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Reference
Qu'est-ce qu'un prophète de l'Ancien Testament ?
MACCHI, Jean-Daniel
Abstract
Réflexions sur la présentation du prophétisme dans la Bible hébraïque.
MACCHI, Jean-Daniel. Qu'est-ce qu'un prophète de l'Ancien Testament ? Revue des cèdres, 2013, vol. 40, Témoigner, transmettre, p. 14-19
Available at:
http://archive-ouverte.unige.ch/unige:38661
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Qu'est-ce qu'un prophète de tAncien Testament ? *
Jean-Daniel Macchi, Université de Genève, Faculté de Théologie
Un monde qui serait dépourvu d'hommes et de femmes proclamant des paroles fortes, exprimant des points de vue contraires
à
ceux des autorités et se révoltant au nom d'idéaux et de valew·s supérieures, serait dans un triste état. L'histoire montre que ces personnes jouent un rôle important dans la fécondation des sociétés, leur transformation et leur renouvellement, tant et si bien que les dictateurs de tous bords craignent comme la peste ceux qui s'expriment trop librement.Les prophètes dont les textes bibliques ont préservé la trace ont fait partie de ceux qui, en formulant leurs idéaux, se sont exprimés
à
contre- courant du pouvoir et contribuéà
faire évoluer les sociétés dans lesquelles ils vivaient.Prophétisme et vie sociale dans les royaumes d'Israël et de
Juda
Dans l'Israël ancien, comme dans le reste du Proche-Orient, une parole de prophète formulée sous la forme d'un oracle était comprise comme un message émanant d'une divinité. Cette communication de la part de Dieu n'était pas toujours sollicitée et l'intervention d'un prophète pouvait advenir par surprise. Ce surgissement inopiné de paroles fondant leur autorité sur une provenance divine constituait sans doute une caractéristique importante du prophétisme israélite qui, dès lors, pouvait être perçu comme une forme d'expression difficilement contrôlable par les pouvoirs temporels, qu'ils soient royaux ou sacerdotaux.
On peut évoquer
à
ce propos la figure d'Amos qui proclame au Temple royal de Béthel qu'un jugement s'apprêteà
frapper le roi d'Israël,. '
Jéroboam II (787-747 av. J-C). Amacya, le prêtre du lieu, l'expulse en lui disant d'aller prophétiser dans le royaume voisin de Juda où - comme
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spécialiste de l'oracle- il pourrait gagner plus facilement son pain. Amos lui répond alors : «Je ne suis ni prophète, ni fils de prophète ; je suis
éleveur de bovins et cultivateur de sycomores. Le SEIGNEUR m'a pris ,.,. · derrière le troupeau; le SEIGNEUR m'a dit: Va, parle en prophète à
Israël, mon peuple» (Am 7, 14-15). Cette réponse met précisément en avant le surgissement spontané et contraignant de la parole divine, plutôt que la compétence «professionnelle» du prophète qui en est porteur.
Face au surgissement spontané des figures prophétiques et de leurs oracles, la question de la «vraie prophétie» s'est posée dans l'Israël ancien. Plusieurs textes bibliques mentionnent non seulement cette nécessité de distinguer un vrai d'un faux prophète, mais aussi la difficulté de cette opération (Jérémie28 ; 1 Rois 22).
Prophétisme et littérature biblique
Cela dit, bien que la prophétie israélite ait été à l'origine une pratique orale, elle nous est parvenue sous la forme d'écrits. Les milieux qui ont mis par écrit, conservé et retravaillé ces textes l'ont fait parce. que le prophète auquel ils étaient attribués était perçu comme une autorité prestigieuse. Toute une série de livres bibliques sont ainsi attribués à des prophètes, trois grands (Esaïe, Jérémie et Ezékiel) et douze petits (Osée, Joël, Amos etc ... ). Ces textes prophétiques constituent de véritables compositions littéraires avec une logique d'ensemble allant bien au-delà de la simple compilation d'oracles. De fait, un long chemin sépare la parole prophétique orale qu'un Esaïe ou qu'un Amos ont pu prononcer des textes qui nous ont été transmis. La mise par écrit s'est faite en plusieurs étapes, par des générations de scribes qui ont non seulement voulu transmettre des oracles anciens, mais ont aussi été soucieux de les commenter et de les actualiser pour leurs lecteurs vivant durant et après l'exil. Ces scribes ont ainsi donné aux grandes figures de prophètes une importance et une portée qui dépassa de loin la période pendant laquelle elles avaient vécu.
L'interprétation des événements majeurs de l'histoire d'Israël est au cœur de l'effort d'actualisation qui caractérise la littérature biblique attribuée aux prophètes. Dans ce cadre, les terribles destructions des royaumes
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d'Israël et de Juda (722 et 587 a:v. J-C.), puis l'exil de leurs habitants, furent compris par les rédacteurs bibliques comme les accomplissements des nombreux avertissements et annonces de jugements proférés par les prophètes durant la période de la monarchie. Ainsi le message d'Amos qui, aux alentours de 750 avant J-C, menaçait et accusait d'injustice le roi Jéroboam et les élites de la ville de Samarie - «Ecoutez cette parole, vaches du Bashân, vous qui êtes dans la montagne de Samarie, vous qui opprimez les petites gens, qui écrasez les pauvres» (Amos 4,1) - a été réinterprété par les scribes comme un des avertissements divins adressés aux Israélites avant que ne survienne, . presque deux cents après, la destruction de Juda. Dès lors, on comprend mieux pourquoi le livre d'Amos se termine par une belle réflexion théologique sur l'exil et sa fonction dans l'histoire de la relation de Dieu et de son peuple. Le texte d'Amos 9, 8-9 affirme, en effet, que le Seigneur Dieu va faire disparaître le royaume pécheur, mais enchaîne en affirmant que la maison de Jacob ne sera pas entièrement exterminée et que, dispersée parmi les nations- c'est-à-dire exilée -, elle sera passée au tamis, sans doute afin d'être purifiée.
Finalement, toute une partie de la littérature prophétique annonce que l'exil n'est qu'une situation transitoire et envisage un retour possible, prélude à une vie renouvelée. La deuxième partie du livre d'Esaïe (ch. 40- 66) ainsi que celle du livre d'Ezéldel (ch. 36-48) développent largement cette thématique. Ce même motif se retrouve également dans la finale du livre d'Amos qui annonce la restauration du royaume de David (cf. 9, 11), c'est-à-dire de Juda, en proclamant de la part de Dieu : «Je rétablirai la situation d'Israël, mon peuple; ils rebâtiront les villes dévastées et ils les habiteront ( ... ). Je les planterai sur leur terre, et ils ne seront plus déracinés de la terre que je leur ai donnée » (Amos 9, 14-15).
Messages
prophétiques
Une grande diversité caractérise les thèmes abordés par les textes bibliques prophétiques. Celui de la fidélité à l'égard de Dieu y occupe une place centrale. De nombreux textes prophétiques insistent ainsi sur l'importance de ne vénérer que le Dieu d'Israël. Le magnifique chapitre 2 du livre Osée compare Israël se livrant à l'adoration de la divinité Baal à la
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trahison que constitue l'adultère. Pour les prophètes bibliques un seul et unique Dieu a sa place dans le culte d'Israël.
Le souci de la justice entre les hommes dans la vie en société apparaît également dans de nombreux textes prophétiques. L'exigence de justice peut concerner un individu particulier comme, par exemple, lorsq~e le prophète Nathan s'adresse au roi David en lui reprochant son attitude criminelle lors de l'affaire d'Urie le Hittite (2 Samuel12). Cependant, les textes s'adressentle plus souvent à la collectivité des Israelites en insistant sur l'importance d'une organisation sociale juste ainsi que sur la nécessité générale de protéger les pauvres, les veuves et les orphelins (Jérémie 7,5 etc.). Plusieurs textes prophétiques affirment même que la fidélité aux rites et au culte divin ne saurait remplacer la justice et que, dès lors, Dieu n'apprécie pas les sacrifices et les offrandes d'un peuple qui agit mal à l'égard des faibles (Esaïe 1,1 0-17).
Cela dit, les messages des prophètes bibliques ne se cantonnent pas à avertir et réprimander les israélites et leurs rois. Toute une partie des discours attribués aux prophètes constituent en réalité des paroles d'encouragement et d'espérance. Par exemple, le chapitre 11 du livre d'Esaïe affirme que le Dieu d'Israël ramènera son peuple dans son pays, qu'un roi juste règnera et même que les animaux sauvages vivront en paix dans le pays.
En tout état de ca~se, on aurait tort de trop insister sur le lien entre prophétie et annonce de l'avenir. En effet, la prophétie- qu'elle soit orale ou littéraire - doit avant tout être comprise comme une façon d'interpréter le monde et de chercher à expliquer le fonctionnement des relations entre l'homme, le monde et Dieu. Fondamentalement, les prophètes n'annoncent pas un f~tur immuablement préétabli. Au contraire, ils présentent les exigences divines et affirment·qu'à cause de la volonté d'un Dieu juste, les actions humaines ont des conséquences prévisibles. Pour les prophètes, si les hommes s'entêtent à faire le mal, un jugement funeste finit par advenir. Cela dit, ils affirment aussi que la bienveillance divine ne saurait laisser le jugement être le dernier mot de Dieu pour son peuple et donc qu'un avenir meilleur est toujours possible.
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Il semble évident que les prophètes de l'Ancien Testament et les scribes qui ont rédigé les livres prophétiques avaient des convictions fortes et cherchaient
à
être les porte-parole de Dieu. Cependant, les textes ne nous disent pas grand-chose de leur vie intérieure, de ce que nous appellerions aujourd'hui leur «spiritualité». De toute évidence, ces textes ne focalisent p~s l'attention sur le messager et sa relation-avec Dieu, mais préfèrent insister sur le contenu du message transmis. De très rares passages évoquent la vie intérieure de tel ou tel prophète. C'est notamment le cas des récits de vocations prophétiques. Comme dans le cas d'Esaïe au chapitre 6 ou d'Ezékiel (ch. 1-3), ils évoquent le saisissement devant la gloire divine. A plusieurs reprises, les textes laissent entendre que les prophètes ont pu se sentir indignes du message qu'ils avaientà
transmettre (Exode 3 ; Es aïe 6, 5-7 ; Jérémie 1, 4-1 0), . voire déprimés par le dur chemin qu'ils ont euà
suivre (Nombres 11,11- 15 ; Jérémie 15, 10-21 ; 1 R 19). Pourtant leur « expérience spirituelle»et leur ressenti s'effacent le plus souvent derrière l'essentiel,
à
savoir la parole qu'ils délivrent ef le texte qui la véhicule.Les Eglises ont-elle besoin de prophètes aujourd'hui ?
Une telle question est très difficile. A première vue on pourrait répondre que les sociétés humaines ont besoin d'hommes et de femmes porteurs de paroles fortes, en mesure de remettre en cause leurs contemporains et que, dans ces conditions, un renouveau prophétique dans l'Eglise ne peut qu'être souhaitable. Pourtant, les dérives des postures prophétiques.sont nombreuses et l'histoire récente de toute une série de sectes rappelle que ceux qui se posent en prophètes peuvent être de véritables dangers publics.
Dès lors, tant le judaïsme que le christianisme ont traditionnellement eu tendance
à
considérer que la parole prophétique figure désormais dans le texte biblique et non pas dans les discours de tel ou tel illuminé. Ce faisant, ces religions affirment que la parole prophétique s'exprime au travers des textes bibliques et que, par conséquent, les lecteurs, lorsqu'ils interprètent, actualisent et s'approprient le texte qu'ils lisent, s'inscrivent dans un processus prophétique.La Revue des Cèdres Dossier
En un sens on pourrait conclure en disant que, certes, les Eglises ont besoin de prophètes, mais il s'agirait alors d'ajouter qu'elles les ont
déjà ... dans leurs textes fondateurs. ' ·
*
Cet article reprend et développe des éléments d'un article de la V'ie Protestante Neuchâtel-Berne-Jura d'avril 2011, intitulé «Oracles- du Seigneur ».Le prophète Esaïe par Michel~ Ange - Chapelle Sixtine
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' • ··. ·-..•...
La Revue des Cèdres Sommaire
Sommaire
Editorial, jacques Herman
p.
4Méditation, Psaume 78, 3-6 et HéN:ne Guisan-Démétriades p. 7 Dossier: Témoigner, transmettre
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Evangéliser, témoigner, transmettre? Des mots en quête de sens,Jean-François Haberinacher
•!•
Qu'est-ce qu'un prophète de l'Ancien Testament?,P· 8
Jean-Daniel Macchi
p.
14••• T' • emoms ... mms e qum . , . . d . ?
Daniel Marguerat
p.
20•!•
Décentrement- le témoignage dans l'évangile de Jean,Andreas Dettwiler p. 26
•!•
Témoignez les uns les autres,jacques Küng
p.
31•!•
Que tous soient un,Agnes Thuégaz p. 40
•!•
Eloge de la communication indirecte,Jean-Denis Kraege .
p.
43•!•
Il suffit« juste» d'y croire ... ,Christine Volet p. 49
•!•
Quelques thèses basiques sur l'évangélisation,René Blanchet p. 51
•!•
Pourquoi et comment évangéliser ? ,Enzo Bianchi
p.
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