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Les instituteurs pédagoques

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Academic year: 2022

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Texte intégral

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C. FREINET

ns INSTITUTIURS PIDAGOGUIS

1111 c·amn.ratlc nous écrit·

« J'11i lu 1011 tlcrnier OH de Mathieu el je siti,.,. profo11démenl 111û11é tir /1: voir nllllqllcr 11i11.,·i toits les 1. P. Tu, 11e fais pris 1111 c11s particulier, el, pour qui ne co1111ail /Jrls les ennuis que lu. as 11 l'l:Jcole, lit les a/laques Lou.~ e11 yénéral. A mon 111•is, Ili 11s t'll lori 1'/ lit ne li"llrnis /JUS· 11i11si nous fos 'mclt/'lJ tou.1· ri tlos pour la ùnnne raigon qu'ils ne le méritent pas /011.s '"

Au 1110111ent tlc la rédaction de mon Dit, j'avais ajoulé un renvoi précisant que l'aventure s'est effectivement passée à notre Ecole Freinet à la rentrée du :l janvier. Puis j'ai supprimé celte note pour ne pas sembler monter en épingle une affaire personnelle, persuadé d"ailleurs que rte nomhreux camarades

>ïouffrenl encore de. inèmes erreurs.

Mais je n"ai pas pensé un instant que puissent se sentir visés les 1. P. qui fonL un effort - mème s'ils n'y parvien11ent pas toujours, - pour déceler, découvrir el appliquer d'autres critères d'inspection. Comme si tous les ins!ilu!eurs, mème ceux de notre 111ou\•e111~nt pouvaient se sentir calo11111iés quand nous rritiql>llns rl11rem!'n! IP<; mt"thnrlPs frarlitinnnPllP<; rlnnf mir.un rie nous n'esL tolalcmenl délivré.

De cieux choses l'u11e, en effet: ou les faits critiqués ne sont qu'une très rare exception, el alors je reconnaitrai que ma véhémence est au moins exagérée ; ou bien ils sonl vrnimenl encore, dans hien des cns, une tare grave de notre école, el les lnspecteurs conscients de leur rôle pédagogique seront avec nous pour l'nrnéliora1io11 de nos conditions de travail el l'efficience de noire enseignement.

Aucw1 progrès ne serait possible si nous n'avions à cœur de rechercher ensernhlc les faiblesses et les erreurs de notre péda- gogie pour y trouver remède. Et pour cela, il faut que nous ayons le courage les uns el les autres d~ reconnaitre ces erreurs el d'en accepter les critiques, mè111e et sul'lout quand nous en portons w1e part de responsabilité.

li y aurait danger pour notre mouvement à étouffer cer- taines de ces critiques de crainte de mécontenter les Inspecleurs.

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Nous devons être justes avec eux comme nous tâchons de l'être avec nos collègues; mais entre travailleurs altachés à une même œuvre, nous ne devons craindre aucune vérité.

D'autant plus que nos cril.iques ne s'adressent pas parti- culièrement aux hornn1es mais tiennent compte de leur intégrn- tion dans un r.omplnxe administratif et <·ulturel dont il ne leur est pas toujours possible de se dégager comme ils le souhai- teraient.

C'est ce souci d'objecti\·ité que nous avions déjà tenu à ma1·- quer l'an dernier quand nous a\ons ouvert notre rubrique La Fosse aux Ours. Certes, l'instituteul' qui fait aligner militaire- ment ses élèves dnns la cour, qui lcut' fait meltre les mains sur la tète pou1· obtenit' le silence 011 qui mème surveille la

«pelote" des condamnés, n'est peut-ètrn pas très satisfait que nous extériorisons ainsi ('Crtainr:: aspects peu reluisants ctu rôle qu'on lui fait jouer. :\lalheltl' à lui s'il n'n pas conscience de cette déchéance. Nous souhaitons alors que notre campagne le réveille, lui fasse l'foxaminct' ~es l'Csponsabilités en vue d'un rétablissement pédagogiquement el ltut11ainc111enl souhaitable.

Cet instiluteut' qui surveille la pelote est sans tloule, pris individuellement, 1111 lira\ e ho1nme, personncllc111cnt amoureux de: liberté, de justice cl fie fraternité, militant peut-ètt'e d'or·ga.

nisations sociales et politiques génét'cuses. Seulement il est pris dans un implacahle engl'enage, comme clans une impasse dont il ne trouve plus l'issue: surchal'ge tles classes, locaux mal adaptés, enfanl" énervés ou dégéné1·és, technique de travail défectueuse.

Ç'est cet état de faiL, dont l'instituteur est. plus victime qu'ac- teur que nous dénoll(;ons, el, oous 11e 11ous lteurloHs alors à la susceptibilité des intéressés que dans 11:3 cas, hélas 1 encore fréquents où les erreurs du métier onl 111a1·qué ir1·émédialJlemenl l'homme qui colle nlors à l'engl'enagn snn~ pn1l\"nir rlil~nrmnis

s'en détacher.

Il en est de même des Tnspecteurs. Considérés dans leur privé, ils sont certainement, dans la presque généralité des eus, de braves hommes, sensibles el dévoués. Seulement ils sont pris clans un engrenage, bien plus implacable encol'e que celui dont nous souffrons. S'ils collent eux auss_i ù cet e11i;renage, il n'y l1 rien à faire, ils seront contl'C' la nou,•eauté et la vie qui en gènenl le fonclionnetncnt et ils prendront à leur co1nptc les critiques que nous pnrtnns >1 une mr.r~rniqnc rloot nous vou- drions améliorer euscmblc les processus.

De tout cela, nous devrions prendre conscience en commun, analyser pour aiusi dire objectivemeut nos situations respectives, dénoncer des er1·curs dont nous som111es victitncs, pour que nous essayions de lt'ouver des solution:; valables.

Tous les Inspecteurs non déformés il'rérnédiablement par Je métier, comme tous les inslituteurs non déforrnés par la scolas- 4 -

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. tique doivent lulle1· en~e1uble, snns susce11tibililé, sans fa11x amour-propre, avec une clnfrè conscience des problèmes difficiles

•.. ~l résoudre, qui nous sont imposés.

,.,...,.

EL notre camarade ajoute :

«Si ln fais le procès 11c cer/ai11s Jns}IPcte111rs, t11 pourrais . 1111:>si faire cc/ni tic comarades C.E.L., qtli se réclnmenl <le les teclmiques et qui /011/ énormé11ie11t tic tort nu mo101cmcnt 71ar lctLrs eJ·ccu/ricités, ouli/ia11t qu'ils se tloiuc11/ <le pro1tvcr cliaque

jour l'c{/i1.:acité tic 1ew lravait ».

Notre c:unaradc sait bien que nous ue nuu:; c:o11lcnton:; pas de dénonc1•1· les faililes!'es cles aull'eS rnais que nous cowmcnçons toujour:; par loalayer devant notre propre porte.

Des erreurs peuvent èl1·c c·um111ises pal' 11os adhérents; nous 011 t·o111nicttons tous, et tous les jours La raison cl'èlre cle notre oi·g-anisation coopérative est justement de délecter ensc·111ble ces erreurs et ù'cssayc·1· dl) les corl'iger. Il y aurait dégénérescence autoniatique le jour oi1 ;.;elle autocritique - poul' c111ployer le mol à la 111ode politique - ne fonctionnerait plus iwplacable-

1111•u l.

Mais l'erlnincs expressions de notre ca11iarade me laissent quelque pru rrveur, cai· je :mis cerlninemenl l'instituteur qui a commis, dans St• ra1Ti~re, le plus «d'excentricités"• et on a su, ù bien des reprises, 111'en faire les a111ers reproches. On haptise en effet tro11 souvent excentricité, le vulgaire non-con- formisrne, et de <'e non-co11formisme nous so1111ncs tous plus ou moins coupables, du inoins :iux ye11'x des ii1sperteurs non initiés aux nouvelles formes d'activité. Nous restons d'ailleurs très circo11spccts pour tout ce qui touche à l'efficience de notre t.ravail, à cette productivité el à ce rendement dont nous avons essayé de cl6finir les nor111es au cours de nos derniers congrès.

Dans le domaine encore chaotique de l'en,,eig11e111e11t, luuL dépend de qui conlrôlc, sur quelles bases el selon quels critères il juge. Notre travail, si porfail soit-il, ne sera jamais reconnu co111me valable par nos collègues enfoncés dans les méthodes traditionnelles, pas plus que i:·ar les Inspecteurs qui pensent comme eux.

Nous devons certes rester prudents dans nos essais et nos innovations, 111ais sans redouter cependant un non-confor- misme qui n'est qu'un aspect de noll'e souci de création et de modernisation. f.'irlé:il sp1·nit que voit enfin le jour l'arrèlé donnant le slalut des écoles expérimentales, qui seront comme des coins non-conformistes enfoncés clans le mur de la tradition.

!\lais il raudrn, et, c'est une condition sine qua 11011 ,des édu- catt•urs tout ü la fois méthodiques et audocieux, et aussi un ap1>arcil Cl lme technique de contrôle axés sur les créations qui

imposent, et uon sur un passé aujourp'hui révolu.

En définitive, poul' les institutrurs coinme pour les inspec- timrs, tout el't une question d'initiation. Nous avons tous, insli- - 5

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tuteurs et inspecteurs, été formés à l'ancienne école qui nous a marqués profondément. Il nous faut, d'un commun effort de loyale bonne volonté, nous réformer, repenser notre fonction et apprécier en conséquence ! 'effort générntLx des novateurs. 1

-..,.

Quant à nous, à la direction de notre mouvement, des tâches nouvelles requièrent notre permanente lucidité, notre ténacité et notre audace.

Nos techniques, même lorsqu'elles n'ont pas l'assentiment formel de certains officiels, deviennent officielles en ce sens qu'elles s'imposent d'elles-mêmes ü la masse des éducateurs.

Quelques-unes du moins. l\lais nous risquons beaucoup plus qu'autrefois des déviations qui seraient pour nous mort.elles.

Pour quiconque a compris l'idée, l'esprit fie nos techniques, toutes les expériences sont valables. Le fil conducteur permet toujours de retrouver la route.

l\lais le danger nous vient des éducateurs de plus en plw:1 nombreux qui sentent la nécessité de moderniser leur ensei- gnement, serait-ce même parce que J\l. l' l11spect1m1· a recom- mandé celle modernisation, et qui n'ont pas encore réalisé qu'une reconsidération totale de leur conception éducative est indispensable. Pas de révolu! ion, pensent la plupart des col- lègues, mais une sage et lente évolution. Alors ils achètent des fichiers auto-correctifs, font du texte libœ à la mode traditionnelle, 011 créent une coopérative pour collecter quel- ques billets de mille. Et ils s'étonneront ensuite de ne constater aucun des bienfaits dont nous nous glorifions.

Nous 11e nous arrêterons pas à mi-chemin.

Nous avons fait se lever la grande armée de~ inslilnlettr.ç 711jcla9ogues, des instituteurs qui ne se contentent plus d'ensei- gner, dans la forrne qu'on leur a apprise, des notions officielle- nwnt préparées el définies, mais qui veule11l l'éfl~clii 1· iL leu;:

tàche et. aux conditions de leur lravail, qui luttent pour am&- liorer c·es conùitions et qui sont prêts pour cela à mener dans tous les domaines la batnille permanente contre les pu.î&- sances de stagnation et de réaction.

Nous avons, par notre longue expérience coopérative, re- donné confiance aux éducateurs qui se haussent désormais i1 la juste dignité de l\lailre.,, qui conquièrent de cc fail une conscience nouvelle de leur nohle fonction, l'exaltant sentiment de faire enfin une besog11c utile en pruparant leurs enfnnl';

:'t rc111plir rnieux que nous ne l'avons fait, leur destin d'hommes el de citoyens.

Dans l'entreprise complexe qui mobilise aujourd'hui des millie1·s d'édurateurs, c'e,;;t moins une méthode que nous avons à sauvegarder que ce sursaut d'humanité et de dignité, ce renouveau d'idéal qui pourraient bien marquer de leurs verlui la pédagogie des années i venir.

C. F.

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