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ACADÉMIE DES BIBLIOPHILES.
DÉCLARATION.
«Chaqueouvrage appartient àsonauteur-éditeur.LaCom- • pagnieentend dégager sa responsabilité personnelle des publi- cationsde sesmembres,n
(Extraitdel’articleIVdes Statuts.)
JUSTIFICATION DU TIRAGE:
Papier vergé.
Papierde Chine.
PapierWhatman.
Parchemin.
260exemplaires.
20
—
20
—
2
—
3o2 exemplaires.
NO
Die' Google
LES SATIRES
DU SIEUR
NICOLAS BOILEAU DESPRÉAUX
RÉIMPRIMÉES CONFORMÉMENT Al'ÉDITIONDE I7OI Diteéditionfavorite
INTRODUCTION
ETNOTES
PARF.
DE MARESCOT
PARIS
ACADÉMIE DES BIBLIOPHILES
UDCCC LXVIII
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i6 rtH
Vont)lo
J)igitizedbyGoogle
INTRODUCTION
)'estunméchantmétier que celuy de médire;
A
l’auteur qui l'embrasseilesttoujours fatal.\Le malqu'on ditd'autruy ne produit quedumal.
'MaintPoète, aveugléd'unetellemanie,
En
courantàVhonneur, trouve l’ignominie;Ettelmot,pouravoir réjouileLecteur,
A
coûté bien .souvent des larmesàl’auteur.C’estparcesversque
commence
laseptièmesatirede Boileau, etilsembleraittoutd’abordqu’ilssontunesin- cère et très-sérieuse professiondefoidel’auteur,silasuite ne prouvait bienvite qu’ilnefautvoirlàenréalitéqu’une raillerieamère qui tournera encore au désavantage des mal- heureuxécrivainsbafouésavec tantde verve parlespirituel satirique.Le tempérament de Boileaulepoussaitavanttout vers la satire.11possédait
un
génie satirique qui était d’ailleursINTRODUCT
ION.»)
celuidetoute sa famille,puisquedeux deses frères, Gilles etJacquesBoileau, furentdoués dececaractère railleur et malicieuxque Nicolas Boileau posséda ausuprêmedegré.
Jene veuxpas,parlà,nierlemérite de Boileau danstel outelautredesesouvrages:épîtres, art poétique, lettres
même;
ilestpermis delesadmirertous,maisilfautpour- tantavouerqu’ildoitau genresatiriquelaplusgrande partiedesa gloire,et,sij’osedire,sapersonnalité tout entière.Voyons-le nous confirmant lui-mêmeceque nous avan- çonsici:
Mais quandilfautrailler,j’ay cequeje souhaite: Alors, certes, alors jemeconnais Poète.
Phœbus,dèsqueje parle,estprestà m’exaucer;
Mes
motsviennent sans peine, etcourent se placer.Jesensquemonesprit travaillede génie.
Et plusloin:
C’estparlàque jevaux,sijevauxquelque chose.
Est-ilpossibledeconfesseruneaptitudeprédominante avec plus defranchise et aussid’autorité?
Non
vraiment1Cettesatire,danslaquelle lanaturedu poèteserévèled’une façonsicaractéristique,nousmet àl’aiseavec ceux de nos amis qui ont bien voulu nous demander pourquoi nous ne publions pas aujourd’huil’oeuvrepoétiquetoutentièrede Boileau.
Nous
laissonsàautruicesoinetpeut-êtrecet honneur.îiqiiizcdbyGoogle
INT
ROD UCTION.
1 ')De
cetteœuvre
remarquableàtous égardsnousavons extrait lapartiequi, selonnous,peutsurtoutfairecon- naîtrel’homme
dontnous nous occupons.La
critique faiteà la légère,malveillanteparsystème, injusteparprincipe, estun
fléaupourlalittérature etune tacheineffaçabledanslavied’unécrivain; maissavoir discuter àpropos, apprécierexactementlesbeautéset les défauts, voilàdesqualitésexquisesquifontdelacritiqueun
art utile et noble.Cesqualités,nul plusque Boileau ne leseutjamais, etd’Alembertapu
direavecraisonque Boileauavaitformélegoûtdelanation.Un
contemporaindusatirique,un
moralisteéminent,La
Bruyère, aécritsur la satireune phrase que nous voulons rapporter:«11nefautpoint mettre
un
ridiculeoùiln’yen apoint, c’estsegâterlegoût, c’estcorrompre son jugementetcelui desautres;maisleridiculequiestquelquepart,ilfautl’y voir, l’en tireravec grâceetd’unemanière quiplaise etqui instruise. »{LaBruyère,i*'texte, éd.Jouaust,pageloo.)
L’utileet l’agréable,voilàce qu’exige
La
Bruyère,et voilàaussiceque nous trouvons sanscessechezBoileau dans sonœuvre
admirable decritique.On
luiasouventre- prochéd’avoir étéun
injustecenseur,d’avoirdépasséles bornes permises.Nous
necroyons pasl'accusationfondée, nous ne croyons pasàunpartiprisdedénigrement chezun homme
quin'apashésitéà dire etàprouver maintes foisquexlemériteluifuttoujoursune choseprécieuse» (sat.Vil,vers55).Lepitoyable étatdelalittératured'a-DigitizedbyGoogle
IV
INTRODUCTION.
lors l’excuseraitduresteamplement. Sauf derares et bril- lantesexceptions,quiontfaitdu
XVI
1°sièclelegrand siècle,que voyons-nous eneffet?Des poètes épiques bour- souflés,vides,plats,grotesques;desauteursdramatiques sansinvention, sans style, etleresteà l’avenant;enun mot
un Chapelain, unColin,un Boyer,etc.On
a ditde Boileauqu’ilsut quelquefois, etmême
non sansprofit,modérercettefougue vengeresseety mêlerla flatterie.A
celanous répondrons,et lelecteurpourrale voircomme
nous,que grandsetpetitsont tousétéjugés parlui,qu’iln’ajamaisfait-aucuneréserve, etque,bien aucontraire, sa hardiessesansfreinasouventfaittrembler sespluschersamis.Au
roivictorieuxila dit:«Tu
esgrand.»Au
roiencou- rageantleslettresetlesarts:«Tu
es juste.>•Maisà LouisXIV
faisantdemauvaisversiln’apashésitéàdire unjour:«Tu
esun mauvais poète*.»A
Boileaunous appliqueronscertainephrasede Sainte-Beuve surlepère de Saint-Simon;« 11futunfavori etnon uncourtisan,car ilavait etde l’honneuretde l’humeur.»Jamaisapprécia- tionnefutplusàsa place.Envieux, Boileaunel’étaitguèrenonplus,puisqu’iltrou- vaitqueleseulgrand
homme
desonsiècle étaitMolière;égo'istepasdavantage,luiquivoulutunjour se dépouiller delapensionqu’ilrecevaitduroienfaveurdu grand Cor- neille,vieuxetsansfortune.
Nous
venonsdedirelàen quelquesmots quelétait l’homme dont nous publions l’œuvrecapitale,cellequi I.Leroiluimontrant unjourquelques vers qu'ils'tîtaitamuséà faire:«Sire, ditlepoète consulté,rien n'estimpossibleàVotreMajesté;clica voulu fairedemauvaisvers et elleyaparfaitement réussi.»
{Précis historiquede Véditiond*Amar^1821. Lefèvre. pa;;c xxix.)
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NTRODUCTION.
V avaittoutes sestendresses etquia leplus contribuéaussi à sarenommée.Expliquons àprésentlamarchesuivieparnous danscette édition.
Boileau,danslapréfacedel’éditiondeses
Œuvres
di- versesdonnée en1701chezDenys Thierry,ladernière faitede sonvivant etlaseuleoùilaitmis
sonnom,
s’ex- primeainsi:«C’est lapluscorrectequiaitencoreparu, et
non
seu- lementjel'ayrevue avecbeaucoup desoin,maisj’yay retouché denouveauplusieursendroitsdemes
ouvrages.» Plusloinencore,ilnomme
cette édition«mon
édition favorite».C’estdoncletextedecetteéditionde1701que nous avons suivipourles Satires, etencelanous nous
sommes
confor-més
au goût de Boileau lui-même.De même
qu’aujourd’huiun volumepubliédansle for- matin-8°netardepassouvent àreparaître in- 12quelque tempsaprès,demême
cetteéditionde1701 a été publiée dansdeux formatsdifférents,in-4“ et in-ia. L’édition in- 12 est celledont nous noussommes
servis.Parue*cinqmois aprèsl’éditionin-4°, ellesubit diversescorrectionset,chose plusimportante encore,JBoileau apporta dansletextequel- ques changements.L’éditionparueen 1713*, chez EspritBilliot,passepour avoir été
commencée
duvivantdeBoileau.D’aprèsune lettre écrite àBrossette(ladernière)leiidécembre1710, cette assertion paraîtfondée,puisque BoileauluiannonceI.L'éditionin<4.parut versla findemars(lettrede Boileau à Brossettedu 20mars1701),etcelle in>i2vers lafinde juillet (lemêmeau meme,lettre du10juillet).
•2.Deuxans aprèslamortde Boileau, décédélei3mars1711.
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V) I
NTRODUCTION.
«qu’iltravailleactuellement àune nouvelleéditiondeses ouvrages, quiserontconsidérablementaugmentés».Toute- fois,l’étatphysiquedusatirique*,très-gravement ébranlé à ce
moment,
nous permetd’affirmer qu’il n’apu donner à cetteéditionde1713 quefortpeu deses instants,carilmourut
troismoisaprès.L’éditionde1701renferme onzesatires.
Nous
endon- nonsscrupuleusementletexte.Nous
avonsjointà ces onzesatires ladouzième,lasatirecontre l’Équivoque.Boileau,quine putpublier cette satirede sonvivant, mais quiavaitgranddésirqu’elle vît le jour,voulut,par son testament,«quetoutes lesnouvellespièces etouvrages qu’il avaitfaits,
même
celuicontreVÉquivoque,et qu’il vou- laitcomprendre dansune nouvelleédition,fussentmis danslesmainsdusieur Billiot, libraire,ruedelaHarpe, pour enfairesonprofit,etc... »Billiotpublia-t-il cette sa- tireconformémentàlavolontédeBoileau?Non,puisqu'il n’en existeaucuneédition faiteparcelibraire,etqu’elle nesetrouvemême
pasdansl’édition qu'ilpubliaen1713.La
satiresurl’Équivoquefutpourlapremièrefoisréu- nieauxœuvres de Boileau dansl’éditionqu’endonna,en 1716, àGenève,Brossette, l’ami^u
poète,soncorrespon-I.Pour preuve dupiteux étatdupoète,nouscitonsquelquespassagesde lalettre écriteparBoileau à Brossette le14juin1710:«Quelquecoup>able, Monsieur,quejevouspuisse paraître d'avoir étés!longtemps sans répondre àvosfréquentes etobligeanteslettres,jen'auraisquetropderaisons àvous direpourmedisculper, si je voulaisvousréciter lenombreinfinid’infirmités etde maladiesquimesontvenuaccablerdepuisquelquetemps...»Etplus loin: Jevousdiraiquejene marcheplusque soutenu par deuxvalets;qu’en mepromenantmêmedansmachambre,jesuisquelquefoisauhasard de tomberpar des étourdissements quimeprennent; quejene saurais m’appli- querlemoins dumondeàquelquechose d’important qu’ilnemeprenne un maldecœurtirantà défaillance, etc Toutesleslettresquisuivent sont pleines de doléancesde lamêmenature.
Digiti. i;yGoogle
INTRODUCTION.
vij dantlepluscheret ledépositairedesesmanuscrits.C’est letextedecetteéditionde 1716 que nous avonssuivipour ladouzièmesatire,depréférence àtouslesautres,qui cou- rurentjusqu’à cetteépoqueleplussouvent sansnom
d’im- primeuretsanslieu.Nous
avonsfaitprécéderl’oeuvresatiriquede Boileau de son discourssurlasatire,complément indispensable de cettepartiedesonoeuvre.Aux
bibliophilesnousoffronsdonc aujourd’huilessa- tiresde Boileautellesq^i'ilnouslesadonnées lui-même, puisque notretexte estconforme àlaseule édition qu’ilait reconnue,à laseuleoùl’onpuisseliresonnom.A
la fin du volume nous avons relégué quelqueséclaircissements quinous ont paruindispensables;ilssontenassezgrandnombre
pourêtre utiles,ettrop courtspourêtreimpor- tuns. C’estdu moins notreespoir, et c’est ainsique tousles commentateurs doivent comprendreleurmission.F.
DE Marescot.
Septembre1868.
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PRÉFACE
DE l’Édition de 1701
OMME
c’est icivrai-semblablementladerniere Editiondemes Ouvrages que
jereverrai,et qu’iln’ya pasd’apparence qu’âgé,comme
jesuis,de plus de soixanteet troisans,etaccabléde
beaucoup
d’infirmités,ma
course puisseestreencore fortlongue,lePublic trouverabon que
jeprenne congé deluidanslesformes,etque
jeleremercie delabonté qu’ilaeue d’acheter tantdefoisdesouvragessipeu dignesde son admiration. Je ne sçaurois attribuerun
si
heureux
succezqu’au soinque
j’ayprisdeme
con- former toûjours àsessentimens,etd’attraper,autant qu’ilm’a
estépossible,son goùstentouteschoses.C’est effectivement à
quoy
ilme
sembleque
lesEcri-2
PRÉFACE
vainsne sçauroient trops’étudier.
U
n ouvrage a beau estreapprouvé
d'unpetitnombre
de Connoisseurs,s’il n’estpleind’un certainagrément
etd’un certainsel propre à piquerlegoust general desHommes,
ilne passerajamaispour un bon
ouvrage,etilfaudraàla finque
lesConnoisseurseux-mesmes
avoUentqu’ils se sonttrompez en
luydonnant
leurapprobation.Que
sion me demande
ceque
c’estque
cetagrément
etcesel, jerépondray,que
c’estun
jene sçayquoy
qu’on peutbeaucoup mieux
sentirque
dire.A mon
avisnean- moins,ilconsisteprincipalement à ne jamais présenterau
Lecteurque
despenséesvraiesetdes expressions justes.L’Esprit del’Homme
estnaturellement plein d’unnombre
infinid’idéesconfusesdu
Vrai,que
sou- ventiln’entrevoitqu’àdemi
;etrienneluiestplus agréableque
lorsqu’onlui offrequelqu’une deces idées bienéclaircieetmise dansun
beaujour. Qu’est-cequ’une
penséeneuve, brillante, extraordinaire?Ce
n’estpoint,comme
se lepersuadentlesIgnorans,une
penséeque
personne n’a jamais euë, nidû
avoir.C’estau
contraireune
pensée qui adû
venir à toutlemonde,
etque
quelqu’uns’avise lepremier d’exprimer.Un bon mot
n’estbon mot
qu’en cequ’ilditune
choseque chacun
pensoit,etqu’il la ditd’unemaniéré
vive,fine etnouvelle.Considérons, par exemple,cetterépliqué sifameuse de LoüisDouzième
àceux desesMinistres quiluiconseilloientdefairepunir plusieurs PersonnesDigitizedbyGoogle
DE l’Édition de 1701.
3 qui souslerègne precedent,et lorsqu’iln’estoitencoreque Duc
d’Orléans, avoientprisàtâchedeledesservir.Un Roy
deFrance,
leur répondit-il,nevenge
pointles injures d'unDuc d
Orléans.D’où
vientque
cemot
frappe d’abord?N’est-ilpasaiséde voirque
c’estparce qu’ilprésenteaux yeux une
véritéque
toutlemonde
sent, et qu’il ditmieux que
touslesplusbeaux
discours deMorale
,Qu'un grand
Prince,lorsqu’ilest une fois surlethrône,ne doit plus agirpar
desmouvemens
particuliers, ni avoir d’autre veuê que la gloireetle bien general de sonEstât? Veut-on
voirau
contrairecombien une
pensée fausseest froide etpuerile?Jene sçauroisrapporterun exemple
quilefassemieux
sentir,que deux
versdu
PoèteThéophile
dans sa Tragédie intituléePyrâme
etThysbé
;lorsquecettemalheureuseAmante
ayantramassélepoignard encore tout sanglant dontPyrâme
s’estoittué,ellequerelleainsice poi-gnard
:Ah
!voicilepoignardquidu sang desonMaistre S’est souillé lâchement.Ilen rougit,leTraître.Toutes
lesglacesdu Nord ensemble
ne sont pas, àmon
sens,plusfroidesque
cettepensée.Quelle extra- vagance,bon Dieu
!de vouloirque
larougeurdu
sang dontestteintlepoignardd’unHomme
qui vient de s’entuerlui-mesme,soitun
efietdelahonte qu’a ceDigitizedbyGoogle
4 PRÉFACE
poignard del’avoirtué!Voici encore
une
penséequi n’estpasmoins
fausse,nipar conséquentmoins
froide.Elleestde Benserade dansses
Métamorphoses
en ron- deaux, où, parlantdu Déluge
envoyéparlesDieux pour
châtierl’insolence del’Homme,
ils’exprime ainsi:Dieulava bien tatesteàsonImage.
Peut-on, à propos d’une aussi grande chose
que
le Déluge, dire rien de pluspetit nide plusridiculeque
ce quolibet, dontlapenséeestd’autantplus fausseen
toutesmanières,que
leDieu
dontils’agitenceten- droit, c’estJupiter,quin’ajamais passéchezlesPayens pour
avoirfaitl’Homme
à sonimage
:l’Homme,
dans laFable,estant,comme
toutlemonde
sçait,l’ouvrage de Promethée.Puis
donc
qu’une penséen’estbellequ’en cequ’elle estvraye,etque
l’effetinfaillibledu
Vray,quand
ilest bien énoncé,c’estde frapperlesHommes
,ils’ensuitque
cequine frappe pointlesHommes
n’estnibeau nivray,ou
qu’il estmal
énoncé,etque
parconséquentun
ouvrage quin’estpoint goûtédu
Publicestun
tres-méchant ouvrage.Le
gros desHommes
peut bien, durant quelque temps, prendrelefauxpour
levrai,et admirer deméchantes
choses;mais
iln’estpas possible qu’àlalongueune bonne
choseneluiplaise;et jedef- fietouslesAuteurs
lesplusmécontens du
Public,deDigitizedbyGoogle
DE l’Édition de 1701.
5me
citerun bon
Livreque
lePublicaitjamais rebutté:à
moins
qu’ilsne
mettenten ce rang leursécrits,dela bonté desquelseux
seulssont persuadez. J’avoueneanmoins,
eton ne
lesçauroitnier,que
quelquefois, lorsqued’excellensouvragesviennent à paroitre,la Caballeetl’Envietrouventmoyen
delesrabbaisser,et d’enrendreen apparencelesuccezdouteux;mais
cela ne dure guéres;etilenarrivedecesouvragescomme
d’unmorceau
de bois qu’on enfoncedansl’eauaveclamain
:ildemeure au
fond tantqu’onl’yretient,mais
bientost, lamain
venant àse lasser,ilsereleveetgagne
ledessus.Je pourrois direun nombre
infinidepareilles choses sur cesujet,etceseroit lamatièred’un gros Livre;mais en voilà assez ceme
semble,pourmarquer au
Publicma
reconnoissance,et lahaute idéeque
j’ay de son goustetdesesjugemens.Parlons
maintenant
demon
éditionnouvelle. C’est laplus correctequiaitencore paru;etnon
seulement jel’ayrevûë avecbeaucoup
desoin,maisj’yay retou- chédenouveau
plusieurs endroitsdemes
ouvrages.Car
jenesuispointdecesAuteurs
fuianslapeine,qui nesecroientplus obligezde rienraccommoder
àleurs écrits,désqu’ils lesontune
foisdonnés au
Public.Ils allèguent,pour
excuser leurparesse,qu’ilsauroientpeur
enlestropremaniant delesaffoiblir,etde leur ostercet airlibreetfacilequifait,disent-ils,un
des plusgrandscharmes du
discours:mais
leurexcuse, àDigitizedbyGoogle
6
PRÉFACE
mon
avis, esttrès-mauvaise.Ce
sontlesouvragesfaitsà lahâte,et,comme on
dit,au
courant delaplume, qui sont ordinairementsecs,durset forcés.Un
ouvrage ne doitpoint paroistre troptravaillé,maisilne sçauroit estretroptravaillé;et c’estsouventletravailmesme
qui enlepolissantluydonne
cette facilitétantvantée quicharme
leLecteur.Ily
a bien deladifférenceentre des versfaciles etdes vers facilementfaits.Les Ecrits de Virgile,quoiqu’extraordinairementtravaillez, sont bien plus naturelsque
ceux de Lucain,quiécrivoit, dit-on, avecune
rapidité prodigieuse.C’estordinaire-ment
lapeineque
s’estdonnée un Auteur
à limeretà perfectionnerses Ecrits,quifaitque
leLecteurn’a point de peine enles lisant.Voiture,qui paroitsiaisé, travailloitextrêmement
sesouvrages.On
ne voitque
des gens qui font aisément des choses médiocres;mais
desgens quienfassent,mesme
difficilement,defort bonnes,on
en trouvetres-peu.Jen’ay
donc
pointderegretd’avoirencoreemployé
quelques-unes demes
veillesàrectifiermes
Ecrits dans cette nouvelleEdition,quiest, pour ainsi dire
,
mon
Edition favorite.Aussi yai-jemis mon nom, que
jem’estoisabstenu de mettre àtouteslesau- tres.J’enavoisainsiuséparpure modestie:mais au- jourd’huique mes
ouvrages sont entrelesmains
de toutlemonde,
ilm'a
paruque
cettemodestie pouroit avoirquelque chosed’affecté.D’ailleursj’aiestébienDigitizedbyGoogle
DE l’Édition de 1701.
7 aise,en
lemettant àlatestedemon
Livre,defaire voirparlàquelssontprécisémentlesouvragesque
j’avoüe,etd’arrester,s’ilestpossible,lecoursd’unnombre
infinideméchantes
piècesqu’onrépand par tout sousmon nom,
etprincipalement danslesProvinceset danslesPaïs étrangers. J’aymesme, pour mieux
pré- venircetinconvénient,faitmettreau commencement
de cevolume une
listeexacteetdétailléede tousmes
Ecrits, eton
latrouveraimmédiatement
aprèscette Préface.Voiladequoy
ilestbon que
leLecteursoit instruit.Il
ne
resteplus présentement qu’à luydirequels sontlesouvragesdontj’ayaugmenté
cevolume.Le
plus considérableestune onzième
Satireque
j’aytoutrécemment
composée,etqu’on trouvera àlasuitedes dix precedentes. ElleestadresséeàMonsieur
deVa-
lincour,mon
illustreAssocié àl’Histoire.J’ytraitedu
vrayetdu
fauxHonneur,
et je l’aycomposée
aveclemesme
soinque
tousmes
autresEcrits.Jene sçaurois pourtant diresielle estbonne ou mauvaise
;carjene l’ayencorecommuniquée
qu’àdeux ou
troisdemes Amis,
à quimesme
jen’ayfaitque
lareciterfortvite, danslapeurqu’ilne luyarrivastcequiestarrivéà quelques autres demes
pièces,que
j’ayvû
devenirpu-
bliques avantmesme que
je leseussemises surlepa- pier,plusieurs personnes, à quijelesavoisditesplus d’unefois,lesayant retenues par cœur,etenayantDigitizedbyGoogle
8
PRÉFACK
donné
descopies.C’estdonc au
Publicàm’apprendre
ceque
jedois penserdecetouvrage,ainsique
de plu- sieursautrespetitespiècesdePoésiequ’on trouvera danscettenouvelle Edition,etqu’ony
amêléesparmy
lesEpigrammes
quiy
estoientdéjà.Ce
sont toutesba- gatellesque
j’aylaplûpartcomposées
dansma
première jeunesse;mais que
j’ayun peu
rajustéespour
lesrendre plussupportablesau
Lecteur.J’y aifaitaussi ajoûterdeux
nouvelles Lettres, l’uneque
j’écrisàM.
Perrault, etoù
jebadine avecluisur nostredémêlé
Poétique, presqueaussi-tost éteintqu’allumé. L’autreestun Re- merciment
àMonsieur
leComte
d’Ericeyra,au
sujet delaTraduction demon
Art Poétique,faitepar luyen
versPortugais,qu’ilaeulabonté dem’envoyer
de Lisbonne, avecune
Lettreetdes versFrançois desa composition,où
ilme donne
des loüangestres-delicates, etausquellesilnemanque que
d’estreappliquées àun
meilleursujet.J’auroisbienvoulu m’acquitter dela paroleque
jeluy donne, àla finde ceRemercîment,
de faireimprimer
cetteexcellentetraductionàlasuitedemes
Poésies;maismalheureusement un
demes Amis
à quijel’avoisprestéem’en
aégarélepremier Chant,et j’ayeulamauvaise
honte de n’oserr’écrireàLisbonne pour
en avoirune
autre copie.Ce
sontlà àpeu prés tous lesouvrages dema
façon,bonsou méchans,
donton
trouvera icymon
Livreaugmenté. Mais une
chose qui seraseurement
agréableau Public,c’est leprésentque
uiyiiizodbyGoogle
DE l’Édition de 1701.
9 jeluyfaisdans cemesme
Livre,delaLettreque
lecélé- bréMonsieurArnauld
aécriteàMonsieur
P** à propos dema
dixiémeSatire, etoù,comme
jel’ayditdans l’Epitre àmes
vers,ilfaitenquelquesortemon
apologie.J’aymis
cetteLettreladernierede toutleV
olume,afinqu’on latrouvast plusaisément.Jene doute pointque
beau-coup
deGens
ne m’accusent de témérité, d’avoir osé associeràmes
écritsl’ouvraged’unsiexcellentHomme,
etj’avoüe
que
leuraccusationestbien fondée.Mais
lemoyen
derésisteràlatentationdemontrer
à toutela Terre,comme
je lemontre
eneffetpar l’impression de cetteLettre,que
cegrand Personnage me
faisoitl’hon- neur de m’estimeretavoitlabontémeas
esse aliquidputare
nugas.Au
reste,comme
malgréune
apologiesiauthentique etmalgrélesbonnes
raisonsque
j’ayvingtfoisallé- guéesen verseten prôse,ily
a encore desgens qui traitentde médisanceslesrailleriesque
j’ay faitesde quantitéd’Auteurs
modernes,etqui publient qu’en attaquantlesdéfautsdecesAuteurs,jen’ay pasrendu
justiceà leursbonnes qualitez;jeveux
bien,pour
les convaincredu
contraire,repeterencoreicilesmêmes
parolesque
j’aiditessur celadanslaPréfacedemes deux
Editions précédentes. Lesvoici:Il estbon quele Lecteursoitaverty d'une chose:c’estqu’enattaquant dansmes ouvrages
lesdefauts de plusieurs Ecrivains2
lO
PRÉFACE
de
HostreSiecle,je
tiaypas prétendu pour
cela esterà
cesEcrivainsleméritéetlesbonnes qualité^qu’ils peuventavoird'ailleurs.Je
n’aypas
prétendu,dis-je, nierque Chappelain,par
exemple, quoiquePoète
fort dur,n’aitfait autrefois, je nesqqy comment,
uneasse:(belleOde-, et qu'iln'yait
beaucoup
espritdans
lesou-vrages
deMonsieur
Quinaut, quoiquesiéloigné de la perfectionde Virgile.Tajoûteray mesme
sur ce der- nier,quedans
letemps
oùj’écriviscontre luy,nous
estionstousdeux
fort jeunes,et qu'iln’avoitpas
fait alorsbeaucoup d ouvrages
quiluiontdans
lasuite acquisune
juste réputation.Je veux
bien aussiavoüer
qu'ily a du
geniedans
les écritsdeSaint-Amand, de
Brebeuf, de Scuderi,de
Cotinmesme,
etde plusieurs autresquej'ay
critique^.En un
mot,avec lamesme
sincéritéquej'ay
railléde cequ’ilsontde
blâmable,je
suisprestà convenirde
cequ’ilspeuventavoir d'excellent. Voilà, cemesemble,
leurrendrejustice, et faire bien voirque
cen’estpointun
espritd'envieetde médisance
quim’a
fait écrire contre eux.Après
cela, sion
m’accuse encorede médisance,je nesçaipointde Lecteur qui n’en doiveestreaccusé;puisqu’iln’y en apointqui
ne
diselibrement son avis desécritsqu’onfaitimprimer,etquinesecroyeen plein droitdele fairedu
consentementmesme
deceux quilesmettentau
jour.En
effet,qu’est-ceque
mettreDE l’Édition de 1701.
Ilun ouvrage au
jour? N’est-cepasen
quelque sorte direau
Public:Jugez-moi? Pourquoi donc
trouvermau-
vaisqu’onnous juge?Mais
j’aimis
toutce raisonne-ment
enrime dans ma neuvième
Satire, etilsuffitd’y renvoyermes
Censeurs.DigitizedbyGoogle
DISCOURS
SUR
LA SATIRE
Idonnailapremièrefois
mes
Satires>lic,jem’estoisbienpréparé
au
tu-que
l’impressiondemon
Livre a excité surle Parnasse.Je sçavoisque
la nationdes Poètes,etsurtout desmauvais
Poètes,estune
nation farouche qui prendfeuaisément,etque
cesEsprits avidesde loüangesne
digereroient pas facilementune
raillerie,quelque douce
qu’ellepustestre.Aussi ose- rai'jedire,àmon
avantage,que
j’airegardéavec desyeux
assezStoïquesleslibellesdiffamatoiresqu’on aDigitizedbyGoogle
14
DISCOURS
publiez contre moi.
Quelques
calomniesdonton
ait voulume
noircir,quelques £sux bruits qu’onaitsemez
dema
personne,j’aipardonné
sans peine cespetites vengeancesau
déplaisird’unAuteur
irrité, qui se voyoit attaquéparl’endroit leplus sensibled’un Poète, jeveux
direparsesouvrages.Mais
j’avouèque
j’aiestéun peu
surprisdu
chagrin bizarrede certains Lecteurs, qui,au
lieudesedivertir d’une querelledu
Parnasse dontilspouvoientestre spectateursindifferens,ontmieux aimé
prendre parti et s’affligeraveclesRidiculesque
deseréjoüir avec leshonnestes gens.C’estpour
lesconsolerque
j’aycomposé ma neuvième
Satire,où
jepense avoirmontré
assezclairement que, sans blesserl’Etatni sacon- science,on
peut trouverdeméchans
versméchans,
et s’ennuyerde plein droit àlalectured’unsotLivre.Mais
puisquecesMessieurs ont parlé delalibertéque
jeme
suisdonnée
denommer, comme
d’unattentat inoUietsansexemple,etque
des exemples ne se peu- vent pas mettreen rimes,ilestbon
d’en direiciun
mot,pour
lesinstruired’une chose qu’eux seuls veu- lentignorer,etleurfairevoirqu’encomparaison
de tousmes
ConfrèreslesSatiriquesj’aiestéun
Poëte fortretenu.Et pour commencer
par Lucilius, inventeurde
laSa- tire,quellelibertéou
plûtost quelle licencene
s’est- ilpointdonnée
dânssesouvrages?Ce
n’estoitpasDigitizedbyGoogle
SUR LA
SATIRE. l5 seulement des PoëtesetdesAuteursqu’ilattaquoit, c’estoitdesgensdelapremière qualitédeRome
c’es- toitdes personnes Consulaires.Cependant
Scipionet Leliusne jugèrent pas ce Poète, tout déterminéRieur
qu’il estoit,indignede leur amitié;etvrai-semblable- ment, danslesoccasions,ilsne luy refusèrent pas leurs conseilssursesécrits,non
plus qu’à Terence.Ilsne s’avisèrentpointde prendrelePartideLupus
etde Metellus,qu’ilavoitjoüezdansses Satires;etilsne
crûrent pasluidonner
riendu
leurenluiabandon-
nant touslesRidiculesdelaRepublique.Num
Lcelius,etqui Duxit aboppressameritum Carthagine nomen, IngeniooffensiautIcesodoluêre Metello, Famosisve Lupocooperto versibus?En
effet,Lucilius n’épargnoitni petits nigrands,et souvent desNobles
etdes Patriciensildescendoitjus- qu’àla liedu
peuple:Primorespopuli arripuit,populumquetributim.
On me
diraque
Luciliusvivoitdansune
Republique,où
ces sortesdelibertezpeuventestrepermises.Voyons
donc
Horace, qui vivoit sousun Empereur,
danslescommencemens
d’une Monarchie,où
ilestbien plusdangereux
derirequ’enun
autre temps.Qui ne nom-
me-t-ilpoint danssesSatires?etFabius
legrand
eau-l6
DISCOURS
seur, etTigelliuslefantasque,etNasidienusle ridicule, et
Nomentanus
ledébauché,ettoutce qui vientau bout desaplume. On me
répondraque
cesontdesnoms
supposez.Oh
labelleréponse!comme
siceuxqu’il attaquen’estoient pasdes gensconnus
d’ailleurs;comme
sil’onne sçavoit pasque Fabius
estoitun Che-
valierRomain
qui avoitcomposé un
Livre de Droit;que
Tigelliusfuten sontemps un Musicien
chérid’Au- guste;que
NasidienusRufus
estoitun
ridiculecélébré dansRome; que
CassiusNomentanus
estoitun
des plusfameux débauchez
del’Italie.Certainementilfautque
ceux qui parlent delasorten’ayentpasfortlûles Anciens,etne soient pasfortinstruitsdesaffairesde laCour
d’Auguste.Horace
nesecontente pas d’appeller lesgens par leurnom
;ilasipeur qu'onne
lesmécon-
noisse, qu’ila soinde rapporter jusqu’à leursurnom,
jusqu’aumétierqu’ils faisoient,jusqu’aux chargesqu’ils avoient exercées.Voyez,
par exemple,comme
ilparle d’AufidiusLuscus, Prêteur deFondi
:FundosAufidioLuscoPratorelibenter Linquimus, insani ridentes prcemia Scribx, Praetextam,
&
latum clavum, Sc,Nous abandonnâmes,
dit-il,avecjoye
lebourg de
Fondi, dontestoitPrêteurun
certainAujidiusLuscus;mais
cenefut pas
sansavoir bienridelafolie de ce Prêteur,auparavant Commis,
qui faisoitleSénateur
Digitizcdby
GoogI
SUR LA
SATIRE. >7 etl’Homme
dequalité.Peut-on
désignerun homme
plus précisément,etlescirconstancesseulesnesuffi- soient-ellespaspourle fairereconnoistre?On me
dira peut-estre qu’Aufidiusestoitmort
alors;mais Horace
parlelàd’unvoyage
faitdepuis peu.Et puiscomment mes
Censeurs répondront-ils àcetautrepassage?TurgidusAlpinusjugulât
dum
Memnona, dumque DiffingitRheniluteum caput, hcecegoludo.Pendant,ditHorace,que ce
Poète
enflé cCAlpinuségorge Memnon dans
sonPoème
ets'embourbedans
ladescriptiondu
Rhin,je me joué
en ces Satires. Al-pinus
vivoitdonc du temps qu’Horace
sejoüoiten ces Satires,etsi
Alpinus
encetendroitestun nom
sup- posé,l’Auteurdu Poëme
deMemnon
pouvoit-ils’y méconnoistre?Horace,dira-t-on,vivoitsouslerégnédu
pluspolide touslesEmpereurs
:mais
vivons-nous sousun
régnémoins
poli?Et
veut-onqu’un
prince qui a tant de qualitezcommunes
avecAuguste
soitmoins
dégoûtéque
luidesméchans
livresetplusrigoureux enversceux quilesblâment?Examinons
pourtant Perse, quiécrivoitsouslerégné deNéron.
Ilneraillepassimplement
lesouvrages des Poètesde sontemps,ilattaquelesvers deNéron même. Car
enfintoutlemonde
sçait,ettoutelaCour
deNéron
lesçavoit,que
cesquatrevers,Torva Mi-
malloneis,etc.,dont
Persefaitune
railleriesiamere
)
DigiiizedbyGoogle
i8
DISCOURS.
dans sa premièreSatire,estoientdes versde
Néron.
Cependant on ne remarque
pointque Néron,
toutNé-
ronqu’il estait, ait faitpunir
Perse,etceTyran, enne- mi
delaraison,etamoureux, comme on
s^ait,deses ouvrages,futassezgalanthomme pour
entendrerail- leriesurses vers, etne crût pasque
l’Empereur encette occasiondeustprendreles interestsdu
Poëte.
Pour
Juvenal, qui âorissoit sousTrajan,ilestunpeu
plus respectueux enverslesgrands Seigneurs de son siecle. Ilsecontentede répandre l’amertume desesSa- tiressur ceuxdu
régné précèdent;mais
àl’égarddes Auteurs,ilnelesva point chercher hors de sonsiecle.A
peineest-ilentréen
matière,que
levoilàenmau-
vaisehumeur
contretouslesEcrivainsde son temps.Demandez
àJuvenal cequil’obligedeprendre laplume.
C’estqu’il est lasd’entendreet laThe:{éidede Codrus,etl’Orestede celui-cy,etleTelephe decet autre,ettouslesPoètesenfin,comme
ildit ailleurs, quirécitaientleurs versau mois
d’Aoust,etAugusto
recitantesmense
Poëtas.Tant
ilestvraique
ledroit deblâmer
lesAuteurs
estun
droitancien, passéen coû-tume parmi
touslesSatiriques,et souffertdans tousles siècles.Que
s’ilfaut venir des anciensaux modernes
,
Regnier, quiestpresque notre seul Poëte Satirique, a estévéritablement
un peu
plusdiscretque
lesautres.Cela
n’empêche
pasneanmoins
qu’ilne parle hardi-ment
deGallet,ce célébré joüeur, quiassignaitses..J3igi:ue£U2y.Qpogle
SUR LA SATIRE.
>9 créanciers sur septetquatorze;etdu
sieurde Provins, qui avaitchangé
sonbalandran
enmanteau
court;etdu
Cousin, qui abandonnait samaison
depeur
dela reparer-,etde Pierredu
Puis,etde plusieursautres.Que
répondront à celames Censeurs? Pour peu
qu’onlespresse,ilschasserontde
laRepublique
des lettrestouslesPoètes Satiriques,comme
autantde per- turbateursdu
repos public.Mais que
diront-ilsde Vir- gile, lesage,lediscretVirgile,qui, dansune Eglogue où
iln’estpas question deSatire,tourned’un seul versdeux
Poètesde sontemps
enridicule ?QuiBavium nonodit,amettuacarmina, Mcevi,
dit
un
Berger satiriquedanscetteEglogue.Et
qu’onne me
disepointque Bavius
etMævius
encetendroit sont desnoms
supposez,puisque ceseroitdonner un
trop crueldémenti au
docte Servius, qui assurepositi-vement
lecontraire.En un
mot, qu’ordonnerontmes
Censeurs de Catulle, de Martialet de touslesPoètes del’antiquité,qui n’enont pas usé avec plusde discré- tionque
Virgile?Que
penseront-ilsde Voiture, qui n’a pointfaitconscience derireaux
dépensdu
célébréNeuf-Germain,
quoi-qu’égalementrecommandable
par l’antiquitédesa barbe etpar la nouveautédesa Poésie?Le
banniront-ilsdu
Parnasse,luiettousles Poètes del’antiquité,pour
établir laseureté des Sots etdesRidicules?Si celaest, jeme
consolerai aisémentDigitizedbyGoogle
20 DISCOURS SUR LA
SATIRE.de
mon
exil;ily
auradu
plaisiràestrereléguéensibonne
compagnie. Raillerie àpart,cesMessieurs veu- lent-ils estreplus sagesque
ScipionetLelius, plus dé- licatsqu’Auguste, plus cruelsque Néron
?Mais eux
qui sontsi rigoureux enverslesCritiques,d’où vientcette clé-mence
qu’ilsaffectentpour
lesméchans
Auteurs? Je voi bien ce quilesafflige:ilsne veulent pasestredé- trompez.11leur fâche d’avoiradmiré
serieusement des ouvragesque mes
Satiresexposent àlariséede toutlemonde,
etdesevoircondamnez
à oublier,dans leur vieillesse,cesmesmes
versqu’ilsont autrefois appris parcœur comme
deschefs-d’œuvresdel'art. Jeles plains sans doute;mais
quelremede?
Faudra-t-il,pour s’accommoder
à leur goûtparticulier,renoncerau
senscommun
? Faudra-t-ilapplaudir indifféremment à touteslesimpertinencesqu’un
Ridicule aura répan- duës surlepapier?etau
lieuqu’en certains païson condamnoit
lesméchans
Poètes àeffacerleursécrits aveclalangue,leslivresdeviendront-ils désormaisun
azyleinviolable,où
touteslessottisesauront droit de bourgeoisie,où
l’onn’oseratoucher sans profanation?J’aurois bien d’autres chosesà diresur cesujet;
mais comme
j’aidéjàtraitédecettematièredansma
neu-vième
satire,ilestbon
d’yrenvoyerleLecteur.DigitizedbyGooglc
DISCOURS
AU ROY
Jeuneet vaillantHéros dontlahaute sagesse N’est pointlefruit tardif d’une lente vieillesse,
Et
quiseul,sans Ministre, à l’exemple desDieux, Soutienstoutpar Toi-même,etvois toutpar Tesyeux.
Grand
Roi,sijusqu’ici,par untraitde prudence.J’aidemeuré pour
Toy
dansunhumblesilence.Ce
n’estpas quemon cœur
vainementsuspendu BalancepourT’offrirun encens quiT’estdû
;Mais
jesçaipeulouer, etma Muse
tremblante Fuit£un
sigrand
fardeaulachargetrop pesante,22
DISCOURS AU
ROY.Et,danscehautéclatoù
Tu Te
viens offrir, Touchant à Teslauriers,craindraitdeles flétrir..Ainsi,sansm’aveugler d'unevainemanie, Je mesure
mon
volàmon
faiblegenie:Plus sage en
mon
respectqueceshardisMortels Quid’unindigne encens profdnent Tes Autels;Qui,dansce
champ
d'honneur,oùlegainlesameine, Osent chanterTon nom
sans forceetsanshaleine;Et
qui vonttous les jours,d’uneimportunevoix.T’ennuyer durécitdetespropresexploits.
L’Un, enstile
pompeux
habillantun Eglogue,De
sesrares vertusTe
faitun long prologue.Et
mesle, en sevantantsoi-mesme àtoutpropos.Les loüangesd’unFat àcellesd’unHéros.
L’autre,envainse lassantàpolirunerime,
Et
reprenant vingtfois le rabot et la lime.Grand
etnouveleffortd’unespritsans pareil!Dans
la fin d’unSonnettecompare auSoleil.Sur
lehaut Helicon leurveineméprisée Futtoûjoursdes neuf Soeurslafâbleet larisée;Calliopejamais ne daignaleurparler.
Et
Pegâse poureux
refusedevoler.Cependant àlesvoir, enflésdetantd'audace,
Te
promettre enleurnom
lesfaveurs du Parnasse,On
diroit qu'ils ont seuls Foreille d'Apollon, Qu’ilsdisposentdetoutdanslesacréVallon.C’estàleursdoctesmains,si l’onveut lesencroire,
Que
Phebus acommis
tout le soindeTa
gloire;DigitizedbyGoogle
DISCOURS AU ROY.
23Et Ton
nom,duMidi
jusqu'àl'Ourse vanté,Ne
devraqu'à leurs verssonimmortalité.Mais
plûtost,sanscenom
dontlavivelumièreDonne
unlustreéclatantàleur veine grossière.Ils verroient leurs écrits,hontedel'Univers, Pourir danslapoussière àlamercides vers.
A
l'ombredeTon nom
ilstrouvent leur a\ile,Comme
onvoitdansleschamps
un arbrisseaudebile Qui,sans l'heureuxappui quiletient attaché, Languiroittristementsurlaterre couché.Ce
n'estpas quema
plume,injuste ettemeraire, Veuilleblâmer eneux
ledesseindeTe
plaire;Et parmi
tant d'Auteurs,je veuxbien Tavoüer, Apollon enconnoistquiTe
peuventlouer.Oui,jesçai, qu'entre
Ceux
quit’adressentleurs veilles.Parmi
lesPelletiersonconte des Corneilles.Mais
je ne puissouffrirqu’un Espritdetravers Qui,pour rimer des mots, pense faire desvers,Se
donne entelouantune gesneinutile.Pour
chanterun Auguste,ilfautestreunVirgile;Et
j’approuveles soinsduMonarque
guerrier*Qui
nepouvoitsouffrirqu’unArtisan grossier Entrepristdetracerd'une maincriminelleUn
portraitréservépourlepinceaud'Apelle.Moy
donc qui cannois peu Phebusetsesdouceurs.Qui
suisnouveau sevré surlemont des neufSœurs
,
I.Alexandre.
24 DISCOURS AU ROY.
Attendantque pour
Toy
l'dge aitmûri ma Muse, Sur
de moindressujetsjel’exerce etl’amuse;Et
tandisqueTon
bras,despeuplesredouté.Va,lafoudre àlamain,rétablir l'équité.
Et
retient lesMédians
parlapeur dessupplices,Moy,
laplume
àlamain, jegourmande
les vices.Et, gardantpour
moi-mesme
unejusterigueur.Jeconfieau papierles secretsde
mon
cœur.Ainsi,désqu’une/ois
ma
vervese réveille,Comme
onvoitau printempsla diligente AbeilleQui
dubutindes fleursva composerson miel,Des
sottisesdu temps je composemon
fiel.Jevaisdetoutespartsoù
me
guidema
veine.Sanstenirenmarchant une routecertaine.
Et,sans gesner
ma plume
ence libre métier.Jela laisseau hajard courir surlepapier.
Le mal
estqu’enrimant,ma Muse
unpeulegereNomme
toutparsonnom
etnesçauroit rien taire.C’est làcequifaitpeur
aux
Esprits decetemps.Qui,toutblancsaudehors, sont tout noirsaudedans.
Ilstremblentqu’un Censeur,quesaverveencourage.
Ne
vienneenses écritsdémasquerleur visage, Et,fouillantdansleursmœurs
entoute liberté, N’ailledufond
du Puitstirer la vérité.Touscesgens,éperdusauseul
nom
desatire.Font d’abordleproce^ à quiconqueose rire.
Ce
sonteux
que tonvoit,d’un discours insensé, Publier dans Paris quetout est renversé.DISCOURS AU
ROY. 25Au
moindrebruitquicourtqu’unAuteurlesmenaceDe
jouer des Bigotslatrompeuse grimace.Pour
eux untelouvrageestun monstre odieux;C’est offenser les loix, c’est s’attaquer
aux deux
;Mais,bienqued’un
faux
qeleilsmasquentleur faiblesse, Chacunvoitqu’eneffet laVérité les blesse.Envain d’unlâcheorgueilleur esprit revêtu Se couvre du manteaud’uneausterevertu;
Leur cœur,qui se connoist etquifuit la lumière, S’ilsemocque de Dieu,craint Tartuffe etMolière.
Mais
pourquoy surcepoint sansraisonm
’écarter?Grand Roi,
c’estmon
defaut,je nesçaurois flatter.Je nesçaipointauCielplacerunRidicule, D’un
Nain
faire unAtlas,ou d’unLâche un Hercule, Et, sanscesseenesclaveàla suitte desGrands,A
desDieux
sans vertu prodiguermon
encens.On
neme
verra point d’uneveineforcée,Mesmes
pourTe
louer,déguiserma
pensée: Et,quelquegrand
quesoitTon
pouvoirsouverain,Simon cœur
encesversne parloitparma
main, Il n’estespoirdebiens,ni raison, nimaxime.
Qui pût en
Ta
faveur m’arracher une rime.Mais
lorsquejeTe
voi,d’unesinobleardeur.T’appliquer sansrelâche
aux
soinsdeTa
grandeur.Faire honte àcesRois queletravail étonne.
Et
qui sontaccableqdu faix deleurCouronne;Quand
jevoiTa
sagesse,ensesjustes projets, D’une heureuse abondanceenrichirTessujets,4
DigilizedbyGoogle
26
DISCOURS AU ROY.
Fouler
aux
piedsVorgueiletduTage
etduTibre,Nous
faire delamer
unecampagne
libre,Et
Tes braves Guerriers, secondantTon
grand cœur, Rendre àl'Aigleéperdu sapremière vigueur;La
France sousTesloix maistriser laFortune,Et
nos vaisseaux, domtant lunetl’autreNeptune,Nous
allerchercherl'or,malgrél'onde et le vent.Aux
lieuxoùle Soleil leforme
enselevant; Alors,sans consulter siPhebus Venavoué'.Ma Muse
touteen feume
prévient etTe
loué.Mais
bien-tost laRaison, arrivantausecours, Vientd’un sibeauprojetinterromprelecours.Et me
fait concevoir,quelqueardeur qui m’emporte.Que
jen’aini le ton, ni lavoixasseq forte.Aussi-tostjem’effraye, et
mon
esprittroublé Laisselàlefardeau dontilestaccablé;Et, sans passer plusloin, finissant
mon
ouvrage.Comme
unPiloteenmer
qu’épouvantel'orage.Dés
quelebordparoist,sanssonger oü jesuis.Je
me
sauve àlanage,etj’abordeoù jepuis.SATIRE
IDanton,cegrand Auteur dontla
Muse
fertileAmusa
silong-tempsetlaCouretla Ville,Mais
qui, n’estantvêtuque de simplebureau,.
Passerétésanslinge et l'hyversansmanteau,
Et
dequi lecorpssec et lamine affamée N’ensontpasmieux
refaitspourtantderenommée;Las de perdreenrimantetsa peineetson bien, D’emprunter entouslieux etdene
gagner
rien, Sanshabit,sansargent,ne sçachant plusquefaire,Vientdes’enfuirchargé desa seulemisere
,
Et,bien loindesSergens,desClercsetduPalais,
Va
chercher un reposqu’ilne trouvajamais,
Sansattendrequ’icylaJusticeennemie
V
enferme en un cachetlerestedesa vie.DigitizedbyCoogle
28
SATIRE
I.Ou
que d'unbonnet vert le salutaire affront Flétrisse leslauriersquiluy couvrentlefront.Mais
lejourqu’ilpartit,plusdéfait etplusblêmeQue
n’estun Pénitent surla find’unCarême,La
coleredansl’ame, et lefeu danslesyeux.
Ildistilasarage ences tristesadieux:
Puisqu’enceLieu jadis
aux Muses
sicommode Le
méritéetl’espritnesontplus àlamode.Qu’unPoè'te,dit-il,s'y voitmaudit de Dieu,
Et
qu’ici laVertun’aplusnifeuni lieu;Allons du moins chercher quelque antreou quelque roche D’oùjamaisniPHuissierni leSergentn’approche,
Et
sanslasserleCielpar desvœux
impuissans, Mettons-nous àl'abrides injuresdu temps;Tandisque, libreencormalgréles destinées,
Mon
corpsn'estpointcourbé souslefaixdes années, Qu'on nevoitpointmes pas sousl'âgechanceler,Et
qu'ilresteàlaParque encor dequoyfiler.C’est làdans
mon
malheurleseul conseilàsuivre.Que
Georgeviveici,puisqueGeorgey
sçait vivre, Qu’unmillioncomptant,parsesfourbesacquis.De
Clerc,jadisLaquais, afaitComte
etMarquis.Que
Jaquinviveici,dont l’adressefunesteA
plus causé demaux
quelaguerreet lapeste, Qui desesrevenusécritspar alphabet Peut fournir aisément un Calepin complet.Qu’ilrégné dansces lieux,iladroitdes'y plaire.
Mais
moi,vivreà ParislEh, qu’y voudrais je faire?DigitizedbyGoogle
SATIRE
I. 29 Je ne sçaynitromper,ni feindre, nimentir,Et
quand jelepourois,jen’ypuisconsentir.Je nescaipointenlâcheessuyerlesoutrages D’un Faquin orgueilleux qui voustientàsesgages,
De mes
Sonnetsflatteurs lasser tout l'univers,Et
vendre au plusoffrantmon
encensetmesvers.Pour
unsibasemployma Muse
esttrop altiere.Jesuis rustique et fier, et j’ai
lame
grossière.Je ne puisrien
nommer,
sice n’estpar son nom.J’appelleun chat unchat, etRoletun frippon.
De
servirunAmant, je n’enay pasl’adresse.J
ignore cegrand
artquigagne
unemaîtresse,E
tjesuisàParis,triste,pauvreetreclus.Ainsi qu’un corps sans
ame
ou devenuperclus.Mais
pourquoi,dira-t-on, cettevertusauvage, Qui court àl’hospital et n’estplus en usage ?La
richessepermet unejuste flerté,Mais
ilfautestresoupleavecla pauvreté.C'estparlàqu’unAuteur,quepresse l’indigence.
Peutdes astresmalins corrigerl’influence.
Et
queleSortburlesque,ence siecledefer.D’un Pédant, quandilveut, sçaitfaire un
Duc
etPair.AinsidelaVertulaFortunesejoue.
Tel aujourd’hui triomphe au plus haut desaroué’.
Qu’onverroit,de couleurs bizarrementorné.
ConduirelecarrosseoitVonlevoit traîné.
Sidanslésdroitsdu Roi safunestescience
Par deux
outroisavis n’eustravagélaFrance.DigitizedbyGoogle
3o
SATIRE
Je sçay qu’unjuste effrqy l’éloignantdeces lieux, L’afaitpour quelques moisdisparoistreànosyeux
:Mais
enyainpour un temps une taxel’exile:On
leverrabien-tostpompeux
encetteville,Marcher
encorchargé desdépouillesd’autruy.Et
jouirduCielmesme
irritécontre luy, Tandis queColletet,crottéjusqu’àl’échine, S’enva chercher son pain decuisineencuisine; Sçavant ence métier, sicheraux
beauxEsprits, DontMonmaur
autrefois jitleçondansParis.Il estvray quedu
Roy
labontésecourable Jette enfinsurlaMuse
unregardfavorable, Et, réparant dusortl’aveuglementfatal.Va
tirerdésormaisPhebus del’hospital.On
doittout espererd’unMonarque
sijuste.Mais
sans unMecenas, à quoysertunAuguste?Et
faitcomme
jesuis,ausiecled’aujourd’huy, Qui voudras’abaisseràme
servird’appuy ?Et
puis,comment
percercettefouleeffroyableDe
Rimeurs affameq dontlenombrel'accable;Qui,désquesamains'ouvre,
y
courentlespremiers,Et
ravissentunbienqu’on devaitaux
derniers.Comme
onvoit les Frelons,troupelâche et stérile.Allerpillerlemielquel’Abeille distile?
Cessonsdoncd’aspireràceprixtantvanté.
Que
donnelafaveur àl’importunité.Saint-Amandn’eutducielquesa veineen partage.
L'habit qu’il eutsur luyfutson seulhéritage;
DigiiizedbyGoogle
SATIRE
I.Un
litetdeux
placetscomposaienttoutson bien, Ou,pour enmieux
parler,Saint-Amandn'avoit rien.Mais
quqy,lasdetraînerunevieimportune Ilengageace rienpour chercherlaFortune, Et,toutchargédevers qu'il devaitmettreau jour, Conduit d’un vainespoirilparut àlaCour.Qu'arriva-t-il enfinde sa
Muse
abusée?Ilen revintcouvertde honteetderisée,
Et
laFièvre auretourterminant sondestin.Fitpar avance en luy cequ’auroit fait laFaim.
Un
Poëte àlaCour
fut jadis àlamode,Mais
desFous aujourd'huyc'estleplusincommode.Et
rEspritleplusbeau, l’Auteurlepluspoly.N’y
parviendrajamais ausortde l’Angely.Faut-ildonc désormais jouer un nouveaurôle? Dois-je, lasd'Apollon, recouriràBartole, Et, feuilletantLoüet alongé par Brodeau, D’une robbe à longsplisbalayerleBarreau ? Mais à ceseulpenser jesensque je m’égare.
Moi?
quej’aillecrierdanscepaisbarbare.Où
l'onvoittous lesjoursl’Innocenceaux
abois Errer danslesdétoursd’unDédale delois.Et, dans l’amas confusdeschicanesénormes,
Ce
quifutblancau fond rendu noir parlesformes.Où
Patrugagne moins qu’UotetLe Marier,Et
dontlesCiceronssefont chej Pé-Fournier ? Avant qu’unteldesseinm’entredanslapensée;On
pouravoir laSeine àlaSaintJeanglacée.3a
SATIRE
I.Arnauld à Charenton devenir Huguenot, Saint-SorlinJanséniste, etSaint-Pavinbigot.
Quittons donc pourjamais uneVilleimportune.
Où
l’Honneuresten guerreavecquelaFortune:Où
leViceorgueilleuxs’érigeenSouverain,Et
valamitre enteste et lacrosseàlamain;Où
laScience,triste,affreuse et délaissée.Estpartoutdesbons lieux
comme
infâme chassée;Où
leseul artenvogueest l’artdebien voler;Où
toutme
choque,Enjin,où...Jen’oseparler.Et
quelHomme
sifroid neseroitpleindebile,A
raspectodieuxdesmœurs
decetteVille?Qui pouroitlessouffrir? et qui,pourlesblâmer.
Malgré Muse
etPhebus n’apprendroit à rimer?Non,non,surce sujet,pourécrireavec grâce, Ilne fautpointmonter au
sommet
du Parnasse, Et,sans aller rêverdansledoubleVallon,La
coleresuffit,etvautun Apollon.Toutbeau,diraquelqu’un,vousentreqenfurie.
A
quoiboncesgrandsmots? Doucement, je vousprie.Ou
bienmonteq en Chaire,etlà,comme
un Docteur, Alleqdevossermons endormirl’Auditeur.C’est làquebienou mal, on adroitdetout dire.
Ainsi parleun Espritqu’irrite laSatire, Quicontre ses defauts croit estreenseureté.
En
raillantd’unCenseurla triste austérité;Quifaitl’hommeintrépide,et,tremblantdefaiblesse, AttendpourcroireenDieu quela fièvre le presse;
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SATiRK
i. 3'^Et, toujoursdansl’orageauCiel levant lesmains, Dés quel’airestcalmé,ritdes foiblesHumains.
Car
de penseralorsqu’un Dieu tournelemonde.Et
réglé les ressortsdelamachineronde.Ou
qu’il estunevieaudelàdutrépas,C
estlà,touthautdu moins,ce qu'iln’avoûrapas.Pour
moi,qu’en santémême
un autreMonde
étonne.Qui
croisl’ameimmortelle, etquec’estDieu quitonne.Ilvaut
mieux
pour jamaisme
bannir dece lieu.Je
me
retiredonc.Adieu,Paris, adieu.i
«
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SATIRE II
A M. DE MOLIÈRE
Rareet
fameux
Esprit,dont la fertile veine Ignore enécrivantletravail et lapeine,Pour
qui tientApollontous ses trésors ouverts,Et
quisçaisà quelcoin semarquentlesbonsvers,Dans
lescombatsd'espritsçavantMaistred'escrime, Enseigne-moi, Moliere, oùtutrouves larime.On
diroit,quandtuveux, quelletevientchercher.Jamais au bout duverson nete voitbroncher, Et, sans qu’un long détourt'arresteout'embarrasse,
A
peineas-tuparlé qu'elle-mêmes'y place.Mais
moy, qu’un vaincaprice,unebigarrehumeur.Pour mes
pechej,jecroi,fit devenirRimeur
,
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36
SATIRE
II.Dans
cerudemétier,oùmon
esprit se tue, Envain pourlatrouverjetravaille etjesué.Souvent j'ay beauréverdu matin jusqu'ausoir;
Quand
jeveux
direblanc, laquinteusedit noir.Si jeveux d'un Galant dépeindrelafigure.
Ma
plume pour rimertrouve l’AbbédePure
;Si je penseexprimer un Auteur sansdefaut,
La
raison dit Virgile, et larime Quinaut.Enfin quoique jefasse,ou que jeveuille faire,
La
biqarre toûjours vient m’offrir le contraire.De
ragequelquefois,nepouvantlatrouver.Triste, lasetconfus,jecessed'y réver:
Et, maudissantvingt fois le
Démon
quim’inspire.Jefais millesermens de nejamaisécrire:
Mais
quandfai
bienmauditetMuses
etPhebus, Jelavoiqui paroistquand je n’y penseplus.Aussi-tost,malgré
moy,
toutmon
feuserallume:Je reprens surle
champ
lepapieret laplume.Et,demesvainssermens perdantlesouvenir, J’altensdeversenversquelle daignevenir.
Encor
sipour rimer, danssaverveindiscrette.Ma Muse
au moinssouffroitune froideepitheie;Jeferois
comme
unautre, etsanscherchersi loin, J'aurois toûjoursdesmotspourlescoudreaubesoin.SijeloiioisPhilis,
En
miraclesfécondé, Jetrouverois bien-tost,A
nulleautre seconde;Si jevouloisvanterunobjetNompareil, Jemeltroisàl'instant.PinsbeauqueleSoieil;
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SATIRE
II.37
Enfin,parlanttoujours d’AstresetdeMerveilles,De
Chef-d’œuvres des Cieux, de Beautez sanspareilles, Avectous cesbeaux mots, souvent mis au hasard, Je pouroisaisément,sansgenieetsansart.Et
transposantcent fois et lenom
etleverbe.Dans
mesversrecoususmettre enpiècesMalherbe,Mais mon
esprit,tremblant surlechoixdeses mots.N’endirajamaisun,s’ilne tombe à propos.
Et
nesçauroit souffrirqu’unephraseinsipide Vienne àla find’unversremplirlaplacevuide.Ainsi,recommençant un ouvragevingt fois.
Sij’écrisquatre mots,j'en effaceraitrois.
Maudit
soitlepremier dontlaverveinsenséeDans
lesbornesd’un versrenferma sapensée, Et,donnant àsesmots uneétroite prison.Voulut aveclarime enchaînerla raison.
Sanscemétierfatalau repos de
ma
vie.Mes
jourspleinsdeloisircouleroientsansenvie.Jen’auroisqu’à chanter, rire, boired’autant.
Et comme
un gras Chanoine, àmon
aise etcontent.Passertranquillement,sanssouci,sansaffaire,
La
nuitàbiendormir,etlejou’-àrien faire.Mon
cœur,exempt desoins, librede passion, Sçaitdonner une borne à son ambition.Et,fuyantdesgrandeurslapresenceimportune.
Je nevaispointau Louvre adorerlaFortune,
Et
jeseroisheureux,si,pourme
consumer.Un
destinenvieux ne m’avoitfait rimer.DigitizedbyGoogle
38 SATIRb; II.
Mais
depuislemoment
quecelte frenesie,De
sesnoiresvapeurstroublama
fantaisie,El
qu’unDémon
jaloux demon
contentement M'inspiraledessein d'écrirepoliment,
Touslesjours,malgrémqy,cloiiésurun ouvrage, Retouchant unendroit, effaçantune page, Enfin passant
ma
vieence triste métier.J’envieenécrivantlesortdePelletier.
BienheureuxScuderi,dontlafertileplume Peuttous lesmois sans peineenfanterunvolume!
Tesécrits,ilestvrai,sansart et languissans.
Semblentestreformeç endépitdu bonsens;
Mais
ilstrouventpourtant,quoiqu'onenpuisse dire.Un Marchand
pourlesvendre, etdesSots pourles lire.Et
quandlarimeenfin setrouve auboutdes vers.Qu'importe quelereste
y
soitmis detravers ?Malheureux
mille fois celuidontlamanie Veutaux
réglésdel'artasservirsongenie!Un
Sot enécrivant fait toutavecplaisir: Il n’apointen ses versl'embarras dechoisir.Et,toûjours
amoureux
dece qu’il vient d'écrire.Ravid’étonnement,en soi-r^êmeils'admire.
Mais
un Esprit sublime envainveuts'éleverA
cedegréparfait qu'il tâchedetrouver; Et,toûjoursmécontent dece qu’il vientdefaire.Ilplaistàtoutlemonde,etne sçauroit se plaire.
Et
Tel,dont entouslieuxchacun vantel'esprit, Voudroitpoursonreposn'avoirjamaisécrit.À
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SATIRE
II. 39 Toidonc,quivois lesmaux
oùma Muse
s’abîme.De
grâce,enseigne-mqyl’artdetrouver larime;Ou,puisqu’enfin tes soins seroient superflus, Moliere,enseigne-moyl’artde nerimerplus.
J»
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SATIRE III
A. Quelsujetinconnu voustrouble etvousaltéré?
D'où vousvientaujourd’huycetairsombreetseverc.
Et
cevisageenfinplus pasle qu’un RentierA
l'aspectd'unarrestqui retrancheunquartier? Qu'estdevenuceteint,dontlacouleurfleurie Semblaitd'ortolans seuls etdebisques nourie,Où
lajoye en sonlustre attirait lesregards.Et
levinenrubis brillaitdetoutesparts?Qui vous a
pû
plonger danscettehumeur
chagrine?A-t-onpar quelque Edit reformélacuisine?
Ou
quelquelongue pluye, inondantvos vallons, A-t-ellefaitcoulervosVinsetvosmelons?Répondeq doncenfin,oubienje
me
retire.P.
Ah
lde grâce,unmoment
souffreqque jerespire.Jesorsde chequnFat qui,pour m'empoisonner, 6
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4* s ATIRKIII.
Jepense,exprès che\ luym'aforcé dedisner.
Je ravais bienprévû. Depuis prés d'uneannée, J'éludais tous lesjourssapoursuiteobstinée.
Mais
hierilm'aborde,etme
serrant lamain.Ah!
Monsieur,m'a-t-ildit,je vousattensdemain;N'y
manque^ pas au moins.Jai
quator^fe bouteilles D'unvin vieux...Boucingon'ena point depareilles.Et
je gageraisbienque cheqleCommandeur,
Villandrypriseraitsasève etsa verdeur.Moliere avecTartuffe
'y
doitjouerson rôle;Et
Lambert',quiplusest,m'a donné saparole.C'est tout dire enun mot,etvousleconnoisseq.
Quoy!
Lambert? Oui, Lambert.A
demain.C'est asseq.Ce
matin donc,séduitparsavaine promesse.J'ycours,midisonnant,ausortirdelaMesse.
A
peineestois-je entré,que,ravy deme
voir.Mon Homme
en m'embrassantm'estvenurecevoir.Et
montrant àmesyeux
uneallégresse entière.Nous
n’avons, m'a-t-il dit, niLambertniMolière:Mais
puisqueje vousvoy,jeme
tienstrop content.Vousêtesun brave
homme
;Entreq.On
vousattend.A
cesmots,maistrop tard,reconnoissantma
faute.Jelesuisentremblantdansunechambrehaute, Où, malgrélesvolets, leSoleil irrité
1.LeTartuffeen cetemps-là avoit esté desfendu, et tout lemondevouloitavoirMolièrepourleluy entendre reciter.
2.Lambert,lefameuxmusicien,estoitunfortbon
Homme,
quipromettoit à toutlemonde,mais qui ne venoit jamais.DigitizedbyGoogle
SATIRE
III.Formait unpoësieardentaumilieude ÏEsté.
Le
couvertestaitmis dansce lieudeplaisance.Où
j’aytrouvé d'abord,pourtouteconnaissance,Deux
noblescampagnards grandslecteursde Romans, Qiiim'ontdittoutÇyrus dansleurslongs complimens.J'enrageais.Cependant on apporte un potage.
Un
coqy
paraissaitenpompeux
équipage,Qui, changeantsurce plat et d’estat etdenom.
Par
touslesConvieqs'estappeléchappon.Deux
assiettessuivaient,dontl'une estaitornée D'une langue enragoust,depersilcouronnée:L'autred'ungodiveautoutbrûlépardehors.
Dont un heure gluantinondait touslesbords.
On
s’assied;mais d'abordnostreTroupeserrée Tenait à peine autour d'unetablequarrée.Où
chacun,malgrésoy, l'unsurl'autre porté, Faisaituntourà gaucheetmangeait decosté.Jugejen cet estât sije pouvais
me
plaire.Moi
quineconte rien, nilevin ni lachere,
Sil'on n’estplusau largeassisenunfestin Qu’aux sermons de Cassaigne ou del’Abbé Colin.
NostreHoste cependants’adressantàlaTroupe:
Que
voussemble,a-t-il dit,du goust decettesoupe?Sentej-vous le citrondont ona mislejus Avecdesjaunes d'œufs mesleq dans du verjus?
Ma
foy,viveMignotettoutce qu'ilappreste! Les cheveux cependantme
dressaientàlateste;Car
Mignot,c’esttout dire, etdanslemonde
entierDigitizedbyGoogle