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Aucune femme ne subit une interruption de grossesse par plaisir

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Academic year: 2022

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On a appris début septembre 2011 que l’initiative qui entend retirer l’interruption de grossesse (IG) de la liste des prestations prises en charge par la LAMal a abouti.

Dans le cas présent, les initiants ne deman­

dent pas l’abolition du régime du délai qui vaut suite à un vote populaire de 2002.

Toutefois, ce n’est certainement pas l’envie qui manque, si l’on considère les associa­

tions et personnes qui la soutiennent et dont les positions rigides en la matière, dans une sorte d’enfermement, sont de no­

toriété publique. Leurs démarches sem­

blent bien intentionnées à première vue mais, à la manière de ce qu’on voyait aux XVIe ou XVIIe siècles, elles tendent à réin­

troduire dans nos sociétés une sorte d’au­

toritarisme vertueux contrôlant les corps aussi bien que les consciences. Après plu­

sieurs échecs, les initiants choisissent («Sa­

lamitaktik» ?) de porter le débat sur un ter­

rain limité auquel l’électeur est sensible, à savoir la réduction des coûts : ce n’est pas aux bon(ne)s citoyen(ne)s de payer pour les hédonistes sans morale qui ont trop fa­

cilement recours à l’IG. NB : pas nécessaire de s’attacher à une évaluation quantitative fine pour apprécier que le coût global de

l’IG ne pèse pas lourd dans la facture de la santé.

Les milieux initiants ne font pas l’unani­

mité dans leurs rangs. Au sein de l’UDC par exemple, alliée ici à des mouvements fondamentalistes, ce sont comme de cou­

tume des têtes idéologiques – dont les ob­

servateurs relèvent que leurs propos mon­

trent souvent un rapport lâche avec les faits objectifs – qui sont en première ligne. De façon inhabituelle, plusieurs de leurs sui­

veurs émettent pu­

bliquement des cri­

tiques (ainsi, il y a peu, un député UDC vaudois atypique et

remuant émouvait le Landerneau en adres­

sant une volée de bois vert à ses coreligion­

naires qui s’associent à l’initiative).

Assez de considérations politiques. On ne peut que rester perplexe quand, en 2011, des dizaines de milliers de signataires d’ini­

tiative ignorent à tel point les difficultés suscitées, chez des femmes, dans les cou­

ples et les familles, par une grossesse lourde à porter ; la perplexité devient un vrai choc quand ces signataires sont des femmes.

Consciemment ou pas, on choisit de ne pas donner attention à quelques éléments : 1) aucune femme ne subit une IG par plaisir ; 2) personne n’aime l’IG, qui est toujours un échec regrettable mais qui, selon les cir­

constances et conditions de vie des per­

sonnes, peut être compréhensible ; 3) une carrière de santé publique, au contact des soucis de santé d’une collectivité, m’a dé­

montré comme à beaucoup d’autres que le régime du délai que nous connaissons maintenant est la moins mauvaise solution légale. De loin (oui, il n’y a pas de solution idéale au fait social de la grossesse problé­

matique). Les régimes punitifs que notre pays et d’autres ont connus ne font que multiplier les IG clandestines et leur cor­

tège de complications et de morts.

Le grand William Osler parlait des «ma­

ladies sociales avec des aspects médicaux». A propos de tuberculose et de maladies in­

fectieuses liées au manque d’hygiène, de malnutrition et ses conséquences et d’au tres pathologies où pauvreté et précarité jouent un rôle prédominant. D’un point de vue

de santé publique, l’interruption de gros­

sesse entre pour beaucoup dans un tel cadre, avec une importante dimension psychoso­

ciale.

Retirant de l’assurance de base la prise en charge de l’IG, on ferait de ces femmes des réprouvées. Il importe aussi de savoir que l’IG est plus fréquente dans les milieux défavorisés, parce que jeunes filles et fem­

mes y sont moins informées et ont moins accès au planning familial. Le différentiel social (des risques de difficultés et de mal­

heurs comme, à l’in­

verse, des chances de disposer aisément des moyens de se sortir d’un mauvais pas) est ici majeur. Et il est attristant de constater que des gens affirmant des convictions chré tiennes soutiennent une initiative in­

sensible à la réalité et qui creuserait un peu plus les inégalités.

Rappel utile : au cours des trente der­

nières années, le nombre d’interruptions de grossesse en Suisse a nettement baissé, d’un tiers ; ceci est dû en particulier aux bons services d’éducation sexuelle à l’école et de planning familial mis en place dans la plu­

part des cantons. On rappelle aussi qu’il est démontré que des jeunes qui ont béné­

ficié d’éducation sexuelle ont des relations sexuelles moins précoces, moins fréquen tes et moins à risque que leurs congénères qui n’en ont pas eu. De plus, le nombre d’IG n’a pas augmenté depuis l’introduction du régime du délai et le taux d’interruptions en Suisse est, selon les années, le plus bas ou un des plus bas d’Europe.

Dr Jean Martin Ancien médecin cantonal La Ruelle 6 1026 Echandens [email protected]

réflexion

Revue Médicale Suisse www.revmed.ch 28 septembre 2011 1889

la perplexité devient un vrai choc quand ces signataires sont des femmes

Aucune femme ne subit une interruption de grossesse par plaisir

Le populo-autoritarisme moral dans le domaine médico-social

Source : Wikimedia Commons

Gustav Klimt (1862–1918)

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