Croissance, morphogenèse et dynamique
de l’état physiologique des bourgeons de jeunes plants
de Châtaignier (Castanea sativa Miller)
en
conditions naturelles et contrôlées
Yvonne PEZET niversité Blaise Pascal
Chadouli SI-MOHAMED Laboratoire de
Phytomorphogen
Université Blaise Pascal, Laboratoire de
Phytomorphogenèse
U.A.-45 C.N.R.S., 4, rue Ledru, F 63038 Clermont-Ferrand Cedex
Résumé
En conditions de culture constantes
(température, photopériode),
leChâtaignier
manifeste unrythme
de croissanceendogène
caractérisé par une alternance depériodes
d’activité et de repos, d’autantplus irrégulières
que latempérature
est élevée.L’expression
de sespotentialités morphogénétiques apparaît
fortement influencée par latempérature.
Si dans la nature leChâtaignier
est uneespèce sympodiale
à port arborescent, en conditions de culture constantes et àtempérature
élevée(25 °C
enjour long),
la chute dubourgeon
terminal(sympode),
associée à une diminution des influences exercées par l’axe sur lesbourgeons,
favorisel’expression
de la basitonie et le port buissonnant. Unetempérature
fraîche(12 °C
enjour long),
par contre, favorise la formation d’unbourgeon
terminal écailleux(mono- pode), empêche
laprise
depréséance
desbourgeons
du collet et maintient l’acrotonie de croissancequi
conditionne un port arborescent.En conclusion, une
approche biochimique
estproposée
pour caractériser les différences d’aptitude à la croissance des bourgeons selon leur position sur l’axe et selon les conditions d’environnement.Mots clés :
Châtaignler, morphogenèse,
repos,rythme, température.
I . Introduction
Le
Châtaignier (Castanea
sativaMiller)
occupe uneplace particulière parmi
lesessences forestières
françaises.
Eneffet, malgré l’importance
des surfacesqu’il
occupe(560 000 ha),
l’intérêtporté
à saproduction
fruitière(I NVUFLEC , 1975 ;
BERGOUGNOUX etal., 1978)
ousylvicole (CAMUS, 1929 ;
DECHAMPS, 1972),
c’est à la fois uneespèce
familière et méconnue. En
particulier,
lespremiers
stades de sa croissance n’ont pas faitl’objet
d’étudesprécises
bienqu’ils
s’avèrentimportants
pour ledéveloppement
ultérieur du
végétal.
Seuls LAVARENNE et al.
(1971)
ont abordé une telle étude en conditionphytotroni-
que et
souligné
l’existence d’une croissancerythmique
à25 °C
enjour long,
avecaffaiblissement
progressif
de la dominance de l’axeépicotylé
et naissance de ramifica-tions
vigoureuses
à la base del’axe,
cequi
n’estjamais
observé en conditionsnaturelles.
Le
présent
article propose uneanalyse précise
de la croissance et de lamorphoge-
nèse de
jeunes Châtaigniers
issus desemis,
en fonction des conditionsclimatiques
naturelles ou réalisées en chambres de culture. Pour
interpréter
lescomportements
observés dans les différentes situationsétudiées,
nous avons été conduits àapprécier
l’état
physiologique
desbourgeons
en fonction de leurposition
sur laplante,
au moyen d’un testbiologique classique ;
celui-ci consiste à mesurerl’aptitude
à la croissance d’unepopulation
debourgeons
isolésportés
par unfragment
d’axe.Cette
technique
apermis
de mettre en évidence l’existence d’ungradient
médio-basitone
d’aptitude
au débourrement lelong
de l’axependant
le repos hivernal(Si-
MOHAMED
,
1983).
Cegradient
s’inverseplusieurs
semaines avant lareprise
de crois-sance, comme chez de nombreuses
espèces
arborescentes(C RABB É, 1968 ; B ARNOLA ,
1976
(b) ; I OURDAN , 1980 ;
Znr!F!r-re,1981).
Dans le
présent
article nousanalysons
le rôle de latempérature
sur la conservationou la modification de ces
gradients
et leursconséquences morphogènes.
2. Matériel et
techniques
2.1. Matériel
Des semences de
Châtaignier,
Custanea sativaMiller,
sont récoltées sous un mêmearbre dans la
région
de Durtol(Puy-de-Dôme)
à 600 m d’altitude. Les semences lesplus
volumineuses(13
à 15g)
sont mises àtremper
dans l’eaupendant
une semaine,puis
dans une solution contenant 0,4g!l-’ de benomyl
et 1g.l ’
deméthylthiophanate ; après
ressuyage etenrobage
par le soufre(2 g.kg ’),
elles sont stockées dans des bacs contenant de la vermiculite, en chambre obscure à4 °C _
2.2.
Technigues
2.21. Culture
a)
En conditions naturellesUne
cinquantaine
de semencesgermées
sont mises enculture,
enpleine
terre, enavril
1981,
à Clermont-Ferrand(374 m).
Enpériode
sèche lesplants
sontrégulièrement
arrosés.
b)
En chambres climatiséesUne
cinquantaine
de semencesgermées
sont mises en culture en conteneurs(3 1)
‘
contenant un
mélange équivolumique
de tourbebrune,
depouzzolane
et de terre deChâtaigneraie.
Lesplants
sont arrosés une fois par semaine avec une solution nutritive(L AMOND
, 1978)
etchaque
foisqu’il
est nécessaire avec de l’eau du robinet. Ilsreçoivent
un éclairement de 100 à 150 W.M-2 mesuré à 50 cm duplafond lumineux,
dispensé
par des tubes fluorescents(de type
lumière dujour
deluxe,
60W)
et par deslampes
à incandescence. Deux conditions de culture ontparticulièrement
retenu notreattention ;
ils’agit
de 25 °C et de 12 °C enjour long (J.L. :
16 h de lumière pour 8 hd’obscurité),
en raison du rôlemorphogène
différent de ces deuxrégimes thermiques.
2.22. Paramètres étudiés et
expression
des résultatsLa croissance en
longueur
et le nombre moyen de feuilles apparues sontenregistrés chaque
semainependant
au moins 3cycles
devégétation. L’allongement
et lerythme plastochronique apparent
sontexprimés
sous forme dediagrammes
en barres.2.23.
Analyse
de l’étatphysiologique
desbourgeons :
le test des boutures de noeuds isolésa) Principe
Ce test
permet d’apprécier
laplus
ou moinsgrande aptitude
à la croissance d’unepopulation
debourgeons portés
par unfragment
d’axe court,placés
sur un substratcomposé
de tourbe et de sable et mis en culture dans unlarge
éventailthermique (P
OUGET
, 1963).
Nous considérons comme VEGIS(1964) qu’un bourgeon
est d’autantplus
dormant que la gamme destempératures
danslaquelle
ilpeut
croître estplus
restreinte.
Cette
technique
n’est pasexempte
decritiques (R AGEAU , 1975 ; B ARNOLA ,
1976(b) ; C HAMPAGNAT , 1983 ; R EGNARD , 1984),
mais elle reste encoreaujourd’hui
un outilprécieux d’analyse
et decompréhension
de lamorphogenèse
desvégétaux ligneux.
b)
Mise en oeuvre de latechnique
etexpression
des résultats du testDes boutures de noeuds isolés d’environ 5 cm de
longueur
sontprélevées
à3 niveaux du
végétal : apical (portant
lebourgeon
terminal ousubterminal),
médian etau niveau du collet
(portant
lesbourgeons cotylédonaires).
Lesboutures, paraffinées
àleur extrémité
supérieure
pour limiter ledessèchement,
sontplacées
verticalement dans des boîtes contenant de la tourbe humide traitée aubenomyl (1 g-l-’).
Les boîtes contenant 15 boutures sontplacées
en chambres climatisées à(12
±1), (18
±1)
et(25
± 2)
°C enjour long.
Le test est réalisé sur des lots de
plants
élevés dans les conditions suivantes : dans la nature, en chambres climatisées à 25 °C J.L. et à 4 °C J.L. Ce dernier traitement estimposé
à desChâtaigniers
dès l’entrée en repos à 25 °C J.L. A cettecondition,
lesfeuilles chutent
après
4 à 6 semaines.Les
plants
élevés dans les conditions naturelles sontprélevés
tous les 15jours depuis mi-septembre jusque
mi-mars. L’étatphysiologique
desbourgeons
subterminaux estcomparé
à celui desbourgeons
médians etcotylédonaires.
Pour lesplants
er. repos à 25 °C J.L. ou à 4 °CJ.L.,
des lots de 15plants
sontfragmentés
en boutures toutes les3 semaines
pendant
6 mois. L’évolutioncomparée
desbourgeons subterminaux,
médians et
cotylédonaires
est étudiée à 25 °C J.L.Le
paramètre
choisi pour caractériser l’état de dormance desbourgeons prélevés
àune date donnée est le
pourcentage
maximum de débourrement observé au bout de40 jours
dans les conditions du test. Le stade du débourrement est caractérisé par l’écartement despremières paires
d’écaillesaccompagnant
legonflement
etl’allonge-
ment du
bourgeon.
3. Résultats
3.1. Croissance et
morphogenèse
duChâtaignier
en conditions naturelles 3.11. La croissanceLes
jeunes plants
deChâtaignier présentent
une croissancerythmique.
Elle estcaractérisée dès le
premier cycle
devégétation
par 2grandes
vagues de croissance(fig. 1).
Lapremière
a lieu du début duprintemps
au début de l’été et dure enmoyenne 2 à 3 mois. La deuxième pousse
peut
être soitplus
brève et moinsvigoureuse
que la
première (en 1981,
elle mesure 4 cm etporte
7 feuilles tandis que lapremière
pousse mesure 19 cm et
porte
10feuilles)
soitplus longue
etplus vigoureuse
que lapremière
ou de même dimension(en 1982,
elle mesure 37 cm etporte
18 feuilles alors que lapremière
pousse ne mesure que 27 cm etporte
18feuilles).
L’arrêt de la croissance
(fin août)
estmarqué
par le dessèchement et la chute de l’extrémitéterminale,
c’est-à-dire dubourgeon
terminalaccompagné
de l’entre-noeudsous-jacent dégagé.
La croissance est doncsympodiale
et acrotone dès lespremiers cycles
devégétation.
1
3.12. Caractérisation de l’état de dormance des
bourgeons
Le test des boutures de nœuds isolés fait
apparaître
une forte « inertie audébourrement des
bourgeons
subterminaux au cours des mois deseptembre
et octobre(fig. 2).
A cettepériode,
aucunbourgeon
n’évolue à 12 &dquo;C et à 18 &dquo;C. A 25&dquo;C,
une croissance estpossible
et le taux maximum de débourrement passe de 20 à 100 p. 100 entre finseptembre
et mi-novembre. L’inertie au débourrements’estompe
au cours del’automne et fin
janvier
au moins 65 p. 100 desbourgeons
subterminaux débourrent à latempérature
de 12 &dquo;C.%
En
septembre,
lesbourgeons
subterminaux sedéveloppent
moins facilement à 25 &dquo;C que lesbourgeons
médians etcotylédonaires (fig. 3).
Ils débourrent en moinsgrand
nombre et avec untemps
de latenceplus long.
Dès fin octobre, cegradient
médio-basitone
d’aptitude
au débourrementdisparaît,
et à la fin de l’hiver unepartie
des
bourgeons
du collet nepeuvent plus
croître en boutures de noeuds isolés. Le froid automno-hivernalpermet
doncl’élargissement
de la gamme destempératures compati-
bles avec le
débourrement,
élimine legradient
médio-basitoned’aptitude
au débourre-ment installé à la fin de l’été et permet le rétablissement de la
préséance apicale (acrotonie
dedébourrement).
3.2. Croissance et
morphogenèse
duChâtaignier
cultivé àtempérature
élevéeet constante : 25 &dquo;C J. L.
3.21. La croissance
La
première
vague de croissance dure environ 22 semaines(fig. 4).
Lesplantes
mesurent en moyenne 60 cm et
portent
environ 26 feuilles. L’arrêt de la croissance secaractérise par le ralentissement brutal de
l’allongement puis
le dessèchement et la chute de l’extrémité terminale duplant.
La croissance estsympodiale
dès lepremier cycle
devégétation.
6 moisaprès
cetarrêt,
ce sont lesbourgeons
basaux et surtoutcotylédonaires qui engendrent
les pousses lesplus longues (environ
75 mm avec unemoyenne de 5
feuilles).
Lesbourgeons
subterminaux débourrentquelquefois,
mais neproduisent
pas de véritables pousses.Après
1 an de culture à25 °C,
lamorphologie
desplants
est detype
buisson.La troisième vague de croissance survient 6 mois
après
l’arrêt de croissance desbourgeons
basaux. Elle se caractérise par le débourrement desbourgeons
insérés sur les2/3
supérieurs
de laplante.
Lebourgeon
subterminalengendre
la pousse laplus longue (152
mm avec 10feuilles)
et croît durant 8 semainesenviron,
tandis que lesbourgeons
médians donnent naissance à des pousses courtes mesurant, au bout de 2 à 4 semaines
d’allongement,
environ 30 mm etportant
4 feuilles.Bien que
quelques bourgeons
médianspuissent
sedévelopper,
cette 3e vague de croissance estmarquée
par le rétablissement de l’acrotonie. A 25 °CJ.L.,
le Châtai-gnier
est donc alternativement acrotone(1&dquo; =
et 3e vague decroissance)
et basitone(2
e vague).
3.22. Caractérisation du repos
apparent
a)
Traitementscapables
de rétablir la croissanceapicale après
lapremière
vague de croissancePlusieurs moyens
peuvent
êtreemployés
pour réactiver la croissance dubourgeon
subterminal des
plants
en repos à 25 °C J.L. L’ablation dufeuillage
n’estplus
efficaceau-delà de 4 semaines
après
l’entrée en reposapparent ;
lestransplantations, l’apport
minéral ou hormonal
(BAP
à 1g-1- 1 )
nepermettent
pas d’éliminer l’amortissement durythme
de croissancequi
intervient inéluctablement chez leChâtaignier.
Par contre,
l’exposition
desplants
au froid(4 °C J.L.) pendant
6 semaines aumoins,
dès l’installation du reposapparent
à 25 °CJ.L., permet
de rétablir lapréséance apicale. Après
retour à 25 °CJ.L.,
la croissance est de nouveau acrotoneaprès
untemps
de latence d’autantplus
court que le traitement au froid a étéplus long (fig. 5).
L’acrotonie est d’autant
plus
forte que la durée duséjour
à4 °C
a étéplus grande (de
9 à 24
semaines).
Lesbourgeons
basaux etcotylédonaires
sont alorsinaptes
à lacroissance.
b)
Caractérisation de l’état de dormance desbourgeons
Le test des boutures de noeuds isolés révèle
qu’au
terme de lapremière
vague decroissance,
il s’installe à l’échelle duplant
entier ungradient
médio-basitoned’aptitude
au débourrement
(fig. 6).
Lesbourgeons
de lapartie
terminale de l’axeprésentent
une%
100
&dquo; &dquo; 1 1forte inertie à la croissance caractérisée par un taux de débourrement faible
(25
à60 p. 100
maximum)
et untemps
de latence au débourrementimportant (12
à 16jours) pendant
toute lapériode
de reposapparent
à 25 °CJ.L.,
tandis que lesbourgeons
de lapartie proximale
sonttoujours aptes
à croître.Après
un traitement à 4 °Cpendant
6 à 9semaines,
il n’existepratiquement plus
de
gradient d’aptitude
au débourrement : tous lesbourgeons
de l’axe débourrent en mêmetemps.
Au-delà de 9 semainesd’exposition
aufroid,
legradient d’aptitude
audébourrement est nettement acrotone : le taux maximum de débourrement des bour- geons
cotylédonaires
n’atteintplus
50 p. 100.3.3. Croissance et
morphogenèse
dejeunes plants
deChâtaignier
cultivés à
température fraîche et
constante : 12 °C J.L.La
première
vague de croissance dure de 12 à 15 semaines(fig. 7).
Lesplants
mesurent alors en moyenne 19 cm et
portent
10 feuilles. La deuxième vague de croissance survient à peuprès
5 moisaprès
le repos et dure environ 8 semaines. La pousse obtenue mesure en moyenne 62 mm etporte
7 feuilles. La troisième vague de croissance débute environ 6 moisaprès
l’arrêt de la vagueprécédente ;
elle dure8 semaines et la pousse mesure alors 26 mm et
porte
5 feuilles.La fin de
chaque
vague de croissance est caractérisée par la formation d’unbourgeon
terminal écailleux.Dans ces conditions de
température,
la croissance estmonopodiale
et strictement acrotone.4. Discussion
4.1.
Rythme
de croissance et environnementEn conditions
naturelles,
leChâtaignier présente
une croissancerythmique
que modulent les facteurs du milieu. Ilpartage
ce caractère avec laplupart
des arbres de climatstempérés (L AVARENNE
etal. , 1971 ;
CHAMPAGNAT etal. , 1986)
et de climatstropicaux (H ALL É
etO LDEMANN , 1970 ; P ARISOT , 1985).
Contrairement à unepopulation
de Hêtres dont
chaque
individuprésente
uncomportement
aléatoire(les
unspouvant
cesser de croître
précocement,
alors que d’autresprésentent
deux vagues de croissance d’intensitééquivalente (R IEDACKER , 1981)),
unepopulation
deChâtaigniers
a un com-portement
relativementhomogène.
Tous les individus d’unepopulation,
issus d’un lot de semenceshomogènes (poids, calibre), présentent
une deuxième vague de croissanced’importance
et de duréeéquivalentes.
Toutefois lescaractéristiques
de cette deuxièmevague
peuvent
varier d’une année sur l’autre en fonction des facteursclimatiques.
La culture en condition
climatique
constante, enjour long
ou continu et àtempérature élevée,
met en évidence comme pour le Chêne et le Hêtre(L AVARENNE
etal. , 1971 ;
CHAMPAGNAT etat. , 1986)
le caractèreendogène
durythme
de croissance duChâtaignier.
Quelle
que soit la condition deculture,
lapremière
vague de croissance estplus vigoureuse
et durable que les suivantes. Ce caractère serait lié à laprésence
descotylédons
riches enréserves,
comme le montrent différentes études chez le Chêne(L AMOND
, 1978 ; L EVERT , 1982 ; P AYAN , 1982)
ainsiqu’un
travailpréliminaire
chez leChâtaignier.
Dans ces mêmes conditions detempérature,
la troisième vague de crois-sance est aussi de moindre intensité que la seconde. Comme chez le Pommier
(Z ANETTE
, 1981)
et contrairement au Chêne(P AYAN , 1982), l’expression rythmique
de lacroissance s’affaiblit.
Cependant
si l’onplace
à destempératures
différentes lestiges
etles
racines,
onpeut s’opposer
efficacement à l’affaiblissement de cerythme.
Ainsi pour lePommier,
unetempérature
de 25 °C pour lapartie
aérienne et unetempérature
de12 °C pour les racines
permettent
une croissancerythmique régulière
soutenue(Z
ANETTE
, 1981).
Pour leChâtaignier,
lestempératures
bassesappliquées
auxparties
aériennes alors que les racines sont
placées
àtempérature élevée,
favorisent larégula-
rité du
rythme
de croissance(Si-MOH A ME D , 1983).
A 25 °C J.L. un
rythme
dedéveloppement
d’une autre naturepeut
êtreenvisagé,
si on considère les vagues de croissance successives assurées alternativement par les
bourgeons
du collet et lesbourgeons
subterminaux. Ils’agit
d’unrythme
de levéed’inhibition
qui s’apparenterait davantage
à celui décrit chez le Pêcher-amandier cultivé in vitro lors del’apparition
de rameauxanticipés (G UEVARA , 1984).
4.2.
Morphogenèse
ettempératures
Dans la nature, le
gradient
médio-basitoned’aptitude
au débourrement révélé enboutures de noeuds isolés s’inverse ou s’annule à la fin de l’hiver chez tous les arbres étudiés
jusqu’à présent :
le Pommier(C RABB É, 1968 ; Z ANETTE , 1981),
le Frêne ou leTilleul
(B ARNOLA ,
1976(b)),
lePeuplier (J OURDAN , 1980)
et leNoyer (M AUGET , 1984).
Le
Châtaignier présente
unedynamique
d’évolution de la dormance semblable. Commepour d’autres
espèces ligneuses,
c’estl’intégrité
de l’axequi
conditionne la réalisation de l’acrotonie(C HAMPAGNAT B t C ll. , 1971 ;
MENG-HORN etC ll. , 1975 ; B ARNOLA ,
1976(b)).
Annéeaprès
année cette acrotonie de croissance conduit à l’élaboration d’un tronc.Ce
comportement
est à comparer à celui observé en conditions de culture cons- tantes. Atempérature
élevée(25
°C et aussi 18°C)
enjour long,
leChâtaignier
est uneespèce
chezlaquelle
alternent croissance acrotone et basitone(L AVARENNE
etal. , 1971 ; B
ARNOLA
,
1976(b) ; S I -M OHAMED , 1983).
Dans ces conditions detempérature
labasitonie n’est pas
réprimée ;
ellepeut
au contraires’exprimer
ets’opposer
à la miseen
place
d’unport
arborescent. Lesrejets
de base se différencient àpartir
de zonesméristématiques préexistantes
dans laChâtaigne
conservée à 4 °C.A
12 °C,
enjour long,
par contre, leChâtaignier
est strictement acrotone et lesbourgeons
du collet restent à l’état de zonesméristématiques
latentes. Ils ne deviennentjamais préséants malgré
lalongue période
de repos dubourgeon
terminal(5
à 6mois).
Si la croissance
monopodiale
estcaractéristique
desplants
cultivés àtempératures fraîches,
la croissancesympodiale
est propre à ceux cultivés àtempérature
élevée. Mais iln’y
a pas de relationapparente
entre leport
arborescent oubuissonnant,
et lemonopole
ou lesympode.
En effet dans la nature, dès lapremière année,
le Châtai-gnier
est unjeune
arbresympodial.
Destempératures
de culture différentes au niveau destiges
et des racinespermettent
d’obtenir soit unsympode
si les racines sontexposées
à 12 °C et lestiges
à25 °C,
soit unmonopode
si au contraire les racines sontexposées
à 25 °C et lestiges
à 12 °C(S I -M OHAMED , 1983).
La
température apparaît
donc comme un facteur déterminant de lamorphogenèse
du
Châtaignier.
Cetteespèce,
ainsi que leTilleul,
secomporte
comme un buisson detype
Noisetier(B ARNOLA ,
1976(a)
et(b))
chezlequel
lestempératures
élevéespermet-
tent le buissonnement alors que les
températures
fraîches rétablissent lapréséance apicale.
Par contre il diffère des buissons comme le Sureau ou le Framboisier(B AR -
NOLA
, 1976
(b)),
chezlesquels
ce sont lestempératures
bassesqui permettent l’appari-
tion de ramifications
basitones,
et de laplupart
des arbresqui
conservent leurport
arborescentquelles
que soient les conditionsphytotroniques : Chêne, Frêne, Pommier, Manguier,
etc. Dèslors,
ilapparaît
comme un matériel d’étudeprivilégié
pour appro- fondir le déterminisme de la formation d’un tronc ou d’un buisson.4.3. Corrélations et repos
végétatif
Dans la nature, le repos
végétatif
est caractérisé par un état de dormance faible ettemporaire
desbourgeons
distaux duChâtaignier.
Le froid automnal suffit à rétablirl’aptitude
au débourrement de cesbourgeons
en boutures de noeuds isolés à 25 °C(Si- MO
HA ME D
, 1983).
Pendant le repos
apparent
à25 °C,
lesbourgeons
distauxprésentent
une inertieplus
forte que lesbourgeons
du collettoujours aptes
à débourrer en boutures de noeudsisolés, quelle
que soit latempérature
de réalisation du test. Les traitementspermettant
de retarder l’entrée en repos desplants
cultivés à 25 °CJ.L.,
laissent supposer que la cessation d’activité desbourgeons
terminaux est d’abord laconséquence
de corrélationsd’origine axiale, relayées
ensuite par des inhibitionsd’origine
foliaire et finalement des territoiresproches
duméristème,
comme c’est le cas du Poirier(H UET , 1965),
del’Hévéa
(HALLE
etM ARTIN , 1968),
duCacaoyer (V OGEL , 1975),
duNoyer (M AUGET ,
1978)
et du Chêne(P AYAN , 1982).
La concurrence entreallongement
etorganogenèse
accrue par les
températures
élevées caractériserait l’entrée en repos desbourgeons
distaux de l’axe : le
bourgeon
terminal se nécroseaprès
avoirproduit
de nombreux ensembles foliaires. Un traitement par le froid lèverait ces inhibitions et rétablirait lapréséance apicale
en mêmetemps qu’il
diminuerait lescapacités
de croissance desbourgeons
du collet.A 12 °C en
jour long,
le reposapparent
serait caractérisé par une dormance vraie desbourgeons
terminauxqui
ne se nécrosent pas comme à 25 °C. Elle serait ensuite levée par latempérature qui
l’a induite de la mêmefaçon
que le Frêne ou le Noisetier.Pour ces
espèces
il a été montrél’importance
du double mouvement d’entréepuis
desortie de dormance aux
températures
basses(L AVARENNE
etal. ,
1975 et1980 ;
BAR-NOLA
, 1976
(a)
et(b) ;
BARNOLA etal. , 1977).
5. Conclusions
Quelles que soient les conditions de
culture,
la croissance duChâtaignier
estcaractérisée par une alternance de
périodes
d’activité et depériodes
de repos d’autantplus irrégulières
que latempérature
de culture estplus
élevée. Cerythme
a tendance às’amortir en conditions de culture constantes et à
température élevée,
tandis que destempératures
fraîches(4 °C
ou12 °C)
sontcapables
des’opposer
à l’affaiblissement durythme
comme lepeuvent également
les variations saisonnières des facteurs du milieu.La
température apparaît
par ailleurs comme un facteur déterminant du contrôle de lamorphogenèse
duChâtaignier :
lestempératures
élevéespermettent
auxbourgeons
du collet
d’exprimer
leuraptitude
à lacroissance,
tandis que lestempératures
fraîchesfavorisent l’édification d’un tronc.
L’étude de l’état
physiologique
desbourgeons
entrés en repos à 25 °C enjour long
conduit à rechercher une des causes de la cessation d’activité au niveau des tissus sous-
jacents
aubourgeon
et même au méristème. Desanalyses biochimiques indiquent
que larégulation
du métabolismeénergétique
et des mécanismes detransports
de nutri-ments
(sucres,
acidesorganiques,
ions et hormones comme l’AIA oul’ABA)
sontimpliqués
dans l’inhibition de la croissance desbourgeons
de certainesplantes pérennes (G
ENDRAUD
, 1981 ;
LAVARENNE etQ L,
1982 et1986 ;
GENDRAUD etL AFLEURIEL , 1983 ;
B
ARNOLA et
al.,
1986(a)
et(b)).
Chez leChâtaignier,
l’étude de la diffusion d’un acide faible(la 5,5’-diméthyloxazolidine 2,4-dione
ouD.M.O.) indique
que lacapacité
àcroître d’un
bourgeon
est d’autant meilleure que l’acide s’accumuleplus
dans la « zoneméristématique
» dubourgeon.
C’est le cas desbourgeons
en croissance et des bour- geons du collet desplants
cultivés à25 °C
enjour long toujours aptes
à croître. Aucontraire,
une forte accumulation de la D.M.O. estcaractéristique
des territoiresadjacents
auxbourgeons
du collet deplants
traités par le froid(4 °C)
et devenusinaptes
à la croissance(P EZET , 1983).
Une étudepréliminaire
de la mobilisation des réservesamylacées
et de larépartition
des sucressimples
solubles dans lesbourgeons
etl’axe
sous-jacent permet d’envisager
l’existence d’uncotransport
H+-sucres au niveau duparenchyme ligneux
dont larégulation
modulerait lescapacités
de rétention des nutri-ments et serait un facteur de contrôle de
l’aptitude
à la croissance.Les conditions de
culture,
enparticulier
latempérature
en modulant l’intensité des mécanismesphysiologiques qui
induisent et maintiennent la cessation d’activité dubourgeon (corrélations
d’intensité etd’origines
diversesqui
conduisent à l’inertie par- tielle outotale)
modulent lerythme
de croissance(amorti
ounon)
et lamorphogenèse (sympode
oumonopode,
arbre oubuisson).
Reçu
le 20février
1987.Accepté te
20juin
1987.Summary
Growth, morphogenesis
anddynamics of
budgrowing ability of
young Chestnutplants (Castanea
sativaMiller)
outdoors and underclosely
controlled conditions.Young
Chestnutplants
exhibited anendogenous rythmic growth
with alternateperiods
ofelongation
andinactivity
under constant environmental conditions. Theperiod
of rest wasirregular
and varied with the
increasing
temperature.In nature, Chestnut is a
sympodial
tree, but, under constant environmental conditions, it was either asympodial
bush or atypical monopodial
tree. Thefalling apical
bud and thedecreasing
correlative factors
promoted
the basal budsoutgrowth
underhigh
temperature(25 °C
inlong days).
Whereas low temperature(12
°C inlong days)
induced the formation of ascaly apical
bud,prevented sprouting
of basal buds andpromoted
the erection of a trunk.The use of biochemical technic has been
suggested
toanalyse changes
ofgrowth capacity
budsaccording
to theirposition along
the stem inclosely
controlled environments.Key
words : Bud rest, Chestnut,raorphogenests, rhythm,
temperature.Références
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