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Madura foot [Le pied de Madura]

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Academic year: 2021

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Texte intégral

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Résumé : Les mycétomes sont des processus pathologiques au cours desquels des agents fongiques ou actinomycosiques émettent des grains. C’est une maladie infectieuse chro- nique, endémique dans les pays tropicaux, mais rare sous nos climats. Elles touchent les tissus mous, le squelette avec parfois des atteintes viscérales mortelles. L’atteinte du pied est de loin la plus fréquente retrouvée dans 80 % des cas [8].

Un cas de localisation au pied est rapporté. Le but de ce travail est de rappeler cette affection rarissime, souvent méconnue par le praticien, et qui demeure une source de difficultés thérapeutiques.

Mots clés :

Madura – Pied – Traitement

Madura foot

Abstract: The mycetoma are some pathological processes during the course of which of the fungal agents or actino- mycoties give out grains. It is a chronic infectious illness, endemic in the tropical countries, but rare in our climates.

They touch the soft tissues and bone with sometimes deadly visceral results. The localisation in the foot is by far the most frequent and is recognised in 80% of cases.

The authors recall a case of the Madura foot in this study.

It is shown that this rare affection, often unrecognised by the practitioner, remains difficult to diagnose and treat.

Keywords:

Madura – Foot – Treatment

Introduction

Les mycétomes sont des lésions pseudo-tumorales inflam- matoires d’évolution lente stéréotypée. Elles sont le plus souvent polyfistulisées contenant des grains. Ceux-ci peuvent être dus à des agents fongiques (Eumycètomes) ou à des bactéries filamenteuses de la classe actinomycètes (Actinomycètomes). Ils se développent dans les tissus mous sous-cutanés et osseux et peuvent métastaser, ce qui fait la gravité de l’affection. La localisation au pied est de loin la plus fréquente rencontrée dans 80 % des cas, réali- sant le pied de Madura [8].

Nous rapportons dans ce travail un cas de pied de Madura et une revue de la littérature tout en illustrant les difficultés diagnostiques et surtout thérapeutiques de cette infection chronique.

Observation

Il s’agit de M

lle

A.W. âgée de 23 ans sans antécédents pathologiques, victime il y a 7 ans d’un accident de la voie publique « chute de moto » ayant entraîné une plaie pro- fonde étendue à la face dorsale du pied gauche. Un parage chirurgical sous anesthésie générale avec réparation des parties molles a été effectué deux heures après le trauma- tisme. L’évolution à court terme a été marquée par une suppuration locale traitée par des soins locaux et une anti- biothérapie. Deux ans plus tard, une douleur inflamma- toire d’apparition progressive de la face dorsale du pied et entraînant une boiterie, avait motivé la consultation chez un dermatologue. L’examen clinique retrouvait une tumé- faction de la face dorsale du pied, siège d’une cicatrice disgracieuse et de multiples fistules ramenant un liquide puriforme sans notion d’émission de grains ni de filaments.

L’examen anatomopathologique effectué sur un prélève- ment local a permis de poser le diagnostic de mycétome du pied. Un traitement à base de NIZORAL a été prescrit pendant une durée de trois mois qui a entraîné une stabi- lisation de la maladie. L’évolution a été marquée par la réapparition des symptômes ayant nécessité la prise inter- mittente du même traitement (Fig. 1). À la dernière consultation le bilan radiologique (radiographie standard du pied (Fig. 2) complétée par une tomodensitométrie) mettait en évidence une extension osseuse des lésions avec de multiples lacunes intéressant les os du médiotarse et infiltrations des tissus sous cutanés (Fig. 3).

Un traitement chirurgical fût décidé, visant à réduire l’extension de l’infection et à résecquer les fistules, les tissus sous-cutanés infectés ainsi qu’à cureter des lacunes osseuses. Le traitement médical à base de Nizoral a été associé pendant 3 mois.

Med Chir Pied (2004) 20: 39-41

© Springer 2004

DOI 10.1007/s10243-004-0009-9

ARTICLE ORIGINAL/ORIGINAL ARTICLE

Le pied de Madura*

I. EL GANDAOUI, M. MOUJTAHID, B. ZRYOUIL

Service de Traumatologie Orthopédie, Aile 4, CHU Ibn Rochd, Casablanca, Maroc

Correspondance :

I. El Gandaoui, Résidence Wafaq 3, Im 29, n° 10, Oulfa, Casablanca, Maroc, e-mail : [email protected]

* Les figures de cet article sont disponibles en couleur sur le site springerlink.com

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L’étude anatomopathologique des tissus envoyés au laboratoire a confirmé le diagnostic de pied de Madura.

L’évolution à 2 ans de recul a montré une stabilisation des manifestations cliniques : disparition de la douleur et mobilité normale de la cheville. Les radiographies de contrôle n’ont pas montré d’aggravation de la lyse osseuse (Fig. 4).

Discussion

Le pied de Madura correspond à une tumeur inflam- matoire sous-cutanée chronique caractérisée par la pré- sence d’agrégats fongiques (eumycétomes) ou bactériens (actinomycétomes) en forme de filaments ou de grains [1, 5, 12, 13]. Il a été décrit pour la première fois en 1874 par H.V. Carter [7]. Il prédomine chez l’homme adulte surtout en milieu agricole dans les zones tropicales [8, 9, 11, 13].

Sa pathogénie reste inexpliquée : l’état immunitaire de l’individu semble jouer un rôle expliquant la discordance entre la banalité des agents infectieux dans l’environ- nement et la fréquence des traumatismes cutanés dans la genèse des mycétomes [7]. La contamination s’effectue par une pénétration sous-cutanée d’épines, d’échardes ou d’instruments souillés de germes qui vivent en sapro- phytes dans le sol et sur les végétaux [1, 5, 8, 9, 11]. Les localisations extrapodales sont plus rarement rapportées : abdomen, cuisse, cou fesse, nuque [3, 8], les atteintes vis- cérales peuvent être mortelles. La durée moyenne d’évo- lution est de 4 ans et 2 mois [1, 9, 13]. Cliniquement, les mycétomes posent peu de problème diagnostique en par- ticulier dans les pays d’endémie. Le diagnostic est facile au stade avancé de pseudo tumeur polyfistulisée du pied « en pomme d’arrosoir » avec émission de grains de taille et de couleur différentes qui envahissent les tissus de proche en proche : les aponévroses, les muscles puis l’os. La sur- infection locale est fréquente aboutissant parfois à une gangrène [12, 14, 15]. L’analyse des caractères des grains filamenteux est une caractéristique indispensable au dia-

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Fig. 2.Radiographie du pied de face montrant des lésions lacunaires au ni- veau du médio tarse Fig. 1.Fistules multiples de la face dorsale du pied

Fig. 3.TDM du tarse mettant en évidence les lésions de l’os naviculaire

Fig. 4. Radiographie de la cheville de profil montrant la stabilisation des lésions osseuses après 1 an de recul

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gnostic. Elle a surtout un intérêt thérapeutique permettant de distinguer [1, 5, 9, 13, 15] :

– grains fongiques : noir, la taille du filament est supé- rieure à 500 microns ;

– grains bactériens : rouge, la taille du filament est inférieure à 500 microns.

La mise en culture des grains est inutile sauf en cas de mycétome bactérien [5]. La biopsie est utile dans les formes purement osseuses [1, 7]. La radiographie standard recherche une extension osseuse qui se manifeste par des lésions d’ostéolyse et d’ostéogenèse de type tuberculeux [4, 8, 11]. Les cavités sont nombreuses et de petites tailles en cas de mycétome bactérien alors qu’elles sont plus grandes et moins nombreuses dans les formes fongiques [7, 11]. La tomodensitométrie et la résonance magnétique permettent la détection des lésions osseuses débutantes [2, 4, 8]. La distinction entre actinomycètes et eumycètes a un grand intérêt thérapeutique [1, 6, 10, 16]. En effet, les actinomycètomes répondent au traitement par le cotri- moxazole à la dose de 2 g/j donné pour des périodes variant de 6 mois à plusieurs années avec une moyenne de 60 à 70 % de succès thérapeutiques [5, 13-16]. Lorsqu’il n’y a pas d’amélioration sous cotrimoxazole seule, une asso- ciation avec d’autres antimicrobiens est indiquée. La meilleure association dans ce cas semble être amikacine- cotrimoxazole maintenue pendant 12 mois [16]. Quand il s’agit de mycétomes fongiques, le traitement médical par le ketoconazol semble avoir une certaine efficacité. Il nécessite 100 à 400 mg/j pendant 7 à 15 mois associé le plus souvent à une chirurgie d’exérèse pouvant aller jusqu’à l’amputation [1, 5, 6, 8, 13, 14]. Le traitement des mycétomes demeure décevant et le recours à une chirurgie mutilante s’impose souvent. Il n’existe pas de critères satisfaisants pour affirmer la guérison, le risque de réci- dive post-opératoire est toujours présent. Seule une sur- veillance prolongée sur plusieurs années permet d’affirmer la guérison. Dans ce cas, le traitement doit être poursuivi plusieurs mois à une dose réduite [1, 13, 16]. La prévention a un grand intérêt, elle repose sur le port de chaussures protectrices, une désinfection minutieuse et systématique des plaies et l’éviction des traumatismes en particulier avec des épines [1, 8].

Conclusion

Le mycétome du pied est une infection chronique et rare.

Le caractère indolore, l’évolution lente et l’absence de gué- rison spontanée rendent le diagnostic particulièrement difficile. Les traitements disponibles restent peu efficaces et le pronostic demeure réservé.

Références

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