• Aucun résultat trouvé

4

N/A
N/A
Protected

Academic year: 2022

Partager "4"

Copied!
211
0
0

Texte intégral

(1)
(2)
(3)

4

(4)

DigitizedbyGoogle

(5)

DigitizedbyGoogle

(6)

ACADÉMIE DES BIBLIOPHILES.

DÉCLARATION.

«Chaqueouvrage appartient àsonauteur-éditeur.LaCom- pagnieentend dégager sa responsabilité personnelle des publi- cationsde sesmembres,n

(Extraitdel’articleIVdes Statuts.)

JUSTIFICATION DU TIRAGE:

Papier vergé.

Papierde Chine.

PapierWhatman.

Parchemin.

260exemplaires.

20

20

2

3o2 exemplaires.

NO

Die' Google

(7)

LES SATIRES

DU SIEUR

NICOLAS BOILEAU DESPRÉAUX

RÉIMPRIMÉES CONFORMÉMENT Al'ÉDITIONDE I7OI Diteéditionfavorite

INTRODUCTION

ET

NOTES

PAR

F.

DE MARESCOT

PARIS

ACADÉMIE DES BIBLIOPHILES

UDCCC LXVIII

Digitizedby

(8)

i6 rtH

Vont)lo

J)igitizedbyGoogle

(9)

INTRODUCTION

)'estunméchantmétier que celuy de médire;

A

l’auteur qui l'embrasseilesttoujours fatal.

\Le malqu'on ditd'autruy ne produit quedumal.

'MaintPoète, aveugléd'unetellemanie,

En

courantàVhonneur, trouve l’ignominie;

Ettelmot,pouravoir réjouileLecteur,

A

coûté bien .souvent des larmesàl’auteur.

C’estparcesversque

commence

laseptièmesatirede Boileau, etilsembleraittoutd’abordqu’ilssontunesin- cère et très-sérieuse professiondefoidel’auteur,silasuite ne prouvait bienvite qu’ilnefautvoirlàenréalitéqu’une raillerieamère qui tournera encore au désavantage des mal- heureuxécrivainsbafouésavec tantde verve parlespirituel satirique.

Le tempérament de Boileaulepoussaitavanttout vers la satire.11possédait

un

génie satirique qui était d’ailleurs

(10)

INTRODUCT

ION.

»)

celuidetoute sa famille,puisquedeux deses frères, Gilles etJacquesBoileau, furentdoués dececaractère railleur et malicieuxque Nicolas Boileau posséda ausuprêmedegré.

Jene veuxpas,parlà,nierlemérite de Boileau danstel outelautredesesouvrages:épîtres, art poétique, lettres

même;

ilestpermis delesadmirertous,maisilfautpour- tantavouerqu’ildoitau genresatiriquelaplusgrande partiedesa gloire,et,sij’osedire,sapersonnalité tout entière.

Voyons-le nous confirmant lui-mêmeceque nous avan- çonsici:

Mais quandilfautrailler,j’ay cequeje souhaite: Alors, certes, alors jemeconnais Poète.

Phœbus,dèsqueje parle,estprestà m’exaucer;

Mes

motsviennent sans peine, etcourent se placer.

Jesensquemonesprit travaillede génie.

Et plusloin:

C’estparlàque jevaux,sijevauxquelque chose.

Est-ilpossibledeconfesseruneaptitudeprédominante avec plus defranchise et aussid’autorité?

Non

vraiment1

Cettesatire,danslaquelle lanaturedu poèteserévèled’une façonsicaractéristique,nousmet àl’aiseavec ceux de nos amis qui ont bien voulu nous demander pourquoi nous ne publions pas aujourd’huil’oeuvrepoétiquetoutentièrede Boileau.

Nous

laissonsàautruicesoinetpeut-êtrecet honneur.

îiqiiizcdbyGoogle

(11)

INT

ROD UCTION.

1 ')

De

cette

œuvre

remarquableàtous égardsnousavons extrait lapartiequi, selonnous,peutsurtoutfairecon- naître

l’homme

dontnous nous occupons.

La

critique faiteà la légère,malveillanteparsystème, injusteparprincipe, est

un

fléaupourlalittérature etune tacheineffaçabledanslavied’unécrivain; maissavoir discuter àpropos, apprécierexactementlesbeautéset les défauts, voilàdesqualitésexquisesquifontdelacritique

un

art utile et noble.Cesqualités,nul plusque Boileau ne leseutjamais, etd’Alemberta

pu

direavecraisonque Boileauavaitformélegoûtdelanation.

Un

contemporaindusatirique,

un

moralisteéminent,

La

Bruyère, aécritsur la satireune phrase que nous voulons rapporter:

«11nefautpoint mettre

un

ridiculeoùiln’yen apoint, c’estsegâterlegoût, c’estcorrompre son jugementetcelui desautres;maisleridiculequiestquelquepart,ilfautl’y voir, l’en tireravec grâceetd’unemanière quiplaise etqui instruise. »

{LaBruyère,i*'texte, éd.Jouaust,pageloo.)

L’utileet l’agréable,voilàce qu’exige

La

Bruyère,et voilàaussiceque nous trouvons sanscessechezBoileau dans son

œuvre

admirable decritique.

On

luiasouventre- prochéd’avoir été

un

injustecenseur,d’avoirdépasséles bornes permises.

Nous

necroyons pasl'accusationfondée, nous ne croyons pasàunpartiprisdedénigrement chez

un homme

quin'apashésitéà dire etàprouver maintes foisquexlemériteluifuttoujoursune choseprécieuse» (sat.Vil,vers55).Lepitoyable étatdelalittératured'a-

DigitizedbyGoogle

(12)

IV

INTRODUCTION.

lors l’excuseraitduresteamplement. Sauf derares et bril- lantesexceptions,quiontfaitdu

XVI

1°sièclelegrand siècle,que voyons-nous eneffet?Des poètes épiques bour- souflés,vides,plats,grotesques;desauteursdramatiques sansinvention, sans style, etleresteà l’avenant;en

un mot

un Chapelain, unColin,un Boyer,etc.

On

a ditde Boileauqu’ilsut quelquefois, et

même

non sansprofit,modérercettefougue vengeresseety mêlerla flatterie.

A

celanous répondrons,et lelecteurpourrale voir

comme

nous,que grandsetpetitsont tousétéjugés parlui,qu’iln’ajamaisfait-aucuneréserve, etque,bien aucontraire, sa hardiessesansfreinasouventfaittrembler sespluschersamis.

Au

roivictorieuxila dit:«

Tu

esgrand.»

Au

roiencou- rageantleslettresetlesarts:«

Tu

es juste.>•Maisà Louis

XIV

faisantdemauvaisversiln’apashésitéàdire unjour:«

Tu

esun mauvais poète*.»

A

Boileaunous appliqueronscertainephrasede Sainte-Beuve surlepère de Saint-Simon;« 11futunfavori etnon uncourtisan,car ilavait etde l’honneuretde l’humeur.»Jamaisapprécia- tionnefutplusàsa place.

Envieux, Boileaunel’étaitguèrenonplus,puisqu’iltrou- vaitqueleseulgrand

homme

desonsiècle étaitMolière;

égo'istepasdavantage,luiquivoulutunjour se dépouiller delapensionqu’ilrecevaitduroienfaveurdu grand Cor- neille,vieuxetsansfortune.

Nous

venonsdedirelàen quelquesmots quelétait l’homme dont nous publions l’œuvrecapitale,cellequi I.Leroiluimontrant unjourquelques vers qu'ils'tîtaitamuséà faire:

«Sire, ditlepoète consulté,rien n'estimpossibleàVotreMajesté;clica voulu fairedemauvaisvers et elleyaparfaitement réussi.»

{Précis historiquede Véditiond*Amar^1821. Lefèvre. pa;;c xxix.)

DigitizedbyGoogle

(13)

NTRODUCTION.

V avaittoutes sestendresses etquia leplus contribuéaussi à sarenommée.

Expliquons àprésentlamarchesuivieparnous danscette édition.

Boileau,danslapréfacedel’éditiondeses

Œuvres

di- versesdonnée en1701chezDenys Thierry,ladernière faitede sonvivant etlaseuleoùilait

mis

son

nom,

s’ex- primeainsi:

«C’est lapluscorrectequiaitencoreparu, et

non

seu- lementjel'ayrevue avecbeaucoup desoin,maisj’yay retouché denouveauplusieursendroitsde

mes

ouvrages.» Plusloinencore,il

nomme

cette édition«

mon

édition favorite».

C’estdoncletextedecetteéditionde1701que nous avons suivipourles Satires, etencelanous nous

sommes

confor-

més

au goût de Boileau lui-même.

De même

qu’aujourd’huiun volumepubliédansle for- matin-8°netardepassouvent àreparaître in- 12quelque tempsaprès,de

même

cetteéditionde1701 a été publiée dansdeux formatsdifférents,in-4“ et in-ia. L’édition in- 12 est celledont nous nous

sommes

servis.Parue*cinqmois aprèsl’éditionin-4°, ellesubit diversescorrectionset,chose plusimportante encore,JBoileau apporta dansletextequel- ques changements.

L’éditionparueen 1713*, chez EspritBilliot,passepour avoir été

commencée

duvivantdeBoileau.D’aprèsune lettre écrite àBrossette(ladernière)leiidécembre1710, cette assertion paraîtfondée,puisque Boileauluiannonce

I.L'éditionin<4.parut versla findemars(lettrede Boileau à Brossettedu 20mars1701),etcelle in>i2vers lafinde juillet (lemêmeau meme,lettre du10juillet).

2.Deuxans aprèslamortde Boileau, décédélei3mars1711.

DigitizedbyGoogle

(14)

V) I

NTRODUCTION.

«qu’iltravailleactuellement àune nouvelleéditiondeses ouvrages, quiserontconsidérablementaugmentés».Toute- fois,l’étatphysiquedusatirique*,très-gravement ébranlé à ce

moment,

nous permetd’affirmer qu’il n’apu donner à cetteéditionde1713 quefortpeu deses instants,caril

mourut

troismoisaprès.

L’éditionde1701renferme onzesatires.

Nous

endon- nonsscrupuleusementletexte.

Nous

avonsjointà ces onzesatires ladouzième,lasatirecontre l’Équivoque.

Boileau,quine putpublier cette satirede sonvivant, mais quiavaitgranddésirqu’elle vît le jour,voulut,par son testament,«quetoutes lesnouvellespièces etouvrages qu’il avaitfaits,

même

celuicontreVÉquivoque,et qu’il vou- laitcomprendre dansune nouvelleédition,fussentmis danslesmainsdusieur Billiot, libraire,ruedelaHarpe, pour enfairesonprofit,etc... »Billiotpublia-t-il cette sa- tireconformémentàlavolontédeBoileau?Non,puisqu'il n’en existeaucuneédition faiteparcelibraire,etqu’elle nesetrouve

même

pasdansl’édition qu'ilpubliaen1713.

La

satiresurl’Équivoquefutpourlapremièrefoisréu- nieauxœuvres de Boileau dansl’éditionqu’endonna,en 1716, àGenève,Brossette, l’ami

^u

poète,soncorrespon-

I.Pour preuve dupiteux étatdupoète,nouscitonsquelquespassagesde lalettre écriteparBoileau à Brossette le14juin1710:«Quelquecoup>able, Monsieur,quejevouspuisse paraître d'avoir étés!longtemps sans répondre àvosfréquentes etobligeanteslettres,jen'auraisquetropderaisons àvous direpourmedisculper, si je voulaisvousréciter lenombreinfinid’infirmités etde maladiesquimesontvenuaccablerdepuisquelquetemps...»Etplus loin: Jevousdiraiquejene marcheplusque soutenu par deuxvalets;qu’en mepromenantmêmedansmachambre,jesuisquelquefoisauhasard de tomberpar des étourdissements quimeprennent; quejene saurais m’appli- querlemoins dumondeàquelquechose d’important qu’ilnemeprenne un maldecœurtirantà défaillance, etc Toutesleslettresquisuivent sont pleines de doléancesde lamêmenature.

Digiti. i;yGoogle

(15)

INTRODUCTION.

vij dantlepluscheret ledépositairedesesmanuscrits.C’est letextedecetteéditionde 1716 que nous avonssuivipour ladouzièmesatire,depréférence àtouslesautres,qui cou- rurentjusqu’à cetteépoqueleplussouvent sans

nom

d’im- primeuretsanslieu.

Nous

avonsfaitprécéderl’oeuvresatiriquede Boileau de son discourssurlasatire,complément indispensable de cettepartiedesonoeuvre.

Aux

bibliophilesnousoffronsdonc aujourd’huilessa- tiresde Boileautellesq^i'ilnouslesadonnées lui-même, puisque notretexte estconforme àlaseule édition qu’ilait reconnue,à laseuleoùl’onpuisseliresonnom.

A

la fin du volume nous avons relégué quelqueséclaircissements quinous ont paruindispensables;ilssontenassezgrand

nombre

pourêtre utiles,ettrop courtspourêtreimpor- tuns. C’estdu moins notreespoir, et c’est ainsique tousles commentateurs doivent comprendreleurmission.

F.

DE Marescot.

Septembre1868.

DigitizedbyGoogle

(16)

PRÉFACE

DE l’Édition de 1701

OMME

c’est icivrai-semblablementladerniere Editionde

mes Ouvrages que

jereverrai,et qu’iln’ya pasd’apparence qu’âgé,

comme

jesuis,de plus de soixanteet troisans,etaccabléde

beaucoup

d’infirmités,

ma

course puisseestreencore fortlongue,lePublic trouvera

bon que

jeprenne congé deluidanslesformes,et

que

jeleremercie delabonté qu’ilaeue d’acheter tantdefoisdesouvragessipeu dignesde son admiration. Je ne sçaurois attribuer

un

si

heureux

succezqu’au soin

que

j’ayprisde

me

con- former toûjours àsessentimens,etd’attraper,autant qu’il

m’a

estépossible,son goùstentouteschoses.

C’est effectivement à

quoy

il

me

semble

que

lesEcri-

(17)

2

PRÉFACE

vainsne sçauroient trops’étudier.

U

n ouvrage a beau estre

approuvé

d'unpetit

nombre

de Connoisseurs,s’il n’estpleind’un certain

agrément

etd’un certainsel propre à piquerlegoust general des

Hommes,

ilne passerajamais

pour un bon

ouvrage,etilfaudraàla fin

que

lesConnoisseurs

eux-mesmes

avoUentqu’ils se sont

trompez en

luy

donnant

leurapprobation.

Que

si

on me demande

ce

que

c’est

que

cet

agrément

etcesel, jerépondray,

que

c’est

un

jene sçay

quoy

qu’on peut

beaucoup mieux

sentir

que

dire.

A mon

avisnean- moins,ilconsisteprincipalement à ne jamais présenter

au

Lecteur

que

despenséesvraiesetdes expressions justes.L’Esprit de

l’Homme

estnaturellement plein d’un

nombre

infinid’idéesconfuses

du

Vrai,

que

sou- ventiln’entrevoitqu’à

demi

;etrienneluiestplus agréable

que

lorsqu’onlui offrequelqu’une deces idées bienéclaircieetmise dans

un

beaujour. Qu’est-ce

qu’une

penséeneuve, brillante, extraordinaire?

Ce

n’estpoint,

comme

se lepersuadentlesIgnorans,

une

pensée

que

personne n’a jamais euë, ni

avoir.C’est

au

contraire

une

pensée qui a

venir à toutle

monde,

et

que

quelqu’uns’avise lepremier d’exprimer.

Un bon mot

n’est

bon mot

qu’en cequ’ildit

une

chose

que chacun

pensoit,etqu’il la ditd’une

maniéré

vive,fine etnouvelle.Considérons, par exemple,cetterépliqué sifameuse de Loüis

Douzième

àceux desesMinistres quiluiconseilloientdefairepunir plusieurs Personnes

DigitizedbyGoogle

(18)

DE l’Édition de 1701.

3 qui souslerègne precedent,et lorsqu’iln’estoitencore

que Duc

d’Orléans, avoientprisàtâchedeledesservir.

Un Roy

de

France,

leur répondit-il,ne

venge

pointles injures d'un

Duc d

Orléans.

D’où

vient

que

ce

mot

frappe d’abord?N’est-ilpasaiséde voir

que

c’estparce qu’ilprésente

aux yeux une

vérité

que

toutle

monde

sent, et qu’il dit

mieux que

touslesplus

beaux

discours de

Morale

,

Qu'un grand

Prince,lorsqu’ilest une fois surlethrône,ne doit plus agir

par

des

mouvemens

particuliers, ni avoir d’autre veuê que la gloireetle bien general de son

Estât? Veut-on

voir

au

contraire

combien une

pensée fausseest froide etpuerile?Jene sçauroisrapporter

un exemple

quilefasse

mieux

sentir,

que deux

vers

du

Poète

Théophile

dans sa Tragédie intitulée

Pyrâme

et

Thysbé

;lorsquecettemalheureuse

Amante

ayantramassélepoignard encore tout sanglant dont

Pyrâme

s’estoittué,ellequerelleainsice poi-

gnard

:

Ah

!voicilepoignardquidu sang desonMaistre S’est souillé lâchement.Ilen rougit,leTraître.

Toutes

lesglaces

du Nord ensemble

ne sont pas, à

mon

sens,plusfroides

que

cettepensée.Quelle extra- vagance,

bon Dieu

!de vouloir

que

larougeur

du

sang dontestteintlepoignardd’un

Homme

qui vient de s’entuerlui-mesme,soit

un

efietdelahonte qu’a ce

DigitizedbyGoogle

(19)

4 PRÉFACE

poignard del’avoirtué!Voici encore

une

penséequi n’estpas

moins

fausse,nipar conséquent

moins

froide.

Elleestde Benserade dansses

Métamorphoses

en ron- deaux, où, parlant

du Déluge

envoyéparles

Dieux pour

châtierl’insolence de

l’Homme,

ils’exprime ainsi:

Dieulava bien tatesteàsonImage.

Peut-on, à propos d’une aussi grande chose

que

le Déluge, dire rien de pluspetit nide plusridicule

que

ce quolibet, dontlapenséeestd’autantplus fausse

en

toutesmanières,

que

le

Dieu

dontils’agitenceten- droit, c’estJupiter,quin’ajamais passéchezles

Payens pour

avoirfait

l’Homme

à son

image

:

l’Homme,

dans laFable,estant,

comme

toutle

monde

sçait,l’ouvrage de Promethée.

Puis

donc

qu’une penséen’estbellequ’en cequ’elle estvraye,et

que

l’effetinfaillible

du

Vray,

quand

ilest bien énoncé,c’estde frapperles

Hommes

,ils’ensuit

que

cequine frappe pointles

Hommes

n’estnibeau nivray,

ou

qu’il est

mal

énoncé,et

que

parconséquent

un

ouvrage quin’estpoint goûté

du

Publicest

un

tres-méchant ouvrage.

Le

gros des

Hommes

peut bien, durant quelque temps, prendrelefaux

pour

levrai,et admirer de

méchantes

choses;

mais

iln’estpas possible qu’àlalongue

une bonne

choseneluiplaise;et jedef- fietousles

Auteurs

lesplus

mécontens du

Public,de

DigitizedbyGoogle

(20)

DE l’Édition de 1701.

5

me

citer

un bon

Livre

que

lePublicaitjamais rebutté:

à

moins

qu’ils

ne

mettenten ce rang leursécrits,dela bonté desquels

eux

seulssont persuadez. J’avoue

neanmoins,

et

on ne

lesçauroitnier,

que

quelquefois, lorsqued’excellensouvragesviennent à paroitre,la Caballeetl’Envietrouvent

moyen

delesrabbaisser,et d’enrendreen apparencelesuccezdouteux;

mais

cela ne dure guéres;etilenarrivedecesouvrages

comme

d’un

morceau

de bois qu’on enfoncedansl’eauavecla

main

:il

demeure au

fond tantqu’onl’yretient,

mais

bientost, la

main

venant àse lasser,ilsereleveet

gagne

ledessus.Je pourrois dire

un nombre

infinidepareilles choses sur cesujet,etceseroit lamatièred’un gros Livre;mais en voilà assez ce

me

semble,pour

marquer au

Public

ma

reconnoissance,et lahaute idée

que

j’ay de son goustetdesesjugemens.

Parlons

maintenant

de

mon

éditionnouvelle. C’est laplus correctequiaitencore paru;et

non

seulement jel’ayrevûë avec

beaucoup

desoin,maisj’yay retou- chéde

nouveau

plusieurs endroitsde

mes

ouvrages.

Car

jenesuispointdeces

Auteurs

fuianslapeine,qui nesecroientplus obligezde rien

raccommoder

àleurs écrits,désqu’ils lesont

une

fois

donnés au

Public.Ils allèguent,

pour

excuser leurparesse,qu’ilsauroient

peur

enlestropremaniant delesaffoiblir,etde leur ostercet airlibreetfacilequifait,disent-ils,

un

des plusgrands

charmes du

discours:

mais

leurexcuse, à

DigitizedbyGoogle

(21)

6

PRÉFACE

mon

avis, esttrès-mauvaise.

Ce

sontlesouvragesfaitsà lahâte,et,

comme on

dit,

au

courant delaplume, qui sont ordinairementsecs,durset forcés.

Un

ouvrage ne doitpoint paroistre troptravaillé,maisilne sçauroit estretroptravaillé;et c’estsouventletravail

mesme

qui enlepolissantluy

donne

cette facilitétantvantée qui

charme

leLecteur.Il

y

a bien deladifférenceentre des versfaciles etdes vers facilementfaits.Les Ecrits de Virgile,quoiqu’extraordinairementtravaillez, sont bien plus naturels

que

ceux de Lucain,quiécrivoit, dit-on, avec

une

rapidité prodigieuse.C’estordinaire-

ment

lapeine

que

s’est

donnée un Auteur

à limeretà perfectionnerses Ecrits,quifait

que

leLecteurn’a point de peine enles lisant.Voiture,qui paroitsiaisé, travailloit

extrêmement

sesouvrages.

On

ne voit

que

des gens qui font aisément des choses médiocres;

mais

desgens quienfassent,

mesme

difficilement,defort bonnes,

on

en trouvetres-peu.

Jen’ay

donc

pointderegretd’avoirencore

employé

quelques-unes de

mes

veillesàrectifier

mes

Ecrits dans cette nouvelleEdition

,quiest, pour ainsi dire

,

mon

Edition favorite.Aussi yai-je

mis mon nom, que

jem’estoisabstenu de mettre àtouteslesau- tres.J’enavoisainsiuséparpure modestie:mais au- jourd’hui

que mes

ouvrages sont entreles

mains

de toutle

monde,

il

m'a

paru

que

cettemodestie pouroit avoirquelque chosed’affecté.D’ailleursj’aiestébien

DigitizedbyGoogle

(22)

DE l’Édition de 1701.

7 aise,

en

lemettant àlatestede

mon

Livre,defaire voirparlàquelssontprécisémentlesouvrages

que

j’avoüe,etd’arrester,s’ilestpossible,lecoursd’un

nombre

infinide

méchantes

piècesqu’onrépand par tout sous

mon nom,

etprincipalement danslesProvinceset danslesPaïs étrangers. J’ay

mesme, pour mieux

pré- venircetinconvénient,faitmettre

au commencement

de ce

volume une

listeexacteetdétailléede tous

mes

Ecrits, et

on

latrouvera

immédiatement

aprèscette Préface.Voila

dequoy

ilest

bon que

leLecteursoit instruit.

Il

ne

resteplus présentement qu’à luydirequels sontlesouvragesdontj’ay

augmenté

cevolume.

Le

plus considérableest

une onzième

Satire

que

j’aytout

récemment

composée,etqu’on trouvera àlasuitedes dix precedentes. Elleestadresséeà

Monsieur

de

Va-

lincour,

mon

illustreAssocié àl’Histoire.J’ytraite

du

vrayet

du

faux

Honneur,

et je l’ay

composée

avecle

mesme

soin

que

tous

mes

autresEcrits.Jene sçaurois pourtant diresielle est

bonne ou mauvaise

;carjene l’ayencore

communiquée

qu’à

deux ou

troisde

mes Amis,

à qui

mesme

jen’ayfait

que

lareciterfortvite, danslapeurqu’ilne luyarrivastcequiestarrivéà quelques autres de

mes

pièces,

que

j’ay

devenir

pu-

bliques avant

mesme que

je leseussemises surlepa- pier,plusieurs personnes, à quijelesavoisditesplus d’unefois,lesayant retenues par cœur,etenayant

DigitizedbyGoogle

(23)

8

PRÉFACK

donné

descopies.C’est

donc au

Publicà

m’apprendre

ce

que

jedois penserdecetouvrage,ainsi

que

de plu- sieursautrespetitespiècesdePoésiequ’on trouvera danscettenouvelle Edition,etqu’on

y

amêlées

parmy

les

Epigrammes

qui

y

estoientdéjà.

Ce

sont toutesba- gatelles

que

j’aylaplûpart

composées

dans

ma

première jeunesse;

mais que

j’ay

un peu

rajustées

pour

lesrendre plussupportables

au

Lecteur.J’y aifaitaussi ajoûter

deux

nouvelles Lettres, l’une

que

j’écrisà

M.

Perrault, et

jebadine avecluisur nostre

démêlé

Poétique, presqueaussi-tost éteintqu’allumé. L’autreest

un Re- merciment

à

Monsieur

le

Comte

d’Ericeyra,

au

sujet delaTraduction de

mon

Art Poétique,faitepar luy

en

versPortugais,qu’ilaeulabonté de

m’envoyer

de Lisbonne, avec

une

Lettreetdes versFrançois desa composition,

il

me donne

des loüangestres-delicates, etausquellesilne

manque que

d’estreappliquées à

un

meilleursujet.J’auroisbienvoulu m’acquitter dela parole

que

jeluy donne, àla finde ce

Remercîment,

de faire

imprimer

cetteexcellentetraductionàlasuitede

mes

Poésies;mais

malheureusement un

de

mes Amis

à quijel’avoisprestée

m’en

aégarélepremier Chant,et j’ayeula

mauvaise

honte de n’oserr’écrireà

Lisbonne pour

en avoir

une

autre copie.

Ce

sontlà àpeu prés tous lesouvrages de

ma

façon,bons

ou méchans,

dont

on

trouvera icy

mon

Livre

augmenté. Mais une

chose qui sera

seurement

agréableau Public,c’est leprésent

que

uiyiiizodbyGoogle

(24)

DE l’Édition de 1701.

9 jeluyfaisdans ce

mesme

Livre,delaLettre

que

lecélé- bré

MonsieurArnauld

aécriteà

Monsieur

P** à propos de

ma

dixiémeSatire, etoù,

comme

jel’ayditdans l’Epitre à

mes

vers,ilfaitenquelquesorte

mon

apologie.J’ay

mis

cetteLettreladernierede toutle

V

olume,afinqu’on latrouvast plusaisément.Jene doute point

que

beau-

coup

de

Gens

ne m’accusent de témérité, d’avoir osé associerà

mes

écritsl’ouvraged’unsiexcellent

Homme,

etj’avoüe

que

leuraccusationestbien fondée.

Mais

le

moyen

derésisteràlatentationde

montrer

à toutela Terre,

comme

je le

montre

eneffetpar l’impression de cetteLettre,

que

ce

grand Personnage me

faisoitl’hon- neur de m’estimeretavoitlabonté

meas

esse aliquid

putare

nugas.

Au

reste,

comme

malgré

une

apologiesiauthentique etmalgréles

bonnes

raisons

que

j’ayvingtfoisallé- guéesen verseten prôse,il

y

a encore desgens qui traitentde médisanceslesrailleries

que

j’ay faitesde quantitéd’

Auteurs

modernes,etqui publient qu’en attaquantlesdéfautsdecesAuteurs,jen’ay pas

rendu

justiceà leursbonnes qualitez;je

veux

bien,

pour

les convaincre

du

contraire,repeterencoreiciles

mêmes

paroles

que

j’aiditessur celadanslaPréfacede

mes deux

Editions précédentes. Lesvoici:Il estbon quele Lecteursoitaverty d'une chose:c’estqu’enattaquant dans

mes ouvrages

lesdefauts de plusieurs Ecrivains

2

(25)

lO

PRÉFACE

de

HostreSiecle,

je

tiay

pas prétendu pour

cela ester

à

cesEcrivainsleméritéetlesbonnes qualité^qu’ils peuventavoird'ailleurs.

Je

n’ay

pas

prétendu,dis-je, nierque Chappelain,

par

exemple, quoique

Poète

fort dur,n’aitfait autrefois, je ne

sqqy comment,

uneasse:(

belleOde-, et qu'iln'yait

beaucoup

esprit

dans

lesou-

vrages

de

Monsieur

Quinaut, quoiquesiéloigné de la perfectionde Virgile.

Tajoûteray mesme

sur ce der- nier,que

dans

le

temps

oùj’écriviscontre luy,

nous

estionstous

deux

fort jeunes,et qu'iln’avoit

pas

fait alors

beaucoup d ouvrages

quiluiont

dans

lasuite acquis

une

juste réputation.

Je veux

bien aussi

avoüer

qu'il

y a du

genie

dans

les écritsde

Saint-Amand, de

Brebeuf, de Scuderi,

de

Cotin

mesme,

etde plusieurs autres

quej'ay

critique^.

En un

mot,avec la

mesme

sincéritéque

j'ay

railléde cequ’ilsont

de

blâmable,

je

suisprestà convenir

de

cequ’ilspeuventavoir d'excellent. Voilà, ce

mesemble,

leurrendrejustice, et faire bien voir

que

cen’estpoint

un

espritd'envieet

de médisance

qui

m’a

fait écrire contre eux.

Après

cela, si

on

m’accuse encorede médisance,je nesçaipointde Lecteur qui n’en doiveestreaccusé;

puisqu’iln’y en apointqui

ne

diselibrement son avis desécritsqu’onfaitimprimer,etquinesecroyeen plein droitdele faire

du

consentement

mesme

deceux quilesmettent

au

jour.

En

effet,qu’est-ce

que

mettre

(26)

DE l’Édition de 1701.

Il

un ouvrage au

jour? N’est-cepas

en

quelque sorte dire

au

Public:

Jugez-moi? Pourquoi donc

trouver

mau-

vaisqu’onnous juge?

Mais

j’ai

mis

toutce raisonne-

ment

en

rime dans ma neuvième

Satire, etilsuffitd’y renvoyer

mes

Censeurs.

DigitizedbyGoogle

(27)

DISCOURS

SUR

LA SATIRE

Idonnailapremièrefois

mes

Satires

>lic,jem’estoisbienpréparé

au

tu-

que

l’impressionde

mon

Livre a excité surle Parnasse.Je sçavois

que

la nationdes Poètes,etsurtout des

mauvais

Poètes,est

une

nation farouche qui prendfeuaisément,et

que

cesEsprits avidesde loüanges

ne

digereroient pas facilement

une

raillerie,

quelque douce

qu’ellepustestre.Aussi ose- rai'jedire,à

mon

avantage,

que

j’airegardéavec des

yeux

assezStoïquesleslibellesdiffamatoiresqu’on a

DigitizedbyGoogle

(28)

14

DISCOURS

publiez contre moi.

Quelques

calomniesdont

on

ait voulu

me

noircir,quelques £sux bruits qu’onait

semez

de

ma

personne,j’ai

pardonné

sans peine cespetites vengeances

au

déplaisird’un

Auteur

irrité, qui se voyoit attaquéparl’endroit leplus sensibled’un Poète, je

veux

direparsesouvrages.

Mais

j’avouè

que

j’aiesté

un peu

surpris

du

chagrin bizarrede certains Lecteurs, qui,

au

lieudesedivertir d’une querelle

du

Parnasse dontilspouvoientestre spectateursindifferens,ont

mieux aimé

prendre parti et s’affligeraveclesRidicules

que

deseréjoüir avec leshonnestes gens.C’est

pour

lesconsoler

que

j’ay

composé ma neuvième

Satire,

jepense avoir

montré

assezclairement que, sans blesserl’Etatni sacon- science,

on

peut trouverde

méchans

vers

méchans,

et s’ennuyerde plein droit àlalectured’unsotLivre.

Mais

puisquecesMessieurs ont parlé delaliberté

que

je

me

suis

donnée

de

nommer, comme

d’unattentat inoUietsansexemple,et

que

des exemples ne se peu- vent pas mettreen rimes,ilest

bon

d’en direici

un

mot,

pour

lesinstruired’une chose qu’eux seuls veu- lentignorer,etleurfairevoirqu’en

comparaison

de tous

mes

ConfrèreslesSatiriquesj’aiesté

un

Poëte fortretenu.

Et pour commencer

par Lucilius, inventeur

de

laSa- tire,quelleliberté

ou

plûtost quelle licence

ne

s’est- ilpoint

donnée

dânssesouvrages?

Ce

n’estoitpas

DigitizedbyGoogle

(29)

SUR LA

SATIRE. l5 seulement des PoëtesetdesAuteursqu’ilattaquoit, c’estoitdesgensdelapremière qualitéde

Rome

c’es- toitdes personnes Consulaires.

Cependant

Scipionet Leliusne jugèrent pas ce Poète, tout déterminé

Rieur

qu’il estoit,indignede leur amitié;etvrai-semblable- ment, danslesoccasions,ilsne luy refusèrent pas leurs conseilssursesécrits,

non

plus qu’à Terence.Ilsne s’avisèrentpointde prendrelePartide

Lupus

etde Metellus,qu’ilavoitjoüezdansses Satires;etils

ne

crûrent paslui

donner

rien

du

leurenlui

abandon-

nant touslesRidiculesdelaRepublique.

Num

Lcelius,etqui Duxit aboppressameritum Carthagine nomen, IngeniooffensiautIcesodoluêre Metello, Famosisve Lupocooperto versibus?

En

effet,Lucilius n’épargnoitni petits nigrands,et souvent des

Nobles

etdes Patriciensildescendoitjus- qu’àla lie

du

peuple:

Primorespopuli arripuit,populumquetributim.

On me

dira

que

Luciliusvivoitdans

une

Republique,

ces sortesdelibertezpeuventestrepermises.

Voyons

donc

Horace, qui vivoit sous

un Empereur,

dansles

commencemens

d’une Monarchie,

ilestbien plus

dangereux

derirequ’en

un

autre temps.

Qui ne nom-

me-t-ilpoint danssesSatires?et

Fabius

le

grand

eau-

(30)

l6

DISCOURS

seur, etTigelliuslefantasque,etNasidienusle ridicule, et

Nomentanus

ledébauché,ettoutce qui vientau bout desa

plume. On me

répondra

que

cesontdes

noms

supposez.

Oh

labelleréponse!

comme

siceuxqu’il attaquen’estoient pasdes gens

connus

d’ailleurs;

comme

sil’onne sçavoit pas

que Fabius

estoit

un Che-

valier

Romain

qui avoit

composé un

Livre de Droit;

que

Tigelliusfuten son

temps un Musicien

chérid’Au- guste;

que

Nasidienus

Rufus

estoit

un

ridiculecélébré dans

Rome; que

Cassius

Nomentanus

estoit

un

des plus

fameux débauchez

del’Italie.Certainementilfaut

que

ceux qui parlent delasorten’ayentpasfortlûles Anciens,etne soient pasfortinstruitsdesaffairesde la

Cour

d’Auguste.

Horace

nesecontente pas d’appeller lesgens par leur

nom

;ilasipeur qu'on

ne

les

mécon-

noisse, qu’ila soinde rapporter jusqu’à leur

surnom,

jusqu’aumétierqu’ils faisoient,jusqu’aux chargesqu’ils avoient exercées.

Voyez,

par exemple,

comme

ilparle d’AufidiusLuscus, Prêteur de

Fondi

:

FundosAufidioLuscoPratorelibenter Linquimus, insani ridentes prcemia Scribx, Praetextam,

&

latum clavum, Sc,

Nous abandonnâmes,

dit-il,avec

joye

le

bourg de

Fondi, dontestoitPrêteur

un

certainAujidiusLuscus;

mais

cene

fut pas

sansavoir bienridelafolie de ce Prêteur,

auparavant Commis,

qui faisoitle

Sénateur

Digitizcdby

GoogI

(31)

SUR LA

SATIRE. >7 et

l’Homme

dequalité.

Peut-on

désigner

un homme

plus précisément,etlescirconstancesseulesnesuffi- soient-ellespaspourle fairereconnoistre?

On me

dira peut-estre qu’Aufidiusestoit

mort

alors;

mais Horace

parlelàd’un

voyage

faitdepuis peu.Et puis

comment mes

Censeurs répondront-ils àcetautrepassage?

TurgidusAlpinusjugulât

dum

Memnona, dumque DiffingitRheniluteum caput, hcecegoludo.

Pendant,ditHorace,que ce

Poète

enflé cCAlpinus

égorge Memnon dans

son

Poème

ets'embourbe

dans

ladescription

du

Rhin,

je me joué

en ces Satires. Al-

pinus

vivoit

donc du temps qu’Horace

sejoüoiten ces Satires

,etsi

Alpinus

encetendroitest

un nom

sup- posé,l’Auteur

du Poëme

de

Memnon

pouvoit-ils’y méconnoistre?Horace,dira-t-on,vivoitsouslerégné

du

pluspolide tousles

Empereurs

:

mais

vivons-nous sous

un

régné

moins

poli?

Et

veut-on

qu’un

prince qui a tant de qualitez

communes

avec

Auguste

soit

moins

dégoûté

que

luides

méchans

livresetplusrigoureux enversceux quilesblâment?

Examinons

pourtant Perse, quiécrivoitsouslerégné de

Néron.

Ilneraillepas

simplement

lesouvrages des Poètesde sontemps,ilattaquelesvers de

Néron même. Car

enfintoutle

monde

sçait,ettoutela

Cour

de

Néron

lesçavoit,

que

cesquatrevers,

Torva Mi-

malloneis,etc.,

dont

Persefait

une

railleriesi

amere

)

DigiiizedbyGoogle

(32)

i8

DISCOURS.

dans sa premièreSatire,estoientdes versde

Néron.

Cependant on ne remarque

point

que Néron,

tout

Né-

ronqu’il estait, ait fait

punir

Perse,etce

Tyran, enne- mi

delaraison,et

amoureux, comme on

s^ait,deses ouvrages,futassezgalant

homme pour

entendrerail- leriesurses vers, etne crût pas

que

l’Empereur encette occasiondeustprendreles interests

du

Poëte

.

Pour

Juvenal, qui âorissoit sous

Trajan,ilestunpeu

plus respectueux enverslesgrands Seigneurs de son siecle. Ilsecontentede répandre l’amertume desesSa- tiressur ceux

du

régné précèdent;

mais

àl’égarddes Auteurs,ilnelesva point chercher hors de sonsiecle.

A

peineest-ilentré

en

matière,

que

levoilàen

mau-

vaise

humeur

contretouslesEcrivainsde son temps.

Demandez

àJuvenal cequil’obligedeprendre la

plume.

C’estqu’il est lasd’entendreet laThe:{éidede Codrus,etl’Orestede celui-cy,etleTelephe decet autre,ettouslesPoètesenfin,

comme

ildit ailleurs, quirécitaientleurs vers

au mois

d’Aoust,et

Augusto

recitantes

mense

Poëtas.

Tant

ilestvrai

que

ledroit de

blâmer

les

Auteurs

est

un

droitancien, passéen coû-

tume parmi

touslesSatiriques,et souffertdans tousles siècles.

Que

s’ilfaut venir des anciens

aux modernes

,

Regnier, quiestpresque notre seul Poëte Satirique, a estévéritablement

un peu

plusdiscret

que

lesautres.

Cela

n’empêche

pas

neanmoins

qu’ilne parle hardi-

ment

deGallet,ce célébré joüeur, quiassignaitses

..J3igi:ue£U2y.Qpogle

(33)

SUR LA SATIRE.

>9 créanciers sur septetquatorze;et

du

sieurde Provins, qui avait

changé

son

balandran

en

manteau

court;et

du

Cousin, qui abandonnait sa

maison

de

peur

dela reparer-,etde Pierre

du

Puis,etde plusieursautres.

Que

répondront à cela

mes Censeurs? Pour peu

qu’onlespresse,ilschasseront

de

la

Republique

des lettrestouslesPoètes Satiriques,

comme

autantde per- turbateurs

du

repos public.

Mais que

diront-ilsde Vir- gile, lesage,lediscretVirgile,qui, dans

une Eglogue où

iln’estpas question deSatire,tourned’un seul vers

deux

Poètesde son

temps

enridicule ?

QuiBavium nonodit,amettuacarmina, Mcevi,

dit

un

Berger satiriquedanscetteEglogue.

Et

qu’on

ne me

disepoint

que Bavius

et

Mævius

encetendroit sont des

noms

supposez,puisque ceseroit

donner un

trop cruel

démenti au

docte Servius, qui assurepositi-

vement

lecontraire.

En un

mot, qu’ordonneront

mes

Censeurs de Catulle, de Martialet de touslesPoètes del’antiquité,qui n’enont pas usé avec plusde discré- tion

que

Virgile?

Que

penseront-ilsde Voiture, qui n’a pointfaitconscience derire

aux

dépens

du

célébré

Neuf-Germain,

quoi-qu’également

recommandable

par l’antiquitédesa barbe etpar la nouveautédesa Poésie?

Le

banniront-ils

du

Parnasse,luiettousles Poètes del’antiquité,

pour

établir laseureté des Sots etdesRidicules?Si celaest, je

me

consolerai aisément

DigitizedbyGoogle

(34)

20 DISCOURS SUR LA

SATIRE.

de

mon

exil;il

y

aura

du

plaisiràestrereléguéensi

bonne

compagnie. Raillerie àpart,cesMessieurs veu- lent-ils estreplus sages

que

ScipionetLelius, plus dé- licatsqu’Auguste, plus cruels

que Néron

?

Mais eux

qui sontsi rigoureux enverslesCritiques,d’où vientcette clé-

mence

qu’ilsaffectent

pour

les

méchans

Auteurs? Je voi bien ce quilesafflige:ilsne veulent pasestredé- trompez.11leur fâche d’avoir

admiré

serieusement des ouvrages

que mes

Satiresexposent àlariséede toutle

monde,

etdesevoir

condamnez

à oublier,dans leur vieillesse,ces

mesmes

versqu’ilsont autrefois appris par

cœur comme

deschefs-d’œuvresdel'art. Jeles plains sans doute;

mais

quel

remede?

Faudra-t-il,

pour s’accommoder

à leur goûtparticulier,renoncer

au

sens

commun

? Faudra-t-ilapplaudir indifféremment à touteslesimpertinences

qu’un

Ridicule aura répan- duës surlepapier?et

au

lieuqu’en certains païs

on condamnoit

les

méchans

Poètes àeffacerleursécrits aveclalangue,leslivresdeviendront-ils désormais

un

azyleinviolable,

touteslessottisesauront droit de bourgeoisie,

l’onn’oseratoucher sans profanation?

J’aurois bien d’autres chosesà diresur cesujet;

mais comme

j’aidéjàtraitédecettematièredans

ma

neu-

vième

satire,ilest

bon

d’yrenvoyerleLecteur.

DigitizedbyGooglc

(35)

DISCOURS

AU ROY

Jeuneet vaillantHéros dontlahaute sagesse N’est pointlefruit tardif d’une lente vieillesse,

Et

quiseul,sans Ministre, à l’exemple desDieux, Soutienstoutpar Toi-même,etvois toutpar Tes

yeux.

Grand

Roi,sijusqu’ici,par untraitde prudence.

J’aidemeuré pour

Toy

dansunhumblesilence.

Ce

n’estpas que

mon cœur

vainementsuspendu BalancepourT’offrirun encens quiT’est

;

Mais

jesçaipeulouer, et

ma Muse

tremblante Fuit

£un

si

grand

fardeaulachargetrop pesante,

(36)

22

DISCOURS AU

ROY.

Et,danscehautéclatoù

Tu Te

viens offrir, Touchant à Teslauriers,craindraitdeles flétrir.

.Ainsi,sansm’aveugler d'unevainemanie, Je mesure

mon

volà

mon

faiblegenie:

Plus sage en

mon

respectqueceshardisMortels Quid’unindigne encens profdnent Tes Autels;

Qui,dansce

champ

d'honneur,oùlegainlesameine, Osent chanter

Ton nom

sans forceetsanshaleine;

Et

qui vonttous les jours,d’uneimportunevoix.

T’ennuyer durécitdetespropresexploits.

L’Un, enstile

pompeux

habillantun Eglogue,

De

sesrares vertus

Te

faitun long prologue.

Et

mesle, en sevantantsoi-mesme àtoutpropos.

Les loüangesd’unFat àcellesd’unHéros.

L’autre,envainse lassantàpolirunerime,

Et

reprenant vingtfois le rabot et la lime.

Grand

etnouveleffortd’unespritsans pareil!

Dans

la fin d’unSonnettecompare auSoleil.

Sur

lehaut Helicon leurveineméprisée Futtoûjoursdes neuf Soeurslafâbleet larisée;

Calliopejamais ne daignaleurparler.

Et

Pegâse pour

eux

refusedevoler.

Cependant àlesvoir, enflésdetantd'audace,

Te

promettre enleur

nom

lesfaveurs du Parnasse,

On

diroit qu'ils ont seuls Foreille d'Apollon, Qu’ilsdisposentdetoutdanslesacréVallon.

C’estàleursdoctesmains,si l’onveut lesencroire,

Que

Phebus a

commis

tout le soinde

Ta

gloire;

DigitizedbyGoogle

(37)

DISCOURS AU ROY.

23

Et Ton

nom,du

Midi

jusqu'àl'Ourse vanté,

Ne

devraqu'à leurs verssonimmortalité.

Mais

plûtost,sansce

nom

dontlavivelumière

Donne

unlustreéclatantàleur veine grossière.

Ils verroient leurs écrits,hontedel'Univers, Pourir danslapoussière àlamercides vers.

A

l'ombrede

Ton nom

ilstrouvent leur a\ile,

Comme

onvoitdansles

champs

un arbrisseaudebile Qui,sans l'heureuxappui quiletient attaché, Languiroittristementsurlaterre couché.

Ce

n'estpas que

ma

plume,injuste ettemeraire, Veuilleblâmer en

eux

ledesseinde

Te

plaire;

Et parmi

tant d'Auteurs,je veuxbien Tavoüer, Apollon enconnoistqui

Te

peuventlouer.

Oui,jesçai, qu'entre

Ceux

quit’adressentleurs veilles.

Parmi

lesPelletiersonconte des Corneilles.

Mais

je ne puissouffrirqu’un Espritdetravers Qui,pour rimer des mots, pense faire desvers,

Se

donne entelouantune gesneinutile.

Pour

chanterun Auguste,ilfautestreunVirgile;

Et

j’approuveles soinsdu

Monarque

guerrier*

Qui

nepouvoitsouffrirqu’unArtisan grossier Entrepristdetracerd'une maincriminelle

Un

portraitréservépourlepinceaud'Apelle.

Moy

donc qui cannois peu Phebusetsesdouceurs.

Qui

suisnouveau sevré surlemont des neuf

Sœurs

,

I.Alexandre.

(38)

24 DISCOURS AU ROY.

Attendantque pour

Toy

l'dge ait

mûri ma Muse, Sur

de moindressujetsjel’exerce etl’amuse;

Et

tandisque

Ton

bras,despeuplesredouté.

Va,lafoudre àlamain,rétablir l'équité.

Et

retient les

Médians

parlapeur dessupplices,

Moy,

la

plume

àlamain, je

gourmande

les vices.

Et, gardantpour

moi-mesme

unejusterigueur.

Jeconfieau papierles secretsde

mon

cœur.

Ainsi,désqu’une/ois

ma

vervese réveille,

Comme

onvoitau printempsla diligente Abeille

Qui

dubutindes fleursva composerson miel,

Des

sottisesdu temps je compose

mon

fiel.

Jevaisdetoutespartsoù

me

guide

ma

veine.

Sanstenirenmarchant une routecertaine.

Et,sans gesner

ma plume

ence libre métier.

Jela laisseau hajard courir surlepapier.

Le mal

estqu’enrimant,

ma Muse

unpeulegere

Nomme

toutparson

nom

etnesçauroit rien taire.

C’est làcequifaitpeur

aux

Esprits decetemps.

Qui,toutblancsaudehors, sont tout noirsaudedans.

Ilstremblentqu’un Censeur,quesaverveencourage.

Ne

vienneenses écritsdémasquerleur visage, Et,fouillantdansleurs

mœurs

entoute liberté, N’ailledu

fond

du Puitstirer la vérité.

Touscesgens,éperdusauseul

nom

desatire.

Font d’abordleproce^ à quiconqueose rire.

Ce

sont

eux

que tonvoit,d’un discours insensé, Publier dans Paris quetout est renversé.

(39)

DISCOURS AU

ROY. 25

Au

moindrebruitquicourtqu’unAuteurlesmenace

De

jouer des Bigotslatrompeuse grimace.

Pour

eux untelouvrageestun monstre odieux;

C’est offenser les loix, c’est s’attaquer

aux deux

;

Mais,bienqued’un

faux

qeleilsmasquentleur faiblesse, Chacunvoitqu’eneffet laVérité les blesse.

Envain d’unlâcheorgueilleur esprit revêtu Se couvre du manteaud’uneausterevertu;

Leur cœur,qui se connoist etquifuit la lumière, S’ilsemocque de Dieu,craint Tartuffe etMolière.

Mais

pourquoy surcepoint sansraison

m

’écarter?

Grand Roi,

c’est

mon

defaut,je nesçaurois flatter.

Je nesçaipointauCielplacerunRidicule, D’un

Nain

faire unAtlas,ou d’unLâche un Hercule, Et, sanscesseenesclaveàla suitte desGrands,

A

des

Dieux

sans vertu prodiguer

mon

encens.

On

ne

me

verra point d’uneveineforcée,

Mesmes

pour

Te

louer,déguiser

ma

pensée: Et,quelque

grand

quesoit

Ton

pouvoirsouverain,

Simon cœur

encesversne parloitpar

ma

main, Il n’estespoirdebiens,ni raison, ni

maxime.

Qui pût en

Ta

faveur m’arracher une rime.

Mais

lorsqueje

Te

voi,d’unesinobleardeur.

T’appliquer sansrelâche

aux

soinsde

Ta

grandeur.

Faire honte àcesRois queletravail étonne.

Et

qui sontaccableqdu faix deleurCouronne;

Quand

jevoi

Ta

sagesse,ensesjustes projets, D’une heureuse abondanceenrichirTessujets,

4

DigilizedbyGoogle

(40)

26

DISCOURS AU ROY.

Fouler

aux

piedsVorgueiletdu

Tage

etduTibre,

Nous

faire dela

mer

une

campagne

libre,

Et

Tes braves Guerriers, secondant

Ton

grand cœur, Rendre àl'Aigleéperdu sapremière vigueur;

La

France sousTesloix maistriser laFortune,

Et

nos vaisseaux, domtant lunetl’autreNeptune,

Nous

allerchercherl'or,malgrél'onde et le vent.

Aux

lieuxoùle Soleil le

forme

enselevant; Alors,sans consulter siPhebus Venavoué'.

Ma Muse

touteen feu

me

prévient et

Te

loué.

Mais

bien-tost laRaison, arrivantausecours, Vientd’un sibeauprojetinterromprelecours.

Et me

fait concevoir,quelqueardeur qui m’emporte.

Que

jen’aini le ton, ni lavoixasseq forte.

Aussi-tostjem’effraye, et

mon

esprittroublé Laisselàlefardeau dontilestaccablé;

Et, sans passer plusloin, finissant

mon

ouvrage.

Comme

unPiloteen

mer

qu’épouvantel'orage.

Dés

quelebordparoist,sanssonger oü jesuis.

Je

me

sauve àlanage,etj’abordeoù jepuis.

(41)

SATIRE

I

Danton,cegrand Auteur dontla

Muse

fertile

Amusa

silong-tempsetlaCouretla Ville,

Mais

qui, n’estantvêtuque de simplebureau,

.

Passerétésanslinge et l'hyversansmanteau,

Et

dequi lecorpssec et lamine affamée N’ensontpas

mieux

refaitspourtantderenommée;

Las de perdreenrimantetsa peineetson bien, D’emprunter entouslieux etdene

gagner

rien, Sanshabit,sansargent,ne sçachant plusquefaire,

Vientdes’enfuirchargé desa seulemisere

,

Et,bien loindesSergens,desClercsetduPalais,

Va

chercher un reposqu’ilne trouvajamais

,

Sansattendrequ’icylaJusticeennemie

V

enferme en un cachetlerestedesa vie.

DigitizedbyCoogle

(42)

28

SATIRE

I.

Ou

que d'unbonnet vert le salutaire affront Flétrisse leslauriersquiluy couvrentlefront.

Mais

lejourqu’ilpartit,plusdéfait etplusblême

Que

n’estun Pénitent surla find’unCarême,

La

coleredansl’ame, et lefeu dansles

yeux.

Ildistilasarage ences tristesadieux:

Puisqu’enceLieu jadis

aux Muses

si

commode Le

méritéetl’espritnesontplus àlamode.

Qu’unPoè'te,dit-il,s'y voitmaudit de Dieu,

Et

qu’ici laVertun’aplusnifeuni lieu;

Allons du moins chercher quelque antreou quelque roche D’oùjamaisniPHuissierni leSergentn’approche,

Et

sanslasserleCielpar des

vœux

impuissans, Mettons-nous àl'abrides injuresdu temps;

Tandisque, libreencormalgréles destinées,

Mon

corpsn'estpointcourbé souslefaixdes années, Qu'on nevoitpointmes pas sousl'âgechanceler,

Et

qu'ilresteàlaParque encor dequoyfiler.

C’est làdans

mon

malheurleseul conseilàsuivre.

Que

Georgeviveici,puisqueGeorge

y

sçait vivre, Qu’unmillioncomptant,parsesfourbesacquis.

De

Clerc,jadisLaquais, afait

Comte

etMarquis.

Que

Jaquinviveici,dont l’adressefuneste

A

plus causé de

maux

quelaguerreet lapeste, Qui desesrevenusécritspar alphabet Peut fournir aisément un Calepin complet.

Qu’ilrégné dansces lieux,iladroitdes'y plaire.

Mais

moi,vivreà ParislEh, qu’y voudrais je faire?

DigitizedbyGoogle

(43)

SATIRE

I. 29 Je ne sçaynitromper,ni feindre, nimentir,

Et

quand jelepourois,jen’ypuisconsentir.

Je nescaipointenlâcheessuyerlesoutrages D’un Faquin orgueilleux qui voustientàsesgages,

De mes

Sonnetsflatteurs lasser tout l'univers,

Et

vendre au plusoffrant

mon

encensetmesvers.

Pour

unsibasemploy

ma Muse

esttrop altiere.

Jesuis rustique et fier, et j’ai

lame

grossière.

Je ne puisrien

nommer,

sice n’estpar son nom.

J’appelleun chat unchat, etRoletun frippon.

De

servirunAmant, je n’enay pasl’adresse.

J

ignore ce

grand

artqui

gagne

unemaîtresse,

E

tjesuisàParis,triste,pauvreetreclus.

Ainsi qu’un corps sans

ame

ou devenuperclus.

Mais

pourquoi,dira-t-on, cettevertusauvage, Qui court àl’hospital et n’estplus en usage ?

La

richessepermet unejuste flerté,

Mais

ilfautestresoupleavecla pauvreté.

C'estparlàqu’unAuteur,quepresse l’indigence.

Peutdes astresmalins corrigerl’influence.

Et

queleSortburlesque,ence siecledefer.

D’un Pédant, quandilveut, sçaitfaire un

Duc

etPair.

AinsidelaVertulaFortunesejoue.

Tel aujourd’hui triomphe au plus haut desaroué’.

Qu’onverroit,de couleurs bizarrementorné.

ConduirelecarrosseoitVonlevoit traîné.

Sidanslésdroitsdu Roi safunestescience

Par deux

outroisavis n’eustravagélaFrance.

DigitizedbyGoogle

(44)

3o

SATIRE

Je sçay qu’unjuste effrqy l’éloignantdeces lieux, L’afaitpour quelques moisdisparoistreànos

yeux

:

Mais

enyainpour un temps une taxel’exile:

On

leverrabien-tost

pompeux

encetteville,

Marcher

encorchargé desdépouillesd’autruy.

Et

jouirduCiel

mesme

irritécontre luy, Tandis queColletet,crottéjusqu’àl’échine, S’enva chercher son pain decuisineencuisine; Sçavant ence métier, sicher

aux

beauxEsprits, Dont

Monmaur

autrefois jitleçondansParis.

Il estvray quedu

Roy

labontésecourable Jette enfinsurla

Muse

unregardfavorable, Et, réparant dusortl’aveuglementfatal.

Va

tirerdésormaisPhebus del’hospital.

On

doittout espererd’un

Monarque

sijuste.

Mais

sans unMecenas, à quoysertunAuguste?

Et

fait

comme

jesuis,ausiecled’aujourd’huy, Qui voudras’abaisserà

me

servird’appuy ?

Et

puis,

comment

percercettefouleeffroyable

De

Rimeurs affameq dontlenombrel'accable;

Qui,désquesamains'ouvre,

y

courentlespremiers,

Et

ravissentunbienqu’on devait

aux

derniers.

Comme

onvoit les Frelons,troupelâche et stérile.

Allerpillerlemielquel’Abeille distile?

Cessonsdoncd’aspireràceprixtantvanté.

Que

donnelafaveur àl’importunité.

Saint-Amandn’eutducielquesa veineen partage.

L'habit qu’il eutsur luyfutson seulhéritage;

DigiiizedbyGoogle

(45)

SATIRE

I.

Un

litet

deux

placetscomposaienttoutson bien, Ou,pour en

mieux

parler,Saint-Amandn'avoit rien.

Mais

quqy,lasdetraînerunevieimportune Ilengageace rienpour chercherlaFortune, Et,toutchargédevers qu'il devaitmettreau jour, Conduit d’un vainespoirilparut àlaCour.

Qu'arriva-t-il enfinde sa

Muse

abusée?

Ilen revintcouvertde honteetderisée,

Et

laFièvre auretourterminant sondestin.

Fitpar avance en luy cequ’auroit fait laFaim.

Un

Poëte àla

Cour

fut jadis àlamode,

Mais

desFous aujourd'huyc'estleplusincommode.

Et

rEspritleplusbeau, l’Auteurlepluspoly.

N’y

parviendrajamais ausortde l’Angely.

Faut-ildonc désormais jouer un nouveaurôle? Dois-je, lasd'Apollon, recouriràBartole, Et, feuilletantLoüet alongé par Brodeau, D’une robbe à longsplisbalayerleBarreau ? Mais à ceseulpenser jesensque je m’égare.

Moi?

quej’aillecrierdanscepaisbarbare.

l'onvoittous lesjoursl’Innocence

aux

abois Errer danslesdétoursd’unDédale delois.

Et, dans l’amas confusdeschicanesénormes,

Ce

quifutblancau fond rendu noir parlesformes.

Patrugagne moins qu’UotetLe Marier,

Et

dontlesCiceronssefont chej Pé-Fournier ? Avant qu’unteldesseinm’entredanslapensée;

On

pouravoir laSeine àlaSaintJeanglacée.

(46)

3a

SATIRE

I.

Arnauld à Charenton devenir Huguenot, Saint-SorlinJanséniste, etSaint-Pavinbigot.

Quittons donc pourjamais uneVilleimportune.

l’Honneuresten guerreavecquelaFortune:

leViceorgueilleuxs’érigeenSouverain,

Et

valamitre enteste et lacrosseàlamain;

laScience,triste,affreuse et délaissée.

Estpartoutdesbons lieux

comme

infâme chassée;

leseul artenvogueest l’artdebien voler;

tout

me

choque,Enjin,où...Jen’oseparler.

Et

quel

Homme

sifroid neseroitpleindebile,

A

raspectodieuxdes

mœurs

decetteVille?

Qui pouroitlessouffrir? et qui,pourlesblâmer.

Malgré Muse

etPhebus n’apprendroit à rimer?

Non,non,surce sujet,pourécrireavec grâce, Ilne fautpointmonter au

sommet

du Parnasse, Et,sans aller rêverdansledoubleVallon,

La

coleresuffit,etvautun Apollon.

Toutbeau,diraquelqu’un,vousentreqenfurie.

A

quoiboncesgrandsmots? Doucement, je vousprie.

Ou

bienmonteq en Chaire,etlà,

comme

un Docteur, Alleqdevossermons endormirl’Auditeur.

C’est làquebienou mal, on adroitdetout dire.

Ainsi parleun Espritqu’irrite laSatire, Quicontre ses defauts croit estreenseureté.

En

raillantd’unCenseurla triste austérité;

Quifaitl’hommeintrépide,et,tremblantdefaiblesse, AttendpourcroireenDieu quela fièvre le presse;

DigitizedbyGoogle

(47)

SATiRK

i. 3'^

Et, toujoursdansl’orageauCiel levant lesmains, Dés quel’airestcalmé,ritdes foiblesHumains.

Car

de penseralorsqu’un Dieu tournelemonde.

Et

réglé les ressortsdelamachineronde.

Ou

qu’il estunevieaudelàdutrépas,

C

estlà,touthautdu moins,ce qu'iln’avoûrapas.

Pour

moi,qu’en santé

même

un autre

Monde

étonne.

Qui

croisl’ameimmortelle, etquec’estDieu quitonne.

Ilvaut

mieux

pour jamais

me

bannir dece lieu.

Je

me

retiredonc.Adieu,Paris, adieu.

i

«

DigitizedbyGoogle

(48)

SATIRE II

A M. DE MOLIÈRE

Rareet

fameux

Esprit,dont la fertile veine Ignore enécrivantletravail et lapeine,

Pour

qui tientApollontous ses trésors ouverts,

Et

quisçaisà quelcoin semarquentlesbonsvers,

Dans

lescombatsd'espritsçavantMaistred'escrime, Enseigne-moi, Moliere, oùtutrouves larime.

On

diroit,quandtuveux, quelletevientchercher.

Jamais au bout duverson nete voitbroncher, Et, sans qu’un long détourt'arresteout'embarrasse,

A

peineas-tuparlé qu'elle-mêmes'y place.

Mais

moy, qu’un vaincaprice,unebigarrehumeur.

Pour mes

pechej,jecroi,fit devenir

Rimeur

,

DigitizedbyGoogle

(49)

36

SATIRE

II.

Dans

cerudemétier,où

mon

esprit se tue, Envain pourlatrouverjetravaille etjesué.

Souvent j'ay beauréverdu matin jusqu'ausoir;

Quand

je

veux

direblanc, laquinteusedit noir.

Si jeveux d'un Galant dépeindrelafigure.

Ma

plume pour rimertrouve l’Abbéde

Pure

;

Si je penseexprimer un Auteur sansdefaut,

La

raison dit Virgile, et larime Quinaut.

Enfin quoique jefasse,ou que jeveuille faire,

La

biqarre toûjours vient m’offrir le contraire.

De

ragequelquefois,nepouvantlatrouver.

Triste, lasetconfus,jecessed'y réver:

Et, maudissantvingt fois le

Démon

quim’inspire.

Jefais millesermens de nejamaisécrire:

Mais

quand

fai

bienmauditet

Muses

etPhebus, Jelavoiqui paroistquand je n’y penseplus.

Aussi-tost,malgré

moy,

tout

mon

feuserallume:

Je reprens surle

champ

lepapieret laplume.

Et,demesvainssermens perdantlesouvenir, J’altensdeversenversquelle daignevenir.

Encor

sipour rimer, danssaverveindiscrette.

Ma Muse

au moinssouffroitune froideepitheie;

Jeferois

comme

unautre, etsanscherchersi loin, J'aurois toûjoursdesmotspourlescoudreaubesoin.

SijeloiioisPhilis,

En

miraclesfécondé, Jetrouverois bien-tost,

A

nulleautre seconde;

Si jevouloisvanterunobjetNompareil, Jemeltroisàl'instant.PinsbeauqueleSoieil;

DigitizedbyGoogle

(50)

SATIRE

II.

37

Enfin,parlanttoujours d’AstresetdeMerveilles,

De

Chef-d’œuvres des Cieux, de Beautez sanspareilles, Avectous cesbeaux mots, souvent mis au hasard, Je pouroisaisément,sansgenieetsansart.

Et

transposantcent fois et le

nom

etleverbe.

Dans

mesversrecoususmettre enpiècesMalherbe,

Mais mon

esprit,tremblant surlechoixdeses mots.

N’endirajamaisun,s’ilne tombe à propos.

Et

nesçauroit souffrirqu’unephraseinsipide Vienne àla find’unversremplirlaplacevuide.

Ainsi,recommençant un ouvragevingt fois.

Sij’écrisquatre mots,j'en effaceraitrois.

Maudit

soitlepremier dontlaverveinsensée

Dans

lesbornesd’un versrenferma sapensée, Et,donnant àsesmots uneétroite prison.

Voulut aveclarime enchaînerla raison.

Sanscemétierfatalau repos de

ma

vie.

Mes

jourspleinsdeloisircouleroientsansenvie.

Jen’auroisqu’à chanter, rire, boired’autant.

Et comme

un gras Chanoine, à

mon

aise etcontent.

Passertranquillement,sanssouci,sansaffaire,

La

nuitàbiendormir,etlejou’-àrien faire.

Mon

cœur,exempt desoins, librede passion, Sçaitdonner une borne à son ambition.

Et,fuyantdesgrandeurslapresenceimportune.

Je nevaispointau Louvre adorerlaFortune,

Et

jeseroisheureux,si,pour

me

consumer.

Un

destinenvieux ne m’avoitfait rimer.

DigitizedbyGoogle

(51)

38 SATIRb; II.

Mais

depuisle

moment

quecelte frenesie,

De

sesnoiresvapeurstroubla

ma

fantaisie,

El

qu’un

Démon

jaloux de

mon

contentement M'inspiraledessein d'écrirepoliment

,

Touslesjours,malgrémqy,cloiiésurun ouvrage, Retouchant unendroit, effaçantune page, Enfin passant

ma

vieence triste métier.

J’envieenécrivantlesortdePelletier.

BienheureuxScuderi,dontlafertileplume Peuttous lesmois sans peineenfanterunvolume!

Tesécrits,ilestvrai,sansart et languissans.

Semblentestreformeç endépitdu bonsens;

Mais

ilstrouventpourtant,quoiqu'onenpuisse dire.

Un Marchand

pourlesvendre, etdesSots pourles lire.

Et

quandlarimeenfin setrouve auboutdes vers.

Qu'importe quelereste

y

soitmis detravers ?

Malheureux

mille fois celuidontlamanie Veut

aux

réglésdel'artasservirsongenie!

Un

Sot enécrivant fait toutavecplaisir: Il n’apointen ses versl'embarras dechoisir.

Et,toûjours

amoureux

dece qu’il vient d'écrire.

Ravid’étonnement,en soi-r^êmeils'admire.

Mais

un Esprit sublime envainveuts'élever

A

cedegréparfait qu'il tâchedetrouver; Et,toûjoursmécontent dece qu’il vientdefaire.

Ilplaistàtoutlemonde,etne sçauroit se plaire.

Et

Tel,dont entouslieuxchacun vantel'esprit, Voudroitpoursonreposn'avoirjamaisécrit.

À

DigitizedbyGooglf

(52)

SATIRE

II. 39 Toidonc,quivois les

maux

ma Muse

s’abîme.

De

grâce,enseigne-mqyl’artdetrouver larime;

Ou,puisqu’enfin tes soins seroient superflus, Moliere,enseigne-moyl’artde nerimerplus.

DigiiizedbyCoogle

(53)

SATIRE III

A. Quelsujetinconnu voustrouble etvousaltéré?

D'où vousvientaujourd’huycetairsombreetseverc.

Et

cevisageenfinplus pasle qu’un Rentier

A

l'aspectd'unarrestqui retrancheunquartier? Qu'estdevenuceteint,dontlacouleurfleurie Semblaitd'ortolans seuls etdebisques nourie,

lajoye en sonlustre attirait lesregards.

Et

levinenrubis brillaitdetoutesparts?

Qui vous a

plonger danscette

humeur

chagrine?

A-t-onpar quelque Edit reformélacuisine?

Ou

quelquelongue pluye, inondantvos vallons, A-t-ellefaitcoulervosVinsetvosmelons?

Répondeq doncenfin,oubienje

me

retire.

P.

Ah

lde grâce,un

moment

souffreqque jerespire.

Jesorsde chequnFat qui,pour m'empoisonner, 6

DigitizedbyGoogle

(54)

4* s ATIRKIII.

Jepense,exprès che\ luym'aforcé dedisner.

Je ravais bienprévû. Depuis prés d'uneannée, J'éludais tous lesjourssapoursuiteobstinée.

Mais

hierilm'aborde,et

me

serrant lamain.

Ah!

Monsieur,m'a-t-ildit,je vousattensdemain;

N'y

manque^ pas au moins.

Jai

quator^fe bouteilles D'unvin vieux...Boucingon'ena point depareilles.

Et

je gageraisbienque cheqle

Commandeur,

Villandrypriseraitsasève etsa verdeur.

Moliere avecTartuffe

'y

doitjouerson rôle;

Et

Lambert',quiplusest,m'a donné saparole.

C'est tout dire enun mot,etvousleconnoisseq.

Quoy!

Lambert? Oui, Lambert.

A

demain.C'est asseq.

Ce

matin donc,séduitparsavaine promesse.

J'ycours,midisonnant,ausortirdelaMesse.

A

peineestois-je entré,que,ravy de

me

voir.

Mon Homme

en m'embrassantm'estvenurecevoir.

Et

montrant àmes

yeux

uneallégresse entière.

Nous

n’avons, m'a-t-il dit, niLambertniMolière:

Mais

puisqueje vousvoy,je

me

tienstrop content.

Vousêtesun brave

homme

;Entreq.

On

vousattend.

A

cesmots,maistrop tard,reconnoissant

ma

faute.

Jelesuisentremblantdansunechambrehaute, Où, malgrélesvolets, leSoleil irrité

1.LeTartuffeen cetemps-là avoit esté desfendu, et tout lemondevouloitavoirMolièrepourleluy entendre reciter.

2.Lambert,lefameuxmusicien,estoitunfortbon

Homme,

quipromettoit à toutlemonde,mais qui ne venoit jamais.

DigitizedbyGoogle

(55)

SATIRE

III.

Formait unpoësieardentaumilieude ÏEsté.

Le

couvertestaitmis dansce lieudeplaisance.

j’aytrouvé d'abord,pourtouteconnaissance,

Deux

noblescampagnards grandslecteursde Romans, Qiiim'ontdittoutÇyrus dansleurslongs complimens.

J'enrageais.Cependant on apporte un potage.

Un

coq

y

paraissaiten

pompeux

équipage,

Qui, changeantsurce plat et d’estat etdenom.

Par

touslesConvieqs'estappeléchappon.

Deux

assiettessuivaient,dontl'une estaitornée D'une langue enragoust,depersilcouronnée:

L'autred'ungodiveautoutbrûlépardehors.

Dont un heure gluantinondait touslesbords.

On

s’assied;mais d'abordnostreTroupeserrée Tenait à peine autour d'unetablequarrée.

chacun,malgrésoy, l'unsurl'autre porté, Faisaituntourà gaucheetmangeait decosté.

Jugejen cet estât sije pouvais

me

plaire.

Moi

quineconte rien, nilevin ni lachere

,

Sil'on n’estplusau largeassisenunfestin Qu’aux sermons de Cassaigne ou del’Abbé Colin.

NostreHoste cependants’adressantàlaTroupe:

Que

voussemble,a-t-il dit,du goust decettesoupe?

Sentej-vous le citrondont ona mislejus Avecdesjaunes d'œufs mesleq dans du verjus?

Ma

foy,viveMignotettoutce qu'ilappreste! Les cheveux cependant

me

dressaientàlateste;

Car

Mignot,c’esttout dire, etdansle

monde

entier

DigitizedbyGoogle

Références

Documents relatifs

Risque de blessure grave pendant le transport Dans un véhicule, l'utilisateur d'un fauteuil roulant doit être maintenu par une ceinture de sécurité (ceinture à trois points)!.

Les récentes avancées en neuro-imagerie fonctionnelle et structurelle ont permis de rapprocher des a ff ections aussi dissemblables que la dystonie et le syndrome de Gilles de

Et l‘on se demande peut-être si ce Français utilisé dans la Trilo- gie est compris uniquement par l‘analyste ou bien éga- lement par les Français... Dans sa culture

Cette , étude nou:s fait prendre clairement conscience de principales attentes des sujets enquêtés lors de P usage du dictionnaire de langue dans l'apprentissage

Dans cette création, qui n'est pas une sculpture définitive mais la maquette d'une scu lpture - c'est-à- dire une étude pour construire par la suite une vraie scu lpture - j'ai

[r]

En complémentarité avec ce que mon collègue vous a dit, la technique qui va être prise dans plusieurs des noues, c'est qu’on va venir enlever l’érosion qui a été

Nous la (re)démontrerons pour la distance d’un point à un plan.. Equation