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Être d'ailleurs en temps de guerre

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Academic year: 2021

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THEMA GESCHICHTE

Sa./So., 24./25. März 2018 • Nr. 71

Tageblatt

Elle est organisée par le

Cen-tre de documentation sur les mi-grations humaines (CDMH) et

le Luxembourg Centre for Contemporary and Digital His-tory (C²DH) sous le titre: „Etre d’ailleurs en temps de guerre (14-18): Etrangers à Dudelange/ Dudelangeois à l’étranger“ (coor-dination: Sandra Camarda, Nico-las Graf, Antoinette Reuter, De-nis Scuto). Nous avons tenté de comprendre quel a été l’impact de la Première Guerre mondiale sur la population et les mouve-ments de population, donc les migrations, sur le plan local il y a cent ans.L’impact de la guerre sur une cité de migrants: En 1918, huit Dudelangeoises et Dudelan-geois sur dix sont originaires de lieux autres que celui où ils rési-dent. Les nouveaux venus sont arrivés soit en migrants internes à partir des campagnes luxembour-geoises (exode rural), soit en voi-sins à partir des régions limitro-phes allemandes (Eifel, Huns-rück, Sarre), belges (Province du Luxembourg) ou encore de la Lorraine annexée depuis 1871 par le Reich allemand. D’autres présences provenant de la Ruhr allemande, de l’Italie ou de l’Au-triche-Hongrie présupposent des migrations de longue distance. Au fil de nos recherches, nous avons constaté que la guerre a transformé leurs vies. Voici quel-ques exemples:

Susanne Walentiny,

Mario Daolio, Marguerite

Schneider, Egidio Reggi,

Joseph Fox

Susanne Walentiny, de natio-nalité luxembourgeoise, est née à Dudelange le 20 mars 1886. Le 4 août 1914, lorsqu’éclate la guerre, elle épouse l’ouvrier d’usine et musicien italien Mario Daolio, né le 17 juillet 1885 à Guastalla (province de Reggio Emilia), avec qui elle a déjà trois enfants. Ils habitent le quartier Italie. Lorsque l’Italie entre en guerre en 1915 aux côtés de la France et de l’Angleterre, Daolio est appelé aux armes. Se retrou-vant seule avec quatre enfants, âgés entre quelques mois et sept ans, elle va travailler à l’usine d’Arbed Dudelange. Susanne est une des 149 femmes qui com-mencent à travailler en 1916 au service de roulage des boguets de la division des hauts fourneaux, comme le montre la matricule du personnel féminin des Archives de l’Arbed pour ce service. Des femmes de nationalités différen-tes: luxembourgeoise, italienne,

allemande, française, belge, autri-chienne.

Comme la jeune femme alle-mande de 17 ans, Marguerite Schneider, née le 22 juillet 1899 à Eiserfeld, une ville industrielle près de Siegen en Westphalie prussienne, d’où son père est parti pour s’installer à Dude-lange. „Kiewerlek“ (hanneton), voilà comment ses collègues de travail du roulage appelaient cette fille petite et maigrichonne.

Egidio Reggi, né le 15 juillet 1895 à Dudelange de parents ita-liens qui avaient immigré déjà en 1884, travaillait également à l’usine. Il est un des 54 ouvriers li-cenciés après la grève de 1917 par l’usine d’Emile Mayrisch. Reggi avait cessé le travail pendant une semaine avec ses camarades luxembourgeois pour une aug-mentation de salaire face à la cherté de la vie, en bravant l’aver-tissement lancé par le comman-dant en chef des troupes alleman-des dans le Luxembourg occupé, Tessmar. Ce dernier avait menacé d’emprisonnement dans un camp les „étrangers ennemis comme Belges, Français, Italiens et Rus-ses“ en cas de participation à la grève.

Comme Tessmar, ses

Land-sturmsoldaten, malgré la

diffu-sion de photos anodines comme celles qui les montrent faisant de la luge au Kräizbierg, n’hésitent pas à faire usage de la force et à violer la neutralité du pays. L’ou-vrier belge Joseph Fox, né en 1898 à Martelange, fut une de leurs victimes. Fox avait déjà tra-vaillé, à l’âge de 14 ans, comme valet de ferme dans le sud du pays. Fin 1916, il est, comme plus de 200.000 autres Belges, déporté par l’armée allemande comme travailleur forcé, à Montmédy. Il arrive à s’enfuir et se réfugie à Du-delange. Jusqu’à ce 9 juillet 1918, où il est assassiné par une balle en plein cœur dans la Nid-deschgaass, près de l’économat

de l’usine, lors d’une interpella-tion par un Landsturmsoldat.

Susanne Habig, Joseph

Klomann, Célestine

Ku-geler, Alfred Anderson

Susanne Habig est née le 9 avril 1896 à Dudelange, des pa-rents luxembourgeois Charles Habig et Elise Stoffel. Enfant, elle émigre avec ses parents à Paris, où elle travaillera comme plu-massière, fabriquant des garnitu-res de plume pour les magasins de mode parisiens. Mais une condamnation pour vol de 16 francs, assortie d’un arrêté d’ex-pulsion en 1911, à l’âge de 15 ans, lui sera fatale à la fin de la guerre. Comme plus de 400 autres Luxembourgeois – nous le savons grâce à un mémoire de master de Jim Carelli à l’Université du Luxembourg – Susanne Habig est internée dans un camp de concentration, à La Ferté-Macé en Normandie.

Un autre Dudelangeois est emprisonné successivement dans deux camps de concentration français. François Joseph Klo-mann est né le 31 juillet 1888 à Dudelange de parents allemands. Après son apprentissage comme boulanger, il s’engage en 1909 dans l’armée allemande, dans le „Metzer Infanterie-Regiment“. Un an plus tard il déserte et s’en-rôle dans la Légion étrangère française qui l’affecte en Algérie et au Maroc. Après la fin de ses cinq années de service, il revient avec un ami en France, à Mar-seille. Ils cherchent en vain à trouver un emploi et sont finale-ment arrêtés pour „vagabondage“ et internés dans les camps d’Au-rec et d’Ajain. En décembre 1916 Klomann fait une demande pour être réengagé dans la Légion étrangère. Entretemps il se dit de

nationalité luxembourgeoise. Vu qu’il figure dans le „Livre d’or des légionnaires luxembourgeois 14-18“ il semble que sa demande a été acceptée. Un Allemand de Dudelange qui s’est fait passer pour un Luxembourgeois a ainsi pu combattre dans les rangs des Alliés contre l’Allemagne.

Dans le chapitre des Dudelan-geois et DudelanDudelan-geoises à l’étran-ger, mentionnons enfin Célestine Kugeler, née le 2 février 1898 à Dudelange. Après l’Armistice du 11 novembre 1918 et l’arrivée des troupes américaines, beaucoup de jeunes femmes du cru tombent amoureux des „boys“ des States qui s’installèrent pendant neuf mois, notamment à Dudelange. Alfred Anderson est le nom de l’élu du cœur que Célestine épouse le 4 juillet 1919,

Indepen-dance Day, et suit dans le

Minne-sota. Private Anderson, de l’11th Infantry, a lui-même émigré aux Etats-Unis puisqu’il est né à Trondheim en Norvège, le 9 octo-bre 1894.

Dans l’exposition, nous ten-tons de montrer, à travers cet exemple local, comment les guer-res arrachent les populations de leurs cadres de vie et de travail tout en leur interdisant de se mouvoir librement, en fermant les frontières et en renforçant contrôles et répression. Des émi-grants luxembourgeois sont arrê-tés et internés en France. Les sol-dats de l’occupant allemand, en violation de la neutralité du pays et du droit international, chas-sent sur le territoire luxembour-geois des déportés et prisonniers de guerre belges, français, russes en fuite. Les autorités luxem-bourgeoises renforcent les condi-tions mesures bureaucratiques concernant les passeports et les déclarations d’arrivée.

Les guerres bouleversent les communautés locales qui se re-composent et se redéfinissent. En août 1914, beaucoup d’Italiens –

2.000 personnes sur une popula-tion dudelangeoise de 11.000 – partent parce que l’usine est à l’arrêt et qu’ils ont peur de rester bloqués à cause des opérations militaires et ne plus pouvoir re-tourner dans leur pays d’origine. Des scènes dramatiques se dé-roulent dans les gares luxem-bourgeoises pendant l’été 1914 autour de ce qu’on a appelé les „Italienerzüge“. Des recherches dans les registres d’arrivée de la ville de Dudelange ont révélé qu’ils sont remplacés par des fa-milles luxembourgeoises qui vi-vaient depuis des années voire des décennies en Lorraine, alle-mande et française, en Champa-gne, à Paris et qui retournent dans leur pays d’origine, en rai-son de peurs similaires.

En général, ces recherches sur l’histoire des migrations permet-tent de souligner qu’il est impor-tant de ne pas enfermer des hom-mes et des femhom-mes dans des caté-gories nationales fixes comme Luxembourgeois, Allemand, Ita-lien. Elles sont démenties par des réalités complexes. Les mariages entre personnes de nationalités différentes sont nombreux, il y a cent ans comme aujourd’hui. On assigne des identités de papier de son pays d’origine à des jeunes qui sont nés et ont grandi dans le pays d’accueil qui imprègne leur identité réelle au moins autant si-non davantage que le pays de leurs parents. Voilà ce que le bourgmestre de Dudelange expli-que il y a cent ans aux autorités allemandes lorsqu’il s’apprêtent à emprisonner des jeunes de Dude-lange qui y ont grandi, se consi-dèrent comme Luxembourgeois et refusent de répondre à l’appel aux armes de leur pays d’origine.

Pris au piège de la guerre, les hommes et les femmes sont confrontés à des choix difficiles: Partir ou rester? Servir son pays d’origine ou s’engager pour son pays d’accueil? Comment vivre ou survivre seuls en territoire oc-cupé? Toutes celles et tous ceux qui s’intéressent à ces questions et à l’impact de la Grande Guerre sur la petite Dudelange et sa po-pulation hétérogène sont chaleu-reusement invités à venir voir l’exposition „Etre d’ailleurs en temps de guerre“. Elle a pu être réalisée grâce aux documents et objets du CDMH, de la Ville de Dudelange, des Archives natio-nales, du Musée national d’his-toire militaire de Diekirch, de la Bibliothèque nationale, du Cen-tre national de l’Audiovisuel, du Musée national d’histoire et d’art et est enrichie par deux installa-tions des vidéastes Chiara Ligi et Mauro Macella. Vernissage mardi prochain à 19 heures à la Gare-Usines de Dudelange dans le quartier Italie!

La chronique d’aujourd’hui, précisons-le d’emblée, a été écrite à quatre mains, par ma collègue historienne

Antoinette Reuter et moi-même. Elle présente quelques résultats de

recherches que nous menons avec d’autres depuis plus d’un an. Ces résultats seront montrés au public dans une exposition, du 29 mars au 9 décembre, à Dudelange à la Gare-Usines.

Etre d’ailleurs

en temps de guerre

L’histoire du temps présent

Denis Scuto

Le cliché nous montre deux femmes parmi neuf hommes, la plupart très jeunes également. Leur pré-sence à ce poste de travail physiquement très prenant est exceptionnel et due à la pénurie de main d’œuvre masculine pendant la guerre. L’identité de l’une des femmes nous est connue: Marguerite Schneider (à dr.), appelée „Kiewerlek“ (hanneton), fut embauchée le 18 avril 1916. A noter le message transporté par le panneau d’identification du groupe. Au lieu des habituelles guirlandes de fleurs sont apposés des rutabagas, qui en 1917, année de pénurie alimentaire, font partie du quotidien des habi-tants de Dudelange. Par ailleurs une colombe vient exprimer le désir de paix.

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