Revue Médicale Suisse
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8 septembre 20101687
premières émotionsA nouveau, le docteur me propo se de commencer l’entretien. Cette fois, je ne panique pas. Je com- mence à prendre goût et à appré- cier cet exercice. Ensemble nous fixons l’objectif de la discussion. Il s’agit en fait de savoir comment un patient chronique, en l’occurrence Monsieur C., vit sa maladie.
Après que le patient se soit instal- lé, je lui demande comment il va depuis la dernière consultation.
Con naissant la relative stabilité de son état, je m’attends à sa ré- ponse habi tuelle : «tout va bien».
Mais, cette fois, il m’annonce qu’il a été hospi talisé pour un muco- cèle. «Un muco, quoi ?» me dis- je intérieurement, je n’ai jamais entendu ce mot, je ne sais pas de quelle pathologie il s’agit et je ne sais pas quoi répondre.
Soit ! Je me suis fixée un objectif et je ne vais pas laisser cette in- formation me détourner de mon dessein initial. Je lui suggère donc d’en parler par la suite avec le doc- teur, et continue à m’enquérir de son état psychologique.
Je dois dire que cet interrogatoire me coupe le souffle et j’essaie de maîtriser mes émotions. Je décou- vre, au fil de mes questions, un homme humble et plein d’espoir qui, malgré tous ses problèmes de santé, ne se plaint jamais. Bien au contraire, il me confie être heureux de vivre chaque nouvelle journée.
Quand je lui demande dans quelles tâches ses troubles de vi-
sion le handicapent, je tombe des nues en apprenant qu’il ne voit quasiment rien. Il me dit ne plus pouvoir suivre les matchs de foot- ball car il ne distingue plus les joueurs et ne voit plus le ballon.
Bien évidemment, il ne peut plus lire et me dit qu’il ne reconnaît les personnes et leur visage que si elles sont à une courte distance de lui.
Pendant qu’il me relate tout cela, je me demande comment il fait pour être aussi positif. Que reste- t-il à une personne quand elle se trouve restreinte dans ses activités physiques, culturelles et même sociales à cause de sa maladie ? A quoi peut-elle s’accrocher pour apprécier encore la vie ? Dieu ? La famille ? Autre chose ? Je suis admirative et je me sens toute pe- tite devant la grandeur de cet homme.
Halima Muller Etudiante de 2e année à la faculté
de médecine de Genève 24 D, chemin Victor Duret 1213 Onex [email protected]
La résilience... ou l’art de naviguer dans les torrents
Rubrique publiée sous la responsabilité de l’UREMPR (Unité de recherche et enseignement de la médecine de premier recours)
Coordination
Dr Catherine Herter Clavel FMH médecine interne
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