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Crânes burgondes du château de Curtilles : (district de Moudon, Vaud)

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Crânes burgondes du château de Curtilles : (district de Moudon, Vaud)

SAUTER, Marc-Rodolphe

SAUTER, Marc-Rodolphe. Crânes burgondes du château de Curtilles : (district de Moudon, Vaud). In: Mélanges d'archéologie, d'histoire et d'histoire de l'art offerts à Monsieur Louis Bosset à l'occasion de son soixante-dixième anniversaire . Lausanne : F. Rouge, 1950.

Available at:

http://archive-ouverte.unige.ch/unige:96156

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Extrait des « Mélanges Louis Bosset»

Crânes burgondes du château de Curtilles

(District de Mou don, Vaud)

par

MARC-R. SAUTER

Note liminaire: II fut un temps où la plupart des archéologues, soucieux uniquement de procurer aux musées ou à leur collection de belles pièces, et d'obtenir de beaux relevés, sacrifiaient sans le moindre scrupule ce qui n'avait pas d'intérêt strictement archéologique. Ce sort fâcheux atteignait particulièrement les ossements humains que rencon­

traient la pioche et le grattoir. Nous sommes ainsi privés de documents dont l'histoire raciale aurait su faire le meilleur usage; et l'histoire raciale mérite, autant que l'histoire de la civilisation, qu'on mette à sa dispo­

sition les matériaux nécessaires.

Aujourd'hui il n'en est plus de même. Et c'est la raison pour laquelle, désireux d'apporter un modeste hommage à Monsieur Louis Bosset, archéo­

logue cantonal du Pays de Vaud, je voudrais doubler cet hommage de l'expression de ma reconnaissance. Car M. Bosset a dès longtemps compris l'intérêt de l'anthropologie; et lorsque des fouilles lui font trouver des documents ostéologiques, il prend la peine de les confier à l' anthropolo­

giste. La petite note qui suit constitue, en même temps qu'un rapport sur deux crânes ainsi préservés par M. Bosset, un moyen de plaider, une fois de plus, auprès de tous les amateurs du passé, la cause de l'anthro­

pologie.

Situation et date : Curtilles est un village ( altitude 511 m.) qui s'adosse au flanc de la vallée où coule la Broye, vis-à-vis du gros village de Lucens, à 5 km. au N.-E. de Mondon (le Minnodunum romain). Il est dominé par un château médiéval en ruine.

A diverses reprises l'attention des archéologues a été attirée par ces ruines et leurs tout proches abords.

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-48-

La carte archéologique de Viollier 1) rapporte, d'après Troyon, Mar­

tignier et Decrousaz, Bonstetten et Mottaz, qu'on aurait découvert là

« plusieurs tombes en dalles qui ont livré quelques monnaies d'argent».

Martignier et Decrousaz disent que, « sur le tertre arrondi où l'on voit les ruines du château bâti par l'évêque Landri, on a trouvé un coutelas et des fers de flèches». En 1938 ") des travaux de génie civil mirent à jour, dans la butte de l'ancien château, quelques tombes en pleine terre, sans aucun indice permettant de fixer une époque: celle-ci est en tout cas antérieure à 1165, date de construction de la tour dont les fondations dominaient les tombes.

En 1946, de nouveaux travaux sur le même site mirent au jour, der­

rière le collège, les fondations du château « et à environ 2,50 m. au­

dessous de celles-ci, de nouvelles sépultures en pleine terre» (Bosset, p. 31- 32), pas plus datables que les premières, et qui, comme elles, furent détruites.

Sous les fondations d'une tour mi-ronde, remplacée plus tard par une tour carrée, on découvrit plusieurs sépultures d'un autre type. Il s'agit cette fois de tombes construites en blocs de tuf scié pour les parois, tandis que le fond est pavé de petites dalles de grès; la couverture est faite de grandes dalles brutes de schiste. « L'une des tombes est maçonnée avec des galets et du mortier de chaux » (p. 33). Ces tombes sont antérieures à la construction du premier château, antérieur lui-même à celui que bâtit l'évêque Landri de Durnes en 1165.

Des quatre tombes que M. Bosset a pu examiner personnellement, l'une avait servi à deux reprises. Elle contenait - seul objet - « un couteau de fer avec vestiges du manche en bois, posé en biais sur le ster­

num du squelette "· Ajoutons-y « un morceau d'ocre jaune, à la hauteur du bassin,, (p. 33). C'est bien insuffisant pour dater le cimetière. Ce ne sont pas des tombes romaines ( quoiqu'il existe tout près de là les restes d'une villa et qu'on ait trouvé et perdu un fragment d'inscription: Deae iWinervae); elles sont d'autre part bien antérieures au XIIme siècle, auquel on peut attribuer la tour primitive. Nos tombes sont donc de la période qui va du yme au X - xrme siècle. M. Bosset observe que le type de cons­

truction des tombes se retrouve chez celles, burgondes, de Rossenges sur Moudon, à 8 km. de là; il ajoute et conclut: « On peut donc admettre mal­

gré le peu d'objets rencontrés, et tenant compte du fait qu'un scramasaxe

1) Voir bibliographie.

") Les renseignements archéologiques qui suivent sont tires d'une lettre de M. Bosset, du 20 avril 1948, et d'une note du même dans Ur-Schweiz, XII, 2, 1948.

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·lut autrefois trouvé sur le même emplacement, comme aussi du couteau récemment recueilli, que c'est au v1me ou au vnme siècle qu'il faut faire remonter notre nécropole » ( p. 33). Je serais moins précis: les tombes de Curtilles doivent se situer entre le VJme et le IXme siècle.

Les nécropoles burgondes abondent dans la région. Dans un cercle de 10 km. de rayon autour de Curtilles on en compte 23, et en élargissant le cercle à 15 km. on n'en voit pas moins de 50 '1); parmi celles-ci il faut signaler celles de Fétigny et d'Ursins, bien connues des archéologues pour leur richesse.

Anthropologie: Le 20 avril 1948 M. Louis Bosset envoyait, provenant des tombes de Curtilles, deux crânes en bon état et trois mandibules.

Voici l'inventaire et la description sommaire de ce matériel, qui est déposé dans les collections de l'Institut d'Anthropologie de l'Université de Genève (numéros 1948 -1 à 4).

a.) Crâne et mandibule d'un homme adulte (N° 1948 - 2). Crâne complet, sauf une lacune entre le bord gauche de l'ouverture nasale et l'orbite gauche; l'extrémité inférieure des os nasaux est brisée. Il manque à la mandibule la partie postérieure de la branche montante droite, dont le condyle. La denture présente de grandes inégalités d'usure, par suite de la chute précoce ( suivie de résorption alvéolaire complète), des dents inférieures, de P" à JVI'l; les incisives, canines et premières prémolaires ont travaillé en prodontie, usant les incisives supérieures et leur tissu osseux alvéolaire jusqu'à enfermer la racine de 11 d. dans son alvéole et à user en biseau la racine de 11 g. Les molaires supérieures, par contre, sont en bon état et peu usées.

L'usure dentaire ne correspond pas à l'âge du sujet tel que l'indi­

quent les rares synostoses des sutures de la voûte, soit environ 30 ans.

Du reste les sutures se signalent par leur grande complexité, ainsi que par la présence, au lambda, d'un gros os wormien, accompagné d'autres plus petits sur la suture lambdoïde. L'os lambdatique a obligé à fixer l'emplacement d'un lambda théorique en prolongeant l'axe des sutures lambdoïdes. Les mesures de cordes et de courbes sont données à partir de ce point.

Nonna verticalis. Forme ovoïde. Norma lateralis. Relief sus-orbitaire très accentué. Relief iniaque faible. Le reste du profil de la voûte est

'l) D'après les cartes archéologiques du canton de Vaud (Viollier 1927) et de Fri­

bourg (Peissard 1941); j'y ai ajouté le cimetière de Possens (Mondon, Vaud) découvert plus récemment (Ann. SSP, XXXVI, 1945, p. 80. - Sauter, Quelques documents .. , 1946, p. 176).

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- 50-

régulier. Apophyses mastoïdes massives. Norma facialis. Traumatisme entre le milieu du frontal et la bosse frontale gauche: léger enfoncement de la table externe de l'os, qui a été suivi d'une résorption cicatricielle.

Abondance de trous nourriciers sur le frontal ( région sus-orbitaire), sur les ailes du sphénoïde et sur la face. Norma occipitalis. Forme en penta-

Fig. l. - Crâne masculin de Curtilles (1948- 2). Ech.: 1: 3.

gone arrondi. Pas de trou pariétal. Norma basilaris. Proéminence à l'extré­

mité de la crête occipitale externe, au niveau de l'opisthion. Condyles occipitaux proéminents. Le basio-occipital s'enfonce sous le bord posté­

rieur du sphénoïde.

b) Crâne féminin adulte (N° 1948 - 4), sans mandibule. Crâne com­

plet, fracture à travers l'écaille occipitale. Il frappe par sa fragilité et sa légèreté. De la denture ont disparu, post-mortem, les incisives et P1 g., tandis que de l'alvéole de M2 d. il ne reste qu'un pont osseux; les 2eux M"

semblent avoir existé, mais être tombées rapidement. Usure dentaire moyenne; traces de carie.

L'âge du sujet à la mort est difficile à déterminer; en effet, l'ordre habituel des synostoses n'est pas observé: alors que la suture sagittale est entièrement ouverte ( sauf un début de synostose dans la région obé­

lique), les sutures sphéno-frontales et, à droite, la sphéno-pariétale, sont complètement oblitérées. L'usure peu prononcée des dents me paraît

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- 51

montrer que cette synostose dans la région sphénoïde est ici précoce.

Je donnerais 30 à 35 ans à ce sujet. Sutures relativement simple;;. Trois os wormiens sur la suture lambdoïde.

Norma verticalis. Forme «sphénoïde» (selon Sergi), léger enfon­

cement de l'angle bregmatique du pariétal droit entourant une faible protubérance. Norma lateralis. Profil régulier de la voûte. Apophyses mastoïdes faibles. Norma facialis. Fortes fosses canmes. Abondance des

Fig. 2. - Crâne féminin de Curtilles (1948 -4). Ech.: 1: 3.

trous nourriciers dans les régions frontale, sphénoïde et faciale. Norma occipitalis. Forme arrondie. Pas de trou pariétal. Gros trou nourricier sur les sutures occipito-mastoïdiennes, des deux côtés. Norma basilaris.

Enfoncement considérable de la partie basilaire. Cette disposition semble avoir eu pour conséquence l'aplatissement des condyles occipitaux et la formation de deux petits condyles supplémentaires, de part et d'autre du basion. Apophyses styloïdes prononcées.

c) Mandibule masculine adulte ( N° 1948 - 1). Sont ouverts les alvéoles des incisives et de la canine gauche, ainsi que de la seconde pré­

molaire droite. Il y a eu résorption de l'alvéole de Po g. et très proba­

blement des deux M:i. L'usure n'est pas grande. Il n'y a pas de carie. Trou nourricier sur la surface du condyle gauche.

d) Mandibule complète (N° 1948 -- 3) d'un enfant d'environ 4-5 ans.

Diamètres: bicondylien, 90, higoniaque, 72 mm.

J'ai réuni en un tableau les principaux chiffres de mensurations et d'indices des deux crânes et de la mandibule adulte isolée.

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Crâne et face. Mesures (en mm.) et indices ( chiffres d'après Martin)

Crâne 1. Diam. antéro-post.

2. D. glabelle-inion 2a. D. nasion-inion

5. D. nasion-basion 17. Ht. basion-bregma

9. D. frontal min.

10. D. frontal max.

8. D. transverse 12. D. biastérique

7. Trou occ., d. ant.-post.

16. Trou occ., d. transv.

20. Ht auric.-bregm.

22. Ht sur nas.-inion 29. Corde frontale 30. » pariétale 31. » occipitale tot . . 31(1). » » sup . . 23. Circonf. horiz.

24. Courbe transv. sus-aur.

25. >-' sagittale 26. » frontale 27. »

28. » 28(1). »

pariétale occipitale tot.

Face 45. D. bizygom.

» sup.

40. D. basion-prosthion 47. Ht fac. tot.

48. Ht fac. sup.

43. Larg. fac. sup.

51. Larg. orbit.

52. Ht orbit.

55. Ht nas.

54. Larg. nas.

62. Long. palais 63. Larg. palais 64. Ht palais

1948 . 2 1

1948 . 3 1

1

1 1948 . 2

1 1948 . 3 Homme Femme 1 (chiffres d'après Martin) Homme Femme

--- - -----s- ---1

179 175 168 94 133 116 85 150 112 32 37 116 110 117 112 97 59 514 322 377 133 128 116 61

136 (81) (118) (71) 101

39 34 54 23.5

1) (44) (25)

155 166 149 ll<l 83 122 93 148 HO 26 31 115 111 112 102 98 73 495 319 365 128 115 122 80

120 87 99 62 39 32 45 23.5 40 42.5 (29)

Angles

32(la). inclin. front/plan . 72. » face/plan 33. » occ./plan 3 7 (2). nasion-bas./plan 34. trou occ./plan 72(5). prognathisme 33(4). courbure occ.

Capacité calculée (en cc.) Méthode Manouvrier .

» Pearson .

» Lee-Pearson . Moyenne

Indices céphalique vert. de long.

vert. de larg.

ht aur.-long.

ht aur.-larg.

ht calotte/nas.-inion frontal transv . . fronto-par. transv . . convexité frontal

» occipital facial total facial sup.

orbitaire nasal palatin haut. palat.

prognathisme cranio-fac. transv . .

49° 89,5°

1240 27,5° -18°

730 124,5°'

52° 85,5° 1220

23,5° -33°

66,50 1210

1354 1268 H06*

1566 1475 1474 1505

1

1343

83.80 74.30 88.67 64.80 77.33 65.48 73.28 56.67 87.97 83.62 (86.76) (52.20) 87.18 ,13.51 100 (56.82)

(86.17) 90.67

89.16 71.69 80.41 69.28 77.70 74.50 76.23 62.84 87.50 80.32 51.67 82.05 53.33 106.25 (68.25) 104.82

81.08

* En ajoutant 50 cc à cause de la minceur des parois du crâne.

Mandibule. Mesures (en mm.) et indices

1948 - 2 1948 -1 194,8. 2 1948 - 1

Homme Homme Homme Homme

65. D. bicondyl. - 123 71(1). D. condylo-coron. 29 30

66. D. bigoniaque 36 100 70(3). Profond. incisure 25 30 69. Ht symphys.

1

31 28 Indices

70. Ht branche mont . . 80 66 de branche mont . . 36.25 43.93

71. Larg. branche mont. 29 29 de l'incisure 86.21 100.-

(8)

53

De cette masse de chiffres, qui permettront des comparaisons de détail, je tire ce qui donne une diagnose utile de ces crânes.

De grandeur moyenne, ils ont une forte capacité ( aristencéphales) ; ils sont courts et larges, absolument et relativement. L'indice céphalique est, pour l'homme, brachy-, pour la femme, hyperbrachycéphale. Les indices de hauteur montrent le fort développement transverse de ces crânes; en effet, si les indices verticaux de longueur sont ortho- ou hypsicrânes, ils s'opposent, pour cette raison, à la tapéinocrânie que décè­

lent les indices verticaux de largeur. Selon les indices fronto-pariétaux transverses, nos deux sujets sont, comme on pouvait s'y attendre, sténo­

métopes.

La face, mésène de part et d'autre (mésoprosope chez l'homme pourvu de sa mandibule) présente quelques différences pour ce qui est des orbites et de l'ouverture nasale: l'indice orbitaire est hypsiconquc chez l'homme, mésoconque chez la femme; le nez, leptorhinien chez l'homme, est cha­

maerhinien chez la femme. Les deux palais osseux sont larges (brachysta­

phylins) et hauts (hypsistaphylins) . L'indice de prognathisme et l'angle de Rivet donnent à la femme une face prognathe, tandis que la face mas­

culine est soit orthognathe (indice) , soit mésognathe (angle) . ]\fais l'an­

gle d'inclinaison de la ligne nasion-prosthion sur le plan auriculo-orbitaire donne pour les deux faces un angle d'orthognathie, très proche de la méso­

gnathie pour la femme; c'est une preuve de plus de la difficulté qu'il y a à trouver un moyen métrique d'évaluer le degré de prognathisme.

Notons que la différence assez forte que présentent les deux premiers chiffres provient certainement de la position très particulière, exception­

nelle, du basioccipital chez la femme, et, partant du très faible diamètre de la base du crâne ( nasion-basion) . En ce cas on doit admettre que l'angle d'inclinaison de la face sur le plan auriculo-orbitaire est plus significatif, alors que les deux autres chiffres ( indice et angle) expriment un " faux prognathisme ».

Je donnerai en conclusion la diagnose de nos deux sujets de Curtilles.

Homme (1948 - 2) . Crâne aristencéphale, brachycéphale, ortho­

hypsicrâne, tapéinocrâne, sténométope. Face mésoprosope, mésène; orbites hypsiconques; nez leptorhinien; palais brachystaphylin et hypsistaphylin.

Face ortho-mésognathe.

Femme (1948 - 4) . Crâne hyperbrachycéphale, ortho-hypsicrâne, tapéinocrâne, sténométope. Face mésène; orbites mésoconques; nez cha­

maerhinien; palais brachy-hypsistaphylin. Face prognathe, selon l'angle de Rivet et l'indice, ortho-mésognathe par rapport au plan auriculo­

orbitaire.

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- 54 -

Il n'y a pas de doute possible: à première vue les crânes de Curtilles sont de race alpine. L'allure générale, confirmée par les principaux indices, permet de l'affirmer.

Comparaisons: J'ai déjà insisté à plusieurs reprises sur le fait que l'installation des Burgondes sur nos territoires n'avait exercé, du point de vue anthropologique, qu'une influence relativement faible. Certes, quel­

ques cimetières burgondes ont fourni des ossements dont la majorité appartient au type racial originel des Burgondes, c'est-à-dire au type.

nordique: c'est le cas du dernier grand cimetière fouillé dans le Pays de Vaud, celui de Bavois ( district d'Or be), où prédominent nettement les grandes tailles et la dolichocéphalie ( Sauter, 1949). Mais dans l'ensemble l'élément indigène a continué, d'autant plus que parmi les nouveaux venus devaient certainement se trouver des Alpins d'origine germanique;

encore une fois, les Burgondes installés par Aetius en Sapaudia en 443 devaient présenter un mélange racial réalisé au cours des lentes étapes de la migration qui les amena de Scandinavie ou de Prusse en Suisse occidentale, à travers toute la Germanie.

Les deux crânes de Curtilles, de type alpin, figurent donc soit le fonds indigène, soit l'élément ajouté au fonds nordique des Burgondes primitifs.

Le crâne masculin est très semblable à certains types craniologiques vaudois plus récents; c'est ainsi que la méthode du profil graphique simple Leroi-Gourhan 1947) 4) m'a permis de le comparer à un crâne masculin ( N° 1) pris parmi plusieurs autres, extraits d'une grande série, du cimetière de la Madeleine à Lausanne ( médiéval à moderne) (Kaufmann et Lobsi­

ger, 1945)·;). On y trouve l'association de la brachycéphalie, de la mé­

sénie, de l'orbite hypsiconque ( proche de la mésoconquie) et de la lep­

torhinie ( beaucoup plus prononcée chez les Lausannois). Les rapports des dimensions verticales ou longitudinales, et transversales donnent de part et d'autre le même résultat. Ainsi la formule commune est: C. 331.111.313.

Formule qu'on pourrait compléter en disant que toutes les quatre dimen­

sions vertico-longitudinales sont au-dessus du normotype, ainsi que 3 des 4) Dans l'impossibilité où je suis de décrire cette méthode, que l'on doit à M. A.

Leroi-Gourhan, je dois me contenter de renvoyer ceux qu'elle intéresse à l'exposé - très concentré - que son auteur en a fait en introduisant une étude du crâne esquimau (194 7). Il est à souhaiter que M. Leroi-Gourhan trouve le temps et la place de décrire le détail de cette méthode dont quelques essais d'application m'ont prouvé l'utilité, et qui mériterait d'être mieux connue. En rendant sensible d'un coup d'œil l'architecture cranio-faciale, elle facilite les comparaisons.

") Je remercie Mlle Kaufmann d'avoir bien voulu me communiquer les formules qu'elle avait calculées sur sa série lausannoise.

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- 55 -

4 diamètres transverses (soit 4

+

3

=

7). Notons que la formule synthé­

tique de la série masculine ( 45 crânes) de Lausanne est : C. 331.311.313.

Mais pour le crâne féminin, la formule selon la méthode du profil graphique ( C. 333.313.313) n'a pas son équivalent exact à Lausanne. Un seul crâne féminin (N° 65) sur 19 donne: C. 333.321.313; parmi les 45 crânes masculins on trouve (N° 14) C. 333.311.311 ou (N°8 53 et 138) C. 333.311.313. C'est l'indice nasal chamaerhinien qui est rare chez nous.

Or en cherchant, parmi les races brachycéphales de l'Europe, celles où la chamaerhinie est, sinon la règle, du moins fréquente, j'ai eu la sur­

prise de constater la concordance relative du profil graphique du crâne féminin de Curtilles et de certains crânes lapons de la Norvège septen­

trionale (séries de Schreiner 1935 et 1945) ! N'ayant pas eu le temps de transcrire en profil graphique la totalité des données de ces séries, je me contente de citer, pris au hasard, un crâne masculin de Kautakeino (N° 4140), dont la formule est identique (C. 333.313.313), et deux crânes féminins de Karasjok (N° 56) C. 333.331.313 et (N° 61) C. 333.311.313.

Curtilles Lapone 1948 - 4 56 Diam. antéro-post. 166 175

D. transv. 148 153

Ht basio-bregm. 119 118

lnd. céphal. 89.2 87.4 Ind. vert. long . . 71.7 67.4 Ind. vert. larg. . 80.4 77.1

Comparaisons Lapone

61

170 Ht fac.

148 D. bizygom.

121 Ind. fac. sup.

87.1 Ind. orb.

71.2 Ind. nas.

81.8

ICurtilles l Lapone 1948 - 4 56 . 62 68 . 120 129

51.7 52.7 82.1 S2.l 53.3 52.1

Lapone 61 129 65 50.4

84.2 53.2

Sans vouloir disserter sur cette concordance, qui est en grande partie confirmée par la comparaison des indices (tableau), je dois immédia­

tement faire une restriction : si cette ressemblance se confirmait par une étude plus détaillée, cela n'autoriserait pas à parler, pour le sujet féminin de Curtilles, de Lapone ! Cela signifierait que dans la population vaudoise du haut moyen âge devait se trouver un élément laponoïde. Constatation intéressante, surtout si on la rapproche des conceptions de certains anthro­

pologistes polonais, qui voient dans la population scandinave et polonaise (pour ne prendre que ces deux régions) un élément laponoïde ") (Myd­

larski, 1928; Zejmo-Zejmis, 1935).

6) Indépendamment de la race lapone proprement <lite, en Scandinavie.

(11)

56 -

On aurait là, à Curtilles, un cas de descendance - par continmte ou par résurgence génétique - d'une des composantes ( très faible) de la population burgonde primitive, celle qui se trouvait, au tout début de notre ère, en Poméranie ( Sauter, 1941).

Je ne donne cette interprétation que comme une hypothèse. Elle montre en tout cas qu'il serait utile de faire la révision des brachycé­

phales de nos régions, du haut moyen âge à nos jours, et d'essayer de préciser leur appartenance raciale, en s'aidant - entre autres - de la méthode des profils graphiques. Cette note n'a pas d'autre but que d'atti­

rer l'attention sur les conclusions (même provisoires) d'intérêt général qu'on peut tirer d'une étude craniométrique. A travers l'aridité des chif­

fres et des formules, on arrive à reconstituer un peu de la vie humaine de notre pays aux temps passés.

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