1
Séquence 2
Risques d’effondrement de notre civilisation et approche de solutions face à ces risques
Sources principales :
Pablo Servigne : Comment tout peut s’effondrer Jared Diamond : Effondrement
Tim Jackson : Prospérité sans croissance
& des travaux de Jean-Marc Jancovici, Rob Hopkins, Aurélien Barrau, Philippe Van Parijs et François Ruffin
Formation géographique et sociale – 6ème année Institut Saint-Dominique Année scolaire 2019-2020 Prof. : G. Merlot
2
Première partie : Travail de groupe et
présentations orales (voir feuille de consignes) --- Deuxième partie : Résumé des principaux
concepts
Concept n°1 : Collapsologie
Définition
Le mot « collapsologie » est un néologisme inventé par Pablo Servigne et Raphaël Stevens composé du mot « collapse », du latin collapsus, « qui est tombé en un seul bloc ».
C’est l’étude des risques d’effondrement de la civilisation industrielle (civilisation contemporaine) et de ce qui pourrait lui succéder. Un effondrement d’une civilisation ne conduit pas forcément à la disparition de cette dernière mais réduit fortement son niveau de complexité (politique, économique, sociale). L’effondrement est à distinguer de « la crise », car ce n’est pas un phénomène éphémère, il n’y a pas de retour à la normal possible. Par contre, la vie ne s’arrête pas après un effondrement, la société peut renaître sous une nouvelle forme.
Historique
Des effondrements de sociétés ont déjà eu lieu par le passé. Les Mayas, les vikings du Groenland, le Rwanda des années 1990, l’URSS en sont quelques exemples selon Jared Diamond, scientifique spécialisé dans les effondrements. La situation contemporaine se distingue cependant de ces exemples du passé par le caractère global de notre civilisation (mondialisation) et par sa puissance. Les menaces qui pèsent sur la société mondiale sont proportionnelles à cette puissance.
Causes de l’effondrement
Les causes des effondrement passés ont particulièrement été étudiées par Jared Diamond. Il en retient cinq (voir tableau de la page suivante). Tous ces facteurs ne sont pas réunis à chaque effondrement. D’ailleurs, Diamond distingue un seul facteur commun à tous les effondrements, le cinquième : les mauvaises réponses apportées par une société à ses problèmes.
3
Modèle d’effondrement
Les recherches scientifiques mettent en avant différents modèles d’effondrement. Nous retiendrons en particulier le modèle d’Orlov.
Un ingénieur russo-américain, Dmitry Orlov, décompose l’effondrement en cinq stades. A chaque stade, l’effondrement peut s’arrêter là ou bien s’approfondir en passant au stade suivant, dans une sorte de spirale de l’effondrement.
Dommages environnementaux (déforestation, érosion des sols, pollutions)
Changement climatique (changement de climats, pas uniquement réchauffement) Voisins hostiles
Partenaires commerciaux amicaux (soutien de plus en plus réduit de la part des voisins amicaux/ import-export)
Mauvaises réponses apportées par une société à ses problèmes (dysfonctionnements institutionnels, aveuglements idéologiques, niveaux trop élevés d’inégalités, élites non- réactives)
Effondrement financier
- Les institutions financières deviennent insolvables - La valeur de la monnaie s’évanouit
- L’épargne est perdue Effondrement économique
- Les chaînes d’approvisionnement sont rompues - Pénuries de bien essentiels sont généralisées - Politique de rationnement mise en place Effondrement politique
- La classe politique perd sa légitimité
- Les services publics ne sont plus assurés (hôpitaux, entretien des routes, gestion des ordures etc.)
Effondrement social
- Processus de dépeuplement : conflits, déplacements, malnutritions, famines, épidémies
Effondrement culturel
- Perte profonde et généralisée de la capacité d’empathie conduisant à la perte d’humanité (domaine très peu étudié)
Tableau n°1 : Facteurs d’effondrement selon J. Diamond
Tableau n°2 : Modèle d’effondrement d’Orlov
4
Concept n°2 : Le modèle World3 – Rapport au club de Rome – Modèle Meadows
Ce modèle commandé par le Club de Rome (groupe de scientifiques, d’économistes et d’industriels) en 1972 a notamment été réalisé par Denis et Donella Meadows. Il a été conçu pour décrire les interactions entre les principaux paramètres globaux du monde, dont les 6 plus importants sont la population, la production industrielle, la production de services, la production alimentaire, le niveau de pollution et les ressources non-renouvelables.
Le modèle décrit l’évolution de tous ces paramètres sur 150 ans.
5
Résultat du modèle sans modifications de nos modes de vie
Les solutions proposées par le modèle
Enseignement principal d’un modèle résistant
Source : Pablo Servigne
Source : Pablo Servigne
Source : Pablo Servigne
6
Concept n°3 : L’Anthropocène (un monde de courbes exponentielles)
Source : Pablo Servigne
7
- Différence entre une croissance exponentielle (x) et une croissance linéaire (+)
Une économie comme celle de la Chine actuelle qui connait une croissance de 7%
annuellement double tous les 10 ans.
Même si l’économie mondiale stabilise sa croissance autour de 1%, estimation basse, elle doublera tous les 70 ans. Autrement dit, les biens et services échangés sur Terre doubleront tous les 70 ans même en croissance faible.
8
- Problème de l’anthropocène : Une croissance exponentielle n’est pas possible dans un monde fini pendant un temps infini
Source : Pablo Servigne
9
Concept n°4 : Le pic pétrolier… et des autres sources d’énergie
Une fois le pic du pétrole atteint, il reste encore la moitié…
➔ Les TRE des gisements de pétrole sont en déclin. Il ne sera bientôt plus économiquement rentable d’extraire du pétrole
Une économie en croissance exponentielle a des besoins exponentiels en énergie !
Actuellement, presque l’entièreté de notre économie repose sur des énergies fossiles, particulièrement sur le pétrole.
Source : Pablo Servigne Source : Pablo Servigne
10 Remplacer le pétrole par d’autres sources d’énergie ?
Les métaux arrivent également à leur pic
Energie fossiles non conventionnelles
- Le pic du pétrole conventionnel aurait été atteint en 2006 et oscillerait actuellement sur un plateau au sommet de la courbe, avant d’entamer sa diminution (source : agence internationale de l’énergie)
- L’offre est cependant compensée par des énergies fossiles non-conventionnelles (sables bitumineux, gaz de schistes). L’extraction de ces dernières est extrêmement polluante.
Par ailleurs, selon Pablo Servigne, les rendements plus faibles de ces sources d’énergies provoqueraient l’endettement croissant des firmes les exploitants, endettement condamnant ces dernières à trouver toujours plus de ressources. Une course en avant fragile et peu souhaitable.
Source : Pablo Servigne
11
Concept n°5 : Croissance économique, un dilemme central
Introduction
La croissance économique correspond à la croissance du PIB entre deux années, c’est-à-dire à la croissance des biens et services produits sur un territoire. Si le PIB diminue entre deux années successives, on parle alors de décroissance.
Un système économique presque planétaire
La quasi-totalité de la planète est régie par le même système économique : le capitalisme dans une économie de libre marché (libéralisme économique).
-> Le capitalisme se définit par la propriété privée des moyens de production et par la recherche du profit.
-> Le libéralisme économique prône la libre concurrence entre les entreprises, autrement dit l’état doit intervenir le moins possible dans la sphère économique, cette dernière est régulée par l’offre et la demande.
Le schéma de la page13 montre ces relations.
o Les entreprises ne sont pas là pour assurer un service mais pour vendre des biens &
services, c’est-à-dire pour faire du profit
o Par le biais de l’épargne (placement, actions etc.), les individus possèdent le capital des grandes entreprises (elles n’appartiennent pas à l’état)
o Le marché est très concurrentiel, les entreprises se doivent donc d’être performantes Ce système économique a des avantages. Il pousse à l’efficacité et à l’innovation, ce qui a permis un développement économique sans précédent à l’échelle de l’humanité. Il a permis à des milliers d’être humains de vivre plus décemment et en meilleur santé.
Néanmoins, il a des défauts.
Lien entre croissance et capitalisme de libre marché
Dans ce système, pour survivre, les entreprises se doivent d’être très performante. Parmi les principaux moyens d’être performant, on trouve l’efficacité, l’innovation et le marketing. Ces processus vont soit directement augmenter la consommation (publicité, nouveaux produits) soit indirectement via la baisse des prix (efficacité). Cette augmentation de la consommation correspond à ce que l’on appelle la croissance économique.
De plus, pour être performant, les entreprises ont besoins de capitaux. Or, elles en obtiennent davantage si elles sont plus performantes puisqu’elles sont alors capables de payer plus d’intérêts en échange de capitaux. Cette boucle vient renforcer la nécessité d’être performant, ce qui au final, augmente la consommation.
Notre système économique pousse donc à la consommation. Peu importe si cette consommation va nous rendre heureux ou non, elle augmente. C’est une conséquence du système.
12
Autre conséquence du système, il favorise les très grandes entreprises. Comme ces dernières sont plus efficaces (rendements d’échelle), elles survivent particulièrement bien dans le système capitaliste de libre marché. Les multinationales prennent ainsi une place de plus en plus importante dans le système économique, elles concentrent énormément de pouvoir.
Dernière conséquence, l’emploi est très fortement lié à l’innovation et au marketing. Comme les entreprises sont de plus en plus efficaces, elles ont besoin de moins de personnel pour produire des quantités égales. L’emploi est maintenu uniquement parce que de plus en plus de produits sont inventés et vendus.
Que se passe-t-il si on la consommation diminue ?
Que ce soit à cause d’une crise (ressources, énergie, épidémies) ou de décisions politiques, la consommation peut diminuer. Dans ce cas, les entreprises vont vendre moins de biens et services. Si la situation dure dans le temps, du personnel va être licencié. Ces personnes auront moins de revenus et pourront donc moins consommer, ce qui à nouveau va diminuer les ventes des entreprises. Commence alors une boucle de récession qui conduit à toujours plus de chômage et de baisse de revenus.
L’état peut évidemment payer des indemnités à ceux qui perdent des emplois. Mais les ressources de l’état proviennent principalement des impôts perçus sur les revenus, les bénéfices des entreprises et sur la consommation (TVA). Autrement dit, la récession fait rapidement baisser les revenus de l’état et menaces les services publics assurés par ce dernier.
Pour mettre fin à cette spirale négative, il est rapidement espéré que la consommation augmente à nouveau, autrement dit que la croissance économique reparte de plus belle.
Conclusion
Le capitalisme de libre marché ne peut être stable. Soit il conduit à une hausse de la consommation (croissance économique) soit il s’écroule (récession). Malheureusement, dans notre système économique, la croissance est indispensable pour assurer le bien être de la population. On se trouve fasse à un théorème d’impossibilité, d’un côté la croissance n’est pas compatible avec les limites de notre planète. De l’autre, la décroissance conduit à une spirale récessionniste destructrice.
Source principale : Tim Jackson, Prospérité sans croissance
13
Fonctionnement global du capitalisme de libre marché
14
Concept 6 : Verrouillage sociotechnique (lock-in)
Le verrouillage apparait lorsque de nouveaux systèmes n’arrivent plus à émerger à cause du système dominant qui ne laisse plus d’espace à la liberté et à la créativité.
Les verrouillages reposent notamment sur deux principes :
- La dépendance au sentier (path dependant) : nous sommes coincés dans les choix technologiques ou économiques de nos ancêtres
- Les rétroactions positives (voir concept 7) qui renforcent les systèmes en place
Exemples
a) L’automobile et les systèmes routiers
Le tram sur la ligne 1 au centre de Namur en 1949. Depuis le réseau de tram y a été démantelé, au profit de la voiture
Le système automobile est un exemple d’un système qui se verrouille en devenant omniprésent et indispensable, notamment en supprimant les alternatives.
Il y a 40 ans, la grand-place de Bruxelles était un parking
Cela montre qu’un verrouillage peut sauter et laisser place à des alternatives.
Source : Pablo Servigne
15 b) Le pièges abscons
Un mauvais choix d’étude, de carrière etc. sont d’autres pièges abscons bien connus.
Global lock-in
Le problème, c’est lorsque les systèmes verrouillés deviennent de plus en plus grands. Un
« global lock-in » peut se traduire par « un verrouillage gigantesque ». Lorsque les systèmes grandissent et sont de plus en plus connectés, il devient extrêmement compliqué de leur trouver une alternative.
Exemples
a) Pablo Servigne illustre ces verrouillages en évoquant certaines institutions financières ou multinationales « too big to fail » (trop grandes pour faire faillite) ou « too big to jail» (trop grande pour aller en prison).
b) Dans l’extrait ci-dessous, Pablo Servigne décrit notre système économique basé sur la croissance comme un exemple typique de verrouillage gigantesque. Sur ce point, il rejoint la vision de Tim Jackson évoquée au point précédent.
Les verrouillages sociotechniques empêchent la société de s’adapter à de nouveaux défis. De ce fait, ils la fragilisent… et l’exposent à l’effondrement.
Source : Pablo Servigne
16
Concept n°7 : Découplage
Introduction
Puisque notre système économique semble verrouillé et la croissance indispensable, beaucoup estiment que des progrès technologiques rapides sont indispensables pour que l’économie mondiale et ses conséquences restent dans les limites écologiques de la planète. Si de tels progrès sont à priori souhaitables, il ne faut pas sous-estimer l’effort à accomplir.
Le découplage tel que vu dans ce cours concernera la pollution et l’utilisation des ressources non renouvelables.
Découplage relatif et découplage absolu
Découplage relatif : C’est faire plus avec moins, plus de biens et services avec moins de pollutions et d’énergies fossiles par unité de production.
Le découplage relatif désigne une baisse de l’impact écologique par unité de PIB produite. Dans le cas du découplage relatif, pour chaque unité produite, on pollue moins et on consomme moins d’énergie fossile. Mais cela ne veut pas dire qu’au total, l’impact écologique est en diminution, car l’économie continue de croître. L’impact écologique peut augmenter mais il augmente moins vite que le PIB.
Découplage absolu : La pollution et la consommation d’énergies fossiles diminuent réellement, alors que l’économie augmente.
C’est ce découplage dont la planète a besoin. Dans le cas du changement climatique par exemple, il est indispensable d’obtenir une réduction absolue des émissions de carbone de 50 à 85% d’ici 2050 pour respecter l’objectif du GIEG (maximum 2°C d’augmentation de température par rapport à l’époque préindustrielle).
Les résultats actuels
Evolution de la consommation de combustibles fossiles et du PIB : 1980-2007
La figure ci-contre montre un léger découplage relatif à partir du milieu des années 2000. Le PIB tend à augmenter plus vite que la consommation d’énergies fossiles. Ceci est facilement observable pour le pétrole par exemple. Par contre, la consommation de charbon est en augmentation forte depuis les années 2000 et ne présente même pas un découplage relatif.
Le PIB tend également à croître plus vite que les émissions de CO2
17
La figure de la page précédente montre cependant qu’il n’y a aucun découplage absolu de l’impact écologique. Ni la consommation d’énergies fossiles, ni les émissions de CO2 ne sont en diminution réelle. Même si les énergies sont utilisées plus efficacement, l’impact écologique est en croissance car l’économie est en croissance.
Le monde a connu une augmentation de 40% des émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2010.
Depuis les années 2000, ces émissions augmente à un rythme annuel supérieur à 3%. Si certains progrès ont été faits dans l’utilisation des ressources, nous ne sommes « absolument » pas sur la voie menant aux 2°C maximum de réchauffement climatique. Pour se faire, il faudrait que les émissions diminuent de 4,9% annuellement.
Seules les données mondiales comptent
Il faut se méfier des données présentées par certains pays au niveau de leur impact écologique. Dans notre économie mondialisée, les pays les plus riches ont tendance à délocaliser leur activité industrielle dans les pays émergeants. Ce phénomène tend à diminuer la pollution et la consommation d’énergies fossiles pour les pays riches mais cela ne change rien à l’échelle mondiale.
Le réchauffement climatique et la limite des ressources sont des phénomènes qui doivent être étudiés à l’échelle mondiale. Les statistiques par pays n’ont que peu de sens.
Un progrès technologique est indispensable … mais quel est le défi ?
Il y a 40 ans, une équation mathématique très simple a été proposée par Paul Ehrlich et John Holdren liant impact écologique et croissance économique.
Cette équation dit très simplement que l’impact écologique (I) des activités humaines est le produit de trois facteurs : la taille de la population mondiale (P), son niveau d’abondance (A) exprimé sous la forme du revenu par personne, et un facteur technologique (T), qui mesure l’impact écologique associé à chaque dollar que nous dépensons (par exemple l’intensité en CO2 de l’activité économie -> gCO2/
$)
I = P x A x T
Entre 1990 et 2007, la production de CO2 par $ créé a diminué de 0,7% par an annuellement. C’est une bonne nouvelle, mais dans le même temps, la population a augmenté de 1,3% et le revenu moyen par habitant a augmenté de 1,4%. Autrement dit, les progrès réalisés par l’industrie pour émettre moins de CO2 ont été très largement balayés par l’augmentation des revenus et de la population.
Pour parvenir aux objectifs du GIEC en termes de CO2 d’ici 2050, il faudrait que T diminue de 7%
annuellement, soit à un rythme 10 fois plus élevé qu’actuellement. Au final, les émissions de CO2 par
$ devraient être 21 fois plus petites d’ici 2050. Et encore, ce calcul se base sur une croissance faible de la population mondiale et sur un maintien des inégalités mondiales. Si les revenus des pays en développement atteint celui des pays riche, T devra diminuer bien plus fortement.
18 Ces calculs ont donc le mérite de poser trois questions :
• Sommes-nous conscients qu’actuellement nous ne réduisons absolument pas notre impact écologique mondial, malgré tous les progrès techniques apparus ces dernières années ?
• Sommes-nous conscients que la croissance économique nous contraint à baisser les taux d’émissions de CO2 jusqu’à des niveaux extrêmement bas, quasiment nuls si la croissance doit se poursuivre après 2050 ? Qu’il faudrait un miracle technologique pour maintenir la croissance ?
• Sommes-nous conscients qu’une égalité des revenus à l’échelle mondiale est quasiment incompatible avec les objectifs cités plus haut ?
Conclusion
Si les progrès technologiques semblent incapables de résoudre à eux seuls les problèmes écologiques, ils n’en sont pas moins indispensables. Mais il est clair qu’il faudra les accompagner d’autres mesures.
Source principale : Tim Jackson, Prospérité sans croissance
-
19
Concept n°8 : Rétroactions positives et négatives & effet dominos
Définition de rétroaction :
Une rétroaction est un « un effet de retour ». Il a lieu dans un système cause-conséquence lorsque la conséquence agit directement ou indirectement sur la cause qui l’a créée. La conséquence « répond » à la cause.
Si la réponse du système amplifie le phénomène, on parlera alors de rétroaction positive. Si elle l'atténue, on parlera à l'inverse de rétroaction négative.
On parle plus souvent de boucle de rétroaction que de rétroaction seule. Une boucle est un cycle de processus qui agissent en chaîne.
Rétroactions positives et réchauffement climatique
Actuellement, nous peinons à limiter le réchauffement à 2°C par rapport à la période préindustrielle d’ici 2050. Alors même que de graves bouleversements auront lieu si nous respectons ce seuil, il faut comprendre que s’il est dépassé, le réchauffement deviendra incontrôlable. Ceci s’explique par les boucles de rétroactions positives qui amplifieront le réchauffement. Parmi ces boucles, on pointe : la perte de glaces de mer de l'Arctique ainsi que des nappes de glace au Groenland et en Antarctique, le dégel du pergélisol (ou permafrost) et la destruction des forêts boréale et amazonienne.
Stress pendant les examens
Mauvais sommeil
Manque d’énergie
Difficultés d’étude
Stress pendant les examens
Mauvais sommeil
Manque d’énergie
Difficultés d’étude
Jogging de 20 min Exemple de rétroaction positive Exemple de rétroaction négative
20
Exemples de rétroactions positives climatiques
Un « effet dominos » a lieu si une ces boucles en enclenche d’autres et ainsi de suite.
Conséquences
Selon le GIEC (impacts déjà présent et à prévoir avec 2°C de réchauffement climatique)
• Le rapport confirme avec encore plus de certitude que les impacts des changements climatiques sont d’ores et déjà conséquents et largement répandus.
• En Europe, les principaux risques identifiés concernent les événements climatiques extrêmes, les restrictions en eau, ainsi que des extinctions locales d’espèces, la disparition de certains habitats naturels et l’introduction et l’expansion d’espèces invasives.
• Ces risques entraîneront des dommages économiques affectant de nombreux secteurs et toucheront un grand nombre de personnes.
• En dehors de l’Europe, des ruptures des systèmes alimentaires sont à prévoir. Elles aggraveront les situations déjà existantes de famines et de guerres
Réchauffement climatique
Fonte du permafrost
Réchauffement climatique
Augmentation des feux de forêts
Diminution de la forêt amazonienne
Augmentation du CO2 dans l’atmosphère
Libération de grandes quantités de gaz à effet de serre
Selon une étude de la Banque Mondiale
Source : Pablo Servigne
21
Pablo Servigne estime même que les rapports du GIEC sont trop optimistes.
La carte ci-dessous peut nous aider à comprendre ce que provoque un réchauffement climatique planétaire de 5°C
Comparaison entre âge glaciaire et période actuelle sur l’Atlantique Nord.
Il y a 20.000 ans, au maximum glaciaire, lorsque la température moyenne était de 5°c de moins qu’aujourd’hui:
• La Scandinavie était couverte d’un énorme glacier de 3km de profondeur
• Plusieurs kilomètres de glace recouvraient l’Amérique et l’Europe du Nord. La France ressemblait au nord sibérien actuel,
• L’Europe continentale était plus froide de 10 à 15°c mais l’océan tropical a peu varié,
• On passait à pied à sec de France en Angleterre, la mer étant plus basse de 120 mètres! (due à l’eau contenue dans les glaciers)
A la lumière de la seule expérience grandeur nature que la planète ait connue, il semble probable que 5 °C de hausse du thermostat planétaire en un siècle se traduirait par une modification massive de l’environnement.
Source: JC Duplessy & Pierre Morel, Gros temps sur la Planète (document original provenant du programme CLIMAP)
22
Effet dominos & biodiversité
Source : Pablo Servigne
23
Approche des solutions
Face à tous ces dangers, il est tentant d’être fataliste, défaitiste. On ne peut cependant se résoudre à accepter la situation sans rien dire, sans rien faire. Plusieurs approches permettent sinon d’éviter des catastrophes au minimum d’en réduire l’impact. On peut comparer ces approches et les critiquer, par contre il ne faut pas les opposer. Elles peuvent être complémentaires. Il est à priori possible d’agir selon 3 échelles, 3 niveaux de pouvoirs.
Echelle individuelle
Exemple :
Le mouvement Colibri de Pierre Rabhi. Selon ce mouvement chacun doit faire sa part pour construire une société plus juste d’un point de vue social et environnemental. Le changement de la société passe par un changement personnel.
Avantages
- « Facile et rapide » à mettre en place, - C’est la base du changement. Comment atteindre les objectifs environnementaux si des gens jettent toujours leur mégot à terre ou ne trient pas leurs déchets ?
- Peut influencer les décisions à d’autres échelles de pouvoir,
- C’est donc une condition nécessaire au changement.
Inconvénients
- Difficultés des individus de se raisonner par eux-mêmes,
- Difficultés de fixer des objectifs globaux, - Rejeter la responsabilité sur les individus permet trop souvent aux autres acteurs (multinationales, gouvernements etc.) de ne pas changer,
- C’est donc une condition non suffisante au changement
Echelle communautaire
Exemple : le mouvement de la transition de Rob Hopkins. C’est un mouvement qui incite les citoyens à se rassembler en communauté pour se réapproprier le système économique et pour développer concrètement des solutions innovantes aux problèmes environnementaux. Ce mouvement voit les menaces vues précédemment comme une opportunité de changer positivement la société.
Avantages
- Démarche positive,
- Démarche « bottom up », qui part des citoyens,
- Démarche concrète, des résultats sont observables rapidement,
- Améliore la résilience de la société, ce qui est infiniment utile en cas de choc
Inconvénients
- Mouvement lent à mettre en place, - Difficultés de fixer des objectifs globaux, - Impact actuellement limité par rapport aux forces économiques en places.
24
Echelle nationale & internationale
Exemples
Mesures coercitives. Aurélien Barrau, par exemple, milite pour que les gouvernements se dotent d’un ensemble de lois face au dérèglement environnemental. Il peut s’agir de contraintes, d’obligations, d’interdictions. On peut penser à des interdictions de polluer pour certaines entreprises, interdire des prix trop bas pour les billets d’avions etc.
Nouvelle gestion des biens communs. Initialement les biens communs sont des ressources communes qui peuvent être dégradés par leur consommation, exemples : l’eau, le sol, l’air, les poissons etc. Au milieu du 20ème siècle, des économistes ont mis en évidence l’incapacité de l’homme de gérer une ressource commune sans la détruire. C’est la tragédie des communs.
Seules solutions pour gérer ces précieux biens : la privatisation ou la nationalisation. On ne peut pas dire que cela ait très bien fonctionné ! C’est pourquoi de plus en plus de chercheurs vont à l’encontre de cette tragédie (voir Elinor Ostrom, prix Nobel d’économie 2009). En établissant notamment des règles d’utilisations collectivement, il serait possible de gérer des biens communs sans les épuiser et sans les privatiser. Ce concept sera même extensible à des ressources « non matérielles » comme la santé, ou la recherche.
Une première étape serait de réinventer notre système économique en sortant de la logique de marché et d’appartenance certaines ressources, et de les gérer en communauté (l’échelle nationale/internationale peut être intéressante pour changer le modèle économique en profondeur, mais la gestion des biens communs peut commencer à l’échelle communautaire)
Avantages
- Mesures pouvant avoir un impact très fort (pouvant potentiellement éviter
l’effondrement)
- Mesures pouvant être guidées par des objectifs globaux clairement définis
- Mesures ne dépendant pas de la bonne volonté des uns et des autres
Inconvénients
- Objectivement, émergences quasi
inexistantes de telles mesures alors qu’elles sont réclamées depuis plus de 40 ans par la communauté scientifique
- Mesures en contradiction avec la logique de profit à court terme dont le pouvoir est considérable sur terre
- Mesures en contradiction avec la difficulté d’anticipation qui caractérise en partie nos sociétés
- Les mesures coercitives peuvent être décidées de façon « top-down » et peuvent être considérées comme liberticides par une partie de la société
25
Troisième partie : Exercices
Question 1
Définis le concept d’anthropocène
Quels liens fais-tu entre l’anthropocène et le modèle Meadows ?
26
Question 2
Le monde va-t-il manquer de sable?
On le trouve dans le béton, qui alimente, au rythme de deux tonnes par an et par être humain, un boom immobilier ininterrompu. Mais aussi dans les puces électroniques, le papier, le plastique, les peintures, les détergents, les cosmétiques… Ce sable que nous aimons fouler du pied ou laisser filer entre nos doigts s’est glissé à notre insu dans tous les interstices de notre quotidien.
L’industrie le consomme en quantités croissantes, plus encore que le pétrole. Peut-être parce que, contrairement à l’or noir, cette matière première perçue comme inépuisable est restée à ce jour pratiquement gratuite. Alors que le sable des déserts est impropre à la construction, les groupes du bâtiment ont longtemps exploité les rivières et les carrières. Puis ils se sont tournés vers la mer, provoquant ce qui est en train de devenir une véritable bombe écologique.
Car le sable joue un rôle essentiel dans la protection des côtes et l’équilibre des écosystèmes marins. Les conséquences de cette surexploitation apparaissent peu à peu au grand jour. Petit à petit, les appétits économiques ont grignoté au moins 75 % des plages du monde, et englouti des îles entières, en Indonésie et aux Maldives, tandis que Singapour ou Dubaï ne cessaient d’étendre leur territoire en important, parfois frauduleusement, du sable. Disparition des poissons, impact aggravé de l’érosion et des tempêtes, bords de mer devenus lunaires … : face aux timides régulations adoptées pour tenter de limiter le pillage, la "ruée vers le sable" s’est en réalité accélérée, sous l’égide de grandes entreprises multinationales et de mafias locales.
Quels liens établis-tu entre l’article ci-dessous et les deux concepts
que sont l’anthropocène & la notion de pic d’une ressource ?
27
Question 3
Date de publication : 19 mars 2020
Coronavirus: la BCE sort le bazooka avec 750 milliards d'euros
- Soutien à l'économie -
En rachetant ainsi massivement de la dette des Etats et d'entreprises de la zone euro sur les marchés, la BCE (la Banque Centrale Européenne) espère soulager les banques et les inciter à maintenir voire relancer leurs prêts aux ménages et entreprises, et ainsi à soutenir la production et l'emploi.
Ce soutien doit contribuer à relancer un système économique grippé, où de nombreuses sociétés sont obligées de suspendre leur activité face au virus et où certaines vont se retrouver bientôt menacées de faillite.
Source : https://www.afp.com/fr/infos/334/coronavirus-la-bce-sort-le-bazooka-avec-750- milliards-deuros-doc-1q05cm2
Date de publication : 07 mars 2020
Le scénario d’une récession pas à exclure
"La Belgique est très exposée au commerce mondial, c’est un hub important pour
l’Europe. Mais le choc le plus important, qu’il faudra peut-être prendre en compte, mais à ce stade il n’y a pas de raison pour le faire, ce sont des mesures de confinement. La Belgique comme d’autres pays européens, est très dépendante de la consommation des ménages – le levier de la croissance. L’année dernière, si on a réussi à éviter une
récession mondiale, c’est grâce à la consommation". Autrement dit, dans un scénario plus pessimiste, avec des mesures de confinement plus drastiques, le choc de consommation pourrait faire enregistrer une année de récession à la Belgique.
Source : https://www.rtbf.be/info/economie/detail_les-pertes-commerciales-du- coronavirus-pour-la-belgique-estimees-a-6-2-milliards-d-euros?id=10449902
Sans entrer dans le détail des jeux financiers, pourquoi une crise telle que celle du Coronavirus peut entrainer une récession ?
Pourquoi les autorités politiques souhaitent au plus vite relancer la
croissance économique alors qu’elle n’est pas compatible avec les
limites physiques de notre planète ? Utilise notamment les deux
articles ci-dessous pour répondre.
28
Question 4
Qu’est-ce qu’un verrouillage sociotechnique ?
Explique pourquoi la voiture est un exemple de verrouillage sociotechnique de notre société. Cependant, ce verrou pourrait bien être en train de sauter.
Utilise notamment les deux photographies ci-dessous dans ton développement.
Le tram sur la ligne 1 au centre de Namur en 1949
Il y a 40 ans, la grand-place de Bruxelles était un parking
29
Question 5
Utilise les concepts de découplage relatif et de découplage absolu
ainsi que les résultats exposés dans le concept 7 pour critiquer
objectivement le programme ci-dessous. Donne ensuite ton propre
avis sur ce type de slogan.
30