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De l’intelligence économique à l’intelligence territoriale : L’information comme ressource stratégique pour le développement local au Sud comme au Nord

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Academic year: 2022

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Texte intégral

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Revue TADAMSA D- UNEGMU Volume 1 n°: 1, Mars 2021 ISSN : 2773 – 3289. PP : 93- 118

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De l’intelligence économique à l’intelligence territoriale : L’information comme ressource stratégique pour le

développement local au Sud comme au Nord From economic intelligence to territorial intelligence:

Information as a strategic resource for local development in the South as well as in the North

Ferguène Améziane1, Coissard Steven2

1. Enseignant-chercheur Faculté d’Economie de Grenoble,

Univ. Grenoble Alpes.

[email protected]

2. Enseignant-chercheur IDRAC, Lyon Business School.

[email protected]

Date de réception : 04/02/2021 Date d’acceptation: 01/03/2021 Date de publication : 05/03/2021

Résumé

L’objet de ce texte est de réexaminer la question du développement en partant de la notion d’intelligence économique appliquée au territoire. L’intelligence territoriale, concept assez récent, n’a été, jusqu’ici, que peu utilisée dans l’analyse du développement des pays du Sud. Or, la maîtrise de l’information est l’un des paramètres essentiels de la compétitivité dans le monde globalisé d’aujourd’hui, caractérisé par la guerre économique que se livrent Etats et grandes entreprises. Cette problématique implique de s’interroger sur les

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modes variés d’organisation économique des territoires (districts industriels, milieux innovateurs, clusters, aires d’industrialisation diffuse…) avec pour visée d’établir un lien entre, d’une part, informations et connaissances et, d’autre part, attractivité territoriale au sein d’un projet de développement de nature nécessairement collective. Cependant, il est illusoire de penser en termes de reproduction dans les pays du Sud de modèles conçus par et pour les pays du Nord. Avant d’envisager l’élaboration de systèmes d’intelligence territoriale au Sud, une première étape essentielle portera sur la construction de systèmes économiques locaux dynamiques dans le cadre de politiques de développement territorialisées.

Mots clés : Intelligence économique, Intelligence territoriale, Information, Ressources territoriales, Développement local Summary

The object of this work is to re-examine the development issue on the basis of the concept of economic intelligence applied at the territorial level. The territorial intelligence, relatively new concept, is as yet used very little in development analysis in developing countries. However, the control of the information and knowledge is one of the crucial elements of competitiveness in today’s globalized world, characterized by the economic war between States and large companies. This problematic implies to analyze the varied modes of economic organizations of territories (industrial districts, innovative milieus, clusters, grass-roots industrialization areas…), with the aim to establish a connections between territorial intelligence and what is called

“attractivity” within development projects (which are

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necessarily a collective ones). However, it is unrealistic to think that the solution consists in reproducing in the developing countries the models which have been designed by (and for) the industrialized ones. Before considering the promotion of territorial intelligence systems in less developed countries, a first essential stage will relate to the construction, in these countries, of dynamic economic systems at the local level, within the framework of territorialized development policies.

Keywords: Economic Intelligence, Territorial Intelligence, Information, Territorial Resources, Local Development

1. Introduction

Plus de cinquante ans après l’installation des premières liaisons téléphoniques transatlantiques (1956), plus personne ne doute que la troisième révolution est celle des technologies de l’information et des télécommunications (TIC). La mondialisation est en (bonne) partie le résultat de la baisse des coûts des communications due aux TIC. Par ailleurs, dans la guerre économique actuelle, l’information est une arme stratégique : la gagne celui ou celle qui sait. En outre, traitée correctement, l’information est un formidable outil de coopération et de développement. Le problème est que si les données sont de plus en plus nombreuses, elles sont rarement converties en connaissances stratégiques : l’évolution des TIC a été beaucoup plus rapide que la capacité d’analyse des acteurs.

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Dans ce contexte, l’intelligence économique prend tout son sens.

Approche applicable à plusieurs domaines (politiques commerciale, industrielle et technologique, aménagement du territoire, recherche…), l’intelligence économique est devenue un mode d’organisation nécessaire à la compétitivité des entreprises comme à l’attractivité des territoires. De plus en plus de pays, de régions et de localités s’approprient les instruments de l’intelligence économique afin de ne pas rester à l’écart du mouvement.

Sur cette base, la question soulevée ici est de savoir en quoi un système d’intelligence économique contribue au développement territorial. Si cette problématique est largement abordée au Nord, elle est peu analysée au Sud. Pour pallier à cette lacune, notre idée est de cerner l’intérêt d’une approche du développement des pays du Sud, en particulier au niveau local, en termes d’intelligence territoriale, ainsi que ses conditions d’application. Dans ce but, nous verrons dans une première partie ce que recouvre la notion d’intelligence territoriale et, dans une deuxième partie, nous analyserons les enjeux d’une telle approche relativement au développement à l’échelle locale dans les pays du Sud.

2. De l’intelligence économique au territoire : l’intelligence territoriale

2.1. L’intelligence économique (IE)

L’analyse théorique de l’IE a démarré en 1985 avec un article de Porter et Millar (1985) qui montre que les TIC, par leur action

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sur l’environnement des firmes, transforment les produits, les procédés et les conditions de production. Sur le plan empirique en revanche, l’IE n’est pas un phénomène nouveau. Plusieurs exemples montrent l’importance de l’information (de sa circulation et de son traitement) dès le Moyen Âge. Ainsi, Venise utilisait abondamment à cette époque sa flotte méditerranéenne pour collecter l’information au profit du Palais des Doges (siège du pouvoir politique). Cette pratique ne s’appelait certes pas IE (qui est une notion moderne), mais elle s’inscrivait entièrement dans le cadre de la concurrence commerciale opposant les villes de l’Italie du Nord à celles de Flandres, les concurrents n’hésitant pas à recourir à ce que l’on appelle aujourd’hui l’espionnage économique.

Dans la France actuelle, le concept d’IE apparaît officiellement en 1994 avec la publication du Rapport Martre. Ce rapport soulignait l’importance du rôle des Pouvoirs publics dans la maîtrise de l’information. Il a fallu cependant attendre le Rapport Carayon en 2003 pour que des mesures effectives soient prises. Il faut dire que ce rapport faisait suite à l’affaire Gemplus dans laquelle la France avait perdu l’une des technologies clés du 21e siècle, la carte à puce, au profit des USA. Début 2004, A.

Juillet est nommé Haut Responsable pour l’IE auprès du Premier ministre puis, en septembre, la Délégation à l’Aménagement du Territoire et à l’Attractivité régionale (DATAR, mais qui s’appelait à ce moment-là DIACT pour Délégation Interministérielle à l’Aménagement et à la Compétitivité des Territoires) lance le programme de création des pôles de compétitivité.

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Au delà du débat sur la définition, on admet généralement que l’IE est « l’ensemble des actions coordonnées de recherche, de traitement, de distribution et d’exploitation de l’information utile, par les acteurs économiques. Toutes ces actions sont menées légalement… » (Martre, 1994). Cette précision est importante dans une référence à l’Intelligence au sens de la CIA, qui inclut des actions illégales d’espionnage et d’influence.

Notre vision de l’IE se limite aux questions économiques et aux relations entre les acteurs d’un projet donné. Toutefois, elle doit fournir les moyens de se prémunir contre les pratiques hostiles, qu’elles soient légales ou illégales. Grâce à ses différentes facettes (benchmarking, knowledge management, veille technologique, etc.), l’IE doit permettre d’appréhender correctement l’environnement, dans le temps et l’espace. En d’autres termes, il s’agit d’un instrument de bonne gouvernance des projets collectifs. En ce sens, nous rejoignons la définition de Juillet (2004, p.2) qui ajoute un autre élément essentiel, la sécurité des informations : « l’intelligence économique consiste en la maîtrise et la protection de l’information stratégique pour tout acteur économique. Elle a pour triple finalité la compétitivité du tissu industriel, la sécurité de l’économie et des entreprises et le renforcement de l’influence du pays ».

Les enjeux de l’IE sont liés au contexte géoéconomique mondial actuel dans lequel la compétitivité est cruciale pour les entreprises comme pour les nations. Depuis la chute du communisme, une concurrence internationale intense affecte l’ensemble des secteurs d’activité et des zones géographiques.

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Dans ce cadre, l’IE est un outil indispensable à l’analyse des marchés, des techniques, ainsi que des modes de pensée des concurrents et de leurs capacités à mettre en œuvre leurs stratégies, l’objectif étant de donner un avantage compétitif aux firmes nationales.

Construire un système d’IE nécessite de mettre en réseaux l’ensemble des acteurs réunis dans un projet. Dans ce but, l’Etat a un rôle central: garant de l’intérêt général, disséminateur de l’information stratégique, principal acteur de la politique d’influence… L’objectif majeur de l’IE concerne donc à la fois la compétitivité des entreprises et la puissance des Etats.

D’autres enjeux interviennent également, comme l’appropriation et la maîtrise des progrès scientifiques, la détection des opportunités et des menaces, etc.

Le dispositif américain d’IE est le plus puissant du monde parce que l’Etat fédéral a su moderniser très tôt son système de renseignement, l’adaptant au rôle qu’il doit jouer dans la guerre économique : la structure publique de l’information (CIA, FBI, NSA…) est au service de l’économie (Coissard, 2007). Derrière des apparences libérales, les USA développent un arsenal législatif qui assure leur protection économique et donne à leurs firmes un avantage dans la conquête des marchés. Les USA ont une avance en matière d’IE, notamment par rapport à l’UE (Union Européenne) où n’existe pas d’instance fédérale.

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2.2. Le territoire et une des ses formes d’organisation : le SPL

Si la mondialisation réduit le rôle de l’Etat-nation, elle s’accompagne en revanche d’une réaffirmation du territoire (au sens infranational). L’intensification de la compétition incite les acteurs économiques à trouver des ressources spécifiques pour affronter la concurrence. Le territoire est un moyen d’y parvenir.

Du latin territorium, le terme territoire a d’abord été utilisé pour définir un espace sur lequel s’exerce une autorité. Dans les années 1980, les économistes ont redécouvert Alfred Marshall et ont enrichi son approche en termes de district industriel. Même s’il existe plusieurs définitions, on considère désormais que le territoire recouvre un « processus de construction sociale complexe inscrit dans la longue période ». Composé d’acteurs (entreprises, institutions, ménages…) ayant un socle culturel commun, des valeurs qui font sens pour tous et des connaissances partagées, le territoire ne peut être pleinement analysé qu’en étant resitué dans son histoire (Coissard, Pecqueur, 2007).

Sur le plan théorique, la situation est assez complexe. Plusieurs concepts sont aujourd’hui utilisés pour définir des projets de développement territorial (zone de spécialisation productive, système économique local, pôle de compétitivité…). Leur convergence tient à l’héritage commun que constituent les travaux d’Alfred Marshall. Sans nier l’intérêt des apports récents, la plupart des éléments de définition du territoire ont été identifiés par cet économiste anglais à la fin du 19e siècle et au début du 20e : l’importance de l’histoire, la « dépendance du

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passé », comme la place cruciale que tiennent les ressources endogènes… sont présentes dans son analyse de la dynamique locale.

Ainsi, le concept marshallien de « district industriel » va bien au delà de la simple localisation des activités et ouvre sur les processus de création de ressources. Dans cette optique, le territoire « constitue une variable stratégique dans la dynamique de création de ressources » (Lecoq., 1993, p. 213). Les districts industriels des auteurs italiens, les systèmes productifs locaux (SPL) de l’Ecole grenobloise ou encore les clusters de Mickael Porter s’inspirent tous des travaux de Marshall.

Selon nous, le concept le plus adéquat à une stratégie d’IE à l’échelle territoriale est le SPL. Celui-ci se définit simplement comme « une configuration d’entreprises regroupées dans un espace de proximité autour d’un métier, voire plusieurs métiers industriels. Les entreprises entretiennent des relations entre elles et avec le milieu socioculturel d’insertion. Ces relations ne sont pas seulement marchandes, elles sont aussi informelles et produisent des externalités positives pour l’ensemble des entreprises. » (Courlet, 1994, p. 17-18). En somme, le SPL recouvre un ensemble d'activités dépendantes les unes des autres, spatialement agglomérées et techniquement organisées, dans lequel la maîtrise et le partage de l’information sont déterminants. Il s’organise sous forme de relations territorialisées entre PME, acteurs sociaux, pouvoirs publics, universités… Nous verrons juste après comment en France l’IE se concrétise au niveau territorial dans des « pôles de compétitivité » inspirés du SPL.

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2.3. L’intelligence territoriale (IT)

Que les TIC jouent un rôle important dans la vie des entreprises et le monde économique en général est désormais une idée évidente aux yeux de tous. Mais les TIC interviennent également de façon cruciale dans la dynamique des territoires.

Le rapport Carayon (2003, p. 67) est particulièrement édifiant sur ce point : « Les territoires sont le creuset d’activités économiques juxtaposant savoir-faire traditionnels et technologies avancées. La promotion de leurs intérêts apparaît directement liée à leur capacité à s’organiser en réseaux, en adoptant une démarche qui repose sur l’articulation et la mise en œuvre d’une politique d’intelligence économique par la compétitivité-attractivité, l’influence, la sécurité et la formation ». En d’autres termes, la question n’est plus de savoir si la maîtrise des TIC confère des avantages ou pas aux acteurs du développement territorial, mais sur la façon d’arriver à cette maîtrise. Ainsi, on distingue désormais deux types de territoires : ceux qui ayant intégré l’IE dans leurs stratégies, arrivent à contrôler leur évolution, et ceux qui n’ayant pas entrepris cette révolution, subissent les changements.

Ceci dit, plusieurs problèmes subsistent. Sur le plan académique, le territoire est étudié par la plupart des sciences sociales mais sans concertation entre elles ; il reste donc peu approfondi dans chaque spécialité. L’IE, quant à elle, demeure affaire d’experts et de praticiens. Il est temps que les croisements s’opèrent pour construire un véritable concept d’IE appliqué au territorial, autrement dit un concept d’IT. Surtout qu’empiriquement, la

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situation n’est pas plus favorable, malgré les nombreuses initiatives de la période récente.

Il n’y a pas de définition consensuelle de l’IT, mais nous acceptons celle de Marcon et Moinet (2006, p. 99) pour qui,

« l’intelligence territoriale est l’ensemble des actions d’intelligence économique conduites de manière coordonnée par les acteurs publics et privés (…) localisés dans un territoire, afin d’en renforcer la performance économique et, par ce moyen, d’améliorer le bien-être de la population locale ».

Précisons simplement que l’IT n’est pas une fin en soi, mais un moyen d’impulser une dynamique locale, en améliorant le capital social, en protégeant les innovations, en renforçant les savoir-faire… L’objectif étant de créer sur le territoire les synergies nécessaires pour maîtriser l’environnement cognitif mondial et, partant, stimuler l’apprentissage collectif, cœur de la compétitivité.

Un système d’IT se fonde sur trois éléments constitutifs. Le premier est l’échelle géographique appropriée pour le définir.

Carayon retient la région comme étant le cadre spatial le plus adapté ; toutefois le périmètre stratégique ne recouvre pas forcément les frontières administratives. Une ville et sa périphérie ou au contraire un espace interrégional peuvent parfaitement convenir à un projet d’IT. Le deuxième élément réside dans une mobilisation des acteurs locaux autour d’une dynamique collective capable de fédérer les énergies sur le long terme. Ceci suppose la définition d’une stratégie claire et des canaux de circulation de l’information (une structure centralisée aide souvent à la lisibilité du projet et à la coordination des

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actions). Le troisième élément d’un système d’IT consiste dans le partenariat public-privé. L’État a évidemment un rôle central à jouer. En particulier, il doit faciliter la circulation de l’information entre les acteurs, assurer la sécurité économique, assister les PME-PMI et agir sur le plan international pour engager les coopérations nécessaires. Bref, comme le note Delbecque (2006, p. 172.), l’Etat doit être le « centre de gravité d’un dispositif d’intelligence territoriale, d’abord parce qu’il est le seul légitime pour organiser l’espace ».

Dans le cas de la France, Carayon (2003) classe les régions selon leur implication dans l’IT. Il distingue « les régions qui ne coordonnent pas, les régions qui sensibilisent et les régions qui ont un plan stratégique ». Par ailleurs, la politique industrielle initiée en 2004 autour des « pôles de compétitivité » s’inscrit, comme indiqué précédemment, dans une optique d’IE appliquée au territoire, autrement dit une optique d’IT. Un pôle de compétitivité est « une combinaison, sur un espace géographique donné, d‘entreprises, de centres de formation et d‘unités de recherche publiques ou privées, engagés dans une démarche partenariale destinée à dégager des synergies autour de projets communs au caractère innovant ».

Trois dimensions sont donc au cœur de cette notion : un partenariat public-privé, un projet collectif centré sur l’innovation et une exigence de compétitivité à l’échelle mondiale. Le cas de MINALOGIC (Micro et Nano technologies Logiciel Grenoble Isère Compétitivité) à Grenoble illustre bien cette idée de projet collectif. D’une part, ce pôle est porté par 8 centres de recherche et universités, 52 groupes industriels, 14

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collectivités territoriales et 3 organismes à vocation économique. D’autre part, au sein de son Conseil d’Administration se retrouvent le président de Schneider Electric, le trésorier de STMicroelectronics, le secrétaire du Conseil Général de l'Isère, les directeurs de Polyspace Technologies, de l’Institut National Polytechnique de Grenoble et du Commissariat à l’Energie Atomique. Enfin, il comprend une cellule d’animation qui a pour mission de mettre en relation les acteurs, de valoriser les résultats et de développer l’image du pôle, bref de mettre en œuvre l’IE à l’échelle de l’agglomération de Grenoble et du département de l’Isère.

3. L’it et ses enjeux en termes de développement local dans les pays du sud

La question posée concerne la pertinence d’une approche en termes d’IT pour les PED. Au cours des trois dernières décennies, la redécouverte du territoire par les économistes a favorisé un renouvellement de la vision du développement, non seulement dans les pays du Sud aussi dans ceux du Nord. Un des axes majeurs de ce renouvellement consiste dans l’idée que les ressources matérielles tout en étant nécessaires, ne sont pas la variable-clé du développement ; celui-ci repose davantage sur les ressources humaines et le capital de connaissances dont dispose la population concernée.

La deuxième idée de ce renouvellement est que le développement ne résulte pas d’actions isolées d’acteurs individuels à la recherche de leurs intérêts privés. Il résulte

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plutôt d’une dynamique d’acteurs qui mobilisent collectivement des ressources pour résoudre les problèmes de leur existence sociale. Parmi ces ressources, les savoirs et savoir-faire, la connaissance, l’innovation, bref l’information et tout ce qui est désigné sous le terme de « ressources immatérielles » jouent un rôle crucial. Ce processus collectif est d’autant plus fécond que : d’une part, les acteurs concernés sont regroupés dans un espace de proximité ; et, d’autre part, une coordination efficiente existe entre eux de façon à favoriser les synergies bénéfiques à tous et à chacun. En somme, l’IT est au cœur du renouvellement de la problématique du développement engagé depuis une trentaine d’années environ. Nous allons voir cela de près en trois points.

3.1. Le territoire : une autre approche du développement au Sud comme au Nord

Pour montrer l’intérêt de l’approche territoriale, le mieux est de faire le parallèle avec celle associée au modèle de développement standard, « productiviste », qui a prédominé au cours des « Trente Glorieuses » (pour le Nord) et des

« Décennies de développement » (pour le Sud). L’approche territoriale s’écarte du modèle standard sur plusieurs points.

Outre l’inscription spatiale des dynamiques économiques et sociales, notons : l’importance du rôle des variables institutionnelles et de la culture locale ; le rejet d’une vision uniforme du développement ; et le refus d’une démarche initiée par le haut au profit d’une dynamique impulsée par le bas.

Toutefois, de notre point de vue, la rupture essentielle concerne

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la place de la main d’œuvre (de l’homme) dans le processus de développement. En voici le contenu.

La logique du développement standard veut que la croissance s’appuie sur trois facteurs liés :

- Les économies d’échelle fondées sur des unités de production de grande taille ;

- Les gains incessants de productivité obtenus par un cloisonnement des producteurs et un approfondissement sans fin de la division du travail ;

- La rationalisation de l’activité productive par l’application stricte des principes de l’OST.

Les retombées de ce système sur la main-d’œuvre sont connues.

En résumé, elles consistent dans la déqualification des travailleurs de base (ouvriers spécialisés au premier chef), attelés sans motivation à la fabrication de biens standardisés dans le cadre de chaînes de production rigides, ce qui induit une dévalorisation du rôle de l’homme dans le processus de production.

Dans l’approche territoriale, il n’en va pas ainsi : le développement repose au contraire sur la valorisation des compétences de la main-d’œuvre et sur la souplesse de l’organisation productive qui permet une meilleure mobilisation des hommes sur leurs lieux de travail. En d’autres termes, avec cette nouvelle approche, la croissance de la production se fonde prioritairement sur l’emploi de machines à usages multiples, actionnées par des travailleurs polyvalents capables d’innover et

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de s’adapter à des réalités en constante mutation. Dans cette perspective, notre hypothèse est que l’approche territoriale du développement ouvre la voie à un nouveau système économique attribuant à l’homme un rôle prépondérant, système dans lequel les performances reposent largement sur la fluidité de la circulation des connaissances, des savoir-faire, des innovations… bref de l’information entre les acteurs.

Sans doute, les niveaux de qualification de la main d’œuvre dans les pays en développement (PED) restent-ils, encore aujourd’hui, relativement faibles (sauf dans certains milieux urbains favorisés comme Shanghai en Chine, Bangalore en Inde ou encore Porto Alegre au Brésil). Et, sauf exception, les SPL de ces PED sont fondés sur des activités traditionnelles, n’exigeant pas de la main-d’œuvre des niveaux élevés de formation.

Toutefois, on ne peut pas ignorer les foisonnements territoriaux à base d’activités anciennes où des savoir-faire ancestraux, transmis de père en fils, sont pleinement mobilisés par la main- d’œuvre pour l’exercice de différents métiers (Alep en Syrie, Fès au Maroc et Sfax en Tunisie en sont de bons exemples).

Ces SPL de type artisanal (mais souvent en cours de bifurcation vers la petite industrie) montrent bien en quoi les pratiques de développement territorialisé rompent avec le modèle standard.

Alors que le patrimoine de connaissances et compétences hérité du passé est ignoré dans ce dernier, il est pleinement valorisé dans les premiers, même si cela passe par son enrichissement par de nouveaux apprentissages, là où des techniques modernes de fabrication sont introduites (Ferguène, 2007).

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Au total, à l’inverse du modèle dominant, le développement territorialisé n’a pas pour levier la sous-qualification de la main- d’œuvre. Il repose largement au contraire sur la présence d’une force de travail dense et dotée de qualifications polyvalentes, le patrimoine de savoir-faire traditionnels étant dans ce cas pleinement reconnu et valorisé.

3.2.L’IT et ses enjeux en termes de développement local dans les Pays du Sud

La définition donnée par Bertacchini et Oueslati (2003) de l’IT nous permet de préciser son rôle dans le développement local.

« C’est un processus régulier et continu initié par des acteurs locaux physiquement présents et/ou distants qui s’approprient les ressources d’un espace en mobilisant puis en transformant l’énergie du système territorial en capacité de projet. De ce fait, l’intelligence territoriale peut être assimilée à la territorialité qui résulte du phénomène d’appropriation des ressources d’un territoire puis de transferts des compétences entre des acteurs locaux de culture différente. L’objectif de cette démarche est de veiller, au sens propre comme au sens figuré, à doter l’échelon territorial à développer de ce que nous avons nommé le capital formel territorial ». En somme, l’IT est un outil de repérage des compétences et de valorisation des ressources territoriales, mais son efficacité suppose un système de communication performant.

La mise en œuvre de l’IT dans les pays du Sud ouvre des opportunités mais, dans le même temps, elle présente des

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difficultés. En effet, une stratégie d'IT n’est pas simple à appliquer. Elle suppose d'abord une politique nationale d'information qui fluidifie sa circulation, ainsi qu’un ensemble de structures d’exploitation (de l'information) aux différents niveaux d'organisation de la nation (Martre, 1994), ce qui n’est pas aisé à réaliser lorsque les moyens font défaut. Ensuite, les connexions entre les réseaux d’information régionaux, nationaux et internationaux, qui sont si nécessaires, peuvent s’avérer compliquées à concrétiser en raison notamment du manque de personnel qualifié (ingénieurs, techniciens…).

Quant aux opportunités qu’offre l’IT, ce sont celles dont bénéficient les pays du Nord, à savoir le renforcement de l’attractivité territoriale grâce à la valorisation des ressources locales prises au sens large (compétences techniques, capital social, patrimoine culturel…) et à l’amélioration de la coordination des acteurs. Toutefois, pour concrétiser ces opportunités, l'IT doit être conçue comme stratégie au service des acteurs locaux et, notamment, des entreprises. Au demeurant, exactement comme dans l’IE, dans l’IT les acteurs individuels sont moins importants que la densité de leurs relations et l’efficacité de leur coordination. On insiste alors sur la qualité de l'interaction des acteurs.

À l échelle d’un espace local, la coordination des acteurs est facilitée par la proximité mais aussi par l’existence d’un système commun de valeurs et de règles. Ce système institutionnel accroît le potentiel de complémentarité des acteurs, il leur permet de développer collectivement leurs capacités d'apprentissage, de créer de nouvelles normes et d’organiser

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ensemble « une capacité d’action collective » (Blancherie, 2002). Toutefois, une telle dynamique suppose une diffusion de l’information, difficile à mettre en place dans un contexte non démocratique. L’IT revêt donc aussi une dimension politique, à savoir une prise de conscience par les dirigeants de la nature stratégique de l'information et de la nécessité de la partager pour la mettre au service du développement.

À cet égard, notons que les processus de décentralisation en cours dans plusieurs PED constituent une évolution positive car, en renforçant les marges de manœuvre des acteurs locaux, ils rendent possibles des pratiques d’IT. Dans ce même registre, le développement de coopérations décentralisées entre territoires des pays du Nord et du Sud constitue également un élément favorable. Ce mouvement permet des transferts de savoirs et d’expériences et favorise l'apprentissage à l'action collective.

Si les pays développés ont mis en place des systèmes d’IE pour faire face à la mondialisation et se positionner dans la société de l'information, qu'en est-il des PED ? Les situations sont contrastées d’une zone géographique à l’autre, elles dépendent des politiques nationales et régionales (au sens supranational).

Au Maghreb par exemple, la réflexion sur l’IE progresse un peu ; en Afrique noire, les Forums Intelligence Economique et Développement (financés par la Banque Mondiale) ont juste permis de sensibiliser dirigeants et chercheurs à cette problématique (Diallo, Bulinge, 2006). Ils ont aussi montré les

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attentes importantes en termes de contribution de l’IE/IT au développement, notamment dans le cadre du NEPAD1.

Comme naguère au Japon, l'IE est considérée dans les pays émergents d’Asie comme un facteur essentiel du développement. L'accès à l'information, l’exploitation des innovations, l’apprentissage industriel… sont des piliers importants du dynamisme de ces pays. La veille technologique, autre aspect de l’IE qu’ils pratiquent bien, contribue aussi à l’amélioration de leur attractivité/compétitivité.

Le dernier élément de l’analyse de l’IE dans les PED concerne le transfert international des technologies. La dimension culturelle est ici fondamentale. Ainsi, la vénération du chef dans certaines communautés empêche l’attitude critique vis-à-vis des hiérarchies. La conception élastique du temps engendre souvent une faible réactivité des institutions. La tradition freine parfois l'innovation notamment en zone rurale. L’expérience montre l’intérêt du « learning by watching » (apprendre en regardant) : là où elle est adoptée (en Asie surtout), cette méthode pragmatique permet des gains de temps importants, malgré les contraintes socioéconomiques et culturelles (Manullang, 2003).

1 Nouveau Partenariat pour le Développement Economique de l'Afrique, mis en place en octobre 2001. Le NEPAD est une initiative d'un groupe de pays qui en assure le leadership : l'Afrique du Sud, l'Algérie, l'Egypte, le Nigéria et le Sénégal.

Prometteuse au départ, cette initiative a à ce jour, enregistré des résultats mitigés.

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3.3. La diversité des modes d’organisation économique des territoires et ses effets différenciés sur le développement de l’IT au Sud comme au Nord L’organisation économique des territoires fait référence aux Clusters (littérature anglophone) et aux SPL (littérature francophone), deux notions qui désignent un système technico- économique spatialisé dont l’efficacité renvoie à une combinaison de la coopération et de la concurrence dans les relations interentreprises. Toutefois, selon nous, la notion de SPL présente un intérêt particulier : sa définition renvoie de façon explicite à un système socio-institutionnel de régulation locale qui joue un rôle central dans la vitalité et l’efficacité de l’organisation territoriale.

En outre, le SPL ne recouvre pas une forme d’existence mais plusieurs, qui se différencient sur plusieurs points : nature des activités, taille des entreprises, type de relations entre acteurs locaux, mode de gouvernance locale, etc. En se basant sur le degré de complexité du système, Garofoli (1992) a établi une typologie des SPL en trois catégories : « zone de spécialisation productive » « système productif local » stricto sensu, et « aire- système ». De notre côté, considérant le degré d’ouverture internationale des SPL, nous avons établi une typologie distinguant trois sortes : l’« aire d’industrialisation diffuse », le

« district industriel classique » et le « district technologique » (Ferguène, Hsaïni, 1998).

Par rapport à la question des modes d’organisation économique des territoires, notre typologie a comme mérite de montrer la relation qui existe entre les variantes du SPL et les contextes

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territoriaux où elles prennent forme. Ainsi, a-t-on constaté que les districts industriels se rencontrent surtout dans les grandes villes caractérisées par une longue tradition industrielle, tandis que les districts technologiques se concentrent dans les technopôles urbaines et surtout périurbaines d'aujourd'hui, c'est- à-dire à proximité des institutions de formation supérieure et de recherche. Quant aux aires d'industrialisation diffuse, on les trouve surtout dans les vieux centres citadins où perdurent d’anciennes activités artisanales, ainsi que dans certaines régions rurales à forte densité de main-d’œuvre dotée de savoir- faire plus ou moins ancestraux.

L’autre mérite de cette typologie se situe sur le plan international. Elle permet de comprendre en quoi sur la question de l’IT, comme sur d’autres, les pays du Nord ont une longueur d’avance sur les pays du Sud. En effet, un examen rapide de la distribution des SPL sur le plan international confirme la distinction pays développés/PED : alors que les districts industriels et technologiques sont concentrés au Nord, les aires d’industrialisation diffuse sont plutôt répandues au Sud.

Cette répartition, logique en soi, pose problème dans l’optique d’une organisation territoriale dans les pays du Sud qui permette d’exploiter les avantages de l’IT et de les mettre au service du développement local. En effet, les aires d’industrialisation diffuse étant par définition composées d’activités à moindre contenu cognitif et technologique, elles peuvent moins capter les nouvelles possibilités de développement qu’offre l’IT.

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Comme solution, il ne s’agit pas de prôner la création artificielle de districts technologiques en lieu et place des aires d’industrialisation diffuse actuelles. Parce que, d’une part, ce ne serait pas efficace et, d’autre part, les systèmes locaux existants jouent un rôle positif irremplaçable en termes de développement et d’emploi. Il s’agit plutôt de préconiser, pour les pays du Sud qui en ont la volonté et les moyens, une certaine diversification des modes d’organisation économique de leurs territoires. Ce qui implique de favoriser, dans les régions ayant le potentiel nécessaire, l’émergence de formes de SPL plus évoluées technologiquement, de façon à tirer profit des possibilités de l’« économie de la connaissance » et des flux d’informations qui la caractérisent.

4. Conclusion

L’approche du développement en général par l’IE, et du développement territorial en particulier par l’IT, aboutit à l’idée de nouvelles formes d’organisation des territoires capables de relever les défis de la mondialisation. Les pays du Nord sont largement engagés dans cette voie (suivis par les pays émergents les plus dynamiques sur le plan de la production et du traitement de l’information). Compte tenu des difficultés que cela pose, il est vain de demander à tous les autres pays du Sud de faire exactement pareil. Toutefois, si le but est de s’insérer avantageusement dans la globalisation en armant mieux les espaces régionaux et locaux qui composent chaque pays, alors

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les PED qui ne l’ont pas encore fait, doivent songer à diversifier l’organisation économique de leurs territoires, avec comme but d’y faire émerger des systèmes locaux qui, par leur contenu cognitif et technologique, sont capables de capter les avantages de l’IE appliquée au territoire, c’est à dire de l’IT.

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Références

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