HECTOR CRÉMIEUX
ORPHÉE AUX ENFERS
OPÉRA BOUFFON
EN DEUX ACTES, QUATRE TABLEAUX
MUSIQUB DE
J. OFFENBACH
NOUVELLE ÉDITION
ILLUSTRÉE DE 8 DESSINS PAR E. MORIN, GltAVÉS PAR l.INTON
ra n cs
PARIS
CALMANN-LÉVY, ÉDITEURS 3, RUE AUBER, 3
Bibliothèque musicale de la Ville de Genève
Maison des Arts du Grütli 16, rue Général-Dufour
1204 Genève
'ORPHÉE AUX ENFERS
OPÉRA BOUFFON
Représenté pour la première fois, à Paris! sur le théâtre desBOUFFES-PARISIENS, le jeudi21octobre t858.
GE Bibliothèque musicale
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ADroits de reproduction, de traduction et de représentation ré••l'vû pour tousles pays, ycomprislaRussie.
Printed in France,
ORPHÉE
...:.AUX ENFERS
OPÉRA BOUrFON EN DEUX ACTES IT QUATRE TABLIAUI
HECTOR CRÉMIEUX
IIUSIQUE DE
JACQUES OFFENBACH
NOUVELLE ÉDITION
ILLUSTR.EE DE8DESSINSPARÉ. MORIN, GRAvts PAR B. LINTOl'{
CALMANN-L~VY, ~DITEURS 3, RUE AUBER, 3
LV
A »OIC A_I
LUDOVIO HALÈVY
H. C.
PERSONN AG ES
ARISTÉE~ •
PLUTON
5
JUPITER. • . ORPHÉE •••
JOHN STYX.
MERCURE.
BACCHUS.
.MAR~• • • • • EURYDICE .•••
DIANE • . • • • • • L-OPINION PUBLIQUE .•
JUNON • • • • • • • • VÉNUS• • • • • CUPIDON •• , MINERVE •••
DI BU, DiISSE8, ETC.
• • IIM.LÉONCE.
DÉSIRÉ.
TATAU.
BÂCHE.
J. PAUL.
ANTOGKINI.
FLOQUET•
• Mau TAUTIN.
CHABERT.
)IAcÉ.
ENJAL BIR'!'.
GARNIER.
GEOFFROY.
Cleo.
ACTE PREMIER
PREMIER TABLEA.U
S'adresser pour les parties d'orchestre à M. M.lUUKD, coptp'e, ans
Bouffes· Parisiens. La .campagne a.x environsde Thèbes. Autond, desblés dor4. et des bluets..a.
puche, la eabaDe d-Aristée, lurmontM de cette'DsetaDe: ~ri"û,/,i"ricaftl liemkl, gro. et tl.ltJil, dq6tGUmoat Hfl'Mlle•• A.droite, la cabaae d'Orph4e aveecette ba.eriptidD:OrpAie)tlire!.tetfrfi. fOrphéota tü l'hèbu,~_
-" a«..cacA...
Elle.'approche avec inquiétude de la cabane d'Aristée e& suspendàla port.
une ,uirlande.
,
OIlPHEE AUX ENPERSAV AN T-SCÈNI
L'OPINION PUBLIQUS' Qui je suis? - Du théltre antique J'aiperfeeUonné le chœur, Je suis l'Opiuion publique, Un personnage symbolique, Ce qu'on appelleun,raisonneur.
Le chœurantiqueen confidence Se chargeattdJexpliqu&r aux gens Ce qu'ils avaientcompris d'avance, Quand ils étaient intelligents.
Moi, je fais mieux. - J'agis moi-m6met Et prenant part à l'action,
De la palme ou de l'anathème Je fais ladistrfbution.
Queprennegardeàmoi lafemme Quivoudrait tromper50néponx, Et que se garde aussi l'époux Quifer~itdes traits à sa femmele••
- C'est aux personnages du drame Queje parle. - Rassurez-vous!
Voicivenirnotre Eurydice;
Je pars,:- mais je suis toujours là, Prêt àsortir de la coullsse..
CoIUlD.e unDeua es machinâ 1
L'OpiniOD
.1It.
ACTE PllEKIBB.
SCÈNE PREMIÈRE
EURID1CB, elle eueille dei fleurs et en fait une guirlande.
Lafemmedont le cœur rêve
N~a pasde sommeilj
Chaque jour elle se lève Avec leseleli.
Le matin de fleurs plusbel~~
Lespréssontbrodés:
Mais ces fleurs, pour qui sont-elles?
Vous le demandezP Ponrqui?
N'en dites rienàmonmari, Car c'est pour lebergerjoli
Quilogeici.
Il
Chaquejour ainsi j'apporte, Auberger galant, Debeauxbluets, qu'àsaporte
J'accroche en tremblant, Et mon paU'Yre cœur palpite,
A bonds saccadés•••
Pourquiëenebat-ilsivtte"
Vous le demandes!
1
•
ORPHÊE AUX ENFERS Pour qui'N'en dites rien l mon mari, Car c'estpourlebergerjoli
Qui logeici.
ACTE PREMIBR
ItlBYDIC ••
A quoi,je"fOUSprie'
,
Ille eDtr'OU'fre la porte de la cabaneel regarde UD lnstaD'!t. l'intérieur; p.- d&DL ceLempl, Orph4e paraUàgaache :illien' à la main Ion 'fioloa.
SCÈNE II
HURYDICB, ORPH~JL
BURYDICB.
Il est sorti!...Jeveux qu'en rentrantil trouve son toit seméde fleurs.
Ille prend le reat. des leurs qu'elle tient danslarobe .,le. [eue dana la cabane.
ORPHÉB.
Que vois-je1..• N'est-ce paslanymphe Maquilla, la bellenym- phe que j'adore'... Seule1 Révélons ma présence par ce trait qu'elleaime tant.
n
joue UDephrssepassionnée 1111'le violoo.Btla l'DICR.
)fon mari!•••
oaPBÉB.
Ma femme!. •• Imbécile!. .• Dépêchons-nous de crier avant qu'elle commence.•. Ahl je vousy prends, madame.
ORPHÉB.
A quolt.; maisà qui donc jetiez-vous ces fleurs, s'ilvous plaît'
BUBTDICB.
Ces fleurs' ... au vent 1... Et vous, montendre ami, à qui jetiez- 'Vous .eechant passionné de votre•.. crin-crin'
ORPHÉB.
A la lune•••
BU.YDICB.
Fort bien
t
Savez-vous ce que jeconclus de tout cela, mon bon chéri'.•• c'est que si j'ai mon berger, vous avezvotre bergère•••Eh bien! jeYOUSlaisse votre bergère, laissee-moi mon berger.
OBPHBB.
AlloDS
t madame,
celte proposition est de mauvais godt!...BUBYDICB.
Pourquoi donc, jevous prie'
O.PBBS.
Parce que••• paree que••• Tenez! vous me faites rougir 1
EUBYDIC ••
VraimenttRh bien1 si cette couleur-là vous déplaît, DOU8tA·
chérons deYOUSen trouver une autre.
•
ORPB~B ,AUX ENFERSORPHÉE.
Eurydicel, ..ma femme'•••
BU1\YD:lCB.
oaPRBB.
'rume trompes, eemme mari?
E URYDICK.
t
Ahl mais" c'est qu'il est tempsde s'expliquer,àlatinrEtil Jaut qu'une bonne fois je vousdisevotrefait, maître Orphée, mon chaste époux, qui rougissez] Apprenez que je vous détestel que j'ai cru épouser unartiste et que je mesuis unieàl'hommele plus ennuyeuxde lacréation. Vous vous croyez un aigle, parce que vous avez inventé les vers hexamètres 1.••, Mais c'est 'Votre plus grand crime à mes yeux!... Est-ce que vous croyez queje passerai majeunesseà vous entendre réciter des songes classiques etracler (Montr')n~ lp Vln!OD d'Orphée.) l'exécrable instrumentque voilà? ..
ORPHBE.
)fon violon! ••• Ne touchez pas cette corde, madame1
suaYDres,
Il m'ennuie, comme vos vers, votre violon 1••• Allez charmer de ses sons les bergères de troisième ordre dont vous raffolez. Quant àmoi" qui suis fille d'une .nymphe et d'un demi-dieu,il mefaut la liberté et la fantaisie 1•.. J'aime aujourd'hui ce berger,il m'aime;
rien ne me séparera d'Aristée1
DUO.
ORPHÉE.
Ah!c'est ainsi'
EURYDICE.
Oui,mon ami.
Oui,mon ami1•••
ORPHBE.
Tu medédalgDeS, comme artiste' Eua rnrca,
Oui, mon ami 1 Le violoniste Me paraîttriste,
~ L'instrumenttste Est assommant, Et l'instrument Ile déplaitsouveraiuelnent.
OBPBBE.
Ah! detoninsolence Je vaistirer vengeance.
B UR YDICR.
Etcomment, je vousprieP ORPRÉE.
Je vais, ma tendre am1.,
Vousjoueraussltôt Une œuvredegéBle:
Mon dernier concerto.
EUIl tDI'CB.
fI
OB.PHiB AUX ENFBRSORPHÉE.
Non, non, pas de retard, C'est le comble de l'art' Il dore une heure on quant
BUBYDICB
ACTE PRBMIER
OBPUÉB.
~COlltelencorcemotif
Charmant,langoureux, expressif.
Rp,pri•• '"du .loloa.
Quel charmant concerto1
••
Une heureun quart!
oapsÉB.
Au moins.
BUBYDICB.
Jen'buterai pu.
OBPHÉE.
&i,tu m'écouteras.
Iljoue clariol.:BGrJ4Iee .. Haeb. 1•• or'ill••af.e
d'I"'••
OIlPBBB.
C'est adorab'e,
C'e~tdélectable, C'est ravissant, C'est entralnant,
EUR YDICB.
C'estdéplorable, C'est e1l'royable, C'est assommant, e'est irritant.
EURYDICE.
Ahtc'esthorrible, Ah! c'est terrible.
OIlPHBB.
Queltremolotrinfoll8Ddo, Presto,presto, pianissimo, Pizzicato••. agitato•••
OrphéejouedufioloD •••0rareet Eurydice chuta.
BUll YDI CB.
AhtSeigneur, ah!quel suppüee, C'est fini, leToilàparti.
oVénus,lois-moi propice1 Délivre-molde monmari.
Vénus, ma belle déesse, délivre-moi demonaimable Orphée,et jeL'immolerai dix brebis plusblanches que le.Iai~!
ORPHÉE.
Jupiter, mon maître, délivre-moi de ma tendreEurydice,et je chanterai tes louanges sur ma lyreàquatre cordes.(A!ufldiee.)
4! ORPHEE A.UXINFERS A.CTE PR~MIKIt 43 Madame, je ne me fais aucune illusion sur le sort qui m'attendt
Quandunefemme en est arrivée à ce degré d'audace, if est par- faitement inutile d'essayerdelaremettre dansla bonne voie.••
EURYDICE.
A la bonne heure! .rons-notls doncJ
ORPUÉB.
Je le ferais de bon cœur,sieelane devait pas nuireàma consi- dération etàla position que je me suis
raîœ
par mon talentet mon travail. Je suis esclave de l'opinion publique: - c'est ma seule faiblesse, laissez-la-moi. - J'ai besoin du monde, je ne veux pas le heurter. Mais je me &\lis mis en tête de pourfendre chacun de vos adorateurs.••ilURYD ICB.
Âvecvotre archet'
ORPHÉB.
Non, madame. Je crois inutile de vous apprendre le moyen que j'ai choisi pour attraper le maraudeur... Qu-'il vous suffise de sa- voir ceci: Je ne lui conseille pas de folâtrer danslesblés que voilà, commeHIe fait depuis qu'il est venu, je ne sais d'où, s'éta- blir dans mon voisinage.
EURY'DICB.
Ht qui l'en empêchera'
oapUBB.
Qui!.•• petit DaBancptej'aisemé à son mteDtioadans lesblonds 'pis••.
BUB YDICK.
ORPHÉB.
Rien de plus! Je vais donner mes leçonsàl'Orphéon..~Adieu, bibiche.v. petit nanan semé pour lui, là.... Faites attention•••
-'dieu1
Il8011.
SCENE III
EURYDICE.
Que veut-il dire avec son petit nanan semé dans les blonds épis~". C'est que ce vilain homme est capable de tout! .•. Quelque piége peut-être1... quelque piégeàloups1... Il l'est tellement, jaloux1... Et Aristée qui vient toujoursà travers ces blés pour m'y rencontrer et folâtrer avec moi! Courons au-devant de luil..
Le malheureux se ferait faire du mal!.. Courons! •.•
Elle sortàdroite. Au même instant, Aristéeparait àgaucheet descend la colline du fond.
SC,ÈNE IV
ARISTÉE, puisEURYDICB.
A RIS TÉEJ 8'arrêtant au fond.
IlÉCITA.TI'.
Moi, jesuisArtstëe,unbergerd'Arcadie, Un fabricant de miel, ivre de mélodie, Sachantse contenterdes pJ:aisirsinnocents
Qut-~idieux ontpermisàl'habitant des champll
ABISTÉS.
ARI8TÉB.
BURTDleE.
4&
ACTE PREMIER
Aris\ée!••• monlldèle berger 1...nebougepas1•••
Il fait mined'eDtrer4ans1.. hW..
Tais-toi!... Bt parle plus bas 1•.•
EUB YDICI.
Entendons-nous! ••• Je vais•••
A moi'... Pourquoi'
IUBYDICL AR 18TÉB.
Atoi1.••
BUIlYDleE, rentrantà droUe.
A
quot?nremonte.
Toilk! (Regardant .,ec prtJcautloD autourde lnl.]Voilà ce que jed~
aux personnes,ce que jedisdevantle monde1pour inspirerde laconfiance! ... Maissivoussaviez qui je suis en réalité, et quels projets infernauxje médite1... Si l'idée que j'ai souffléeàOrphée réussit,jecrois que c'est aujourd'hui que nous frapperons sn grandcoup!Voici la tendreEurydice, n'ayons pas l'air d'avoir passédansles blés.
Impossiblede le rencontrer. Ah! le voici!.•• J'arriveà tempsr Sois béni, ô Vulcain!... Aristée
r...
mon beau berger1prends garde 1VoilA la fête D'uneâmehonnête, Le vrai oonheur
Ducœur!
Parlertrn-n.t • ORPH~H ~AUX ENFERS
Il
- Yoilllar~te
n'une Ame honnête, Le vrai bonheur,
Du eœnr!
Voirvoltiger sous les treilles, Entre terre et ciel, Lesessaimsde mes abeilles
Butinant leur mIel;
Voir leleverde l'aurore, Et, chaque matin.
Se dire : Je veuxencore Le revoir demain.
Voirbondirdedans laplatae Les petits montons, Accrochant leur blanche laine.
A touslesbuissonsr 1,:,irsommeillerla bergère,
Taiulis qu'à paslents, Leberger qu'elle préfère Vientet lasurprendt
'oillt
.,
.1
ORPHÊE AUX ENFERSAlllSTiB.
Comment 1 ne bouge pasL.. Mais pourtantsijenepeux pas parler haut et que je ne puisse pas non plust'approcher, ma ber- gère. nousn'avonspas de chances de nousentendre.••'Alors, par-
Ions pargestes!.••
IlfaitUDpal'8flles bléa.
BURYDICE.
Aristéet•••au nomdemon amour, n'approche pas1.•• tedis-je! •.•
ARISTÉE.
Quellesingulière timiditéte prenddoncaujourd'huit•••Tues sauvageordinairement, je ne dis pas..• mais, enfin, tu l'esrai- sonnablement... comme une bergère... mythologique•••
EURYDICE.
Ils'agitbien dema sauvagerie!. .•Ils'agit de ta vie!•.• Si tu fais un pas, tu es mort!
Aal STES.
Comment'
B 11 B.Y DIe s.
Mon mari sait tout•.•
n
nous a espionnés••• etil a semédes piégesdans ces blés, témoins ordinaires de nos innocentes
amoursl ...ABISTÉB.
Bah'
BUR IDI CB.
C'est comme çaL••
ABIITÉE, .. pan.
Est-il bête, l'animal 1 Il l'a prévenue! ••• Ces marissoattous les mêmest... Il veut me surprendre1•.• etil me fait prévenir1•••
Réparons sa maladresse..• (Raut.) Veux-tu que je te dise? .•
EURYDICE.
Disl
ABISTÉR.
Ehbien! c'est des btttses, des chansons et des balivernes.
EURYDICE.
Desbêtises], ••Maisje te disqu'il estfurieux ...qu'il ajuré..•
ABI8TBB.
Tiensl regardecomme je m'enmoque, deses piéges,DOD, mais regarde•.•
Il trottine dana les blét.
Bva TOI CJ:.
Aristéel,..ton amour et ton courage t'emportent1. ••~ristée1.••
tu coursàlamort!•••
AR 1STÉE.
Il n'y a pas de danger, et quand même,quen'affronterait-on paspourte rejoindre'
B l1JlYDICB.
Eh bien 1alors,je veux mourir avectoit ...
A.R1STÉ E, à part.
Allons donct •••
lbmarchentdans les blés,àla rencontrel'undefautre.EUl'Jdice.'arrêtetout~ coup,UDpied en l'ait. f
2
ORPHtB AUXEN~BRS
BUaYDles.
ACTE PRRMIER
ABISTÉB, ba••
49
ABISTÉB, 1& part.
Crac!.•• çay est! •••
BUI\YDICB.
Jésuis prise1•••
AB 1 STÉ E, kpart.
Et plus que tu ne croisl•••
Musiquek J'orchestre.
BUB YDICB.
Mon Dieu, qu'est- ce que j'éprouve'
A1\1STÉBJ après l'avoir déposée lur le banc, k gauche.
Pluton, redeviens toi-même! Une1 deuxttrois!(Son costumed.
bercerdisparait. - Il est ,êtaen dieu des enfers.)Etmaintenant, dés- organisons les éléments. (II raitun signedeson bident. TGnDerre. LaDUit
arrhesubitement. - Après l'orage.)Chez mOi,"voilà comme on désor- ganise les éléments.
Bua YDJCB.
Dieupuissant! est-ce que je vais mourir
t
ARISTÉB.
Entièrementt....La,ciate ogni Iperanza /•.•
Ilritd'ODrireslfideal.
EUaYDICE.
Ht cependantje ne souffre pas•••
Ji t'expliquerai pourquoi. .•
BURYDICE.
Ahtc'est étranger•••
ABISTÉE.
C'est logique•.•
BURYDICE.
La mort m'apparaît souriante Quevient me frapperprès detoi •••
Ellem'attire,elleme tente.•.
lIort, je t'appelle••. emporte-moit•••
Il
Mort, ton Ivresse me pénètre!
Tonfroidneme faitpas souffrir;
Il semble que je vais renattre, Oui, renaître, au lieu de mourir! •••
A.ieu1.•• adieu!•••
Elte lombeinanimée surlebanc de._108 Aft1STÉ B, lai 'Ataal le pouls.
Crac1.•.çay est
t ..,
Unelarmer...
unelarme1etpartons'Avantde partir, abusonsde notre divinité pourj~terun dernier défi au mari••.(Il ékDd lOB bident IUl la·tate d'luI"Jdice, qui .. rét'eU" et ..
te
ORPH!E AUX ENFERS ACTEPREMIHR 14dreasecommedominée. Pluton l'arraehetlDeplume, et la lui dODue enBlon- trant da .este lacabane d'Orphée.)Voilà une plume.•. et tout ce qu'il
faut pourécrire. ""
BOrJdiœlerit sur la porte cesquatrel'en qui le tracent enlettres de feu Je quitte la maison
Parce que je suis morte, Aristée est Pluton, Et lediablem'emporte.
Plntoe saisit Eurydice.
La rime n'est 'pas riche1.••mais la richesse ne fait pas le bon- heurt Ht maintenantl. .•auxsombres bords1... Nous arriverons bien plusviteqaepar la barrière d'Enfer•••
Ils.'eD,1ontinent
SCÈNE V
o
~PHÉH,rentrallt par la droit••Ahçà! que diable y a-t-H donc de Gérangé là-haut' je quitte mesleçonsàlatroisièmeheureet j'arrive en pleinenuit chez moi!....
Je n'ai pas encoredîné, et voici déjà l'heure du soupert , •• Que veut dire celte perturbation?.. Ah!bah! •••ensomme, ça~eme
fait qu'un repas au lieu de deux avec ma tendre épouse, c'est autant de gagné... C'est égal, il y a une éclipse, bien sûr! ...
(Il tst arrivédevant sa maisonj l'inscription frappe .el regarda.)ParJu-
piter 1.•• Que veut dire ceci 1.•• L'écriture de mafemmelu.
nUL
Je quitte la maison Parcequejesuismorte, AriBtœestPluton, Et le diable m'emporte.
11 entra dana sa eabane et en ressort Immédiatement,
Comment, elle est mortel. ••ce n'est pas possible 1Mais sil •••
elle est bien morte1.••puisqu'elle le dit elle-même1. •• Merci!.••
mercil. .• Jupin1.••(Ilregarde aree inquiétude àdroite.]Quelqu'un' •••
Mais non, personne!•.: je puis melivrer à ma joie1!1Courons apprendre ce bonheuràcelle que j'aime 1
Éclairs ettonnerre.
SCÈNE VI
ORPHÉE, L'OPINION PUBLIQUE,armée d~une torch"i d'un fouet.
L'OPINION.
Arrière1...çane se passera pas comme ça1•••
Ol\PHÉB.
Cieltl'Opinion publique qui me poursuitdéjà.
L'OPINION.
Oui,l'Opinion publique qui sait tout et qui vient t'arracher à ta joieinconvenante pour te faire expier ton forfait.
ORPHÉE.
Que veux-tudire'
l i ORPHÉE A-UX ENFERS .ACTE PREMIER t3
Tu vas me suivre dans l'Olympe, aux pieds de Jupîter,àqui ta redemanderas ton épouse adorée.
OI\PUÉB.
Moi! réclamerEurydice
t
m'en préservent les dieux1L'OPINION.
Pour l'édification de la postérité,ilnous faut au moins l'exem- ple d'un mari qui ait voulu ravoir sa femme.
OI\PuÉz.
ilaisje nel'aime pas1
L'OPINION.
L'exemple n'en sera que plus frappant et plus glorieux pour toil. .•
ORPHÉE.
Mais je neveuxpas!•J '
L'OPINION.
Tu refusesl. .. tu aimes mieux ma vengeance 1· Eh bienl elle te poursuivra partoutl., je te ferai perdre tes leçonsl, •.on saura qui a dresséle piége où s'est prise Eurydice.• , on saura.••
ORPHÉE. ,
Ab' •.. grâcel •••
Viensdonc alors. •
BKS .MDL ••
L'OPINION PUBLIQU.
Viens! c'est l'honneur qui t'appellel Et l'honneur passe avant l'amour!
Je serai ton guide fidèle Pendant l'aller et le retour!
ORPHÉE.
Viens! c'est l'honneur qui m'appelle.
Et l'honneur passe avant l'amour 1 Je maudis le guide fitlèle
Quime suivrajusqu'au retour.
TABLBA.U
L'Olympe
SCÈNE PREMIÈRE
JUPITBR, JUNON, MARS, MINERVE, HÉBÉ, NEPTUNE,etc., endormis dans les nuages, MORPRÉE,
seul éveillé, répand des pavots sur les dieux endormis.
LES D'JEUX, doman't.
Dormons, que notresomme Nevienne Jamaisànnir.
t&
ORPHÉE AtJX ENFERS Puisque le seul bonheur1en somme, Dans notreOlympe,est de dormir.Bon, ron.
Il0 B P HÉ E, secouant .el pa'fOb50r lè 0.1 dei dieul.
Rontron! font ron! CUPIDON, entrantà petit pu.
le suis Cupidon!monamour A fait l'école buissonnière1 Jereviensauleverdujour D'un petitvoyage àCythèret
Un profond mystère Cachemon retour!
Ils dormenttous1 Endormons-noust
Il s'endort danl188nuales.
CBŒua.
Dormons,que notresomme,etc.
TJi!'\Us, entrant avee mystèrede l'autre e4té.
Je suisVénustmonamour Af:ritl'écolebuissonnière1 Jereviensau lever du jour D'uD petit voyage àCythère1
Un profond mystère Cache mon retourt
Ils dorment tous!
Endormons-noust
Elle,'endortàdrolt4
CHœUR.
ACTE PREMIER
JV PI TB B, s'é,eillanl ID s1lnaa&.
ParSaturnetquelest cebruit Quinousréveille au milieude lanuit'
C'estDiane,ma flllechérie, Quinoussonnesa sonnerie 1 Sustqu'on seréveilleà l'Instantt.••
LES DIBUX, le réveillanten bAillant Han1han! han!han!
ToUl .e 1i'lot et d:~scendeDt. - Les nuages disparaissent. - Vue dt J'Olympe.
JUPITER.
Etsurtoutpasde bâillement!
D'uncri de joieetd'allégresse, Il taut saluer la déesse;
Obéissons au règlement 1
EntreDiane a,ee les nymphe••
SalutàDiane chasseresset.
Diane arriYed'unAir pensife\ aftlii'.
VÉNUS.
Mais pourquoicetair de tristesse'
DIANE.
Ah1rien n'égale mon tourmentt
COUPLETS.
Ron! ron! ronl ront
Soumedanl le lointain,serapproehantpeu • peu eD accompagnant 1.
récitalit qui sult.
QuandDiane descend dans la plaine, Tontaine,toutatne,
ta ORPHÉE AUX ENFERS C'est.pourychercher Actéon,
Tontaine, tontont C'est près d'une claire fontaine»
Tantaine,tODtaïœ, QueDiane rencontreActéon,
Tontaine, toton1
MaisD1lDJ
ACTB PI.EMIEB
DIAliE" yjYemeat.
JUPITER.
19
Il
Or, ce matin, dedans la plaine, Tontaine, tontaine, Je m'enfus chercher Actéon,
Tontaine, tontont Mais hélast près de la fontaine,
Tontalne, tontaine, Point n'est venu mon Actéon,
Tontaine,tonton!
Pauvre Actéon' qu'est-il devenu? Lui qui étaitlàtouslesjours, caché sous un buisson, pendantque.•• Ah1jelevoyaistrès-bien1
JUPITEIl.
Ce qu'il estdevenu?Je vais te le dire! Tout.ça était immoral dans la forme!Tutecompromettais avecce jeune hommetJc1me luis débarrasséde lui1
DIA~L
HLcomment?
';UPITER.
Je l'ai changé en cerf! Et pour sauver ta réputation,ôma chaste Diane, j'ai répandu le bruit, parmi les faibles mortels, que c'était àta demande que j'avais ainsi désorganisé.1ctéon;j'ai dit que tu avaistrouvé sa curiosité indiscrète•••
Je l'ai dit pour l'honneur de la mythologie! Corbleut mes enfants, les faibles mortels ontl'œil sur nous! Sauvons les appa- rences au moins 1Sauvons les apparences! Tout est là 1
DIANE.
Vous les sauvez bienl,vousl
JUNON.
Est-cequ'il aencore faitquelquenouvelle escapade?
JUPITER.
Mais non" ma bonne Junon..• mais non.••descancans.•. de purs cancans... C'est les journalistes qui font courir des bruits sur moi pour me déconsidérerc"
JUNON.
Du tout.••dutout... Je suis sûr qu'ily aquelque chose•••Mons- tre, va1.••(A Diane.)Dis-le-moi, situ lesais.•.
JUPITER.
rtladame, delaréservet.i. pasde scènedevant lemonde1.•. Il Y a temps pour Lout! •.• Laissez-moi m'occuper des aifajres inté- rieures de l'Olympe..• Je reçois des plaintes de tousles,côtés...
Tenez 1.••(Il prend des papiers qu'il lenilleLte.) Mars'
IIARS.
Présent]
ORPIIÉH AUX ENFERS
JUPITBl\.
ACTE .PRBMIER
JUPITER.
••
Noble fils de Bellone, ton dossier s'est enrichi d'une plaintede Vulcain qui prétend.••
'BNUS,vhem'Dl.
Ce n'est pas vrai1
JU PITEB.
Bile l'a bien dit 1 Que ça soit vrai, que ça.~Jesoit pas, chaste Vénusf••• ça m'est égal en principe.•• mais je V01lSen prie, mes enfants, de la tenue!... L'Olympes'enva! vous le perdez parVOl
inconséquences.
VBftUS.
Quel tyran1•••
IVPIT.a.
Cupidon? •• où estlepetit'.••
CVPI DON,lotioaD& DéW.
Voilà 1•••
JUPITE&.
Allons, bien1le voilà qui fait la couràHébé, maintenant! .•.Et puis,l'ambroisie vabrûlerpendantcetemps-là1•••(Il le prad
par
l'.,reille.)Je te déclare,toi, gamin, que si tu continues nous nous fâcherons•.
CUPIDON,
Ah! quellesciel, •.Jupiter tannant!val. •. )ourtant, si tu m'as donné des ailes, c'est pour voltiger•••
Si je t'ai donné des ailes... c'est pour que tu soiszélé..• et tu es toujours en retard.•• A quelle heure es-tu rentré? .. Recommence et je te mets au pain et à l'eau pendant huit jours et je te con- signe.•.. Allons 1que chacunailleàsa besogne, en attendant l'heure desavourerlenectar et l'ambroisie... (Murmures.)Et que personne nemanque au déjeuner.••Allez! j'ai entendudes rumeurs, voilà déjàplusieurs fois que je m'aperçois•.•
CUP IDO N, k Vénui.
Dis donc, maman, est-ce que tu crois que ça peut durer comme
ça'
VBIIUS.
Ah1ilnous ennuie trop1•••
DIANB.
Moi, d'abord..• je dépéris ici.••cetOlympem'étouffeaVN:son implacableazur•••
yB:'lÙ8.
SinOU8 nous révoltions 1•••
CUPIDON.
J'ai monidée,••nous refuserons de•••
JUPITBB.
Qu'est-ce qu'on marmotte dans ce coin-là! ••• On ne m'a donc pas entendu , ••.
Les dieul.or&.& eD,rolDaal. Junon ....&e seul.'YM lopit...
ORPHÉE AUX ENFERS
SCÈNE II
JU PIT ER"plil JUNON.
ACTE PREMI'W
JUPITER.
Moi? ••;
JUNON.
Etquel autre que veus eût osé..•
ruPIT ER.
Il
JUPITBll.
Par mafoudre1. ••ona dumalà mener ces gaillards-là•.•J'en perdslatête1••• Et, si ce n'était. que ça... ilfaut encore que j'aie 'lajalousie dematendre épouse, qui ne cesse de•.• Bont•••encore elle 1•.• Quel cramponJ. ••Je disais toutàl'heureà Vénus de se ranger..• celle-là devrait bien se déranger un peu... C'est toi! ..•
ma bonnet ••. qu'est-ce qu'ilya'l•••
JUNON.
Il Yaque je ne puis plus vivre ainsi1... et que l'existence que vousme faites•..
JUPITER.
Qu'est-ce que j'ai encore fait, voyons? ••
JUNON.
Ah1..•n'essaye pas de me tromper••• Les bruits de la terre montent jusqu'à moi.••
JUP ITER.
.~aisencore•••
JUNON.
Eh bien) ••. il n'est bruit là-bas que de la disparition d'une mortelle, belle comme une déesse, et qui vient d'être enlevée par un dieu..• Cette femme s'appelle Eurydice••• Le dieu1.••c'est 'vous.
Vois, mon amie, où t'entralns ton a.eugle passion1. ••cetenlève- ment, je le connais comme toi
r...
lUNON.
Je le crois.
JUPITER.
Mes soupçons se portent Sur quelqu'un, et nous allons bientôt savoir...
Bengainesque tout œta ..•
JUPIT~R.
J'aienvoyéauxrenseignementsmonndèleAI~reure... Ht simes
SOllf)(;<)1\'S sont fondée... tu verras bientô.tqu'nndieu qui puait comme j'entends le faire, les escapades des autees, doit être
il;
mari leplusfidèle,leplusconstant•••
JUNON.
Je ne vous crois plus, gros hypocritet••• vous m'aveztantde fois trompée!.••
JUPITE R.
Allons, bont •••c'est comme tuvoudras1.•.Queveux-tu que je te di8e? ..Tiens! ... j'entends le clapotementdes ailes de Mercure••
É.coute et juge-moi! •••
3
Il ORPIrÉE AUX ENFERS
SCÈNE III
LBS ~IÊMÉS, MERCURE.
MERCURE.
ACTE PREMIER
MERCURB.
Depuis quinze jours 1
JUPITER.
Ainsi,ilavait découché? .•
AI ERt1URB.
Probablement1•••
Salutau puissant maître des cieuxetde la••.
JUPITER.
Pas de phrasetau fait' Rends-moi compte de ta mission..
MERCURE.
Seigneur,j'arrive en droite ligne des enfersf JUPITER.
Et Pluton?y régnait-il dans toutesagloire'
MERCURE.
(~e n'était pas Pluton quiyrégnait 1 C'était une grande gaieté.
Ils s'amusaient joliment, là-bastet j'ai vraiment passé quelques moments agréables!
JUPITEa.
Et Pluton1.••
MERCURE.
Plutonétait sortiJ•••
JUPITER.
Depuisle matin'•••
JUPITE 8.
Et tu ne l'as pas vu ,
MERCURE.
Si faitl. ••Ilest rentré aux enfers,ilyaune lieuret
JUPITER.
Et d'où venait-il't•••
De la terre1._.
JUPITER.
Seul'••.
MERCURE.
Nonpa~1maisavec une jolie petite femme qu'il venait d'enleyer à~onmari!•••
JUPITBB.
Tu saisson nom'...
IIUCU&B.
Burydice•••.
ORPHÉE AUX ENFERS
JU PITER.,àJuon.
Là1je ne le lui fais pas diret
JU NON, l'embrassan&.
Cela fait plaisir1.••
JUPITER, à part.
Pas à tout le monde1(Hant.) Ab 1 le coquin de Pluton l.v. Et il va venir ? ••
IrfBBCUR&.
A l'instant. .. je lui ai dit que vous l'attendiezl. ..J'entends le bruil des roues de son char.
Mélodramo.
JUPITER.
Eh bien!Jevais le traitercommeille méritet•••Laissez-moi le recevoir1•••
A.eTE PltElllEB
SCÈNE IV
JU PIT BR, PLU TON, eleGrLé dt) trBj~ MUM.
P LU TON. 11 trappe Il la por&••
:&Jadame va bien? ••
'UPITBB.
Elle manget•••
PLUTON.
Salut au puissant maître des cieux et de la terre•••
JUPITER.
31
1UNON.
Tu ne me trompes pas, dis, Ernest?,.. il n'y a pas autre chose'f.••
1UPITER.
~laisDon,Bibichet•••
JUNON.
Enfin, ça va mieux 1je vais manger'
ltBes()ll.
JUPITER,àpart.
Crampon, vat•••(A Mereuro.)Va-t'en:oi~s'filsviennent]. .. (Rê- ,ant.) Cette pe tite Eurydice estdoncbien [olie? •••
MEReURB.
Seigneur.. le voilàt....
Ass~!... assez1. •.je te fais grâce de la formule
r•••
P LUTON, àpart.
Commeil me regardeL•.Est..ce qu'il sedouteraitt... Détour.
nons les soupçons1.•• Flagornons-le!... Ayons l'air de trouver son domicile agréable.•. J'ai justement une vieille tirade que j'ai lue quelque part... (Haut.) Ah! avec quelle volupté je m'enivre des suaves émanations de cette atmosphère douce et vîviflante de I'Olympe; heureuses divinités qui folâtrez sans cesse sous des (lieux toujours bleus, tandis que je suis condamné aux sombres cloaques du royaume infernalL.. Ici l'on respire une odeur d~
déesse et de nymphe, une suave odeur de myrte etdeverveine.
de nectar et d'ambroisie.On entend le roucoulement des colombes, les chansons d'Apollon et la lyre de Lesbos1. .• Voici lesNym- phesl. .. voie,les Muses!•••Les Grâces ne sont pas loinl ... Vous les verrez clanser, calmes et beadissantes, auxdouces elarsésS8 lalune d'avrilt.••Tous les parfumssonL décbalnés, et les par.
38 ORPHtE AUX ENFERS ÂCTE PREMIER 39 Cums de la nuit, et les parfums du jour, et les parfums duciel, et
!,es parfums desGrâces, et les parfums des Muses, etles parfums des Nymphes1.••
JUPIT ER.
As-tu bientôt fini, avec ta parfumerie'•••
PLUTON.
n
vame donner un savon,il mousset.••JUPJT ER.
Eh bien? •••
PLUTON.
On n'en dira jamais assez sur votre bonheur!
JUPITER.
. Notrebonheur! •.. Tufais semblantdecroireque lebonheurse trouve près des Grâces et desNymphes, toi!.•. Ce n'est pas mon avis,àmoil. .. Il paraîtqueje ne suis pas d'une nature nymphati- que L.. l\lais laissons cela! et prête-moi une oreille attentive}..•
Roi des enfers, c'est moi qui vous appelle1... Il paraît, mon bon- homme, que tu te conduis comme 'a dernier des drôles!
PLUTON.
Seigneur1je suis forlt•••
JUPIT Ea.
Tumènes une existence de pachal ,..D'abord,qu'est-cequecet gamins quetu traînesavectoi , •.•
PLUTON.
Mes trois petits tigres avec mon déjeuner, un en-cas!... qui me suittoujours;unebouteilledevieux vindeChypre, unehurede sanglier etun flacon d'essence
de
feu1JUPITBIl.
Du vin de Chypre!... Une hure!. •• Et nous qui sommeséter- nellement condamnés au nectaretà l'ambroisieJ - Et c'est làta nourriturehabituelle'
PLUTON.
Ouït •.. Oh 1je n'aime pas les choses fades1••• Ilmefautdupi- ment,beaucoup de piment1•••
JU PIT ER, éclatant.
Ah~i mais tu es le plus heureux des dieux
t
PLUTON.
lIoi, seigneur1. ••heureux!
J UPI TEI\.
Oui,toi1Depuis quinze jours, que fais-tu'
PLUTON.
J'habite le sombrecloaque de l'enfer. L'on n'y respire pu comme ici une odeurde •••
JUP IT ER.
Pasdu tout 1 Tuhabites unecabane aux environsde Thèbes.
PLUTON.
Hein'
JUPIT ER.
Et tu as abusé de ton pouvoir en enlevant .par la mort une épouseàsonépoux.
PLUTON.
Aloi, seigneurl, ..Je suis fort•••
ORPHÉI ÂUX ENPER~
Jl1'lT1:a.
Ne nie pas! Je sais
tou'
iPLU TON.
Ce n'est pas vrait
JUPITBR.
Silence!". Quandje parle,onsetaitJ
PLUTON.
Seigneur1•••
JU PI TBR.
Je ne suis pas habitué à la discussion1.•• Devant moi tout trem- ble 1•..(On entend des hurlements.)Qu'est-cequec'est que cela?
PL UTON.
Ça ne m'a pas l'air de cris d'obéissance, ni de crisd'entnou- siasmeJ celat.~.
SCÈNE V
LES MÊMBS) tousLES DIEUX, entrant en désordre.
CHœUR.
Aux armes! dieux et demi-dieux t Abattons cette tyrannie,
Ce régime est fastidieux!
Plus de nectar 1 pltLicfambr0iJi81
ÂC.TE PREMIEa
DIAX ••
Plusdenectar!
CUPIDOK.
Cette liqueur Fait mal au cœur..•
YÉNUS.
Plus \t'ambroisie! Et plus jamais Qu'onne nousserve deces meta.
PLUTON, k part.
Une révolte chez les dieux'
Sur monâme1 eUearriveaumieuxt
Ils ont raison! ces aliments sont fades!
Sejetan' lutles mets que tiennent les démo-.
Parlez-moideeed"eamaradesJ
CB<zua.
Aux armes! dieuxetdemi-dieux!
Abattonscette tyrannie, Ce régimeeÂfastidieux l Plusdenectar! plusd'ambroisie,
JUPITER.
Une sédition1.•• Onrefuseobéissance 1•••
l'OU,.
Oui'
ORPHEE AUX ENFERS
JUPITER.
On perd le respectà papa Piterl .•• Ahtvous ne voulez pas savourer le nectar et l'ambroisie1
TOUS.
Non 1... nonl,•. plus de nectar L•• plus de nectar1•••
VÉNUS.
Nous sommes confits!.••
ACTE PREl'ttIER
PLUTON.•
Ce n'est pas vrai
t ..
JUPJT B ft.
Voulez-vous des noms'
PLUTON.
Oui1 vousavez dit · Citons..• citez1.••
JUPITER.
43
CUPIDON.
Nousavons du sirop d'orgeat dans les veinest•••
PLUTON.
Ils ontraison1••• ilsont raison1•••
JUPITER.
C'est une révolte, alors?••• Et vous ne rougissez pas de mettre à votre tète un bandit comme celui-là , •••
TOUS.
Un bandit!•••
PLUTON.
Seigneur1!tje ne suis pas un bandit1
JUPITER.
Sit .•.unmisérable qui abuse de sa position pour enlever des mortelles à leur mari1_
t'OUI.
Ob!contez-nouscelat•••
Nous citerons! .... nous citeronst, ••- II vient de ravir la femme du violoneux Orphée, la belle Eurydice;
PLUTON.
Ce ntest pas vrai1
VÉNUS.
Ehbien,aprèst•••
JUPITER.
Comment, après' Bh bien' et la morale' et l'opinion des mor- te)s' •••
PLUTON.
Il faudrait pourtant s'entendre sur ta morale!... Tu en as fait bien d'autres, toil. •• mon petit pèrel. ••
JUNOl'f.
Uif.•.Qu'est-ce que je disais'
JUPITER.
lIoi' Jamais1... Bon époux, bon père, bOD •••
" ORPHtE
A~XENFERS
PLUTON.
ACTE PR'EXlla
RONDE~1J.
i'
Ah!oui, parlons-en, de tes qualités domestiques.•..Je ne veux pas jeter la zizanie dans le méaage•.Veyons, nous sommes icien,
famille, ni hommes, nifemmes,tous dieux de premièreclasse...
Expliquons-nous1. .•Tu mereproches ce quelj'3iCait... Si01\ te' rappelaitce que tu as fait, toi'
DIANE.
Laissedonc... J'en sais sur ton comptel
VÉNUS.
EL moit
CUPI DON.
Etmoidonc!•••
TOUS.
Et nous doncL,;
CUPID ON.
l'faisnous avons fait une chanson là-dessus1.••
JUPITER.
Hein1..• J'ai un rendez-vous avec mon architecte,
PLUT ON.
Tu l'en tendras 1•••
TOUa.
Tu l'entendras1
Ce sera tapunition]
MINER VB.
Pour séduire Alcmène la fière, Tu pris les traits de son mari!
Je sais bien des femmes surterre Pourquiça n'eûtpas réusstI
Ah! ah! ah!
Ne prends plus l'air pateline On connait tesfarces,Jupin!
LE CHœUR.
Ah! ah! ah!
Etc.,etc.,ete.
1l11. NE.
Est-ce de lamêmeen~eleppe
Quetu te servisdeRouveau, Lorsque, 'pourealelVerEurope, Tu pris les cornesd'un taureau 1
Ah! ah! àh!
Etc., etc., ete, L'R cuœn a, Ah! ah! ahl Etc.,etc., ete.
CI1·PIB9N.
, A Danaé. Ionsdork,
En pluie, un jour, tuLemontruJ Maiscettel'Iule était dorêet
Ça lui plut et tu l'adoras.
Ah! ah! ah!
Ete. ,.ete.,ete.
ORPHtS AUX HNFERS
LB CHŒUR.
Ah! ah! ab!
Etc••etc., ete.
VÉNUS.
Cecygne, traqué par un aigle.
QueLéda sauvadans sesbras, C'était encor vous, gros espiègle!
_ J'étais l'aigle! - Nele niezpas 1•••
Ah! ah! aht Etc., etc.,ete.
LE CIIŒUB.
Ah! ah! ah!
Etc., ete., etc.
ACTE PREMIER
11TPITER.
L'attaquedenerfs1••• je ne pouvaispas l'éviter!•••
PLUTON.
Prenez-moi donc votre femme 1
lUPITER, lui lapant dans lei mains.
Je tejureque c'est avant mon mariage
r•••
JUNON.
AhL..
PLUTOrf.
Mais prenez donc votrefemme1•••
JUPITER.
.,
PLUTON.
Que prouvent ces métamorphoses?
C'est quetu te trouves si laid, Que,pourte faire aimer,tun'oses Temontrer tel que l'on t'afait1
Ah! ah! ah!
Etc. , ete., etc.
LE cuœu a.
Ah! ahtah!
. Ete.,etc., ete.
IUNON.
Je suis à bout de forces L.. Ah!traître 1ah! volage!•..(Jupiter
•'approche pour le ealmer.]Ya-t'en l, .• je te hais! nous nous sépare- rons!.••
EUetombedans les bras dePluton eDpoussau' deseri••
foutça, c'est des cancans, de purs cancans!•.. Jen'aijamais aiméque toi1(APluton.)Tun'es qu'undiffamateur1•••tun'esqu'un coq.••
PLUTON.
N'achevez pas!••. Mais prenezdonc votrefemme! Ellemegënet
SCÈNE .VI
LBS )fÊMES, ?dERCURR.
MERCURE •
Seigneur]
JUPITER.
Eh bien! quoi1 Que me veut-on encore'
ORPHiE AUX ENFERS A.CTB PREMIER i9
MEBClJJ\B.
Seigneurl deux~rangerssont là, demandantaudience-
JUPITEL
Leursnoms?
MERCURE.
Orphée!
Junon se relève virement en arrilngeant sa toilette.
PL UTON, à part.
Orphéetlui icit•••Mais preaez donc votre femmet•••Tiens,je ne l'aiplusl
JUPITER.
Orphée! (A part, regardantPlutoD.)Je vais lerepincer!
Il E,I\CD.RB.
Etun jeune hommequise dit l'Opinion publique.
.JUPITER.
L'Opinionpublique!.••les mortelsl..•Mesenfants, trêveànos dissensions intestines1
PLUTON.
Ne les recevez. pas 1•••
TOUS LES DIEUX.
Recevez-les 1•••
JUPITER, .. Pluton.
Jevais lesrecevoir!.••Je suis Jupin et je dois la justiceàtousl Aht tu w-ernbles1...
PLUTON.
Moi, seigneur!•.•je ne tremble jamaisl. •• je suisfortt(Apart.) J'aurai du toupet!(Haut.)Qu'ils entrentJ•••
.JUPITER.
Tu donnes des ordres chez moit.••Qu'ils pénètrent!..• Et nous, soignonsles groupesl, ..L'Opinion publique est là 1..• tenons-nous bienf •••Tout pour le décorum et,par le décorumr Où est mon trône~.". où est ma foudre? Je veux ma foudre des dimanches pourparaître danstoutema gloiref •1 .(Grand branle-bas. Onlui apporte .a foudre et Bon &r6n••) Vénus, ici, à ma droite1.••Diane,àma gauche!•••
PLUTON.
Etmoi'
1.YP1TE:B.
Toi! tiens, là-bas, sur le banc des accusést...
.JUNON.
Et moi'
.JUPITBR.
Toi!où tu voudras, dans les bras de llars! tu ferastableau.
Parfait1le groupe sera bien ainsit
PLUTON.
Qu'ils pénètrent 1
JUPITER.
Non! qu'ilsentrent!
PLUTON.
Est-il taquin!
Mercuresortetrenenl at'ef, ûrphée et l'Opinion publique.
i
50 ORPHÉE AUX ENFERS
SCÈNE VII
LES MÊ~IK~, ORPHÉE, I/OPINION PUBLIQUE.
rINALB.
ENSElIBLE.
JUPITER.
napproche! il s'avancet Le voilà!c'est bien lui.
Je veuxprendretadéfense, Trop infortuné mari.
PLUTO N.
11 8'approche 1ils'avancel Le voilà! c'est bien lui.
A11! sapristil jeeommence A bien m'ennuyer ici.
oftPliÉ E, !L l'Opinion.
C'est malgré moi quej'avance, Et j'ensuis tout ahuri;
Cette démarche commence Ame donner de l'ennui.
L'OPINION.
lflarche toujours!avance!
Allons! obéis- moi 1 Sinon, crainsla vengeance Prête àfondre sur toi1
A.CTE PREMIBa
cJlœua.
Att-?ndoDSJ Observons1 Regardonst
&üutons!
JUPITER, • Orphée.
Oueme veux-tu, faible mortel'
L'OPINION, bu A Orphée.
Yoici le momentsolennett lu vas,d'unevoixattendrie.
Implorer du grandJupiter Le droit de reprendreàl'enCer Ton épouse tendre et chérie1
oftP HÉE", bal A l'Opinion.
Mais nonrmais non! cela m'ennuie, L'OPINION,le toael leTé.
Allons! allonst obéis-mot!
OR PBJi:E, aree passion.
o
roi descieuxet delaterre, Vois madouleuret ma misère, Ma tristesse et mon abandon 1 Je viens te demander justice.D JAN E, sor le motif de Gluck.
«On lui ravitIOnEurydice.
OB P HÉB, continuant lur son Tiolon.
• Et le ravisseur,c'estPlutoat •
Jupiter pr.adUDeaUUuderecu.ilU••
,.
ORl'HÊE AUX K,NPERS
JUP1-r •••
Faites silence!
Jevais prononcerma seatencet
o
vousquim'éimutez, Dieux et Divlnités!Punissant justement le crime et l'injustice, Je condamnePlutonà lui rendre'Eurydicet
oRPIIBE" à part.
o
ciel!ilme la rendtPLUTON, à pan.
ociel!ilme laprend 1 JUPITER.
Et pour faire observer ma volonté suprême, Aux enfers, aujourd'hui.. Pluton.. j'iraimoi-même!
DI AN"E, VÉNUS ET eUPI DO N, ~ genoux.
Jupm, emmenee-nousavee tons"s'il vous plalt! lUP ITER, avec bonté,
Allons,j'emmènerai l'Olympe augrandcomplet 1
CHœUR.
Gloire! gloireàJupiter!
GloireàcedieuclémentetdomJ Qui, pour cesémillantenfer, N'a pas voulu partir sans nousf
JU Pl TER.
Partons!
CHœUR.
Allonst
Plus de;neesar, plusdeete}bleu!
Abtnous allons donc rire un peut Merci, monDieu1merci, mon Dieut
ACTE PREMIER
~ ORPHÉE ET PLUTON.
C'est désolantrc'estrévoltant!
Car le bon droit est triomphantt Adieubonheur] amour, adieur
L'OPINION.
Je suis heureux!jesuisconlentf Car le bondroitest triomphant!
Merci, mon Dieu! merci, mon Dieut
CHŒI:it.
Prenons nos attributs 1~;ittODS..n'hésitonsplus 1
63
ACTE DEUXIÈME
TROISIÈME TABLEAU
Un roi de Béotie
Le théâlrerepréseate le t-,'}udoir dePluton.
SCÈNE
PRE~IIÈRE E UR YDICE. Elle écoute à la porte.Personne encore 1... pas de nouvelles1.••Ah çà' •••mais c'est
56 ORPHÉE ,AUX fiN.PEaS ÂCTE n.UXIÈMB intolérable! •.• Je m~enll1Îie~pou"qantaD1emm't ~cil••.'V.oilà deux
\ours que jeSUiSS0lJ}e"n':araDtd~autTe reeréati~n.qœ:la,~~mpa
gnied'un grandbêta d·e ttomestiq. 'ti<)ll'tooam1tmOB~'eô'~1••:
.~ll~ :nrftlœ.~eod's:ganiel.,••'l'Ulrè'~s,pas;œ~peutlS1D'UI tsar t1i'lIe ~me;aussi fantaisisteI]w_œ'!,-Sire"ë.~ ',a~iJ
·,"aRrrett....pRis'~ ,IROn.m!.~lt ~";tm'ft...~0I'e
a.a~
JOllNSTTX.,EUIlyDICE.
Eitce8ttiell,he1ie! •••eUeestbien belle! ... Â,h!sij'osaist .•.
Madame n'a pas sonné?....
EURYDICE.
Moi~non •••
.JOHM.
Tant pis1.••
EURYDICE.
Pourquoi'
JeUN.
Parce que si.madameevak.senae, c'est qu'elle auraiteu besoin de quelque chose •.•(11 soupire brUJamment.) Et commemadamene
Bonnepas, c'estque madame n'a besoin de rien.•. (Il se dirige yen la porte.] Elle est bien belle, mon Dieu 1•.• elle est bien belle1.••
't\evenant.')Est-ce~qtremMe'me sonnerabientôt'
Eua YDICB.
E:5t-ceque,je,sais1fpourqueit ••
Pal'ceque, 'simadarrre$on.nait, Jem'empresseraisd'acœsrêr ...
Abljesuislhi.malheu'feux) âHœ,,m_alDe~
Qu'est-ceque celame fait'
JOHN.
Puisque madame paraît s'intéresseràmoi, je vais tout lui dire..
Figurez-vous,madame,quejesuislameilleure nature du monde, j'aiuncœursensibleet une tête'faible.•. Lafemme qui m'aime- rait serait bien heureuse...
EU.I\YDIC,E.
C'estun fou!•••Comment,ilva meraconterses amours àpré- sent J
.JOBIt.
Je n'aiqu'undéfaut,.madame,raiJne mieux vousle dire tout de suite, pourquevous ne me la reprochiez .pas plus tard: Je m'enivrequelquefois 1•••
• uaY,D.IC.E.
Iln'est pas fou,lemalbeure~.iles! gris.]
i\laintenant, madame, que vous me connaissez•.• comme si vous m'aviez fait•••
68 ORPHÉE AUX ENFERS
JOHN.
EURYDICE.
Ne m'approche pas, malheureux1... Il est affreuxt
JOHN.
A~TE
•
DEUXIÈME Laplus belleombre, machérier Nepeut donnerquece qu'elle a.Accepte donc, je t'en supplie, Sousl'enveloppequevoilà, Lecœur d'unroi deBéotie!
BUR YDICE.
Va-t'en, te dis-je, tu sens le vin..•
59
ifadame me repousse après un tel aveu? Ah!c'est parceque je ne suis qu'un domestique, n'est-ce pas~... C'est bien celales grandes dames1Toutes les mêmeslMais je n'étais pas mort pour porter cette livrée! Madame, quand j'étais sur la terre, j'étais le fils d'un grand prince de Béotie!
EUR YDICE.
Eh bien 1•.. il te reste quelque chose deta patrie'
COUPLETS.
JOHN.
Quandj'étais roi de Béotie, J'avais des sujets, dessoldats, Mais, unjour,en perdant la vie, J'ai perdu tous ces biens, hélast Et, pourtant, point ne les envie.
Ceque je regrette en ce jour, C'est de net'avoir pas choisie Pourte donner tout monamour Quand j'étaisroi deBéotie!
Si j'étaisroi de Béotie, Tu serais reine fur mafoi!
Je ne puis plus qu'en effigie T'offrir ma puissance de roi:
JOHN.
Ah! voilàbien une idée!... parce que je vous ai dit tout à l'heure que je m'enivrais parfois..; Mais vous ne savez donc pas avec quoi je m'enivre.•. c'est avec de l'eau•.. de l'eau puret ..•
EURYDICE.
Del'eaut•••
JOHN.
Oui,madame... mais une eau délicieuse, l'eau du fleuve Léthé.••
Oui, c'est pour oublier que je bois, pour oublier la triste condi- tion où je suis tombét•••
EURYDICR.
C'estune drôle d'idée 1•••
JOHN.
C'est une idée d'homme libre et fier, msdame, qui se souvient de sa splendeur passée... Cette funeste habitude me gêne bien quelquefois dansmonservice ;... par exemple, quand mon maître m?do~neun ordre, naturellement, je bois, par fierté.•. avant de
lUI obéir..•Naturellement aussi j'oublie l'ordrequ'il m'a donné.••
Il me le redonne, je rehois, je réoublie, et ça dure quelquefois commecela des journées entières ... maisil s'en accommodetrès- bien, parce qu'il file trouvaintellia:ept.d'ailleurs.... (Tombant A , ..
AC.TElnEUXI&ME 61 DOUX.)Mais, voyez-vous.dl;estluaecàf$e ,.que
1e
n'oublierai jamais,quandjeboirais toutlIe'lJél~,é,'c'est:rimwg~.de la~em~eadorable dontmon maître m'a donne'la'garded~ptlIslieux jours.••
Insolentt •••
JOHN.
Unechoseque j'oublieraisbien auprès de vous,parcontre..• co sontmesdevoirs]... Ah!... voyez·vous, madame••. (On entend du JJruil~)Bi~re:l woilà moo œaltre 1
EIJ.RrntCE..
Quelest ce bruit?
JOB N, 18 releyant Rien... rien, madame.•• Il faut rentrer.
EURYDICE.
JOHN.
Ce sont les ordres du maître ... Vous me feriez ficher à la porte1. •.
EURT:n=1 CE.
l~Iaisentin,jusqù~àquanddureracette.pleisanterlet
,J.O.HN.
Plus tard, ]e 'Vous iirai!...RmltrezJI
AhIPlutoD,turne le payeras'!
JORN.
Allons'(nla fait entrer au fond aumoment ou arrhent Platon et JlJ{iiter.) Il était temps!
JOHNSTYX, PLUTON, JU'PITER.
Pluton et Jupiter entrent en se bousculant, et tAchant de se deyancer l'OB l'aaue.
PLU TON, paraissant le premier, à part.
Elle n'est pas là!. ••il a eu' le temps de la caeaerdans: son appartement1. •• Ouf! je respire...
JUP ITER, avec méfiance.
Tu as de singulières façons de faire les honneurs chez toi, toi
t...
PLUTON.
Moi'
.JUPIT BR.
Oui, toi.... Quand on est poli, on fait passer les gens les pre- miers, et en les sW!t.(S&froUaDtl'épaule.)Tuymetstrop d'empres- sement" vois-tu.•. ilne faut,pas pousser laprévenancejusqu'à la bousculade.•. Oùsommes-nousici!
PLUTON.
Nous sommes dau mes petits appartemenu, dans cequej'ap- pellerai,BiLuftlll., mon 6tH"ntir••
6! ORPHÉE AUX ENF ERS ÂCTE DEUXIÈMB 63
JUPITER.
Tu dis'
PLUTON.
Je dis mon buen retira... comme qui dirait mon boudoir.••
C'estlà que, fatiguédugouvernement de mon royaume infernal, je viens goûter quelques instants de repos et de solitude.
JUPITER, toujoars méhat.
De solitude. (Apart.]Jesuissûrqu'elle est ici.
Jupiter cherche sous les meubles, frappe contre les mors, '1 appliquelOB oreille, Pluton le suit pal àpal.
PLUTON.
Tu cherches quelque chose, dieu puissant'
JUPITEB.
Rien,non, merci.•. J'étudie la disposition et la construction de ce petit.•• Comment appelles-tu cela'
PLUTON.
Buen retiro1• ••
JUPITBR.
Soit..• Oui, je trouve cela très-joli, très-intime.•• je veux m'en faire disposer un pareil dans J'Olympe. C'est très-favorable (Sou-
riant.) auxamours, n'est-ce pas ?
PLUTON, .,ec pudeur.
Aux amoursf.,; Je ne suis pas de ces dieux à passions qui compromettent leur divinité dans de profanes amourst moi 1
JUPITER.
Vraimentt Tartufe, val. •• (Pendant que Jupiter a le dostourné, Pluton fait des signesàJohn,comme pourluidemandersiEurydiceeattdans l'appartement dufond.)Qu'est-ce que tu fais donc là 1 tu me fais des niches par derrière, dieu sérieux!
PLUTON.
Moi••. du tout••. je faisais ...
1 UPIT ER, se trouvant nez à nez avec John.
Tu faisais des signesàquelqu'un..• Qu'est-ce que cela'
PLUTON.
Quoi' qui , .••
JUPI TER, montrant John.
Celte perche animée? .• Cebâton de cire à cacheter'
PLU'10N.
John Styx, mon domestyx, mon domestiqueintime•.. mon fac- totum..• unbraveethonnête garçon,àquije confie•.•
JUPITER.
Tessecrets? (AJohn.) Oùest-elle ?
PLUT0 N lait signe à John de se taire, en le menaçan&.
Quit...elle'•••
JUPITEa.
Eurydice, par ma foudrer•••
PLUTON.
Eurydice1...Comment, malgrétout ce que je t'ai dit.•• tu crois .encore que j'ai enlevé cette petite 1•••