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Morale et diplomatie au XIXe siècle

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Academic year: 2022

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Texte intégral

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Appel à contributions

Morale et diplomatie au XIX

e

siècle

Journée d’études

Vendredi 15 juin 2012, Paris (Serpente)

Avec le soutien du Centre de recherches d’histoire du XIXe siècle (Paris I-Paris IV)

Coordination scientifique

Isabelle DASQUE, maître de conférences à l’Université Paris-Sorbonne

Renaud MELTZ, maître de conférences à l’UPF, en délégation au CNRS (ISCC)

Date limite pour l’envoi des propositions de contributions : 15 janvier 2012

Par ses origines historiques, comme par sa définition fonctionnelle, la diplomatie entretient un lien étroit avec la morale.

Née sur les décombres de l’idéal unitaire de la Chrétienté, rendu anachronique par l’avènement d’une pluralité d’Etats souverains et rivaux, et les affrontements religieux nés de la Réforme, la diplomatie s’est d’emblée assignée un but essentiellement moral, celui d’éviter par des solutions négociées la guerre entre les États et la ruine des sociétés. Cette morale diplomatique offre une forme d’avatar laïcisé de la paix de Dieu qui, au Moyen Âge, régissait l’ordre international. L’émergence d’un corpus juridique de règles coutumières et de conventions, connu sous le nom de droit des gens, censé préserver les sociétés des ravages de la guerre, puis la diplomatie sécularisée du XIXe siècle, continuent à se référer à des valeurs morales. Les traités de paix de 1919 et la naissance de la Société des nations constituent à la fois l’aboutissement de ce processus et un nouveau tournant, caractérisé par la promotion d’une paix morale, fondée sur les principes de justice, de droit et de responsabilité, ainsi que les règles de transparences, censées régénérer l’ordre international, dont la Grande Guerre aurait démontré la faillite.

Pour autant, l’historiographie ne s’est guère penchée sur ce rapprochement spécifique au XIXe siècle. Or, la conception plus récente, et largement étudiée, à l’ère post-coloniale, d’une diplomatie qui se veut morale en permettant la coexistence des civilisations, tout en cherchant le rapprochement des mœurs et des normes sur la base d’une morale universelle des

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droits de l’homme, susceptible de fonder des normes juridiques partagées par tous, est largement héritée des mutations du dix-neuvième siècle. Aussi bien, les propositions de communications sont attendues autour de 4 axes privilégiés :

Axe 1 – La morale de la diplomatie

1/ Comment est pensée la morale dans les théories des relations internationales ? On sera particulièrement attentif à la tradition de la doctrine chrétienne et la philosophie des Lumières, aux pensées pacifistes, ou aux socialismes utopiques.

2/ Quelles sont les valeurs communes qui règlent l’ordre européen ? Que deviennent la recherche de la paix, le principe de légitimité, l’autolimitation des ambitions territoires, le respect des traités, bref les règles admises de l’ordre international, face aux nouveaux principes hérités de la Révolution française, à commencer par la souveraineté nationale, fondé sur le principe de citoyenneté ?

3/ Que vaut la morale internationale face à la raison d’Etat et l’affirmation des intérêts supérieurs des nations (unification de l’Allemagne et mise en place du système bismarckien au détriment du concert européen du Congrès de Vienne), de leurs ambitions coloniales (pénétration française en Tunisie ou au Maroc) ; quand la morale justifie l’action diplomatie, est-elle instrumentalisée par l’Etat (lutte contre l’esclavage, défense de la liberté de commerce évangélisation, défense des minorités) ?

4/ Que devient la morale professionnelle du diplomate héritée de l’homme de cour, à l’âge démocratique, qui renouvelle les élites dirigeantes, et offre de nouveaux moyens techniques aux pratiques déviantes (espionnage, corruption, mensonge) ? Les nouvelles exigences de la morale démocratique, attendues des Etats, concernent-elles les acteurs de la diplomatie ?

Axe 2 – La morale et le droit international

1/ Morale et normalisation : uniformisation des législations pénales et sociales, normalisation des politiques à l’égard des minorités, arbitrage, droit de la guerre, jalons d’une politique humanitaire, le XIXe siècle joue un rôle pionnier dans les innovations appelées à se développer au XXe siècle.

2/ Quel impact de cette évolution du droit international dans la diversité des sociétés ? Une convergence se manifeste-t-elle par-delà les pays européens qui ont pris l’initiative de cette évolution du droit international, au bénéfice par exemple du droit des individus ?

Axe 3 – Les nouvelles instances de jugement moral : opinion et acteurs non étatiques

1/ Les droits d’intervention et d’ingérence, réclamés par les Etats, ont-ils accru le poids de l’opinion dans la résolution des crises internationales ? Peut-on parler d’une opinion publique internationale, qui se saisit de problèmes extérieurs, quand la morale semble bafouée (mouvements philhellène, dénonciation des massacres en Bulgarie, Arménie, soutiens à l’unification de l’Italie, critique de la conduite britannique de la guerre de Boers, dénonciation

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des expéditions coloniales etc.) ? Quels relais, quelles modalités d’action pour les opinions publiques nationales, quand elles veulent peser dans les relations internationales ?

2/ Quels nouveaux acteurs non-étatiques apparaissent au XIXe siècle, notamment en faveur de la paix (Croix-Rouge, Fédération internationale d’arbitrage et de paix créé par Hodgson Pratt, Dotation Carnegie pour la paix internationale, le Bureau international de la paix fondé à Berne) ?

Axe 4 – La diplomatie de la morale

1/ Les rapports entre morale et diplomatie sont-ils les mêmes selon le régime politique ? Si l’on en croit Wilson, les démocraties libérales seraient plus à mêmes de défendre la paix parce qu’elles fonderaient leurs rapports interétatiques sur le droit et la morale. Mais l’interventionnisme, qu’il soit au nom de la morale légitime (expédition d’Espagne de 1823), libérale (interventions anglaises dans la même Espagne, tout au long du premier XIXe), ou démocratique (impérialisme américain à Panama, Cuba, aux Philippines etc.), ne défend-il pas des intérêts particuliers au nom de valeurs universelles ?

2/ Les régimes autocratiques ne se sont pas désintéressés des questions de morale dans l’ordre internationale et de leur inscription juridique – cf. Alexandre Ier et la Sainte-Alliance ou Nicolas II, instigateur des Conférences de La Haye.

3/ La diplomatie de la Papauté, qui prétend par définition défendre une morale universelle, fera l’objet d’une attention particulière.

Les propositions de communication, composées d’un titre, d’un résumé de 2 000 signes maximum et d’un court CV, doivent être envoyées avant le 15 janvier 2012. Elles préciseront l’axe de recherche auquel elles entendent se rattacher. Nous vous invitons à les envoyer à l’adresse suivante :

morale.diplomatie @gmail.com

Le comité scientifique établira un programme définitif sur la base des propositions reçues, sous la forme de communication de 20 minutes et de tables-rondes.

Les actes de la journée d’étude donneront lieu à une publication.

Références

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4 Voir C. GIRAUD,« La théorie de la légitime défense», RCADI, vol. Texte français de la Convention dans L. CHKLAVER, Recueil de textes de droit international public, 2.

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