ARTICLE /ARTICLE
Microévolution d ’ une population historique sur les rives de l ’ estuaire de la Gironde
Micro-evolution of a historical population on the banks of the Gironde Estuary
C. Laforest · D. Castex · I. Cartron · P. Murail
Reçu le 8 mars 2010 ; accepté le 27 mai 2011
© Société d’anthropologie de Paris et Springer-Verlag France 2011
Résumé Le site « La Chapelle » de Jau-Dignac et Loirac (33), dans le Bas-Médoc, est installé dans un environnement particulier et instable, sur un ancien îlot entouré de maré- cages près des bords de l’estuaire de la Gironde. Pourtant, ce site témoigne de quatre occupations principales, qui vont de l’Antiquité à l’époque moderne. Afin d’en savoir plus sur la continuité ou non du peuplement et sur l’organisation des espaces funéraires, nous avons étudié 24 variations non métriques dentaires des deux populations inhumées sur le site, l’une datant du haut Moyen Âge et l’autre de la fin du Moyen Âge et de l’époque moderne. Les résultats montrent certes l’existence d’un sous-groupe au sein du groupe du haut Moyen Âge mais tendent surtout à conclure à une conti- nuité du peuplement au niveau du site. Pour citer cette revue : Bull. Mém. Soc. Anthropol. Paris 24 (2012).
Mots clésInstabilité du milieu · Haut Moyen Âge · Bas Moyen Âge et époque moderne · Caractères dentaires · Microévolution
Abstract The “La Chapelle” archaeological site at Jau- Dignac et Loirac in the Lower Médoc region of the Gironde estuary in south-western France lies in a unique and unstable environment. Despite the difficulties arising from the insta- bility of the site, La Chapelle has produced evidence of four main settlement periods, from antiquity to the modern period. To find out whether the settlement was continuous at the site and how the populations organised their burial areas, we studied 24 nonmetric dental variations in two
populations buried at the site: one dating from the High Middle Ages and another from the Late Middle Ages to the modern period. Results clearly point to the existence of a subgroup within the High Middle Ages group, but they also, and especially, suggest continuous settlement at the site. To cite this journal: Bull. Mém. Soc. Anthropol.
Paris 24 (2012).
Keywords Unstable environment · High Middle Ages · Late Middle Ages and modern period · Dental traits · Microevolution
Introduction
Les rives de l’estuaire de la Gironde constituent un milieu instable. Selon Barthou et Latouche [1], les paysages subis- sent des transformations rapides à cause d’érosions ou de dépôts de sédiments dus aux crues du fleuve ou encore aux ruissellements d’eaux pluviales fragilisant les marais. Par conséquent, l’occupation de ces lieux implique une adapta- tion permanente. Néanmoins, depuis le Néolithique jusqu’à nos jours, la Gironde constitue un axe fluviatile important et une ouverture sur d’autres régions. Les rivages et les marais sont vus, malgré un certain nombre de dangers (tels que les tempêtes ou les attaques soudaines de possibles pilleurs ou envahisseurs), comme une opportunité que les hommes de toutes époques confondues ont essayé de saisir en s’instal- lant sur ces terres et en les mettant en valeur, ainsi que le démontre Coquillas [2].
C’est dans ce contexte d’un environnement à la fois isolé et ouvert, durant l’Antiquité (auIersiècle de notre ère), que les hommes ont investi pour la première fois le site « La Chapelle » à Jau-Dignac et Loirac. À la suite de cette occu- pation gallo-romaine caractérisée par un temple succède une phase du haut Moyen Âge, qui voit l’aménagement d’une petite église et d’une nécropole aristocratique. Une modeste occupation domestique témoigne de la fin du haut Moyen Âge. Enfin, une chapelle est bâtie dans les derniers siècles
C. Laforest (*) · D. Castex · P. Murail UMR 5199, PACEA,
anthropologie des populations passées et présentes, université Bordeaux-I, avenue des Facultés, F-33405 Talence cedex, France
e-mail : [email protected] I. Cartron
UMR 5607, institut Ausonius, université Bordeaux-III, 8, esplanade des Antilles, F-33607 Pessac cedex, France
du Moyen Âge et est utilisée jusqu’en 1792 ; à l’intérieur et autour de celle-ci ont été disposées plusieurs sépultures [3].
Avec ces deux occupations funéraires successives et cir- conscrites dans le temps, se pose alors la question de conti- nuité et d’évolution de peuplement entre ces différentes occupations. De plus, ces deux ensembles présentent une organisation spatiale en plusieurs secteurs mis en évidence par des éléments archéologiques : dans l’agencement des espaces funéraires, peut-on percevoir une organisation en relation avec des liens biologiques ?
L’étude des traits non métriques dentaires nous paraît une approche prometteuse pour aborder ces questions. Outre le fait que les dents sont généralement mieux conservées que les os, ces variations anatomiques bénéficient de nombreuses études, telles que celles de Harris et Bailit [4], de Kola- kowski et al. [5], de Mc Grath et al. [6], de Nichol [7] ou celles de Scott et Turner [8], et constituent un bon marqueur populationnel, comme le prouvent les recherches de Desideri [9] ou de Irish [10].
Site de Jau-Dignac et Loirac : contexte archéologique
Le site de « La Chapelle Saint-Siméon » se situe sur la com- mune de Jau-Dignac et Loirac, dans le Médoc, en Gironde (Fig. 1). Il occupe une position topographique particulière à environ 950 m des berges de la Gironde, sur le rivage gauche de l’estuaire du fleuve, lequel est constitué d’îlots argilogra- veleux et de zones marécageuses (Fig. 2). Avant l’assèche- ment des marais en 1630, le site devait se trouver à proximité immédiate de l’estuaire et a très certainement été inondé lors de certaines périodes comme en témoignent les objets retrou- vés, tous fortement érodés (des analyses de carottages sont en cours dans le cadre d’une étude sur l’environnement) [3].
Ce site a été découvert fortuitement en 2000, et depuis 2001, une fouille programmée y est menée un mois par an. De nombreuses recherches sont encore à approfondir, mais il est d’ores et déjà possible de mesurer l’importance du rôle du paysage dans son fonctionnement. Cartron et Castex pen- sent que les constructions qui s’y sont succédé ont probable- ment « constitué un repère visuel important » [3]. La longue durée d’occupation du site que nous allons tenter de résumer en reprenant les différentes phases (de 1 à 5, Fig. 3) est sans doute liée à cette situation, même si l’on doit s’interroger sur les ruptures qui jalonnent sa chronologie.
La première occupation du site s’avère être un temple de type fanum, fondé au Ier siècle, vraisemblablement vers l’époque augustéenne. La dernière période d’utilisation de ce temple se situe à la toute fin duIVesiècle ; l’abandon du site est « très progressif et sans rupture brutale » [3]. Après un laps de temps de plusieurs siècles, la deuxième phase
d’occupation du site commence par un réaménagement des ruines gallo-romaines au début duVIIesiècle. Celles-ci sont transformées en une petite église funéraire. Ce lieu de culte, attractif, est un lieu de mémoire familial autour duquel se forme une nécropole. Pour Cartron et Castex, il s’agit d’un espace funéraire privé, cas fréquent à la fin de l’époque mérovingienne, peut-être sans clergé permanent, et qui ancre territorialement le pouvoir de ses fondateurs [11]. Cet ensemble est en usage jusqu’à la fin du haut Moyen Âge.
À la fin du XIe siècle ou au début du XIIe siècle, une modeste occupation domestique, dont témoignent silos et fonds de cabane, caractérise la troisième phase d’occupation.
Enfin, les quatrième et cinquième phases du site concernent la construction d’une chapelle entre leXIIIeet leXVesiècle.
Finalement démantelée en 1792, elle est composée d’une nef unique se terminant par une abside semi-circulaire. Par la suite, un porche est adjoint à la partie occidentale de l’église.
Parallèlement, des sépultures sont installées autour et dans la chapelle. On peut alors s’interroger sur le fait que cette cha- pelle ait été élevée sur le temple gallo-romain et sur l’église du haut Moyen Âge : quelle connaissance avait-on à l’époque de ces précédentes constructions ? Le fait que l’édi- fice ne soit pas tout à fait dans le même axe, avec des fonda- tions ne reprenant pas le même tracé de certains tronçons, peut amener à supposer que, dans un premier temps, les bâtisseurs ne connaissaient pas l’ancien monument. Mais Fig. 1 Localisation de Jau-Dignac et Loirac (inCartron et Castex 2008) /Location of Jau-Dignac et Loirac (in Cartron and Castex 2008)
l’érection des piliers et du porche a forcément entraîné la redécouverte de vestiges du haut Moyen Âge. Proches des piliers, deux grandes fosses contenaient des dépôts d’osse- ments secondaires peut-être dus à la perturbation de sépultu- res. Sans que l’on puisse préciser la nature et l’objet de ce fait, on note donc une continuité de la mémoire.
Matériel
Le site de « La Chapelle » comprend ainsi deux occupations à vocation funéraire, l’une datant du haut Moyen Âge et l’autre du bas Moyen Âge et de l’époque moderne.
Le groupe du haut Moyen Âge se caractérise par une répartition des sépultures en plusieurs secteurs : à l’intérieur de la petite église, à l’ouest, au sud et au nord de celle-ci (Fig. 4). Elles sont presque toujours placées suivant un axe nord-ouest–sud-est, avec la tête des inhumés au nord-ouest.
L’utilisation de sarcophages s’observe pour plus de la moitié des sépultures. Il a été mis en évidence plusieurs gestes funé- raires à l’intérieur de ceux-ci, gestes qui témoignent d’une certaine complexité de fonctionnement [3,12] ; en effet, cer- tains sarcophages n’ont été utilisés qu’une seule fois, mais la plupart ont été réutilisés jusqu’à accueillir quatre inhuma- tions successives. Les squelettes sont généralement superpo-
sés avec soit quelques manipulations d’ossements, soit des phénomènes de réductions plus ou moins importants ; quel- ques cas de regroupements d’ossements restent pour l’ins- tant plus difficiles à interpréter. Pour dix-sept sépultures, un contenant en bois non cloué a pu être restitué ; si l’on exclut les sépultures d’immatures, ces tombes se situent tou- tes à l’extérieur (au nord, au niveau du chevet et au sud de l’église). Certaines observations taphonomiques tendent à prouver l’existence de brancards et de supports périssables sous la tête pour quelques sépultures. L’utilisation d’enve- loppes souples entourant le corps ou de vêtements a été dis- cutée pour quelques cas. À part une exception, un enfant en position fœtale, les individus sont couchés sur le dos, avec les membres inférieurs en extension. Les avant-bras sont disposés le long du corps, ou légèrement fléchis avec les mains sur le bassin ou encore sur l’abdomen.
Certains défunts sont inhumés avec du mobilier, dont essentiellement des parures (plaques-boucles, épingles, lames, fibules…). Les sépultures concernées sont toutes localisées dans l’église. Parmi ce mobilier doit être soulignée la présence d’une bague composite en or, qui « suggère des contacts avec des régions plus septentrionales » [11], mais dont la provenance et la datation précise, pour l’instant, ne sont pas encore établies avec certitude.
Selon les études typologiques relatives au mobilier, la majorité de ces riches sépultures datent duVIIesiècle. Elles Fig. 2 Situation et environnement du site (inCartron et Castex 2008) /Situation and environment of the site (in Cartron and Castex 2008)
témoignent de funérailles prestigieuses qui sont l’occasion d’affirmer la richesse et le pouvoir de cette familiaaristo- cratique ; les défunts qu’elles contiennent deviennent alors les ancêtres qui constituent la mémoire de la famille et qu’il convient d’honorer [11].
Les sujets de cette phase forment un groupe d’individus bien cernés chronologiquement et un effectif suffisant pour permettre une analyse du recrutement par âge et par sexe. Par rapport à un schéma de mortalité archaïque, Cartron et Cas- tex constatent deux caractéristiques : d’une part, un déficit des sujets immatures les plus jeunes et, d’autre part, unsex- ratioéquilibré [3]. Parmi les individus de cette phase du haut Moyen Âge, 46 d’entre eux ont été étudiés dans le cadre de la présente étude (Tableau 1).
Les sépultures de la fin du Moyen Âge et de l’époque moderne se répartissent entre l’intérieur et l’extérieur de la chapelle (Fig. 5). Les tombes sont également orientées selon un axe nord-ouest–sud-est, avec la tête des individus au nord-ouest. Les défunts sont couchés sur le dos, avec les mains en position basse et sont déposés dans des contenants en matière périssable, de type contenants en bois non cloués (coffre ou coffrage) ou cercueils. Comme pour la phase 2, certains arguments taphonomiques ont permis de proposer pour quelques cas l’existence de vêtement, de linceul ou encore d’aménagement pour la tête (« coussin céphalique »).
Il n’a été découvert aucun objet associé aux défunts, si ce n’est une épingle et un double tournoi.
Le groupe des sujets des phases 4 et 5 n’a pas bénéficié d’une étude du recrutement par âge et par sexe, celles-ci étant moins bien cernées chronologiquement. Parmi cet ensemble d’individus ont été observées les dentures de 18 sujets (Tableau 1).
Méthodes
Pour cette étude qui s’appuie sur la caractérisation et la com- paraison de deux populations archéologiques, nous avons privilégié les traits non métriques dentaires. En effet, les variations anatomiques, dentaires et autres, constituant un bon marqueur populationnel, leur analyse a permis ainsi d’émettre des hypothèses sur le peuplement, telles que celles de Hanihara [13]. C’est également grâce à ces traits que l’on a pu étudier des phénomènes microévolutifs, ainsi que le démontre Crubézy avec les variations crâniennes [14] ou Irish en 2005 avec les traits dentaires [10]. Et si les traits crâniens se sont, en revanche, révélés inefficaces pour distinguer les liens de parenté biologiques dans l’étude de Gemmerich [15], les variations anatomiques ont pu mettre en évidence dans certains groupes des différences Fig. 3 Superposition des vestiges se répartissant en cinq phases d’occupation (inCartron et Castex 2008) /Superimposed vestiges of five settlement phases (in Cartron and Castex 2008)
d’homogénéité entre sexes, pouvant être interprétées comme des origines distinctes et même un vecteur de diffusion d’une culture d’après Desideri [9]. Ils ont servi, de surcroît, à pro-
poser l’existence de regroupements familiaux, au sens large, au sein de sous-ensembles archéologiques pertinents, comme l’expliquent Crubézy et Sellier [16].
Par rapport aux variations osseuses crâniennes et infrac- râniennes, les traits dentaires offrent, selon Scott et Turner, de multiples avantages : meilleure conservation et peu d’influence de l’environnement, du sexe et de l’âge [8].
Ces caractères dentaires ont été observés uniquement sur les dents permanentes, et parmi ceux-ci, nous avons sélectionné 24 traits de l’Arizona State University Dental Anthropology System (ASUDAS) mis au point par Turner et al. puis par Scott et Turner, ce système présentant l’avantage de propo- ser des moulages de référence [8,17]. Le système ASUDAS décrit la variabilité des caractères selon leur forme. Il s’agit de décider à partir de quel stade le caractère est considéré comme présent. Si ces 24 traits correspondent, à notre sens, aux variations les plus aisément observables, pour 11 d’entre eux, les stades 1, voire les stades 2, ne sont pas assez diffé- renciés du stade 0 pour éviter d’éventuelles erreurs d’obser- vation. Nous avons ainsi préféré considérer comme présent les caractères concernés à partir des stades 2 ou 3 et mettre Fig. 4 Plan de la nécropole du haut Moyen Âge (phase 2) (in Cartron et Castex 2008) / Plan of the High Middle Ages necropolis (phase 2) (in Cartron and Castex 2008)
Tableau 1 Effectifs de l’échantillon étudié /Size of the study sample
Groupe haut Moyen Âge
Groupe bas Moyen Âge/moderne
46 18
Nombre d’adultes 31 15
Nombre d’hommes 13 10
Nombre de femmes 11 2
Nombre d’indéterminés 7 3
Nombre d’immatures 15 3
Nombre de 15–19 ans 8 1
Nombre de 1–4, 5–9 et 10–14 ans
7 2
en évidence la présence (ou l’absence, qui peut être plus pertinente selon le trait) des caractères.
Les traits sont répertoriés, avec leur définition et leur codage dans le Tableau 2.
Lors de l’enregistrement de ces traits dentaires, des tests interobservateurs ont été effectués. La deuxième session d’observations a révélé que la reproductibilité est satisfai- sante à plus de 97 %, sauf pour deux caractères, lesillon coronoradiculaireet le tubercule marginal accessoire, qui ont été alors écartés de la suite de l’étude. Concernant le traitement des données ont été éliminées de notre étude les variations dentaires qui se trouvaient être constamment absentes et présentes dans nos deux populations archéologi- ques, ainsi que celles représentées par un seul individu. Au vu de la grande symétrie dans la présence/absence et égale- ment dans l’expression des traits observés, la méthode indi- viduelle (qui fusionne les côtés), conseillée par Scott et Tur- ner, a été choisie [8]. Quant à l’interdépendance des traits non métriques qui peuvent s’exprimer sur plusieurs dents au sein d’une même classe dentaire, elle n’était pas assez satisfaisante pour ne prendre en compte que la dent-clé : le
pourcentage de concordance de présence/absence (et dans une plus forte mesure la concordance des stades d’expres- sion) n’était pas suffisamment élevé entre la dent mésiale et les autres dents au sein d’une classe dentaire. Toutes les dents sur lesquelles une même variation peut s’exprimer ont dès lors été traitées. Ensuite, le test exact de Fisher a démontré qu’aucun trait dentaire étudié n’était lié au sexe dans aucun des échantillons, ce qui a permis de regrouper les individus des deux sexes. Le même test a mis en évidence qu’il existait un seul lien entre l’âge et un trait dentaire, à savoir le tubercule de Carabelli(p= 0,0242). Comparé au taux de fréquence qui est quasi nul chez les adultes, ce carac- tère se trouve en forte proportion chez les sujets immatures dans le groupe du haut Moyen Âge. Bien que la fréquence importante dutubercule de Carabellichez les immatures au détriment des adultes ait déjà été constatée dans plusieurs populations [18,19], ce résultat est surprenant puisque la dent acquiert tôt sa forme définitive [20] et qu’il n’y a donc pas, en théorie, de différence significative dans les fréquen- ces de traits entre immatures et adultes au sein d’une popu- lation. Les interprétations, complexes, de cette différence de Fig. 5 Plan de la chapelle et du cimetière médiévaux et modernes (phases 4 et 5) (inCartron et Castex 2008) /Plan of the Late Middle Ages and modern chapel and cemetery (phases 4 and 5) (in Cartron and Castex 2008)
Tableau2Présentationdestraitssélectionnés;définitionetcodagepourleurenregistrement/Selectedtraits CaractèreTraductionetabréviationDéfinitionDents sup.
Dentsinf.Seuildeprésenceetcodagemodifié d’aprèsl’ASUDAS ShovelingIncisiveenpelleShovCrêtesmésialesetdistalesmarginales surlafacelinguale
I1,I2,CI1,I2,C2(0–1):abs.,(2):faible, (3–7):prononcé Double-shovelingIncisiveendoublepelleD-ShovCrêtesmésialesetdistalesmarginales surlafacelabiale I1,I23(0–2):abs.,(3–6):prononcé TuberculumdentaleTuberculedentaireTDTuberculesurlafacelinguale auniveauducingulum
I1,I2,C2(1):abs.,(2):faible, (3–6):prononcé InterruptiongrooveSilloncoronoradiculaireIGrSillonsurlafacelingualeauniveau ducingulum Dentdeformeconique
I1,I2P11(0):abs.,(1):prés. Peg-shapedPSI2,M32(0–1):abs.,(2):prés. MesialCanineRidgeCrêtemésialedelacanineMCRCrêtemésialesurlafacelingualeC2(0–1):abs.,(2):faible, (3):prononcé DistalCanineRidgeCrêtedistaledelacanineDCRCrêtedistalesurlafacelingualeCC2(0–1):abs.,(2–5):prés. Paracone/Protoconide accessoryridge
Crêteaccessoiredu paracone/protoconide PARCrêtedepartetd’autredelacuspide vestibulairesurlafaceocclusale P1,P2P1,P21(0):abs.,(1):prés. OdontomeOdontomeOTuberculecentralentrelescuspides vestibulaireetlinguale
P1,P2P1,P21(0):abs.,(1):prés. MultiplelingualcuspsCuspideslinguales multiples
MLCExtensiondelacuspidelinguale enplusieurscuspides P1,P22(0–1):abs.,(2–3):faible, (4–8):prononcé Accessorymarginal tubercle
Tuberculemarginal accessoire AMTTuberculesmésialetdistalentre lescuspidesvestibulaireetlinguale
P1,P2P1,P21(0):abs.,(1):mésial,(2):distal, (3):mésial&distal MetaconeMétaconeMoneCuspidedistovestibulaireM31(0):abs.,(1):fossette,(2–5):cuspide HypoconeHypoconeHoneCuspidedistolingualeM1,M2, M3 3(0–2):abs.,(3–5):prononcé MetaconuleMétaconuleMuleCuspidecentrodistaleM1,M2, M3
1(0):abs.,(1–5):prés. Carabelli’straitTuberculedeCarabelliTcarTuberculesurlafacelinguale duprotocone
M1,M2, M3
2(0–1):abs.,(2–4):fossette, (5–7):tubercule ParastyleParastylePyleTuberculesurlasurfacevestibulaire duparacone
M1,M2, M3
1(0):abs.,(1):fossette, (2–6):tubercule HypoconulidHypoconulide5CCuspidecentrovestibulaireM1,M2, M3 1(0):abs.,(1–5):prés. EntoconulidEntoconulide6CCuspidedistolingualeM1,M2, M3
2(0–1):abs.,(2–5):prés. (Suitepagesuivante)
fréquences ne peuvent faire l’objet d’un développement ici.
Nous préférons donc écarter ce trait, dont l’observation différentielle (liée à l’usure, notamment) peut constituer un biais dans les fréquences observées.
Afin de décrire chacune des deux populations archéologi- ques du site de Jau-Dignac et Loirac, les fréquences d’expression ont été calculées pour chaque trait. Ensuite, nous avons réalisé des tests exacts de Fischer, et dans un second temps, pour avoir une vision plus globale de nos confrontations intra- et intergroupes à travers une analyse multivariée, nous avons employé la mesure moyenne de divergence conçue et décrite par Berry et Berry ; Berry et Smith ; Tyrell [21–23]. Celle-ci est utilisée dans des études de peuplement diverses, comme celles de Ullinger et al. ou de Donlon [24,25], et notre étude a pu bénéficier de cette méthode grâce aux transformations de Freeman et Tukey, qui permettent son utilisation pour de petits échantillons et pour des fréquences basses et hautes (≤0,05 % ou≥95 %) [26]. Enfin, la troisième approche que nous avons choisie pour analyser l’organisation des espaces funéraires des deux groupes inhumés a consisté à projeter sur le plan de la nécro- pole les variations rares, en s’appuyant sur l’hypothèse que les individus qui sont inhumés dans le même secteur (sous-groupes archéologiques pertinents) et qui ont en com- mun telle ou telle variation partagent un même patrimoine génétique et des conditions environnementales identiques ; par conséquent, ils appartiennent à un même ensemble
« familial » dans l’article de Crubézy et Sellier [16].
Résultats
Les fréquences des traits dentaires des deux séries archéolo- giques sont présentées dans le Tableau 3. Notre caractérisa- tion des deux groupes inhumés sur le site passe ensuite par leur organisation spatiale, avec la mise en évidence de regroupements biologiques de sujets apparentés.
Concernant le groupe du haut Moyen Âge, l’hypothèse formulée est la suivante : les individus des inhumations pri- vilégiées, par leur mobilier, leur contenant et leur emplace- ment au sein de l’église, peuvent former un ensemble bio- logique différent des autres individus placés à l’extérieur du bâtiment funéraire.
En premier lieu, la projection sur plan des neuf caractères dentaires rares dans ce groupe ne révèle aucun partage de variation rare à l’intérieur de l’église (Fig. 6), même si, comme le rappellent Crubézy et Sellier en 1990 [16], des regroupements familiaux ont pu ne pas être détectés. Dans le secteur au sud de l’édifice religieux, deux sujets ont en commun un caractère (lemétaconule). À l’ouest, deux indi- vidus au sein du même sarcophage étaient porteurs d’un entoconulide dans le secteur ouest, mais cette zone com- prend surtout quatre caractères (le tubercule dentaire, la Tableau2(suite) CaractèreTraductionetabréviationDéfinitionDents sup.
Dentsinf.Seuildeprésenceetcodagemodifié d’aprèsl’ASUDAS MetaconulidMétaconulide7CCuspidecentrolingualeM1,M2, M3 1(0):abs.,(1–4):prés. EnamelextensionExtensioninterradiculaire del’émail
ExtContourdel’émailquis’étend entrelesracines
M1,M2, M3
M1,M2, M3
1(0):abs.,(1):faible,(2–3):prononcé CaninerootnumberNombrederacinesCRnbPrésenced’unedeuxièmeracineC2(0):1racine,(1):2racines PremolarrootnumberNombrederacinesPRnbPrésenced’unedeuxièmeracineP1,P22(0):1racine,(1):bifide,(2):2racines Lowermolarroot number
NombrederacinesMRnbPrésenced’unetroisièmeracineM1,M2, M3
3(0):1–2racines,(1):3racines CongenitalabsenceAgénésieAgAbsencedeladentM3M31(0):abs.,(1):prés. Leschiffresentreparenthèsescorrespondentauxdifférentsstadesd’expressiondel’ASUDAS,sachantqueleseuildeprésencedel’ASUDASestlestade1;abs.:absent;prés.: présent(ThefiguresinbracketscorrespondtothevariousdegreesofexpressionoftheASUDAS,wherethethresholdofASUDASpresenceisdegree1;abs.:absent; pres.:present).
Tableau3IncidencespopulationnellesdugroupeduhautMoyenÂge(HMA)(àgauche)comparéesàcellesdugroupedubasMoyenÂgeetdel’époquemodernemoderne (BMA/M)(àdroite)/PopulationincidenceoftheHighMiddleAgesgroup(left)comparedtothoseoftheLateMiddleAgesandmodernperiodgroup(right) CaractèresGroupeHMAGroupeBMA/MTest deFischer Nombre d’observations PrésenceAbsencePourcentage deprésence Nombre d’observations
PrésenceAbsencePourcentage deprésence I2S-SHOV313289,688080p=0,4918 CI-SHOV311303,22110110p=0,7381 I2S-TD303271072528,57p=0,2330 CS-TD3262618,7581712,5p=0,5694 CS-MCR312296,458080p=0,6275 CS-DCR3192229,0392722,22p=0,5232 P1S-PAR321313,129090p=0,5694 P2S-PAR291283,458080p=0,7838 P1I-PAR281273,57100100p=0,7368 P2I-PAR2932610,34100100p=0,7368 P1I-MLC320320121118,33p=0,2727 P2I-MLC28161257,14128466,67p=0,4204 M2S-HONE3122970,96109190p=0,2194 M3S-HONE2211115064266,67p=0,3995 M1S-MULE357282082625p=0,5409 M2S-MULE2942513,7992722,22p=0,4408 M3S-MULE2231913,6352340p=0,2207 M2S-PYLE29029091811,1p=0,2368 M3S-PYLE18018061516,67p=0,2500 M1I-5C2862221,43101990p=0,3923 M2I-5C3242812,5112918,18p=0,4880 M3I-5C2112957,1495455,55p=0,6628 M3I-6C2131814,28103730p=0,2841 M3I-7C221214,54100100p=0,6875 M2S-EXT253221291811,11p=0,0738 M3S-EXT19019061516,67p=0,2400 M1I-EXT271263,79090p=0,7500 M2I-EXT2882028,57113827,27p=0,6316 CI-RNB321313,12130130p=0,7111 P1S-RNB30121840105550p=0,4235 P2S-RNB25025081712,5p=0,2424 M3I-RNB1431121,437070p=0,2737 M3S-AG313289,68114736,36p=0,0635 M3I-AG2962320,69121118,33p=0,3230
crête accessoire du protoconide, l’extension interradiculaire de l’émailet l’agénésiedes troisièmes molaires) qui relient cinq tombes sur sept et semblent traduire l’existence d’un sous-groupe apparenté.
Le second moyen que nous avons mis enœuvre pour voir s’il se dégage une distinction entre les 12 inhumés à l’inté- rieur et les 34 individus à l’extérieur de l’église est un test
exact de Fisher. Contrairement à la projection sur plan, ici ont été utilisés tous les caractères, afin de comparer les fré- quences des deux sous-groupes. D’après ce test, il n’existe pas de différences significatives entre les individus déposés à l’intérieur de l’église et ceux installés à l’extérieur.
Nous avons ensuite calculé la mesure moyenne de diver- gence entre le sous-groupe interne et le sous-ensemble Fig. 6 Projection des traits dentaires rares dans le groupe du haut Moyen Âge (plan d’après Cartron et Castex 2008) /Projection of rare dental traits in the High Middle Ages group (plan based on Cartron and Castex 2008)
Tableau 4 Comparaison des différents sous-ensembles et ensembles funéraires : résultats de la mesure moyenne de divergence / Comparison of the different funerary subgroups and groups: results of the mean measure of divergence
HMA-Intérieur HMA-Secteur Ouest BMA/M-Intérieur HMA
HMA-Extérieur 0
HMA-Autres secteurs 0
BMA/M-Extérieur 0,0366
BMA/M 0
HMA : groupe du haut Moyen Âge ; BMA/M : groupe du bas Moyen Âge et de l’époque moderne(HMA: High Middle Ages group;
BMA/M: Late Middle Ages/modern period group).
externe à l’église, qui met en exergue l’absence de diver- gence entre les deux sous-groupes (Tableau 4). Finalement, comme seuls les individus du secteur ouest semblent former une certaine entité, nous avons confronté (toujours avec un test exact de Fischer) ce sous-groupe de 19 sujets avec les 27 individus des autres zones de la nécropole. Trois caractères mettent en relief la particularité du secteur ouest : lescuspi- des linguales multiplesdes secondes prémolaires inférieures (p= 0,0192), l’hypoconedes deuxièmes molaires supérieu- res (p= 0,0022) et plus faiblement l’hypoconulidedes pre- mières molaires inférieures (p= 0,0493). En revanche, la mesure de divergence n’est pas significative et ne distingue pas ces deux sous-ensembles (Tableau 4). Ainsi, si les carac- tères rares et le test exact de Fischer témoignent de la spéci- ficité du secteur ouest, la MMD ne montre pas de distance biologique entre les individus de cette nécropole.
Pour le groupe du bas Moyen Âge et de l’époque moderne, l’hypothèse de départ concerne l’existence d’une éventuelle distinction entre les individus inhumés à l’inté- rieur de la chapelle de ceux enterrés à l’extérieur. La projec- tion sur plan de huit traits rares n’a pas permis de mettre en
évidence des regroupements, et la majorité des variations représentées ici appartiennent à des individus éloignés les uns des autres (Fig. 7). Néanmoins, les individus de deux tombes au sud de la chapelle portent uneextension interra- diculaire de l’émail. À l’intérieur de la chapelle, deux carac- tères sont partagés : l’hypoconulide, par les individus de deux sépultures, et le métaconule sur la première molaire supérieure, par les sujets de deux autres sépultures.
De manière plus générale, les fréquences de toutes les variations ont été ensuite comparées entre le sous-groupe à l’intérieur de la chapelle (neuf individus) et le sous-groupe inhumé hors de la chapelle (neuf sujets) avec un test exact de Fisher : une seule variation anatomique distingue de manière significative les deux sous-ensembles, il s’agit dunombre de racinesdes premières prémolaires supérieures (p= 0,0238).
Ce trait (correspondant à la présence de deux racines sur les prémolaires) est constamment présent chez les individus enterrés dans la chapelle alors qu’il est peu fréquent (16,67 %) chez les sujets inhumés à l’extérieur de l’édifice.
La mesure moyenne de divergence pour cette comparaison intragroupe est non significative (Tableau 4).
Fig. 7 Projection des traits dentaires rares dans le groupe du bas Moyen Âge et de l’époque moderne (d’après Cartron et Castex 2008) / Projection of rare dental traits in the Late Middle Ages/modern period group (plan based on Cartron and Castex 2008)