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Ethique et formation médicale Révision des concepts

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Ethique et formation médicale Révision des concepts

Guy LLORCA*

Messages clés

L’éthique médicale doit être enseignée.

Les intentions pédagogiques sont centrées sur l’ a m é l i o ra- tion de la qualité des pratiques et de la relation de confiance.

Cet enseignement doit être adapté aux différentes cibles représentées par les médecins en formation initiale, les médecins en formation continue, les formateurs en éthique médi- cale et les chercheurs en éthique médicale.

En formation initiale, l’objectif principal est d’ a p p re n d re le ra i s o n n e m e n t éthique.

En formation continue, l’analyse de cas réels est certainement primordiale.

La formation des formateurs doit a p p o rter les connaissances fondamentales en éthique et en animation de groupe.

La formation des chercheurs doit com- p o rter l’ a p p roche des méthodes qualitatives.

L’éthique de l’enseignement repose sur trois valeurs fondamentales : la l i b e rté, la justice et la responsabilité.

L’éthique de l’enseignement aboutit à un contrat entre formateurs, formés et insti- tution.

Son respect est d’une évaluation délicate et doit privilégier les démarches form a t i ves fondées sur une acceptation g é n é rale et libre des acteurs.

Mots clés

Éthique ; Bioéthique ; Éthique médicale ; Éthique Clinique ; Comité d’éthique ; En s e i g n e m e n t Médical ; Formation Initiale ; Formation Continue ; Modèles ; Méthodes ; Techniques ; Éva l u a t i o n .

Key messages

Medical ethics must be teached.

Teaching design is centred on improvement of medical pra c t i c e and confidence relationship.

Medical ethics teaching must be adjusted to different targets : undergraduates, postgra- duates, teachers and re s e a rchers.

For undergraduates, the main aim is to learn éthical reasoning.

For postgra d u a t e s , solving real ethical problem is certainly the leading purpose.

Teachers must be competent in fondamental ethics and g roup management. • Re a s e rchers must learn qualitatives methods.

Ethics of medical education, is based on three prin- cipal values : libert y, justice and re s p o n s a b i l i t y.

Ethics of medical education leads to a thre e - p a rt - c o n t ract established b e t ween teachers, students and institution.

The evaluation of application of this contract must be necessarly founded in a free and consent acceptation of all the actors.

Key word s

Ethics; Bioethics; Medical Ethics; Clinical Ethics; Ethics Committee; Medical Ed u c a t i o n ; Undergraduate; Postgraduate; Models; Methods; Techcnics, Eva l u a t i o n . Pédagogie Médicale 2002; 3 : 169-179

Introduction

La seconde moitié du X Xesiècle a été marquée par de pro- fonds bouleversements qui n’ont pas manqué de toucher la médecine. Bouleversements techno-scientifiques, en pre- mier lieu, qui sont à l’origine d’une médecine délibéré- ment efficace et d’une approche scientifique de la décision médicale, soutenues par la démarche fondée sur des p re u ves contenue dans le concept d’evidence-based medi- c i n e1 , 2. Bouleversements socioculturels et idéologiques, en second lieu, à l’origine de nouvelles représentations de la

vie et de la mort, de la santé et de la maladie, du soin et des traitements préventifs, curatifs ou palliatifs…

Alors que la médecine avait centré ses valeurs sur la re l i- gion et la loi, ces bouleversements sont à l’origine d’ u n immense phénomène social et intellectuel qui se concré- tise avec la naissance du terme bioéthique créé en 1971 par l’oncologiste Van Rensselaer Potter en publiant son livre intitulé « Bieothics Bridge to the Fu t u re » et celui d’ é t h i q u e clinique, créé en 1976 par Joseph Fl e t c h e r3 , 4. L’ é t h i q u e médicale, qui se construit à partir de la philosophie morale et de la déontologie de la profession, tente de répondre aux

* Comité d’Ethique du CHU de Lyon, France.

Correspondance : Pr. G. Llorca, Laboratoire de Thérapeutique, 8, avenue Rockefeller 69373 Lyon cedex 08 France Téléphone : (33) 478 777 063 – Télécopie : (33) 478 014 934

Mailto:[email protected]

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R é f é re n c e s

n o u velles questions et préoccupations. En effet, en même temps que l’espérance de vie pro g resse, la notion de qualité de vie reliée à la santé se développe et apparaît comme un objectif médical majeur. Ces bouleversements sont à l’ o r i- gine de tensions relationnelles au sein de sociétés deve n u e s m u l t i c u l t u relles qui mettent en cause l’asymétrie des pou- voirs traditionnels.

Les années 60 sont marquées par le rôle important de théologiens et de philosophes qui sont sollicités par la pro- lifération des biotechnologies, les abus de la re c h e rche et l’apparition d’une nouvelle conscience des patients, de leurs droits et des responsabilités. Un fort mouvement est initié, dans les années 70, en Amérique du No rd avec, en p a rticulier aux Et a t s - Unis, la création du Ke n n e d y Institute of Ethics à l’ u n i versité Ge o r g e t own de Washington en 1971, la National Commission on the p rotection of Human Subjects of Biomedical and Behavioral Re s e a rch en 1974, la Pre s i d e n t’s Commission for Study of Ethical Problems in Medicine and Bi o m e d i c a l and Behavioral Re s e a rch en 1979. Des Comités d’ é t h i q u e et des consultations d’éthique sont mis en place et des médecins et philosophes créent un certain nombre de c e n t res (dont le Hastings Center à New Yo rk, le Ke n n e d y Institute à Washington, le Mac Lean Center à Chicago, l’ Institute for the Medical Humanities à Ga l ve s t o n … ) . Ces centres s’attaquent au problème de l’ e n s e i g n e m e n t , des livres et revues spécialisés sont édités, des sociétés d’éthique sont créées… Ce mouvement s’étend rapide- ment au Canada et à l’ Eu rope, puis à l’Asie et l’ A f r i q u e , essentiellement sous la forme de Comités d’éthique et de la création de nombreux diplômes à forte consonance philo- sophique le plus souvent. De ce mouvement international et des courants qu’il génère naît une mosaïque de situa- tions, en même temps que la notion de pluridisciplinarité devient évidente et enrichit la pensée médicale.

C’est dans ce climat de profonde mutation de la commu- nication humaine, de révision des concepts clés dont celui de la santé et de l’utilité collective, d’ é volution des c royances et de l’habitat que la médecine doit pro g re s s e r, si elle veut demeurer crédible. Sa finalité même doit être redéfinie pour ne pas dévier vers une obligation de résultat que la médiatisation des progrès et des échecs médicaux incite à intro d u i re. Cette finalité est confrontée, non plus à la seule souffrance humaine, mais aux nouvelles maîtrises p s ychiques et génétiques et à leurs détournements pos- sibles. Elle est malmenée par les impératifs soit naturaliste, soit technicien qui s’ a f f rontent et tentent de répondre à la q u e s t i o n : « tout ce qui est techniquement possible est-il

é t h i q u e ? ». L’ é volution des dernières années tend à re m- placer le concept de santé par celui, plus raisonnable, de

« potentiel-santé » et cherche à répondre aux positions extrêmes, technophobes et technophiles, par une d é m a rche « prudentialiste », c’ e s t - à - d i re encadrée de cri- t è res fixant les limites collectivement les plus acceptables.

Dans la formation médicale, l’éthique apparaît mainte- nant comme un atout majeur et incontournable5 , 6 , 7 .

Ce travail est consacré à deux aspects fondamentaux de l’éthique en formation médicale. Tout d’ a b o rd celui de son enseignement, en proposant un système modulaire sus- ceptible de couvrir les divers besoins en la matière . Ensuite, celui de l’éthique de l’enseignement, qui est cen- trée sur des valeurs qui méritent d’ ê t re rappelées et soulè- vent la question de leur mise en pratique.

L’enseignement de l’éthique

Ce premier chapitre tente de proposer un ensemble cohé- rent d’enseignement de l’éthique médicale aux médecins, non pas pour privilégier ce corps professionnel, mais parc e q u’il est le premier concerné, et parce qu’à partir de cette réflexion il est re l a t i vement aisé de transposer ces pro p o s i- tions en les adaptant aux besoins et nécessités des autre s p rofessions de santé. Cette proposition, établie à partir des n o m b reuses expériences internationales, cherche à r é p o n d re aux difficultés qui ont été mises à jour par ces t e n t a t i ve s8 - 1 5 .Ainsi, cet enseignement doit pouvoir corre s- p o n d re aux attentes, tant en matière de formation initiale que continue.

Définitions et domaines de l’éthique médicale

L’éthique médicale, composante forte de l’éthique, ne la résume pas. Elle emprunte ses bases à ce qu’il est conve n u d’appeler l’éthique fondamentale1 6 , 1 7et son approche pra- tique différencie le domaine clinique1 8 de celui de la re c h e rche biomédicale et des techniques1 9. Si l’on se rap- p o rte à la définition qu’en donne Re i c h2 0, la bioéthique est

« …l’étude systématique de la dimension morale (incluant la vision morale, les décisions, la conduite et les politiques) des sciences de la vie et de la santé, utilisant les variétés de méthodes éthiques dans une approche multidisciplinaire… ».

En ce qui concerne strictement la formation médicale, l’éthique médicale et singulièrement l’éthique clinique, doit être centrée, à notre point de vue sur le jugement de valeur de la décision médicale pratique7 , 2 1.

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Ob l i g a t o i rement pluridisciplinaire, elle n’ a p p a rtient pas strictement aux médecins mais les concerne en pre m i e r lieu. Ainsi recentrée, l’éthique médicale peut, plus facile- ment, pénétrer la formation de tout médecin par le biais de son domaine clinique et peut concerner, au titre des techniques et de la re c h e rche, ceux qui souhaitent appro- fondir leur formation ou deve n i r, eux-mêmes, formateurs ou chercheurs en éthique médicale.

Intentions pédagogiques

Pour demeurer dans le cadre d’une finalité du soin centrée sur la qualité du conseil et de l’aide prodigués par le soi- g n a n t1 2 , 1 3 , 2 2, l’intention pédagogique générale est re p r é s e n- tée par l’aide apportée au médecin pour toujours privilé- gier le meilleur (ou le moins mauvais) chemin pour r é p o n d re à la demande des personnes qui le sollicitent. Il s’agit alors, d’ a m é l i o rer la qualité de la pratique médicale, en optimisant les propositions d’action, donc de décision, et en favorisant la compétence des soignants et la sécurité des soignés. Cette intention de qualité décisionnelle s’ a s s o- cie à une intention de re n f o rcement de la relation de confiance, par l’ a p p rentissage du respect de tous les acteurs impliqués dans la décision médicale et celui des conditions d’une véritable communication.

L’enseignement de base en formation initiale : le minimum indispensable

La cible pédagogique

Elle est représentée par les étudiants en phase prédoctorale ou formation initiale. Elle ne doit pas faire perd re de vue que la cible véritable est représentée par le patient poten- tiel, et doit mettre en œuvre les méthodes les plus pert i- nentes pour assurer la cascade de redistribution des connaissances du formateur à l’étudiant, puis de l’ é t u d i a n t d e venu praticien au patient2 3 , 2 4.

Les objectifs généraux

Les objectifs généraux de formation, pour répondre aux intentions pédagogiques déclarées, doivent s’ a rt i c u l e r autour de notions concrètes d’éthique clinique qui re p r é- sentent les aptitudes de base que l’on souhaite vo i r acquérir et pouvoir évaluer à partir d’une modification c o m p o rtementale induite observable. Six objectifs prin- cipaux nous semblent indispensables à ce stade de formation initiale :

1) savoir évaluer le degré de vulnérabilité d’un patient ; 2) savoir explorer les dimensions décisionnelles ; 3) savoir identifier un conflit de valeur ;

4) s a voir informer correctement un patient et son entourage ;

5) savoir créer les conditions d’un vrai dialogue ; 6) savoir proposer une solution acceptable ;

Ces objectifs re l è vent de compétences complexes et variées. Ils ne se situent pas tous au même niveau de connaissances et re l è vent de savoirs multiples qui peuve n t ê t re sollicités à des moments différents du cursus médical.

Les contenus

Les contenus concernent les compétences entendues au sens des savoirs, qu’ils soient factuels, conceptuels, pro c é d u r a u x ou décisionnels2 5. Ces contenus sont obligatoirement pluri- d i s c i p l i n a i res et ne sauraient être exhaustifs. Ils doivent être centrés sur la finalité de l’action médicale et doivent re p r é- senter ce que tout médecin devrait connaître pour agir ave c compétence. Ils ne doivent pas corre s p o n d re à des listes de réponses toutes prêtes à appliquer ou à une vérité révélée, mais aux instruments susceptibles d’aider à tro u ver la m e i l l e u re solution face aux difficultés re n c o n t r é e s2 6 - 2 8. En fait, il apparaît à l’analyse que, pour atteindre les objectifs généraux définis au paragraphe précédent, certains savo i r s représentent des préalables, alors que d’ a u t res apparaissent plus spécifiques de l’enseignement de l’ é t h i q u e :

- les savoirs préalables : il s’agit, tout d’ a b o rd, des savo i r s médicaux cliniques représentés par les connaissances sémio- logiques, nosologiques, pronostiques et thérapeutiques sans lesquelles aucune décision médicale ne saurait être engagée.

Il s’agit, ensuite, des savoirs juridiques, psyc h o l o g i q u e s cognitifs, sociologiques et économiques qui seront habituel- lement sollicités par la réflexion éthique dans son cadre déci- sionnel habituel.

- Les savoirs spécifiques concernent les éléments indispen- sables à l’application des savoirs non spécifiques aux tro i s acteurs impliqués dans la décision médicale que sont le s o i- g n a n t, le s o i g n éet la c o l l e c t i v i t é. Ces savoirs spécifiques re c o u v rent trois domaines majeurs :

1) le domaine de la philosophie moraleappliqué à l’ é t h i q u e médicale (connaissances des règles, recommandations et principes de base qui doivent guider l’action et sont suscep- tibles d’ e n t rer en conflit1 9) ;

2) le domaine de la communication éthique( p a rt i c u l i è re- ment les critères de qualité de l’information honnête et les règles élémentaires du vrai dialogue2 9 , 3 0) ,

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R é f é re n c e s

3) le domaine du raisonnement éthique(utilisant les textes de référe n c e3 1 , 3 2et les méthodes de résolution de conflit en la matière, avec les différents courants et modèles modernes recouvrant les principales s e n s i b i l i t é s3 3 - 3 6) .

Bien entendu, d’ a u t res contenus peuvent compléter cet i n ve n t a i re de base, notamment en matière d’ é p i s t é m o l o- gie, d’ a n t h ropologie, d’ethnologie, de théologie, d’ h i s- t o i re, de linguistique, de sciences politiques etc. Ces com- pléments ne sont exigibles, dans la formation pratique d’un médecin, que s’ils doivent êtres souvent sollicités du fait de conditions part i c u l i è res d’ e xe rcice et peuvent re p r é- senter alors des modules complémentaire s3 7

Une liste de thèmes exe m p l a i res, sources de difficultés et sujets d’études potentielles, peut être élaborée à partir des n o m b reuses expériences rapport é e s1 3 , 3 8 - 4 6. Ces sujets peu- vent être abordés à partir du point de vue de chaque acteur décisionnel ou, plus schématiquement, classés à partir de leurs sources, représentées par les personnes, les normes et la décision (c f . Tableau I).

Les méthodes

Les méthodes utiles à l’enseignement de l’éthique ne peu- vent être que multiples, dépendant du niveau des sta- g i a i res, des contenus sollicités et des objectifs poursuivis.

Deux types de méthodes semblent cependant indispen- sables à utiliser selon que l’on se situe dans un contenu théorique discursif ou pratique pro c é d u r a l1 2 , 4 6 , 4 7.

- Les contenus théoriques peuvent être enseignés par des méthodes discursives traditionnelles1 1 , 1 5 , 2 4 , 4 8 - 5 0, ou bien lais- sés à l’ i n i t i a t i ve des stagiaires, aidés de documents adéquats ou orientés vers des stru c t u res d’enseignement extra médi- cales dédiées à ces contenus, lorsqu’elles existent7 , 3 7. Un e bibliographie de base doit être fournie aux étudiants pour leur éviter d’ e r rer dans l’immense littérature que l’ é t h i q u e médicale a suscitée. Des ouvrages d’une grande utilité exis- tent maintenant, tant en langue anglaise5 1 - 5 4q u’en langue f r a n ç a i s e1 7 , 5 5 , 5 6, 18 publications périodiques dédiées ont été recensées par Ho t t o i s3et les bases de données spécifiques informatisées peuvent représenter un outil complémen- t a i re précieux5 7 , 5 8.

- Les contenus pratiques méritent de faire appel à des méthodes plus actives et susceptibles de mettre les sta- g i a i res en situation1 4 , 2 8 , 4 4 , 5 9 - 6 2. Trois types de méthodes peu- vent répondre à ces besoins : 1- la simulation en ateliers d’ a p p rentissage au raisonnent éthique (ARE), calqués sur les ateliers d’ A RC6 3, privilégie la démarche de résolution de p roblème à partir de l’analyse de cas, de préférence réels et

ayant trouvé une solution consensuelle ; 2- cette analyse peut aussi s’ i n t é g rer dans le cadre de stru c t u res existantes dédiées, comme, par exemple, les Comités d’ é t h i q u e l o c a u x7; 3- elle doit, enfin, faire appel à un entraînement continu à l’occasion des stages cliniques hospitaliers ou au cabinet du praticien, en utilisant alors toutes les re s s o u rc e s du compagnonnage, de la réflexion de groupe et des tech- niques informatiques6 4 , 6 5et video6 6.

Il est évident que le choix de ces méthodes doit être guidé par les re s s o u rces locales et le niveau des stagiaires. Le volume horaire d’une telle formation de base est égale- ment fonction des conditions et possibilités locales, mais il semble qu’un minimum de 20 à 30 h e u res soit nécessaire pour présenter l’essentiel de la partie théorique et consa- c rer suffisamment de temps au travail interactif en gro u p e s re s t reints. Le meilleur moment de cet enseignement n’ e s t pas définitivement établi. Si la partie théorique peut être envisagée très tôt, l’entraînement au choix décisionnel doit c e rtainement être plus tard i f, faisant intervenir de nom- b reuses connaissances non spécifiques préalables.

L’évaluation

L’ é valuation d’un tel enseignement est complexe car elle concerne des modifications comportementales et peut s’ i n t é resser aussi bien à l’ a p p roche décisionnelle médicale q u’à ses conséquences, et ce, dans un but de cert i f i c a t i o n ou formatif8 , 1 3 , 2 8 , 4 2 , 6 7 , 6 8 , 6 9 , 7 0.

- Dans un but de certification, le plus délicat en la matière est de définir les normes de référence qui ne doi- vent pas représenter la vérité révélée obligatoire. Un consensus local peut être réalisé sur les contenus théo- riques qui sont, alors, facilement explorés par des méthodes interro g a t i ves classiques, rédactionnelles ou en réponses multiples automatisées. Cette éva l u a t i o n peut valablement re n d re compte des savoirs factuels, conceptuels, voire procéduraux, lorsqu’ils existent, mais se prête mal aux savoirs décisionnels. Les savoirs déci- sionnels ne semblent pouvoir être valablement explorés que par le biais d’approches critériées à partir des objec- tifs généraux décrits au paragraphe Objectifs généraux, et, par exemple, par l’élaboration de cas éthiques simu- lés (CES) ou d’examens cliniques objectifs stru c t u r é s (ECOS)71,72. Les échelles de type Likert et l’approche de c o n c o rdance de script peut valablement se substituer, ici, à la notation traditionnelle pour re n d re mieux compte de l’élaboration de consensus66,73.

- Dans un but formatif, l’ é valuation mérite d’ ê t re centrée sur les conséquences des comportements et peut utiliser

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Personnes et acteurs No rmes et règles Décision et action

Tableau I : Liste indicative des thématiques sollicitées en Éthique Médicale et Clinique.

Conflit d’ i n t é r ê t C o m p o rt e m e n t C o n s e n t e m e n t C o n t r ô l e Dignité humaine Di re c t i ves anticipées

DALE (Disability adjusted life e x p e c t a n c y )

Em p reinte génétique Fin de vie

Incapable, In c o m p é t e n t Influence (de tiers) Intégrité et sévices Maladie orpheline

Mo rt (critères, re p r é s e n t a t i o n ) Pa rentés nouve l l e s

Personne(définition, croy a n c e s ) Pe r s o n n a l i t é

Protection (vie privée, personne.) Relation soignant-soigné

Répondant éthique QA LY

Refus de soin, de traitement Respect de l’ a u t re

Stade terminal Su i c i d e

Testament de vie Tiers compétent Tox i c o m a n i e Vérité (au malade) Vi e

Vu l n é r a b i l i t é

Autonomie (principe) Bénéfice individuel Bienfaisance (principe) Délibération, Di a l o g u e D é o n t o l o g i e

Double effet Double insu Droit d’ i n f o r m a t i o n Droit de ne pas savo i r

Droits de l’homme, des enfants Droits des malades

É q u i t é Im m o rt a l i t é Im p é r a t i f s In f o r m a t i o n

Informatique médicale Justice (principe) Ma x i m e s

Méthodologie bioéthique Non-malfaisance (principe) Pa t e r n a l i s m e

Pe rte de chance

Précaution, prudence (principe) Principisme, principlisme Qualité de vie (critère s ) R é c i p rocité (principe) Responsabilité (principe) Sacralité de la vie (principe) Santé (définition, dro i t ) Se c ret médical, confidentialité Textes (nationaux, internationaux) Ve rtus, Va l e u r s

Abstention thérapeutique Abus d’autorité, de pouvo i r Acharnement thérapeutique Aléa thérapeutique

Allocation des re s s o u rc e s

Annonce d’une mauvaise nouve l l e Avo rt e m e n t

C l o n a g e C o n t r a c e p t i o n C o n t r a i n t e Do p a g e Er reur médicale Eu g é n i s m e

Euthanasie et suicide assisté Expérimentation humaine Faute médicale

Gestation pour autru i

Greffes d’organe, tissus, cellules Grossesse post-ménopausale I VG ( i n t e r ruption vo l o n t a i re de gro s s e s s e )

Maternité de substitution Médecine de convenance, désir Médicament orphelin

Tr a n s p l a n t a t i o n s

PMA ( p rocréation médicalement assistée)

Pr é ve n t i o n

Risque (évaluation, inutile) Soins curatifs, palliatifs, pro l o n g é s Sp o rt et médecine

St é r i l i s a t i o n

Tests (biologiques, génétiques) Traitement inutile, futile

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R é f é re n c e s

l’analyse de satisfaction des patients et la comparaison casuistique analogique (comparaison avec les modalités c o m p o rtementales qui avaient été retenues comme satis- faisantes de manière consensuelle pour un cas similaire ) . Dans ce domaine, l’essentiel nous semble devoir se situer dans l’aptitude du stagiaire à documenter rationnelle- ment son attitude, en démontrant qu’elle a toute pro b a- bilité d’aboutir à un accord général librement consenti5 1. De manière plus pratique, l’ é valuation de l’ e n s e i g n e m e n t devrait porter sur des enquêtes de satisfaction des patients, sur des sondages d’opinion concernant l’ é vo l u- tion de l’image du corps médical, ou sur les résultats objectifs qui peuvent être mesurés à partir de l’ é vo l u t i o n des taux de changement de comportements observa b l e s et à l’occasion d’audit de pratique.

L’enseignement complémentaire et la formation continue

L’enseignement continu post-doctoral est actuellement c o m p l e xe du fait de la diversité des enseignements de base, l o r s q u’ils existent, des intentions pédagogiques et des cibles visées8 , 4 3 , 7 0 , 7 4 , 7 5 , 7 6:

En formation médicale continue

Dans ce cadre, il s’agit d’ a c c ro î t re les compétences et per- formances de professionnels dotés d’une expérience. Si l’enseignement de base a été réalisé dans le cursus des études médicales, la formation continue en éthique cli- nique ne se conçoit bien qu’en ateliers ou dans des stru c- t u res d’échange entre professionnels avec, si besoin, par- ticipation d’ e x p e rts des autres domaines concernés. Si l’enseignement de base n’a pas été dispensé au préalable, la formation continue doit opérer un rattrapage de m a n i è re à combler ce manque, en s’appuyant sur les objectifs déterminés au paragraphe précédent. Les conte- nus peuvent soit répondre à des situations réellement rencontrées par les participants, soit être élaborés à part i r des thématiques spécifiques (c f. Tableau I) qui serve n t alors de base à une confrontation des expériences. Là aussi, l’ a p p roche de concordance de script7 3peut re p r é- senter non seulement une méthode d’ é valuation mais aussi un moyen de parvenir à un accord général.

L’ é valuation de telles formations est, bien entendu, essentiellement formative mais les retentissements sur les c o m p o rtements devraient être davantage explorés…

La formation des formateurs

Il s’agit là des animateurs de l’enseignement de base et

de formation continue. On conçoit qu’ils doivent avo i r déjà effectué l’enseignement de base ou un équiva l e n t . Ils doivent, en plus, être rompus aux méthodes d’ a n i- mation de groupe centrées sur l’analyse de cas7 7 , 7 8. Il s d o i vent, enfin, avoir une excellente connaissance du terrain, étant eux-mêmes cliniciens de préfére n c e7 9.

La formation de chercheurs en éthique médicale

La re c h e rche en éthique médicale est récente, en tant que tel. Elle emprunte ses méthodes à de nombre u s e s d i s c i p l i n e s8 0. On conçoit que le chercheur dans ce domaine ne soit pas obligatoirement focalisé sur l’éthique clinique et qu’il puisse provenir de l’une des nombreuses disciplines concernées. Il doit posséder une bonne connaissance des méthodes utilisées et du terrain médical clinique et technique, objet de ses travaux. Il doit pouvoir ainsi dialoguer de manière utile avec le corps de santé concerné à propos des grandes théma- tiques de l’éthique médicale (procréation, patrimoine génétique, interventions sur le corps humain, interven- tions sur la personnalité, fin de vie et mort, consé- quences des actions médicales sur l’environnement etc.).

Difficultés et limites

Si l’enseignement de l’éthique médicale a toujours une cer- taine difficulté à se situer, c’est en grande partie du fait de ses limites et difficultés. Trois d’ e n t re elles nous paraissent m a j e u re s .

En premier lieu, l’ancrage de l’éthique

Celui-ci est délicat puisqu’elle concerne toutes les disci- plines médicales et de nombreuses disciplines non médi- cales qui peuvent légitimement re vendiquer son appar- tenance. Si l’éthique concerne tous les savoirs, l’éthique médicale, et, part i c u l i è rement l’éthique clinique pra- tique, concerne directement et en premier lieu le méde- cin puisqu’il est pre s c r i p t e u r. Pour éviter les conflits de valeur liés aux horizons idéologiques non homogènes, il nous semble naturel de voir confier la coordination d’un tel enseignement à des formateurs médecins. Mais il doit bien s’agir d’une coordination, faisant place aux autres disciplines concernées, et ouvrant ainsi largement le débat médical. Au sein de la formation médicale, l’en- seignement peut demeurer disséminé dans toutes les dis- ciplines concernées, laissant la coordination à une per- sonnalité dont la compétence en la matière s’est affirmée au fil du temps. C’est le schéma le plus habituel. Il serait

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cependant plus logique de rattacher l’enseignement de l’éthique médicale à celui de la thérapeutique dont elle fait directement partie. Mais cette position n’est facile- ment acceptable que dans les pays, peu nombreux, qui possèdent une discipline thérapeutique individualisée.

Du fait de l’importance de l’éthique en formation médi- cale, l’idéal serait de voir s’individualiser une discipline à p a rt entière qui aurait pour mission, non seulement la promotion de son enseignement, mais aussi le dévelop- pement de la recherche en la matière81.

En second lieu, la compétence des formateurs

et leur nombre représentent une autre difficulté non négligeable. Pour transférer le savoir factuel et concep- tuel, ces formateurs peuvent appartenir à toutes les disci- plines concernées. En matière de savoir procédural et décisionnel, ces formateurs, pour des raisons de crédibi- lité, doivent, de préférence, appartenir au monde des praticiens cliniciens expérimentés. Ils doivent aussi pos- séder une bonne expérience des méthodes pédagogiques a c t i ves. On voit là se dessiner une spécialisation qui jus- tifie largement l’autonomisation d’une discipline

« éthique clinique et aide à la décision » en médecine8 2.

En dernier lieu, les moyens alloués

à un tel enseignement sont tout aussi déterminants. Il s sont indispensables à l’élaboration de base de données pratiques, à l’ o u ve rt u re nécessaire aux disciplines non médicales, à la formation des formateurs médicaux, à la s t ructuration d’ é valuations valides. Ils sont, enfin, indis- pensables au soutien d’une re c h e rche active qui, seule, peut permettre une évaluation adaptative pour l’ a ve n i r.

Ici, ces moyens ne peuvent, pour l’essentiel, provenir que d’une prise de conscience institutionnelle et d’ u n e volonté politique affichée.

L’éthique de l’enseignement

L’éthique de l’enseignement médical représente un autre thème de réflexion signalé3 5mais ne soulève pas les mêmes difficultés que celles rencontrées à propos de l’ e n- seignement de l’éthique. En effet, les conflits de va l e u r p e u vent facilement tro u ver une solution, ici, dans une d é m a rche de type « principliste »5 2appliquée au domaine de l’enseignement. Elle est alors dominée par le re s p e c t de valeurs dont, essentiellement, l’indépendance et la jus- tice ainsi que par la définition du champ des re s p o n s a b i- lités. C’est plus la régulation de ces normes de qualité qui

pose problème, puisque, là encore, l’éthique de l’ e n s e i- gnement représente la démarche qui doit nous indiquer le meilleur chemin à pre n d re dans une optique d’ o p t i m i- sation de l’action pédagogique.

Les valeurs de base

La liberté de l’enseignement

Elle représente, certainement, la valeur fondamentale dont les autres découlent. La liberté de l’enseignement ne consiste pas à enseigner n’ i m p o rte quoi, mais à privilégier les certitudes scientifiques et les notions utiles dans le c a d re d’objectifs institutionnels clairement définis et affi- chés. Ici, il s’agit de former des médecins et personnels de santé compétents, c’ e s t - à - d i re, susceptibles d’aider la prise des décisions les meilleures dans le soin des malades, re s- pectant les faits scientifiques, les sensibilités des soignés et les nécessités collectives. Dans cette approche, l’ e n s e i g n e- ment doit être libre de toute contrainte personnelle, a d m i n i s t r a t i ve ou politique. L’application de cette va l e u r, érigée en principe d’indépendance, fait référence aux conflits d’intérêts possibles qui doivent être repérés et résolus et qui peuvent être nombreux (liens avec l’ i n d u s- trie pharmaceutique, re c rutement personnel de patients, liens avec un certain pouvoir syndical ou politique en for- mation continue…). L’application de ce principe néces- site honnêteté, c’ e s t - à - d i re, sincérité et objectivité dans le choix et la présentation de l’information pédagogique. En cas de conflit d’intérêt, la meilleure solution serait de re f u- ser la mission ou, au moins, d’afficher nettement le conflit pour en informer les personnes concernées.

La justice de l’enseignement

Il s’agit, ici, du principe de « justice scolaire » qui singula- rise l’égalité des chances en matière de savo i r. Ce principe, d i f f é rent de la justice distributive8 3, est axé sur l’équité qui c h e rche à respecter toutes les chances de toute personne en formation, sans discrimination à partir d’ a u t res critère s que ceux déterminés, au préalable, pour permettre la m e i l l e u re pro g ression possible de chacune d’ e l l e s . Di f f é rent de la rigueur, il impose également le respect des normes et règlements institutionnels dans le cadre de l’ i m p a rtialité (application de normes valides identiques à tous les formés). L’application de ce principe, loin de c o n d u i re au laxisme, est plus à l’origine d’une définition de la discipline comme étant représentée par l’ a p p l i c a t i o n stricte de règles consensuelles, établies et acceptées de tous au préalable à toute action p é d a g o g i q u e .

(8)

R é f é re n c e s

La responsabilité des enseignants,

des formés et des structures d’enseignement

Cette troisième valeur définit les limites des devoirs et obligations de chacun2 4 , 8 4. La responsabilité des ensei- gnants leur commande de mettre en œuvre leur conscience pour travailler dans le cadre de la qualité opti- male due aux formés et, par extension, aux malades dont ceux-ci auront la charge. La responsabilité des enseignants ne peut s’ e n t e n d re que dans le cadre des applications à obtenir une appropriation correcte des savoirs pour per- m e t t re l’autonomie d’action des formés. Au-delà de cette a p p ropriation, la responsabilité est celle des formés qui d o i vent également tout mettre en œuvre pour acquérir c o r rectement et appliquer avec compétence les savo i r s a p p ropriés. La responsabilité de la collectivité, à trave r s l’institution, s’exprime par une obligation de moye n s : obligation de mettre en œuvre les moyens appropriés à la réalisation satisfaisante des objectifs institutionnels affi- chés. On le voit, le principe de responsabilité appliqué à l’enseignement doit conduire à l’établissement d’ u n contrat tripartite institution-formateur-formé, contrat qui doit définir les devoirs et obligations re s p e c t i f s .

Les systèmes d’application et de régulation

L’application et la régulation de ces normes est délicate car elle a tendance souvent à dévier vers une tendance à l’ i n- quisition ou à la manipulation démagogique. Elle est assu- rée par trois démarches possibles.

La première fait référence à la notoriété

Elle représente une régulation naturelle et historique.

So u vent mais non nécessairement liée à la qualité, la noto- riété peut être à l’origine de débordements où s’ e x p r i m e n t largement les conflits d’intérêt. Elle ne peut donc appa- r a î t re comme suffisante.

L’évaluation formative

Elle représente la démarche la plus rationnelle. Bien uti- lisée, elle est susceptible d’ a p p o rter d’ e xcellents argu- ments pour conduire un changement adapté, s’il apparaît n é c e s s a i re. Elle est cependant soumise au bon vouloir des responsables d’enseignement et devrait demeurer confi- dentielle (communiquée aux seules personnes concer- nées) pour éviter l’apparition d’une concurrence mal- saine. Elle gagnerait toutefois à se développer et ses méthodes doivent figurer au programme de toute forma- tion de formateurs cohére n t e .

L’évaluation sommative et les instances de contrôle

A côté de l’évaluation formative existe, de manière plus ou moins officialisée, une évaluation sommative. Elle ne peut, en fait, opérer valablement que sur des critères de jugements normatifs prédéfinis qui incitent parfois à la délation et la fait regarder comme une instance discipli- naire. En effet, les instances de contrôle, essentiellement administratives, ont tendance à privilégier l’opinion des formés et à entraîner, de fait, des dérives vers une cer- taine forme de vengeance ou de démagogie en cas de sanction. Ce type d’ é valuation est plus re c e vable lors- qu’elle est réalisée par des pairs et préalablement accep- tée par tous comme la règle du jeu…

Conclusions

S ’ i n s c r i vant dans une démarche de qualité, l’ e n s e i g n e- ment de l’éthique doit tenir compte des exigences des publics concernés. Un minimum indispensable peut, maintenant, être défini et adapté aux besoins locaux. Sa mise en œuvre est encore gênée par des questions de c o o rdination et d’ é valuation qui peuvent tro u ver des solutions si les intentions et objectifs de cet enseigne- ment sont clairement définis et affichés. À ce minimum doit être associé une démarche modulaire susceptible de répondre aux besoins spécifiques de la formation continue, de celle des formateurs et des cherc h e u r s . L’éthique de l’enseignement, centrée sur trois va l e u r s fondamentales, doit tro u ver son épanouissement dans sa libre acceptation par les acteurs concernés que sont les enseignants, les formés et l’institution. À ce prix, l’éthique apparaît comme un élément indispensable et incontournable de la formation médicale qui devrait, par son intermédiaire, non seulement s’enrichir d’ u n e a p p roche pluridisciplinaire, mais aussi évoluer dans le c a d re de la re c h e rche de la qualité optimale.

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