boîte, bien isolée, communiquait avec l’aiguille de

l’électromètre.

Or, dans plusieurs expériences, la charge totale de la lame, mesu-

rée par ce procédé, fut trouvée insignifiante, tandis qu’après avoir

introduit la lame dans le condensateur B on avait, au premier

moment, une déviation de toute la longueur de l’échelle.

Dans d’autres expériences, la charge totale de la lame fut trouvée faible, irrégulière comme grandeur et même comme signe et due

vraisemblablement à quelques frottements difficiles à éviter ; mais

presque jamais cette charge totale n’a masqué le premier phéno-

mène indiqué.

Ces expériences ne laissent aucun doute sur l’état de polarisation

du bloc d’ébonite, dont la lame représente la moitié.

L’effet observé ne peut être dû à une conductibilité par la surface

ou par la masse de l’ébonite ; car, dans ce cas, la charge totale de

chacune des plaques d’ébonite n’aurait t pas été nulle; la plaque

située du côté de l’armature positive du condensateur A aurait eu une charge totale négative, et l’autre une charge totale positive, ce qui est contraire au résultat de l’expérience.

Du reste, j’ai fait une mesure de la conductibilité de la plaque ci’ébonite (’ ), qui a montré qu’au degré de précision employé la con-

ductibilité de l’ébonite était nulle. Or cette précision était assez g rande pour que la plus grande conductibilité qui aurait pu passer

inaperçue, eYigeàt encore quatre ou cinq minutes de séjour du bloc

d’ébonite dans le condel1sateur}B pour obtenir une électrisation super- ficielle égale à celle qu’on obtenait en une demi-minute de séjour.

C’est là une nouvelle preuve que l’effet observé ne peut pas être dir à (~) Voir, pour le détail de cette mesure, le Mémoire plus étendu que j’ai publié

à ce sujet dans les .4~. de Chin1. et de Phys., 7e série, t. XN’Ill; 1899, sous le

titre : Po lion )-éelle des diélectriques.

-

Conséquences de celle polcu’isalîon.

(7)

318

la conductibilité: il ne peut être attribué qu’à la polarisation du dié- lectrique.

V.

-

Avant d’exposer les conséquences de la polarisation réelle

,

des diélectriques, je crois indispensable de définir ce que j’entends

par ~~o~cvoi~~ G~IC~tGC’~c’ZGY’ a~»~W fz ~r~ue voccz (K) et yo2~~c~oir iy2cl zceteZ~~~ yoceci- figure a2yc~rent (K’).

D’une façon générale, dans le système électrostatique (1), le pou-

voir inducteur spécifique est égal au rapport de la capacité d’un con-

densateur, dont la lame isolante est constituée par le diélectrique à la capacité du même condensateur, si le diélectrique est remplacé par le

vide.

°

Cette grandeur ainsi définie est variable pour une même substance solide ou liquide, suivant le temps pendant lequel le condensateur est chargé ou, d’une façon plus générale, suivant le temps pendant lequel le diélectrique reste dans le champ électrique, précisément à

cause de la polarisation vraie que prend le diélectrique maintenu

dans le champ, comme nous le verrons plus loin, et aussi, souvent,

d’une conductibilité appréciable de la substance.

En employant, pour en faire la mesure, des champs alternatifs dont les alternances sont parfaitement symétriques, on trouve des nombres

qui vont d’abord en décroissant, à mesure que la durée de la période diminue, mais qui tendent vers une li1nite ~si~~~ériez~~°e à l’unité carac-

téristique de chaque substance : c’est cette limite que nous appelle-

rons le pouvoli- i~zcl2~cteur ~~~oci~~ue ri-ai, en réservant le nom de pouvoir inducteur spécifiqUt3 appa¡’ent au nombre obtenu quand la

limite n’est pas atteinte ~~).

Voici un exemple de la manière dont varie le pouvoir inducteur

(1) En réalité, la définition générale que je donne ci-dessus est celle de la cons- tante cliélecluiqrce. Le pouvoir inducteur spécifique n’en dill’ére que par un facteurs constant dépendant du système d’unités employé et égal à l’unité pour le sys- téme électrostatique; la distinction entre ces deux grandeurs est sans importance

pour ce qui suit.

(‘’) M. Drude (Zeitsch. fW phys. chernie, t. xxiii, p. 321 ; I89 i) et tout récem-

ment ï~I. Gutton (Comptes rendus de l’Acad. des Sc., t. CXXX, p. t 11 J ; 1900) ont

montré que le pouvoir inducteur spécifique vrai pouvait augmenter avec la fréquence, comme l’indice de réfraction d’un corps transparent augmente avec

la fréquence des radiations qui le frappent : c’est un phénomène de dispersion.

Wais il y a un large intervalle entre les fréquences qui donne le pouvoir indue-

teur spécifique apparent, par suite d’une polarisation ou d’une conductibilité et les fréquences hertziennes qui donnent le pouvoir inducteur spécifique vrai. La

définition ci-dessus conserve donc un sens net.

(8)

319

spécifique avec la durée du champ. L’appareil qui m’a servi pour faire ces mesures est celui que j’ai déjà décrite). La substance employée est une lame d’ébonite.

En faisant agir un champ constant pendant plusieurs dixièmes de seconde et en prenant les précautions nécessaires pour se prémunir

contre la cause d’erreur due à une électrisation préalable de la lampe (2) j’ai obtenu le nombre 2,968 pour une différence de poten tiel

de 11,3 unités électrostatiques C. G. S. et 2,936 avec une différence

de potentiel de 21,1. La façon dont se présentait le phénomène mon-

trait que le nombre allait en croissant pendant la durée même de la

mesure. Tandis qu’en employant des champs alternatifs symétriques

avec la même lame et le même appareil, j’ai obtenu les nombres

plus faibles suivants :

On voit que le pouvoir inducteur spécifique devient constant et

égal à 2,839, pour des alternances suffisamment rapides ; j’ai trouvé,

en outre, que le nombre est alors indépendant de la valeur du carré moyen de l’intensité du champ. C’est cette limite 2,839 qui est le pouvoir inducteur spécifique vrai de la lame d’ébonite étudiée, tandis

que les nombres plus forts obtenus avec un champ, durant quelques

dixièmes de seconde, n’en sont qu’un pouvoir inducteur spécifique

apparent.

Faisons remarquer que la fréquence du champ alternatif, à partir

de laquelle le pouvoir inducteur spécifique atteint sa limite est très

variable suivant les substances. Pour le verre, corps doné de conducti- bilité appréciable, il faut aller jusqu’aux périodes hertziennes ; pour l’acool ou l’eau il faudrait, comme le calcul l’indique, des périodes

encore bien plus rapides que pour le verre. Je crois qu’on peut actuel- lement affirmer que, dans tous les cas l’on a réussi à atteindre la valeur limite du pouvoir inducteur spécifique d’un corps transparent,

c’est-à-dire la valeur du pouvoir inducteur spécifique vrai, on a

trouvé cette grandeur très voisine du carré de l’indice de réfraction,

comme le veut la théorie électro-magnétique de la lumière.

(1) J. cte Phys., série, t. IV, p. J01 ; 1895.

(‘~) Voir, pour le détail de ces expériences et des suivantes, le Mémoire plus

étendu que j’ai publié dans les Ann. de Chim. et de Phys., 1e série, t. XYIH; 1809.

(9)

320

VI.

-

Je me bornerai ici à indiquer les conséquences les plus importantes de la polarisation réelle des diélectriques, en renvoyant

le lecteur, pour leur démonstration, au Mémoire que j’ai publié sous

le méme titre que cet article dans les Annales de Chimie et de

Physique (7~ série, t. XVIII, p. 150) et à son complément (p. 571).

Considérons une lame d’un diélectrique homogène à faces planes

et parallèles, placée entre les armatures planes et parallèles aux

faces de la lame d’un condensateur, etsupposons la largeur des arma-

tures et de la lame infinie vis-à-vis de la distance des armatures.

Désignons par K le pouvoir inducteur spécifique vrai de la lame, par

c l’épaisseur de celle-ci, et par x la somme des épaisseurs des espaces vides ou, par approximation, remplis par l’air, qui séparent les

faces de la lame de celle des armatures.

Si l’on vient, au temps 0, à charger le condensateur et si l’on main- tient une différence de potentiel V entre les armatures, l’intensité de la polarisation nulle au temps 0 prend, au temps t, une certaine valeur j. Désignons, à cette époque t, par cr la densité électrique sur

les armatures, par ut et par p les intensités du champ dans les espaces vides et dans la lame ; on établit facilement entre ces quantités les

relations suivantes :

Au bout d’un temps infini, qui, pratiquement, peut être assez court, j prend une valeur permanente J. Il est naturel d’admettre que la vitesse de variation de ~j est une fonction de l’écart J - j entre sa valeur actuelle j et sa valeur finale J. En m’appuyant alors sur la

loi de la superposition, établie expérimentalement par 1B1. Jacques

Curie dans son important Mémoire sît2- la co~zd2~c~ihizité ap~arenCe des diéleetric~ue~ (~ j, j’ai démontré (complément au Mémoire précité, p. ~ ~ 1)

que la fonction de J2013~, qui représente la vitesse de variations

t est simplement la proportionnalité, c’est-à-dire qu’on a :

~ étant une constante caractéristique du cliéleciriclue considéré.

(1) Thèse de Doctorat (chap. vi,p 30; 1888).

(10)

321 La polarisation finale J est une fonction de l’intensité finale (1) du

champ à l’intérieur de la lame. On ne fait aucune hypothèse en posant :

et en considérant h comme une fonction de (P. Les expériences de

M. J. Curie nous montreront plus loin que, pour les faibles valeurs de (D, la quantité h est sensiblement constante; d’autres expériences

que j’ai faites montrent qu’au moins dans le cas de l’ébonite, pour des valeurs plus fortes de ~, la quantité h décroît quand (D augmente.

Du reste, il est fort probable, cc lyrior’Í, que la polarisation finale J

tend vers une valeur finie, quand le champ 1) tend vers l’infini,

comme cela a lieu pour la polarisation magnétique d’un acier; s’il

en est ainsi, h tend vers zéro quand (-D tend vers l’infini.

On déduit sans peine des relations précédentes la valeur de la pola- risation j et de la densité électrique c sur les armatures au temps t :

qui se simplif ent, si les armatures touchent la lame diélectrique,

puisqu’alors «

=

o, et deviennent :

Si le diélectrique était incapable de se polariser, h serait nul, et la

relation (6 bis)

donnerait la relation bien connue c = ~~ ~ Kir

~l;rc

VII.

-

Comparons les relations précédentes avec les expériences

de M. Jacques Curie sur la conductibilité apparente des diélec- triques ( 1 ) .

Comme dans les expériences de M. Curie, la lame remplissait

exactement l’intervalle compris entre les armatures ; la densité c est donnée par la relation (6 bis), d’où, pour la char~e m de ces arma-

(1) Loc. cil.

(11)

322

tures d’étendue S,

m varie avec le temps, et sa dérivée ddm représente l’intensité i du dt,

courant de charge du condensateur étudié expérimentalemen t par M. Jacques Curie.

Or, on tire de (7) :

On voit, d’après (8), que i varie en raison inverse de l’épaisseur c

de la lame, ce qui est une des lois expérimentales établies par M. Jacques Curie. D’autre part, ce physicien a trouvé que, pour V variant de 1 volt à 300 volts, i est proportionnel à V ; la relation (8)

nous montre qu’il faut, pour cela, que h soit indépendant de V et, par

conséquent, du champ final J. Mais M. J. Curie n’ayant employé que

des champs faibles, on ne peut étendre cette conclusion aux champs

intenses.

Enfin j’ai montré dans le Mémoire des Annales que la loi expone n- tielle relative au temps fournie par la relation (8) s’accorde aussi bien avec les résultats expérimentaux de M. Curie que la loi empi- rique qu’il a indiquée, si l’on tient compte d’un léger défaut inévi-

table d’isolement.

VIII.

-

La relation (7) donne, pour la capacité du condensateur, quand les armatures touchent le diélectrique, la valeur :

Si le vide existait entre celles-ci, la capacité serait : -.

Le rapport ~’, c est, par définition, le pouvoir inducteur spécifique

de la lame, qui, si n’est pas infiniment petit, est le pouvoir inducteur

-

spécifique apparent K’. On a donc pour cette grandeur : -.

(12)

323

Si, comme dans la plupart des dispositifs pomr mesurer le pouvoir

inducteur spécifique, diélectrique ne touche pas les armatures, les relations indiquées plus liaut fournissent pour le pouvoir induc-

teur spécifique appa rent K’ la relation

qui se réduit bien à la relation (11), pour « = o.

Les relations (H) et ( 1 ~~ donnent, pour t = o, K’ = K, comme cela

doit être. Elles montrent que, si t augmente indéfiniment, le pouvoir

inducteur spécifique apparent tend vers une valeur finie K, :

Comme K, est facile à obtenir par expérience, dans le cas des diélectriques dépourvus de conductibilité appréciable (paraffine, ébo- nite, soufre, mica, etc.), les relations (13) fourniront la valeur de h pour ces substances.

Si on emploie les différences de potentiel sinusoïdales

pour faire la mesure du pouvoir inducteur spécifique, les relations

fondamentales conduisent à là relation suivante entre le pouvoir

inducteur spécifique apparent K’ et le pouvoir inducteur spécifique

vrai K :

qui fournit bien encore l~’

=

K, si la période T devient infiniment

petite, comme cela doit être.

IX.

-

Les phénomènes de résidus présentés par les condensateurs

s’expliquent aisément par les relations précédentes. Supposons qu’au temps 8, pendant que la polarisation est j’, on ramène à zéro la diffé-

rence de potentiel des armatures en les faisant communiquer pen-

dant un temps très court, puis qu’on les isole ; la charge par unité

de surface ci’ que possèdent, après ce contact, les armatures, n’est

pas nulle, car elle est donnée par la relation (~), dans laquelle il faut

(13)

324

faire V = o, c’est-à-dire par :

Ainsi c’ n’est pas nul et est positif sur l’armature primitivement

au plus haut potentiel : la mise en communication des deux arma-

t ures ne les a pas complètement déchargées ; il reste de l’électricité

,

positive sur l’armature primitivement positive, de l’électricité néga-

tive sur l’autre.

Mais, à partir du moment les armatures ont été mises en com-

munication, la polarisation j va diminLrer j car, à ce moment, dans la lame diélectrique, le champ électrique est renversé ou nul, suivant

que « est différent de zéro ou nul, comme le montre la relation (1)

dans laquelle il faut faire V

--

o. Il en résulte que la différence de

potentiel V des armatures va aller en croissant, à partir de zéro, dès qu’elles sont isolées de nouveau ; cette différence de potentiel V étant

à chaque instant donnée par la relation ~~) : -.

qui, en vertu de (15), peut s’écrire :

Comme j’-j esi, positif et va en croissant avec le temps à partir de zéro, il en est de même de V ; l’armature, primitivement au plus haut potentiel, reprend un potentiel plus élevé que l’autre, d’où une nou-

velle décharge du condensateur, si on les réuunit ; c’est le phénomène

du résidu.

Du reste, on peut facilement trouver, d’après les considérations

précédentes, comment varie V en fonction du temps, après un premier

contact des armatures au tenlps 0. Si celles-ci touchent le diélec-

trique, on obtient la relation :

Vo étant la différence de potentiel constante des armatures avant le contact. Au bout d’un temps infini, on aurait pour V une valeur Vp

donnée par :

(14)

325

~.. - En résumé, on voit qu’il s’introduit dans l’étude des diélec-

triques, outre le pouvoir inducteur spécifique vrai K, qu’on peut déter- miner au moyen de champs alternés de période suffisamment courte,

une nouvelle constante b qui caractérise la vitesse avec laquelle la polarisation se rapproche de sa limite (relation 3) et une fonction h

d u champ, sensiblement constante pour de faibles champs, qui carac-

térise la grandeur de la polarisation limite dans un champ donné.

La manière la plus exacte de déterminer 7z me paraît être de

mesurer le pouvoir inducteur spécifique apparent K’ en maintenant

un champ constant assez longtemps pour que I~.’ ait atteint sa limite

supérieure K, ; les relations (13) fournissent alors la valeur de h.

Les mêmes expériences, en déterminant le pouvoir inducteur spé- cifique apparent K’, à une ~poque t convenable pour que K’ soit nota- blement différent de sa limite inférieure K et de sa limite supérieure K,, feront ensuite connaître d’après les relations (tl) ou (12).

Les constantes ou grandeurs K, 7z et b étant déterminées, on pourra

expérimentalement vérifier l’exactitude des relations (7), (8), (9), (t4), (17) et (18j, ce qui fournira autant de preuves de l’exactitude de la théorie qui vient d’être exposée, et qui est entièrement fondée sur

l’expérience sans hypothèse autre que de considérer la vitesse de

polarisation à un moment donné dans un champ constant, comme uniquement fonction de l’écart entre la polarisation finale et la pola-

.

risation actuelle (~ ) .

(1) Le mémoire précédent était imprimé quand a paru, dans les Comptes rendu s

de l’Acad. des Sc. (p. i ’182), une note de ~I. F. Beaulard, qui donne, comme conclusion de ses expériences, qu’il n’existe pas d’hystérésis électrique dans le s diélectriques, mais simplement de la viscosité élect~°igice, autrement dit, qu’il

n’existe pas de polarisation persistant indéfiniment en dehors du champ élec- trique, mais seulement une polarisation qui dispar ait plus ou moins lentement

en dehors du champ. C’est exactement ce qui résulte des expériences de 1I. Bouty,

sur le mica, et des miennes, sur l’ébonite Le résultat trouvé par M. F. Beau- lard pouvait donc être prévu; mais, comme ses expériences ont porté

sur

une troisième substance, la diélectrine, elles n’en sont pas moins une confirmation utile de la théorie exposée dans ce mémoire, ainsi que les expériences ana- logues et antérieures de :;BI~1. Porter et Morris, sur la paraffine., rappelées par

M. Beaulard.

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