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Eglise Réformée Evangélique du Valais - EREV
PAROISSE PROTESTANTE DE SION
pasteur François SCHLAEPPI
À LA RECHERCHE DU FIL ROUGE
Prédication pour le dimanche 14 février 2021
1ère lecture : Jérémie 31 : 1 - 6
Le SEIGNEUR déclare :
- Le moment viendra où je serai le Dieu de toutes les familles d'Israël, et celles-ci formeront mon peuple. » Les Israélites du Nord reviennent dans leur pays. Voici ce que le SEIGNEUR dit :
- Dans le désert, j'ai montré ma bonté au peuple qui a échappé à la mort.
Israël va donc pouvoir se reposer.
Le peuple disait :
- De loin, le SEIGNEUR s'est montré à moi.
Et je lui ai répondu :
- Je t'aime depuis toujours et pour toujours. C'est pourquoi je reste profondément attaché à toi.
Je vais te remettre debout, jeune Israël, et tu seras reconstruite.
De nouveau, tu prendras tes jolis tambourins pour aller danser avec les gens en fête.
De nouveau, tu planteras des vignes sur les collines de Samarie, et les vignerons pourront profiter des premières grappes de raisin.
Un jour viendra où les veilleurs crieront sur les collines d'Éfraïm : Debout ! Montons à Sion, vers le SEIGNEUR notre Dieu ! 2ème lecture : Ephésiens 3 : 14 - 19
Je me mets à genoux devant Dieu le Père, de qui toute famille reçoit son nom dans les cieux et sur la terre. Oui, je lui demande de vous rendre forts par son Esprit, tellement sa gloire est grande. Ainsi, vous pourrez être des chrétiens solides. Que le Christ habite dans vos cœurs par la foi ! Plongez vos racines dans l'amour et soyez solidement construits sur cet amour. Alors vous serez capables de comprendre avec tous les chrétiens la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur de l'amour du Christ. Vous connaîtrez cet amour qui dépasse tout ce qu'on peut connaître. Vous recevrez toute la vie de Dieu, et il habitera totalement en vous.
- 2 - 3ème lecture : Jean 3 : 14 - 18a
Dans le désert, Moïse a placé le serpent de bronze en haut d'un poteau, devant tous. De la même façon, le Fils de l'homme doit être placé en haut, devant tous. Ainsi, tous ceux qui croient en lui auront la vie avec Dieu pour toujours. Oui, Dieu a tellement aimé le monde qu'il a donné son Fils unique. Ainsi, tous ceux qui croient en lui ne se perdront pas loin de Dieu, mais ils vivront avec lui pour toujours. En effet, Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour condamner le monde, mais il l'a envoyé pour qu'il sauve le monde.
Celui qui croit au Fils n'est pas condamné.
PRÉDICATION
Quel est le fil rouge qui traverse toute la Bible ? Certes, un fil qui parfois semble bien ténu, voire fragile ; un fil qui trop souvent disparaît derrière une trame pleine de rugosités, bref, un fil qui se mêle avec obstination aux grosses ficelles – ficelles même grossières – de l’histoire des hommes. Il faut le dire, il ne faut surtout pas s’en cacher, la Bible ne raconte pas que des histoires roses : guerres, massacres, conquêtes, déportations, mais aussi infidélités, mensonges, coups tordus, tromperies, mais aussi maladies, handicaps, deuils… Le livre fondateur de la première religion du monde déborde de larmes, de sang, de sueur. Etonnant tout de même ! Mais heureusement, il y a ce fil rouge, un fil rouge qui fait toute la différence, un fil rouge qui, j’ose le dire ainsi, sauve la Bible !
Alors, ce fil rouge, quel est-il ?
L’humain, avec les seules ressources de sa raison – ou de sa déraison – que serait-il capable de dire de Dieu ? Bien sûr que l’homme, par lui-même, peut avoir l’idée de la toute-puissance de Dieu et tout va même l’y porter : le spectacle de la nature, la beauté de celle-ci ou la force qui s’en dégage, voilà qui ne manque pas de suggérer à l’homme « qu’il doit bien y avoir quelqu’un là derrière ». Très tôt l’homme a dû donner une signification religieuse aux forces naturelles et voir en elles autant de manifestations d’une puissance mystérieuse devant laquelle il fallait s’incliner dans un sentiment de crainte sacrée.
L’Ancien Testament porte d’ailleurs la trace de cette crainte. En effet, lorsque Jacob émerge de son rêve à Béthel – rappelez-vous, une échelle qui relie terre et ciel et des anges qui montent et descendent – eh bien, Jacob s’écrie : Cet endroit me fait peur ; c’est vraiment la maison de Dieu et la porte du ciel ! (Genèse 28 :17). Et la crainte fait parfois place à un émerveillement tout empreint de respect : Quand je vois le ciel, œuvre de tes mains, la lune et les étoiles que tu y as placées, je me demande : qu’est-ce donc l’homme, ô Eternel, pour que tu prennes garde à lui ? (Psaume 8)
Oui, un Dieu tout-puissant, voilà qui est quasi naturel à l’esprit de l’homme. D’ailleurs, à quoi bon avoir affaire à un dieu si celui-ci n’est pas capable de tenir le monde dans ses mains, quitte à ce que l’homme ne comprenne pas tout de la manière dont ce dieu fait ou ne fait pas usage de cette puissance. Et bien sûr que l’idée de toute-puissance n’est pas très éloignée de celle de sainteté, une sainteté devant laquelle également il faut s’incliner et même se taire.
Alors, toute-puissance et sainteté seraient-elles l’une ou l’autre, ou l’une et l’autre, ce fil rouge que nous cherchons à repérer ? Si l’Ancien Testament offre quelques indices allant dans ce sens, il suffit d’ouvrir les Evangiles pour rapidement devoir émettre quelques réserves : Jésus le
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Messie qui vient au monde dans une mangeoire à bestiau, Jésus le Messie qui désobéit à ses parents, Jésus le Messie qui fréquente assidument la lie de la société d’alors, Jésus le Messie qui meurt comme le dernier des malfaiteurs : nous sommes là bien loin de l’image qu’on se ferait de la toute-puissance et de la sainteté !
Et tout à la fin de la Bible, de quelle toute-puissance le livre de l’Apocalypse nous parle-t-il sinon de celle du Mal incarné par la bête. Et avec celle-ci, des dragons, des cavaliers, des trompettes : tout y est pour nous faire frémir d’horreur !
A bien y réfléchir, d’un dieu tout-puissant, l’homme en a toujours rêvé. Un dieu redresseur de tort, surtout lorsqu’il s’agit des torts des autres. Un dieu qui vient éradiquer le mal, surtout lorsque le mal est incarné par ceux d’en face. Un dieu chef des armées, à condition qu’il soit de notre côté, Gott mit uns ! Un dieu qui donne la victoire, sous-entendu à mon équipe…
Mais voilà, cette toute-puissance n’a rien à voir avec le fil rouge que nous recherchons ; cette toute-puissance, c’est plutôt la grosse ficelle de nos fantasmes, de notre soif de maîtrise et de pouvoir. Une grosse ficelle dans laquelle nous nous emberlificotons et qui finit par nous étouffer et qui surtout nous rend aveugle à ce modeste mais fidèle fil rouge qui parcourt envers et contre tout l’ensemble de l’histoire déroulée entre Dieu et notre humanité.
D'après une légende japonaise, un fil rouge – rouge quoiqu’invisible – relie les personnes destinées à se rencontrer. Peu importe la distance qui les sépare, ou leurs différences ; lorsque ça arrive, cette rencontre marque profondément les deux personnes. Les fils peuvent parfois s'étendre et s'emmêler, ce qui peut repousser la rencontre, mais ces fils ne pourront jamais se couper.
Un tel fil relie donc Dieu et les hommes. Et lorsque je dis ici les hommes, il ne faut pas se figurer l’humanité rassemblée et enserrée, comme une gerbe de blé, par un lien unique dont l’autre extrémité se trouverait dans la main de Dieu. Non, c’est chaque humain, chaque enfant, chaque femme, chaque homme qui est relié à Dieu par ce fil rouge, chacun, chacune d’entre nous étant destiné à rencontrer Dieu, à moins que ce soit le contraire, Dieu cherchant à rencontrer chacune et chacun d’entre nous.
Vous l’aurez compris, ce fil rouge n’est autre que celui de l’amour, un fil qui prend naissance dans la main de Dieu et qui vient chercher notre main, notre cœur, notre être tout entier.
Je disais qu’à bien y réfléchir, l’idée d’un dieu tout-puissant était assez naturelle à l’homme. A contrario, et toujours à bien y réfléchir, l’idée d’un dieu entièrement et uniquement motivé par l’amour est tout de même surprenante, et c’est peu dire !
Lorsque l’homme, au moyen de sa seule sagesse ou de sa seule raison, veut se forger une image ou une définition de Dieu, il ne met pas l’amour au nombre de ses attributs. Et même lorsque nous connaissons peu ou prou le Dieu de la révélation biblique, rien ne nous permet de considérer cet amour comme allant de soi, comme étant logique. Cet amour reste un mystère insondable, et même plus qu’un mystère, cet amour divin est une folie pour la sagesse humaine.
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Si nous voulons vraiment trouver la raison d’être de cet amour, ce n’est qu’en lui-même, ce n’est qu’en Dieu et non pas en nous qu’il faut le chercher. Il s’agit rien moins que d’un amour gratuit, exclusif dans le sens qu’il n’a de source qu’en Dieu lui-même, un amour que nous ne pouvons pas imaginer et que, dès lors, nous ne pouvons que recevoir. Et ce que nous pouvons petit-à-petit en saisir et en découvrir nous ne le saisissons et ne le découvrons que par lui.
La connaissance de l’amour de Dieu est elle-même un don de l’amour de Dieu : Dieu a tellement aimé le monde qu'il a donné son Fils unique. Ainsi, tous ceux qui croient en lui ne se perdront pas loin de Dieu, mais ils vivront avec lui pour toujours (Jean 3:16). La réalité de l’amour de Dieu est si incroyable – j’insiste : incroyable ! – qu’il a fallu non seulement des siècles et des siècles au Peuple élu et à l’Eglise pour en saisir quelques bribes, mais qu’il faut rien moins qu’une vie entière à l’humain pour s’en faire une idée.
Revenons à l’Ancien Testament. La notion d’alliance y est fondamentale, ce lien parfaitement original tissé entre Dieu et son peuple. Mais il faut attendre le prophète Osée – nous sommes là au milieu du 8ème siècle avant Jésus-Christ – pour voir apparaître l’idée que cette alliance relève moins d’un accord diplomatique que d’une relation conjugale. Jusque-là en effet, l’alliance était considérée essentiellement comme un traité mettant en rapport deux entités distinctes séparées par une frontière et impliquant, au minimum, un pacte de non-agression et, dans le pire des cas, une intervention du plus fort – Dieu en l’occurrence – envers le plus faible, à savoir le Peuple élu.
Avec Osée donc, on en vient à la compréhension d’une alliance, d’un lien beaucoup plus intime entre Dieu et les siens. Dans son amour humain trompé, dans la souffrance qu’il éprouve à cause de l’infidélité de sa femme, le prophète a la révélation de l’amour de l’Eternel pour son peuple, de sa douleur et de son légitime courroux quand Israël, semblable à un conjoint infidèle, rompt l’alliance pour aller se prosterner devant les faux dieux. Mais Dieu pardonne, il renonce au juste châtiment ; Dieu aime son peuple, il ne peut cesser de l’aimer malgré les égarements de celui- ci.
Le caractère immuable de l’amour de Dieu est parfaitement exprimé par un autre prophète, Jérémie : Je t'aime depuis toujours et pour toujours, c'est pourquoi je reste profondément attaché à toi. Je vais te remettre debout, jeune Israël, et tu seras reconstruite. De nouveau, tu prendras tes jolis tambourins pour aller danser avec les gens en fête. De nouveau, tu planteras des vignes sur les collines de Samarie, et les vignerons pourront profiter des premières grappes de raisin (Jérémie 31:5ss).
Avec le Nouveau Testament, nous avons affaire à une véritable révolution : l’amour de Dieu n’est plus, comme jusque-là, le point culminant de la Révélation vers lequel tend la foi ; il devient le fondement sur lequel tout repose, le terrain dans lequel la certitude enfonce profondément ses racines. L’exhortation de l’apôtre Paul le dit bien : Plongez vos racines dans l’amour et soyez solidement construits sur cet amour (Ephésiens 3:18). L’amour de Dieu est la réalité première, il est l’essence même de l’Evangile !
Et Jésus ne manquera pas d’avoir recours aux analogies humaines pour exprimer, pour illustrer l’amour de Dieu : l’image du berger qui n’a de cesse de retrouver sa brebis perdue, l’image du
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père qui reçoit dans ses bras le fils de retour après une longue et douloureuse absence. Jésus nous fait pénétrer dans le cœur même de Dieu et nous y montre cette réalité humaine entre toutes : la joie ; après avoir retrouvé son mouton, le berger fait la fête avec ses voisins, après le retour du fils, le père rassemble toute sa maisonnée autour d’un festin.
Bien sûr, Jésus ne se contente pas de raconter de belles histoires édifiantes ; c’est dans sa manière d’être tout entière que l’amour de Dieu s’incarne et atteint sa perfection. On peut dire que toutes les fibres de la personne de Jésus sont constituées de ce fil rouge de l’amour. Si Dieu a voulu tant aimer le monde, c’est bel et bien en lui donnant ce Fils unique.
L’amour de Dieu, en Jésus-Christ, se fait visible et vient gagner notre foi. Jésus aime comme seul Dieu peut aimer, il console, il pardonne, il guérit ; il se penche sur toutes les détresses et toutes les misères ; il arrache l’homme à la puissance du Mal. La croix est évidemment l’accomplissement de cet amour libérateur et rédempteur.
Un jour viendra où les veilleurs crieront sur les collines d'Éfraïm : Debout ! Montons à Sion, vers le Seigneur notre Dieu ! (Jérémie 31:6) Ainsi donc, l’amour que Dieu nous porte, ce fil rouge qui traverse l’ensemble de la Bible et qui n’est autre que la signature même de Dieu, cet amour donc attend de notre part une réponse. Comme dans la légende japonaise, les deux partenaires reliés par ce fil rouge sont destinés à se trouver un jour.
Certes, l’essentiel du chemin a été parcouru par Dieu, plus précisément par le Christ. Un chemin descendant, un chemin qui va du haut vers le bas, du ciel à la terre, un chemin qui va de la toute- puissance au service, un chemin qui descend même dans les profondeurs de nos tourments et de nos angoisses ; tel est bien le parcours de Dieu à notre rencontre. Mais l’amour de Dieu, effectivement, attend notre réponse, une réponse selon deux axes : en retour aimer Dieu et, selon son exemple, aimer notre prochain.
Ainsi, le fil rouge que Dieu a tendu dans notre direction et qu’il ne s’est pas lassé de suivre pour nous rencontrer, ce fil rouge est appelé à se poursuivre dans notre propre vie, dans notre propre manière d’être. Mais cette partie-là de l’histoire, c’est à nous qu’il appartient de l’écrire, en faisant en sorte que ce fil rouge du double amour auquel nous sommes appelé ne disparaisse pas trop vite ni trop profondément dans les lourdeurs de notre humanité. Tel est le beau défi auquel Dieu se plait à nous attacher !
Amen.