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Les nouvelles dynamiques du tourisme et de la patrimonialisation en Chine : étude des anciennes
concessions et du quartier français de Tianjin en particulier
Daisy Debelle
To cite this version:
Daisy Debelle. Les nouvelles dynamiques du tourisme et de la patrimonialisation en Chine : étude des anciennes concessions et du quartier français de Tianjin en particulier. Géographie. Univer- sité Panthéon-Sorbonne - Paris I; Nankai da xue – Zhongguo Tianjin, 2015. Français. �NNT : 2015PA010630�. �tel-02493968v2�
Université
Paris 1– Pantheon Sorbonne
Université de Tianjin
Thèse présentée par :
Daisy DEBELLE
pour l’obtention du Doctorat de Géographie
Les nouvelles dynamiques du tourisme et de la patrimonialisation en Chine : étude des anciennes concessions et du quartier
français de Tianjin en particulier
Thèse dirigée par Maria GRAVARI‐BARBAS en cotutelle avec Subin XU Soutenance le 30 septembre 2015
JURY :
Dana ARNOLD, Professeur d’histoire contemporaine, Université Middlesex, Londres, Angleterre
Francois GIPOULOUX, Directeur de recherche CNRS (Rapporteur)
Pierre SINGARAVÉLOU, Professeur d’histoire contemporaine, Université Paris‐1‐ Panthéon Sorbonne
Nobuo AOKI, Professeur d’histoire de l’architecture, Université de Tianjin, Chine (Rapporteur)
Laboratoire d’accueil
Équipe Interdisciplinaire de Recherche Sur le Tourisme 16 boulevard Carnot
93340 BOURG LA REINE
Remerciements
C’est d’abord Maria Gravari Barbas que je remercie de m’avoir confié ce beau sujet, ainsi que le professeur Xu Subin, qui toutes deux m’ont procuré aide et conseils dans mes travaux.
Pour leur accompagnement quotidien dans l’accomplissement de cette étude, je remercie Hugues Tertrais ainsi que l’équipe pluridisciplinaire du Centre d'histoire de l'Asie contemporaine dont Christine Mengin, Dana Arnold, Nicolas Vainbourct et Pierre Singaravélou pour m’avoir apporté une structure au sein de laquelle construire ma thèse, avec des projets stimulants et de fructueux voyages d’études en Chine.
Ma reconnaissance va à Thierry Sanjuan et Nelson Graburn pour la bienveillance avec laquelle ils m’ont admise dans leurs séminaires respectifs. Les nombreux échanges qu’ils suscitèrent furent autant d’éclairages nouveaux sur mon sujet.
En m’ouvrant les portes de l’Alliance française de Tianjin, Juliette Salabert m’a permis de participer, très modestement, à son projet de guide de la concession française. À ces remerciements, j’associe Fabrice Plançon, son successeur, pour son concours lors de notre dernier séjour.
Je remercie aussi chaleureusement Jean‐Marc Devanne qui m’a acceuillie dans son cabinet CoManaging et formée au marketing territorial dans le cadre de cette Cifre.
Pour les enquêtes de terrain menées ensemble et ses précieux compléments à mes traductions, ma gratitude va à Hu Lian, ainsi qu ‘à Lu Yue, pour leur participation efficace aux entretiens et leur regard sur mes recherches.
Je pense aussi aux étudiants que j’ai eu la chance de rencontrer pendant mon stage à l’École d’architecture de Tianjin. Un grand merci donc à Chen Guodong, Sun Yuan, Li Tian, Haoshuai, Chen Shuangchen pour leur disponibilité et leur amitié.
Je tiens à saluer Marine Sedan, qui m’a introduite auprès de l’association Memory of Tientsin, ainsi que Fu Lei et Chen Shuo pour m’avoir guidée à travers les concessions et ouvert leurs archives photographiques.
Enfin, je tiens à remercier mon mari, Arthur Anglade, pour ses relectures attentives, ainsi que mes amies Clémence Montagne et Victoria Cherrier pour leur soutien.
J’exprime enfin tous mes remerciements aux personnes qui ont pris le temps de répondre à mes questions et qui se sont intéressées à mes travaux.
Figure 1 : Plaque de la rue Tien Tsin à Albert en Picardie.
(Photo Mairie)
Dicton : «Pour comprendre cinq mille ans de civilisation chinoise regardez Xi'an ; mille ans, regardez Pékin ; pour la période moderne
Tianjin.
1»
1 Wuqian nian kan Xi’an, yiqian nian kan Beijing, yibai nian kan Tianjin 五千年看西安, 一千年看北京,
Résumé de thèse
Les nouvelles dynamiques du tourisme et de la patrimonialisation en Chine Étude des anciennes concessions et du quartier français de Tianjin en particulier
Sous la co‐direction du Professeur Maria GRAVARI‐BARBAS et du Professeur Subin XU
La question du patrimoine est plus que jamais d’actualité dans les villes chinoises, où la mise en valeur touristique est devenue une priorité. Cette thèse propose une réflexion sur l’aménagement des centres historiques chinois. À travers l’exemple de la concession française de la ville de Tianjin, nous aborderons les aspects économiques, politiques et identitaires liés à la protection, à la restauration et à la mise en valeur de ses bâtiments historiques. L’émergence récente de constructions contemporaines d’inspiration occidentale, en Chine et dans les concessions, offre aussi un axe d’étude particulièrement intéressant à l’heure de l’ouverture du pays.
De plus, la mondialisation favorise l’apparition de nouveaux patrimoines, dont nous étudierons la formation au sein des concessions. À la suite de ces développements, nous traitons la thématique de la dissemblance des pratiques touristiques observées entre tourisme intérieur et occidental, ainsi que les effets géographiques de cette distinction.
Ainsi, nous montrons comment la mise en tourisme affecte la patrimonialisation de ces ensembles et dans quelles mesures la politique patrimoniale chinoise est, aussi, un moyen d’atteindre des objectifs autres que touristiques.
Mots clefs : Patrimoine, Chine, Tourisme, Classement, Aménagement, Appropriation
Abstract
The new dynamics in tourism and heritage in China:�a study of the former concessions focusing on the French area of Tianjin.�
Under the supervision of Professor Maria GRAVARI‐BARBAS and Professor Subin XU �
The topic of cultural heritage is now an important subject in Chinese cities, as the promotion of tourism has become a national priority. Our goal is to better understand the urban regeneration strategies in an historical city.
�We focus our dissertation on the French former concession of Tianjin, as a cultural and geographical enclave in China. Our objective is to examine the protection, restoration and development of the district and its economic, political and social impacts. Besides, we study the recent rise of Western‐inspired architectures in China, notably in the former concessions. �
�As the globalization promotes the creation of cultural heritage, it creates renewed interest in studying tourism. Subsequently, we study the dissimilarities between the French and Chinese approaches to tourism. More precisely, we measure the geographic effects of these differences and the extent to which tourism development impacts the
cultural heritage.
Keywords: Heritage, China, Tourism, Identity, Rating, Planning, Appropriation�
�
中文摘要�
�
中国旅游和文化遗产的新活力:以天津(法)租界为例�
指导教师:
Maria Gravari
‐Barbas
,徐苏斌��
�文化遗产已成为当代中国的一个重要课题,开发文化遗产的旅游潜力更是 当务之急。本文旨在对中国的历史区域整治进行探索。以天津原法租界为 个案,我们将研究与历史建筑保护丶修复和利用工作相关的遗产丶经济丶 身份和政策问题。
�
以西方为蓝本的当代中国建筑也是全球化浪潮中一个有 趣的研究主线。�另外,全球化促进了新式文化遗产的诞生。我们将分析租界内新式遗产的 形成,随后研究中国和西方在旅游行为上的差异,以及这些差异的地理影 响,最后探讨这个过程中衍生的关键问题。
�
�因此,本文阐释旅游开发如何影响这些区域的文化遗产,以及中国的遗产 政策如何形塑其他目标。��
关键词:遗产,中国,旅游,评级,规划,利用�
�
Introduction générale ... 13
Présentation des recherches ... 13
Présentation du sujet ... 13
Présentation du terrain ... 18
Le choix du sujet ... 19
Positionnement et approche scientifique ... 20
Présentation de la problématique ... 21
Énoncé des hypothèses et principaux résultats ... 22
Méthodologie ... 23
Préparation du terrain et organisation sur place ... 23
Administration des entretiens ... 31
Les sources écrites ... 32
Les photographies et les cartes ... 34
Plan de la thèse ... 35
1
La question patrimoniale en Chine : perspective chronologique et enjeux ... 45
1.1 La naissance du concept de patrimoine en Chine ... 47
1.1.1 HISTORIQUE DE LA PATRIMONIALISATION EN CHINE : VERS UNE PRISE DE CONSCIENCE NATIONALE ... 49
1.1.1.1 Des collections particulières individuelles au patrimoine collectif ... 49
1.1.1.1.1 La question de la conservation et de la mise en mémoire ... 49
1.1.1.1.2 De la collection au musée : création d’un patrimoine collectif ... 51
1.1.1.2 Entre construction et destruction, la prise de conscience patrimoniale pendant la Révolution ... 54
1.1.1.2.1 Le concept de destruction créatrice ... 54
1.1.1.2.2 Vers une institutionnalisation du patrimoine ... 57
1.1.2 L’INSCRIPTION AU PATRIMOINE MONDIAL DE L’UNESCO : VERS UNE RECONNAISSANCE INTERNATIONALE ET DES PROBLÉMATIQUES NOUVELLES ... 63
1.1.2.1 Une reconnaissance en deux temps : Le patrimoine matériel et le patrimoine immatériel . 63 1.1.2.1.1 Le patrimoine matériel (1985) ... 63
1.1.2.1.2 Le patrimoine culturel immatériel (2003) ... 66
1.1.2.2 Risques de marchandisation et politique de protection : la question de l’authenticité du paysage urbain ... 69
1.1.2.2.1 L’authenticité comme produit de la reconnaissance de l’État ... 69
1.1.2.2.2 La valeur socio‐économique du patrimoine. L’authenticité : un faux débat ? ... 72
1.2 La labellisation de la vieille ville chinoise ... 76
1.2.1 LES CLASSEMENTS PATRIMONIAUX ET TOURISTIQUES EN CHINE ET A TIANJIN ... 76
1.2.1.1 Éléments de définition ... 77
1.2.1.1.1 La notion de labels et de classements ... 77
1.2.1.1.2 Nature des classements et labels patrimoniaux en Chine ... 79
1.2.1.2 Les politiques nationale et municipale de classement des monuments historiques et touristiques à Tianjin ... 82
1.2.1.2.1 Classement patrimoniaux dans la ville de Tianjin ... 82
1.2.1.2.2 Un classement touristique national à partir de critères plus nombreux et complexes 85
1.2.2 IMPACT DE L’INSCRIPTION ... 90
1.2.2.1 Pour les touristes: le rôle des labels dans le choix d’une destination touristique ... 90
1.2.2.1.1 Étude du lien entre attractivité et fréquentation ... 90
1.2.2.1.2 L’image, un élément déterminant dans le choix d’une destination ... 96
1.2.2.2 Pour l’État : impacts et limites liés aux labellisation des sites ... 98
1.2.2.2.1 Compétitivité et reconnaissance internationale ... 98
1.2.2.2.2 Vers la création de nouvelles formes urbaines ? ... 106
1.3 Singularité du patrimoine colonial en Chine ... 109
1.3.1 LA PATRIMONIALISATION DE L’HÉRITAGE COLONIAL ET SES LIMITES ... 112
1.3.1.1 Les enclaves chinoises au XIXème, miroir des relations internationales ... 112
1.3.1.1.1 L’architecture dans l’empire colonial français en Chine ... 112
1.3.1.1.2 L’importation de modèles occidentaux au XIXème siècle ... 116
1.3.1.2 Une double identité : architecture étrangère et patrimoine chinois ... 121
1.3.1.2.1 Tianjin, un centre stratégique essentiel dans la Chine du Nord ... 121
1.3.1.2.2 Tianjin, une trame urbaine particulièrement marquée par la présence occidentale . 125 1.3.2 LES ANCIENNES CONCESSIONS FRANÇAISES EN CHINE ... 131
1.3.2.1 La concession française de Tianjin ... 131
1.3.2.1.1 La création de la concession française en 1860 et son expansion ... 131
1.3.2.1.2 Le retrait progressif de la France à Tianjin ... 136
1.3.2.2 Comparaison avec les concessions françaises de Hankou et Shanghai ... 137
1.3.2.2.1 Un grand territoire et une multiplicité des acteurs ... 137
1.3.2.2.2 Une ville moderne au développement limité ... 142
1.4 Tourisme et patrimoine urbain ... 145
1.4.1 LES ÉTAPES DU DÉVELOPPEMENT TOURISTIQUE EN CHINE ... 147
1.4.1.1 Les phases de développement ... 147
1.4.1.1.1 Une mise en tourisme tardive (1970‐1980) ... 147
1.4.1.1.2 Une explosion du tourisme (1990) ... 149
1.4.1.2 Le développement touristique dans les villes chinoises ... 154
1.4.1.2.1 Le développement du tourisme urbain ... 155
1.4.1.2.2 Le tourisme urbain en Chine ... 157
1.4.2 AMÉNAGEMENT TOURISTIQUE DANS LES CENTRES HISTORIQUES ... 161
1.4.2.1 Aménagement et sélection patrimoniale ... 161
1.4.2.1.1 La recolonisation du passé ... 161
1.4.2.1.2 Un développement tant sociétal et économique que patrimonial ... 167
1.4.2.2 Des nouveaux modèles d’aménagement ... 168
1.4.2.2.1 Sélections patrimoniales et nouvelles fonctions touristiques ... 168
1.4.2.2.2 Les nouveaux centres récréatifs en Chine, le cas de Xintiandi et Wuhan Tiandi ... 175
2
Le paysage urbain des concessions de Tianjin, entre patrimonialisation et aspiration à la modernité ... 183
2.1 Usage des discours et des images par les acteurs dans l’évolution identitaire de la ville de Tianjin ... 184
2.1.1 Un paysage immobile et millénaire qui manque de modernité : un discours au service de l’expansion coloniale ... 185
2.1.1.1 Guerre et paix : les guides touristiques et iconographie de guerre au service de la domination coloniale ... 185
2.1.1.1.1 La mise en scène du pouvoir de la propagande occidentale dans les guides touristiques au XXème siècle ... 186
2.1.1.1.2 Imaginaire des conflits ... 194
2.1.1.2 De l’usage des cartes comme enjeu politique et touristique ... 197
2.1.1.2.1 La cartographie au XIXème siècle en Chine ... 198
2.1.1.2.2 La carte touristique chinoise contemporaine ... 201
2.1.2 Un paysage à la fois éternel et moderne ou la réappropriation du discours par les
organismes touristiques chinois ... 209
2.1.2.1 Une modernité chinoise qui s’incarne dans la création d’une atmosphère coloniale ... 209
2.1.2.1.1 La recréation de l’architecture coloniale ... 209
2.1.2.1.2 Image de l’Occident réinventée par les acteurs locaux ... 213
2.1.2.2 Le contrôle du discours sur le patrimoine par les acteurs publics ... 218
2.1.2.2.1 Rôle des discours et récits des acteurs publics dans la construction d’une histoire nationale et d’une mise en tourisme ... 218
2.1.2.2.2 Un discours entre commémoration et propagande, étude de cas : le 600eme anniversaire de la ville ... 230
2.2 La question de l’Occidentalisation et de la modernité, l’image diffuse des concessions aujourd’hui ... 235
2.2.1 Le concept de la ville chinoise moderne ... 235
2.2.1.1 La question de la modernité en Chine ... 235
2.2.1.1.1 Les différentes modernisation chinoises ... 236
2.2.1.1.2 La question du modèle ... 237
2.2.1.2 Modernité urbaine à Tianjin ... 239
2.2.1.2.1 Modernité et programme politique ... 239
2.2.1.2.2 Les restaurants, les hôtels et les clubs des concessions : symboles de réussite sociale et de modernité. ... 244
2.2.2 La création de villes dites « à l’occidentale » ... 246
2.2.2.1 Le développement des villes à thème ... 247
2.2.2.1.1 Expérimentation et processus d’apprentissage ... 248
2.2.2.1.2 Une architecture intégrée, adaptée à la demande chinoise ... 252
2.2.2.2 Invention et création à Tianjin ... 255
2.2.2.2.1 Un retour des traditions encouragé par l’Etat ... 255
2.2.2.2.2 Reconstruction et invention architectural ... 259
3
Vivre et visiter : pratiques touristiques et habitantes dans les concessions ... 269
3.1 Aménagement du centre historique de Tianjin ... 273
3.1.1 Politiques nationale et municipale ... 274
3.1.1.1 Organisation du système d’acteurs patrimoniaux et touristiques ... 274
3.1.1.1.1 Gestion nationale touristique et patrimoniale ... 275
3.1.1.1.2 La gestion municipale : Le parti et le gouvernement ... 279
3.1.1.2 La gouvernance des districts à Tianjin ... 288
3.1.1.2.1 Gestion des districts ... 288
3.1.1.2.2 Les comités de résidents et autres acteurs locaux ... 291
3.1.2 Modalité de mise en tourisme du centre historique ... 294
3.1.2.1 Des partenariats publics et privés chinois dans les concessions ... 295
3.1.2.1.1 Quatre exemples de mise en valeur touristique chinoise par l’entreprise chinois Thard et une coopération internationale avec l’entreprise Flight ... 296
3.1.2.1.2 Politique internationale : les projets de classement à l’Unesco à Tianjin ... 306
3.1.2.2 Le cas particulier de la concession française ... 323
3.1.2.2.1 Un espace à l’architecture monumentale ... 324
3.1.2.2.2 Une trame urbaine moins dense ... 333
3.2 Habiter dans les concessions ... 343
3.2.1 Mobilités urbaines et transformations spatiales ... 343
3.2.1.1 Le développement des transports à Tianjin et son impact sur les mobilités ... 344
3.2.1.1.1 Développement de l’automobile dans les années 1980 ... 344
3.2.1.1.2 Un centre historique assez mal desservi par les transports publics ... 348
3.2.1.2 Une nouvelle temporalité de l’espace depuis les années 2000 ... 350
3.2.1.2.1 Les mobilités de la classe moyenne ... 351
3.2.1.2.2 Les petits commerçants et les travailleurs pauvres ... 353
3.2.2 Organisation de l’espace et hybridation des pratiques urbaines ... 357
3.2.2.1 Espace public, espace privé : usages et pratiques ... 357
3.2.2.1.1 La rue et le quartier : l’appropriation de l’espace public par les résidents ... 358
3.2.2.1.2 L’espace privé dans les concessions ... 370
3.2.2.2 Hybridation des pratiques locales et mondialisées : le réaménagement des berges et l’apparition de nouveaux loisirs ... 376
3.2.2.2.1 La création d’un nouveau paysage urbain ... 376
3.2.2.2.2 Le développement de nouvelles pratiques touristique sur les berges ... 386
3.3 Les pratiques touristiques et tendances de consommation à Tianjin ... 390
3.3.1 Le profil des visiteurs de Tianjin ... 391
3.3.1.1 Un tourisme de proximité ... 391
3.3.1.1.1 Des visiteurs nationaux issus des provinces limitrophes ... 391
3.3.1.1.2 Une ville qui a su se rendre plus attractive que ses rivales autour de la mer Bohai ... 398
3.3.1.2 Attentes et pratiques des visiteurs ... 399
3.3.1.2.1 Des quartiers historiques aux pratiques différenciées ... 399
3.3.1.2.2 Une patrimonialisation fruit d’une coproduction ... 409
3.3.2 Les visiteurs et les parcours de visite : la mise en tourisme de la concession française .. 415
3.3.2.1 Nature des séjours ... 415
3.3.2.1.1 Des séjours courts ... 415
3.3.2.1.2 Un développement hôtelier en forte croissance ... 418
3.3.2.2 Motivations et parcours touristiques ... 423
3.3.2.2.1 Les grandes tendances de consommations touristiques ... 424
3.3.2.2.2 La gastronomie et le shopping, éléments essentiels du tourisme chinois ... 429
Conclusion générale ... 440
Bibliographie ... 444
Table des figures ... 489
Table des annexes ... 492
Introduction générale
Présentation des recherches
Présentation du sujet
En 2014, la France et la Chine ont célébré cinquante ans de relation diplomatique. Cet anniversaire fut l’occasion de revenir sur les liens qui unissent ces deux pays. Certes, la France fut l’une des premières grandes puissances à reconnaître la République populaire de Chine, d’où est née cette « amitié privilégiée » pour le Général de Gaulle, favorisée par « le poids de l'évidence et de la raison2 ». Étudiés sur une période plus longue, ces liens apparaissent moins univoques et plus complexes, comme en témoignent les tensions et les déséquilibres qui ont marqué les échanges diplomatiques et commerciaux du XIXème siècle à nos jours (MENGIN 2001). Cette histoire nous invite à nous interroger sur la véritable nature du lien unissant Chinois et Français, sur les motivations et les intérêts de chacun.
Sur ce thème, ce travail de recherche est né en 2008 de notre rencontre avec le professeur Xu Subin, invitée par l’Institut National d’Histoire de l’Art à donner une conférence sur la protection du patrimoine de la municipalité de Tianjin. Plus précisément, elle y traitait des anciennes concessions étrangères de la ville, ensembles architecturaux bâtis entre la fin du XIXème siècle et le début du XXème par les puissances occidentales pour l’administration de leurs activités. Suite à son intervention, nous avons évoqué l’intérêt de confronter les points de vue chinois et français, et plus particulièrement la manière chinoise de protéger et d’aménager ce patrimoine architectural étranger présent sur le sol national. Un échange nourri déboucha sur un premier terrain, en 2009, pour un stage de master sous sa direction. Il avait pour objectif de dresser un état des lieux de ce patrimoine, qui devait ensuite donner naissance à ce projet de thèse.
2 Extrait du discours devant la presse du général de Gaulle, le 31 janvier 1964
C’est pour plusieurs raisons que nous avons choisi de travailler sur la question de la patrimonialisation et du tourisme en Chine. Cela nous a paru être véritablement sujet d’actualité à l’heure où la Chine acquiert, comme nous le verrons, une conscience plus aigüe que jamais de la valeur de son patrimoine. L‘indice de cette évolution se trouve dans la multiplication des classements et normes de protection, d’autant plus dans les territoires où le tourisme est important. Les anciennes concessions forment un substrat géographique particulier, issu de deux siècles d’échanges entre ces pays. Ces lieux en témoignent avec un maximum de densité patrimoniale et de profondeur historique dans un minimum d’espace. Il s’agit d’une véritable plaque sensible des échanges entre la Chine et la France, du XIXème au XXIème siècle, phénomène qui s’illustre dans cette géographie réduite de manière très dense et concentrée.
Comprendre la Chine aujourd’hui passe aussi par l’étude de sa politique patrimoniale et de l’histoire de celle‐ci. Deux regards nous apporteront cette perspective, d’abord la comparaison avec les initiatives occidentales dans ce domaine, puis l’étude des évolutions chinoises sur la durée, pour y déceler ruptures et permanences.
C’est au patrimoine colonial français de la ville de Tianjin que nous avons choisi de nous consacrer. D’autres villes comptent certes des concessions françaises. Celles‐ci ont toutefois fait l’objet de plusieurs travaux, alors qu’il n’y a encore à ce jour qu’assez peu d’études de la mise en valeur de Tianjin dans notre discipline. Cette concession française est aussi remarquable car elle est la seule du Nord du pays. Ainsi, nombre de Français travaillant à Pékin y ont séjourné mais aussi de nombreux intellectuels et diplomates, comme Victor Segalen, ou des hommes politiques comme le futur président des États‐ Unis, Herbert Clark Hoover.
Tianjin s’est ainsi affirmée par le passé comme un centre politique important de la Chine. Sa position stratégique et ses relations avec la capitale pourraient à elles seules faire l’objet d’une étude. Comme le dit le fameux dicton chinois : « Beijing est l’avant‐ scène, Tianjin en est les coulisses3». Nous verrons qu’aujourd’hui encore la ville conserve une position très forte dans la politique chinoise.
3北京是前台, 天津是后台”
Travailler sur le patrimoine concessionnaire permet d’évoluer entre deux temporalités, celle de la création de la concession en 1860, et son existence plus contemporaine avec les nouveaux projets qui touchent à son aménagement. À la frontière de plusieurs disciplines, ce sujet ne revient pas à traiter uniquement du bâti, mais confinerait dans une certaine mesure à l’analyse sociologique. Nous nous sommes donc efforcée d’étudier les relations sino‐françaises à la fois quand l’influence de la France en Chine était à son faîte, puis leur évolution dans un monde globalisé. Il s’agit ainsi d’analyser le regard chinois sur ce patrimoine du XIXème au XXIème siècle.
Ces approches nous ont amenée à travailler sur la notion d’espace « autre », soit le phénomène des enclaves, dont les codes d’urbanisme, les pratiques mais aussi les populations observaient des usages et suivaient des règles significativement différentes de celles en vigueur sur le sol où elles évoluaient. Ce fut aussi l’occasion d’étudier la porosité de la frontière entre les deux.
Enfin cette étude nous a permis de réfléchir à une problématique encore nouvelle en Chine, celle du tourisme, qu’il est aujourd’hui essentiel de comprendre et de maîtriser pour protéger les sites chinois. Nous avons ainsi tâché de montrer comment la Chine s’emploie à patrimonialiser les vestiges d’une ancienne concession française, rétrocédée depuis plus d’un demi‐siècle. Surtout, nous avons essayé de mettre au jour le processus par lequel elle a intégré et mis en valeur ce bâti, dans un paysage urbain moderne.
Ce temps de recherche s’est partagé entre Paris, où nous travaillons à temps partiel dans le cadre d’une thèse CIFRE, et Tianjin ou nous avons pu effectuer en moyenne un terrain de plus d’un mois par an, après un séjour initial de six mois. Nous avons cartographié l’ancienne concession en nous appuyant sur nos terrains et sur les archives de Nantes et de la Courneuve, à défaut d’avoir pu accéder à celles de Tianjin, point sur lequel nous reviendrons plus en détails dans notre étude. Le concours de l’Alliance française fut aussi bienvenu, qui nous a permis, par l’entremise de ses directeurs Juliette Salabert puis Fabrice Plançon, d’en apprendre davantage sur Tianjin.
Nos confrères chinois et les étudiants qui ont administré nos enquêtes ont joué un rôle essentiel dans la restitution des témoignages des habitants, des visiteurs et des
commerçants interrogés, sans oublier l’association Memory of Tientsin qui nous a permis de participer a des études de terrain avec eux4.
Nous avons très vite compris que l’accès aux archives de la ville de Tianjin était fermé, autant pour nous que pour les chercheurs chinois, sans doute à cause du fait qu’elles n’auraient vraisemblablement jamais été classées. L’impossible accès n’a pas été la seule barrière à la collecte de données, et rapidement nous avons aussi constaté que beaucoup des chiffres produits par des institutionnels, concernant le tourisme et l’urbanisme, étaient contradictoires ou erronés, tandis que, lors des entretiens, la portée du discours était très limitée. C’est un aspect important : face aux manques d‘informations, il a donc fallu construire nos propres données, selon une méthodologie que nous allons évoquer.
Nous avons chronologiquement délimité l’étude entre la construction de la concession en 1861 jusqu’à son endormissement en 1946 avec l’arrivée des communistes, qui sera traité dans notre première partie ; puis des années 1980 à nos jours, période à partir de laquelle on a commencé à recenser et classer le patrimoine de la ville, initiative qui fera l’objet de notre deuxième et troisième partie de recherche, cœur de notre sujet.
Nous travaillons sur les sources d’archives, qui s’arrêtent au début des années 1950. Au‐ delà, nous nous appuyons sur des entretiens et la presse contemporaine, mais aussi sur un certain nombre de photographies et de témoignages recueillis, entre autres sources, sur des blogs et réseaux sociaux.
Avant d’aller plus loin, il est important de préciser les frontières géographiques de notre sujet. Il ne s’agit pas ici d’étudier la municipalité de Tianjin, dont nous parlerons parfois pour des comparaisons, mais de se concentrer sur l’ancien cœur historique de la ville qui n’en constitue qu’une partie.
4 (Tien Tsin correspondant à l’ancien nom de la ville qui signifie littéralement le ��gué de l’empereur � indiquant le passage offert par la rivière.)
Figure 2 : La municipalité de Tianjin (en jaune) et son centre historique.
Réalisation : Daisy Debelle
Nous verrons au cours de notre étude que l’essentiel de l’activité économique de Tianjin se concentre désormais dans la zone de Binhai située au bord du Bohai. C’est notamment là que sont installées les entreprises étrangères comme Airbus. Cependant, avec la création d’un train express en 2011, le centre historique de Tianjin n’est désormais plus qu’à trente minutes de Pékin et quatre heures de Shanghai, favorisant les déplacements et le tourisme journaliers dans la ville.