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Article pp.12-13 du Vol.35 n°193 (2009)

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Texte intégral

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D

ans le contexte actuel de crise, il nous a semblé important que la Revue française de gestion prenne part au débat. Pour cela, nous avons demandé à six experts dans les domaines de la finance (Michel Albouy), de la stratégie (Franck Tannery), du contrôle de gestion (Philippe Lorino), des ressources humaines (Maurice Thévenet), du marketing (Bernard Pras) et de la logistique (Gilles Paché) d’apporter des éléments de réponse à la question sui- vante : « Qu’est-ce que la crise a remis en cause pour votre discipline (et pour son enseignement) ? »

Plusieurs points-clés ressortent très clairement des différentes contributions :

1) même si les crises ne sont pas prévisibles, il apparaît que les dif- férents acteurs économiques en ont trop rapidement écarté l’éven- tualité. Contrairement à ce que suggèrent la plupart des modélisa- tions utilisées en finance notamment, la probabilité de voir intervenir des variations extrêmes est loin d’être négligeable. Les consé- quences sont claires : l’approche du risque dans les entreprises est à revoir ;

2) la crise suggère également que la volatilité de l’environnement sera croissante. L’impératif de flexibilité des entreprises ne pourra donc que s’accroître ;

JÉRÔME BARTHÉLEMY JEAN-MARIE DOUBLET

Quelques

enseignements de la crise

É D I T O R I A L

Cet article des Editions Lavoisier est disponible en acces libre et gratuit sur archives-rfg.revuesonline.com

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3) avec le recul, il est fort probable que la crise actuelle sera associée à la période au cours de laquelle la création de valeur actionnariale a enflé au point de devenir la seule finalité de l’entreprise. La focalisation sur la création de valeur action- nariale et sur le court terme est amenée à être remise en cause ;

4) au sein de l’entreprise, les systèmes d’in- citations mis en place pour motiver les diri- geants comme les « stock-options » et les indicateurs utilisés pour mesurer leur per- formance (quantitatifs et réducteurs) ont montré leurs limites ;

5) à lire les différentes contributions, notamment celles de Philippe Lorino, de Maurice Thévénet et de Bernard Pras, on se demande si l’approche exclusivement quan- titative telle qu’elle a été lourdement appli- quée dans les grandes disciplines de la ges- tion n’est pas aujourd’hui soit directement, soit implicitement mise en question. On s’interroge sur le rôle, dans la crise, du

« pilotage par le chiffre » ainsi que de la vision mécaniste qui domineraient les pra- tiques de gestion. Or traditionnellement, la gestion s’appuie sur ce qu’elle peut mesurer quitte à ignorer ce qu’elle ne peut pas se représenter, c’est-à-dire mettre en tableaux.

Cela va des coûts cachés jusqu’aux conflits de personnes qui surgissent indéfiniment.

Reste à savoir ce qu’est une approche qua- litative du management qui ne ferait pas seulement appel à la psychologie et à la sociologie. Peut-on en définir les méthodes, peut-on en évaluer les résultats ?

6) la gestion semble devenue une affaire de logiciels que ce soit en logistique ou même en gestion de ressources humaines. Certes ceux-ci sont devenus de plus en plus per- formants si ce n’est efficaces. Mais c’est précisément leur sophistication qui pose un problème. Bien des outils ne sont plus com- préhensibles que par un nombre limité d’experts qui se protègent derrière ce savoir à huis clos. Il conviendrait d’analyser com- ment dans certaines entreprises, le pouvoir de décision a plus ou moins échappé aux dirigeants pour devenir l’apanage de ces experts ;

7) dans plusieurs articles, il est question de prendre davantage en compte l’individu ordinaire, non pas un « homo economicus » qui agit en tout rationnellement, mais celui qui, ici et maintenant travaille, consomme, investit son épargne, etc.

Il ne s’agit pas de rejeter en bloc les acquis de la recherche sur la gestion. La crise toutefois induira, à coup sûr, de nou- velles exigences pour les entreprises et par extension pour les différentes disci- plines du management.

14 Revue française de gestion – N° 193/2009

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